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Nous donnons ici un article de vulgarisation publié en 1933 par le comte de Saint-Périer à l’intention du public étampois, dans l’Abeille d’Étampes, pour lui annoncer que le Dieu de Bouray, pièce importante du patrimoine local, vient d’être acquis par le Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye. |
ARCHÉOLOGIE
Le Dieu gaulois de Bouray Le Musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye vient de s’enrichir d’un objet d’art précieux qui nous appartient en quelque mesure, puisque c’est près d’Étampes qu’il fut découvert. Aussi pensons-nous que les lecteurs de l’Abeille nous saurons gré de leur faire connaître ce petit monument, que les archéologues seuls ont jusqu’ici examiné et commenté.
La découverte
n’en est pas récente: c’est vers 1845 qu’un ouvrier, en curant la
Juine, dans sa traversée du parc du Mesnil-Voisin à Bouray,
amena au jour du fond de la rivière une statuette singulière
en bronze, haute de 42 centimètres et représentant un personnage
humain à tête volumineuse, surmontant un corps trop grêle
et dyssimétrique [sic],
accroupi sur ses jambes repliées. Les bras manquaient déjà
à ce moment, l’un avait été brisé et l’autre
arraché au niveau de la soudure qui le reliait au corps.La statuette demeura au château du Mesnil-Voisin sans attirer l’attention du monde savant, jusqu’en 1912, date à laquelle Héron de Villefosse, Conservateur des Antiquités grecques et romaines au Musée du Louvres, connut son existence grâce à M. l’abbé Bonno qui avait eu l’occasion de le voir. Héron de Villefosse obtint l’autorisation de photographier et d’étudier l’objet, auquel il consacra en 1913 un excellent mémoire dans les publications de la Société des Antiquaires de France. Mais il ne parvint pas à en réaliser l’acquisition pour un de nos Musées nationaux. Les démarches tentées depuis cette époque par MM. Salomon Reinach, Hubert, Lantier, Conservateur et Conservateurs-adjoints du Musée de Saint-Germain, par nous-mêmes enfin, ne purent aboutir et les lettres demeurées sans réponse faisaient craindre que cette statuette, comme tant de nos trésors nationaux, n’eût elle aussi traversé l’Atlantique, sans doute pour toujours. Mais la mort déjoue les calculs des hommes et trompe leurs prévisions. A l’occasion d’une succession, le dieu de Bouray quitta le château du Mesnil-Voisin et devint la propriété d’un marchand d’antiquités. M. Raymond Lantier, l’actuel et zélé conservateur du Musée de Saint-Germain, que l’on ne saurait trop féliciter de sa prévoyance et de son activité en cette affaire, avait, si nous osons dire, jeté l’embargo sur notre dieu gaulois et signalé son arrivée possible dans le commerce aux négociants de ces objets. Il fut ainsi prévenu de la vente et put acquérir la statuette pour le Musée de Saint-Germain, où elle est actuellement et, autant que les vicissitudes humaines permettent de l’espérer, définitivement conservée. C’est là que nous avons pu l’admirer récemment, avec la curiosité que l’on devine et aussi en quelque sorte avec la joie de voir revenu au foyer un être cher que l’on croyait disparu. Certes notre Dieu de Bouray n’est pas beau. Il ne faut pas lui demander la grâce d’un Apollon, ni la sereine majesté d’un Jupiter promenant sur le monde des hommes et des dieux un regard altier et dédaigneux. Cependant sa tête n’est pas dénuée de charme, l’ovale est régulier, le nez droit, les cheveux en mèches ondées que sépare une raie centrale sont traités avec art, la bouche semble sourire, mais le menton est lourd, le regard hébété, les oreilles énormes. L’œil gauche, seul conservé, en pâte de verre, montre un iris d’un bleu dur, peu humain. Cependant, on reconnaît dans cette facture grossière, une influence hellénique ayant inspiré maladroitement un métallurgiste, très habile dans l’art de fondre et d’assembler des pièces de bronze, moins sûr de son art dans le modelé des traits du visage. Cette influence de l’art grec et cette imitation malhabile du plus beau type humain qu’on ait jamais connu, sont communs à l’époque gauloise. C’est ainsi que les monnaies gauloises nous montrent des déformations des types monétaires helléniques qui, répandus dans le monde celtique, ont été imités plus ou moins grossièrement dans les ateliers de la Gaule.
