Revue de l’histoire
de Versailles
et de Seine-et-Oise
32e année (1930),
pp. 273-289.
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La
défense militaire d’Etampes au XVIe siècle
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La défense militaire d’Etampes au XVIe
siècle
A voir les
choses d’un regard superficiel, la riante ville d’Etampes, dans sa parure
de peupliers, de tilleuls et de saules argentés, dominée par
des coteaux jadis recouverts de vignes, semblait née pour se développer
dans la quiétude et le bonheur au fond de sa vallée. Heureuse
et calme, elle ne le fut guère autrefois. La richesse du sol fit toujours
une proie du petit pays arrosé par la Louette, la Chalouette et la
Juine. Pillé par les Bourguignons au début du quinzième
siècle, il le fut au seizième par des aventuriers et des mercenaires.
Les auberges, qui s’échelonnaient le long de la route de Saint-Jacques
de Compostelle, n’hébergeaient pas seulement des pèlerins.
En octobre 1555, dans une période de paix, un édit royal fortifia
la police ou la maréchaussée étampoise, éleva
le nombre des archers, «attendu la frequence du passaige, où
se sont cy devant commis et commectent journellement plusieurs assacinatz,
meurtres et voileries, qu’il ne serait possible purger et nectoyer sans plus
grande force» (1).
On s’explique par là que la défensive
restait le principal souci des populations et des chefs eux-mêmes.
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(1)
P. just., n°XXIX ter. Ces pièces justificatives sont publiées
dans notre travail sur Les Institution royales au pays d’Étampes de
1478 à 1598. Versailles, 1931, in-8°.
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I. LES FORTIFICATIONS
Des hordes de malfaiteurs réduisaient vite
à merci les habitants d’une localité, surtout durant les guerres
civiles. Aussi, dans toute bourgade, voulait-on construire des remparts. L’incurie
du bailli était telle qu’on ne tenait plus guère compte de
sa personne. On s’adressait au roi, Il appartenait aux officiers du bailliage
d’entériner [p.274] les
lettres obtenues. Dès avant 1556, Angerville était fermée
par des murs très épais; elle possédait une vingtaine
de tourelles munies de créneaux et de meurtrières; de larges
fossés interdisaient l’accès de la ville (2). En 1588, Henri III accordait aux habitants
de Boissy-le-Sec (3) la permission de se fortifier.
Autrement que serait-il advenu? Les contribuables n’auraient pu résister
aux pillages continus et n’auraient payé ni taille, ni aides, ni subsides.
Or le trésor, au seizième siècle, avait un impérieux
besoin d’argent.
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(2)
MENAULT, Hist. D’Angerville-la-Gate, p. 86-88.— Cf. Coutume d’Etampes, dans
Bourdat de Richebourg. t. III, p. 115.
(3) Boissy-le-Sec (Seine-et-Oise),
arr. et canton d’Étampes.— Arch. Loiret, Fonds du duché d’Orléans,
A 1168, fol. 335, copie du dix-huitème siècle.
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Est-ce avec
des arrières-pensées d’ordre financier que François Ier,
le 15 juillet 1536, envoya de Lyon aux habitants d’Etampes l’ordre de réparer
leurs murailles? Tout porte à croire qu’il y avait à cela des
motifs différents, Les armées de Charles-Quint dévastaient
la Provence et se disposaient à marcher vers Paris, Le roi de France
dans ses missives, avertissait d’abord les habitants d’Etampes «du
bon grant ordre et provision, disait-il, que nous avons donnée en
toutes les frontières, entrées et passages de nostre royaulme,
qui est telle que, quelques grans preparatifz qu’ayent pu dresser noz ennemys
pour execucion de leurs malignes et dampnées entreprises, ilz n’en
pevent rapporter que honte, vitupere et dommage». Mais il ne se contentait
pas d’avoir «en bon pasteur» pourvu les frontières. Il
désirait préserver l’intérieur de toute oppression, et
voir la paix régner entre ses bons et loyaux serviteurs (4). Si l’hypothèse était
permise en histoire, on imaginerait aisément les répercussions
de la guerre étrangère, la panique sur le territoire et les
brigandages favorisés par une situation anormale et troublée.
Au fond, que redoutait François Ier? Il était prudent; il craignait
pour Paris; et une armée venant du Sud aurait certainement passé
par la Beauce et par Etampes. Mais pourquoi oublierait-on que, depuis le
23 juin 1534, Anne de Pisseleu, la belle favorite chantée par le poète
Marot, était comtesse d’Etampes? Il était naturel, dès
lors, que François Ier se préoccupât de maintenir la
sécurité la plus entière à Etampes.
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(4) P. Just., n°XXV.
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La ville avait
été flanquée d’un château-fort au douzième
siècle [p. 275] et de
remparts au quatorzième. Mais elle avait subi de rudes assauts pendant
la guerre de Cent ans. De larges brèches furent alors ouvertes dans
ses murailles; sur toute une partie de l’enceinte il ne restait plus que
des soubassements, au début du quatorzième siècle. Le
tracé des fortifications suivait au nord le boulevard Henri-IV actuel
depuis la ruelle d’Enfer, du côté d’Orléans; il prolongeait
ce boulevard en direction de Paris jusqu’à la rue qui débouche
entre la rue du Château et la route actuelle de Dourdan. Il empruntait
cette rue qui descend obliquement à l’est, puis la rue des Remparts.
