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Bulletin de la Société historique et archéologique
de Corbeil, d’Étampes et du Hurepoix
n°21 [50e année] (1944), pp. 33-118
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La Ferté-Alais,
ses origines,
ses noms, ses premiers châtelains
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Édition numérique
dédiée à MM. Michel Martin et Bernard Binvel
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LA FERTÉ
SES ORIGINES, SES NOMS,
SES PREMIERS CHATELAINS.
La Ferté-Alais (1), anciennement La Ferté-Baudouin, était
définie au XVIIIe siècle, «ville avec un bailliage
et une châtellenie, dans le Gâtinois françois, diocèse
de Sens et doyenné de Melun, parlement et intendance de Paris,
élection de Melun, coutume de Paris». Par étymologie,
La Ferté tire son nom d’un château féodal, avec donjon,
entouré de larges fossés et de fortes murailles flanquées
de tours, auquel on avait accès par un pont-levis. L’emplacement
compris entre le château et la première enceinte était
occupé par les maisons des habitants. C’est du moins ce que l’on
peut déduire du récit du siège de 1108.
Les
fortifications du bourg avaient cinq portes, dont les deux principales
étaient celle de Beauce et celle de Saint-Firmin; détruites
pendant l’invasion anglaise, elles commencèrent à être
relevées par ordre du roi, en 1540, mais, trois ans plus tard, les
travaux n’étaient point terminés, et il semble qu’ils ne
le furent jamais. Une enquête de 1543 (2)
indique: «II y a apparence de château qui est à présent
en ruine; il y a un pan de murs d’une vieille tour et le reste en vieux
murs démolis, et n’est d’aucun profit, parce qu’il est inhabitable.»
A la fin de ce même siècle, son morcellement était
en voie de s’effectuer: il fut donné à bail «une place
sise dans les fossez du chastel de La Ferté», une autre «où
estoit la tour du chastel de La Ferté», ou encore «une
grange sise sur les vestiges du vieil chastel de La Ferté (3)». Ses origines, [p.34]
ses noms et ses premiers châtelains feront
l’objet des présentes recherches.
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(1)
EXPILLY, Dictionnaire géographique des Gaules. — D. FLEUREAU,
Antiquitez de la ville d’Estampes, p. 575-586, hist.
de la ville et comté de La Ferté-Alais. — Almanach historique
de Sens, pour 1790, p. 25-40, La Ferté Alais. — A. MALLET,
Notes sur la Ferté-Alais (Mém. de
la Soc. des Sciences mor. de Seine-et-Oise, 1880, p. 87-116). — V.
DE COURCEL, L’Eglise de La Ferté Alais (Bull. monumental,
1912). — L. MARQUIS, Promenades à La Ferté
Alais. — A. DE BEAUDOT, Églises de bourgs et
de villages: La Ferté-Aleps. — Chan. DESGRANDCHAMPS,
L’église Notre-Dame de La Ferté-Alais. —
Recueil des principales pièces concernant le rétablissement
de la navigation sur les rivières d’Estampes et de La Ferté-Aleps,
Paris, 1757.
(2) Arch.
nat., R4 943. — Arch. du Loiret, A 1237.
(3) Arch.
nat., R4 1136.
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1. — BOUCHARD DE VENDOME († 1007)
ET ALBERT DE CORBEIL
(† apr. 1025)
Aimon, premier comte de Corbeil, paraît
issu de Thion, vicomte de Paris dès 925, qualifié comte
après 936 et en 941 (1). Cette filiation
repose sur le récit de la translation de saint Guénaud: à
l’époque des invasions normandes, ses reliques furent amenées
par des moines dans l’Ile-de-France, où Thion, gouverneur de Paris,
les fit déposer dans son église de Courcouronnes qu’il leur
donna avec ses terres et ses revenus. Plus tard, Aimon, alors comte de
Corbeil, les fit transporter près de sa ville, en une chapelle
sise au faubourg Saint-Jacques, tandis qu’à l’intérieur des
murailles il construisait une église plus digne de les recevoir,
à laquelle il donna le bourg voisin du pont avec ses revenus, ses
coutumes et sa justice (2). Seul, un héritier
de Thion pouvait se permettre semblable liberté.
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(1) J. DEPOIN, Aimon de Paris, châtelain
de Dordogne (Revue des Études histor., 1912, p. 80).
(2) Acta sanctorum novembris, I, 679.
— Le titre de prefectus donné à Thion devrait se traduire
par vicomte, mais pareil emploi est insolite.
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En novembre 941, le comte Thion et Aimon, auquel on n’applique aucun
qualificatif, souscrivirent la charte de Hugues le Grand par laquelle,
en prenant l’habit religieux, le chevalier Lisiard donnait en précaire
à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire son domaine de Sceaux-en-Gâtinais,
avec réserve d’usufruit pour son fils Joseph et sa fille Élisabeth,
tous deux fort jeunes (3). Joseph devint
archevêque de Tours en 952. Quant à Élisabeth, elle
épousa Aimon, puis Bouchard de Vendôme: l’identification
ne saurait faire de doute, car, en 998, ce dernier disposera de Sceaux,
avec l’assentiment de son fils Renaud.
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(3) M. PROU et A. VIDIER, Chartes de
Saint-Benoît-sur-Loire, I, 121. — G. ESTOURNET, Recherches
sur la généalogie des Le Riche de Paris (Ann. de la Soc.
Archéol. du Gâtinais, 1912, p. 21).
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La translation des reliques, que l’on a placée un peu arbitrairement
vers 960 ou 966, ne fournit aucun indice chronologique au sujet d’Aimon.
Vassal de Hugues le Grand en 946, puis de Hugues Capet en 970, il n’est
titré comte que dans une charte du 7 février 973 (4). Il mourut cette année, au cours d’un
pèlerinage à Rome, et le 23 mai, suivant l’obituaire de Saint-Spire;
au même [p.35] jour, le
nécrologe de Saint-Guénaud unissait dans un même anniversaire
Aimon son fondateur, Bouchard et Thion ses bienfaiteurs (1). Aimon laissait trois enfants en bas âge,
Thibaud, Albert et Germaine, et une veuve jeune encore, Élisabeth.
Le duc de France, usant de ses prérogatives de suzerain, donna la
veuve et le comté à son compagnon d’enfance, Bouchard II, comte
de Vendôme (2). Ce mariage ne saurait
être postérieur à 973, car leur fils Renaud sera chancelier
de France, dès le 20 juin 989 (3), tout
au plus dans sa quinzième année, et, à cette date, leur
fille Élisabeth aura déjà épousé Foulques
Nerra, le futur comte d’Anjou.
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(4) MABILLE, Introd. aux chroniques des
comtes d’Anjou, p. CVIII. — Historiens de France, IX, 723.
— Bibl. nat, coll. de Touraine, par D. HOUSSEAU, I, 214; coll. Moreau, VII,
189. — GUÉRARD, Cart. de Saint-Père de Chartres,
I, 54. — J. DEPOIN, op. cit., p. 80.
(1) A. MOLINIER, Obituaires de la province
de Sens, I, 411.
(2) EUDES DE
SAINT-MAUR, Vie de Bouchard le Vénérable,
édit. Ch. de la Roncière, p. XI.
(3) Vie de Bouchard, p. 12. — TARDIF,
Monuments historiques, n° 237.
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En même temps, Bouchard fut chargé d’assurer la garde de
Melun: ainsi, par Corbeil et par Melun, il commandait la navigation de
la haute Seine, les arrivages de vivres à Paris. Peu après,
pour compléter ce système de protection non moins que pour
s’assurer un péage lucratif, il construisit le château de
La Ferté sur les bords de l’Essonne, qui était alors navigable.
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Le 3 juillet 987, Hugues Capet ceignait la couronne royale. Les guerres
qu’il allait être forcé de soutenir contre son compétiteur
et contre ses sujets rebelles devaient entraîner le nouveau roi
en dehors du duché de France; il importait à Hugues d’avoir
un lieutenant fidèle et expérimenté qui pût
le remplacer, soit dans l’administration du Parisis, soit à la tête
de l’armée. Le roi songea à son ami Bouchard. Le comte
de Corbeil fut donc nommé comte royal de Paris; sous ce titre,
il était non pas vassal, mais officier. Le 1er janvier 988, Hugues
Capet fit sacrer son fils Robert, et, en lui concédant une part
du royaume, il lui donna un conseil de régence pour exercer le pouvoir
durant sa minorité. Ce conseil comprenait Bouchard, Hugues comte de
Dreux, Ansoud Le Riche de Paris, et Hugues vicomte de Meulan: leurs signatures
sont au bas de deux diplômes du roi Robert, datés de la deuxième
année du règne, et paraissent indiquer les quatre grands officiers
de la couronne (4).
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(4) Histor. de France, X, 574. — Gallia christiana,
VII, instr. col. 25. — R. DE LASTEYRIE, Cartul. général
de Paris, I, 97. — PFISTER, Études sur le règne de Robert
le Pieux, p. XLVIII, LXII.
