LETTRE
DE JEANNE DE CHÂTILLON
Vendredi 5 août 1278
édition d’Adam Clarke (1816), saisie par The Anglo-Norman
Online Hub (2005)
Obole de Jeanne de Châtillon (Blois, 1279-1292) (© CGB)
A.D.1278
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Vendredi 5 août 1278
traduction provisoire par B.G.
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1. A treshaut &
tresnoble prince, son tres chier & tres ame cousin E’ par la grace
de DIEU, Roy de Angleterre, Johanne, contesse d’Alencon & de Chartres,
salut & veraie amour, & lue aparailliee à sa volente, &
à son pleisir.
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Au très haut
et très noble prince son très cher et très aimé
cousin Édouard par la grâce de Dieu roi d’Angleterrre, Jeanne,
comtesse d’Alençon et de Chartres, salut et sincère affection,
toute disposée à lui obéir et à lui plaire.
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2. Sire, come honeurable
pere en JESU CRIST, Guill’ par la grace de DIEU, arcevesque de Roen, nostre
especiel ami vous doie feire homage, & il redoute mout la nier, &
meesmement pur ce qu’il est mout grevez & travaillez du tous voyage,
que il a fet par lonc tens, & à Rome & a ailleurs; pur
quoy il ne puet mie aler à vous en propre persone, sanz grant peril
de son cors;
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Sire, comme le révérend
père en Jésus Christ Guillaume par la grâce de Dieu
archevêque de Rouen, notre ami particulier, doit vous rendre hommage,
il se garde bien de s’y refuser; pour autant, vu qu’il est épuisé
et très fatigué de tout le voyage qu’il a fait, fort longtemps,
tant à Rome qu’ailleurs, il ne peut se rendre auprès de vous
en personne sans mettre en péril sa santé.
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| 3. Et
seur se j’entens que madame la Reine vous prie per ses lettres, qe vous
li vueillez feire tel grace, que vous le devant dit homage vueilliez
receivoir per son procureeur especiel, en tel maniere, qe si tost com
li diz arcevesque, nostre ame, saura que vous soies es partes de France,
ou es parties de Gascoigne, où que ce soit, il soie prez &
apareilliez de vous feire homage en propre persone si come il devra: |
A ce sujet
j’apprends que Madame la reine vous prie par sa lettre de bien vouloir
lui accorder la grâce de bien vouloir recevoir le dit hommage par
le biais d’un procureur particulier, étant précisé que
le dit archevêque, qui nous est cher, sitôt qu’il saura que
vous serez quelque part en France ou en Gascogne, où que ce soit,
il est tout disposé et prêt à vous rendre hommage en
personne comme ce sera son devoir. |
| 4.
Si vous pri, sire, tant com je puis, que vous la priere ma dame vueilliez
accomplir & mettre a euvre en ceste besoigne; & tant en feites,
s’il vous plest, pur l’amour de lui & de moi, que nous vous en puissiens
mercier & savoir grace, & que il aperceive que noz preres li aient
valu envers vous. |
C’est
pourquoi je vous prie, Sire, autant qu’il est en mon pouvoir, de bien
vouloir accéder à la demande de Madame et de lui donner
effet en cette affaire; et faites tant et si bien, s’il vous plaît,
pour l’amour de lui et de moi, que nous puissions vous en remercier et
vous en être reconnaissants, et qu’il se rende compte que nos prières
ont eu de l’effet auprès de vous.
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| 5.
Nostre Sire vous gart. |
Que Notre
Seigneur vous protège.
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| 6.
Donné à Estampes le Vendredi apres le saint Pere entrant
Aoust. |
Donné
à Étampes le vendredi suivant la fête de saint Pierre
qui ouvre le mois d’août.
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| 7.
Ad eundem effectum ad Regem prædictum mittuntur
litteræ à Margareta Reginæ Franciæ. |
Dans
le même but, au susdit roi, est envoyée une lettre de la
reine de France Marguerite.