Au sud, il épousait le contour de la rivière d’Etampes, formée
par les eaux réunies de la Chalouette et de la Louette. A l’ouest,
il regagnait le boulevard Henri-IV, en passant par la rue du Filoir et la
ruelle d’Enfer. En temps normal, la ville comptait huit portes, munies chacune
de deux tours. C’étaient:
1° La porte Saint-Martin;
2° La porte Dorée, qui gardait l’ancienne route de Dourdan;
3° La porte du Châtel ou des Lions;
4° La porte Saint-Jacques, dont la construction ne remonte qu’à
l’année 1512 (5);
5° La porte Evrard, Evézard ou de la Couronne (porta Eurardi
dès le treizième siècle) (6);
6° La porte Saint-Pierre ou de Pluviers (7);
7° La porte Saint-Fiacre;
8° La porte Saint-Gilles (8).
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(5)
Fragments de la Rapsodie de Plisson, dans Marquis, Les rua d’Etampcs, p. 410.
Id., ib., p. 73. Fleureau. p. 199.
Quant à la porte Dorée, son épithète
doit s’orthographier ainsi et non d’orée, comme l’a démontré
M. L. Eug. Lelèvre, Nom contesté... Etampes, 1914.
(6) Porta Eurardi, l’expression se
trouve dans une charte de 1226 séparant les paroisses Notre-Dame et
Saint-Basile. — Fleureau, p. 104.
(7) Pluviers, ancien nom de Pithiviers,
encore employé à la fin du seizièmc siècle.
(8) Marquis. ib., p. 72-76, et plan
de la ville aux dix-septième et dix-huitième siècle,
à la fin du livre.
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Cet appareil
défensif tombait en ruine vers le sud-est, lorsque sur vint l’ordre
de François Ier. Les habitants d’Etampes accueillirent les lettres
royaux, comme si elles avaient répondu à leur attente. Les
avaient-ils sollicitées par l’entremise d’Anne de Pisseleu? C’est possible.
Ce n’est pas certain. Ils s’assemblèrent à l’Hôtel de
Ville, sous la direction du conseil de bailliage, le 14 août 1536, le
jour même [p.276] où
Jean Jouvin, chevaucheur d’écurie, avait apporté les missives.
Là ils décidèrent de relever leurs fortifications, d’employer
à cette œuvre leurs deniers communs et, au cas où ils ne suffiraient
pas, de fournir le complément nécessaire en s’imposant une
taxe. Leur projet ne ressemblait en rien à une innovation. Il fallait
réparer les murailles, en se conformant à l’ancien devis du
quatorzième siècle. On commencerait à la tourelle de
la porte Evrard, qui se trouvait sur les fossés du Port-Neuf; on suivrait
de là le pourpris jusqu’à la porte Saint-Fiacre. Tel serait
l’ordre des travaux. On ménagerait de larges boulevards pour séparer
de l’enceinte les héritages privés, pour permettre aux défenseurs
éventuels de circuler et de s’organiser. Ce n’était pas tout.
Il importait de murer les portes Dorée et Saint- Fiacre, les moins
utiles au trafic et au commerce; il convenait sur tout de munir de ponts-levis
les portes Evrard, Saint-Jacques, Saint-Pierre et Saint-Martin, qui en étaient
encore dépourvues. Les bourgeois d’Etampes s’armeraient de «bastons
de deffence» (9).
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(9) Arch. Etampes, procès-verbal
d’une délibération de l’assemblée de ville.
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Ce plan rencontra l’approbation de la grande majorité
des habitants. Mais, pour le réaliser, il fallait raser des maisons.
Quelques particuliers, groupés autour de Martin Auper, bourgeois d’Etampes.
se prétendirent lésés et réussirent à mettre
dans leurs intérêts les officiers royaux d’Etampes. De là
des retards dans l’exécution du projet, puis un mandement plus impératif
de Français Ier, en septembre 1536. Le maire et les échevins
d’Etampes s’adressèrent au gouverneur de l’Île de France, le
cardinal du Bellay (10), et lui exposèrent
leurs difficultés, Celui-ci leur envoya des gens d’expérience,
pour les aider dans leur entreprise, et des gens de conseil, pour entendre
les opposants. Ensuite il leur enjoignit d’obéir au roi sans s’inquiéter
des conséquences.
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(10) Jean du Bellay (1492-1560), frère
de Guillaume du Bellay, qui écrivit des Mémoires, et oncle de
Joachim du Bellay.
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Cependant Martin Auper, soutenu par Jérôme
de Villette, avocat du roi, qui se voyait également lésé
dans ses biens, parvint, en présentant faussement l’affaire, à
obtenir de la Chancellerie des lettres qui lui donnaient raison. Datées
du onze octobre 1536, elles étaient adressantes au bailli d’Etampes
et ordonnaient la cessation des travaux, Martin Auper était riche.
La Chancellerie était vénale. [p.277]
Les officiers royaux d’Etampes devenaient suspects:
les uns s’étaient laissés corrompre, les autres défendaient
leur patrimoine. Ils mettaient obstacle à la volonté de François
Ier le plus habilement du monde: ils plaçaient le roi en contradiction
avec lui-même. C’est dans de tels cas spéciaux qu’apparaît
l’utilité des gouverneurs. Le cardinal du Bellay rendit à
François Ier une vision plus nette de la réalité. Il
inspira des lettres patentes du 20 janvier 1537, par lesquelles les baillis
d’Orléans, de Montfort-l’Amaury (11) ou de Dourdan étaient proclamés
les seuls juges compétents du différend entre Martin Auper
et les échevins d’Etampes (12).
