CORPUS HISTORIQUE ÉTAMPOIS
 
Bernard Gineste et alii
Jean d’Étampes a-t-il vécu 361 ans?
ou: La légende du Mathusalem étampois
2003-2006 
   
Armoiries des Comtes Stampa
 Armoiries des Comtes Stampa

     A partir du treizième siècle, plusieurs chroniqueurs répercutent une étrange légende qui a survécu jusqu’à nos jours: un certain Jean des Temps aurait vécu 361 ans, de 778 à 1139.
     Au tournant des XVe et XVIe siècles, on en vient à identifier ce mystérieux Jean des Temps à un certain Jean d’Etampes, mentionné par différentes chartes et chroniques sous le règne de Philippe Ier.
     Par suite de différentes confusions, les données sur ce personnage improbable se font de plus en plus précises et détaillées, voire véritablement pittoresques.
     Dans la forme la plus élaborée de cette légende, ce Jean, qui aurait été l’un des douze preux de Charlemagne, qui se serait d’abord illustré vers l’an 800, lors d’un combat singulier où il tua le Calife de Cordoue. Il aurait fait souche ensuite dans la région de Milan, où il serait l’ancêtre des comtes Stampa. Enfin il aurait épousé Eustachie de Corbeil, identifiée pour l’occasion avec une prétendue fille du roi Philippe Ier du même nom, et ne serait mort qu’au début du règne de Louis VII (1137-1180), après avoir survécu à plus de 70 papes: par quoi il méritait bien d’être appelé Jean des Temps.
     Nous rangeons par ordre chonologique ce qui s’est écrit, à notre connaissance, de cet étrange personnage, et nous donnons nos propres conclusions provisoires en dernier lieu. Merci de nous signaler toute autre référence qui nous aurait échappé, spécialement les sources italiennes, qui paraissent les plus prolixes, et de nous faire parvenir les textes que nous signalons sans avoir le temps ou la possiblité de les consulter.

     Je dois ici remercier plusieurs personnes qui m’ont contacté et signalé de nouvelles sources, à savoir: Jesko Stampa, généalogiste allemand (novembre 2003), Giacomo Cavallo, érudit parisien (mars 2004), le comte Henri de Stampa (septembre-octobre 2004), dont nous reproduisons ci-dessous un fort intéressant courrier, et Typhaine Letisserand, étudiante en histoire (janvier 2006). On voudra bien excuser les coquilles, probablement nombreuses dans la présente seconde version, très volumineuse, de cette page. N’hésitez pas à nous les signaler, merci.
 
De Jean des Temps à Jean d’Estempes
     Vincent de Beauvais.— Martin d’Oppavia.— Guillaume de Nangis.— Juan Gil de Zamora.— Sigimar de Kremsmünster.— Jean Lelong d’Ypres.— Autres chroniques flamandes.— Liber Terre Sancte d’Évreux.— Philippe de Bergame.— Fulgosius.— Johannes Nauclerus (Vergenhans).— Paul Émile.— Joachim Curius.— François de Belleforest.— Theodor Zwinger.— Giovanni Selino.— Paolo Morigia.— Jean Bodin.— Richard Verstegan.— Lewis Bayly.— Balthasar Exner.— Francis Bacon.— Thomas Browne.— Dom Basile Fleureau.— Pedro Calderón de la Barca.— Christian Friedrich Garman.— Henning Witte.— Johann Jacob Hofmann.— John Evelyn.— Les Comtes Stampa.— Jean Paul.— Johann Georg Theodor Grässe.— Robert Leslie Ellis. Emilio Seletti.— Felix Liebrecht.— Edward Peacock & Abram Smythe Palmer.— Gaston Paris.— Volkrat Stampa..— Jesko Stampa.— Giacomo Cavallo.— Le comte Henri de Stampa.— Bernard Gineste.
01. Vincent de Beauvais, Chronique (avant 1264)
Vincent de Beauvais (édition de 1624)
     Vincent de Beauvais, savant dominicain, a étudié à Paris à la fin du règne de Philippe Auguste, avant d’entrer couvent des dominicains de Saint-Jacques à Paris en 1218. Familier de saint Louis, il a peut-être été le précepteur de ses enfants, et son bibliothécaire. Son œuvre est caractéristique de l’esprit du XIIIe siècle, tout occupé à classer et à organiser les nouveaux espaces intellectuels ouverts par le siècle précédent: c’est l’âge des encyclopédies.
     Sa notice est la plus ancienne connue à ce jour sur notre mystérieux personnage. Nous ne connaîtrons sans doute jamais ses sources. On peut se demander si une édition critique de cette chronique n’en viendrait pas à corriger le nombre de 341 en 361: en effet, toutes les chroniques qui paraissent ensuite s’inspirer de celle de Vincent de Beauvais portent ce dernier nombre.


Texte de l’édition de Douai (1624)
Traduction B. G. (2006)
     [An. Christ. 1139.] Anno domini 1139. habitaculum seruorum Dei in loco qui dicitur ad Montem Dei construitur. Florebat hoc tempore ecclesia Gallicana per viros religione ac sapientia illustres: Milonem Morinensem episcopum humilitatis virtute præcipuum. Aluisum
Atrebatentem liberalitate atque consilio ac facundia clarum. Godefridum Lingonensem, Hugonem Antisiodorensem, Ioslenum Suessionensem, Giffridum Carnotensem, Albericum Bituricensem Archiepiscopum, scientiaque literarum atque consilij prudentia clarissimum. Inter hos & alios multos tunc claros scientia viros, Bernardus Clareuallensis vir opinatissimæ religionis eminentissimè clarebat, qui multorum miraculorum patrator, & verbi Dei seruentissimus, prædicator, atque multorum monasteriorum fundator, animarum lucra maxima Dei exhibebat, adeo vt magistri scholarum cum magno clericorum comitatu, etiam de longinquis regionibus ad eius optabile magisterium confluentes, centenario vel etiam ampliori novitiorum numero domum probationis implerent, & vno die 40. monachi fierent.
     Eodem anno Ioannes de temporibus moritur, qui annis 341. vixerat à tempore Caroli magni cuius armiger fuerat.
     [An. Christi 1140.] Anno Domini 1140. cenobium sanctæ Mariæ de frigido monte fundatum est.
(p.1102)
     [1139] L’an du Seigneur 1139 fut construite la résidence des serviteurs de Dieu  qui s’appelle Mont-Dieu. En ce temps-là l’église gallicane s’illustrait par des hommes célèbres par leur piété et leur sagesse: Milon, évêque de Théouanne, caractérisé par la vertu d’humilité, Alvise d’Arras réputé pour sa libéralité, son bon sens et sa faconde, Geoffroy de Langres, Hugues d’Auxerre, Jocelin de Soissons, Geoffroy de Chartres, Aubry archevêque de Bourges, fort réputé pour sa connaissance des lettres et la sagesse de ses avis. Parmi ceux-ci et bien d’autres hommes réputés pour leur science, brillait par-dessus tout Bernard de Clairvaux, homme d’une piété des plus vantées, qui, accomplissant de nombreux miracles, servant mieux que personne la parole de Dieu et fondant de nombreux monastères, gagnait à Dieu de très nombreuses âmes, au point que des maîtres d’école accompagnés d’un grand nombre de clercs, affluant même de régions fort éloignées vers une autorité si désirable, emplissaient le logis des candidats d’un nombre de novices atteignant la centaine, voire davantage, et qu’en un seul jour il se fit quarante moines.
     La même année meurt Jean des Temps, qui avait vécu 341 ans, depuis l’époque de Charlemagne, dont il avait été écuyer.
     [1140] L’an du Seigneur 1140 fut fondé le monastère de Notre-Dame de 
Froidemont.
Éditions
     LEANDER A SANCTO-MARTINO (Léandre de Saint-Martin, Leander of St-Martin, nom de religion de John JONES) [éd.], Bibliotheca Mundi, seu Speculi Maioris Vincentii Burgundi, præsulis Bellovacensis, ordinis Prædicatorum, theologi ac doctoris eximii, Tomus Quartus, qui Speculum Historiale inscribitur: in quo universa totius orbis, omniumque populorum ab orbe condito usque ad Auctoris tempus Historia continetur, pulcherrimum actionum civilium & ecclesiasticarum Theatrum. Omnia nunc accuratè recognitæ, distinctè ordinata, suis unicuique autori redditis exactè sententiis; summariis prætereà & observationibus, quibus anteà carebant, illustrata. Operà & studio Theologorum Benedictorum Collegii Vedastini in Alma Academia Duacensi [in-f°; pagination multiple (environ 2000 p. dont 1334 p. plus les index; «Bibliothèque du Monde, ou: Quatrième tome du Grand Miroir de Vincent de Bourgogne, évêque de Beauvais, qui est intitulé le Miroir Historique, dans lequel est contenue toute l’histoire du monde entier et de tous les peuples depuis la création du monde jusqu’à l’époque de l’auteur. Le tout étant maintenant vérifié et mis dans un ordre clair, chaque citation étant correctement attribuée à son auteur, et le tout étant en outre éclairci par des résumés et des remarques qui auparavant faisaient défaut. Par le travail et les recherches du collège des théologiens bénédictins de Saint-Vaast de l’académie de Douai»], Duaci (Douai), ex Officina Typographica Baltazaris Belleri (Balthazar Beller), sub Circino aureao. Anno M.DC.XXIV (1624) [dont une réédition numérique en mode image par la BNF, 1995, mise en ligne sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=N081676, en ligne en 2006], p. 1102.
02. Martin d’Oppavia, Chronique (avant 1278).