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En juin 991, le comte de Paris assista au concile de Saint-Basle, à
Reims; le zèle avec lequel il y défendit les intérêts
de Hugues Capet fut récompensé par la nomination de son
fils, le chancelier Renaud, comme évêque de Paris (juillet-novembre
991). Il serait surprenant que le nouveau prélat n’ait point attiré
sur son église les bienfaits de son père: aussi doit-on
attribuer à Bouchard, [p.36] qui
seul a pu s’en dessaisir, la donation de la mouvance de La Ferté,
sise pourtant dans le diocèse de Sens. Cette vassalité comportait
une redevance d’un cierge de soixante sous, et son titulaire portait
la chaise de l’évêque lors de sa première entrée
dans la ville épiscopale, ainsi qu’il ressort d’une formule maintes
fois répétée dans les cartulaires: Castrum de
Firmitate Adelaidis est de feodo Parisiensis episcopi, et inde debetur
cereus LX solidorum. Hic portat (1).
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(1) GUÉRARD, Cart. de Notre-Dame de Paris,
I, 8.[Traduction littérale:
“La place forte de la La Ferté-Alais relève du fief de l’évêque
de Paris, et il en est dû un cierge de 60 sous. Celui-ci porte (la
chaise de l’évêque lors de son intronisation).” On notera que
le latin médiéval, pour rendre Ferté, hésite
entre deux rétroversion latines: Feritas et Firmitas
(B.G. 2007)]
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Au début de son accession, Bouchard avait assigné à
l’église Saint-Guénaud de Corbeil douze setiers de blé
à prendre sur la terre de Mondeville. A la prière de maître
Renaud, son fils, sans doute en 989 lorsqu’il devint chancelier, il lui
confirma les biens qu’elle avait reçus du comte Aimon et de son veneur
Aleman, à Courcouronnes et à Ballancourt; enfin, par une charte
rédigée sous l’épiscopat de Renand, entre 991 et 1006,
il rappela les concessions antérieures et exonéra ses possessions
des coutumes qu’il y percevait; il y ajouta une terre au faubourg de Corbeil
avec la chapelle où, avec sa femme Élisabeth, il avait fait
déposer le corps du saint, tandis qu’il en agrandissait l’église.
Il lui donna également Mondeville et lui confirma les biens d’Auvers
et de Bouray que ses vassaux lui avaient aumônés (2). D’autre part, il confirma les possessions de l’abbaye
de Saint-Spire à Ballancourt, Fontenay, Chevannes et Soisy, lui venant
du comte Aimon (3). Parmi les nombreuses donations
qu’il fit à l’abbaye de Saint-Maur-les-Fossés, dont Hugues
Capet l’avait nommé avoué, je me bornerai à rappeler
qu’il avait accordé en main-ferme à Baudouin, son prévôt
de Corbeil, sous réserve de retour à Saint-Maur après
la mort de son petit-fils, la ferme de la Bourgonnerie à Lisses, le
moulin de Tourvoye, une portion dc la terre de Saint-Étienne (d’Essonnes),
et divers autres biens, sis au pied du château de Saint-Spire, au Vignon,
au Vieux-Corbeil, à Athis, à Soisy et à Saintry (4).
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(2) TARDIF, op. cit., n° 253.
— Abbé LEBEUF, Hist. de la ville et du diocèse de Paris,
édit. Bournon, IV, 282.
(3) LA BARRE (DE), Antiquitez de la ville de Corbeil,
p. 62.
(4) Vie de Bouchard, p. XI, 23. — Histor.
de France, X, 620.
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Le 25 août 1005, Bouchard parut pour la dernière fois
dans l’entourage de Robert le Pieux aux sièges de Sens et d’Avallon.
Vers cette époque, il fit le partage anticipé de ses biens:
son fils Renaud hérita du Vendômois et du comté de Melun;
des deux enfants d’Aimon et d’Élisabeth, Albert n’eut point le
comté de Corbeil auquel la coutume lui donnait droit, mais, pour
des raisons que l’on ignore, il fut apanagé des châtellenies
de La Ferté et de Gometz et probablement
[p.37] de l’avouerie de Toury-en-Beauce; quant à
Germaine, déjà mariée à Mauger, fils naturel
de Richard Ier duc de Normandie, elle reçut le comté de Corbeil,
dont son mari portait le titre en 1029 (1).
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(1) LA BARRE (DE), Antiquitez de la ville
de Corbeil, p. 66. — Art de vérifier les dates, 11, 640.
— Vie de Bouchard, p. XVIII.
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Entre mai et décembre 1006, Bouchard se retira à Saint-Maur,
dont son beau-fils, Thibaud, était alors abbé; il y mourut
sous l’habit religieux le 26 février de l’année suivante et
y fut inhumé dans le chœur de l’église, en face du crucifix;
son tombeau fut orné d’une épitaphe, dont Eudes, son biographe,
nous a conservé le texte. Quelques mois après, Élisabeth
venait rejoindre son mari dans la tombe: deux distiques furent gravés
sur le poliandrum*, qui recouvrait
ses restes. L’anniversaire de la mort de Bouchard fut célébré
à Saint-Valéry, à Saint-Guénaud, à Notre-Dame
de Paris et à Saint-Maur-les-Fossés.
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* Polyandrum.
Ce mot d’origine grecque désigne étymologiquement et
classiquement un cimetierre ou un tombeu collectif, mais en latin médiéval
peut désigner un tombeau individuel. (B.G. 2007)
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Albert de Corbeil reçut donc en apanage les châteaux de La
Ferté et de Gometz, très probablement après en avoir
été le capitaine durant quelques années sous les ordres
du comte Bouchard. Son beau-père y avait réuni des terres
démembrées du comté de Corbeil, sans cependant retirer
celles qu’il avait déjà données à plusieurs de
ses officiers, de sorte que la nouvelle châtellenie, malgré
l’apparente étendue que son bornage lui conférait, était
loin de former un domaine compact: ainsi le bouteiller Gaudry Ier, aïeul
du vicomte Gaudry II, avait eu Ormoy, Le Plessis-(Briard) et Villiers-le-Châtel,
d’oit relevaient de nombreux fiefs. D’autre part, sous le nom de voirie,
Bouchard s’était réservé des droits de haute justice
dans plusieurs localités, notamment à Auvers, Bouray, Ballancourt,
Mondeville et Itteville. La châtellenie possédait en propre
les paroisses de La Ferté, Boutigny, Maisse et Valpuiseaux (2); elle avait le ressort et des droits de justice
variables à Auvers, Janville, Lardy, Bouray, Itteville, Ballancourt,
Mondeville, Videlles, Courances, Moigny, Mespuits, Courdimanche, Vayres,
D’huison, Guigneville, Cerny, Villiers-le-Châtel et Baulne. Dans la
suite des temps, comme le souligne l’enquête de 1543, le domaine s’émietta
par les concessions successives des châtelains à leurs vassaux
et les amortissements accordés aux églises et aux [p.38] communautés religieuses, non
moins que par les usurpations des seigneurs hauts justiciers créés
à l’intérieur de son territoire ou même de ses voisins,
les sires de Milly et les baillis d’Étampes (1).
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(2) Arch. nat., KK 289, p. 63, censier de
1394: cens de La Ferté-Aleps, Boutigny, Maisse, Valpuiseaux, nefs
et rivière de La Ferté, étaux de La Ferté,
vinages de Maisse, cens de Janville.
(1) Arch. nat., R 943. — Arch. du Loiret,
A 1237. — D. FLEUREAU, Antiquitez d’Estampes, p. 585.
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Albert de Corbeil faisait partie de l’escorte de chevaliers qui accompagnaient
le roi dans ses déplacements: en cette qualité, vers 1025,
il souscrivit un diplôme de Robert le Pieux confirmant les possessions
de Saint-Germain-des-Prés à Antony (2).
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(2) PFISTER, Robert le Pieux, n°
77. — R. POUPARDIN, Chartes de Saint Germain-des-Prés, I,
79.
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Vers 984, Lisiard, évêque de Paris, avait donné à
son chapitre l’autel d’Itteville (dans le diocèse de Sens), lui
appartenant personnellement, ex proprio dominio (3): il n’est point téméraire de présumer
que la famille Le Riche de Paris, dont il était issu, possédait
la seigneurie de cette paroisse et qu’Albert de Corbeil y hérita
de sa mère, fille de Lisiard 1er. S’y croyant maître absolu,
il opprima les hommes du chapitre de Notre-Dame de Paris et les accabla
de taxes au gré de son caprice. A l’avènement de l’évêque
Imbert de Vergy, qui eut lieu entre le 25 juillet et le 29 novembre 1028,
il dut refréner ses exactions devant les protestations du prélat
et accepter avec sa femme le compromis suivant (4):
il renonçait à toutes les coutumes sur la pôté
d’Itteville, sauf à celles qui appartenaient à la voirie,
autrement dit à la haute justice, dans les cas de meurtre, ban,
rapt, incendie et vol; il se réservait seulement, une fois l’an
et par maison, une redevance de paille équivalente au chargement
d’un cheval ou d’un âne. La justice, limitée à la répression
des délits précités, devrait s’exercer par des officiers
demeurant sur place, dans les limites de la pôté, sans que
les ressortissants fussent obligés de se présenter à
son château de La Ferté ou ailleurs. Le prévenu qui
voudrait se justifier par le duel aurait un délai de sept jours,
pendant lequel le prévôt du chapitre serait avisé, et,
avec son assistance, il reviendrait au château pour se justifier.
