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Le Magasin pittoresque 22 (1854), pp.
170-172.
Nous extrayons
les détails qui suivent d’un placard imprimé à Paris,
par les soins d’un comité de charité, sous le titre de
Nouvel advis important sur les misères du temps.
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Détails
de la famine et des misères publiques
de l’Orléanais et du Blésois.
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«Le P. recteur du collège des jésuites
d’Orléans, qui a la charité d’aller à deux et trois
lieues aux villages d’alentour pour instruire les pauvres, écrit
depuis peu qu’en cette ville-là quantité de dames, par un
rare exemple, sans se rebuter ni de la longueur des chemins, ni du mauvais
temps, ni de la puanteur des pauvres, vont elles-mêmes à six
et huit lieues faire de leurs propres mains les potages et en distribuent
d’ordinaire un fort grand nombre; mais que si la main de Dieu n’y est employée,
et s’il ne vient de plus grand secours, il faut que le tiers de ces peuples-là
périsse, et qu’il est impossible de les voir sans pleurer de compassion.
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De Romorantin, du 18 avril, on mande qu’outre mille pauvres qui y sont
déjà morts de misère, il s’y en trouve encore près
de deux mille autres qui languissent et qui sont aux abois, la plupart
n’ayant rien que leur métier, dont il ne travaille plus, personne
ne les occupant. Que M. de Fortia, intendant de la province, y étant
allé lui-même pour voir ce qui en était, sait par sa
propre expérience à quelle extrémité est réduite
cette pauvre ville, où la plupart sont comme désespérés,
et dont il y en a même qui se déchirent, qui se donnent des
coups de couteau et qui se tuent, et dont on a fait le procès de crainte
des suites.
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«Un vertueux ecclésiastique,
qui a voulu être témoin oculaire de ce qu’on disait, écrit
de Blois, du 5 mai, qu’il a trouvé, en passant par Étampes
et par Angerville, quatre cents pauvres; que la forêt d’Orléans
en est pleine; qu’à Orléans même il se trouva accablé
de plus de deux mille, que les portes de son hôtellerie furent
enfoncées, les murailles escaladées, quelques-uns blessés,
pour avoir quelque morceau de pain qu’il faisait distribuer; qu’à
la Chalerie il fut investi de plus de deux cents, à à Meun
de plus de cinq cents, lesquels étaient tous languissants, comme
à l’agonie, et à Beaugency de même; qu’à Blois
il en trouva un dans la rue qui tirait la langue d’un demi-pied de long
et qui expirait de faim; qu’à Onzain il prêcha à quatre
ou cinq cents squelettes, des gens qui, ne mangeant plus que des chardons
crus, des limaces, des charognes et autres ordures, sont plus semblables
à des morts qu’à des vivants; que la misère passe tout
ce que l’on en écrit, et que sans un prompt remède il faut
qu’il meure dans cette province seule vingt mille pauvres.»
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Du pays chartrain et du Vendômois.
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«Sans parler d’Illiers et des environs de Chartres, où il
est déjà mort plus de trois cents personnes de faim, du
Vendômois, on écrit de Montoire, du mois d’avril, qu’outre
les extrémités qu’on souffre là comme ailleurs, le
désespoir a rendu le brigandage si commun que personne ne s’en croit
à couvert; que depuis peu huit hommes ont massacré une femme
pour avoir un pain qu’elle portait, et qu’un homme, pour défendre
le sien, en a tué un autre qui venait le lui prendre, et que, sur les
grands chemins, il y a des gens masqué qui volent; qu’il est commun
dan tout ce pays-là de faire du pain de la fougère toute seule,
concassée, ou avec la septième partie de son, et de potage
avec le gui des arbres et des orties.
«Un ecclésiastique d’une
paroisse de Paris écrit en ces termes, du 10 mai:
«J’ai parcouru depuis trois semaines
la Beauce, le Blésois [p.171] la
Touraine, le Chartrain et le Vendômois. Dans la plupart des villes
et villages, on y meurt à tas, on les enterre trois à trois,
quatre à quatre, et ion les trouve morts ou mourants dans les jardins
et sur les chemins. Entrant aujourd’hui à Vendôme, j’ai été
assiégé par cinq ou six cents pauvres, qui ont les visages
cousus et livides, les viandes horribles dont il se nourrissent produisant
sur leurs visages un limon qui les défigure étrangement.
Dans les faubourgs de cette ville, on voit des gens couchés par terre
qui expirent sur le pavé, n’ayant pas même de la paille pour
mettre sous leur tête, ni un morceau de pain.»
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Du Gâtinais.
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«On écrit de Montargis, du 16 avril, par attestations de
premiers magistrats et des ecclésiastiques, que le nombre ordinaire
des pauvres, tant de ceux qui y accourent du voisinage que de la ville,
est de plus de deux mille depuis plusieurs mois; qu’on ne peut fournir
aux sépultures des morts; que plus de soixante villages alentour
sont réduits à la même extrémité, et
que, sans les charités du dehors, il faut que tout meure.
«Et de Bléneau, dès le mois de mars, on mandait
que les habitants étaient si languissants qu’on n’en pouvait
raisonnablement attendre que la mort; que sept malades étaient
morts de faim en une même maison en huit jours; que les femmes
voyaient mourir leurs enfants à la mamelle, sans avoir ni pain
ni lait à leur donner.