Martin d'Opava (édition de 1925)
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     Martin de Troppau, ou d’Oppavia, selon qu’on adopte le nom germanique ou slave de cette localité de Bohème, actuellement située en Tchéquie, est un dominicain qui est mort à Rome, chapelain et pénitentiaire du pape, laissant plusieurs ouvrages, dont une Chronique. Il dépend visiblement de Vincent de Beauvais pour ce qui nous occupe.
     Les différences entre le texte (et le contexte) des notices de Vinccent de beauvais et de Martin d’Oppavia paraissent minimes mais sont en réalité considérables. Nous monterons dans nos propres conclusions que Matin d’Oppavia paraît beaucoup plus près du texte originel que Vincent de Beauvais, et que, correctement analysé, son texte tend à prouver que la date de la mort de Jean était originellement 1039, plutôt que 1139.


Texte de l’édition de Hanovre (1872)
Traduction et notes de B. G. (2006)
     [1138] Conradus II. imperavit annis 15. Huius tempore quidam magister Arnaldus nomine predicavit in urbe Roma, reprehendens divicias et superfluitates. Per cuius dicta multi magnates Romanorum sequebantur eum. Qui postea captus ad odium clericorum est suspensus. Huius tempore Ascalon capta est a christianis. Huius tempore anno Domini 1039. Iohannes de Temporibus, qui annis 361 vixerat a tempore Karoli Magni, cuius armiger fuerat, est defunctus. [Un autre manuscrit où se passage est porté par une deuxième main porte: Huius tempore anno Domini 1039. Iohannes de Temporibus obiit, qui annis 361 vixerat a tempore Karoli Magni, cuius armiger fuerat.] Hic Conradus rex in Frankenvort a sancto Bernardo cum cunctis pene principibus crucis caractere est insignitus, et illius temporibus socii peregrinacionis super numerum multiplicantur. Nam de Lothoringis, Flandria et Anglia cum 200 pene navibus proficiscuntur. Conradus itaque imperator cum innumerabili multitudine peregrinacionem aggressus, Yconium pervenit. Cui Ludovicus rex Francorum cum multa milicia per Ungariam descendens, ibidem advenit.
(M.G.H., t. XXII, p. 469)
     [1139] Conrad II [en fait Conrad III] fut empereur pendant quinze ans [1138-1152]. De son temps un certain écolâtre du nom d’Arnaud précha à Rome, réprouvant les richesses et le luxe. Entraîné par ses dires, nombre de magnats des Romains le suivaient. Mais ensuite il fut pris à faire haïr les clercs et suspendu. De son temps Ascalon fut prise par les chrétiens [en fait: 1153]. De son temps, l’an du Seigneur 1039 [sic: on notera que c’est Conrad II qui a régné de 1024 à 1039], mourut Jean des Temps, qui avait vécu 361 ans depuis l’époque de Charlemagne, dont il avait été écuyer. Ce roi Conrad, à Franckfort, fut marqué du signe de la croix par saint Bernard avec presque tous les princes, et du temps de celui-ci ceux qui s’associent à la croisade se multiplient d’une manière incalculable. En effet ils partent de Lorraine, de Flandre et d’Angleterre à bord de près de 200 navires [1147]. Ainsi donc l’Empereur Conrad ayant entamé son expédition en compagnie d’une multitude innombrable, arrive à Iconium. Louis, roi des Francs, descendant pour le rejoindre par la Hongrie avec une armée innombrable, arrive au même endroit, etc.
Éditions
          Ludowicus (Ludwig) WEILAND [éd.], «Martini Oppaviensis Chronicon Pontificum et Imperatorum» («Chronique des papes et des empereurs par Martin d’Oppavia»), in Georgius Heinricus (Georg Heinrich) PERTZ (serenissimo Borussiae regi a consil. regim. int. bibliothecae regiae praefectus) [éd.], Monumenta Germaniae Historica, inde ab anno Christi quingentesimo usque ad annum millesimum et quingentesimum, auspiciis Societatis aperiendis fontibus rerum Germanicarum medii aevi. Scriptorum tomus XXII [VIII+564 p.], Hannoverae (Hanovre), impensis bibliopolii aulici Hahniani (Hahn), MDCCCLXXII (1872). [Réédition anastatique: Leipzig, Karl W. Hiersemann, 1928. Dont une réédition en microfiches (15 micorfiches), Leiden, IDC, XXe siècle. Dont une réédition numérique en mode image par la BNF, 1995, mise en ligne sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93451j, en ligne en 2006], pp. 377-475, spécialement p. 469.
03. Guillaume de Nangis, Chronique (avant 1301)
Guillaume de Nangis (édition de 1722)
Guillaume de Nangis (édition de 1840)

     Guillaume de Nangis,  bénédictin de Saint-Denis, mort en 1300, fut garde des chartes de Saint-Denis de 1289 à 1299. On lui doit entre autres une Chronique des rois de France. Nous reproduisons un extrait assez large pour qu’on puisse mesurer à quel point il dépend ici de Vincent de Beauvais, cité plus haut, dont il reprend des phrases entières.

Texte de l’édition de Paris (1840)
Traduction de François Guizot (1825)
     MCXXXVIII. Petrus Leonis, qui per schisma papatum invaserat per octo annos, judicio Dei percussus interiit. Tunc Innocentius papa ordinatos ab eo degradavit, et ne ultra promoverentur ad ordines judicio Dei decrevit. Florebat hoc tempore Theobaldus comes Campaniæ, pater orphanorum, judex viduarum, cæcorum oculus, pes claudorum, in pauperibus sustinendis singulariter munificus, in construendis monasteriis et erga religiosos quoscumque largitate incomparabilis. Hic abbatiam sancti Florentii salmuriensis et abbatiam Eleemosynæ cisterciensis, ac plures alias construxit. Genuit autem ex Matilde uxore sua, nobili genere Teuthonicorum progenita, Henricum comitem Campaniæ, et Theobaldum comitem blesensem, ac Stephanum comitem Sacri-Cæsaris, Guillermum primò carnotensem electum, deinde senonensem archiepiscopum, post remensem; item Adelam reginam Francorum, comitissam de Pertico, comitissam Barri, ac uxorem ducis Burgundiæ.
     Florebat etiam Guillermus nivernensis comes insignis, cujus devotio mira enituit, dum de potenti principe sæculi factus est in Carthusia humilis pauper Christi. Florebat et sanctus Bernardus abbas Clarevallis, et sanctus Malachias in Hybernia, qui mortuum suscitavit. Florebat etiam magister Gilbertus cognomento Porree, tam liberalium artium quàm divinarum scripturarum doctor eximius, et fere incomparabiliter eruditus. Hic post magistrum Anselmum super psalterium et super epistolas Pauli ex dictis Sanctorum Patrum compactam edidit glossaturam.
     MCXXXIX. Obiit Johannes de Temporibus, qui vixerat annis trecentis sesaginta uno à tempore Karoli magni, cujus armiger fuerat. His temporibus quidam pseudo-imperator in partibus Alemanniæ surrexit, qui per aliquot annos apud Solodorum in reclusione vivens, [p.751], egressus inde imperatorem Henricum perditum se esse mentiendo dixit, et cùm multos seducendo sibi allexisset in tantum ut pro eo etiam graves pugnæ et homicidia
fierent, aliis eum recipientibus, aliis seductorum palam profitentibus, tandem declaratâ ejus falsitate, Cluniaci in monachum attonsus est.
     MCXL. Obiit magister Hugo sancti Victoris parisiensis canonicus regularis. Habitaculum servorum Dei carthusiensium in loco qui dicitur ad montem Dei construitur. Cœnobium sanctæ Mariæ Frigidimontis in episcopatu belvacensi cisterciensis ordinis fundatur. Henricus frater regis Franciæ Ludovici apud Clarevallem monachus effectus est, qui non multò pòst ad episcopatum belvacensem est assumptus; fueruntque præter istum Henricum alii fratres regis Franciæ, Robertus Drocarum comes, et Petrus dominus de Cortenayo. Innocentius papa fundavit apud Aquas-Salvias monasterium sancti Anastasii martyris, et constructis ibidem cœnobialibus mansionibus, petiit à Clarevalle conventum monachorum et abbatem. Missus est autem illuc cum conventu Bernardus pisanæ civitatis olim vicedominus, qui postmodùm fuit papa Eugenius.
     Florebat hoc tempore gallicana ecclesia per viros religione et sapientiâ. illustres, Milonem morinensem episcopum, humilitatis virtute præcipuum, Alvisum attrebatensem pontificem, liberalitate atque consilio et facundiâ clarum; Godefridum lingonensem; Hugonem autissiodorensem; Goslenum suessionensem; Gaufridum carnotensem episcopos; Albericum bituricensem archiepiscopum, scientiâ litterarum atque consilii prudentiâ clarissimum; Sugerium abbatem sancti Dionysii in Francia, virum eruditissimum. Inter hos et alios multos tunc claros scientiâ viros, Bernardus abbas Clarevallis vir opinatissimæ religionis eminentissime clarebat, qui multorum miraculorum patrator, ac verbi Dei servientissimus prædicator, atque plurimorum monasteriorum fundator, animarum Deo lucra maxima exhibebat; adeo ut magistri scholarum cum magno clericorum comitatu etiam de longinquis regionibus ad ejus optabile magisterium confluentes, centenario vel etiam ampliori novitiorum numero domum probationis implerent, et unâ die quadraginta monachi fierent. Florebat etiam magister Richardus de sancto Victore parisiensis canonicus regularis, qui in libris et tractatibus variis multa Ecclesiæ sanctæ utilia descripsit. Claruit præterea his temporibus Hugo de Folieto Sancti Petri corbiensis monachus, qui librum de claustro animæ et corporis composuit. Alii dicunt istum Hugonem in pago ambianensi fuisse canonicum regularem.