Aucune redevance ne serait perçue sur l’aître de l’église.
Les coutumes d’Itteville seront l’occasion de nouvelles transactions entre
le chapitre et les châtelains de La Ferté, dont la succession
se trouvera ainsi étayée.
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(3) TARDIF, Monuments historiques, n°
236, et confirmation par l’archevêque de Sens, n° 246.
[Traduction littérale: “De par
sa seigneurie personnelle” (B.G. 2007)]
(4) Arch. nat., LL 77, f°168; 78, f°126,
n°50. — GUÉRARD, op. cit., I, 323.
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Il n’est pas sans intérêt de signaler ici que le chapitre
de Notre-Dame possédait à Itteville une censive dont Jean
de Bombel lui bailla aveu le 6 avril 1540, en spécifiant qu’elle
relevait en plein fief de la seigneurie du Donjon, assise à Janville,
en la paroisse [p.39] d’Auvers,
et en arrière-fief de la châtellenie de La Ferté (1). La famille du Donjon, jouissant de la haute
justice dans toutes ses terres, comme on le verra, au chapitre suivant,
une alliance seule a pu incorporer Janville à La Ferté: cette
réunion s’est effectuée, à mon avis, par le mariage
de Baudouin 1er du Donjon avec la fille et héritière d’Albert
de Corbeil, châtelain de La Ferté. Déjà, sur
la foi de documents que l’on ne possède plus, de La Barre et l’abbé
Lebeuf avaient conclu que ce Baudouin était apparente à Aimon,
comte de Corbeil (2), mais sans pouvoir indiquer
par quel intermédiaire.
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(1)
Arch. nat., R4 943, f°27. — Les chevaliers du Donjon donnèrent
également leur nom à trois fiefs qu’ils possédaient,
l’un à Soisy-sous-Étiolles, l’autre à Vaux-sur-Essonne
et le dernier à Corbeil.
(2) LA BARRE,
op. cit., p. 156. — Abbé LEBEUF, Histoire
de la ville et diocèse de Paris (édit. Bournon), IV,
p. 300.
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2. — BAUDOUIN DU DONJON († v. 1070)
Vers 992, parmi les chevaliers du comte
Bouchard qui souscrivirent la charte en faveur de Saint-Guénaud,
se trouva un certain Ferry sur lequel on sait peu de chose (3). Le 1er mai 1006, à Corbeil, Bouchard
exprima ses dernières volontés en présence de son
fils, Renaud, évêque de Paris; des officiers de sa maison,
le chambrier Joscelin, le bouteiller Gaudry, le connétable Hugues;
d’un ami, Ansoud II Le Riche de Paris, conseiller et très probablement
chambrier du roi Robert; de Ferry; de Robert, vicomte de Corbeil; enfin
d’un autre Joscelin, vicomte de Melun. La parenté peut seule expliquer
le rang exceptionnel de Ferry, à côté d’Ansoud, avant
les vicomtes de Corbeil et de Melun: S. Ansoaldi Divitis Parisii, S.
Frederici, S. Rotberti vicecomitis (4)...
Ne serait-il pas un fils d’Ansoud?
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(3) TARDIF, op. cit., n° 253.
— Arch. nat., S 2115, n°27, copie du XIIe siècle.
(4) TARDIF, Op. cit, n° 247.
[Traduction littérale: “Marque
d’Ansoud le Riche de Paris. Marque de ferry. Marque du vicomte Robert” (B.G.
2007)]
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Il est permis de le supposer si l’on observe qu’il y eut à Corbeil,
une cinquantaine d’années plus tard, un opulent chevalier, appelé
Ansoud, fils d’un Ferry, qui pourrait bien avoir pour père celui
que nous venons de voir en 1006 à la cour de Bouchard. Non content
d’avoir hérité des seigneuries de Viry et de Bondoufle,
qui faisaient partie du patrimoine des Le Riche, ses descendants possédèrent
à Corbeil, dans le voisinage de l’église Saint-Laurent,
non loin du Donjon, une importante censive qui était traversée
par la rue Le Riche, burgus Divitis, ainsi désignée
en souvenir du conseiller royal (5). [p.40]
Grâce au
crédit d’Ansoud II, Ferry s’était vu confier la garde du
Donjon de Corbeil et, par suite, la défense militaire de la ville:
il en était le capitaine ou gastellier*, comme on l’appelait alors. Il fut récompensé
de ses services par l’attribution de biens prélevés sur le
comté, Viry, Bondoufle, Vaux, Jouy, Yerres, Orangis, Plessis-le-Comte,
Draveil, etc... Il devint la souche d’une famille la plus illustre entre
toutes celles qui, pour des raisons analogues, portèrent le surnom
du Donjon; elle y ajouta parfois ceux de Corbeil et de Beauvais, que je crois
être une mauvaise traduction de Belveer, Bellevue (1). Elle prit pour armoiries, semé de fleurs
de lys au lion issant (2).
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(5) G. ESTOURNET, Recherches sur la généalogie
des Le Riche de Paris (Ann. de la Soc. arch. du Gâtinais,
1912, p. 25-37). [N.B. La
traduction de burgus par “rue” me paraît
forcée; “bourg” ou “faubourg” serait nettement
mieux venu. (B.G. 2007)]
* Godefroy atteste seulement gastelier, “patissier” (!); Niemeyer donne
gastaldius, gastalius, etc., “régisseur des domaines du fic” ou encore “régisseur de domaines privés” (B.G. 2007).
(1)
G. ESTOURNET, Les Chevaliers du Donjon: Montereau (Ann. Soc. arch. du
Gâtinais, XXXV, 1).
(2) G. ESTOURNET, Guy du Donjon, seigneur de
Trézan et sa pierre tombale (Ann. Soc. arch. du Gâtinais,
XL, 157).
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En 1265, un arrêt du Parlement maintint un de ses descendants,
Ferry du Donjon, seigneur de Jouy, en possession de la haute justice,
attendu qu’il descendait des comtes de Corbeil, dont sa terre avait été
démembrée, et que la maison de Corbeil jouissait de la haute
justice: «Dominus Ferricus de Joyaco dicit se habere judicium latronis
in curia sua, ea racione quod ipse est de heredibus de Corbolio, et heredes
de Corbolio habent justiciam et judicium supradictum in terra sua de Corbolio,
et quod tota terra sua que est in castellania Corbolio, partita fuit de
terra dominorum de Corbolio, videlicet quicquid habet in Vallibus, quicquid
habet in villa de Bondoufle et in circonferenciis (3).» Le privilège reconnu à
la famille du Donjon, parce qu’elle était apparentée aux comtes
de Corbeil, fut confirmé dans des lettres de Philippe le Hardi d’octobre
1277, en faveur du prieuré d’Essonnes. En voici la traduction: «L’usage
de la châtellenie de Corbeil est que personne n’y jouit de la haute
justice dans toute son étendue, ni ne possède le droit d’appeler
à son tribunal les cas de haute justice, excepté les seigneurs
d’Yerres, de Jouy et de Draveil, qui ont toute justice sur leurs terres (4).»
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(3) BEUGNOT, Les Olim, I, 207.
[Traduction littérale: “Monseigneur
Ferry de Jouy dit qu’il détient le droit de juridiction criminelle
pour les vols en son tribunal du fait qu’il fait partie des héritiers
de Corbeil, que les héritiers de Corbeil ont la justice et la juridiction
susdite dans leur terre de Corbeil, et que tout son territoire, qui se trouve
dans la châtellenie de Corbeil, provient du démembrement du
territoire des seigneurs de Corbeil, à savoir tout ce qu’il possède
à Vaux, tout ce qu’il possède dans le village de Bondoufle
et aux alentours” (B.G. 2007)]
(4) Arch. nat., LL 1188, p. 328. — BOUTARIC,
Actes du Parlement, I, 344 et 191.
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En 1018, Ferry souscrivit l’acte par lequel Robert, vicomte de Corbeil,
à l’occasion de sa prise d’habit chez les religieux de Saint Maur-les-Fossés,
donnait Villiers-sur-Nogent (5). Le nom de
la femme de Ferry n’est point connu, mais il est probable qu’il prit alliance
parmi les officiers du comte Bouchard, où l’on a vu un prévôt,
appelé Baudouin: dans sa postérité, ce prénom
alternera avec [p.41]
le sien à chaque génération,
durant plus de trois siècles. Selon toute vraisemblance, il fut
le père des deux frères, Ferry et Baudouin, qui parvinrent
l’un et l’autre au dapiférat.
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(5) J. DEPOIN,
Les vicomtes de Corbeil (Bull. de la Soc. Hist. et Arch. de Corbeil,
1899), p. 42.
