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Bulletin de la Société historique et archéologique
de Corbeil, d’Étampes et du Hurepoix
n°21 [50e année] (1944), pp. 33-118
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La Ferté-Alais,
ses origines,
ses noms, ses premiers châtelains
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Édition numérique dédiée
à MM. Michel Martin et Bernard Binvel
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LA FERTÉ
SES ORIGINES, SES NOMS,
SES PREMIERS CHATELAINS.
La Ferté-Alais (1), anciennement La Ferté-Baudouin, était
définie au XVIIIe siècle, «ville avec un bailliage
et une châtellenie, dans le Gâtinois françois, diocèse
de Sens et doyenné de Melun, parlement et intendance de Paris,
élection de Melun, coutume de Paris». Par étymologie,
La Ferté tire son nom d’un château féodal, avec donjon,
entouré de larges fossés et de fortes murailles flanquées
de tours, auquel on avait accès par un pont-levis. L’emplacement
compris entre le château et la première enceinte était
occupé par les maisons des habitants. C’est du moins ce que l’on
peut déduire du récit du siège de 1108.
Les
fortifications du bourg avaient cinq portes, dont les deux principales
étaient celle de Beauce et celle de Saint-Firmin; détruites
pendant l’invasion anglaise, elles commencèrent à être
relevées par ordre du roi, en 1540, mais, trois ans plus tard, les
travaux n’étaient point terminés, et il semble qu’ils ne
le furent jamais. Une enquête de 1543 (2)
indique: «II y a apparence de château qui est à présent
en ruine; il y a un pan de murs d’une vieille tour et le reste en vieux
murs démolis, et n’est d’aucun profit, parce qu’il est inhabitable.»
A la fin de ce même siècle, son morcellement était
en voie de s’effectuer: il fut donné à bail «une place
sise dans les fossez du chastel de La Ferté», une autre «où
estoit la tour du chastel de La Ferté», ou encore «une
grange sise sur les vestiges du vieil chastel de La Ferté (3)». Ses origines, [p.34]
ses noms et ses premiers châtelains
feront l’objet des présentes recherches.
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(1)
EXPILLY, Dictionnaire géographique des Gaules. — D. FLEUREAU,
Antiquitez de la ville d’Estampes, p. 575-586,
hist. de la ville et comté de La Ferté-Alais. — Almanach
historique de Sens, pour 1790, p. 25-40, La Ferté Alais.
— A. MALLET, Notes sur la Ferté-Alais (Mém.
de la Soc. des Sciences mor. de Seine-et-Oise, 1880, p. 87-116).
— V. DE COURCEL, L’Eglise de La Ferté Alais (Bull. monumental,
1912). — L. MARQUIS, Promenades à La Ferté
Alais. — A. DE BEAUDOT, Églises de bourgs
et de villages: La Ferté-Aleps. — Chan. DESGRANDCHAMPS,
L’église Notre-Dame de La Ferté-Alais.
— Recueil des principales pièces concernant le
rétablissement de la navigation sur les rivières d’Estampes
et de La Ferté-Aleps, Paris, 1757.
(2) Arch.
nat., R4 943. — Arch. du Loiret, A 1237.
(3) Arch.
nat., R4 1136.
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1. — BOUCHARD DE VENDOME († 1007)
ET ALBERT DE CORBEIL
(† apr. 1025)
Aimon, premier comte de Corbeil, paraît
issu de Thion, vicomte de Paris dès 925, qualifié comte
après 936 et en 941 (1). Cette filiation
repose sur le récit de la translation de saint Guénaud: à
l’époque des invasions normandes, ses reliques furent amenées
par des moines dans l’Ile-de-France, où Thion, gouverneur de Paris,
les fit déposer dans son église de Courcouronnes qu’il leur
donna avec ses terres et ses revenus. Plus tard, Aimon, alors comte de Corbeil,
les fit transporter près de sa ville, en une chapelle sise au faubourg
Saint-Jacques, tandis qu’à l’intérieur des murailles il construisait
une église plus digne de les recevoir, à laquelle il donna
le bourg voisin du pont avec ses revenus, ses coutumes et sa justice (2). Seul, un héritier de Thion pouvait se
permettre semblable liberté. |
(1) J. DEPOIN, Aimon de Paris, châtelain
de Dordogne (Revue des Études histor., 1912, p. 80).
(2) Acta sanctorum novembris, I, 679.
— Le titre de prefectus donné à Thion devrait se
traduire par vicomte, mais pareil emploi est insolite.
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En novembre 941, le comte Thion et Aimon, auquel on n’applique aucun qualificatif,
souscrivirent la charte de Hugues le Grand par laquelle, en prenant l’habit
religieux, le chevalier Lisiard donnait en précaire à l’abbaye
de Saint-Benoît-sur-Loire son domaine de Sceaux-en-Gâtinais,
avec réserve d’usufruit pour son fils Joseph et sa fille Élisabeth,
tous deux fort jeunes (3). Joseph devint
archevêque de Tours en 952. Quant à Élisabeth, elle
épousa Aimon, puis Bouchard de Vendôme: l’identification ne
saurait faire de doute, car, en 998, ce dernier disposera de Sceaux, avec
l’assentiment de son fils Renaud.
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(3) M. PROU et A. VIDIER, Chartes de Saint-Benoît-sur-Loire,
I, 121. — G. ESTOURNET, Recherches sur la généalogie des
Le Riche de Paris (Ann. de la Soc. Archéol. du Gâtinais,
1912, p. 21).
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La translation des reliques, que l’on a placée un peu arbitrairement
vers 960 ou 966, ne fournit aucun indice chronologique au sujet d’Aimon.
Vassal de Hugues le Grand en 946, puis de Hugues Capet en 970, il n’est
titré comte que dans une charte du 7 février 973 (4). Il mourut cette année, au cours d’un pèlerinage
à Rome, et le 23 mai, suivant l’obituaire de Saint-Spire; au même [p.35] jour, le nécrologe
de Saint-Guénaud unissait dans un même anniversaire Aimon son
fondateur, Bouchard et Thion ses bienfaiteurs (1).
Aimon laissait trois enfants en bas âge, Thibaud, Albert et Germaine,
et une veuve jeune encore, Élisabeth. Le duc de France, usant de ses
prérogatives de suzerain, donna la veuve et le comté à
son compagnon d’enfance, Bouchard II, comte de Vendôme (2). Ce mariage ne saurait être postérieur
à 973, car leur fils Renaud sera chancelier de France, dès
le 20 juin 989 (3), tout au plus dans sa quinzième
année, et, à cette date, leur fille Élisabeth aura déjà
épousé Foulques Nerra, le futur comte d’Anjou.
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(4) MABILLE, Introd. aux chroniques des
comtes d’Anjou, p. CVIII. — Historiens de France, IX, 723. —
Bibl. nat, coll. de Touraine, par D. HOUSSEAU, I, 214; coll. Moreau, VII,
189. — GUÉRARD, Cart. de Saint-Père de Chartres,
I, 54. — J. DEPOIN, op. cit., p. 80.
(1) A. MOLINIER, Obituaires de la province
de Sens, I, 411.
(2) EUDES
DE SAINT-MAUR, Vie de Bouchard le Vénérable,
édit. Ch. de la Roncière, p. XI.
(3) Vie de Bouchard, p. 12. — TARDIF,
Monuments historiques, n° 237.
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En même temps, Bouchard fut chargé d’assurer la garde de
Melun: ainsi, par Corbeil et par Melun, il commandait la navigation de
la haute Seine, les arrivages de vivres à Paris. Peu après,
pour compléter ce système de protection non moins que pour
s’assurer un péage lucratif, il construisit le château de
La Ferté sur les bords de l’Essonne, qui était alors navigable.
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Le 3 juillet 987, Hugues Capet ceignait la couronne royale. Les guerres
qu’il allait être forcé de soutenir contre son compétiteur
et contre ses sujets rebelles devaient entraîner le nouveau roi en
dehors du duché de France; il importait à Hugues d’avoir un
lieutenant fidèle et expérimenté qui pût le
remplacer, soit dans l’administration du Parisis, soit à la tête
de l’armée. Le roi songea à son ami Bouchard. Le comte de
Corbeil fut donc nommé comte royal de Paris; sous ce titre, il
était non pas vassal, mais officier. Le 1er janvier 988, Hugues
Capet fit sacrer son fils Robert, et, en lui concédant une part du
royaume, il lui donna un conseil de régence pour exercer le pouvoir
durant sa minorité. Ce conseil comprenait Bouchard, Hugues comte de
Dreux, Ansoud Le Riche de Paris, et Hugues vicomte de Meulan: leurs signatures
sont au bas de deux diplômes du roi Robert, datés de la deuxième
année du règne, et paraissent indiquer les quatre grands officiers
de la couronne (4).
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(4) Histor. de France, X, 574. — Gallia
christiana, VII, instr. col. 25. — R. DE LASTEYRIE, Cartul.
général de Paris, I, 97. — PFISTER, Études sur
le règne de Robert le Pieux, p. XLVIII, LXII.