(Recueil des Historiens, t. XX, p. 750-751)
     [1138.] Pierre de Léon, qui s’était, par un schisme, emparé pendant huit ans du pontificat, mourut, frappé du jugement de Dieu. Alors le pape Innocent destitua ceux qu’il avait ordonnés, et les déclara, par le jugement de Dieu, incapables d’être élevés aux ordres de l’Eglise. Dans ce temps florissait Thibaut comte de Champagne, père des orphelins, le défenseur des veuves, l’œil des aveugles, le pied des boiteux, qui soutenait les pauvres avec une singulière munificence, et se montrait incomparablement libéral [p.20] à aider toutes sortes de religieux, et construisit des monastères. Il fit bâtir l’abbaye de Saint-Florent de Saumur, l’abbaye d’aumône de Cîteaux, et plusieurs autres. Il eut de Mathilde, sa noble épouse, allemande d’origine, Henri, comte de Champagne Thibaut, comte de Blois; Etienne, comte de Sancerre; Guillaume, qui fut d’abord élu archevêque de Chartres, ensuite archevêque de Sens, et après archevêque de Rheims; Adèle, reine des Français, comtesse du Perche, comtesse de Bar, et femme du duc de Bourgogne.
     En ce temps florissait aussi le noble Guillaume, comte de Nevers, qui fit éclater sa merveilleuse dévotion, en se rendant, de puissant prince du siècle qu’il était, humble pauvre du Christ au monastère des Chartreux. Dans ce temps florissait saint Bernard, abbé de Clairvaux, et saint Malachie en Hibernie, qui ressuscita un mort. Alors florissait aussi maître Gilbert, surnommé Porré, aussi célèbre, et presque aussi incomparable dans les arts libéraux que dans la science des divines Ecritures. Il continua, d’après les saints pères, les commentaires de maître Anselme sur le psautier et les épîtres de saint Paul.
     [1139.] A cette époque mourut Jean Des Temps, qui avait vécu trois cent soixante et un ans depuis le temps de Charlemagne, dont il avait été homme d’armes. Dans ce temps il s’éleva en Allemagne un faux empereur qui, après avoir vécu pendant quelques années dans la retraite à Soleure, en sortit, et prétendit faussement être l’empereur Henri, qui avait disparu. Ayant, par ses mensonges, séduit beaucoup de gens, il les attacha tellement à son parti, qu’il en advint de cruels et meurtriers combats, les uns le recevant, et [p.21] les autres le proclamant publiquement un imposteur; mais enfin son imposture fut reconnue, et il fut tonsuré moine de Cluny.
     [1140.] En ce temps mourut maître Hugues, chanoine régulier de Saint-Victor à Paris. On construisit dans un endroit appelé Montdieu une maison de serviteurs de Dieu de l’ordre des Chartreux. Le monastère de Sainte-Marie de Froidemont, de l’ordre de Cîteaux, fut fondé dans l’évêché de Beauvais. Henri, frère de Louis, roi de France, se fit moine à Clairvaux, et, peu de temps après, fut élevé à l’évêché de Beauvais. Outre ce Henri, le roi de France eut d’autres frères, Robert, comte de Dieux, et Pierre, seigneur de Courtenai. Le pape Innocent fonda le monastère de Saint-Anastase, martyr; et y ayant fait construire des demeures pour les moines, il demanda une 
société de moines et un abbé tirés de Clairvaux. On y envoya, avec une société de moines, Bernard, autrefois vicomte de la ville de Pise, qui dans la suite devint le pape Eugène.
     Dans ce temps des hommes célèbres par leur dévotion et leur sagesse faisaient fleurir l’Eglise française: c’était Milon, évêque des Morins, remarquable par sa vertueuse humilité: Éloi, évêque d’Arras, fameux par sa libéralité, sa sagesse et sa faconde; Geoffroi, évêque de Langres; Hugues, évêque d’Autun [distraction de Guizot: il s’agit d’Auxerre (B.G)], Goslin, évêque de Soissons; Geoffroi, évêque de Chartres; Aubry, archevêque de Bourges, homme savant et célèbre par la sagesse de ses conseils; Suger, abbé de Saint-Denis en France, homme très-érudit. Parmi eux et beaucoup d’autres hommes remarquables par leur science, brillait éminemment Bernard, abbé de [p.22] Clairvaux, homme de la plus éclatante dévotion, qui fit un grand nombre de miracles, prêcha avec la plus grande ferveur la parole de Dieu, fonda plusieurs monastères, et gagna à Dieu beaucoup d’âmes; au point que les maîtres des écoles, accompagnés d’un grand nombre de clercs, accourant en foule des nations lointaines se ranger sous son excellente domination, remplirent la maison d’épreuves de plus de cent novices, et que quarante se firent moines en un jour. On voyait aussi fleurir maître Richard, chanoine régulier de Saint-Victor de Paris, qui écrivit, dans différens livres et traités, beaucoup de choses utiles à la sainte Église. Dans ce temps brilla aussi Hugues de Feuillet, moine de Saint-Pierre de Corbeil, qui composa un livre de la prison de l’âme et du corps; d’autres disent que ce même Hugues fut chanoine régulier dans le territoire d’Amiens.
Éditions
     Première édition: Domnus Lucas D’ACHERIUS (Dom Luc d’Achery, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur), [éd.], «Nangiacum Chronicon», in ID. [éd.], Veterum aliquot scriptorum qui in Galliae bibliothecis, maxime Benedictinorum, latuerant, Spicilegium... opera et studio D. Lucae d’Acherii,... [in-4°; 13 volumes; ouvrage communément appelé Spicilegium], Parisiis (Paris), apud C. Savreux, 1655-1677., in Spicilegium [in-4°], tome. XI, pp. 405-602.
     Deuxième édition: Ludovicus-Franciscus-Joseph de LA BARRE (Louis-François-Joseph de LA BARRE), Edmundus MARTENE (Edmond MARTÈNE, 1654-1739), Stephanus BALUZE (Étienne BALUZE, 1630-1718) [réviseurs & éd.], Domnus Lucas D’ACHERY (dom Luc D’ACHERY) [premer éditeur], «Nangiacum Chronicon», in ID. Spicilegium sive collectio veterum aliquot scriptorum qui in Galliae bibliothecis delituerant, olim editum operâ ac studio D. Lucæ d’Achery, prebyteri ac monachi ordinis sancti Benedicti, congregationis s. Mauri. Nova editio prior accuratior, & infinitis propè mendis ad fidem mss. Codicum, quorum varias lectiones V. C. Stephanus Baluze, ac R.P.D. Edmundus Martene collegerunt, expurgata, per Ludovicum-Franciscum-Joseph De La Barre, Tornacensem [in-8; 3 volumes], Parisiis (Paris), Montalant, 1721-1723. Dont une réédition numérique en mode image par la BNF (curieusement, seulement des tomes II et III) sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1085969 (tome II) et http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k108597p (tome III)], t. III, p. 1-53, spécialement p. 5. 
     Troisième édition: Pierre-Claude-François DAUNOU (1761-1840) & Joseph NAUDET (1786-1878) [éd.], «Suppleta pars prior Chronici Guillelmi de Nangiaco, ann. 1113-1226» (aliter: «Chronicon Guillelmi de Nangis, sive Nangiaci, monachi Sancti Dionysii in Francia, ordinis sancti Benedicti»), in ID. [éd.], Rerum Gallicarum et Francicarum Scriptores. Tomus vigesimus – Recueil des Historiens des Gaules et de la France. Tome vingtième, contenant la première livraison des monumens des règnes de Saint Louis, de Philippe le Hardi, de Philippe le Bel, de Louis X, de Philippe V et de Charles IV, depuis MCCXXVI, jusqu’en MCCCXXVIII, publié par MM. Daunou et Naudet, membres de l’Institut [in-8° (42 cm); LXVII+844 p.; 1 folio de frontispice; table p. LXVI], Paris, Imprimerie Royale, 1840 [dont une réédition en microfiches: Doetinchem, Microlibrary Slangenburg Abbey, sans date; dont une réédition numérique en mode image par la BNF, 1995, mise en ligne sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50138z, en ligne en 2006], pp. 725-763 (et non 752-763 comme indiqué par erreur par la BNF), spécialement pp. 750-751.
Traduction
     François GUIZOT [trad.], Chronique de Guillaume de Nangis [IX+421 p.; en fait traduction de la fin de cette chronique (de 1113 à 1301) et de sa première continuation (1301-1327)], Paris, J.-L.-J. Brière [«Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France depuis la fondation de la monarchie française jusqu’au 13e siècle, avec une introduction, des suppléments, des notices et des notes, par M. Guizot, professeur d’histoire moderne à l’Académie de Paris (1823-1835)» 13], 1825 [dont une réédition numérique en mode image par la BNF, 1995, mise en ligne sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k946086, en ligne en 2004], p. 20.
Sur Guillaume de Nangis
     M. de SAINTE-PALAYE, «Mémoire sur la vie et les ouvrages de Guillaume de Nangis», in Mémoires de l’Académie des Inscriptions, tome VIII, pp. 560-578.
     DAUNOU & NAUDET, «Monitum», in op. cit., pp. 543-544.
     François GUIZOT, «Notice sur Guillaume de Nangis», in op. cit., pp. VII-IX.
04. Juan Gil de Zamora, Chronique (avant 1318)