«Et du 17 mai, que, dans la paroisse
de Bouzy, proche Lorris, une femme, désespérée
de la faim, tua deux de ses petits enfant et ensuite s’étrangla
elle-même.»
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Du Berry.
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«Outre ce que les relations précédentes en ont dit,
et outre toutes les misères qu’ils souffrent là comme ailleurs,
il suffit d’ajouter, du 7 avril, qu’à Bardieu,de deux mille communiants,
il n’y a jour qu’il n’en meure cinq ou six de seule nécessité;
qu’en plusieurs endroits, lorsque les chiens trouvent quelque chose de
mangeable, les pauvres se jettent dessus pour le leur arracher; que ceux
qui achètent du blé sont obligés de s’armer, de peur
d’être volés, et que ceux qui ont quelque chose à
vivre sont contraints de se garder comme en temps de guerre.
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Du pays du Maine et du Perche.
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«On écrit du Mans que les aumônes qui se font à
la Couture et Saint-Vincent attirent si grand nombre de pauvres, qu’il
y a en a plus de dix-huit mille qui vont mourant de faim. Les uns sont
dans leurs maisons, sans secours, et y meurent; la plupart se glissent dans
les cours et dans les écuries, dont on ne peut avoir le cœur de
les faire sortir. On en trouve en chemin, à raison de leur grande
faiblesse; d’autres dans les rues et aux halles, mais en si grand nombre qu’on
ne peut fournir à les assister; et ceux de dehors ne laissent pas
de continuer d’y venir, quoiqu’ils voient périr leurs semblables,
leur étant encore plus impossible de subsister en leurs village.
Plusieurs étant arrivés, ne durent que du soir au lendemain;
et néanmoins, plus il en meurt, plus on ne voit; et bien qu’à
voir ce prodigieux nombre il semblerait que la campagne en devrait être
déserte, cependant toutes les paroisses circonvoisines en sont pleines,
et de passants qui crient par les chemins: «Miséricorde, mon
Dieu! Miséricorde! Faut-il que nous mourions de faim!» Ils se
mettent à genoux, les larmes aux yeux, les mains jointes.
«Le Perche est en pareille misère,
car, dans la seule ville de Mortagne et dans la banlieue, on y compte
plus de quinze mille pauvres, dont grand nombre meurt tous les jours,
et le curé de Saint-Victor, entre autres, va ramasser leurs corps
le long des haies.»
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De la Touraine.
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«Un ecclésiastique destiné au secours des pauvres
de cette province et d’autres personnes très-dignes de foi assurent
qu’à Amboise les misères y sont à tel excès,
qu’on y a vu plusieurs hommes et femmes se jeter sur un cheval écorché,
en tirer chacun leur morceau, et n’y laisser rien de reste; qu’il s’y est
trouvé une fille orpheline morte de faim après s’être
mangé une main, et un enfant ses doigts; et que c’est quasi l’état
général de quarante-six paroisses qui l’environnent.
«Qu’à Loches et à
Beaulieu, les pauvres y sont au nombre de seize cents, qu’il y meurent
en si grande quantité qu’on les met six à six dans
une fosse, et qu’on n’a jamais vu désolation pareille.
«Qu’à Ligueil, de quatre
cents feux, on comptait déjà, dès le 17 avril, deux
cents pauvres dans la dernière misère.
«Qu’à Boulay, de cinq cents communiants, il y en a quatre
cents à la mendicité, malades pour la plupart, et qui
jettent des cris si effroyables qu’il est impossible de voir cette désolation
sans douleur extrême, et qu’on ne saurait représenter par
de plus vives images l’état qui précédera le jugement
dernier. Ce sont les paroles de gens de bien qui le voient, qui en gémissent
et qui l’écrivent.
«Qu’à Marmoutiers, dès le mois d’avril, il s’y
trouva sept à huit mille pauvres de Tours et de la campagne, dont
quarante-cinq moururent étouffés à la distribution,
ainsi qu’il paraît par le rapport des pères bénédictins,
et que, dans les deux seules paroisses voisines, plus de deux cents y sont
morts de faim.
«Qu’à la paroisse de Saint-Christophe,
de quinze cents personnes, il y en a près de la moitié
mortes ou de misérables.
«Qu’à Sepmes, à Lignières,
à la Croix, à Dierré, à Saint-Épain,
à Francueil, à Luzillé, à Buzançois
et en tous les villages de ce pays-là, que l’on a visités
en grand nombre, on copte les pauvres et les morts à centaines et
à milliers; qu’il y a des lieux où, de quatre cents feux,
il ne reste que trois personnes; que depuis peu, du 10 mai, un enfant, pressé
de la faim, arracha et coupa avec les dents un doigt à son frère,
qu’il avala, n’ayant pu lui arracher une limace qu’il avait avalée;
qu’il s’en trouve de si faibles que les chiens les ont en partie mangés;
qu’à Beaumont-la-Ronce, le mari et la femme étant couchés
sur la paille et réduits à l’extrémité, la
femme ne put empêcher des chiens de manger le visage de son mari,
qui venait d’expirer à son côté, tant elle était
débile.