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En juin 991, le comte de Paris assista au concile de Saint-Basle, à
Reims; le zèle avec lequel il y défendit les intérêts
de Hugues Capet fut récompensé par la nomination de son
fils, le chancelier Renaud, comme évêque de Paris (juillet-novembre
991). Il serait surprenant que le nouveau prélat n’ait point attiré
sur son église les bienfaits de son père: aussi doit-on
attribuer à Bouchard, [p.36] qui
seul a pu s’en dessaisir, la donation de la mouvance de La Ferté,
sise pourtant dans le diocèse de Sens. Cette vassalité
comportait une redevance d’un cierge de soixante sous, et son titulaire
portait la chaise de l’évêque lors de sa première
entrée dans la ville épiscopale, ainsi qu’il ressort d’une
formule maintes fois répétée dans les cartulaires:
Castrum de Firmitate Adelaidis est de feodo Parisiensis
episcopi, et inde debetur cereus LX solidorum. Hic portat (1).
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(1) GUÉRARD, Cart. de Notre-Dame de Paris,
I, 8.[Traduction littérale:
“La place forte de la La Ferté-Alais relève du fief de l’évêque
de Paris, et il en est dû un cierge de 60 sous. Celui-ci porte (la
chaise de l’évêque lors de son intronisation).” On notera
que le latin médiéval, pour rendre Ferté, hésite
entre deux rétroversion latines: Feritas et Firmitas
(B.G. 2007)]
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Au début de son accession, Bouchard avait assigné à
l’église Saint-Guénaud de Corbeil douze setiers de blé
à prendre sur la terre de Mondeville. A la prière de maître
Renaud, son fils, sans doute en 989 lorsqu’il devint chancelier, il lui
confirma les biens qu’elle avait reçus du comte Aimon et de son
veneur Aleman, à Courcouronnes et à Ballancourt; enfin, par
une charte rédigée sous l’épiscopat de Renand, entre
991 et 1006, il rappela les concessions antérieures et exonéra
ses possessions des coutumes qu’il y percevait; il y ajouta une terre
au faubourg de Corbeil avec la chapelle où, avec sa femme Élisabeth,
il avait fait déposer le corps du saint, tandis qu’il en agrandissait
l’église. Il lui donna également Mondeville et lui confirma
les biens d’Auvers et de Bouray que ses vassaux lui avaient aumônés
(2). D’autre part, il confirma les possessions
de l’abbaye de Saint-Spire à Ballancourt, Fontenay, Chevannes et Soisy,
lui venant du comte Aimon (3). Parmi les nombreuses
donations qu’il fit à l’abbaye de Saint-Maur-les-Fossés, dont
Hugues Capet l’avait nommé avoué, je me bornerai à
rappeler qu’il avait accordé en main-ferme à Baudouin, son
prévôt de Corbeil, sous réserve de retour à Saint-Maur
après la mort de son petit-fils, la ferme de la Bourgonnerie à
Lisses, le moulin de Tourvoye, une portion dc la terre de Saint-Étienne
(d’Essonnes), et divers autres biens, sis au pied du château de Saint-Spire,
au Vignon, au Vieux-Corbeil, à Athis, à Soisy et à
Saintry (4).
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(2) TARDIF, op. cit., n° 253.
— Abbé LEBEUF, Hist. de la ville et du diocèse de Paris,
édit. Bournon, IV, 282.
(3) LA BARRE (DE), Antiquitez de la ville de Corbeil,
p. 62.
(4) Vie de Bouchard, p. XI, 23. — Histor.
de France, X, 620.
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Le 25 août 1005, Bouchard parut pour la dernière fois
dans l’entourage de Robert le Pieux aux sièges de Sens et d’Avallon.
Vers cette époque, il fit le partage anticipé de ses biens:
son fils Renaud hérita du Vendômois et du comté de
Melun; des deux enfants d’Aimon et d’Élisabeth, Albert n’eut point
le comté de Corbeil auquel la coutume lui donnait droit, mais,
pour des raisons que l’on ignore, il fut apanagé des châtellenies
de La Ferté et de Gometz et probablement
[p.37] de l’avouerie de Toury-en-Beauce; quant à
Germaine, déjà mariée à Mauger, fils naturel
de Richard Ier duc de Normandie, elle reçut le comté de
Corbeil, dont son mari portait le titre en 1029 (1).
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(1) LA BARRE (DE), Antiquitez de la ville
de Corbeil, p. 66. — Art de vérifier les dates, 11,
640. — Vie de Bouchard, p. XVIII.
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Entre mai et décembre 1006, Bouchard se retira à Saint-Maur,
dont son beau-fils, Thibaud, était alors abbé; il y mourut
sous l’habit religieux le 26 février de l’année suivante
et y fut inhumé dans le chœur de l’église, en face du crucifix;
son tombeau fut orné d’une épitaphe, dont Eudes, son biographe,
nous a conservé le texte. Quelques mois après, Élisabeth
venait rejoindre son mari dans la tombe: deux distiques furent gravés
sur le poliandrum*, qui recouvrait
ses restes. L’anniversaire de la mort de Bouchard fut célébré
à Saint-Valéry, à Saint-Guénaud, à
Notre-Dame de Paris et à Saint-Maur-les-Fossés.
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* Polyandrum.
Ce mot d’origine grecque désigne étymologiquement et
classiquement un cimetierre ou un tombeu collectif, mais en latin médiéval
peut désigner un tombeau individuel. (B.G. 2007)
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Albert de Corbeil reçut donc en apanage les châteaux de
La Ferté et de Gometz, très probablement après en
avoir été le capitaine durant quelques années sous
les ordres du comte Bouchard. Son beau-père y avait réuni
des terres démembrées du comté de Corbeil, sans cependant
retirer celles qu’il avait déjà données à plusieurs
de ses officiers, de sorte que la nouvelle châtellenie, malgré
l’apparente étendue que son bornage lui conférait, était
loin de former un domaine compact: ainsi le bouteiller Gaudry Ier, aïeul
du vicomte Gaudry II, avait eu Ormoy, Le Plessis-(Briard) et Villiers-le-Châtel,
d’oit relevaient de nombreux fiefs. D’autre part, sous le nom de voirie,
Bouchard s’était réservé des droits de haute justice
dans plusieurs localités, notamment à Auvers, Bouray, Ballancourt,
Mondeville et Itteville. La châtellenie possédait en propre
les paroisses de La Ferté, Boutigny, Maisse et Valpuiseaux (2); elle avait le ressort et des droits de justice
variables à Auvers, Janville, Lardy, Bouray, Itteville, Ballancourt,
Mondeville, Videlles, Courances, Moigny, Mespuits, Courdimanche, Vayres,
D’huison, Guigneville, Cerny, Villiers-le-Châtel et Baulne. Dans
la suite des temps, comme le souligne l’enquête de 1543, le domaine
s’émietta par les concessions successives des châtelains à
leurs vassaux et les amortissements accordés aux églises
et aux [p.38] communautés
religieuses, non moins que par les usurpations des seigneurs hauts justiciers
créés à l’intérieur de son territoire ou même
de ses voisins, les sires de Milly et les baillis d’Étampes (1).
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(2) Arch. nat., KK 289, p. 63, censier de
1394: cens de La Ferté-Aleps, Boutigny, Maisse, Valpuiseaux, nefs
et rivière de La Ferté, étaux de La Ferté,
vinages de Maisse, cens de Janville.
(1) Arch. nat., R 943. — Arch. du Loiret, A
1237. — D. FLEUREAU, Antiquitez d’Estampes, p. 585.
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Albert de Corbeil faisait partie de l’escorte de chevaliers qui accompagnaient
le roi dans ses déplacements: en cette qualité, vers 1025,
il souscrivit un diplôme de Robert le Pieux confirmant les possessions
de Saint-Germain-des-Prés à Antony (2).
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(2) PFISTER, Robert le Pieux, n°
77. — R. POUPARDIN, Chartes de Saint Germain-des-Prés,
I, 79.
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Vers 984, Lisiard, évêque de Paris, avait donné à
son chapitre l’autel d’Itteville (dans le diocèse de Sens), lui
appartenant personnellement, ex proprio dominio (3): il n’est point téméraire de présumer
que la famille Le Riche de Paris, dont il était issu, possédait
la seigneurie de cette paroisse et qu’Albert de Corbeil y hérita
de sa mère, fille de Lisiard 1er. S’y croyant maître absolu,
il opprima les hommes du chapitre de Notre-Dame de Paris et les accabla
de taxes au gré de son caprice. A l’avènement de l’évêque
Imbert de Vergy, qui eut lieu entre le 25 juillet et le 29 novembre 1028,
il dut refréner ses exactions devant les protestations du prélat
et accepter avec sa femme le compromis suivant (4):
il renonçait à toutes les coutumes sur la pôté
d’Itteville, sauf à celles qui appartenaient à la voirie,
autrement dit à la haute justice, dans les cas de meurtre, ban, rapt,
incendie et vol; il se réservait seulement, une fois l’an et par
maison, une redevance de paille équivalente au chargement d’un cheval
ou d’un âne. La justice, limitée à la répression
des délits précités, devrait s’exercer par des officiers
demeurant sur place, dans les limites de la pôté, sans que
les ressortissants fussent obligés de se présenter à
son château de La Ferté ou ailleurs. Le prévenu qui
voudrait se justifier par le duel aurait un délai de sept jours, pendant
lequel le prévôt du chapitre serait avisé, et, avec
son assistance, il reviendrait au château pour se justifier. Aucune
redevance ne serait perçue sur l’aître de l’église.