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(11)
Monfort-l’Amaury (Seine-et-Oise), arr. Rambouillet, chef-lieu de canton.
(12) P. just. N°XXVI.
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Le 8 avril 1537 (13), les agents municipaux de la ville
présentèrent ces lettres à Claude Bongars, lieutenant
général du bailli d’Orléans, qui séjournait à
Etampes dans l’hôtel du Cheval Bardé. C’est là que cet
officier connut du désaccord, Il décerna une commission aux
échevins d’Etampes qui firent ajourner par devers lui les parties en
cause. Il fut convenu que Martin Auper et ses voisins recevraient une indemnité
pour les dommages causés à leurs biens. De part et d’autre
on désignerait des experts qui auraient à s’entendre sur la
valeur des héritages menacés. L’estimation aurait lieu en
présence de Claude Bongars. Le lieutenant général d’Orléans
infligerait à quiconque voudrait contester sa juridiction une amende
extraordinaire de cent marcs d’or.
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(13) Arch. D’Etampes: à cette
date, Procès-verbal du lieutenant général d’Orléans.
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Alors seulement
on aurait pu envisager l’exécution des lettres royaux du 15 juillet
1536. Mais Martin Auper ne se tint pas pour vaincu. Il en appela au Parlement,
qui, le 3 juin 1541, rendit contre lui un arrêt analogue à la
sentence de Claude Bongars. — Auper, la veuve Hébert, Guillaume Lambert
et sa femme avaient jusque-là tenu en échec la municipalité
d’Etampes. Il semblait que désormais on pourrait aller de l’avant
et fortifier Etampes. Il n’en fut rien, car la ville n’était pas assez
riche pour indemniser les opposants. Ainsi les choses tramèrent en
longueur, si bien qu’en 1562, Etampes se trouva menacée par les protestants,
sans avoir rien fait pour se protéger. L’arrêt de 1541 était
suranné. A la demande des maire et échevins, le Parlement en
renouvela les conclusions, le 26 mai 1562. [p.
278]
Mais le projet de 1536 fut reconnu insuffisant
par Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, lieutenant général
pour le roi à Etampes. Celui-ci, de concert avec le maréchal
de Brissac, établit un nouveau plan de défense; le 28 septembre
1562, le bailli et la municipalité reçurent du Parlement l’ordre
de s’y conformer. Dans toute cette procédure, on entrevoit que la
bonne volonté des Etampois s’était heurtée à
des obstacles, surtout de nature pécuniaire; mais elle n’avait pas
fait défaut, sauf chez quelques individus intéressés
(14).
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(14) P. just., n°XXXI bis et ter.
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II. LES ARBALETRIERS ET LES
ARQUEBUSIERS.
Les habitants d’Etampes, qui ressentaient comme
un besoin l’obligation de fortifier leur ville, désiraient aussi d’eux-mêmes
se livrer à des exercices mâles et guerriers, de nature à
les instruire dans le métier des armes. Ils s’accordaient en cela avec
une ordonnance du roi Charles V, rendue le 3 avril 1369 (15), qui défendait les jeux de
dés, de dames, de paume, de quilles, de palet, de billes, de «soules»
(16), sous peine de quarante sols parisis
d’amende, et recommandait le maniement de l’arc et de l’arbalète. Mus,
disaient- ils, par l’amour du bien public, ils supplièrent Henri II
de consentir quelques privilèges en faveur des jeunes gens d’Etampes
pour leur ôter l’occasion de fréquenter les tavernes, pour les
détourner de l’oisiveté et des plaisirs dangereux. Ils obtinrent
de lui la permission de s’adonner aux jeux de l’arbalète et de l’arquebuse,
par lettres données à Saint-Germain-en-Laye, le 21 mai 1549
(17). On organisa chaque année,
au premier mai, un concours. Ce jour-là, sur une place publique d’Etampes,
deux «papegauts» étaient élevés et exposés
l’un aux coups des arbalétriers, l’autre aux coups des arquebusiers.
Les deux vainqueurs étaient ensuite proclamés solennellement
l’un roi des arbalétriers, l’autre roi des arquebusiers. Ils recevaient
de la [p.279] municipalité
chacun un mouton d’or (18) ou l’équivalent
(19). Cette récompense n’était
pas la plus appréciée. Les gagnants étaient de plus,
par la faveur du roi Henri II, exemptés pour un an, à dater
du jour de la fête, de tous impôts, c’est-à-dire de la
taille, du huitième, du vingtième sur les vins «de leur
crû seulement», des gabelles et des subsides. Les lettres étaient
adressantes aux généraux des finances, aux conseillers sur
le fait de la justice des aides et au bailli d’Etampes. Elles furent enregistrées
et rendues exécutoires au conseil de bailliage, le 7 juin 1549. Leurs
dispositions restèrent toujours en vigueur par la suite. La franchise,
qui représentait pour le trésor un si léger sacrifice,
puisqu’elle s’appliquait à deux personnes seulement, et qui offrait
en retour l’avantage d’inspirer aux jeunes bourgeois d’Etampes le goût
des plaisirs virils et une salutaire émulation, fut confirmée
sans doute par les successeurs d’Henri Il. Il est certain qu’elle le fut
par Henri IV, en septembre 1602 (20).