Ce n’est donc pas à l’envahisseur latin qu’il faut attribuer la destruction du sanctuaire qui, à Bouray même peut-être, abrita notre statuette et auquel nos ancêtres apportèrent le tribut de leurs offrandes, de leurs prières et de leurs larmes. Est-ce à l’époque de la prédication chrétienne en Gaule qu’il faut faire remonter la ruine du temple, la mutilation de l’image et son immersion dans la Juine? Nous l’ignorerons sans doute toujours, mais l’iconoclaste sacrilège qui précipita dans notre paisible petite rivière, l’image vénérée de Bouray lui assurait, bien contre son gré, une conservation prolongée. La vase recouvrit lentement l’image sacrée qui pendant près de deux mille ans, ignora les luttes qui ensanglantaient le monde. Revenue à la lumière du jour, elle ne retrouva plus ses fidèles, ni son culte disparu à jamais, mais elle connaîtra d’autres adorations. Tous ceux que le passé ne laissent point indifférents et ceux qui comprennent l’éternel désir d’idéal de l’humanité contempleront avec une curiosité émue cette effigie barbare qui symbolisa les rêves et les aspirations de ces hommes lointains dont nous descendons, devant qui peut-être des mères ont pleuré, qui donna peut-être, en dépit de sa grossière apparence une espérance et un apaisement à l’éternelle douleur des hommes. R. DE SAINT-PÉRIER
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| Source: exemplaire de l’Abeille conservé aux Archives Municipales d’Étampes. Saisie et illustration par Bernard Gineste, juin 2004. |
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BIBLIOGRAPHIE PROVISOIRE
Antoine HÉRON DE VILLEFOSSE (1845-1919), Le Dieu gaulois accroupi de Bouray (Seine-et-Oise) [in-8°; 32 p.; fig.; extrait des Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France LXXII], Paris, 1913. René de SAINT-PÉRIER, «Le dieu gaulois de Bouray», in L’Abeille d’Étampes (1er juillet 1933), p. 1. Raymond LANTIER [conservateur du Musée de Saint-Germain-en-Laye (1886-1980)], «Le dieu de Bouray», in Monuments Piot 34 (1934), pp. 35-58. André VARAGNAC [conservateur au Musée des Antiquités Nationales] & Gabrielle FABRE [Conservateur au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale], L’Art Gaulois. 2e édition [311 p.; illustrations], La Pierre-Qui-Vire, Zodiaque [«La nuit des temps» 4], 1964, spécialement pp. 96, 129-130 (planches 43-44) & pp. 287-288, 299-300 (planches 19-19) [intéressant parallèle dans l’art roman auvergnat du XIIe siècle]. Bernard BINVEL, Dominique BASSIÈRE, Alain DEVANLAY, Georges GAILLARD, Bernard MARTIN, Michel MARTIN, Richard PROT, «Le pays d’Étampes à l’apogée de l’Empire», in Jacques GÉLIS [directeur de la collection], Michel MARTIN & Frédéric BEAUDOIN [directeurs du premier tome], Le pays d’Étampes. Regards sur un passé. Tome 1: Des origines à la ville royale, Étampes, Étampes-Histoire, 2003, spécialement pp. 62-63. Bernard GINESTE [éd.], «René de Saint-Périer: Le dieu gaulois de Bouray (1933)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cae-00-saintperier1933dieudebouray-abeille.html, juin 2004. Toute correction ou contribution sera la bienvenue. Any criticism or contribution welcome. |
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LES SAINT-PÉRIER
dans le Corpus Étampois René de SAINT-PÉRIER: «Les temps préhistoriques dans la région d’Étampes» (article de L’Abeille, 1913). René de SAINT-PÉRIER: «Le Dieu gaulois de Bouray» (article de L’Abeille, 1933). René de SAINT-PÉRIER: «Les Plantes aux environs d’Étampes au XVIIIe siècle» (1923). Émile BOUNEAU: «Dernier portrait du comte de Saint-Périer» (dessin, juillet 1950). Adrien GAIGNON: «Le Comte Poilloüe de Saint-Périer» (nécrologie, 1951). Toute correction ou contribution sera la bienvenue. Any criticism or contribution welcome. |
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