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8. Dat.
apud Stampas die Jovis post inventionem beati Stephani.
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Donnée à
Étampes le jeudi après la fête de la découverte
des reliques de saint Étienne.
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NOTES
1. comtesse d’Alençon
et de Chartres. Jeanne, fille de Jean de Châtillon, est
comtesse d’Alençon de par son mariage en 1272 avec Pierre d’Alençon,
cinquième fils de saint Louis et et de Marguerite de Provence.
Elle a en outre reçu en dot dès 1263 le comté de Chartres
(qu’elle revendra pour règler ses dettes en 1286 à son neveu
Phillipe IV le Bel); elle n’héritera du duché de Blois que
l’année suivante, en 1279, à la mort de son frère
Jean.
1. son cousin.
Au sens large. Tous les grands d’Europe sont alors apparentés,
et notamment la famille royale d’Angleterre et celle de France, à
laquelle Jeanne est alliée. Elle est belle-fille de saint Louis
IX par son mariage avec Pierre de France, belle-sœur de Philippe III, tante
de Philippe IV le Bel, et nièce de Charles d’Anjou.
2. Guillaume
de Flavacourt. Flavacourt se trouve dans le Vexin français,
à quelques kilomètres au nord-est de Gaillon. Notre Guillaume de Flavacourt, en latin Guillelmus
de Flavacurte, ou de Flavacuria, fut d’abord un simple chanoine de la cathédrale de Rouen. Eudes
Rigaud, archevêque de Rouen de 1247 à 1275, mourut à
Gaillon le 2 juillet 1275, mais son poste resta curieusement vacant jusqu’au
22 mai 1278, date à laquelle lui succéda enfin notre Guillaume
de Flavacourt, jusqu’à sa mort survenue le 6 avril 1306. Il ne faut pas surtout pas le confondre avec avec un autre
Guillaume de Flavacourt, dit Guillaume II de Flavacourt, qui fut également
archevêque de Rouen de 1356 à 1359, après avoir été
évêque de Viviers de 1319 à 1322, puis évêque d’Auch
et gouverneur du Languedoc de 1325 à
1356: c’était sans doute
l’un de ses neveux.
2. vous doie feire homage. Édouard
Ier n’est pourtant pas duc de Normandie. Cette province a été
reprise à son grand-père Jean-sans-Terre par Philippe Auguste
en 1203. Son père Henri III bien avait tenté de récupérer
ces territoires, mais il a été battu à Taillebourg et
à Saintes par saint Louis en 1242. Au traité de Paris en 1259,
il a même renoncé officiellement au titre du duc de Normandie.
C’est seulement à partir de 1346 que les Anglais reprendront pied
en Normandie.
Il s’agit donc ici vraisemblablement des
nombreuses seigneuries et autres bien temporels que l’archevêché
de Rouen détenait outre-Manche depuis la conquête de l’Angleterre
par les Normands en 1066, et c’est certainement à ce titre que l’archevêque
de Rouen devait dès son investiture rendre hommage au roi d’Angleterre,
théoriquement en Angleterre même, comme le reconnaît
ici sans difficulté Jeanne de Châtillon, belle-sœur de Philippe III.
3. Madame la
Reine. Il s’agit ici vraisemblablement de la lettre de Jeanne
de Dammartin, veuve du roi de Castille et de Léon Ferdinand III,
que nous reprenons ci-dessous en Annexe.
6. Le
saint Pere entrant Aoust. Il s’agit de la fête de Saint-Pierre-aux-Liens,
le 1er août, qui tombait un mardi en 1278. L’acte est donc du vendredi
5 août 1278.
7. Marguerite
de Provence, veuve de saint Louis depuis 1270, est baronne douairière
d’Étampes depuis lors. La différence de date entre les deux
actes semble indiquer que Marguerite est arrivée à Étampes
seulement dans l’intervalle, et que l’archevêque de Rouen a vraisemblablement passé à
Étampes tout le mois d’août.