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(15) Isambert, t. V., p. 322 et 323.
Ord. V, 172,
(16) Dans le Nord, on appelait «soule»
une boule de bois ou d’autre matière dure, qu’on poussait avec une
crosse. Cf. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue françoise,
t. VII, p. 511, col.
(17) Publ. Fleureau, p. 232. — Mentions
diverses: Max. Lcgrand, Etampes pittoresque, 1897, p. 190. — De Bigault de
Fouchères, Tabl. hist. sur Etampes, p. 33.
(18) «Sorte de monnaie qui portait
d’un côté l’image de Saint-Jean-Baptiste et de l’autre un mouton
avec sa toison...» (Godefroy, ouv. cité, t. V, p. 431, col. 3).
(19) 40 sols tournois en 1560.
Cf. Compte municipal. p. just., n°XXXI.
(20) Fleureau, p. 234.
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III LES GARNISONS
Si, en raison des profits qu’ils en retiraient
et en vue d’accroître leur sécurité, les habitants d’Etampes
acceptaient allègrement de manier les armes et de les faire servir
à leur défense, ils n’en avaient pas moins une instinctive horreur
des gens de guerre étrangers à leur ville et au bailliage.
Ils ne supportaient jamais en temps de paix des garnisons dans leurs murs.
Ils en avaient trop souffert jadis, pendant la domination bourguignonne.
A la fin du quinzième siècle, au début du seizième,
ils se souvenaient encore. Les officiers royaux s’entendaient à l’occasion
avec les échevins pour écarter non seulement de la ville, mais
aussi du bailliage, le retour le pareils maux. Le capitaine d’Etampes, Roger
de Béarn, qui était chevalier et bailli, envoyait l’un de ses
sous-ordres Girault de Saint-Avy, ancien prévôt, au devant de
six mille lansquenets qui voulaient établir leur garnison à
Etampes. Il agissait à la requête de la municipalité et
cela se passait au mois de mars 1514. Pendant que Girault de [p.180] Saint-Avy tenait les troupes
en respect avec ses hommes, aux environs de Moret (21) et de Milly (22), une action parallèle d’un
autre ordre fut décidé sur l’avis de l’assemblée réunie
des officiers bailliagers et des habitants. Les échevins demandèrent
au gouverneur d’Orléans, Lancelot du Lac (23) qui séjournait à Etampes,
des lettres missives. Puis deux d’entre eux allèrent les présenter
au capitaine des lansquenets, qu’ils rencontrèrent à Chastres-sous-Montlhéry
(24). Le gouverneur d’Orléans expliquait
probablement au chef de cette bande que ses gens ne trouveraient pas à
Etampes ce qui était nécessaire à leur entretien. De
pareils arguments n’auraient pas suffi à l’éloigner. Aux lettres
de Lancelot du Lac, on joignit six écus d’or. Sensible à ce
don, le capitaine fit rebrousser chemin à ses mercenaires (25), qui n’avaient pas encore atteint
les limites du bailliage d’Etampes.
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(21)
Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne), arrondissement de Fontainebleau, chef-lieu
de canton.
(22) Milly (Seine-et-Oise), arrrondissement
d’Etampes, chef-lieu de canton.
(23) De la famille du Lac, maison de
la Beauce, d’où sont sortis les seigneurs d’Ouville, de Chamerolles,
du Coudray et de Montereau. Ouville (Loiret), arrondissement et canton de
Chilleurs-aux-Bois. — Coudray (Loiret), arrondissement de Pithiviers, canton
de Malesherbes, Montereau (Loiret), arrondissement de Gien, canton d’Ouzouer-sur-Loire.
— Sur la famille du Lac, consulter Lalanne, Dictionnaire historique, p. 1070,
col. 1.
(24) Aujourd’hui Arpajon (Seine-et-Oise),
arrondissement de Corbeil, chef-lieu de canton.
(25) Plisson, Rapsodie, éd.
Forteau, Annales du Gâtinais, 1909, p. 33.
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La ville jouit
alors pendant une quarantaine d’années d’une tranquillité relative.
Malheureusement les troubles civils s’y manifestèrent dès la
première heure. Etampes connut les jours sombres d’autrefois, lorsqu’elle
fut contrainte, pour prévenir les vexations des huguenots, à
installer dans ses murailles des compagnies d’ordonnance, à les loger,
à les nourrir. Il fallut redoubler d’efforts pour éviter les
abus des gens de guerre; et d’autre part leur présence était
indispensable, en vue d’éviter les surprises possibles et pour réprimer
les brigandages de plus en plus fréquents. En 1560, deux compagnies
tenaient garnison à Etampes, celle du seigneur de La Fayette (26) et celle du seigneur de la Trémoille
(27). Elles possédaient [p.181] chacune un maréchal
des logis et un fourrier, qui veillaient de concert avec les sergents royaux
du bailliage, à assurer le ravitaillement des troupes, Les gens de
La Trémoille étaient logés à l’hôtel du
Barde, ceux de La Fayette à l’Ecu de France (28). La municipalité, pour ne
pas éveiller les mécontentements populaires, subvenait aux
frais de leur entretien, dans une certaine mesure. Elle payait les hôteliers,
sur le produit de son droit de barrage. D’ailleurs ces compagnies ne durent
pas rester fort longtemps à Etampes. Car les échevins ne paraissent
leur avoir consacré que des sommes dérisoires (29).