Les coutumes d’Itteville seront l’occasion de nouvelles transactions entre
le chapitre et les châtelains de La Ferté, dont la succession
se trouvera ainsi étayée.
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(3) TARDIF, Monuments historiques,
n° 236, et confirmation par l’archevêque de Sens, n° 246.
[Traduction littérale: “De
par sa seigneurie personnelle” (B.G. 2007)]
(4) Arch. nat., LL 77, f°168; 78, f°126,
n°50. — GUÉRARD, op. cit., I, 323.
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Il n’est pas sans intérêt de signaler ici que le chapitre
de Notre-Dame possédait à Itteville une censive dont Jean
de Bombel lui bailla aveu le 6 avril 1540, en spécifiant qu’elle
relevait en plein fief de la seigneurie du Donjon, assise à Janville,
en la paroisse [p.39] d’Auvers,
et en arrière-fief de la châtellenie de La Ferté (1). La famille du Donjon, jouissant de la haute justice
dans toutes ses terres, comme on le verra, au chapitre suivant, une alliance
seule a pu incorporer Janville à La Ferté: cette réunion
s’est effectuée, à mon avis, par le mariage de Baudouin 1er
du Donjon avec la fille et héritière d’Albert de Corbeil,
châtelain de La Ferté. Déjà, sur la foi de documents
que l’on ne possède plus, de La Barre et l’abbé Lebeuf avaient
conclu que ce Baudouin était apparente à Aimon, comte de Corbeil
(2), mais sans pouvoir indiquer par quel intermédiaire.
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(1)
Arch. nat., R4 943, f°27. — Les chevaliers du Donjon donnèrent
également leur nom à trois fiefs qu’ils possédaient,
l’un à Soisy-sous-Étiolles, l’autre à Vaux-sur-Essonne
et le dernier à Corbeil.
(2) LA BARRE,
op. cit., p. 156. — Abbé LEBEUF, Histoire
de la ville et diocèse de Paris (édit. Bournon), IV,
p. 300.
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2. — BAUDOUIN DU DONJON († v. 1070)
Vers 992, parmi les chevaliers du comte
Bouchard qui souscrivirent la charte en faveur de Saint-Guénaud,
se trouva un certain Ferry sur lequel on sait peu de chose (3). Le 1er mai 1006, à Corbeil, Bouchard
exprima ses dernières volontés en présence de son
fils, Renaud, évêque de Paris; des officiers de sa maison,
le chambrier Joscelin, le bouteiller Gaudry, le connétable Hugues;
d’un ami, Ansoud II Le Riche de Paris, conseiller et très probablement
chambrier du roi Robert; de Ferry; de Robert, vicomte de Corbeil; enfin
d’un autre Joscelin, vicomte de Melun. La parenté peut seule expliquer
le rang exceptionnel de Ferry, à côté d’Ansoud, avant
les vicomtes de Corbeil et de Melun: S. Ansoaldi Divitis Parisii, S.
Frederici, S. Rotberti vicecomitis (4)...
Ne serait-il pas un fils d’Ansoud?
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(3) TARDIF, op. cit., n° 253.
— Arch. nat., S 2115, n°27, copie du XIIe siècle.
(4) TARDIF, Op. cit, n° 247.
[Traduction littérale: “Marque
d’Ansoud le Riche de Paris. Marque de ferry. Marque du vicomte Robert”
(B.G. 2007)]
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Il est permis de le supposer si l’on observe qu’il y eut à Corbeil,
une cinquantaine d’années plus tard, un opulent chevalier, appelé
Ansoud, fils d’un Ferry, qui pourrait bien avoir pour père celui
que nous venons de voir en 1006 à la cour de Bouchard. Non content
d’avoir hérité des seigneuries de Viry et de Bondoufle, qui
faisaient partie du patrimoine des Le Riche, ses descendants possédèrent
à Corbeil, dans le voisinage de l’église Saint-Laurent,
non loin du Donjon, une importante censive qui était traversée
par la rue Le Riche, burgus Divitis, ainsi désignée
en souvenir du conseiller royal (5). [p.40]
Grâce au
crédit d’Ansoud II, Ferry s’était vu confier la garde
du Donjon de Corbeil et, par suite, la défense militaire de la
ville: il en était le capitaine ou gastellier*, comme on l’appelait alors. Il fut récompensé
de ses services par l’attribution de biens prélevés sur le
comté, Viry, Bondoufle, Vaux, Jouy, Yerres, Orangis, Plessis-le-Comte,
Draveil, etc... Il devint la souche d’une famille la plus illustre entre
toutes celles qui, pour des raisons analogues, portèrent le surnom
du Donjon; elle y ajouta parfois ceux de Corbeil et de Beauvais, que je
crois être une mauvaise traduction de Belveer, Bellevue (1). Elle prit pour armoiries, semé de fleurs
de lys au lion issant (2).
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(5) G. ESTOURNET, Recherches sur la généalogie
des Le Riche de Paris (Ann. de la Soc. arch. du Gâtinais,
1912, p. 25-37). [N.B. La traduction
de burgus par “rue” me paraît
forcée; “bourg” ou “faubourg” serait nettement
mieux venu. (B.G. 2007)]
* Godefroy atteste seulement gastelier, “patissier” (!); Niemeyer
donne gastaldius, gastalius, etc., “régisseur des domaines du fic” ou encore “régisseur de domaines privés” (B.G. 2007).
(1)
G. ESTOURNET, Les Chevaliers du Donjon: Montereau (Ann. Soc. arch. du
Gâtinais, XXXV, 1).
(2) G. ESTOURNET, Guy du Donjon, seigneur
de Trézan et sa pierre tombale (Ann. Soc. arch. du Gâtinais,
XL, 157).
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En 1265, un arrêt du Parlement maintint un de ses descendants, Ferry
du Donjon, seigneur de Jouy, en possession de la haute justice, attendu
qu’il descendait des comtes de Corbeil, dont sa terre avait été
démembrée, et que la maison de Corbeil jouissait de la haute
justice: «Dominus Ferricus de Joyaco dicit se habere judicium
latronis in curia sua, ea racione quod ipse est de heredibus de Corbolio,
et heredes de Corbolio habent justiciam et judicium supradictum in terra
sua de Corbolio, et quod tota terra sua que est in castellania Corbolio,
partita fuit de terra dominorum de Corbolio, videlicet quicquid habet in
Vallibus, quicquid habet in villa de Bondoufle et in circonferenciis
(3).» Le privilège reconnu
à la famille du Donjon, parce qu’elle était apparentée
aux comtes de Corbeil, fut confirmé dans des lettres de Philippe
le Hardi d’octobre 1277, en faveur du prieuré d’Essonnes. En voici
la traduction: «L’usage de la châtellenie de Corbeil est que
personne n’y jouit de la haute justice dans toute son étendue, ni
ne possède le droit d’appeler à son tribunal les cas de haute
justice, excepté les seigneurs d’Yerres, de Jouy et de Draveil, qui
ont toute justice sur leurs terres (4).»
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(3) BEUGNOT, Les Olim, I, 207.
[Traduction littérale: “Monseigneur
Ferry de Jouy dit qu’il détient le droit de juridiction criminelle
pour les vols en son tribunal du fait qu’il fait partie des héritiers
de Corbeil, que les héritiers de Corbeil ont la justice et la juridiction
susdite dans leur terre de Corbeil, et que tout son territoire, qui se
trouve dans la châtellenie de Corbeil, provient du démembrement
du territoire des seigneurs de Corbeil, à savoir tout ce qu’il possède
à Vaux, tout ce qu’il possède dans le village de Bondoufle
et aux alentours” (B.G. 2007)]
(4) Arch. nat., LL 1188, p. 328. — BOUTARIC,
Actes du Parlement, I, 344 et 191.
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En 1018, Ferry souscrivit l’acte par lequel Robert, vicomte de Corbeil,
à l’occasion de sa prise d’habit chez les religieux de Saint Maur-les-Fossés,
donnait Villiers-sur-Nogent (5). Le nom
de la femme de Ferry n’est point connu, mais il est probable qu’il prit
alliance parmi les officiers du comte Bouchard, où l’on a vu un
prévôt, appelé Baudouin: dans sa postérité,
ce prénom alternera avec [p.41] le sien à
chaque génération, durant plus de trois siècles.
Selon toute vraisemblance, il fut le père des deux frères,
Ferry et Baudouin, qui parvinrent l’un et l’autre au dapiférat.
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(5) J. DEPOIN,
Les vicomtes de Corbeil (Bull. de la Soc. Hist. et Arch. de Corbeil,
1899), p. 42.