     Juan Gil de Zamora, en latin Johannes Aegidius Zamorensis, en français parfois Egide de Zamore, était un  clerc séculier à Madrid, en 1266. Il entre dans les ordres en 1269-1270 et devient maître en théologie à Zamora en 1278. Ami et collaborateur du roi Alphonse X, c’est un encyclopédiste important, qui a notamment rédigé une Chronique.
     On remarquera que Juan Gil de Zamora présente la même anomalie que Martin d’Oppavia: il date la mort de Jean du règne de Conrad II, mais dans un contexte chronologique qui ne convient qu’à Conrad III, de sorte qu’on doit comme dans le cas précédent se demander où est l’erreur: ou bien le numéro de l’empereur est inexact, ou bien la notice a insérée au mauvais endroit dans leur source. Mais comme, chez Martin, la date également est aberrante dans le contexte (1039) et correspond au numéro de l’empereur (Conrad II), c’est la deuxième solution qui paraît la plus vraisemblable.

Édition Fita de 1884
Traduction B. G. (2006)
    [VII.] [19] Henrricus quartus Henrrici filius imperator, suscepto imperio, patrem suum capiens, in vinculis mori fecit. Huius temporibus papa Kalixtus, compostellanum episcopum, pro reverencia Beati Jacobi qui ibi quiescit, ad archiepiscopatus apicem sublimavit, [p.189] subiiciens Emeritanam provinciam sibi totam. Tempore Lotharii IIII, tanta siccitas in Francia fuit, ut flumina, lacus, fontes, et puttei siccarentur. Ignis quoque quod per rimas terram subintraverat, nec ymbribus, nec frigore nec arte aliqua biennio extingui potuit. Temporibus Conrradi secundi, Johannes de temporibus, qui annis CCCLXI vixerat, a tempore Karuli Magni cuius armiger fuerat, est defanctus.
     [VII.19] L’empereur Henri IV [Lisez Henri V, 1106-1125] fils d’Henri [Henri IV, 1056-1106], après avoir accédé à l’empire, capturant son père, le fit mourir en prison. De son temps le pape Calixte [1119-1124], par révérence pour saint Jacques qui repose là, éleva l’évéche de Compostelle au rang d’archevêché en lui soumettant toute la province de Mérida. Au temps de Lothaire IIII [Lisez Lothaire III, 1123-1137], il y eut en France une si grande sécheresse que les fleuves, les lacs, les sources et les puits s’asséchèrent. Aux temps de Conrad II [Même numéro aberrant que chez Martin d’Oppavia], Jean des Temps, qui avait vécu 361 ans, depuis le temps de Charlemagne dont il avait été écuyer, trépassa.
Éditions
     Manuscrit: Biblioteca de la Real Academia de la Historia, estante 23, grada 7. Códice A, 189, fol. 99-136 (copie déficiente du XIVe siècle).
     Fidel FITA, «Dos libros (inéditos) de Gil de Zamora: I. Liber de preconiis Hispanie. II. Liber de preconiis civitatis Numantine», in Boletín de la Real Academia de la Historia 5 (1884), pp. 131-200. Dont une réédition numérique en mode texte in FUNDACION BIBLIOTECA VIRTUAL MIGUEL DE CERVANTES, Biblioteca Virtual Miguel de CervantesLa Biblioteca de las Culturas Hispánicas, http://www.cervantesvirtual.com/servlet/SirveObras/12504986456704839654657/p0000017.htm#I_24_, en ligne en 2006.
05. Sigimar de Kremsmünster, Chronique (début du XIVe siècle)
Sigimar de Kremsmünster (édition de 1851)

     Wilhelm Wattenbach, qui a édité en 1851 pour les Monumenta Germaniae Historica différentes annales autrichiennes, et entre autres celle de Melk avec chacun de ses divers remaniements, a notamment publié dans ce cadre les additions qui ont été faites à cette chronique par un moine de Kremsmünster qu’il supppose être Sigimar, cellérier de ce monastère au début du XIVe siècle.

Texte de l’édition de Hanovre (1851)
Traduction B. G. (2006)
     1138. Hoc anno mortuus est Iohannes de temporibus, qui 361. annis vixerat, scilicet a tempore Karoli Magni, cuius armiger fuerat.
     Sanctus Bernardus floruit.

(M.G.H., t. IX, p. 554)
     1138. Cette année-là mourut Jean des temps, qui avait vécu 361 ans, à savoir depuis l’époque de Charlemagne, dont il avait été écuyer.
     C
est le temps de Saint Bernard. 
Éditions
               Wilhelmus (Wilhelm) WATTEBACH [éd.], «Annales Mellicenses a. 1-1124-1123: Auctarium Cremifanense a. 249-1217» [«Surplus de Kremsmünster pour les années 249-1217» (additions anonymes au canevas de la chronique de Melk, attribuées par l’éditeur précisément à Sigimar de Kremsmünster)], in Georgius Heinricus (Georg Heinrich) PERTZ (serenissimo Borussiae regi a consil. regim. int. bibliothecae regiae praefectus) [éd.], Monumenta Germaniae Historica, inde ab anno Christi quingentesimo usque ad annum millesimum et quingentesimum, auspiciis Societatis aperiendis fontibus rerum Germanicarum medii aevi. Scriptorum tomus IX [VIII+910 p.], Hannoverae (Hanovre), impensis bibliopolii aulici Hahniani (Hahn), MDCCCLI (1851) [Réédition anastatique: Leipzig, Karl W. Hiersemann, 1925. Dont une réédition en microfiches (24 micorfiches), Leiden, IDC, sans date. Dont une réédition numérique en mode image par la BNF, 1995, mise en ligne sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k934370, en ligne en 2006], pp. 550-554, spécialement p. 554.
06. Jean Lelong d’Ypres, Chronique de Saint-Bertin (avant 1383)
Chronique de Saint-Bertin par Jean lelong d'Ypres (mort en 1383)

     Jean Lelong était un moine du monastère de Saint-Bertin, à Saint-Omer, en Flandre, dont on date la mort de 1383. On lui doit une importante chronique, dite de Saint-Bertin. Comme Martin d’Oppavia et Juan Gil de Zamora il place la mort de Jean sous le règne de Conrad II (mort en 1039) alors qu’on est d’après la date qu’il donne sous Conrad III (1139).