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En 1043, Baudouin, qui avait rang de chevalier, souscrivit la charte
par laquelle Guillaume, comte de Corbeil, donnait l’église Saint-Jean
de cette ville à l’abbaye des Fossés: S. Guillelmi, Corboilensis
comitis, S. Nanterii, vicecomitis Corboilensis, S. Begonis militis, S.
Balduini militis (1). Au mois d’octobre
1045, il fut témoin de l’acte par lequel Imbert, évêque
de Paris, réunissait à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés
l’autel de Saint-Georges à Villeneuve: S Beggonis militis, S.
Balduini militis, S. Widonis militis, c’est-à-dire Bégon,
père de Gaudry II vicomte de Corbeil, Baudouin du Donjon, châtelain
de La Ferté, et de ce chef vassal de l’évêque, ce qui
explique sa présence à la cour épiscopale enfin, son
gendre, Guy de Montlhéry (2).
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(1) J. DEPOIN, op. cit. p. 43.[Traduction littérale: “Marque de Guillaume, comte
de Corbeil. Marque de Nantier, vicomte de Corbeil. Marque de Bégon,
chevalier. Marque de Baudouin, chevalier.” (B.G. 2007)]
(2) TARDIF, op. cit., n°269. — R.
DE LASTEYRIE, Cart. de Paris, I, 118. —
R. POUPARDIN, Chartes
de Saint-Germain-des-Prés, I, 95.
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Selon Guillaume de Jumièges, Henri Ier, quoique déjà
couronné, fut contraint à la mort de son père, en
1031, de se réfugier auprès de Robert, duc de Normandie,
pour échapper aux embûches de la reine Constance qui voulait
lui substituer son second fils; après l’avoir bien équipé
d’armes et de chevaux, le duc le renvoya auprès de son oncle, Mauger,
comte de Corbeil, «auquel il manda de poursuivre tous ceux qui s’écarteraient
de la fidélité qu’ils devaient à ce monarque».
Certainement, Albert de Corbeil dut unir ses efforts à ceux de
son beau-frère, pour faire triompher le jeune roi de ses adversaires
et lui conserver le trône (3); Henri
Ier garda une profonde reconnaissance à la maison de Corbeil dont
il avait pu éprouver le dévouement et la fidélité.
Aussi ne sera-t-on pas surpris de trouver Baudouin, dès 1056, au
nombre des conseillers ou palatins du roi; cette année, avec son
frère Ferry, il souscrivit un diplôme immédiatement
après les grands officiers: S. Frederici, S. Balduini (4). L’avènement de Philippe Ier ne modifia
point leur situation, et en 1060, à Dreux, les deux frères
parurent dans l’entourage du jeune prince (5).
|
(3) Art de vérifier les dates,
II, 640.
(4) Histor. de France, XI, 604. — F.
SŒHNÉE, Catalogue des actes d’Henri Ier, n°105.
[Traduction littérale: “Marque
de Feryy. Marque de Baudouin.” (B.G. 2007)]
(5) M. Prou, Actes de Philippe Ier,
n°2.
|
Avec le temps, le crédit de Baudouin ne fit que s’accroître,
si bien qu’en 1069 il eut l’insigne honneur d’être promu grand
sénéchal de France. On sait que le dapiférat était
alors de beaucoup la charge la plus importante de la couronne. Le sénéchal
commandait [p.42] à toutes
les forces militaires du royaume; il dirigeait le service du palais, présidait
aux jugements et percevait, à son profit, une partie des revenus
domaniaux. En réalité, c’était un vice-roi. En 1069,
avant le 4 août, Baudouin souscrivit un privilège en faveur
de Saint-Germain de Pontoise, un second à Poissy pour Saint-Ouen
de Gisors, un troisième ratifiant en 1070 un échange de Geoffroy,
évêque de Paris, avec Saint-Germain-des-Prés, et la
même année une notice en faveur de Marmoutier, S. Bauduini
dapiferi, S. Frederici de Curbeio. Baudouin resta peu de temps en charge,
car son nom paraît pour la dernière fois au bas d’un diplôme
pour l’abbaye de Ferrières, du 18 mars 1070 (1). Il n’est même pas certain que les deux
précédents ne soient postérieurs de quelques mois à
celui-ci. On peut cependant affirmer que son frère Ferry lui succéda
antérieurement au 4 août 1070, très probablement pour
cause de décès, car il ne reparaît plus.
|
(1) M. PROU, op. cit., n°°45,
46, 48, 50, 51. [Traduction
littérale: “Marque du sénéchal Baudouin. Marque de
Ferry de Corbeil.” (B.G. 2007)]
|
Assidu auprès de Philippe Ier, Ferry avait souscrit plusieurs diplômes
comme faisant partie de la maison du roi, de familia regis (2). Son nom n’est ordinairement suivi d’aucun titre,
en 1069, après le sénéchal Baudouin, S. Frederici
(3). Une fois, en 1068, il est qualifié
chevalier, S. Fridirici militis (4),
immédiatement après les quatre grands officiers. A plusieurs
reprises, en 1066, 1067 et 1069, il est appelé Ferry de Corbeil
(5). Sénéchal dès le mois
d’août 1070, Ferry resta en fonctions jusqu’en 1077 (6).
|
(2) M. PROU, op. cit. n°27.
[Traduction littérale: “De la
domesticité du roi.” (B.G. 2007)]
(3) M. PROU, op. cit., n°°43,
46. [Traduction littérale:
“Marque de Ferry.” (B.G. 2007)]
(4) M. PROU, op. cit., n°39.
[Traduction littérale: “Marque
du chevalier Ferry.” (B.G. 2007)]
(5) M. PROU, op. cit., n°° 24,
30, 50, 116.
(6) M. PROU, op. cit., n°° 52
à 87.
|
|
L’auréole dont l’office de sénéchal fit resplendir
le nom de Baudouin auprès de ses contemporains, son mariage, non
moins que l’attribution du prénom de Baudouin à l’aîné
de trois générations, valurent à La Ferté
l’honneur d’être appelée par les contemporains La Ferté-Baudouin,
Firmitas Balduini, que je rencontre pour la première
fois en 1076. |
|
|
Baudouin laissa au moins six enfants: 1° et 2° Baudouin Il et
Ferry III, dont j’ai étudié la descendance dans un mémoire
sur Les Chevaliers du Donjon, chapitre de Corbeil (7); 3° Jean, abbé de Saint-Spire; 4°
Ougrin, cité en 1071; 5° Hodierne, dame en partie de La Ferté
et de Gometz, mariée à Guy Ier de Montlhéry, qui
fera l’objet du chapitre suivant; 6° Adélaïde, dame en partie
de La Ferté et femme d’Ebrard Il, vicomte de Chartres. [p.43] |
(7) G. ESTOURNET, Les Chevaliers du Donjon:
famille de Corbeil (Ann. du Gâtinais, 1926, p. 28 et suiv.).
|
|
Jean, abbé de Saint-Spire, de Corbeil, s’arrogea sur son église
et sur ses domaines des droits abusifs que ne lui conférait aucunement
son titre d’abbé; dans la villa de Ballancourt, il disposait à
son gré, gratuitement ou moyennant une rétribution arbitraire,
des gens et tenanciers; il soutenait qu’il avait seul le droit d’administrer
la villa de Ballancourt. Lassés, les chanoines le supplièrent
de s’amender. Ils s’adressèrent même à son père
Baudouin, ainsi qu’à son frère Ferry, espérant que
leurs avis l’amèneraient à renoncer à ses injustes
entreprises; comme héritier d’Albert de Corbeil, Baudouin n’avait-il
pas le ressort de Ballancourt et un droit de patronage sur l’abbaye. Tout
cela fut parfaitement inutile; plus on le priait, plus l’abbé Jean
se montrait tyrannique. A l’avènement de Bouchard II, comte de Corbeil,
ils lui présentèrent leurs doléances. En 1069, dans
une sorte de plaid tenu en pré de Geoffroy, évêque de
Paris, du comte, de Baudouin du Donjon et de son fils Ferry, il fut jugé
que la dignité abbatiale et la coutume n’autorisaient pas l’abbé
à prélever les redevances qu’il s’attribuait injustement;
qu’à Ballancourt il avait droit seulement au tiers des amendes. En
conséquence, l’abbé dut renoncer à ses injustes prétentions
et les chanoines recouvrèrent l’entière disposition de leurs
droits. Une charte dressée pour en perpétuer la mémoire
fut souscrite par Balduinus filius, Fredericus, Balduinus nepos Wido Frederici,
généalogie qui doit s’interpréter de la manière
suivante: Baudouin Ier, père de l’abbé, absent, Baudouin II,
le fils, Baudouin III, le petit-fils, Ferry, le fils cadet, enfin Guy, fils
de Ferry (1). Le 2 novembre 1071, les privilèges
de Saint-Spire furent confirmés par une charte solennelle du comte
Bouchard, en présence du roi, de toute la cour, de l’abbé Jean,
de Ferry le sénéchal, de Baudouin II de Corbeil et d’Ougrin,
frère de l’abbé (2). |
(1) E. COUARD-LUYS, Cart. de Saint-Spire de Corbeil,
p. 16. [Traduction littérale:
“Baudouin le fils, Ferry, Baudouin le petit-fils, Guy de Ferry.” (B.G. 2007)]
(2) E. COUARD-LUYS, op. cit., p. 1. — M. PROU,
op. cit., p 155.