«Enfin, quoi que disent les lettres et relations, elles ne sauraient
exprimer l’excès d’une si grande désolation; que grande
partie des curés se contentent de soupirer et de pleurer, sans
écrire, et qu’il est difficile d’apprendre des misérables
mêmes leurs misères dans l’état où ils sont;
et que ce qui est encore plus à craindre est l’avenir, étant
impossible que le peu de blé semé, quand il sera près
de mûrir, puisse échapper des mains des pauvres, ou qu’il se
trouve assez de gens pour le moissonner.
«Tout ce que dessus est très-véritable, étant
écrit par témoins oculaires, gens de bien et de capacité,
et très-dignes de foi, qui en ont donné des témoignages
authentiques et dont on garde les originaux.»
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Voici, sur le même sujet, un document inédit qui nous est
communiqué par un habitant de Chartres:
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«Le 5 janvier 1709, à cinq heures du soir, il tomba de l’eau;
le lendemain, jour des Rois, au matin, il y avait un [p.172] pied de neige; enfin un
froid si furieux et rude que l’on n’en a jamais senti un pareil, qui a continué
jusqu’au vingt-cinquième jour de la Conversion de saint Paul; en
sorte que la mer, le Tibre, le Danube, le Rhin, et toutes les rivières
et fleuves à flux et reflux ont été glacés
plus de 12 à 15 pieds de haut, et en les endroits les moins creux
tout le poisson était gelé. Les
hommes gelaient sur les chemins; en sorte que depuis Paris à Orléans,
on dit que plus de trente hommes sont morts de froid. Des vaches, boucs,
chèvres, moutons et agneaux d’un an, ont été trouvés
morts et gelés en leurs étables; les volailles et pigeons
morts, les pieds gelés; les perdrix et oiseaux trouvés morts
que les corbeaux tuaient, et mangeaient jusqu’à des lièvres;
les lapins morts dans les terriers par la quantité de neige que le
vent a emportées et amoncelées par endroit; en sorte que
tous les blés en étaient découverts et ont été
entièrement gelés. Les pêchers, abricotiers et pruniers,
pour la plupart, sont morts de gelée, comme les cerisiers, romarins,
rosiers, houx, genièvres, absinthes, et généralement
tous les aromates, oseilles, etc. Les vignes sont tellement gelées
qu’on sera obligé de les couper au pied. Depuis le 25 janvier, la
gelée a recommencé à deux ou trois reprises pendant
le mois de février, et encore le 10 mars, qui a duré jusqu’au
15 dudit mois avec de la neige, tellement que l’hiver de 1606 et celui
de 1684 n’étaient rien en comparaison de celui de 1709. On dit
qu’un cavalier qui venait de Paris par le pont de Sèvres pour aller
à Versailles, fut arrêté au bureau dudit pont et fut
trouvé mort sur son cheval, enveloppé de son manteau rouge;
et de quoi l’on n’a jamais entendu parler, plus de trente bêtes asines
ont été trouvées mortes dans leurs étables:
aussi, depuis le 1er février jusqu’au 14 avril, le blé a
doublé de prix, tellement qu’il vaut aujourd’hui 23 livres le setier,
et le pain 22 sous les neuf livres… Le blé augmente toujours, et
aujourd’hui 15 juin, il passe 35 livres le setier, et le pain 35 sous
(1), parce que les blés
ont manqué universellement par toute la France, excepté
en Normandie, au Perche et sur les côtes de Bretagne, où
l’on espère avoir de quoi faire la semence, encore ne sera-ce que
par endroit; en sorte que du blé de 1709, il n’en sera point du
tout mangé (2)».
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(1) Le pain, en temps ordinaire, valait
7 ou 8 sous les neuf livres.
(2) Extrait
du Journal de Jean Bouvart, bourgeois de Chartres, manuscrit de
famille conservé par un descendant de Bouvart.
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HIVER DE 1709.
Le Magasin pittoresque
24 (1856), pp. 50-51.
Un
de nos lecteurs d’Alençon veut bien nous communiquer la note suivante,
écrite, le 20 août 1710, sur le registre des baptêmes
par un pauvre prêtre de campagne, le curé de Feings, à
trois lieues de Mortagne:
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«…Le lundi 7e janvier commença une gelée qui fut,
ce jour-là, la plus rude journée et la plus difficile à
souffrir. Elle dura jusqu’au 3 ou 4 février. Pendant ce temps-là,
il vint de la neige d’environ demi-pied de haut; cette neige était
fort fine; elle se fondait difficilement. Quelques jours après
qu’elle fut tombée, il fit un vent fort froid, entre bise et galerne
(vent du nord-ouest), qui la ramassa dans les lieux bas; il découvrit
les blés qui gelèrent presque tous. Les arbres gelèrent
aussi. Il n’y eut point d’espèces d’arbres
[p.51] dont il n’y eût beaucoup de gelés (3); les chênes mêmes, qui semblent
être des plus durs, furent gelés en grand nombre, particulièrement
ceux qui avaient été ébranchés depuis peu,
qui moururent presque tous par canton. Beaucoup de pommiers parurent n’être
pas morts; ils poussèrent des feuilles et des fleurs, et moururent
ensuite; d’autres portèrent des pommes en 1709, et sont morts cette
présente année 1710… Je reviens aux blés que j’ai
dit avoir été gelés. Peu de personnes connurent qu’ils
étaient morts au premier dégel, quoiqu’ils le fussent aussi
bien que les arbres… Je m’en aperçus des premiers; je le dis à
Mortagne; mais comme les blés commençaient à enchérir,
on me fit entendre qu’il n’en fallait rien dire de peur de les faire enchérir
trop vite. A la fin du mois de février, il se fit encore de grandes
gelées à qui on attribue faussement partout la perte des
blés. La terre était pour lors découverte, car la
neige se fondit dès la seconde semaine de février… Cette même
année 1709, on sema tant d’orge et on en ramassa tant, que de huit
livres qu’on avait vendu le boisseau (4 décalitres), il est descendu
à 50 sous et un écu le boisseau à ce jour, 1er mai
1710. Depuis cedit jour 1er mai, le blé, je veux dire tous les grains,
n’ont guère enchéri jusque vers la fin de juin, et pendant
le mois de juillet il se sont vendu un tiers ou une moitié plus
cher, jusqu’à ce qu’on ait été vers la deuxième
semaine du mois d’août, que le seigle est revenu à 25 sous
le boisseau, mesure de Mortagne; et ainsi des autres grains à proportion.