Texte de l’édition de 1925
Traduction B. G. (2006)
     Leo vero noster indultum sibi privilegium a papa super hac sententia secum afferens, prospere gaudensque repatriavit. Quod privilegium sic incipit: Innocentius episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Leoni abbati Sancti Bertini eiusque successoribus regulariter substituendis in perpetuum. Que ad perpetuam ecclesiarum et cet. Datum Laterani anno Domini 1139. Item attulit litteras quibus papa mandat Theodorico comiti Flandrie, Sibille eius comitisse et baronibus per Flandriam constitutis iudicium predictum, mandans, ut hoc monasterium et abbatem eius in has sua iusticia manutenere defendereque curent. Itemque consimiles Willelmo castellano et tam majoribus quam minoribus ville Sancti Audomari; similes quoque Miloni episcopo, Philippo et Miloni archidiaconis et toto capitulo Minororum. Et hec tria eiusdem date cum originali sentencia predicta. Datum Laterani anno Domini 1139.
     Eodem anno ecclesia de Ardea, que nunc dicitur prioratus de Ardea, data est Theodorico abbati de Capella. Et eodem anno obiit Iohannes de Temporibus, qui fuerat armiger regis et imperatoris Karoli Magni, et ab eiusdem Karoli Magni tempore vixerat usque nunc, id est annis 361, hoc anno defunctus est, id est anno Domini 1139. Imperante Conrardo secundo necdum coronato.
(M.G.H., t. XXV, p. 801)
     Notre cher Léon apportant avec lui la charte qu’il s’était fait accorder par le Pape relativement à cette sentence, regagne heureusement et joyeusement sa patrie. Ce privilège commence ainsi: L’évêque Innocent, serviteur des serviteurs de Dieu, à son cher fils Léon abbé de Saint-Bertin et à ceux qui seront désignés de façon légitime pour lui succéder à jamais. Pour que des églises la perpétuelle etc. Donné au Latran l’an du Seigneur 1139. En outre il rapporta une charte dans laquelle le Pape ordonne au comte de Flandre Thierry, à sa comtesse Sybille et aux barons en fonction par toute la Flandre d’avoir soin de soutenir par leurs jugements et de défendre en ces matières ce monastère et son abbé. Et une autre charte semblable adressée au châtelain Guillaume et tant aux notables qu’à la population de la ville de Saint-Omer. Une autre aussi à l’évêque Milon, aux archidiacres Philippe et Milon et à toute l’assemblée du peuple. Et ces trois documents ont la même date que la susdite sentence: Donné au Latran l’an du Seigneur 1139.
     La même année l’église du Héron, qui s’appelle présentement le prieuré du Héron fut donnée à l’abbé Thierry de la Chapelle. Et la même année mourut Jean des Temps, qui avait été écuyer du roi et empereur Charlemagne, et qui avait vécu depuis le temps du dit Charlemagne jusqu’alors, soit 361 ans; il décéda cette année-là, c’est-à-dire l’an du Seigneur 1139, sous le règne de l’empereur Conrad II [à nouveau qui n’avait pas encore été couronné.
Éditions
     Oswald HILDER-EGGER [éd.], «XXX. Chronica monasterii Sancti Bertini auctore Iohanne Long»  [«Chronique de Saint-Bertin due à Jean Lelong»], in Monumenta Germaniae Historica, inde ab anno Christi quingentesimo usque ad annum millesimum et quingentesimum, auspiciis Societatis aperiendis fontibus rerum Germanicarum medii aevi. Scriptorum tomus XXV [VIII+957 p.], Leipzig, Karl W. Hiersemann, 1925. Dont une réédition en microfiches (24 micorfiches), Leiden, IDC, sans date. Dont une réédition numérique en mode image par la BNF, 1995, mise en ligne sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93454k, en ligne en 2006], pp. 736-866, spécialement p. 801.
07. Autres chroniques flamandes (?)

     Selon Felix Liebrecht (1879), cité par Gaston Paris (1891), ce sont des chroniques flamandes qui feraient mention de Jean des Temps. Il n’y aurait pas donc seulement la chronique de saint-Bertin que nous venons de citer à évoquer ce personnage, et nous faisons appel aux chercheurs qui tomberaient sur ces passages pour nous nous les signaler, au cas où le manque de rigueur de Gaston Paris ou de Liebrecht ne nous induirait pas ici en erreur.


Texte non disponible
Traduction à venir

 
Source:
     Felix LIEBRECHT, Zur Volkskunde. Alte und Neue Aufsätze [in-8; XVI+522 p.], Heilbronn, Henninger, 1879, p. 107 [cité par PARIS 1891].
     Gaston PARIS, Le Juif errant en Italie [in-4°; 16 p.; extrait du Journal des savants (septembre 1891); compte rendu de L’Ebreo errante in Italia, par S. Morpurgo], Paris, E. Bouillon, 1891.
     Gaston PARIS, «Le juif errant» [réédition de deux études dont celle de 1891], in ID., Légendes du moyen âge [in-16; IV+291 p.; contient: «Roncevaux», «Le paradis de la reine Sibylle», «La légende du Tannhäuser», «Le juif errant», «Le lai de l’oiselet»], Paris, Hachette, 1903. Rééditions: 1904. 1908. 1912. [reproduction en fac-similé de l’édition de 1903], Amsterdam, Rodopi, 1970.
     Réédition numérique en mode texte: François MORIN & Dolène SCHMIDT [éd.], «Gaston Paris: Le Juif errant», in Biblisem (Bibliothèque de Littérature Spiritualiste Et Mystique), http://www.biblisem.net/etudes/parislje.htm, en ligne en 2006.
08. Liber terre sancte Jerusalem d’Évreux (fin XIVe siècle)

       Dans une compilation de la fin du XIVe siècle conservée à Évreux signalé à Gaston Paris par son ami le comte Paul Riant (1836-1888), spécialiste de l’Orient latin, nous trouvons un guide du pélerin en Terre Sainte. On y donne l’adresse à Jérusalem du Juif errant qui aurait frappé le Christ sur son chemin de croix, Jean Boutedieu (entre la maison de Judas et celle du Mauvais Riche). Ce personnage du Juif errant (qui d’ailleurs n’est pas toujours juif) apparaît sous diverses formes et sous divers nom à partir du début du XIIIe siècle, et notamment celui de Jean Boutedieu, pour lequel se firent passer, semble-t-il divers imposteurs en divers temps.
     Notre compilateur introduit ici une glose où il exprime son incrédulité envers la légende de Jean Boutedieu, qui serait selon lui une déformation populaire de la réalité elle historique de Jean des Temps, personnage qu’il appelle curieusement pour sa part Jean Dévot-de-Dieu, et qui n’aurait vécu selon ses informations que 250 ans.


Texte donné en 1891 par Gaston Paris d’après Paul Riant
Traduction B. G. (2006)
L’une des notices ajoutées par le compilateur est celle qui nous intéresse: «Aussitôt après l’église du Spasme, la station de Simon le Cyrénéen et la maison de Judas (Philippus, p. 52), on lit: Item magis ultra per eamdem viam est locus a vulgo [il manque évidemment dictus et un nom], ubi Johannes Buttadeus impellit (Lisez: impulit) Christum Dominum quando ibat ligatus ad mortem, insultando dicens Domino: Vade ultra, vade ad mortem! Cui respondit Dominus: Ego vado ad mortem, sed tu usque ad diem judicii non. Et, ut quidam dicunt simplices, visus est aliquando multis; sed hoc asseritur a sapientibus quia dictus Johannes, qui corrupto nomine dicitur Johannes Buttadeus, sano vocabulo appellatur Johannes Devotus Deo, qui fuit scutifer Karoli Magni et vixit CCL annis. Vient ensuite la maison du mauvais riche.»
     En outre plus loin dans la même rue se trouve un lieu vulgairement [lacune: appelé on ne sait comment], où Jean Boutedieu frappa notre Seigneur le Christ alors qu’il allait enchaîné à sa mort, en l’insultant et disant au Seigneur: Vas-y, va mourir! Le Seigneur lui répondit: Moi je vais mourir, mais toi, jusqu’au jour du Jugement, non. Et, à ce que rapportent les gens naïfs, il est apparu de temps à autres à de nombreuses personnes; mais ce qu’en disent les sages, c’est que le dit Jean, qu’on appelle sous un nom déformé Jean Boutedieu, s’appelle de son vrai nom Jean Dévot-de-Dieu, qu’il fut écuyer de Charlemagne et vécut 250 ans.