|
Adélaide, dame de La Ferté en partie, épousa Ebrard
II, fils d’Ebrard Ier, vicomte de Chartres et d’Humberge, lequel est
nommé avec ses parents, dans une charte peu postérieure
à 1048: dès 1066, Ebrard II avait recueilli la succession
de son père. En 1073, se voyant sans enfants, il se résolut
à fuir le monde abandonnant sa femme, distribuant ses biens à
ses frères et son argent aux pauvres, il alla vivre en ermite dans
un pays éloigné, où il vécut du métier
de charbonnier, selon Guibert de Nogent. Une notice de Marmoutier nous
apprend ces faits, et le don qu’Ebrard avant de partir, avait fait à
cette abbaye de la terre de Nottonville, dont son frère Hugues,
seigneur du Puiset, possédait l’autre
[p.44] moitié. Philippe Ier confirma ce don en
1075. Cependant Ebrard, revenu en France, négociait auprès
de sa femme pour obtenir d’elle la permission de se faire moine à
Marmoutier, ce qu’elle finit par lui accorder (1).
|
(1) A. DE DION, Le Puiset au XIe et au
XIIe siècle, p. 12. — Les seigneurs de Breteuil en Beauvaisis,
p. 13.
|
En 1076, Adélaïde de La Ferté-Baudouin, se considérant
comme veuve d’Ebrard parce qu’il avait pris l’habit religieux, exonéra
des coutumes qu’elle avait l’habitude d’y percevoir quatre arpents de
terre destinés à agrandir le parvis et le cimetière
de l’église d’Itteville: Adelais de Firmitate Balduini, cum
maritus ejus Evrardus monachicam vitam expetisset, et ipsa in viduitate
maneret... En reconnaissance, il lui fut donné dix livres; de
plus, un pauvre serait nourri et habillé à son intention dans
l’hôpital du chapitre et son anniversaire serait célébré
à perpétuité. Bouchard II, comte de Corbeil, qui jouissait
des droits de voirie sur les terres en question, donna son assentiment en
présence de Ferry, fils de Baudouin, et de Baudouin du Donjon, dit
de Beauvais (2).
|
(2) GUÉRARD, op. cit., I,
279 — Cette charte a été interpolée pour en faire
un diplôme royal: cf. M. PROU, op. cit., p. 421.
[Traduction littérale: “Alais de la Ferté-Baudouin,
comme son mari Évrard avait adopté le genre de vie monastique
et qu’elle-même vivait dans le veuvage...” (B.G. 2007)]
|
Vers la même date, Ebrard obtint de son frère Hugues le
don de la seconde moitié de Nottonville, et en 1077, de son frère
Galeran, qui était venu le voir à Marmoutier, l’abandon
de tous ses droits sur cette terre. Peu après, Ebrard intervint
auprès de son neveu Hugues Blavons pour lui faire restituer à
l’abbaye de Coulombs la terre de Sours-en-Chartrain. Ebrard est cité
dans plusieurs actes au nombre des moines de Marmoutier. Dans son histoire
de cette abbaye, dom Martène dit qu’il devint abbé de Saint-Calais
et mourut un 16 septembre.
|
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|
|
3.
— GUY
1er DE MONTLHÉRY († apr. 1080)
La généalogie de la famille de
Montlhéry a été dressée dans la chronique,
connue sous le nom de Continuation d’Aimoin, dont voici
la traduction: «Au temps du roi Robert, Thibaud, surnommé
File-Étoupes, son forestier, fortifia Montlhéry... Il eut
un fils nommé Guy, qui épousa la dame de La Ferté
et de Gometz, accepit in uxorem dominam de Feritate et de Gommet.
Le même Guy, engendra d’elle Milon de Bray et Guy le Rouge, etc...
(3).» [p.45]
S’appuyant sur de simples conjectures et des raisonnements fort habilement
déduits mais dépourvus de preuves, le savant généalogiste
André Duchesne suppose que Thibaud File-Étoupes peut être
le fils de Bouchard Ier, seigneur de Montmorency et de Bray-sur Seine,
et d’Hildegarde. Quoi qu’il en soit, l’historien des familles palatines,
Joseph Depoin, croyait à une lacune dans le manuscrit d’Aimoin,
provenant d’un grattage, après le mot Montlhéry (1). Il est hors de doute que Guy Ier était
fils, non de Thibaud, mais de Milon de Montlhéry, qui souscrivit
à Épernay, en 1034, avec son frère Dreux, une charte
octroyée à la cathédrale d’Amiens par Thibaud Ier
et Étienne II, comtes de Champagne (2).
|
(3) Bibl. nat., ms. latin 5925, f°188.
— Histor. de France, X, 311 ; XI,
275. — J. VIARD, Les grandes Chroniques de France, V, 29. — A. MOUTIÉ,
Chevreuse (Mém. de la Soc. Archéol. de Rambouillet,
1876), II, p. 3-79. — MARION, Cart, de Longpont,
introduction. — J. LAIR, Hist. de la seigneurie de Bures (Mém.
de la Soc. de l’hist. de Paris, 1875, p. 5-43).
[Traduction littérale: “prit pour femme la
dame de La Ferté et de Gometz.” (B.G.
2007)]
(1) J. DEPOIN, La légende des premiers Bouchards
de Montmorency, p. 10.
(2) J. ROUX et A. SOYEZ, Cartulaire de la cathédrale
d’Amiens (Mém. de la Soc. des Antiquaires de Picardie, XIV),
n° 2. — Histor. de France, Xl, 424.
|
|
|
En effet, dans l’acte de fondation du prieuré de Saint-Vrain qui
est peu antérieur à 1043, Milon, seigneur de Montlhéry,
intervint comme suzerain, en compagnie de ses deux fils, Guy et Hugues,
«assensu senioris nostri Milonis et filiorum ejus
Guidonis atque Hugonis... S. Milonis senioris de Monteletherico, S. Guidonis
et Hugonis». En 1057, Milon et son fils Guy assistèrent
à une donation faite au même prieuré par le fils du
fondateur, S. Milonis, S. Widonis filii ejus (3).
|
(3) J. DEPOIN, Les Vicomtes de Corbeil, p. 45
et 49. [Traduction littérale:
“avec l’accord de notre seigneur Milon et de ses fils Guy et Hugues... Marque
de Milon seigneur de Montlhéry. Marque de Guy et d’Hugues. (...)
Marque de Milon. Marque de Guy son fils.” (B.G.
2007)]
|
Peu après cette date, Guy Ier succéda à son père
dans les seigneuries de Montlhéry et de Châteaufort. En
1063, avec son fils Guy de Rochefort, il souscrivit les chartes de Philippe
Ier pour Saint-Pierre d’Hasnon (4). Le 29
mai 1067, au milieu des grands feudataires, il assista à la dédicace
de Saint-Martin-des-Champs (5). Avant le
1er septembre de cette année, à Melun, il souscrivit le
diplôme confirmant la renonciation faite par un certain Guy aux
coutumes qu’il exigeait dans la terre de Saint-Benoît-de-Fleury:
le rang qu’il y occupe après les évêques et avant
les grands officiers indique qu’il y était personnellement intéressé
et qu’il avait donné des conseils de modération à son
fils Guy de Rochefort envers le prieuré de Sonchamp qui se trouvait
dans sa juridiction (6). En 1068, comme seigneur
de Châteaufort en partie, il concéda à l’église
de Saint-Christophe la possession d’un fief litigieux avec la justice et
l’exemption de toute redevance: l’acte fut souscrit par son fils Guy le
Rouge et par son petit-fils Guy (7). La même
année, il [p.46] consentit
à ce qu’Amaury de Châteaufort remplaçât l’église
en bois de Châteaufort par une de pierre; six ans plus tard, il l’autorisera
à la donner à l’abbaye de Bourgueil (1).
|
(4) M. PROU, op. cit., p. 63, n°° 22
et 23.
(5) J. DEPOIN, Recueil de chartes et documents
de Saint-Martin-des-Champs, I, 30.
(6) M. PROU, op. cit., p. 98.
(7) Bibl. nat., ms. latin 17127, p. 90.
(1) Bibl. nat., ms. latin 17127, p. 149.
— LEBEUF, op. cit., III, 299.
|
A Pontoise, en 1069, Guy souscrivit le diplôme octroyé à
Saint Martin de cette ville (2). Le 2 novembre
1071, il se trouvait dans l’entourage du roi lorsque celui-ci confirma
par l’apposition de son sceau la charte du comte Bouchard pour Saint-Spire
de Corbeil (3). Enfin, l’an 1073, sa souscription
figure pour la dernière fois au bas d’un acte royal, destiné
au prieuré de Saint-Germain-en-Laye (4).