Cette épreuve n’était rien en comparaison
des souffrances qui assaillirent la ville d’Etampes pendant les guerres de
religion.
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(26)
Sans doute un descendant de Gilbert de La Fayette (vers 1380 - 23 février
1462) qui fut maréchal de France sous Charles VII.
(27) Louis III, premier duc de Thouare
(1563), fils de François de La Trémoille qui fut lieutenant
général de Poitou et de Saintonge. Il naquit en 1521, mourut
devant Melle le 25 mars 1577. Lalanne, Dictionnaire historique, p. 1734, col.
1 et 2.
(28) Auberge de la rue Saint-Jacques.
— Cf. Travers (E.), Epitaphes d’hôteliers à Etampes, p. 19.
(29) P. just., n°XXXI.
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IV. L’ORGANISATION DE LA DEFENSE
URBAINE PENDANT LES GUERRES DE RELIGION
Notre but n’est pas de raconter dans tous ses
détails cette douloureuse histoire, mais seulement de dégager
autant que possible les rapports du bailli d’Etampes et de la municipalité
avec les garnisons chargées de défendre la ville et les environs.
D’autres ont traité des événements eux-mêmes,
qui sont très connus et que Dom Fleureau a rapportés avec une
grande minutie (30).
A) Sous Charles IX. — Après l’avènement du roi Charles IX,
et pendant sa minorité, deux factions à caractère religieux
et politique, se disputèrent le gouvernement de la France, celle
des catholiques, avec les Guise à sa tête, celle des protestants,
conduits par le prince de Condé. Grâce à l’influence
des Guise, Catherine de Médicis fut proclamée régente.
Mais Antoine de Bourbon, roi de Navarre, avait le commandement de l’armée.
Il s’occupa à éviter les désordres civils, puisqu’il
était chargé de préserver la tranquillité [p.282] publique. Elle courait alors de
graves dangers. Car les protestants, qui avaient réuni des bandes
allemandes, et les catholiques auraient voulu les uns et les autres posséder
Paris. Le prince de Condé, posté à Orléans avec
quatorze mille hommes, n’attendait qu’une occasion favorable pour tenter
la suprême aventure, et de jour en jour la ville d’Etampes voyait
grandir la menace.
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(30) Antiquitez d’Estampes, pp. 236-242,
247-258. — Marquis, Les rues d’Etampes, p. 312-316.— La Bigne (Henri de),
Etampes: 1562, 1652, 1793. dans Abeille d’Etampes, 8 et 22 janvier, 19 et
26 février, 5 et 26 mars, 2, 9 et 30 avril 1871.— Les auteurs précédents
ont puisé leurs renseignements dans les Mémoires des contemporains
des guerres de religion.
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En quoi avait
consisté l’organisation défensive de la ville?
Au mois d’avril 1562, elle vit successivement
arriver dans ses murs, pour la sauvegarder, une bande sous les ordres du
capitaine d’Eschaux, cinq compagnies sous le commandement du seigneur de
Culan (31), lieutenant
de Jean de Brosse, et enfin le seigneur de Monterud, commis au gouvernement
des duchés d’Orléans et d’Etampes. Il fallut ravitailler tous
ces gens de guerre. Le produit des octrois royaux, qui n’avaient pas été
augmentés à temps, n’y suffisait pas. Les habitants durent
avancer les «munitions», comme on disait alors pour désigner
les vivres et les autres choses nécessaires à l’existence (32).
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(31)
Cuise était alors le chef-lieu d’une baronnie. — Colon (Cher), arrondissement
de Saint-Amand-Mont-Rond, canton de Châteaumeillant.
(32) Fleureau. p. 237.— Plisson, éd.
Forteau, ib., p. 62-63.
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Ce fut un
véritable état de siège, selon l’expression moderne,
la mise au service de l’armée de toutes les ressources civiles. Le
15 avril 1562, le maire et les échevins d’Etampes avaient reçu
du Roi de Navarre le pouvoir de réquisitionner chez les habitants des
denrées, pour nourrir les gens de guerre. Le remboursement aurait lieu,
dès qu’il serait possible. Le 13 mai 1562, Charles IX mandait au bailli
d’Etampes qu’il avait résolu dans son Conseil de mettre en campagne
une puissante armée, composée de gens de pied et de cheval,
sous la direction personnelle d’Antoine de Bourbon, son oncle. Elle passerait
par où l’on jugerait à propos, surtout aux environs d’Etampes.
C’est pourquoi il importait de constituer dans cette ville un magasin de
farines et pour cela de réquisitionner tous les blés chez les
forains et les particuliers, à charge d’en rembourser le prix au cours
du jour. Il fallait de plus en prohiber la vente et la sortie. En exécution
de ces lettres, Nicolas Petau, bailli d’Etampes, ordonna trois jours après
au premier sergent royal «sur ce requis» de signifier leur devoir
aux habitants. D’autres mandements royaux [p.283]
— ils semblent avoir afflué à Etampes
durant cette période — en joignaient de construire de fours, s’il
en était besoin, et fixaient le nombre et le poids des pains à
fournir (33).
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(33) Plisson, éd. Forteau, ib.
p. 63-65.