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En 1043, Baudouin, qui avait rang de chevalier, souscrivit la charte par
laquelle Guillaume, comte de Corbeil, donnait l’église Saint-Jean
de cette ville à l’abbaye des Fossés: S. Guillelmi, Corboilensis
comitis, S. Nanterii, vicecomitis Corboilensis, S. Begonis militis, S.
Balduini militis (1). Au mois d’octobre
1045, il fut témoin de l’acte par lequel Imbert, évêque
de Paris, réunissait à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés
l’autel de Saint-Georges à Villeneuve: S Beggonis militis, S. Balduini
militis, S. Widonis militis, c’est-à-dire Bégon, père
de Gaudry II vicomte de Corbeil, Baudouin du Donjon, châtelain de La
Ferté, et de ce chef vassal de l’évêque, ce qui explique
sa présence à la cour épiscopale enfin, son gendre,
Guy de Montlhéry (2).
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(1) J. DEPOIN, op. cit. p. 43.[Traduction littérale: “Marque de Guillaume, comte
de Corbeil. Marque de Nantier, vicomte de Corbeil. Marque de Bégon,
chevalier. Marque de Baudouin, chevalier.” (B.G. 2007)]
(2) TARDIF, op. cit., n°269. —
R. DE LASTEYRIE, Cart. de Paris, I, 118. —
R. POUPARDIN, Chartes
de Saint-Germain-des-Prés, I, 95.
|
Selon Guillaume de Jumièges, Henri Ier, quoique déjà
couronné, fut contraint à la mort de son père, en
1031, de se réfugier auprès de Robert, duc de Normandie,
pour échapper aux embûches de la reine Constance qui voulait
lui substituer son second fils; après l’avoir bien équipé
d’armes et de chevaux, le duc le renvoya auprès de son oncle, Mauger,
comte de Corbeil, «auquel il manda de poursuivre tous ceux qui s’écarteraient
de la fidélité qu’ils devaient à ce monarque».
Certainement, Albert de Corbeil dut unir ses efforts à ceux de
son beau-frère, pour faire triompher le jeune roi de ses adversaires
et lui conserver le trône (3); Henri
Ier garda une profonde reconnaissance à la maison de Corbeil dont
il avait pu éprouver le dévouement et la fidélité.
Aussi ne sera-t-on pas surpris de trouver Baudouin, dès 1056, au
nombre des conseillers ou palatins du roi; cette année, avec son frère
Ferry, il souscrivit un diplôme immédiatement après
les grands officiers: S. Frederici, S. Balduini (4). L’avènement de Philippe Ier ne modifia
point leur situation, et en 1060, à Dreux, les deux frères
parurent dans l’entourage du jeune prince (5).
|
(3) Art de vérifier les dates,
II, 640.
(4) Histor. de France, XI, 604. — F.
SŒHNÉE, Catalogue des actes d’Henri Ier, n°105.
[Traduction littérale: “Marque
de Feryy. Marque de Baudouin.” (B.G. 2007)]
(5) M. Prou, Actes de Philippe Ier,
n°2.
|
Avec le temps, le crédit de Baudouin ne fit que s’accroître,
si bien qu’en 1069 il eut l’insigne honneur d’être promu grand sénéchal
de France. On sait que le dapiférat était alors de beaucoup
la charge la plus importante de la couronne. Le sénéchal
commandait [p.42] à toutes
les forces militaires du royaume; il dirigeait le service du palais, présidait
aux jugements et percevait, à son profit, une partie des revenus
domaniaux. En réalité, c’était un vice-roi. En 1069,
avant le 4 août, Baudouin souscrivit un privilège en faveur
de Saint-Germain de Pontoise, un second à Poissy pour Saint-Ouen
de Gisors, un troisième ratifiant en 1070 un échange de Geoffroy,
évêque de Paris, avec Saint-Germain-des-Prés, et la
même année une notice en faveur de Marmoutier, S. Bauduini
dapiferi, S. Frederici de Curbeio. Baudouin resta peu de temps en charge,
car son nom paraît pour la dernière fois au bas d’un diplôme
pour l’abbaye de Ferrières, du 18 mars 1070 (1). Il n’est même pas certain que les deux précédents
ne soient postérieurs de quelques mois à celui-ci. On peut
cependant affirmer que son frère Ferry lui succéda antérieurement
au 4 août 1070, très probablement pour cause de décès,
car il ne reparaît plus.
|
(1) M. PROU, op. cit., n°°45,
46, 48, 50, 51. [Traduction
littérale: “Marque du sénéchal Baudouin. Marque de
Ferry de Corbeil.” (B.G. 2007)]
|
Assidu auprès de Philippe Ier, Ferry avait souscrit plusieurs
diplômes comme faisant partie de la maison du roi, de familia
regis (2). Son nom n’est ordinairement suivi
d’aucun titre, en 1069, après le sénéchal Baudouin,
S. Frederici (3). Une
fois, en 1068, il est qualifié chevalier, S. Fridirici militis
(4), immédiatement après les
quatre grands officiers. A plusieurs reprises, en 1066, 1067 et 1069,
il est appelé Ferry de Corbeil (5).
Sénéchal dès le mois d’août 1070, Ferry resta
en fonctions jusqu’en 1077 (6).
|
(2) M. PROU, op. cit. n°27.
[Traduction littérale: “De
la domesticité du roi.” (B.G. 2007)]
(3) M. PROU, op. cit., n°°43,
46. [Traduction littérale:
“Marque de Ferry.” (B.G. 2007)]
(4) M. PROU, op. cit., n°39.
[Traduction littérale: “Marque
du chevalier Ferry.” (B.G. 2007)]
(5) M. PROU, op. cit., n°°
24, 30, 50, 116.
(6) M. PROU, op. cit., n°°
52 à 87.
|
|
L’auréole dont l’office de sénéchal fit resplendir
le nom de Baudouin auprès de ses contemporains, son mariage, non
moins que l’attribution du prénom de Baudouin à l’aîné
de trois générations, valurent à La Ferté
l’honneur d’être appelée par les contemporains La Ferté-Baudouin,
Firmitas Balduini, que je rencontre pour la première
fois en 1076. |
|
|
Baudouin laissa au moins six enfants: 1° et 2° Baudouin Il et
Ferry III, dont j’ai étudié la descendance dans un mémoire
sur Les Chevaliers du Donjon, chapitre de Corbeil (7); 3° Jean, abbé de Saint-Spire; 4°
Ougrin, cité en 1071; 5° Hodierne, dame en partie de La Ferté
et de Gometz, mariée à Guy Ier de Montlhéry, qui
fera l’objet du chapitre suivant; 6° Adélaïde, dame en
partie de La Ferté et femme d’Ebrard Il, vicomte de Chartres. [p.43] |
(7) G. ESTOURNET, Les Chevaliers du Donjon:
famille de Corbeil (Ann. du Gâtinais, 1926, p. 28 et suiv.).
|
|
Jean, abbé de Saint-Spire, de Corbeil, s’arrogea sur son église
et sur ses domaines des droits abusifs que ne lui conférait aucunement
son titre d’abbé; dans la villa de Ballancourt, il disposait
à son gré, gratuitement ou moyennant une rétribution
arbitraire, des gens et tenanciers; il soutenait qu’il avait seul le
droit d’administrer la villa de Ballancourt. Lassés, les chanoines
le supplièrent de s’amender. Ils s’adressèrent même
à son père Baudouin, ainsi qu’à son frère
Ferry, espérant que leurs avis l’amèneraient à renoncer
à ses injustes entreprises; comme héritier d’Albert de Corbeil,
Baudouin n’avait-il pas le ressort de Ballancourt et un droit de patronage
sur l’abbaye. Tout cela fut parfaitement inutile; plus on le priait, plus
l’abbé Jean se montrait tyrannique. A l’avènement de Bouchard
II, comte de Corbeil, ils lui présentèrent leurs doléances.
En 1069, dans une sorte de plaid tenu en pré de Geoffroy, évêque
de Paris, du comte, de Baudouin du Donjon et de son fils Ferry, il fut
jugé que la dignité abbatiale et la coutume n’autorisaient
pas l’abbé à prélever les redevances qu’il s’attribuait
injustement; qu’à Ballancourt il avait droit seulement au tiers des
amendes. En conséquence, l’abbé dut renoncer à ses
injustes prétentions et les chanoines recouvrèrent l’entière
disposition de leurs droits. Une charte dressée pour en perpétuer
la mémoire fut souscrite par Balduinus filius, Fredericus, Balduinus
nepos Wido Frederici, généalogie qui doit s’interpréter
de la manière suivante: Baudouin Ier, père de l’abbé,
absent, Baudouin II, le fils, Baudouin III, le petit-fils, Ferry, le fils
cadet, enfin Guy, fils de Ferry (1). Le 2 novembre
1071, les privilèges de Saint-Spire furent confirmés par une
charte solennelle du comte Bouchard, en présence du roi, de toute
la cour, de l’abbé Jean, de Ferry le sénéchal, de Baudouin
II de Corbeil et d’Ougrin, frère de l’abbé (2). |
(1) E. COUARD-LUYS, Cart. de Saint-Spire de Corbeil,
p. 16. [Traduction littérale:
“Baudouin le fils, Ferry, Baudouin le petit-fils, Guy de Ferry.” (B.G.