Éditions
     Gaston PARIS, Le Juif errant en Italie [in-4°; 16 p.; extrait du Journal des savants (septembre 1891); compte rendu de L’Ebreo errante in Italia, par S. Morpurgo], Paris, E. Bouillon, 1891.
     Gaston PARIS, «Le juif errant» [réédition de deux études dont celle de 1891], in ID., Légendes du moyen âge [in-16; IV+291 p.; contient: «Roncevaux», «Le paradis de la reine Sibylle», «La légende du Tannhäuser», «Le juif errant», «Le lai de l’oiselet»], Paris, Hachette, 1903. Rééditions: 1904. 1908. 1912. [reproduction en fac-similé de l’édition de 1903], Amsterdam, Rodopi, 1970.
     Réédition numérique en mode texte: François MORIN & Dolène SCHMIDT [éd.], «Gaston Paris: Le Juif errant», in Biblisem (Bibliothèque de Littérature Spiritualiste Et Mystique), http://www.biblisem.net/etudes/parislje.htm, en ligne en 2006.
Publications du Comte Riant pouvant présenter de l’intérêt pour l’interprétation de ce document:
     Paul-Édouard-Didier, comte RIANT, Archives de l’Orient latin [in-4°; 2 tomes], Paris, 1881-1883.
     Paul-Édouard-Didier, comte RIANT, Inventaire sommaire des manuscrits relatifs à l’histoire et à la géographie de l’Orient latin. I. France. A. Paris [in-4°; 81 p.; extrait des Archives de l’Orient latin publiées sous le patronage de la Société de l’Orient latin, t. II, 1882, pp. 131-204], Gênes, l’Institut royal des sourds-muets, 1882.
     Henri MICHELANT & Gaston RAYNAUD [auteurs], Paul-Édouard-Didier, comte RIANT [préfacier], Itinéraires de Jérusalem et descriptions de la Terre Sainte, rédigés en français aux XIe, XIIe et XIIIe siècles [gr. in-8°; XXXIII+283+12 p.], Genève, J. A. Fick [«Publications de la Société de l’Orient latin. Série géographique» III], 1882.

09. Philippe de Bergame, Chronique (1483)
Edition de 1506 de la Chronique de Jacques-Philippe de Bergame
Traduction italienne de la Chronique de Philippe de Bergame
Traduction italienne de la Chronique de Philippe de Bergame
les photographies du texte italien (édition non datée) nous ont été aimablement communiquées par M. le comte de Stampa (2004).

     Jacopo Filippo Foresti (1434-1520), en latin Jacobus Philippus Bergamensis, et en français Philippe de Bergame, naquit à Bergame, et y passa l’essentiel de sa vie au couvent Ermites de Saint-Augustin. Ce théologien et historiographe a surtout donné une Chronique qui a un connu un gros succès sous le nom de Supplément des Chroniques, et de nombreuses rééditions de 1483 à 1537, notamment à Paris, sans parler d’une traduction italienne elle-même plusieurs fois rééditée de 1491 à 1581, et d’une version espagnole en 1510. 
     Dans cette chronique, fort curieusement, la date de la mort de Jean des Temps est déplacée de 1139 aux alentours de 1144, probablement par suite d’une simple erreur matérielle, l’auteur ayant intercallé de nouveaux matériaux entre ses notes sur le règne de Conrad et la mention de la mort de Jean des Temps.

     On peut se demander la raison du succès d’une chronique qui paraît contenir tant d’erreurs matérielles que dans ce bref passage qui nous intéresse, on n’en trouve pas moins de quatre: date de la mort de Jean, numéro du pape Luce, calcul de la durée de son pontificat et occasion réelle de sa mort: tout cela est entièrement faux dans notre chronique!

Texte latin
Traduction B.G. (2006)
     [papa 176] Lucius papa eius nominis tertius natione bononiensis patre Alberto: post celestinum pontificem predictum: sedit mensibus .11. diebus .9. Hic tituli sancte crucis in hierusalem presbyter cardinalis fuit, Quam quidem basilicam ferme totam colapsam, propriis expensis restituit. Qui inito ponti. nil pretermisit: quod ad expeditionem hyerosolimitanam necessarium putabat. verum & ipse dum in his versaretur: peste absumit: & in laterensi basilica sepelitur
     Ioannes de t(em)p(or)ibus sic appellatus: ut Cronicæ omnes referunt: hoc eodem anno: cum .361. annis vixisset: in Galliis moritur: quem caroli magni Armigerum fuisse tradunt.
     [Pape n°176] Le pape Luce, troisième du nom [en réalité le deuxième (B.G.)], de nation bolognaise, fils d’Albert, après le susdit pape Célestin, siège 11 mois et 9 jours [en fait 3 jours: 12 mars 1144 - 15 février 1145 (B.G.)]. Il était cardinal-prêtre du titre de Sainte-Croix-de-Jérusalem. Cette église étant presque entièrement effondrée, il la fit restaurer à ses frais. Dès le commencement de son pontificat, il n’omis rien de ce qu’il pensait nécessaire à l’expédition de Jérusalem; mais lui aussi, alors qu’il s’en occupait, est emporté par la peste [En réalité il mourut au combat lors d’un assaut contre le Capitole où s’étaient retranchés ceux qui contestaient ses droits au pouvoir temporel (B.G.)], et il est enseveli dans la basilique du Latran.
     Jean des Temps, appelé ainsi au rapport de toutes les Chroniques, cette même année, alors qu’il avait vécu 361 ans, meurt en Gaule, lui dont on rapporte qu’il avait été écuyer de Charlemagne.