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Le 14 juillet
1562, les échevins recevaient l’ordre royal de «faire dresser
étapes de pain, vin, chairs et avoine» sur le passage des douze
cents «chevaux pistoliers» du comte Christophe de Rogendorff (34). Il convenait de ne rien
ménager, de présenter les vivres en abondance, afin d’éviter
les défections, les désordres dans la troupe et l’oppression
du peuple (35).
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(34)
Roggendorf, en Rhénanie. Cf. Ritter, Geographisch statistiches lexicon,
II, 706. col. IV, Roggendorf.
(35) Plisson, éd. Forteau, ib.,
p. 66.
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En tout, pendant
la seule année 1562, la ville d’Etampes, littéralement épuisée,
avait livré à une soldatesque effrénée 60 muids
de blé, mesure de Paris, 6 muids d’avoine, mesure d’Etampes, 147 poinçons
de vin, 5643 pains de deux livres, 32908 pains de 15 onces (36), 50618 pains de 12 onces,
2780 livres en espèces sonnantes, 180 livres de lard, 30 pintes d’huile,
50 livres de chandelles, 344 fagots, 20 moules (37) de mois. Dans la fièvre,
la crainte, l’agitation, personne ne comptait plus ses biens, ni ne songeait
à sa propre subsistance. Les officiers royaux déployèrent
beaucoup d’activité, d’autant plus peut-être qu’ils redoutaient
à la fois les huguenots et les mercenaires étrangers. Seul
Claude Cassegrain, lieutenant général du bailliage, avait gagné
le camp des rebelles, Il fut condamné à être pendu, par
arrêt du Parlement du 21 novembre 1562 (38).
A quoi aboutirent tant de sacrifices?
Les reîtres allemands de Condé,
qui avaient occupé Pithiviers le 11 novembre et avaient ainsi entraîné
le départ pour Corbeil de la garnison étampoise, s’emparèrent
facilement d’Etampes le 13 novembre. Ils purent à leur aise assouvir
leur folie de destruction, pendant six semaines. [p.284]
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(36)
L’once, à Paris, valait la seizième partie de la livre. — Le
poinçon contenait habituellement les deux tiers d’un muid.— Le muid
d’Etampes était plus grand que le muid de Paris d’un setier une mine.
(37) La moule était analogue
à notre stère.
(38) A «estre pendu et estranglé,
disait l’arrêt aujourd’hui perdu, à potences croisées,
qui seront mises et plantées en la place des Halles de cette ville
de Paris». (Mém. de Condé, t. IV, p. 94. Voir aussi
p. 122). — Cf. De Bigault de Fouchères, Tables historiques sur Etampes,
p. 49.
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Le pays n’avait
pas eu le temps de se relever d’un tel désastre, lorsque, vers la
fin de septembre 1567, les troubles recommencèrent. Sous la direction
de Claude de la Mothe, seigneur de Bonnelles (39), huit corps de garde furent
créés pour défendre la ville et un pour tenir le château.
Une mesure analogue avait été prise en 1562. D’honorables bourgeois
furent élus pour encadrer les habitants ainsi groupés et armés.
Les fortifications furent relevées. On constitua d’importantes réserves
de vivres, de bois de fourrages, de poudres, de munitions de guerre. Des
ustensiles de ménage, lits, tables, châlits, linge, vaisselle,
tréteaux, escabelles, furent confisqués dans les maisons et
portés au château, pour servir aux gens de Claude de la Mothe.
Tout cela se fit sur l’initiative de la municipalité, qui avait même
proposé au roi, tant un homme de robe, comme Nicolas Petau, lui semblait
insuffisant, la nomination d’un nouveau capitaine. La résistance paraissait
assurée. Le seigneur de Bonnelles avait interdit de tirer des coups
d’arquebuse sans nécessité depuis six heures du soir jusqu’au
lendemain après la levée des corps de garde. Il soumit les
habitants à une rigoureuse discipline ils ne devaient exécuter
aucune ronde sans le commandement des chefs qui auraient le mot du guet.
Mais que pouvaient tant de précautions
contre des forces supérieures en nombre? Etampes se rendit une seconde
fois, le 17 octobre 1567, au comte de Montgoméry (40), qui venait de Janville
(41). Cette victoire ne fut pas de longue
durée pour le parti huguenot. L’armée royale rentra en possession
de la ville le 16 novembre (42). De nouvelles garnisons
très fortes y furent établies sous le commandement du capitaine
de Saint-Martin, des seigneurs de Tilladet et de Monluc (43).
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(39)
Bonnelles (Seine-et-Oise), arrondissement de Rambouillet, canton de Dourdan.
(40) Gabriel, comte de Montgoméry,
ne sec, 1530. mort après condamnation le 26 juin 1574. Il avait blessé
mortellement Henri II par mégarde, le 30 juin 1559. — Lalanne, Dictionnaire
historique, p. 1307, col. 2.
(41) Janville (Eure-et-Loir), arrondissement
de Chartres, chef-lieu de canton.
(42) Fleureau, p. 240 et 241.
(43) Blaise de Monluc, maréchal
de Francs, né à Sainte-Gemme (Gers) en 1501. mort au château
d’Estillac (Agenais) en 1577. Il a écrit des Commentaires, éd.
de Ruble. 1852-72, 5 vol. in-8. Les trois personnages en question sont mentionnés
p. just. N°XXXV.