2007)]
(2) E. COUARD-LUYS, op. cit., p. 1. — M. PROU,
op. cit., p 155.
|
Adélaide, dame de La Ferté en partie, épousa Ebrard
II, fils d’Ebrard Ier, vicomte de Chartres et d’Humberge, lequel est nommé
avec ses parents, dans une charte peu postérieure à 1048:
dès 1066, Ebrard II avait recueilli la succession de son père.
En 1073, se voyant sans enfants, il se résolut à fuir le
monde abandonnant sa femme, distribuant ses biens à ses frères
et son argent aux pauvres, il alla vivre en ermite dans un pays éloigné,
où il vécut du métier de charbonnier, selon Guibert
de Nogent. Une notice de Marmoutier nous apprend ces faits, et le don
qu’Ebrard avant de partir, avait fait à cette abbaye de la terre
de Nottonville, dont son frère Hugues, seigneur du Puiset, possédait
l’autre [p.44] moitié.
Philippe Ier confirma ce don en 1075. Cependant Ebrard, revenu en France,
négociait auprès de sa femme pour obtenir d’elle la permission
de se faire moine à Marmoutier, ce qu’elle finit par lui accorder
(1).
|
(1) A. DE DION, Le Puiset au XIe et au
XIIe siècle, p. 12. — Les seigneurs de Breteuil en Beauvaisis,
p. 13.
|
En 1076, Adélaïde de La Ferté-Baudouin, se considérant
comme veuve d’Ebrard parce qu’il avait pris l’habit religieux, exonéra
des coutumes qu’elle avait l’habitude d’y percevoir quatre arpents de
terre destinés à agrandir le parvis et le cimetière
de l’église d’Itteville: Adelais de Firmitate Balduini, cum maritus
ejus Evrardus monachicam vitam expetisset, et ipsa in viduitate maneret...
En reconnaissance, il lui fut donné dix livres; de plus, un pauvre
serait nourri et habillé à son intention dans l’hôpital
du chapitre et son anniversaire serait célébré à
perpétuité. Bouchard II, comte de Corbeil, qui jouissait des
droits de voirie sur les terres en question, donna son assentiment en présence
de Ferry, fils de Baudouin, et de Baudouin du Donjon, dit de Beauvais (2).
|
(2) GUÉRARD, op. cit., I, 279
— Cette charte a été interpolée pour en faire un
diplôme royal: cf. M. PROU, op. cit., p. 421.
[Traduction littérale: “Alais de la Ferté-Baudouin,
comme son mari Évrard avait adopté le genre de vie monastique
et qu’elle-même vivait dans le veuvage...” (B.G. 2007)]
|
Vers la même date, Ebrard obtint de son frère Hugues le don
de la seconde moitié de Nottonville, et en 1077, de son frère
Galeran, qui était venu le voir à Marmoutier, l’abandon
de tous ses droits sur cette terre. Peu après, Ebrard intervint auprès
de son neveu Hugues Blavons pour lui faire restituer à l’abbaye
de Coulombs la terre de Sours-en-Chartrain. Ebrard est cité dans
plusieurs actes au nombre des moines de Marmoutier. Dans son histoire de
cette abbaye, dom Martène dit qu’il devint abbé de Saint-Calais
et mourut un 16 septembre.
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|
3.
— GUY 1er
DE MONTLHÉRY († apr. 1080)
La généalogie de la famille de
Montlhéry a été dressée dans la chronique,
connue sous le nom de Continuation d’Aimoin, dont voici
la traduction: «Au temps du roi Robert, Thibaud, surnommé File-Étoupes,
son forestier, fortifia Montlhéry... Il eut un fils nommé
Guy, qui épousa la dame de La Ferté et de Gometz, accepit
in uxorem dominam de Feritate et de Gommet. Le même Guy, engendra
d’elle Milon de Bray et Guy le Rouge, etc... (3).» [p.45]
S’appuyant sur de simples conjectures et des raisonnements fort habilement
déduits mais dépourvus de preuves, le savant généalogiste
André Duchesne suppose que Thibaud File-Étoupes peut être
le fils de Bouchard Ier, seigneur de Montmorency et de Bray-sur Seine,
et d’Hildegarde. Quoi qu’il en soit, l’historien des familles palatines,
Joseph Depoin, croyait à une lacune dans le manuscrit d’Aimoin,
provenant d’un grattage, après le mot Montlhéry (1). Il est hors de doute que Guy Ier était
fils, non de Thibaud, mais de Milon de Montlhéry, qui souscrivit
à Épernay, en 1034, avec son frère Dreux, une charte
octroyée à la cathédrale d’Amiens par Thibaud Ier et
Étienne II, comtes de Champagne (2).
|
(3) Bibl. nat., ms. latin 5925, f°188.
— Histor. de France, X, 311 ; XI, 275.
— J. VIARD, Les grandes Chroniques de France, V, 29. — A. MOUTIÉ,
Chevreuse (Mém. de la Soc. Archéol. de Rambouillet,
1876), II, p. 3-79. — MARION, Cart, de Longpont, introduction.
— J. LAIR, Hist. de la seigneurie de Bures (Mém. de la Soc.
de l’hist. de Paris, 1875, p. 5-43). [Traduction littérale: “prit pour femme la dame de
La Ferté et de Gometz.” (B.G. 2007)]
(1) J. DEPOIN, La légende des premiers
Bouchards de Montmorency, p. 10.
(2) J. ROUX et A. SOYEZ, Cartulaire de la cathédrale
d’Amiens (Mém. de la Soc. des Antiquaires de Picardie,
XIV), n° 2. — Histor. de France, Xl, 424.
|
|
|
En effet, dans l’acte de fondation du prieuré de Saint-Vrain qui
est peu antérieur à 1043, Milon, seigneur de Montlhéry,
intervint comme suzerain, en compagnie de ses deux fils, Guy et Hugues,
«assensu senioris nostri Milonis et filiorum ejus
Guidonis atque Hugonis... S. Milonis senioris de Monteletherico, S. Guidonis
et Hugonis». En 1057, Milon et son fils Guy assistèrent
à une donation faite au même prieuré par le fils du fondateur,
S. Milonis, S. Widonis filii ejus (3).
|
(3) J. DEPOIN, Les Vicomtes de Corbeil, p.
45 et 49. [Traduction littérale:
“avec l’accord de notre seigneur Milon et de ses fils Guy et Hugues...
Marque de Milon seigneur de Montlhéry. Marque de Guy et d’Hugues.
(...) Marque de Milon. Marque de Guy son fils.” (B.G. 2007)]
|
Peu après cette date, Guy Ier succéda à son père
dans les seigneuries de Montlhéry et de Châteaufort. En 1063,
avec son fils Guy de Rochefort, il souscrivit les chartes de Philippe
Ier pour Saint-Pierre d’Hasnon (4). Le 29
mai 1067, au milieu des grands feudataires, il assista à la dédicace
de Saint-Martin-des-Champs (5). Avant le 1er
septembre de cette année, à Melun, il souscrivit le diplôme
confirmant la renonciation faite par un certain Guy aux coutumes qu’il
exigeait dans la terre de Saint-Benoît-de-Fleury: le rang qu’il y
occupe après les évêques et avant les grands officiers
indique qu’il y était personnellement intéressé et
qu’il avait donné des conseils de modération à son fils
Guy de Rochefort envers le prieuré de Sonchamp qui se trouvait dans
sa juridiction (6). En 1068, comme seigneur
de Châteaufort en partie, il concéda à l’église
de Saint-Christophe la possession d’un fief litigieux avec la justice et
l’exemption de toute redevance: l’acte fut souscrit par son fils Guy le
Rouge et par son petit-fils Guy (7). La même
année, il [p.46] consentit
à ce qu’Amaury de Châteaufort remplaçât l’église
en bois de Châteaufort par une de pierre; six ans plus tard, il l’autorisera
à la donner à l’abbaye de Bourgueil (1).
|
(4) M. PROU, op. cit., p. 63, n°° 22
et 23.
(5) J. DEPOIN, Recueil de chartes et documents
de Saint-Martin-des-Champs, I, 30.
(6) M. PROU, op. cit., p. 98.
(7) Bibl. nat., ms. latin 17127, p. 90.
(1) Bibl. nat., ms. latin 17127, p. 149.
— LEBEUF, op. cit., III, 299.
|
A Pontoise, en 1069, Guy souscrivit le diplôme octroyé à
Saint Martin de cette ville (2). Le 2 novembre
1071, il se trouvait dans l’entourage du roi lorsque celui-ci confirma
par l’apposition de son sceau la charte du comte Bouchard pour Saint-Spire
de Corbeil (3). Enfin, l’an 1073, sa souscription
figure pour la dernière fois au bas d’un acte royal, destiné
au prieuré de Saint-Germain-en-Laye (4).