Les arbres fruitiers sont si infructueux cette année que je ne
crois pas qu’on puisse faire de tous les fruits qu’on cueillera dans cette
paroisse une pipe de cidre, qui vaut maintenant 100 francs la pipe.
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(3)
On remarqua l’année suivante, en fendant le tronc des arbres
gelés, qu’il s’en exhalait une odeur insupportable.
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«Les maladies commencèrent vers le mois d’août 170,
et ont continué jusqu’à présent… Le pourpre, la
petite vérole, la rougeole, la dysenterie, la fièvre continue
avec transport au cerveau, se sont trouvés tous ensemble en même
temps dans plusieurs maisons; et il y en a eu qui n’ont pas plutôt
guéris de quelqu’une de ces maladies qu’ils ont été
attaqués par d’autres dont ils sont morts ensuite.»
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Le relevé des registres de l’état civil de Feings, ajoute
notre correspondant (4), présente
cet effrayant résultat: Année 1709, 27 décès;
— année 1710, 56 décès; — 83 décès
pour des deux années. En 1708, il était mort à Feings
15 personnes; en 1711, il n’en mourut que 5: différence, 63 décès
entre la mortalité de 1709 et 1710, et celle des deux années
qui précédèrent et suivirent: la mortalité
fut la même dans tout le pays.
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(4)
M. Léon de la Sicotière.
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On a moins de détail sur ce qui se passa à Alençon;
on lit toutefois dans un vieux manuscrit qu’au retour du beau temps la
ville tira des grains du Mont-Saint-Michel et de Granville; mais on ne
pouvait les amener que sous bonne escorte pour les soustraire au pillage;
partout les populations menaçaient de se révolter; le blé
valut à Alençon jusqu’à 7 livres le boisseau du pays
(2 décalitres), c’est-à-dire deux ou même trois fois
plus cher que dans les années extraordinaires. Le cidre se vendait
jusqu’à 14 sous le pot dans les auberges (5).
D’après les intentions formelles du roi, on n’employa vis-à-vis
du peuple que des mesures de prudence et de douceur; mais tous les citoyens,
sans distinction de rang, de naissance, ni de profession, sans exception
même en faveur des communautés, furent tenus de déclarer
leurs approvisionnements de grains, farines et légumes, sous peine
de galères et même de mort. (Arrêt du conseil du mois
d’avril 1709.)
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(5)
On sema avec succès de l’orge parmi les blés.
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A Séez, l’épidémie sévit plus rigoureusement
encore qu’à Alençon. Le charbon et le scorbut se joignirent
aux maladies courantes, et pendant plusieurs mois on enterra douze à
douze ou quinze à quinze personnes par jour. Le chapitre perdit douze
de ses membres; l’évêque lui-même, Louis d’Aquin, succomba
à l’âge de quarante-cinq ans. On fuyait cette malheureuse
ville comme un séjour empesté.
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Soixante-dix ans après, Roucher, dans son poëme des Mois,
décrivait les horreurs de l’hiver de 1709 dans des vers qui furent
longtemps célèbres, et qui prouvent combien durable en avait
été le souvenir.
Vieillards dont l’œil a vu ce siècle
à son aurore,
Nestors français, sans doute il vous souvient encore
De ce neuvième hiver, de cet hiver
affreux,
Qui fit à votre enfance un sort plus
désastreux.
Janus avait rouvert les portes de l’année;
Et tandis que la France, aux autels prosternée,
Solennisait le jour où l’on vit autrefois
Le berceau de son Dieu révéré
par des rois,
Tout à coup l’aquilon frappe de sa
gelée
L’eau qui, des cieux naguère à
grands flots écoulée,
Écumait et nageait sur la face des
champs:
C’est une mer de glace; et ses angles tranchants,
Atteignant les forêts jusques à
leurs racines,
Rivaux des feux du ciel, les couvrent de
ruines;
Le chêne des ravins, tant de fois triomphant,
Le chêne vigoureux crie, éclate
et se fend.
Ce roi de la forêt meurt. Avec lui,
sans nombre,
Expirent les sujets que protégeait
son ombre.
…………………..