Dans une charte
rédigée vers 1061 (5), Geoffroy,
évêque de Paris, expose que Guy, l’un de ses chevaliers ou
vassaux, est venu le trouver et l’a très humblement supplié
de faire don et remise de l’église de Notre-Dame, située dans
le bourg de Longpont, qui est de son domaine, à des moines appelés
par lui, qui y serviraient Dieu selon la règle de saint Benoît:
il y a consenti et a confirmé les dons déjà faits et
tous ceux que, par la suite, lui-même ou ses successeurs pourraient
faire au nouveau monastère.
|
(2) M. Prou, op. cit., n° XLV. — J. DEPOIN,
Cart. de Saint-Martin de Pontoise, n° 5.
(3) M. Prou, op. cit., p. 155. E. COUARD-LUYS,
Cartul. de Saint-Spire, p. 3.
(4) J. DEPOIN, Le prieuré de Saint-Germain-en-Laye,
p. 14.
(5) MARION, Le cartulaire de Longpont,
n°LI et p. 21. — DUBOIS, Hist. eccles. Parisiensis, I, 687
; Gallia christ., VII, 553.
|
Par le conseil du prélat, Guy envoya
sa femme vers Hugues, abbé de Cluny, qui jouissait d’une grande
réputation de sainteté, pour lui demander quelques religieux
de sa congrégation dans le but de les établir à Longpont.
Hodierne ramena avec elle la petite colonie, après avoir offert
à l’illustre abbé, en témoignage de gratitude, un
calice de trente onces et une riche chasuble. Aussitôt, Guy les mit
en possession des bâtiments et des biens qui leur étaient destinés,
conformément à la permission octroyée. Il ne restait
plus qu’à leur obtenir l’investiture officielle, qui leur fut également
accordée: ils devaient rester à tout jamais sous l’obédience
de l’abbé de Cluny, leur supérieur, mais l’évêque
diocésain réservait ses droits de visite et de procuration.
Pour assurer la tranquillité des religieux, Guy et Hodierne exemptèrent
leurs hommes et leurs terres de la juridiction de leurs prévôts
et de leurs sergents, en présence de leur fils Guy (6), Un peu plus tard, ils affranchirent leurs prés
du droit de pâturage que tout homme d’armes aurait pu y prétendre
pour ses chevaux (7). [p.47]
|
(6) Cart. de Longpont, n°XLI.
— DUBOIS, Hist. eccles. Parisiensis, I, 688.
(7) Cart. de Longpont, n°XLVII.
|
Satisfait de son œuvre, Guy résolut de quitter le monde et de
s’y retirer. Vers 1075, en y prenant l’habit monastique, il donna au prieur
Etienne son moulin de Groteau, dans la paroisse même de Longpont,
et tout ce qu’il y possédait: sa femme Hodierne et ses fils, Milon
et Guy, déposèrent sur l’autel l’acte de cette donation (1). Vers 1080, il obtint de l’évêque
de Paris pour son prieuré l’église d’Orsay, Guidonis
amicissimi nostri ex laico dudum effecti monachi precibus (2). Une donation du chevalier Henri Payen fut faite
en présence «de Guy, seigneur de Montlhéry, alors
moine» (3). Il mourut dans la retraite
qu’il avait édifiée.
|
(1) Cart. de Longpont, n°XLVIII.
— DUBOIS, op. cit., p. 688.
(2) Cart, de Longpont, n° CCLVII.
— DUBOIS, op. cit., I, 691. [Traduction littérale: “par les prières de
notre grand ami Guy qui était alors passé de l’état
de laïque à celui de moine.” (B.G.
2007)]
(3) Cart. de Longpont, n° CLXXI.
|
|
Suivant le pieux usage des temps anciens, il fut inhumé dans l’aile
droite de la nef. On y voyait encore sa tombe au temps de l’abbé
Lebeuf: «C’était, dit-il, un monument isolé et haut
de deux pieds. Il est maintenant au niveau des carreaux de terre dont l’église
est carrelée (4).» Quant à
Hodierne, humblement enterrée d’abord, et sur sa demande sans
doute, dans le cimetière qui entourait l’église, et sous
le seuil même de la grande porte, elle fut en 1641, lors de la
restauration du choeur, transférée dans l’intérieur
de l’édifice. Les restes furent solennellement déposés
au pied du maître-autel, sous une dalle portant l’inscription suivante:
IN. MEMORIA. ÆTERNA. ERIT. AUDIERNÆ. INCLYTÆ. COMITISSÆ.
HERICI. MONTIS. SACRARVM. HARVM. ÆDIUM. FVNDATRICIS. OSSA. SVB.
DIO. [sic] JACENTIA. AB. ANNO. MILLESIMO.
PIO. MICHAEL. LE. MASLE. DOMINI. DES. ROCHES. HUJVSCE. DOMVS. PRIORIS.
STVDIO. HVC. TRANSLATA. FVERE. ANNO. M°. DC°. XL°. I°,
DIE. VLTIMO. MENSIS. Sa mort était marquée au 7 avril sur
l’obituaire (5). |
(4) LEBEUF, op. cit., IV, 93.
(5) LEBEUF, op. cit., IV, 92. — MARION,
op. cit. p. 23. [Traduction littérale
de ec texte dont manque au moins un mot: “Cela sera à la mémore
éternelle d’Hodierne, glorieuse comtesse de Montlhéry,
fondatrice de cet établissement religieux. Ses ossements, qui gisaient
sous ?? depuis l’an mil, par le zèle pieux de Michel Le Masle seigneur
des Roches, prieur de cet établissement, ont été transférés
ici l’an 1641, le dernier jour du mois de ?.” (B.G. 2007)]
|
De son mariage avec Hodierne, dame de La Ferté, Guy de Montlhéry
laissa sept enfants: 1° Milon II qui suit; 2° Guy II dit le Rouge,
châtelain de La Ferté, qui fera l’objet du chapitre suivant;
3° Milesende, mariée à Hugues, comte de Réthel,
dont elle eut notamment Baudouin II du Bourg, roi de Jérusalem,
et Gervais, archevêque de Reims; 4° Chèrevoisine, femme
de Ponce, châtelain de Pont-sur-Seine, et mère de Philippe,
évêque de Troyes; 5° Êlisabeth, qui épousa
Joscelin de Courtenay; 6° Adélaïde, dame de Villepreux,
mariée à Hugues Ier dit Blavons, châtelain du Puiset
et vidame de Chartres, mort en 1094: elle donna ses biens de Champlant au
prieuré de Longpont, ce qui fut confirmé par son fils Galeran,
dans une charte datée de Villepreux; 7° enfin, [p.48] une cinquième fille, qui épousa
Gantier II, seigneur de Saint Valéry (1).
|
(1) A. MOUTIÉ, Chevreuse,
II, 23.
|
Milon II, seigneur de Montlhéry, de Chevreuse, de Bray-sur Seine,
etc., confirma au prieuré de Longpont, en 1096, avant de partir
pour la croisade, la terre de Ver que lui avait donnée sa sœur Chèrevoisine;
sa femme Litliuise et son fils Guy y donnèrent leur assentiment.
Il lui confirma aussi le moulin de Groteau, aumôné par son
père (2). A l’abbaye de Bourgueil,
il reconnut les églises de Chevreuse qu’elle avait reçues
de son père (3). Il revint en France
et en repartit de nouveau pour la Palestine en 1101, mais il fut fait prisonnier
au combat de Rama livré aux infidèles par Baudouin, roi de
Jérusalem, le 27 mai 1102. Conduit à Ascalon avec un grand
nombre d’autres chevaliers, il mourut en captivité. De son mariage
avec Lithuise, vicomtesse de Troyes, il laissait notamment: 1° Guy Trousseau;
2° Milon II de Bray, dit le jeune, vicomte de Troyes, dont la fin tragique
sera rapportée plus loin; 3° Renaud, évêque de Troyes
en 1121-1122 (4).
|
(2) Cart. de Longpont, n°CXCVI,
CCI, CCII, CCVIII; XLIII, XLIV, XLV, XLVII, XLVIII.
(3) Bibl. nat., ms. latin 17127, p. 147.
(4) A. MOUTIÉ, Chevreuse, II,
31.
|
Guy Trousseau succéda en 1102 à son père dans les
seigneuries de Montlhéry, de Chevreuse et de Châteaufort.
En 1096, au moment de partir pour la croisade, il avait remis au chapitre
de Notre-Dame de Paris un droit de voirie dont il jouissait sur ses terres
d’Itteville et un bois situé au Bouchet (5):
il avait donné au prieuré de Longpont la terre et le village
de Ver, en réservant, durant la vie de son père et la sien
les droits de charroi et de curage des fossés (6). Vers 1103, avec l’assentiment de sa femme Mabille,
il renonça à ces droits; en sa compagnie, il en déposa
la donation sur l’autel devant le prieur Henri (7).