Dans une charte
rédigée vers 1061 (5), Geoffroy,
évêque de Paris, expose que Guy, l’un de ses chevaliers
ou vassaux, est venu le trouver et l’a très humblement supplié
de faire don et remise de l’église de Notre-Dame, située
dans le bourg de Longpont, qui est de son domaine, à des moines
appelés par lui, qui y serviraient Dieu selon la règle de
saint Benoît: il y a consenti et a confirmé les dons déjà
faits et tous ceux que, par la suite, lui-même ou ses successeurs
pourraient faire au nouveau monastère.
|
(2) M. Prou, op. cit., n° XLV. — J. DEPOIN,
Cart. de Saint-Martin de Pontoise, n° 5.
(3) M. Prou, op. cit., p. 155. E. COUARD-LUYS,
Cartul. de Saint-Spire, p. 3.
(4) J. DEPOIN, Le prieuré de Saint-Germain-en-Laye,
p. 14.
(5) MARION, Le cartulaire de Longpont,
n°LI et p. 21. — DUBOIS, Hist. eccles. Parisiensis, I, 687 ;
Gallia christ., VII, 553.
|
Par le conseil du prélat, Guy envoya
sa femme vers Hugues, abbé de Cluny, qui jouissait d’une grande
réputation de sainteté, pour lui demander quelques religieux
de sa congrégation dans le but de les établir à Longpont.
Hodierne ramena avec elle la petite colonie, après avoir offert à
l’illustre abbé, en témoignage de gratitude, un calice de
trente onces et une riche chasuble. Aussitôt, Guy les mit en possession
des bâtiments et des biens qui leur étaient destinés,
conformément à la permission octroyée. Il ne restait
plus qu’à leur obtenir l’investiture officielle, qui leur fut également
accordée: ils devaient rester à tout jamais sous l’obédience
de l’abbé de Cluny, leur supérieur, mais l’évêque
diocésain réservait ses droits de visite et de procuration.
Pour assurer la tranquillité des religieux, Guy et Hodierne exemptèrent
leurs hommes et leurs terres de la juridiction de leurs prévôts
et de leurs sergents, en présence de leur fils Guy (6), Un peu plus tard, ils affranchirent leurs prés
du droit de pâturage que tout homme d’armes aurait pu y prétendre
pour ses chevaux (7). [p.47]
|
(6) Cart. de Longpont, n°XLI.
— DUBOIS, Hist. eccles. Parisiensis, I, 688.
(7) Cart. de Longpont, n°XLVII.
|
Satisfait de son œuvre, Guy résolut de quitter le monde et de s’y
retirer. Vers 1075, en y prenant l’habit monastique, il donna au prieur
Etienne son moulin de Groteau, dans la paroisse même de Longpont,
et tout ce qu’il y possédait: sa femme Hodierne et ses fils, Milon
et Guy, déposèrent sur l’autel l’acte de cette donation (1). Vers 1080, il obtint de l’évêque
de Paris pour son prieuré l’église d’Orsay, Guidonis
amicissimi nostri ex laico dudum effecti monachi precibus (2). Une donation du chevalier Henri Payen fut faite
en présence «de Guy, seigneur de Montlhéry, alors
moine» (3). Il mourut dans la retraite
qu’il avait édifiée.
|
(1) Cart. de Longpont, n°XLVIII.
— DUBOIS, op. cit., p. 688.
(2) Cart, de Longpont, n° CCLVII.
— DUBOIS, op. cit., I, 691. [Traduction littérale: “par les prières de
notre grand ami Guy qui était alors passé de l’état
de laïque à celui de moine.” (B.G.
2007)]
(3) Cart. de Longpont, n° CLXXI.
|
|
Suivant le pieux usage des temps anciens, il fut inhumé dans l’aile
droite de la nef. On y voyait encore sa tombe au temps de l’abbé
Lebeuf: «C’était, dit-il, un monument isolé et haut
de deux pieds. Il est maintenant au niveau des carreaux de terre dont l’église
est carrelée (4).» Quant à
Hodierne, humblement enterrée d’abord, et sur sa demande sans doute,
dans le cimetière qui entourait l’église, et sous le seuil
même de la grande porte, elle fut en 1641, lors de la restauration
du choeur, transférée dans l’intérieur de l’édifice.
Les restes furent solennellement déposés au pied du maître-autel,
sous une dalle portant l’inscription suivante: IN. MEMORIA. ÆTERNA.
ERIT. AUDIERNÆ. INCLYTÆ. COMITISSÆ. HERICI. MONTIS.
SACRARVM. HARVM. ÆDIUM. FVNDATRICIS. OSSA. SVB. DIO. [sic] JACENTIA. AB. ANNO. MILLESIMO. PIO. MICHAEL.
LE. MASLE. DOMINI. DES. ROCHES. HUJVSCE. DOMVS. PRIORIS. STVDIO. HVC. TRANSLATA.
FVERE. ANNO. M°. DC°. XL°. I°, DIE. VLTIMO. MENSIS. Sa
mort était marquée au 7 avril sur l’obituaire (5). |
(4) LEBEUF, op. cit., IV, 93.
(5) LEBEUF, op. cit., IV, 92. — MARION,
op. cit. p. 23. [Traduction littérale
de ec texte dont manque au moins un mot: “Cela sera à la mémore
éternelle d’Hodierne, glorieuse comtesse de Montlhéry,
fondatrice de cet établissement religieux. Ses ossements, qui gisaient
sous ?? depuis l’an mil, par le zèle pieux de Michel Le Masle seigneur
des Roches, prieur de cet établissement, ont été
transférés ici l’an 1641, le dernier jour du mois de ?.” (B.G. 2007)]
|
De son mariage avec Hodierne, dame de La Ferté, Guy de Montlhéry
laissa sept enfants: 1° Milon II qui suit; 2° Guy II dit le Rouge,
châtelain de La Ferté, qui fera l’objet du chapitre suivant;
3° Milesende, mariée à Hugues, comte de Réthel,
dont elle eut notamment Baudouin II du Bourg, roi de Jérusalem,
et Gervais, archevêque de Reims; 4° Chèrevoisine, femme
de Ponce, châtelain de Pont-sur-Seine, et mère de Philippe,
évêque de Troyes; 5° Êlisabeth, qui épousa
Joscelin de Courtenay; 6° Adélaïde, dame de Villepreux,
mariée à Hugues Ier dit Blavons, châtelain du Puiset
et vidame de Chartres, mort en 1094: elle donna ses biens de Champlant au
prieuré de Longpont, ce qui fut confirmé par son fils Galeran,
dans une charte datée de Villepreux; 7° enfin, [p.48] une cinquième fille, qui épousa
Gantier II, seigneur de Saint Valéry (1).
|
(1) A. MOUTIÉ, Chevreuse, II,
23.
|
Milon II, seigneur de Montlhéry, de Chevreuse, de Bray-sur Seine,
etc., confirma au prieuré de Longpont, en 1096, avant de partir
pour la croisade, la terre de Ver que lui avait donnée sa sœur Chèrevoisine;
sa femme Litliuise et son fils Guy y donnèrent leur assentiment.
Il lui confirma aussi le moulin de Groteau, aumôné par son
père (2). A l’abbaye de Bourgueil, il
reconnut les églises de Chevreuse qu’elle avait reçues de
son père (3). Il revint en France et
en repartit de nouveau pour la Palestine en 1101, mais il fut fait prisonnier
au combat de Rama livré aux infidèles par Baudouin, roi de
Jérusalem, le 27 mai 1102. Conduit à Ascalon avec un grand nombre
d’autres chevaliers, il mourut en captivité. De son mariage avec Lithuise,
vicomtesse de Troyes, il laissait notamment: 1° Guy Trousseau; 2°
Milon II de Bray, dit le jeune, vicomte de Troyes, dont la fin tragique sera
rapportée plus loin; 3° Renaud, évêque de Troyes en
1121-1122 (4).
|
(2) Cart. de Longpont, n°CXCVI,
CCI, CCII, CCVIII; XLIII, XLIV, XLV, XLVII, XLVIII.
(3) Bibl. nat., ms. latin 17127, p. 147.
(4) A. MOUTIÉ, Chevreuse, II, 31.
|
Guy Trousseau succéda en 1102 à son père dans les
seigneuries de Montlhéry, de Chevreuse et de Châteaufort.
En 1096, au moment de partir pour la croisade, il avait remis au chapitre
de Notre-Dame de Paris un droit de voirie dont il jouissait sur ses terres
d’Itteville et un bois situé au Bouchet (5):
il avait donné au prieuré de Longpont la terre et le village
de Ver, en réservant, durant la vie de son père et la sien
les droits de charroi et de curage des fossés (6). Vers 1103, avec l’assentiment de sa femme Mabille,
il renonça à ces droits; en sa compagnie, il en déposa
la donation sur l’autel devant le prieur Henri (7).