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A quoi se
réduisit le rôle du bailli? Comme en 1562, il ravitailla les
troupes. Il était, comme nous dirions aujourd’hui, chargé du
service de l’intendance. On doit rendre à Nicolas Petau cette justice
qu’il s’acquittait merveilleusement de sa tâche. Grâce à
lui, un peu grâce à la fermeté qu’il sut déployer,
aux sanctions qu’il prenait contre les récalcitrants, bien des désordres,
des actes d’indiscipline militaire furent évités. Il exécutait
d’ailleurs les mandements du roi. Le 17 novembre 1567, Charles IX, comme si
la Beauce lui avait paru inépuisable en céréales, manifestait
l’intention d’amasser de nouveau les blés et les farines, dans toute
l’étendue du bailliage, pour les amener à Etampes. Les commissaires
généraux des vivres étaient en outre requis de faire
rechercher les aliments cachés dans la ville ou abandonnés
par les ennemis dans la rapidité de leur fuite. Deux bourgeois d’Etampes
furent élus en assemblée municipale pour recevoir les blés
et pour les conserver dans les greniers de l’hôtel du Mesnil-Girault
(44). Ils rendirent à la Chambre
un compte particulier de leur recette et de leur dépense. Les laboureurs
et les fermiers de tous les villages du baillage d’Etampes leur avaient amené
le produit de leurs récoltes (45). Longtemps après
ils furent récompensés de cette obéissance aux ordres
du roi, ils furent payés entre 1573 et 1579 seulement. Ils avaient
eu aussi à transporter une partie de leurs grains à Orléans.
On évalua la somme totale due par la municipalité, dépositaire
des octrois royaux, à 8757 livres (46). Les guerres de religion
allaient coûter davantage au pays d’Etampes.
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(44) A l’emplacement de ta place Dauphine
actuelle.
(45) Plisson, Rapsodie, éd.
Forteau, Annales du Gâtinais, 1909 p. 68-69.
(46) P. just., n°XXXV.
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B) Sous Henri
III et Henri IV.— Nous ne rappellerons pas l’anarchie profonde qui régna
en France après la mort de Charles IX, la constitution d’armées
particulières sous le commandement du duc d’Alençon, frère
du nouveau roi, et sous Jean Casimir Palatin, puis les prétentions
des Guise au trône. Henri III mit tout en œuvre pour conserver Etampes
sous son autorité. Le bailli de cette ville fut, à partir de
1583, un écuyer. Michel de Veillard, qui se proclamait officiellement
capitaine et gouverneur. En fait il ne joua pas, dans la défense du
pays, un rôle plus positif que Nicolas
[p.286] Petau. Ce dernier continuait à exercer des fonctions
de magistrature à Etampes. De bailli, il était passé
lieutenant particulier du bailli. Le roi comptait bien plus sur les habitants
d’Etampes eux-mêmes que sur ces officiers, dont les pouvoirs tendaient
à devenir exclusivement judiciaires. Au mois de mars 1585, Philippe
Hurault, comte de Cheverny (47), chancelier de France, gouverneur
d’Orléans et de la Beauce, avertit les bourgeois d’Etampes d’avoir
à se fortifier. La ville se ferma presque entièrement. De ses
huit portes, trois seulement, celles de Saint-Jacques, de Saint-Pierre et
de Saint Martin, furent maintenues. Les autres furent murées. La porte
Dorée et la porte Saint-Fiacre l’étaient déjà.
«Le château, nous dit le P. Fleureau, était gardé
jour et nuit par des habitants, qui étaient choisis chaque jour par
le maire et les échevins, sous le commandement du sieur de Blaville,
qui en était capitaine» (48). Nous acquérons par
ce texte la certitude que Michel de Veillard ne s’intitulait plus gouverneur
que par habitude et que c’était là un titre purement honorifique.
Cependant, le 27 avril 1585, Henri III interdisait expressément aux
bourgeois de laisser entrer une troupe, quelle qu’elle fût, dans leurs
murailles sans une permission signée de sa main.
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(47)
Cheveroy (Loir-et-Cher), arrondissement de Blois, canton de Contres, — Philippe
Hurault, né au château de Cheveray le 25 mars 152, y mourut le
30 juillet 1599. Il fut conseiller au Parlement de Paris, maître des
requêtes de l’Hôtel du Roi et chancelier du duc d’Anjou (Henri
III qui, devenu roi, le nomma garde des sceau (1578) et chancelier de Franco
(1581). Disgrâcié en 1588, il fut rappelé par Henri 1V,
qui le créa gouverneur de Chartres. Il a laissé des Mémoires,
parus en 1636 in-4°. — Cf. Lalanne. Dictionnaire historique, p. 1010,
col. 1 et 2.
(48) Fleureau, p. 247,
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Quelque temps
après, un nouveau gouverneur de la ville fut désigné
par les habitants, sur la proposition du roi et du comte de Cheverny. On voit
par là que le même homme ne restait pas longtemps dans cette
charge. Se montrait-il au-dessous de sa tâche? Son insuffisance était
signalée à son supérieur immédiat, le gouverneur
d’Orléans. L’imminence du péril opérait d’elle-même,
pour ainsi dire, le discernement des valeurs. Le seigneur de la Mothe-Bonnelles
vint, comme en 1567, organiser la défense d’Etampes. Une assemblée
de ville, tenue le 10 mai en présence des officiers royaux, décida
de remettre au capitaine de la Mothe-Bonnelles le rôle des dixaines,
chargées de la police urbaine. Il en tirerait, pour [p.287] garder le château, soixante
hommes. Dix d’entre eux seraient installés en sentinelles et remplacés
par dix autres et ainsi de suite, six fois dans les vingt-quatre heures de
la journée. Ce pouvoir d’occuper militairement le château appartenait
de droit à la municipalité, en vertu de lettres royaux, et
elle en avait fait cession temporairement au seigneur de Bonnelles. Grâce
à la discipline de ses habitants et à la prudence de son gouverneur,
la ville put éviter un nouveau désastre (49).