En 1104, il conclut le mariage de sa fille Élisabeth avec Philippe
de Mantes, fils de Philippe Ier et de Bertrade de Montfort, lequel n’avait
pas encore douze ans; il lui assigna Montlhéry en dot. Avant que
ne fût expirée la première année de son mariage,
le jeune prince vint visiter l’église de Longpont et lui confirma
tous ses biens et privilèges, notamment la terre de Ver: au cours
de l’acte commencé à Montlhéry et terminé à
Longpont, la présence de Mabille, sa belle-mère, est signalée
par deux fois (8). Guy Trousseau ne paraît
plus après [p.49] 1108:
par une charte sans date, ignorée de ses historiens, au cours de
la maladie qui l’emporta, il légua au chapitre de Notre-Dame de Paris
la mouvance des vignes de Bagneux qui lui avaient été données
par Hildegarde, veuve de Payen de Bièvre; après les obsèques,
Mabille, que le scribe appelle Amabilis*,
fit la remise du legs, à charge d’un anniversaire pour son mari,
que l’on trouve inscrit sur l’obituaire au 16 mars (1). Au chapitre suivant, la prétendue donation
des églises de La Ferté, qui lui a été attribuée
par un texte suspect, sera examinée.
|
(5) GUÉRARD, Cart. de Notre-Dame
de Paris, IV, 30.
(6) Cart. de Longpont, n°CXCIX, CCII,
CCVIII.
(7) Cart. de Longpont, n°CC.
(8) Cart. de Longpont, n° CXCVII.
— A. LUCHAIRE, Annales de la vie de Louis VI, n°32.
(1) Arch.
nat., LL 78, p. 123, n° 48. — MOLINIER, Obituaires, I, 110.
[* Amabilis, “Aimable” est une
retroversion latine erronée de cet anthroponyme en réalité
d’origine germanique. (B.G., 2007)]
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4. — GUY II DIT LE ROUGE († 1108)
Guy Il, dit le Rouge à cause de
la couleur de ses cheveux, second fils de Guy Ier de Montlhéry et
d’Hodierne de La Ferté, devint comte de Rochefort par son mariage
avec Adélaïde, héritière de cette terre. Il
en portait le nom dès 1063, lorsqu’il souscrivit, à côté
de son père, les deux chartes royales octroyées à
Saint-Pierre de Hasnon (2). Il molesta les
religieux de Saint-Benoît-sur-Loire qui possédaient le prieuré
de Sonchamp dans le voisinage de Rochefort: sur les remontrances de son
père, il renonça aux coutumes qu’il prélevait injustement
sur leurs terres, ce qui fut sanctionné par un diplôme de Philippe
1er en 1067 (3). Il assigna à la léproserie
du Grand-Beaulieu, près de Chartres, cinq soudées de fer
à prendre annuellement sur sa ville forte de Rochefort (4).
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(2)
M. PROU, op. cit., p. 63, n°°22 et 23.
(3) M. PROU,
op. cit., p. 98; Chartes de Saint-Benoît-sur-Loire,
I, n°77.
(4) R. MERLET
et M. JUSSELIN, Cart. de la léproserie du Grand-Beaulieu,
p. 68.
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Au moment de la retraite de son père à Longpont, Guy le
Rouge reçut Gournay et le tiers de Châteaufort: suivant la
coutume assignant les biens maternels aux cadets, il eut La Ferté-Baudouin
et Gometz-le-Châtel; un peu plus tard, il hérita des droits
de sa tante Adélaïde de La Ferté et réunit ainsi
entre ses mains la totalité de la châtellenie. Vers 1079,
devant Jean de Grandpont, doyen de Notre-Dame de Paris, Guy, seigneur de
La Ferté, et Adélaïde, son épouse, dominus
Guido de Firmitate et uxor ejus Adeleisda, donnèrent au chapitre
toutes les coutumes justes et injustes qu’ils percevaient dans la terre
d’Itteville, au Bouchet et à Saint-Aubin, avec les droits de garenne
et de voirie, ainsi que les vignes du Bouchet (5): parmi
les nombreux témoins des deux contractants qui souscrivirent l’acte,
on relève Bernoal Potin et son fils Baudouin, qui [p.50] donneront l’église de Cerny
aux moines de Morigny (1), Robert Galeran,
père de Thierry, qui construira l’église de La Ferté,
Anseau de Bruyères, Roscelin de Mœurs, le prévôt Landry,
le voyer Guérin, etc...
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(5) GUÉRARD, op. cit., I, 324. [Traduction littérale: “monseigneur Guy de la Ferté
et son épouse Alais.” (B.G. 2007)]
(1) L.
MIROT, Chronique de Morigny, p. 4. — Peut-être
faut-il l’identifier avec le très noble Bernoal qui donna à
la même abbaye l’église de Guigneville; sa femme, Mahaud,
un encensoir et un calice d’argent doré; un de leurs fils, Lisiard,
le grand vitrail du chevet de l’église (ib., p. 3).
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Dans Étampes et ses monuments
aux XIe et XIIe siècles, M. Eugène Lefèvre affirme
que l’établissement des religieux de Saint-Germer de Fly, dans le
voisinage d’Étampes, était un fait accompli en 1082: à
cette date, selon une confirmation de privilèges accordée
par Philippe Ier à Notre-Dame d’Étampes, les moines de Saint-Germer
sollicitèrent «d’être substitués ou adjoints
aux chanoines dans le service canonial de ladite église».
On sait que le monastère, fondé d’abord à Étréchy,
fut transféré vers 1094 à Morigny (2): parmi
ses premiers bienfaiteurs, il faut placer Guy de La Ferté et Adélaïde,
qui lui donnèrent les églises de La Ferté Baudouin
avec la dîme des moulins et du four banal, ainsi que de leurs terres
labourables dans toute la châtellenie. Sans doute la chronique de
Morigny attribue cette donation à Guy Trousseau, avec l’assentiment
de sa femme Adélaïde, de Milon de Montlhéry et de la
vicomtesse Lithuise (3). Mais, comme le remarque
M. Léon Mirot, dans la préface de la publication de cette
chronique, le premier livre, écrit entre le 4 août 1106 et le
30 juillet 1108 par le moine Thiou, qui était préchantre de
l’abbaye et bibliothécaire, ne nous est point parvenu dans son texte
primitif: on n’en possède «qu’un résumé fait
à la fin du XIIe siècle par un abréviateur peu intelligent,
qui a maintenu des allusions relatives aux passages négligés
par lui et qui a conservé intégralement et sans les relier
au reste de son récit certains morceaux du texte primitif. (4)» On ne saurait oublier que le domaine utile
de La Ferté était partagé en deux fiefs: le Prieuré
et le Péage, division qui s’est maintenue jusqu’à
la Révolution (5): «Au prieuré
appartenait la seigneurie immédiate de la moitié de la ville
et du territoire.» Un maire y rendait la justice au nom des religieux,
ainsi qu’il fut reconnu par l’enquête de 1543 (6). Seul, un châtelain de La Ferté a
pu disposer [p.51] poser d’une
part aussi importante de ses droits»: or Guy le Rouge et son fils
Hugues ont possédé la châtellenie dès 1079 jusqu’en
1108, où Louis VI leur succéda. D’autre part, on ne connaît
à Guy Trousseau d’autre femme que Mabille, Mabilia, suivant
le cartulaire de Longpont, ou Amabilis, d’après le livre
noir de Notre-Dame de Paris. Il me paraît donc légitime de
conclure que l’abréviateur de Morigny a confondu Guy Trousseau avec
Guy le Rouge, d’autant plus que ce dernier est également surnommé
Trousseau par l’auteur des Grandes Chroniques de France,
lorsqu’il raconte «comment Guiz Troussiaus et Hues de Créci,
ses fiuz, pridrent le conte de Corbuel, son frère, por ce que il
ne lor voloit aidier de la guerre contre le roi» (1). Guy le Rouge et Adélaïde de Rochefort
sont les seuls auxquels on puisse raisonnablement attribuer la fondation
du prieuré de La Ferlé en faveur des moines d’Étréchy.
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(2) E. MENAULT, Morigny, son abbaye, sa chronique
et son cartulaire, p. 4. — D. FLEUREAU, op. cit., p. 473.
(3) L. MIROT,
La chronique de Morigny, p. 3.
(4) L. MIROT,
Chron. de Morigny, pag, p. 14.
(5) Almanach
de Sens pour 1790, p. 26.
(6) Arch.
nat., R4 943, p. 17, 40, 50. — L’enquête essaya de déterminer
les limites de cette justice: son existence parut certaine, mais son étendue
ne put être fixée, en raison des réponses vagues des
témoins appelés un seul déposa que 42 habitants relevaient
du prieuré, sur 180 feux.
(1) J.
VIARD, Les grandes chroniques de France, V, 148.
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Suger n’aimait guère Guy le Rouge
et, lorsqu’il entreprend d’exposer ses démêlés avec
le roi Louis VI, il le désigne avec une antipathie non déguisée:
un certain de La Ferté-Baudouin, quidam de Firmitate
Balduini (2).Pourquoi feindre d’ignorer
le premier officier de la couronne? Guy le Rouge fut cependant un des hommes
les plus éminents de son époque, tant à cause de
sa puissance et de sa valeur que par le grand crédit dont il jouit
auprès des rois de France et les services signalés qu’il
rendit à la monarchie encore mal affermie des premiers Capétiens.