Brillante Occitanie, hélas! Encor
tes rives
Pleurent l’honneur perdu de tes rameaux d’olives!
L’hiver s’irrite encor; sa farouche âpreté
Et du marbre et du roc brise la dureté:
Ouverts à longs éclats, ils
quittent les montagnes,
Et, fracassés, rompus, roulent dans
les campagnes.
L’oiseau meurt dans les airs, le cerf dans
les forêts,
L’innocente perdrix au milieu des guérets;
Et la chèvre et l’agneau, qu’un même
toit rassemble,
Bêlant plaintivement, y périssent
ensemble;
Le taureau, le coursier, expirent sans secours:
Les fleuves, dont la glace a suspendu le
cours,
La Dordogne et la Loire, et la Seine et le
Rhône,
Et le Rhin si rapide et la vaste Garonne,
Redemandent en vain les enfants de leurs
eaux.
L’homme faible et percé jusqu’au fond
de ses eaux,
Près d’un foyer ardent croit tromper
la froidure;
Hélas, rien n’adoucit les tourments
qu’il endure.
L’impitoyable hiver le suit sous les lambris,
L’attaque à ses foyers, d’arbres entiers
nourris;
Le surprend dans sa couche, à ses
côtés se place,
L’assiège de frissons, le roidit et
le glace..
Le règne du travail alors fut suspendu,
Alors dans les cités ne fut plus entendu,
Ni le bruit du marteau, ni le cri de la scie;
Les chars ne roulent plus sur la terre durcie:
Partout un long silence, image de la mort.
Thémis laisse tomber son glaive, et
le remord
Venge seul la vertu de l’audace du crime.
Tout le courroux des Dieux vainement nous
opprime,
Leurs temples sont déserts; ou si
quelques mortels
Demandent que le vin coule encor aux autels,
Le vin, sous l’œil des dieux que le prêtre
réclame,
S’épaissit et se glace à côté
de la flamme…
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Le thermomètre descendit à un degré correspondant
à 23 au-dessous de celui auquel Réaumur donna plus tard
son nom, c’est-à-dire beaucoup plus bas qu’en Sibérie dans
les hivers ordinaires, où le froid n’est que de 15 à 16 degrés
Réaumur.
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PRÉJUGÉS POPULAIRES. LES FAMINES.
Le Magasin pittoresque
43 (1875), pp. 108-111.
L’ignorance a la vue courte et le jugement prompt: ainsi lui arrive-t-il
souvent de déraisonner. Une de ses erreurs ordinaires, par exemple,
est, lorsque deux faits se suivent et se touchent pour ainsi dire, de
conclure que le second est la conséquence du premier (6). Ainsi, une comête paraît,
presque aussitôt une guerre survient: donc la comête a annoncé
la guerre. Combien de gens croient encore que c’est l’étoile caniculaire
(Sirius) qui est la cause des grandes chaleurs, bien que son lever ne coïncide
même plus avec elle! Une année la terre s’est couverte de
riches moissons: Vive le gouvernement! L’année suivante la récolte
a manqué: A bas le gouvernement! On a vu un étranger se
pencher sur une citerne; le soir ou le lendemain une épidémie
se déclare: nul doute, l’étranger a empoisonné l’eau;
si l’on peut se saisir de lui, on l’assomme.
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(6) C’est
le sophisme appelé en philosophie Post hoc, ergo propter hoc;
— Après cela, donc à cause de cela; — Cela est arrivé
à la suite de telle chose, donc cette chose en est la cause.
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Il en est de même du boulanger.
Le pain est cher; c’est le boulanger
qui le vend; donc le boulanger est un coquin qui veut s’enrichir en
affamant le peuple: pendons le boulanger!
Au moment où on lui met la corde
au cou, le boulanger s’écrie: — Mais, bonnes gens, si je vends
le pain cher, c’est que le meunier me fait payer cher la farine.
— Au fait, c’est possible; nous n’y avions
pas songé. Allons pendre le meunier!
— Le meunier! Mais, si c’est lui qui
est en effet le marchand, il ne vend cher la farine que parce qu’on
lui a vendu cher le blé.
— Alors, mort au marchand de grains!
— Mais moi-même, dit le marchand
au désespoir, j’ai acheté cher au fermier le froment,
l’orge et le seigle. Voici les quittances.
— Sus! Sus au fermier!
Le fermier se récrie à
son tour:
…..— La terre a été stérile, ou l’intempérie
a détruit les récoltes. Il a fallu payer le loyer de la
ferme, les impôts, les engrais, les serviteurs, nourrir les bestiaux,
pourvoir au déficit de l’année dernière. On a vendu
jusqu’au grain nécessaire pour l’ensemencement prochain. Il en faudra
racheter d’autres à prix d’or (7).
Devions-nous refuser d’accepter le juste prix qui nous était offert?
Le laboureur sera-t-il condamné à labourer par charité?
e s’il n’y a pas de blé, sera-t-il responsable?
Mais voilà des raisonnements trop
compliqués pour la foule ameutée: la passion ne les comprendra
pas (8). Eh quoi! boulangers, meuniers,
marchands de grains, fermiers, seraient tous innocents si on voulait les
croire! A [p.109] qui donc pourrait-on
s’en prendre? Il faut cependant que quelqu’un soit coupable!