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(49)
Fleureau. p. 247-248.
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Mais, en 1587,
des bandes allemandes et suisses, au service du parti huguenot, se jetèrent
dans les riches plaines de la Beauce. Elles menacèrent Etampes. —
Chalo-Saint-Mard et les environs immédiats de la ville étaient
livrés au pillage (50). Etampes reçut dans
ses murs l’armée royale du seigneur de Sainte-Marie et demeura saine
et sauve (51).
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(50)
Id. p. 252.
(51) Id., p. 250.
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Le 19 août
1587, ses habitants entrèrent dans la Ligue, parti du duc de Guise.
Après l’assassinat de ce dernier ses partisans placèrent une
garnison dans Etampes. Elle était commandée par François
d’Isy, seigneur de la Montagne, qui fut bientôt remplacé par
le seigneur de Pussay. Le plus odieux fanatisme se donna libre cours. Le seigneur
de la Montagne fit emprisonner Nicolas Petau, le bailli, et ses enfants,
sous le prétexte fallacieux de mauvais catholicisme. Toute la population
d’Etampes, indignée, fit entendre la voix de sa réprobation.
Les suspects de conciliation avec le parti protestant, de tolérance,
dirait-on aujourd’hui, «de politique», disait-on alors, étaient
incarcérés sans pitié. Le prévôt, Jean
Audren, subit le même sort que Petau. Le Conseil du Roi envoya à
Etampes, pour remplacer Audren, Simon Delorme, avocat au Parlement. En cette
circonstance l’assemblée de ville manifesta sa pensée avec courage
et refusa de reconnaître le nouvel officier (52).
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(52)
Id., p. 255.
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Nous serons
bref sur le dénouement. La ville d’Etampes ne pouvait pas opposer
de résistance aux attaques d’une armée nombreuse. Les forces
réunies du roi de France et du roi de Navarre s’emparèrent d’Etampes,
le 30 juin 1589, et la saccagèrent de
[p.288] fond en comble. Petau fut tué et, nous déclare
sans autre précision la Rapsodie, «M. le prévost Jean
Audren fut encore plus mal traité» (1). Remarquons en passant
que Nicolas Péteau, tiraillé par des factions adverses, victime
de son esprit d’apaisement, avait été, en 1587, incarcéré
par les ligueurs et fut, en 1589, mis à mort par les huguenots. Plus
tard, l’armée de la Ligue reprit de nouveau la ville, sous la direction
d’Alexandre de Castelnau. Enfin, le 4 novembre 1589, Henri IV revint, fit
démolir le château, laissant subsister les ruines actuelles
de Guinette, démantela Etampes et la préserva ainsi pour l’avenir
de beaucoup de maux (54).
Nous avons eu l’impression que, de 1562 à
1589, en dépit de quelques accalmies, la petite ville d’Etampes avait
subi des violences sans nombre, et n’avait plus obéi à ses officiers
locaux accoutumés.
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(53)
Plisson. éd. Forteau, ib., p. 67.— On comprendra toute l’horreur de
cette affaire, si l’on se souvient que Petau avait été incarcéré
par les catholiques.
(54) Id., ib. n. 1.
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CONCLUSION
Au début du seizième siècle,
les officiers du bailliage concentraient entre leurs mains les pouvoirs locaux.
Peu à peu ils virent leur échapper une partie de leur autorité.
Ils restaient des magistrats. Ils maniaient rarement l’épée.
Leur rôle militaire s’était affaibli.
Le bailli et capitaine d’Etampes relevait tantôt
du gouverneur de l’Île-de-France, tantôt du gouverneur d’Orléans,
dans la première moitié du seizième siècle. Pendant
les guerres de religion, il dépendit du gouverneur d’Orléans.
Il ne commanda pas les années chargées
de défendre son bailliage. D’autres, plus grands capitaines, assumèrent
cette lourde responsabilité. Pour lui, il se contentait de pourvoir
au ravitaillement des troupes.
A aucun moment son action ne fut séparée
de celle de la municipalité étampoise, qui avait le rôle
financier par excellence pendant les troubles civils.
Le service du guet, négligé comme
inutile en temps de paix, était assuré en temps de guerre par
les soins de l’échevinage, d’après un
[p.289] rôle des dixaines, qu’il avait établi
au préalable. Le bailli surveillait seulement les actes de la municipalité.
Les pouvoirs de celle-ci ne se dissociaient pas des siens à proprement
parler. Bailli et échevinage collaboraient. Les officiers directement
royaux ne faisaient que transmettre à l’assemblée de ville des
ordres de l’autorité centrale et presser leur accomplissement. Mais
les agents municipaux n’étaient-ils pas les exécuteurs dociles
des volontés royales? Ils l’étaient et le devinrent de plus
en plus.
P. DUPIEUX.
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