En 1104, il conclut le mariage de sa fille Élisabeth avec Philippe
de Mantes, fils de Philippe Ier et de Bertrade de Montfort, lequel n’avait
pas encore douze ans; il lui assigna Montlhéry en dot. Avant que ne
fût expirée la première année de son mariage, le
jeune prince vint visiter l’église de Longpont et lui confirma tous
ses biens et privilèges, notamment la terre de Ver: au cours de l’acte
commencé à Montlhéry et terminé à Longpont,
la présence de Mabille, sa belle-mère, est signalée
par deux fois (8). Guy Trousseau ne paraît
plus après [p.49] 1108:
par une charte sans date, ignorée de ses historiens, au cours de
la maladie qui l’emporta, il légua au chapitre de Notre-Dame de Paris
la mouvance des vignes de Bagneux qui lui avaient été données
par Hildegarde, veuve de Payen de Bièvre; après les obsèques,
Mabille, que le scribe appelle Amabilis*,
fit la remise du legs, à charge d’un anniversaire pour son mari,
que l’on trouve inscrit sur l’obituaire au 16 mars (1). Au chapitre suivant, la prétendue donation
des églises de La Ferté, qui lui a été attribuée
par un texte suspect, sera examinée.
|
(5) GUÉRARD, Cart. de Notre-Dame
de Paris, IV, 30.
(6) Cart. de Longpont, n°CXCIX, CCII,
CCVIII.
(7) Cart. de Longpont, n°CC.
(8) Cart. de Longpont, n° CXCVII.
— A. LUCHAIRE, Annales de la vie de Louis VI, n°32.
(1) Arch.
nat., LL 78, p. 123, n° 48. — MOLINIER, Obituaires, I, 110.
[* Amabilis, “Aimable” est une
retroversion latine erronée de cet anthroponyme en réalité
d’origine germanique. (B.G., 2007)]
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4. — GUY II DIT LE ROUGE († 1108)
Guy Il, dit le Rouge à cause de
la couleur de ses cheveux, second fils de Guy Ier de Montlhéry
et d’Hodierne de La Ferté, devint comte de Rochefort par son mariage
avec Adélaïde, héritière de cette terre. Il
en portait le nom dès 1063, lorsqu’il souscrivit, à côté
de son père, les deux chartes royales octroyées à Saint-Pierre
de Hasnon (2). Il molesta les religieux de
Saint-Benoît-sur-Loire qui possédaient le prieuré de
Sonchamp dans le voisinage de Rochefort: sur les remontrances de son père,
il renonça aux coutumes qu’il prélevait injustement sur leurs
terres, ce qui fut sanctionné par un diplôme de Philippe 1er
en 1067 (3). Il assigna à la léproserie
du Grand-Beaulieu, près de Chartres, cinq soudées de fer
à prendre annuellement sur sa ville forte de Rochefort (4).
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(2)
M. PROU, op. cit., p. 63, n°°22 et 23.
(3) M. PROU,
op. cit., p. 98; Chartes de Saint-Benoît-sur-Loire,
I, n°77.
(4) R. MERLET
et M. JUSSELIN, Cart. de la léproserie du Grand-Beaulieu,
p. 68.
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Au moment de la retraite de son père à Longpont, Guy le
Rouge reçut Gournay et le tiers de Châteaufort: suivant la
coutume assignant les biens maternels aux cadets, il eut La Ferté-Baudouin
et Gometz-le-Châtel; un peu plus tard, il hérita des droits
de sa tante Adélaïde de La Ferté et réunit ainsi
entre ses mains la totalité de la châtellenie. Vers 1079,
devant Jean de Grandpont, doyen de Notre-Dame de Paris, Guy, seigneur de
La Ferté, et Adélaïde, son épouse, dominus
Guido de Firmitate et uxor ejus Adeleisda, donnèrent au chapitre
toutes les coutumes justes et injustes qu’ils percevaient dans la terre
d’Itteville, au Bouchet et à Saint-Aubin, avec les droits de garenne
et de voirie, ainsi que les vignes du Bouchet (5): parmi
les nombreux témoins des deux contractants qui souscrivirent l’acte,
on relève Bernoal Potin et son fils Baudouin, qui [p.50] donneront l’église de Cerny
aux moines de Morigny (1), Robert Galeran,
père de Thierry, qui construira l’église de La Ferté,
Anseau de Bruyères, Roscelin de Mœurs, le prévôt Landry,
le voyer Guérin, etc...
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(5) GUÉRARD, op. cit., I, 324. [Traduction littérale: “monseigneur Guy de la Ferté
et son épouse Alais.” (B.G. 2007)]
(1)
L. MIROT, Chronique de Morigny, p. 4. — Peut-être
faut-il l’identifier avec le très noble Bernoal qui donna à
la même abbaye l’église de Guigneville; sa femme, Mahaud,
un encensoir et un calice d’argent doré; un de leurs fils, Lisiard,
le grand vitrail du chevet de l’église (ib., p. 3).
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Dans Étampes et ses monuments
aux XIe et XIIe siècles, M. Eugène Lefèvre affirme
que l’établissement des religieux de Saint-Germer de Fly, dans le
voisinage d’Étampes, était un fait accompli en 1082: à
cette date, selon une confirmation de privilèges accordée
par Philippe Ier à Notre-Dame d’Étampes, les moines de Saint-Germer
sollicitèrent «d’être substitués ou adjoints aux
chanoines dans le service canonial de ladite église». On sait
que le monastère, fondé d’abord à Étréchy,
fut transféré vers 1094 à Morigny (2): parmi
ses premiers bienfaiteurs, il faut placer Guy de La Ferté et Adélaïde,
qui lui donnèrent les églises de La Ferté Baudouin
avec la dîme des moulins et du four banal, ainsi que de leurs terres
labourables dans toute la châtellenie. Sans doute la chronique de Morigny
attribue cette donation à Guy Trousseau, avec l’assentiment de sa
femme Adélaïde, de Milon de Montlhéry et de la vicomtesse
Lithuise (3). Mais, comme le remarque M. Léon
Mirot, dans la préface de la publication de cette chronique, le premier
livre, écrit entre le 4 août 1106 et le 30 juillet 1108 par
le moine Thiou, qui était préchantre de l’abbaye et bibliothécaire,
ne nous est point parvenu dans son texte primitif: on n’en possède
«qu’un résumé fait à la fin du XIIe siècle
par un abréviateur peu intelligent, qui a maintenu des allusions
relatives aux passages négligés par lui et qui a conservé
intégralement et sans les relier au reste de son récit
certains morceaux du texte primitif. (4)»
On ne saurait oublier que le domaine utile de La Ferté était
partagé en deux fiefs: le Prieuré et le Péage,
division qui s’est maintenue jusqu’à la Révolution (5): «Au prieuré appartenait la seigneurie
immédiate de la moitié de la ville et du territoire.»
Un maire y rendait la justice au nom des religieux, ainsi qu’il fut reconnu
par l’enquête de 1543 (6). Seul, un châtelain
de La Ferté a pu disposer [p.51] poser
d’une part aussi importante de ses droits»: or Guy le Rouge et son
fils Hugues ont possédé la châtellenie dès 1079
jusqu’en 1108, où Louis VI leur succéda. D’autre part, on
ne connaît à Guy Trousseau d’autre femme que Mabille, Mabilia,
suivant le cartulaire de Longpont, ou Amabilis, d’après
le livre noir de Notre-Dame de Paris. Il me paraît donc légitime
de conclure que l’abréviateur de Morigny a confondu Guy Trousseau
avec Guy le Rouge, d’autant plus que ce dernier est également surnommé
Trousseau par l’auteur des Grandes Chroniques de
France, lorsqu’il raconte «comment Guiz Troussiaus et Hues
de Créci, ses fiuz, pridrent le conte de Corbuel, son frère,
por ce que il ne lor voloit aidier de la guerre contre le roi» (1). Guy le Rouge et Adélaïde de Rochefort
sont les seuls auxquels on puisse raisonnablement attribuer la fondation
du prieuré de La Ferlé en faveur des moines d’Étréchy.
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(2) E. MENAULT, Morigny, son abbaye, sa chronique
et son cartulaire, p. 4. — D. FLEUREAU, op. cit., p. 473.
(3) L. MIROT,
La chronique de Morigny, p. 3.
(4) L. MIROT,
Chron. de Morigny, pag, p. 14.
(5) Almanach
de Sens pour 1790, p. 26.
(6) Arch.
nat., R4 943, p. 17, 40, 50. — L’enquête essaya de déterminer
les limites de cette justice: son existence parut certaine, mais son étendue
ne put être fixée, en raison des réponses vagues des
témoins appelés un seul déposa que 42 habitants relevaient
du prieuré, sur 180 feux.
(1)
J. VIARD, Les grandes chroniques de France, V, 148.
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Suger n’aimait guère Guy le Rouge
et, lorsqu’il entreprend d’exposer ses démêlés avec
le roi Louis VI, il le désigne avec une antipathie non déguisée:
un certain de La Ferté-Baudouin, quidam de Firmitate
Balduini (2).Pourquoi feindre d’ignorer
le premier officier de la couronne? Guy le Rouge fut cependant un des
hommes les plus éminents de son époque, tant à cause
de sa puissance et de sa valeur que par le grand crédit dont il
jouit auprès des rois de France et les services signalés
qu’il rendit à la monarchie encore mal affermie des premiers Capétiens.