Version italienne
Traduction B.G. (2006)
     [Gioanni] Gioanni chiamatode Temporibus (come scriveno gli historici) essendo di età d’anni .361. mori in Franza quest’anno, & dicono che fu homo d’arme de Carolo chiamato sopranome Magno.
     [Jean] Jean, appelé de Temporibus (comme écrivent les historiens), étant âgé de 361 ans, meurt en France cette année-là, et on dit qu’il fut homme d’armes de Charles surnommé le Grand.
Éditions latines du vivant de l’auteur:
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS (Jacopo Filippo FORESTI, de Bergame, 1434-1520), Supplementum Chronicarum [in-f°; 180 ff. ; caractères gothiques; figures; l’auteur dit avoir achevé son ouvrage à Bergame le 3 des calendes de Juillet 1483, âgé de 49 ans], in civitate Venetiarum (Venise), per Bernardinum de Benaliis Bergomensem, 1483.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Fratris Iacobi Philippi Bergomensis ordinis Fratrum Eremitarum Diui Aug. in omnimoda historia nouissime congesta Supplementum cronicarum appellata liber primus feliciter incipit (f°22) [in-f° (31 cm); 23+358+1 ff.; le titre est au f°22], Brixiae (Brescia), per Boninum de Boninis de Ragusia, 1485.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Fratris Iacobi Philippi Bergomensis, Ordinis Fratrum Eremitarum Diui Augustini, In omnimoda historia nouissime congesta, Supplementum cronicarum appellata [in-f° (31 cm); 274 ff.; gravures sur bois], Venetiis (Venise), per Bernardinum de Benaliis Bergomensem, 1486.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Opus preclarum supplementum chronicarum vulgo appellatum in omnimoda historia novissime congesta fratris Jacobi Philippi Bergomensis, religionis heremitarum diui Augustini decoris [in-f° (31 cm); 12+261+1 ff.; gravures sur bois], Venetiis per Bernardum Rizum de Novaria, 1490. Dont une réédition en microfilm: Cambridge (Massassuchetts, U.S.A.), Omnisys [«Italian books before 1601» 441.5], vers 1990.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Supplementum chronicarum Jacobi Philippi Bergomensis (aliter: Supplementum chronicarum ab ipso mundi exordio usque ad annum 1490, editum à Jacobo-Philippo Bergomate) [in-f° (32 cm); 2+256+12 ff.; gravures sur bois], Venetiis (Venise), Bernardinus Ricius de Novaria, 1492.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Nouissime hytoriarum omnium repercussiones nouiter a Reuerendissimo Patre Jacobophilippo Bergomense, ordinis heremitarum edite, que supplementum supplementi cronicarum nuncupantur incipiendo ab exordio mundi usque in annum salutis nostre MCCCCCII [inf° (34 cm); 543+10 ff.; gravures sur bois], Venetiis (Venise), per Albertinum de Lissona Vercellensem, 1503.
     Autre édition vénitienne de la même année: [in-f°; 452+9 ff.; figures gravées sur bois et coloriées; initiales peintes], Venetiis, 1503.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Supplementum chronicarum [in-f°; à la page 440 (année 1493) on lit: «de quatuor permaximis insulis in India extra Orbem nuper inventis» (découverte de l’Amérique)].
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Novissime historiarum omnium repercussiones, noviter a reverendissimo patre Jacobo Philippo Bergomense,... edite, que supplementum supplementi cronicarum nuncupantur, incipiendo ab exordio mundi usque in annum salutis nostre 1502... [in-f°; 449 p; table; figures gravées sur bois], Venetiis (Venise), opera G. de Rusconibus, 1506 [Dont une réédition en microfilm: Cambridge (Massassuchetts, U.S.A.), Omnisys («Italian books before 1601» 99.1), vers 1990. Dont une réédition numérique par la BNF, 1995, mise en ligne sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k587732, en ligne en 2006], f°295, verso.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Supplementum supplementi chronicarum ab ipso mundi exordio usque ad redemptionis nostrae annum MCCCCCX editum et novissime recognitum et castigatum a... Jacobo Phillippo [sic] Bergomate,... [in-f°; 335 ff. ; gravures sur bois], Venetiis (Venise), impensa G. de Rusconibus, 1513.
Éditions latines posthumes:
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Supplementum chronicorum, omnes fere historias quae ab orbe condito hactenus gestae sunt, iucunda admodum dicendi breuitate complectens, opus... primum... a... Jacobo Philippo Bergomate,... conscriptum, deinde vero eruditorum quorundam diligentia... mendis... repurgatum, cui insuper addita est nostrorum temporum brevis quaedam accessio, eorum annorum... res... complectens quae ab anno 1500, ad annum 1535... gestae sunt (autre titre: Supplementum Chronicarum omnes fere historias quae ab orbe condito actenus Gestae sunt ineunda admodum brevitate complectens, repurgatum et Bernardini Bindoni, annorum 32 appendice auctum) [in-f° (35 cm); 18 pièces liminaires; 443 ff.], Parisiis (Paris), apud Simon. Colineum & apud Galiotum, 1535.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Supplementum chronicorum, Venetiis, 1547.
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Supplementum chronicarum [17 cm; pagination multiple ; reprodiction d’une édition non précisée par la catalogue de la Congress Library], Roma, Klaræ Augia, 1983.
Version numérique en mode texte en ligne:
     JACOBUS PHILIPPUS BERGAMENSIS, Novissime historiarum omnium repercussiones, noviter a reverendissimo patre Jacobo Philippo Bergomense,... edite, que supplementum supplementi cronicarum nuncupantur, incipiendo ab exordio mundi usque in annum salutis nostre 1502... [in-f°; 449 p; table; figures gravées sur bois], Venetiis (Venise), opera G. de Rusconibus, 1506 [Dont une réédition en microfilm: Cambridge (Massassuchetts, U.S.A.), Omnisys («Italian books before 1601» 99.1), vers 1990. Dont une réédition numérique par la BNF, 1995, mise en ligne sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k587732, en ligne en 2006], f°295, verso.
Versions italiennes:
     Francesco SANSOVINO Fiorentino (1521-1583) [trad.], Jacopo Filippo FORESTI da Bergamo (1434-1520) [premier auteur], Incomenza l’Opera dignissima et preclara chiamata supplemento de le Chroniche, in le quali se tracta in brevità d’ogni historia, comenzando dal principio del mondo fino al presente: compilata et facta per lo excellentissimo et famoso Doctor Messer Frate Iacobo Philippo da Bergamo: de l’ordine de gli Heremitani di Sancto Augustino.... et vulgarizzato per me Francesco C.(iei) Fiorentino [in-f°; le traducteur dit avoir fini son œuvre à Florence en janvier 1483, c’est-à-dire 1484], Venetia (Venise), Bernardino Rizo de Novara, 1491.
     Autres rééditions in-folio: [in-f°] Venetiis (Venise), 1500. Venetia (Venise), 1520; [in-f°; «vulgarizato et historiato cum la gionta per insino 1524»], Venetia (Venise), 1524. Venetia (Venise), 1535.[in-f°; «nuovamente revisto, vulgarizzato secondo il vero testo latino dell’ultima impressione fatta a Parigi. Et appresso l’addittione delle cose più memorabili accadute, o fatte per l’universo Mondo a tutto l’anno 1539»], Venezia (Venise), Bernardino Bindoni, 1540. Etc.
     Francesco SANSOVINO Fiorentino (1521-1583) [trad.], Jacopo Filippo FORESTI da Bergamo (1434-1520) [premier auteur], Sopplimento delle croniche universali del mondo... Tradotto da Francisco Sansovino… con un ritratto del più nobili città d’Italia... [in-4°; 2 volumes], Venetia (Venise), 1575. Réédition, 1581.
Version espagnole:
     Narcís VIÑOLES [trad.], JACOBUS PHILIPPUS Bergamensis (Jacopo Filippo FORESTI, de Bergame, 1434-1520), Suma de todas las cronicas del mundo, llamado en latin Supplementum cronicarum (por J. F. Foresti, traducido por N. Viñolas).— [autre titre:] Suma de los cronicas del mundo traduzido de lengua latina y toscana en esta castillana por Narcis Viñoles [in-f°; 446 ff.; table; caractères gothiques; figures gravées sur bois], Valencia (Valence), Gorge Costilla, 1510.
Sur Philippe de Bergame:
     P. David Aurelius PERINI (ordinis Erem. S. Augustini), «Foresti Fr. Iac. Philippus» [6 items bibliographiques], in ID., Bibliographia Augustiniana, cum notis biographicis. Scriptores Itali [in-8°; 4 volumes (t.1: A-Cyr, 1929; t.2: D-M, 1931; t.3: N-S, 1935; t.4: T-Z, 1937)]. Firenze (Florence), typis florentinis librariae editricis [«Biblioteca agostiniana. Serie 2a» 5], 1929-1937, tome II (1931) [dont une réédition numérique en mode texte par le Centro Studi Agostiniano “Cherubino Ghirardacci”, http://web.tiscali.it/ghirardacci/perini/perini2.htm, en ligne en 2006], pp. 77-79.
10. Nicole Gilles, Annales (avant 1503)

     Les Annales de François Nicolle, contrôleur du Trésor royal sous Charles VIII mort en 1503, passent pour la première Histoire de France, Cet ouvrage fut constamment réédité et remanié jusqu’en 1621. Il a adapté et complété les Grandes Chroniques de France.
     En fait je n’ai pas encore consulté ces Annales.