En 1091, à l’instar de son aïeul maternel, il devint sénéchal
de France, comme le prouve une charte du roi Philippe Ier, munie du Signum
Widonis dapiferi de Rupeforti (3). Il
fut chargé par le roi de négocier avec l’évêque
de Chartres et d’obtenir de lui, par promesses ou menaces, une lettre au
pape, favorable à son union avec Bertrade de Montfort: on a conservé
deux lettres de 1093 et 1095 dans lesquelles ce prélat répondit
par un refus catégorique à ses instances (4). Il échoua devant sa fermeté et,
le 18 novembre 1095, Philippe Ier fut excommunié au concile de Clermont.
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(2) SUGER,
Gesta Ludovici Grossi, éd. Lecoy de la Marche,
p. 50.
(3) M. PROU, Actes de Philippe Ier,
n° 127. [Traduction littérale:
“Marque de Guy sénéchal de Rochefort” (B.G. 2007)]
(4) Histor. de France, XV, 78 et 85;
X 702. — L’une accuse réception d’un message transmis par son neveu,
Ébrard du Puiset.
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Guy le Rouge doit encore être reconnu dans le sénéchal
Guy, qui souscrivit un diplôme en 1092, un en 1094 et un autre
à la fin de l’année 1095 (5).
L’année suivante, il se démit de ses fonctions pour prendre
part à la croisade. Dans les premiers jours de juin 1101, on constate
sa présence à Nicomédie. Le 5 août suivant,
il faisait partie d’une troupe de croisés qui livra bataille aux
Turcs [p.52] près d’Amasia.
Les survivants de ce combat, et, parmi eux, Guy de Rochefort, gagnèrent
Constantinople. Après quoi, on ne sait si Guy retourna en Palestine
ou rentra en France (1). Comme le dit Suger,
il revint couvert d’honneur et de gloire (2).
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(5) Gallia Christ., II, col. 110. — M. PROU,
op. cit., n°° 128, 132, 135.
(1) Rec.
des histor. occidentaux des Croisades, IV, 563. — HAGENMAYER, Chron.
de l’hist. du royaume de Jérusalem (Revue de l’Orient latin,
X, 450-456).
(2) SUGER,
op. cit., p. 25.
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La chronique de Morigny raconte tout au long les circonstances d’un plaid
tenu à Rochefort dès son arrivée: son vassal, le
chevalier Bonard, n’avait pas voulu délivrer aux religieux la terre
de Gommerville, léguée par son beau-frère Garsadoine,
et s’était rendu coupable de nombreuses violences: il dut faire
amende honorable et renoncer à ses prétentions (3). Les moines de Longpont traduisirent également
devant son tribunal Simon, fils de Gaucher, qui leur contestait l’usage
dans les bois et la rivière d’Orsay: ils furent maintenus en saisine
de leurs droits (4).
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(3) L. MIROT, Chronique de Morigny,
p. 41.
(4) Cart. de Longpont, n° CCLVIII.
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A son retour de Terre-Sainte, vers 1104, Guy le Rouge fut rétabli
dans l’office de sénéchal qu’il avait exercé une
première fois, dit Suger (5). Pour
se conserver à tout prix son amitié et son appui, Philippe
Ier imagina de fiancer le prince Louis avec la fille du sénéchal,
Lucienne, non encore nubile (6). Cette puissance,
qui confisquait à son profit l’autorité royale, suscita
l’ombrage et la jalousie des frères de Garlande, chez lesquels
l’ambition, la cupidité et l’esprit militaire se trouvaient à
un aussi haut degré que chez leur rival. L’orage n’allait pas tarder
à éclater.
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(5) SUGER,
op. cit., p. 25.
(6) SUGER,
p. 26. A. LUCHAIRE, Annales de la vie de Louis VI, n° 32.
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Sur ces entrefaites, le château de Montlhéry était
passé sous la garde du roi par le mariage de la fille de Guy Trousseau.
Son frère, Milon II de Bray, qui avait des prétentions sur
ce château, voulut s’en emparer avec l’aide des Garlande alors disgraciés.
Ayant noué des intelligences avec les habitants de Montlhéry,
il entra dans la ville, accompagné de Lithuise, sa mère, et
décida les habitants à assiéger le donjon occupé
par les troupes royales. Guy le Rouge négocia avec les Garlande
et les détacha de Milon en leur promettant leur rentrée en
grâce à la cour: Milon désespéré s’enfuit.
Louis, arrivé à Montlhéry, ratifia la paix conclue
par son sénéchal avec les Garlande, mais, pour éviter
le retour de semblables tentatives, démantela la ville en ne laissant
subsister que la tour (1105) (7).
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(7) SUGER, p. 27. — A. LUCHAIRE, Annales
de la vie de Louis VI, n° 34.
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En 1106, à Senlis, Guy le Rouge assista au jugement du procès
entre les chanoines de Saint-Corneille de Compiègne et Nivelon
II, [p.53] seigneur de Pierrefonds
(1). Au milieu de l’année, il résigna
ses fonctions en faveur de son fils, Hugues de Crécy. A Melun,
après le 29 août, il souscrivit le diplôme confirmant
les privilèges de Saint- Benoît-sur-Loire (2). En mars 1107, il fut envoyé à
La Charité-sur-Loire pour recevoir le pape Pascal II, qui était
entré en France, et l’assurer du dévouement de ses souverains
(3). Le 23 mai, au concile de Troyes, par les
menées des Garlande, le pape prononça, sous prétexte
de consanguinité, la dissolution du mariage entre l’héritier
de la couronne et Lucienne de Rochefort (4).
Guy le Rouge en fut si touché qu’il se retira de la cour et se jeta
dans l’opposition avec son fils Hugues. Il ne survécut pas longtemps
à sa disgrâce:
il mourut avant le mois d’août 1108 et fut enterré
au prieuré de Gournay: son obit était célébré
le 9 mars à Longpont (5).
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(1) Arch. nat., LL 1622, f°45. — Bibl.
nat., coll. Moreau, XLII, 246. — A. LUCHAIRE, op. cit., n°39.
(2) M. PROU, Chartes de Saint-Benoît,
I, 254. — A. LUCHAIRE, op. cit., n° 42.
(3) Histor. de France, XII, 777 ;
XIV, 120. — A. LUCHAIRE, op. cit., n° 46.
(4) Histor. de France, XII, 281. —
SUGER, p. 32. A. LUCHAIRE, op. cit., n°50.
(5) A. MOLINIER, Obituaires, I, 525.
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Guy le Rouge avait confié le service de sa chapelle de Gournay
à Saint-Martin-des-Champs, peut-être en 1079 à l’occasion
de sa réunion à Cluny, tandis que la famille de Garlande
donnait aux mêmes religieux la seigneurie de Noisiel. Par un diplôme
de 1122, Louis VI rappelle que l’église de Notre-Dame et de Saint-Jean
de Gournay, située sur la Marne, près du château de
Gournay, a été fondée par Guy le Rouge et sa femme
Adélaïde, puis donnée par eux aux moines de Saint-Martin-des-Champs;
il confirme d’abord les possessions octroyées au prieuré par
les fondateurs, savoir la chapelle de Gournay, la terre de Liaubon, un moulin
à Gournay, l’église de Roissy et le tiers du village (6). Vient ensuite l’énumération des
biens donnés par les Garlande.
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(6) TARDIF, op. cit., n° 383.
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Avec l’assentiment de la comtesse Adélaïde, sa femme, Guy
donna à l’abbaye de Marmoutier une église dédiée
à saint Martin et dépendant de sa nouvelle châtellenie
de Brétencourt. Il restitua à cette église tout ce
qui pouvait lui appartenir et qu’il avait jusqu’à ce moment retenu
dans son domaine et même ce qu’il en avait déjà distribué
à ses chevaliers. Il lui donna, en outre, la dîme du marché
de Brétencourt et confirma à l’avance tout ce que ses vassaux
pourraient lui aumôner par la suite (7).
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(7)
Bibl. nat., ms. Lat. 5441.2, p. 117.
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Dans l’obituaire de Longpont, on lit que, vers 1079, au début
de son administration, le prieur Henri décida en chapitre et régla [p.54] comment il convenait de célébrer
l’anniversaire des principaux bienfaiteurs de son église; en sa
qualité de contemporain, il ne pouvait se méprendre sur
leur identité. Au 24 juillet, il écrivit sur l’obituaire:
«Obierunt Guido, institutor hujus loci, Guido vicecomes,
Adalaidis, comitissa, uxor, Wido filius ejus (1)», c’est-à-dire Guy Ier
fondateur de Longpont, Guy II dit le Rouge et sa femme la comtesse Adélaïde,
et leur fils Guy III. Évidemment, le prieur ne met pas d’autres
noms sur l | |