8. L’invention
de saint Étienne. Cette fête, le 30 août, tombait un lundi en 1278. L’acte est donc du
jeudi 1er septembre 1278.
Jeton de Guillaume II de Flavacourt, probablement
un neveu du nôtre (© CGB)
Toute
observation relative à ces traductions ou aux notes qui les accpmpagnent
sera la bienvenue. B.G.
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ANNEXE
LETTRE DE JEANNE DE DAMMARTIN
veuve de Ferdinand III de Castille
sans indication
de date ni de lieu
édition d’Adam Clarke (1816), saisie par The Anglo-Norman
Online Hub (2005)
Obole frappée à Abbeville par Jean de Nesle époux
de Jeanne de Dammartin, vers 1271-1279
A.D.1278
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Vendredi 5 août 1278
traduction provisoire par B.G.
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| 1. A treshaut
homme, & tresnoble, & son treschier filz Eduart, par la grace
de DIEU, Roy d’Engleterre, &c. Jehane, par la meisme chele grace, Roine
de Castele & de Lyon, contesse de Ponter, &c. saluz, & bone
amour. |
Au très
haut et très noble prince et son très cher fils Édouard
par la grâce de Dieu roi d’Angleterrre, etc., Jeanne, par cette même
grâce reine de Castille et de Léon, comtesse de Ponthieu,
etc, salut et pleine affection. |
2. Biaus fiez, comme je vous eusse autre foiz proie, par mes lettres
de la bosoigne le archevesque de Roen, d’endroit l’omage q’uil vous
doit fare, ke vous son homage vaussissies rechevour par procureur, duskes
a chou qe vous passeries la mer, pour chou q’uil est greves de la voie
de Rome, la ou il a molt en a faire; Et me sires
vous en prie par ses lettres, je vous pri en tant come je puis, ke vous
le proiere mon seigneur, & le nostre vuellies faire, se vous faire
le poes en nule maniere, s’eu [?en?] faites
tant qe il se puist apercheuoir que mes prieres li aient en aucune chose
pourfice, & q’uil nous en puist merchier.
|
Beau-fils,
comme je vous ai déjà prié une fois par ma lettre
au sujet de l’affaire de l’affaire de l’archevêque de Rouen, quant
à l’hommage qu’il doit vous rendre, que vous vouliez bien recevoir
son hommage par le biais d’un procureur spécial, jusqu’au moment
où vous franchirez la mer, vu qu’il est épuisé par
son voyage à Rome, où il a beaucoup d’affaires en cours,
Monseigneur aussi vous en prie par sa lettre. Je vous prie
autant qu’il est mon pouvoir de bien vouloir accéder à la
prière de Monseigneur et à la nôtre. Si vous ne pouvez
l’accorder en aucune manière, faites en sorte qu’il puisse se rendre
compte que mes prières lui aient été de quelque profit,
et qu’il puisse nous en remercier.
|
| 3. DIEUX soit avec vous. |
Que Dieu soit
avec vous. |
NOTES
1.
Jeanne... reine de Castille
et de Léon. Cette Jeanne, comtesse de Dammartin et de
Montreuil, qui devait mourir l’année suivante, en 1279, à
Abbeville dans son fief de Ponthieu, était la fille de Simon II comte
de Dammartin et de Marie de Ponthieu. Elle avait épousé en
1237 Ferdinand III Castille et de Léon (1201-1252), alors veuf de
Béatrice de Souabe, et qui sera canonisé en 1671. Veuve en
1252, elle s’était remariée à Jean de Nesle en mai 1260,
qui tint le duché de Ponthieu jusqu’à la mort de sa femme
à Abbeville comme le montre la monnaie ci-dessous qui porte en légende:
«IOh COMES PONTI» et «ABB(AT)IS / VILLE», c’est-à-dire «Jean
comte de Ponthieu» et «à
Abbeville».