Texte non disponible
Traduction à venir

 
Éditions des Très élégantes Annales de Nicole Gilles (de 1520 à 1551)
     Nicole GILLES (vers 1425-1503), Les très élégantes, très véridiques et copieuses Annales des très preux, très nobles, très chrestiens et très excellens modérateurs des belliqueuses Gaules...  Depuis la triste desolation de la...cite de Troye jusques au regne du tres vertueux roy François... Compilées par... Nicole Gilles jusqu’au temps de très prudent et victorieux roy Loys unziesme et depuis additionnées selon les modernes hystoriens jusques en lan mil cinq cens et vingt [2 parties en 1 volume in-f°; caractères gothiques; encadrements gravés; figures], Paris, Galliot Du Pré, 1520. réédition: 1521. Réédition, 1527. Réédition: Les treselegantes… [in-f°; LXI+CLXVII ff.; caractères gothiques; deux cahiers de l’édition de 1531 insérés à la suite de celle de 1527], Paris, Galiot du Pre, 1531. Réédition: Les très élégantes…  jusques en l’an mil cinq cens XXXVI [in-f°, 2 parties en 1 volume (CXXXIII, CXLV ff.); feuillets imprimés recto-verso; illustrations], Paris, J. Longis, 1536. Réédition: Les très élégantes… Nouvellement reveues et corrigées sur les anciens originaulx oultre les précédentes impressions [2 tomes en 1 volume in-f°], Paris, à l’enseigne sainct Jehan Baptiste, 1538. réédition: Les très élégantes… jusques en l’an mil cinq cens XXXVI [in-f°], , à l’enseigne sainct Jehan-Baptiste, 1538. Réédition: Les très élégantes… et depuis additionnées selon les modernes hystoriens... mil D. XLIIIILes très élégantes… [in-f°], Paris,  J. Foucher, 1544. Réédition: Les tres elegantes… [in-f°], Paris, J. de Roigny & Galliot Du Pré & J. de Roigny, 1547. Réédition: Les Tres elegantes…, iusques en l’an mil cinq cens cinquante et un. Nouuellement reuues et corrigees sur les anciens originaulx, et amplifiees oultre les precedentes impressions [in f°; 145 ff. ; table], Paris, veufve Françoys Regnault & Massellin, 1551.
Éditions des Chroniques et Annales de Nicole Gilles et de leurs continuations avant Belleforest (de 1525 à 1621)
     Nicole GILLES (vers 1425-1503), Chroniques et annales de France [in-f°; 2 tomes en 1 volume], Paris, Galliot-Dupré, 1525.
     Nicole GILLES, Les Cronicques et annalles de France  [28 cm; 776 ff.; 2 parties en 1 volume (1: «Le Premier volume des Cronicques et annalles de Fra[n]ce augmentees en la fin du second volume daucuns faictz dignes de memoire des feux rois Charles huistieme Loys douziesme et Fracois premier du nom jusques en l’an mil V.C.XXX. A Paris M.V.C.XXX»; 2: «Le Second volume des Cronicques et annalles de Fra[n]ce augmentees en la fin dudit volume daucuns faictz dignes de memoire des feux rois Charles huytiesme, Loys douziesme et Fra[n]cois premier du nom jusques en lan mil cinq cens trente. Nouvellement imprime a Paris»], Paris, Philippe Le Noir, 1530.
     Nicole GILLES, Chroniques et annales de France [in-f°; 2 tomes en 1 volume], Paris, Gilles Gormontius, 1533.
     Nicole GILLES, Les Annales et cronicques de France, composées par feu... Nicolle Gilles,... - Le second volume des cronicques et annales de France, augmentées d’aucuns faitz... jusques en l’an mil cinq cens trente huyct [2 volumes in-f°], Paris, Galliot Du Pré, 1538 [l’exemplaire de Baluze est conservé par la BNF].
     Denis SAUVAGE (pseudonyme de DU PARCQ, Champenois) [continuateur], Annales et chroniques de France, depuis la destruction de Troye jusques au temps du roy Loys XI, jadis composées par... maistre Nicole Gilles,... depuis additionnées selon les modernes historiens jusques en l’an mil cinq cens quarante et neuf, le tout nouvellement reveu et corrigé... par Denis Sauvage,... Le second volume des Croniques et annales de France, augmentées... d’aucuns faictz dignes de mémoire des feuz roys Charles huyctième, Françoys premier et Henry deuxième... jusques en l’an mil cinq cens quarante et neuf Nouvellement reveu et corrigé... par D. S. [Denis Sauvage] [2 parties en 1 volume in-f°; figures; tableaux généalogiques; armoiries], Paris, G. Du Pré, 1549.
     Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les... Annales et croniques des très chrestiens et excellens modérateurs des beliqueuses Gaules... jadis composées par... Nicole Gilles, et depuis additionnées... jusques en l’an mil cinq cens cinquante et un... [in-f°; 145 ff.; table], Paris, Vve F. Regnault & R. Masselin, 1551. monographie
     Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Annales et Croniques de France, depuis la destruction de Troye jusques au temps du Roy Louis onziesme, jadis composees par feu maistre Nicole Gilles,... Imprimees nouuellement sur la correction du Signeur Denis Sauvage de Fontenailles en Brie, et additionnees, selon les modernes historiens, iusques à cest an Mil cinq cens cinquante trois [2 tomes en 1 volume in-f°; 149 ff.; table; figures], Paris, V. Sertenas & Jean Macé, 1553.
     Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Annales et croniques de France, depuis la destruction de Troye jusques au temps du roy Louys onziesme jadis composées par... maistre Nicolle Gilles,... imprimées nouvellement sur la correction de M. Denis Sauvage,... et additionnées... jusques à cet an mil cinq cens soixante et deux... - Le Second volume des Annales et croniques de France, augmentées, en la fin dudict volume, d’aucuns faictz dignes de mémoire des feuz roys Henry deuxiesme, Francoys deuxiesme et Charles IX. du nom, jusques en l’an mil cinq cens soixante et deux, imprimées nouvellement sur la correction de M. Denis Sauvage,... [2 parties en 1 volume in-f°; figures; portraits; tableaux généalogiques; armoiries], Paris, G. Le Noir, 1562 [La BNF conserve un exemplaire annoté de Montaigne].
     Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Croniques et annales de France, depuis la destruction de Troye, iusques au Roy Loys onziesme, jadis composees par feu maistre Nicole Gilles,... Nouuellement imprimees sur la correction de maistre Denis Sauvage, de Fontenaille en Brie, et additionnees, tant par luy que par autres, selon les modernes historiens, iusques au Roy Charles neufiesme... Auec les effigies des Roys... [2 parties en 1 volume in-f° ; portraits], Paris, G. Buon, 1562-1566.
     Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Croniques et annales de France, depuis la destruction de Troye jusqu’au roi Louis XI composées par Nicole Gilles, additionnées jusqu’au roi Charles IX, par Denis Sauvage, avec les effigies des rois au plus près du naturel [in-f°; 2 tomes en 1 volume], Paris, Duchemin, 1566.
     Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Croniques et annales de France, depuis la destruction de Troye, iusques au Roy Loys onziesme, jadis composees par feu maistre Nicole Gilles,... Nouuellement imprimees sur la correction de maistre Denis Sauvage, de Fontenaille en Brie, et additionnees, tant par luy que par autres, selon les modernes historiens, iusques au Roy Charles neufiesme... Auec les effigies des Roys... [in-f°; table; 336 ff.; portraits], Paris, J. Ruelle, 1571. [in-f°; 2 parties en 1 volume; figures; encadrements gravés], Paris, à l’enseigne de l’Éléphant & à l’enseigne du Pellican, 1541-1544.
Version allemande des Chroniques de Nicole (1572) :
     Nicolaus FALCNER [trad.], Nicole GILLES [premier auteur], Frantzösische Chronica, oder volkommene Beschreibung aller nammhafftiger Gedechtnuss wirdiger Geschichten unnd Thaten so sich zum Theil von Anfang der Welt demnach under allen Fürsten und Königen... biss auff diss gegenwirtige 1572. Jar und Carolum den Neundten diss Nammens, jetzt regierenden König in Franckreich, zugetragen, gantz ordenlich begriffen... erstlich durch weiland Herren Nicolaum Gillem,... [in-f°; 2 volumes; portrait], Basel (Bâle), gedruckt bey N. Brylingers Ehrben, 1572.
Éditions des Chroniques et Annales de Nicole Gilles par Belleforest et ses continuateurs (1573-1551)
     François de BELLOREST [2e continuateur & éditeur], Denis SAUVAGE (pseudonyme de DU PARCQ, Champenois) [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Croniques et Annales de France dès l’origine des Francoys, et leur venue ès Gaules, Faictes iadis... par Nicole Gilles,... iusqu’au Roy Charles huictiesme, et depuis continuees par Denis Sauvage, iusqu’au Roy Francoys second. A present reuues, corrigees et augmentees... iusqu’au Roy Charles neufiesme régnant à présent... Par Françoys de Belle-Forest, comingeois. Avec les Genealogies et effigies des Roys... [in-f°; VIII+536 ff.; portrais], Paris, G. Buon, 1573.
     Gabriel CHAPPUYS (vers 1546-vers1613) [3e continuateur et éditeur], François de BELLOREST [2e continuateur], Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Chroniques et annales de France dez l’origine des Françoys et leur venue ès Gaules...... faictes jadis... par Nicole Gilles,... et depuis additionnées par Denis Sauvage... reveues... par F. de Belleforest,... augmentées et continuées... jusques au roy Henri III... par G. Chappuys... [in-f° ; pièces liminaires; table; 521 ff.; portraits], Paris, J. Cavellat, 1585.
     Gabriel CHAPPUYS (vers 1546-vers1613) [3e continuateur et éditeur], François de BELLOREST [2e continuateur], Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Chroniques et Annales de France dez l’origine des Françoys et leur venuë ès Gaules, faictes jadis briefvement par Nicole Gilles,... jusqu’au roy Charles VIII et depuis additionnées par Denis Sauvage jusqu’au roy François II du nom, reveues, corrigées et augmentées... contenantes l’histoire universelle de France dès Pharamond jusqu’au roy Charles IX, par F. de Belleforests (sic), Comingeois, avec la suite et continuation d’icelles, depuis le roy Charles IX, jusques au roy... Louys XIII à présent régnant, par G. Chappuys,... et autres [in-f°; 2 parties en 1 volume in-f°], Paris, M. Sonnius & C. Rigaud & Sébastien Chappelet, 1617.
      Gabriel CHAPPUYS (vers 1546-vers1613) [3e continuateur & éditeur], François de BELLOREST [2e continuateur], Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Croniques et annales de France... continuées par Denis Sauvage... et augmentées... jusqu’au Roy Charles neufième régnant à présent... [in-f°], Paris, P. Chevalier, 1621.
     Jean SAVARON (1566-1622) [4e continuateur & éditeur],  Gabriel CHAPPUYS (vers 1546-vers1613) [3e continuateur], François de BELLOREST [2e continuateur], Denis SAUVAGE [continuateur], Nicole GILLES [premier auteur], Les Chroniques et annales de France dez l’origine des Françoys par Nicole Gilles jusqu’au roi Charles VIII, additionnées par Denis Sauvage jusqu’à François II, revues et augmentées jusqu’à Charles IX, par F. de Belleforest avec la suite et continuation jusques au roy... Louis XIII... plus la saincteté du roy Louys dict Clovis, par M. Jean Savaron,...  [in-f°; pièces liminaires; 730 ff.; table], Paris, P. Chevalier, 1621.
11. Fulgosius, De dictis factisque memorabilibus (avant 1504)

     Battista Fregoso (1453-1504), surnommé en latin Fulgosius, fut doge de Gènes, et donna en italien plusieurs ouvrages dont un Recueil de Dits et faits mémorables (titre emprunté à un ouvrage du même genre de l’historien antique Valère-Maxime), qui fut traduit en latin par Camillo Ghilini et connut une dizaine d’éditions au XVIe siècle.

    Nous n’avons pas consulté cet ouvrage. Robert Leslie Ellis, éditeur de l’Historia Vitae de Francis Bacon en 1859 (page 146, note 6), le range au nombre de ceux qui pensent que le nom de Jean des Temps fut donné à Jean d’Étampes en raison de sa longévité.

Texte non disponible
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     On dit que son nom était Jean de Stampis (D’Estampes), et on lie ce changement de nom à sa longévité légendaire. Voyez Zuingerus [Theodor Zwinger], Theatrum vitæ humanæ, ou Fulgosius [Battista Fregoso], Factorum dictorumque memorabilium, p. 298.
(Robert Leslie Ellis, 1859)