Les causes
réelles échappent à tous ces malheureux qui souffrent
et n’ont aucune notion claire de la vérité des faits.
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(7) Voy., sur la siituation du fermier
aux temps de disette, le chapitre VI du livre de M. Victor Modeste intitulé:
De la cherté des grains et des préjugés
populaires, etc. — Chez Guillaumin.
(8)
«Les blés ont manqué dans toute la France, excepté
en Normandie, au Perche et sur les côtes de Bretagne, où
l’on espère avoir de quoi faire la semence, encore ne sera-ce que
par endroit. En sorte que du blé de 1709 il n’en sera point du
tout mangé.» (Journal de Jean Bouvart.) — Voy. notre t.
XXII, 1854, la Misère de 1709.
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On peut bien supposer que pendant les disettes de 1684, 1693-1694, et
surtout pendant l’horrible famine de 1709, où tant de milliers
de Français expirèrent au milieu des souffrances les plus
affreuses, en ces temps sinistres que nous avons déjà décrits
(9), plus d’une mère, pressant
sur son sein amaigri son enfant près d’expirer, murmurait tout
bas: — le roi ne sait donc pas que nous mourons de faim!
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(9) Tome X, 1842, p. 166; t. XXIV, 1856,
p. 50.
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En 1709, le roi savait. Son conseil, le Parlement, le lieutenant de police
(d’Argenson), toutes les juridictions mettaient la main à l’œuvre
pour modérer le fléau. Une chambre de justice avait été
instituée pour juger les contraventions aux lois et aux règlements
sur les subsistances: on punissait ceux qui achetaient du blé
pour le revendre, c’est-à-dire qu’on croyait bien faire en empêchant
le commerce des grains.
«Les magistrats, écrivait
d’Argenson à Desmarets, veulent tout mettre en règle,
et les marchands veulent tout laisser en liberté.» (10)
On
avait établi dans les provinces une taxe extraordinaire [p.110] pour la subsistance des
pauvres. On avait ouvert des ateliers publics, ce qu’on a appelé
de notre temps des ateliers nationaux, et, afin de faire travailler les
ouvriers moyennant un peu de pain médiocre pour salaire, on leur
donna à abattre une butte assez élevé qui séparait
les portes Saint-Denis et Saint-Martin. Cela n’empêcha pas des émeutes
fréquentes: celle du 20 août s’étendit du faubourg
Saint-Martin au faubourg Saint-Antoine.
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(10) Nous savons
aujourd’hui, mais après combien d’épreuves, qui, des magistrats
ou des marchands, avait raison», a dit M. Pierre Clément,
de l’Institut, dans son bel ouvrage de la Police sous Louis XIV.
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«Il ne nous reste qu’une ressource, dit d’Argenson, c’est d’obliger
tous les boulangers à mettre au moins un moitié d’orge
dans tous les pains. — J’ai fait arrêter huit ou dix paysans qui
avaient acheté de l’orge dans les fermes, et le Parlement en murmurait
déjà.» (11)
«Partout les mesures les plus arbitraires
accrurent, suivant l’usage, la violence du mal, et les distributions
de blé, de pain et d’argent n’y remédièrent que faiblement.»
(12)
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(11) «Convenons
que le Parlement n’avait pas tort d’en murmurer.» (Pierre Clément)
(12) Idem.
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Les estampes de ce temps-là nous apprennent que l’on avait distribué
à Paris, non-seulement du pain (13),
mais des soupes. Celle que nous reproduisons aujourd’hui est l’une des
plus intéressantes. On lit au-dessous ce mauvais quatrain, dont
nous respectons l’orthographe:
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(13) Voy., t. X, 1842, p. 168, l’estampe
représentant une distribution de pain au Louvre.
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LE SECOURS DU POTAGE.
L’indigent secouru d’un zele charitable,
D’une soupe apprestée on luy remply
son pot.
En arriuant chez luy il peû se metre
à table,
Toute chauche (sic) quelle est
la manger sans dire mot.
(A Paris, chez Leroux, à la place aux Veaux,
au bout du pont Marie, a ljamge Ste Geneuieue, avec Pril. du Roy.)
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Quand enfin les misères vinrent à être plus supportables,
quand le prix du pain commença à baisser, on vit paraître
d’autres estampes, où le peuple en allégresse affirmait encore
ses préjugés, sa haine surtout contre les boulangers, mais
en même temps chantait les louanges du grand roi, qui, par un acte
de sa volonté (quoique un peu tardif), avait fait renaître
l’espérance et la joie. Nous avons sous les yeux une de ses estampes,
assez rares: elle représente les gens du peuple mangeant, buvant,
chantant et dansant au son du violon; au-dessous on lit une Chanson
nouvelle sur le rabais du pain, sur l’air: Je n’iray plus,
etc. Les couplets n’ont pas grand mérite, mais ils nous semblent
avoir une valeur historique: ils témoignent bien de l’état
des esprits.
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Dans tous les endrois de la France,
L’on va voir à cette fois
Chacun sortir de souffrance
Par les soins de nostre grand roi.
Nous mangerons du pain blan,
Grâce à Dieu et Mr. Du Pille
(14).
Nous mangerons du pain blan
A six liards, deux sols, six blans
Hommes, femmes, garçons, filles,
Réjouissons-nous maintenant:
Chacun dedans sa famille
Aura du soulagement.