Alphonse
X, depuis sur le trône de Castille, n’est pas son fils, mais c’est
bien l’une de ses filles, Éléonore de
Castille (1244-1290) qu’avait
épousée Henri Ier d’Angleterre.
2. Beau-fils. Henri Ier Plantagenêt avait
épousé en 1254 Éléonore de Castille
(1244-1290), fille de Ferdinand III et de Jeanne de Dammartin, dite aussi Éléonore
de Ponthieu parce qu’elle lui avait apporté
ce fief en dot. Henri n’en prit toutefois possession qu’à la mort
de Jeanne de Dammartin en 1279, qui en jouit jusqu’alors en compagnie de son deuxième
époux Jean de Ponthieu, auprès duquel elle mourut à
Abbeville un an après avoir écrit cette lettre.
Obole frappée à Abbeville par Jean de Nesle époux
de Jeanne de Dammartin, vers 1271-1279
Toute
observation relative à ces traductions ou aux notes qui les accpmpagnent
sera la bienvenue. B.G.
B.G.
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COMMENTAIRE
ÉTAMPES, Q.G. DU PARTI ANGLOPHILE EN
1278 ?
En France Philippe III le Hardi règne depuis la mort de son père
saint Louis en 1270. Depuis 1271 il a hérité de son oncle
Alphonse de Poitiers le comté de Toulouse, le Poitou et l’Auvergne,
qu’il incorpore au domaine royal, comme il le fera à la mort de son
frère Pierre en 1283 pour le Perche et le comté d’Alençon,
et pour les comtés de Nemours et de Chartres, achetés en 1274
et 1286 (ce dernier à notre Jeanne de Châtillon, sa belle-sœur).
Son règne est donc marqué par une nette extension du domaine
royal, largement préparée sous le règne précédent
de saint Louis (1).
Cependant on est encore très loin
de la monarchie absolue et le roi ne paraît pas tout à fait
libre de ses mouvements dans le royaume ni même au sein de sa propre
cour, divisée en deux partis. Marie de Brabant sa nouvelle épouse
depuis 1274, réussit en cette même année 1278 à
obtenir la tête de Pierre de la Broce (ou de la Brosse), ancien chirurgien
et valet de chambre de Louis IX que ses seuls mérites avaient porté
au faîte des honneurs. La nouvelle reine favorise le parti angevin,
où se fait remarquer surtout Charles d’Anjou, tandis que la reine-mère,
Marguerite de Provence, penche plutôt du côté des Anglais.
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Édouard Ier Plantagenêt
(1239-1307) est sur le trône d’Angleterre depuis 1272, mais il est
en fait au pouvoir depuis 1265. Il contrôle en France la partie
littorale de la Gascogne, mais non plus la Normandie, qui a été
arrachée en 1203 par Philippe Auguste à son grand-père
Jean-sans-Terre. C’est seulement à partir de 1346 que les Anglais
reprendront pied en Normandie.
Son père Henri III bien
avait tenté de récupérer en France les territoires
reconquis par Philippe Auguste, mais il a été battu à
Taillebourg et à Saintes par saint Louis en 1242. Au traité
de Paris en 1259, il a même renoncé officiellement au titre
du duc de Normandie.
On peut donc se demander à quel titre
l’archevêque de Rouen doit à cette date hommage au roi d’Angleterre,
comme le reconnaît ici sans difficulté Jeanne de Châtillon.
Il est probable que l’archevêché de Rouen détenait
outre-Manche plusieurs seigneuries et autres biens temporels dont il avait
été doté à différentes époques
depuis la conquête de l’Angleterre par les Normands en 1066, et que
c’est à ce titre que l’archevêque de Rouen devait dès
son investiture rendre hommage au roi d’Angleterre, théoriquement
en Angleterre même.
