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Le visiteur qui veut se renseigner
au service du tourisme étampois passe par une porte sculptée
en 1538, dont le symbolisme peut l’intriguer. Cependant, à ce jour, il n’existe pas de réponse toute faite à lui proposer. En effet, très curieusement, personne ne paraît encore s’être attaché à décrire ni interpréter cet ensemble de sculptures qui est pourtant sous les yeux de tout le monde à Étampes depuis 469 ans. Il semble même que personne n’ait encore remarqué ou en tout cas signalé le personnage qui commande le symbolisme de cette porte: Vénus. C’est une allégorie du bonheur domestique, hommage rendu à sa femme probablement par un robin étampois. Je donne en conclusion une série de parallèles qui permet de resituer cette allégorie dans sa tradition iconographique. B.G., 25 mai 2007
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Sur le premier
propriétaire de cette demeure
Étampes conserve plusieurs hôtels
particuliers du XVIe siècle. Au XIXe siècle les érudits
locaux se sont persuadés que l’un d’entre eux, qui porte sur sa façade
la date de 1538, avait été la propriété de la
première duchesse d’Étampes, Anne de Pisseleu, célèbre
favorite de François Ier. Anne de Pisseleu en effet avait été
faite dame d’Étampes en 1534, et cette seigneurie avait été
élevée au rang de duché en 1537.Cependant cette croyance ne repose sur rien de palpable. Voici ce qu’en a écrit Monique Chatenet en 1999: «Grâce à l’acte de 1716 qui nomme les propriétaires enregistrés sur les terriers précédents, on peut penser que le commanditaire est un ascendant de Jean Audren, possesseurs de l’hôtel à la fin du XVIe siècle: soit Guillaume Audren, prévôt d’Étampes vers 1512-1538, soit son fils Simon, également prévôt de la ville vers 1538-1557. Mais il peut s’agir aussi de Jean Berenton ou de Jean Renié, premiers possesseurs du bien à des dates malheureusement non précisées» (Étampes, un canton entre Beauce et Hurepoix, p. 145). Une autre hypothèse nous est suggérée par l’examen de notre porte: on observe que deux putti, au centre du linteau, présentent une sorte de blason où figure un heurtoir de porte du type appelé marmot. On appelait en ce temps-là marmot soit un singe, ou bien un heurtoir constitué d’une gueule de singe. On toquait en laissant retomber l’anneau pendant de cette gueule grotesque, bien dans le goût du temps. Et comme Marmot est bien attesté comme patronyme dès le XVIe siècle, on ne peut exclure qu’il s’agisse ici d’une indication du nom du commanditaire et premier propriétaire de notre Hôtel. Les archives diront si cette hypothèse tient la route, ou bien s’il ne s’agit, comme il est possible, que d’une métaphore signifiant que celui qui frappera à cette porte y trouvera un ménage heureux. |
Au-dessus de notre
porte, et la dominant d’assez haut, se présente un personnage qui en
commande le symbolisme, et dont je n’ai lu le nom nulle part, dans le peu
qui a été écrit de cette porte jusqu’à présent:
c’est Vénus, déesse de l’amour et de la beauté féminine.Dans son état actuel, où le visage et la coiffure notamment présentent une usure importante, on peut être surpris du manque de grâce apparent de cette représentation de la déesse de la beauté. Mais il faut prendre en compte les importantes variations du canon de la beauté féminine au cours des siècles. On remarquera notamment que le début du XVIe siècle paraît avoir apprécié les silhouettes fines plutôt que les poitrines opulentes. Un linge ménage la pudeur. La déesse brandit de sa droite l’un de ses attributs traditionnels, le miroir, qu’on trouve déjà dans la statuaire gallo-romaine. Je donne plus bas l’exemple d’une statue retrouvée dans ce siècle à Vienne-en-Val, où une Vénus au miroir est accostée à gauche d’un Amour qui lui tend son autre attribut traditionnel, la pomme. Nous retrouvons précisément sur notre porte, en contrebas à gauche, cet Amour offrant à sa mère la pomme qu’elle a reçue lors du fameux Jugement de Paris, où il s’agissait d’élire la plus belle des déesses de l’Olympe.
En contrebas à droite,
un deuxième Amour rend un autre hommage à sa mère.
Il porte pour sa part les attributs de Mars, à savoir le glaive et
le bouclier. Il s’agit là encore d’une représentation traditionnelle
qui remonte à l’antiquité gréco-romaine. J’en donne
plus bas pour exemple et pour comparaison une fameuse fresque de Pompéi
consacrée aux amours de Mars et de Vénus, où Cupidon
tient déjà l’épée de Mars.Vénus est la seule divinité capable de faire rendre les armes au dieu de la guerre. C’est ce que symbolisent traditionnellement l’Amour ou les Amours qui le déshabillent, qui s’amusent avec ses armes, ou qui les brandissent comme des trophées de leur mère. Indirectement, le commanditaire de notre porte signale sa présence, et sa condition. En tant que noble (et bien qu’il ne s’agisse sans doute que d’un robin, dont la noblesse de robe n’est peut-être pas très ancienne), il porte l’épée, et ne s’en défait que chez lui, là où règne l’Amour et l’harmonie conjugale. Le linteau présente une ronde de putti. Le putto est l’un des éléments les plus caractéristiques de l’art décoratif du XVIe siècle. Il s’agit d’un petit enfant joufflu analogue à l’Amour, à Cupidon, fils de Vénus, indéfiniment démultiplié pour les besoins de la décoration, symbole un peu vague de joie et de gaieté.
Ils sont ici dix, pour les besoins de la symétrie; mais cette symétrie est savamment agrémentée de tout un jeu de subtiles variations qui animent joliment cette amusante sarabande. Au centre, deux putti présentent la sorte de blason au marmot dont je viens de parler. Aux deux extrémités se présentent des putti plus personnalisés: à gauche l’un paraît accourir pour se joindre à la ronde, et celui de droite joue de la flûte. Le reste est rempli par deux groupes de trois putti. Les huits putti du centre forment une ronde, soit qu’ils se donnent la main, ou qu’il tiennent les deux extrémités de rubans, qui devaient être utilisés dans les danses du temps. Toute critique,
correction ou contribution sera la bienvenue. Any criticism or contribution
welcome.
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| Source: clichés
de Bernard Gineste, mai 2007. |
Vénus gallo-romaine |
Hôtel du Plateau, 1538 |
XVIe siècle |
XVIe siècle (École de Fontainebleau) |
Pompei, avant 79 |
Hôtel du Plateau, 1538 |
Véronèse |
Pompei, avant 79 |
Paolo Farinati |
Botticelli, 1480 |
Anonyme flamand, XVIIe s. |
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