Nous mangerons du pain blan, etc.
Malgré vos ruses et malices,
Tous vauriens boulangers,
Qui faisiez par artifice
Toujours rencherir le bleds.
Nous mangerons du pain blan, etc.
Vous couriez de vile en ville
Et de marché en marché,
Chez Guillaume, Iaques, Gille,
Leur faire cacher les bleds.
Nous mangerons du pain blan, etc.
Vous vouliez faire une somme,
Et boursoyant tour à tour
Tous les boulangers, méchans hommes,
Croyant empescher les fours.
Nous mangerons du pain blan, etc.
Quel désespoir! quelle misère!
Se disent les boulangers;
Les fours du Louvre, faut croire,
Vont fournir tous les quaré.
Il nous faudra à present
Demeurer les bras balans.
S’il y alloit dans nos boutiques
Des pauvres acheter du pain,
Vous les chassiez au plus viste,
Comme des vrais inhumains;
Mais nous mangerons du pain blan, etc.
Faut prier Dieu qu’il preserve
Le Roy et nostre Dauphin,
Et en tous lieux il conserve
Le grand Duc d’Orléans.
Nous mangerons du pain blan,
Grâce à Dieu et Mr. du Pille.
Nous mangerons du pain blanc,
A six liards, deux sols, sic blans.
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(14) Nous n’avons
pas encoe découvert ce qu’était ce M. du Pille. Quelqu’un
de nos lecteurs nous l’apprendra peut-être, et alors nous le ferons
savoir à tous les autres.
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Aujourd’hui, sur plus d’un point de notre pays, l’ignorance pourrait encore
tenir le même langage; heureusement les progrès qui se
sont accomplis depuis le dernier siècle dans la législation,
l’administration, la science économique, et surtout dans l’agriculture,
ne lui en donneront plus l’occasion. L’instruction, en se répandant
de plus en plus, dissipera en même temps les préjugés
et les brutalités qui sont la honte d’un peuple.
Nous ne voulons toutefois parler
en ce moment que des progrès qui se rapporte au sujet de cet article,
c’est-à-dire à la production du blé et à
la vente du pain. C’est une satisfaction de pouvoir démontrer ces
progrès plutôt par les faits eux-mêmes que par des
raisonnements.
Remarquons d’abord que la production
de blé en France est, d’une manière absolue, très-supérieure
en quantité à ce qu’elle était avant ce siècle.
Les agriculteurs, mieux éclairés, ne laissent plus de repos
inutiles à la terre et lui font rendre davantage dans les années
du culture. Avant 1789, il y avait plus de 11 millions d’hectares en
jachères; aujourd’hui il y en a à peine 6 millions, et
l’alternance des cultures tend de plus en plus à ne laisser aucune
terre en non-valeur. (15)
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(15) Victor Modeste.
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L’agriculture a aussi perfectionné ses procédés
et acquis plus de ressources. On s’entend mieux aux engrais, au drainage;
les instruments de travail, la charrue, la herse, se sont améliorés.
On épargne sur la semence qu’on prodiguait sans profit.
En moyenne, le même hectare qui rendait
7 hectolitres sous Louis XIV, et 8 en 1789, en rend aujourd’hui 16.
Mais la production ne s’est pas seulement
accrue en quantité, elle s’est améliorée dans sa
nature et, de plus, partagée en un plus grand nombre de produits.
Le froment a pris la plus grande partie de la place qu’occupaient autrefois
le sarrasin et les céréales inférieures: il a gagné
49 pour cent.
L’introduction de nouvelles cultures
conjure aussi les dangers de disette, les intempéries ne frappant
pas toutes [p.111] les natures
de récoltes à la fois: si le froment et seigle viennent
à manquer, les populations peuvent trouver des ressources dans
86 millions d’hectolitres de pommes de terre, produit que nos pères
ignoraient, et aussi dans 6 millions de légumes secs et dans l’horticulture.
Il faut aussi signaler les progrès
de la meunerie, mieux outillée, plus active, plus intelligente.
Avec la quantité de grains qui ne rendait, il y a cent ans, que 100
en farine blanche, la meunerie obtient aujourd’hui 150 au moins, et jusqu’à
180 et même 190.
Est-ce tout? La rareté des
disettes dans notre siècle n’avait-elle point d’autres causes?
Non sans doute.
Autrefois, dès que la famine sévissait
dans une ville, dans une province, l’administration songeait naturellement,
comme aujourd’hui, à faire venir à tout prix des grains
des pays où les récoltes avaient été bonnes
ou qui avaient des réserves considérables. Mais, pour acheter,
il faut avoir de l’argent ou du crédit; or le gouvernement était
le plus souvent très-pauvre: qui sait un peu l’histoire ne saurait
songer un moment à le nier. Il y avait apparence de grande richesse
à la cour, mais pénurie dans la caisse de l’État
et misère dans le reste de la nation (16).
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(16) Voy. les Tables, et notamment les articles
sur Vauban.