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C’est dans ce contexte que Guillaume de Flavacourt devient
archevêque de Rouen, le 22 mai 1278,
presque trois ans après la mort de son prédécesseur
Eudes Rigaud, mort à Gaillon le le 2 juillet
1275. Sur la raison de cette longue vacance du siège archiépiscopal
de Rouen, comme du voyage de Guillaume de Flavacourt à Rome «et ailleurs», comme le dit Jeanne de Châtillon,
nous ne savons rien à l’heure qu’il est et nous espérons
à ce sujet des éclaircissements d’internautes érudits,
spécialement rouennais.
Toujours est-il que, soit fatigue réelle,
ou raison de prudence, ce prélat cherche des appuis à la
cour de France pour l’excuser auprès du roi d’Angleterre de ne
pas se rendre auprès de lui pour lui rendre l’hommage féodal
qu’il est théoriquement obligé de lui rendre personnellement
en Angleterre.
Il semble avoir obtenu en ce sens une lettre
du roi lui-même, Philippe III le Hardi, si c’est bien ce que veut
dire Jeanne de Dammartin. En tout cas il sollicite aussi des lettres de
recommandations de hautes princesses du parti anglophile, dont le quartier
général semble avoir été Étampes, au
moins en cette année 1278. Il obtient d’abord une lettre de Jeanne
de Dammartin, veuve de Ferdinand III de Castille et belle-mère de
Henri III. C’est habile, car le roi d’Angleterre est son gendre, et il
sait qu’à sa mort le comté de Ponthieu lui reviendra. Elle
mourra de fait l’année
suivante.
L’archevêque sollicite encore une lettre
de Jeanne de Châtillon, comtesse de Chartres et d’Alençon et
belle-sœur de Philippe III le Hardi. Cette lettre
est rédigée à Étampes le 5 août 1278.
Puis encore une autre de la reine-mère Marguerite de Provence,
parvenue semble-t-il à son tour à Étampes entre-temps,
puisque c’est seulement le 1er septembre qu’elle rédige pour sa
part la lettre demandée, encore à Étampes, qui fait
partie de son douaire depuis la mort de saint Louis en 1270.
La présence du roi lui-même est
également attesté peu après à Étampes
en 1278 puisqu’il y donne en novembre des lettres patentes qui autorisent
la reine-mère à faire une donation aux religieuses de Villiers,
document cité par Dom Fleureau dans ses Antiquités d’Estampes,
page 138.
Ces documents attestent de l’importance que conserve
au treizième siècle la ville d’Étampes dans le domaine
royal. Jeanne de Châtillon, il est vrai, en tant que comtesse de
Chartres, est là en visite de voisinage, et Marguerite de Provence
est chez elle. Mais le roi lui-même y arrive ensuite. Tout ce beau
monde est sans doute hébergé dans le Palais dit du Séjour,
où se trouve actuellement le Palais de Justice, rue Saint-Antoine,
et qui conserve encore alors ses quatre tourelles, dont Basile Fleureau
nous a conservé le souvenir.
On peut de plus se représenter le luxe
dans lequel vivaient sur le pays ces grands du royaume de passage à
Étampes, par le témoignage de Jeanne de Châtillon
elle-même sur son lit de mort, pour citer Marie-Pierre Dion: «Elle évoque fréquemment durant son agonie
la vie luxueuse qui fut la sienne auparavant, parlant par exemple des
sergents-fourriers qui préparaient à l’avance ses déplacements,
précaution qui lui est refusée au moment de cet ultime voyage
(folio 41).»
Bernard Gineste
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(1) Mme Hennie Claude, spécialiste de la période
qui a publié une biographie de Robert III d’Artois, 1287-1342, Robert III d’Artois, l’homme sali (Paris, La Bruyère,
2007), nous communique les observations
suivantes, jointes à des éloges bien agréables pour ce
modeste travail:
«Le Hardi avait une liberté que certains
rois suivants n’ont pas eue, mais il a hérité d’un Royaume
en plein marasme, puisque le règne de son père a alterné
entre une rigueur quasi-religieuse et le plus grand désordre.
«Par exemple, depuis le traité de Paris signé
avec Henri III, Louis IX n’était pas retourné sur les terres
continentales du roi d’Angleterre.
«Philippe III a donc fait au mieux et au plus vite. Malheureusement,
ses 15 années de règne n’ont pas suffi à asseoir ses
réformes et les transformer en coutumes (dans le sens traditions).
«On sait ensuite ce que Philippe IV le Bel a fait du pouvoir.»
(courriel du 18 juin 2008).
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Toute correction,
correction ou contribution seront les bienvenues. Any criticism or contribution
welcome.
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Source des textes: texte
de l’édition d’Adam Clarke de 1816, d’après la saisie de
The Anglo-Norman Online Hub, en ligne en 2005.
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BIBLIOGRAPHIE PROVISOIRE
Éditions
Note sur le recueil de textes diplomatiques appelé
Foedera. Nommé historiographe
du roi en 1692, Thomas Rymer (1641-1713) commença en 1693 à
éditer un ouvrage réunissant tous les documents publics
témoignant des relations entre l’Angleterre et les autres nations
de 1101 à 1654. S’inspirant pour la méthode du Codex juris
gentium diplomaticus de Leibniz, cet ouvrage en quinze volumes in-folio
parut de 1704 à 1714 et fut augmenté de cinq derniers volumes
jusqu’en 1735 par Robert Sanderson.
Rapin publia des résumés
de son contenu qui furent publiés en anglais sous le titre Acta
Regia en 1726-1727.
Une deuxième édition en 17
volumes en fut donnée à Londres (chez Tonson) par George
Holmes de 1727 à 1729.
Un troisième édition en dix
volumes parut à La Haye de 1739 à 1745.
Une nouvelle édition, qui passe
pour la meilleure, bien que très incomplète puisqu’elle
ne couvre que les années 1069 à 1383, parut à Londres
de 1819 à 1833 (En fait cependant le 4e volume, imprimé
dès 1833, ne fut publié qu’en 1869). C’est le docteur Adam
Clarke qui avait été chargé de remonter jusqu’au
moment de la conquête de l’Angleterre par les Normands, assisté
par Frederick Holbrook, puis John Caley.
Notre lettre écrite par Jeanne de
Châtillon à Étampes en 1278 est publiée à
la page 561 du premier volume, publié par Clarke en 1816.
De 1869 à 1885, T. D. Hardy a publié
à Londres (chez HMSO) un Syllabus of Documents in Rymer’s ‘Foedera’
en trois volumes.
Tout récemment une équipe
supervisée par David Trotter a entrepris de numériser et
de mettre en ligne ceux de ces textes qui sont rédigés en
français, d’après la dernière et meilleure édition
des Foedera, sur le site The Anglo-Norman Online Hub, originellement
consacré à la refonte du Dictionnaire anglo-norman
que dirige David Trotter.
C’est le texte numérisé par
cette équipe que nous reprenons dans la présente page.
Thomas RYMER (1641-1713), Robert SANDERSON,
Adam CLARKE (?1760-1832), Frederick HOLBROOKE (†1850) & John CALEY,
Foedera. Conventiones, literæ, et cujuscunque generis acta
publica, inter reges Angliæ et alios quosvis imperatores, reges,
pontifices, principes, vel communitates, ab ingressu Guilemi I in Angliam
... ad nostra usque tempora, habita aut tractata, edited by Thomas Rymer
& Robert Sanderson. Additions and corrections by Adam Clarke and Frederick
Holbrooke [«Traités. Conventions,
lettres et actes publics de tous genres entre les rois d’Angleterre tous les autres empereurs, rois,
pontifes, princes ou collectivités, depuis l’entrée de Guillaume Ier en Angleterre...
jusqu’à notre époque,
édités par Thomas Rymer et Robert Sanderson. Avec des additions
et corrections opérées par Adam Clarke et Frederick Holbrooke»; 4 volumes, 1816-1869 (t.1: AD 1256-1307 (introduction de XII
p.); t.2:Volume 2: AD 1307-1343; t.3: AD 1344-1377; t.4: AD 1377-1383)],
London [Londres], Record Commissioners, London.