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Est-il besoin enfin de rappeler que les marchandises surchargées
de droits, étaient arrêtées, non-seulement aux frontières
du pays, mais à celles des provinces? Et, comme on l’a vu plus
haut, on n’était pas libre d’acheter. L’idée de la liberté
du commerce ne faisait encore que poindre. Aujourd’hui, dès qu’on
prévoit une disette, il y a émulation de toutes parts pour
faire arriver des provisions de blé nécessaires. Sans doute,
on est et l’on sera peut-être toujours exposés à payer
le pain plus cher à certaines époques qu’à d’autres;
mais on peut dire sans témérité que désormais,
en temps de paix, les famines sont impossibles.
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Source: la réédition numérique
en mode image par la BNF du Magasin pittoresque. Saisie
en mode texte: Bernard Gineste, 2003.
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BIBLIOGRAPHIE PROVISOIRE
Sur l’hiver 1709
ANONYME [un comité de charité,
selon CHARTON 1856], Nouvel advis important sur les miseres du temps
[pièce in-4°], Sans nom de lieu ni d’éditeur, 1662 [conservé à la BNF].
Édouard CHARTON [dir. (1807-1890)],
«La misère de 1709», in Le Magasin pittoresque
22 (1854) [dont une édition
numérique en mode image par la BNF, gallica.bnf.fr, N031437, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n031437.htm,
en ligne en 2003; dont une réédition en mode texte par
le Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-18-1709hiver-charton.html#1854, 2003], pp. 170-172.
Édouard CHARTON, «L’hiver de 1709»,
in Le Magasin pittoresque 24 (1856)
[dont une édition numérique en mode image par la BNF, gallica.bnf.fr,
N031439, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n031439.htm,
en ligne en 2003; dont une réédition en mode texte par
le Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-18-1709hiver-charton.html#1856, 2003], pp. 50-51.
Édouard CHARTON, «La famine de 1709»,
in Le Magasin pittoresque 43 (1875)
[dont une édition numérique en mode image par la BNF, gallica.bnf.fr,
N031461, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n031461.htm,
en ligne en 2003; dont une réédition en mode texte par
le Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-18-1709hiver-charton.html#1875.html,
2003], pp. 108-111.
Léon MARQUIS, Les Rues d’Étampes
et ses monuments, 1881, p. 129 [note sans références précise,
mais surtout brouillonne et franchement inexacte]:
«En 1709,
l’année du grand hiver, la misère fut grande à Étampes,
car un prêtre, passant par Étampes et Angerville, rencontra
plus de quatre cents pauvres et trente hommes morts de froid sur la grande
route (Magasin pittoresque).»
[A comparer avec le texte réel
du Magasin pittoresque 22 (1864), p. 170: «un vertueux
ecclésiastique (…) a trouvé, en passant par Étampes
et par Angerville, quatre cents pauvres.»; ibid. p 172: par
ailleurs , selon un bourgeois de Chartres: «Les hommes gelaient
sur les chemins; en sorte que depuis Paris à Orléans, on
dit que plus de trente hommes sont morts de froid»]
Pierre RAOUL, «Les
grandes misères de l’hiver 1709», in Autour d’Ecuras.
Journal d’Histoire locale, monuments, folklore [par Mme Fils Dumas-Delage.
ISSN : 1153-0014] 4 (décembre 1990) [dont une
édition numérique en ligne, http://perso.wanadoo.fr/lamotte/ecuras/no4gra.htm
en ligne en 2005].
Therry SABOT, «Les "grands hyvers"
1693/1694 et 1709/1710» [notice en lien avec plusieurs pages compilant
de précieuses notations relevées par des généalogistes
sur des registres paroissiaux], in Histoire-Généalogie.Com,
http://www.histoire-genealogie.com/themes_detude/histoire_generale/moderne/hiver.htm,
en ligne en 2003.
Therry SABOT, «» [notice
en lien avec plusieurs pages compilant de précieuses notations
relevées par des généalogistes sur des registres
paroissiaux], in Fil d’Ariane. Site de l’Association de Recherches
historiques en Val de Seine, Val d’Ecole, Pays de Bière, Gâtinais
Français, http://www.histoire-genealogie.com/themes_detude/histoire_generale/moderne/hiver.htm,
en ligne en 2003.
Sur l’hiver
de 1740
ANONYME [dir. (1807-1890)], «L’hiver
de 1740. Correspondance d’un observateur météorologiste
au dernier siècle» [la situation à Rouen], in Le
Magasin pittoresque 46 (1878) [dont une édition numérique en mode image par
la BNF, gallica.bnf.fr, N031461, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n031461.htm,
en ligne en 2003], p. 356.
Sur le Charton
et le Magasin pittoresque
Marie-Laure VINCENT-AURENCHE, Édouard
Charton et l’invention du Magasin Pittoresque 1833-1870. Thèse
d’État. Lettres et Arts. Lyon 2 [22 cm; 2 vol.; 515 folios
non paginés; broché; bibliographie pp. 494-507], Lyon, par
l’auteur, 1999 [ISSN 1169-2944 ;
57].
, monographie
Marie-Laure AURENCHE, Édouard
Charton et l’invention du Magasin Pittoresque. 1833-1870 [23 cm;
VIII+534 p.; relié; illustrations; index; bibliographie pp. 493-510],
Paris, Honoré Champion [«Romantisme et modernités»],
2002 [ISBN 2-7453-0664-2; 106 €].
Toute critique,
correction ou contribution sera la bienvenue. Any criticism or contribution
welcome.
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