David TROTTER (project director),
Andrew ROTHWELL (project digitisation supervisor), Siân PILBOROUGH,
Russell KNEATH & Michael BEDDOW (XML markup) [éd.], «Foedera,
etc.: A.D.1278», in ID., The Anglo-norman Online Hub, http://www.anglo-norman.net/xslt/texts/foedera1.xml,
en ligne en 2005.
Bernard GINESTE [éd.], «Jeanne
de Châtillon: Lettre d’Étampes à Édouard
Ier Plantagenêt (1278)», in Corpus Étampois,
http://www.corpusetampois.com/che-13-1278jeannedechatillon-edouard1er.html,
2005.
Sur Jeanne
de Châtillon
Brigitte BEDOS-REZAK, «About the
Cover: An Image from a Medieval Woman’s World: The Seal of Jeanne de
Chatillon, Countess of Alencon (1271)», in Contance BERMAN [éd.],
The Worlds of Medieval Women: Creativity, Influence, Imagination,
Morgantown, West Virginia University Press, 1985, pp. ?-?.
CGB (Compagnie
Générale des Banques), «Blésois – Comté
de Blois – Jeanne de Châtillon (1279-1292)», in ID., cgb.fr,
monnaies, http://www.cgb.fr/monnaies/vso/v22/fr/monnaies514f.html,
en ligne en 2005.
Henri PLATELLE, «Les Regrets
de la comtesse Jeanne d’Alençon (morte en 1292), belle-fille de
saint Louis. Un nouveau manuscrit; une nouvelle version; un modèle
religieux», in Bulletin de la Société nationale
des antiquaires de France (1990), pp. ?-?.
Marie-Pierre DION, «les Regrets de
la comtesse Jeanne de Blois» [description du manuscrit 1202 de
la Bibliothèque Municipale de Valenciennes], in ANNEAU CULTUREL
DE VALENCIENNES, Les Manuscrits de la Bibliothèque, http://www-01.valenciennes.fr/bib/accueil/manus1202.asp,
en ligne en 2005.
Extrait: «En dépit de leur titre,
ces Regrés ne relèvent pas du genre de la «plainte
funèbre» mais contiennent la relation précise et
minutieuse de la maladie qui emporta en six jours Jeanne de Châtillon,
comtesse de Blois et d’Alençon (1253? - Blois, 29 janvier 1292).
Riche de détails concrets mais néanmoins stylisé
et dramatisé, ce journal est aussi un texte édifiant, un
«miroir» présentant à travers une mort exemplaire
un modèle de mort chrétienne.
«Descendante de Gautier d’Avesnes d’où
lui viennent de riches terres dans le nord, Jeanne de Châtillon
était une haute princesse, belle-fille de saint Louis par son mariage
avec Pierre de France, belle-sœur de Philippe III, tante de Philippe le
Bel et nièce de Charles d’Anjou. Elle évoque fréquemment
durant son agonie la vie luxueuse qui fut la sienne auparavant, parlant
par exemple des sergents-fourriers qui préparaient à l’avance
ses déplacements, précaution qui lui est refusée
au moment de cet ultime voyage (folio 41).»
|
Sur Jeanne de Dammartin
CGB (Compagnie Générale des
Banques), «Picardie – Comté de Ponthieu – Jean de Nesle et
Jeanne de Ponthieu (1251-1279)», in ID., cgb.fr, monnaies,
http://www.cgb.fr/monnaies/vso/v22/gb/monnaiesgbda53.html,
en ligne en 2005.
Sur Guillaume
I de Flavacourt (le nôtre)
L. GRAVES, Précis statistique
sur le canton du Coudray-Saint-Germer, arrondissement de Beauvais (Oise)
[in-8°; 128 p.; carte], sans mention d’éditeur, ni de date
[avant 1894], p. 48 [cité par MARGRY 1894].
Extrait: «La petite commune de Flavacourt,
située dans le pays de Thelle, à l’extrémité
du département de l’Oise, a été le théâtre
de grands événements pendant les guerres livrées dans
le Vexin français entre les rois de France et les ducs de Normandie,
et plus tard lors de la lutte qui, pendant plusieurs siècles, s’engagea
entre la France et l’Angleterre. Elle commandait le plateau qui s’étend
entre Chaumont, Gisors, Gournay et Beauvais, et les ruines de son château
témoignent de l’importance qu’elle avait à cette époque.»
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Markus SCHLICHT, « Pour la plus grande
gloire de l’archevêque: l’architecture de la cathédrale
de Rouen sous Guillaume de Flavacourt (1278-1306)», in Revue
de l’Art 138 (2002/IV), pp. 5-18.
Sur Guillaume
II de Flavacourt (sans doute son neveu)
Am. MARGRY & Eugène MÜLLER (1834-1918)
[éd.], Fragment d’un compte des recettes du domaine du roi dans
le bailliage de Senlis de l’année 1332, par MM. Margry et l’abbé
E. Müller [32 p.; extrait du Bulletin du Comité archéologique
de Senlis], Senlis, E. Dufresne, 1894 [dont une réédition
numérique en mode image, 1995, sur son site Gallica, http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-67340,
en ligne en 2005], pp. 17-18.
Extrait: «Rachata et Releveya. —
De homagio quod fecit domino Regi Robinetus de Abbecourt, scutifer, de
XXX libris terre ad partes quas habet in et supra maioria de calido monte
in welcassino de dono Guillelmi de flavacurte avunculi sui, sibi facto:
pro rachato dicte terre, pro toto, [p.18] XXXI. (Iste XXXI. capiuntur super
Regem, inter partes tornatas huius computi, per litteras Regis de dono
[Mention écrite au-dessus de texte, en interligne]).»
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Nicolas-Joseph-Jules
ROUYER (1820-1898), «?» [sur un jeton de compte de Guillaume
de Flavacourt], in Revue Numismatique, 1884, p. 324.
CGB (Compagnie Générale des
Banques), «Jeton de compte, Guillaume de Flavacourt archevêque
d’Auch puis de Rouen», in ID., cgb.fr, monnaies, http://www.cgb.fr/monnaies/jetons/j20/fr/monnaiesad98.html?depart=157&nbfic=1000,
en ligne en 2005.
ARCHIVES MUNICIPALES DE TOULOUSE, «AA45/28
: Mandement de Guillaume de Flavacourt, archevêque d’Auch, lieutenant
du roi en Languedoc, aux capitouls de Toulouse: Toulouse, 23 novembre
1349» & «AA45/8 (ref: AA45/11): Lettres patentes de Guillaume
de Flavacourt, archevêque d’Auch et Pierre de La Palu, capitaines
et lieutenants, du roi de France en Languedoc; Agen, 17 octobre 1340»,
in Archives Municipales de Toulouse [site officiel], http://www.archives.mairie-toulouse.fr/fonds/inventaire/articles/AA45/aa45_028.htm
& http://www.archives.mairie-toulouse.fr/fonds/inventaire/articles/AA45/aa45_008.htm,
en ligne en 2005.
Varia. Sur
un clerc rouennais d’origine étampoise au 13e siècle
Bernard GINESTE, «Polyptyque et obituaire
de Rouen: Jean d’Étampes, chantre à Rouen et curé
d’Harcanville, vers 1244», in Corpus Étampois,
http://www.corpusetampois.com/cls-13-1244jeandetampesarouen.html,
2004.
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