En 1091, à l’instar de son aïeul maternel, il devint sénéchal
de France, comme le prouve une charte du roi Philippe Ier, munie du
Signum Widonis dapiferi de Rupeforti (3). Il fut chargé par le roi de négocier
avec l’évêque de Chartres et d’obtenir de lui, par promesses
ou menaces, une lettre au pape, favorable à son union avec Bertrade
de Montfort: on a conservé deux lettres de 1093 et 1095 dans lesquelles
ce prélat répondit par un refus catégorique à
ses instances (4). Il échoua devant sa
fermeté et, le 18 novembre 1095, Philippe Ier fut excommunié
au concile de Clermont.
|
(2) SUGER,
Gesta Ludovici Grossi, éd. Lecoy de la Marche,
p. 50.
(3) M. PROU, Actes de Philippe Ier,
n° 127. [Traduction littérale:
“Marque de Guy sénéchal de Rochefort” (B.G. 2007)]
(4) Histor. de France, XV, 78 et 85;
X 702. — L’une accuse réception d’un message transmis par son neveu,
Ébrard du Puiset.
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Guy le Rouge doit encore être reconnu dans le sénéchal
Guy, qui souscrivit un diplôme en 1092, un en 1094 et un autre à
la fin de l’année 1095 (5). L’année
suivante, il se démit de ses fonctions pour prendre part à
la croisade. Dans les premiers jours de juin 1101, on constate sa présence
à Nicomédie. Le 5 août suivant, il faisait partie
d’une troupe de croisés qui livra bataille aux Turcs [p.52] près d’Amasia. Les survivants
de ce combat, et, parmi eux, Guy de Rochefort, gagnèrent Constantinople.
Après quoi, on ne sait si Guy retourna en Palestine ou rentra
en France (1). Comme le dit Suger, il revint
couvert d’honneur et de gloire (2).
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(5) Gallia Christ., II, col. 110. — M. PROU,
op. cit., n°° 128, 132, 135.
(1)
Rec. des histor. occidentaux des Croisades, IV,
563. — HAGENMAYER, Chron. de l’hist. du royaume de Jérusalem (Revue
de l’Orient latin, X, 450-456).
(2) SUGER,
op. cit., p. 25.
|
La chronique de Morigny raconte tout au long les circonstances d’un plaid
tenu à Rochefort dès son arrivée: son vassal, le
chevalier Bonard, n’avait pas voulu délivrer aux religieux la terre
de Gommerville, léguée par son beau-frère Garsadoine,
et s’était rendu coupable de nombreuses violences: il dut faire
amende honorable et renoncer à ses prétentions (3). Les moines de Longpont traduisirent également
devant son tribunal Simon, fils de Gaucher, qui leur contestait l’usage dans
les bois et la rivière d’Orsay: ils furent maintenus en saisine
de leurs droits (4).
|
(3) L. MIROT, Chronique de Morigny,
p. 41.
(4) Cart. de Longpont, n° CCLVIII.
|
A son retour de Terre-Sainte, vers 1104, Guy le Rouge fut rétabli
dans l’office de sénéchal qu’il avait exercé une première
fois, dit Suger (5). Pour se conserver à
tout prix son amitié et son appui, Philippe Ier imagina de fiancer
le prince Louis avec la fille du sénéchal, Lucienne, non
encore nubile (6). Cette puissance, qui confisquait
à son profit l’autorité royale, suscita l’ombrage et la
jalousie des frères de Garlande, chez lesquels l’ambition, la cupidité
et l’esprit militaire se trouvaient à un aussi haut degré
que chez leur rival. L’orage n’allait pas tarder à éclater.
|
(5) SUGER,
op. cit., p. 25.
(6) SUGER,
p. 26. A. LUCHAIRE, Annales de la vie de Louis VI, n° 32.
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Sur ces entrefaites, le château de Montlhéry était
passé sous la garde du roi par le mariage de la fille de Guy Trousseau.
Son frère, Milon II de Bray, qui avait des prétentions sur
ce château, voulut s’en emparer avec l’aide des Garlande alors disgraciés.
Ayant noué des intelligences avec les habitants de Montlhéry,
il entra dans la ville, accompagné de Lithuise, sa mère, et
décida les habitants à assiéger le donjon occupé
par les troupes royales. Guy le Rouge négocia avec les Garlande
et les détacha de Milon en leur promettant leur rentrée en
grâce à la cour: Milon désespéré s’enfuit.
Louis, arrivé à Montlhéry, ratifia la paix conclue
par son sénéchal avec les Garlande, mais, pour éviter
le retour de semblables tentatives, démantela la ville en ne laissant
subsister que la tour (1105) (7).
|
(7) SUGER, p. 27. — A. LUCHAIRE, Annales
de la vie de Louis VI, n° 34.
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En 1106, à Senlis, Guy le Rouge assista au jugement du procès
entre les chanoines de Saint-Corneille de Compiègne et Nivelon
II, [p.53] seigneur de Pierrefonds
(1). Au milieu de l’année, il résigna
ses fonctions en faveur de son fils, Hugues de Crécy. A Melun,
après le 29 août, il souscrivit le diplôme confirmant
les privilèges de Saint- Benoît-sur-Loire (2). En mars 1107, il fut envoyé à
La Charité-sur-Loire pour recevoir le pape Pascal II, qui était
entré en France, et l’assurer du dévouement de ses souverains
(3). Le 23 mai, au concile de Troyes, par les
menées des Garlande, le pape prononça, sous prétexte
de consanguinité, la dissolution du mariage entre l’héritier
de la couronne et Lucienne de Rochefort (4).
Guy le Rouge en fut si touché qu’il se retira de la cour et se
jeta dans l’opposition avec son fils Hugues. Il ne survécut pas
longtemps à sa disgrâce:
il mourut avant le mois d’août 1108 et fut enterré
au prieuré de Gournay: son obit était célébré
le 9 mars à Longpont (5).
|
(1) Arch. nat., LL 1622, f°45. — Bibl.
nat., coll. Moreau, XLII, 246. — A. LUCHAIRE, op. cit., n°39.
(2) M. PROU, Chartes de Saint-Benoît,
I, 254. — A. LUCHAIRE, op. cit., n° 42.
(3) Histor. de France, XII, 777 ; XIV,
120. — A. LUCHAIRE, op. cit., n° 46.
(4) Histor. de France, XII, 281. —
SUGER, p. 32. A. LUCHAIRE, op. cit., n°50.
(5) A. MOLINIER, Obituaires, I, 525.
|
Guy le Rouge avait confié le service de sa chapelle de Gournay
à Saint-Martin-des-Champs, peut-être en 1079 à l’occasion
de sa réunion à Cluny, tandis que la famille de Garlande donnait
aux mêmes religieux la seigneurie de Noisiel. Par un diplôme
de 1122, Louis VI rappelle que l’église de Notre-Dame et de Saint-Jean
de Gournay, située sur la Marne, près du château de
Gournay, a été fondée par Guy le Rouge et sa femme
Adélaïde, puis donnée par eux aux moines de Saint-Martin-des-Champs;
il confirme d’abord les possessions octroyées au prieuré par
les fondateurs, savoir la chapelle de Gournay, la terre de Liaubon, un moulin
à Gournay, l’église de Roissy et le tiers du village (6). Vient ensuite l’énumération des
biens donnés par les Garlande.
|
(6) TARDIF, op. cit., n° 383.
|
Avec l’assentiment de la comtesse Adélaïde, sa femme, Guy
donna à l’abbaye de Marmoutier une église dédiée
à saint Martin et dépendant de sa nouvelle châtellenie
de Brétencourt. Il restitua à cette église tout ce
qui pouvait lui appartenir et qu’il avait jusqu’à ce moment retenu
dans son domaine et même ce qu’il en avait déjà distribué
à ses chevaliers. Il lui donna, en outre, la dîme du marché
de Brétencourt et confirma à l’avance tout ce que ses vassaux
pourraient lui aumôner par la suite (7).
|
(7)
Bibl. nat., ms. Lat. 5441.2, p. 117.
|
Dans l’obituaire de Longpont, on lit que, vers 1079, au début de
son administration, le prieur Henri décida en chapitre et régla [p.54] comment il convenait de célébrer
l’anniversaire des principaux bienfaiteurs de son église; en sa
qualité de contemporain, il ne pouvait se méprendre sur leur
identité. Au 24 juillet, il écrivit sur l’obituaire:
«Obierunt Guido, institutor hujus loci, Guido vicecomes,
Adalaidis, comitissa, uxor, Wido filius ejus (1)», c’est-à-dire Guy Ier
fondateur de Longpont, Guy II dit le Rouge et sa femme la comtesse Adélaïde,
et leur fils Guy III. Évidemment, le prieur ne met pas d’autres
noms sur l’obituaire, parce que, au moment de la rédaction de cette
phrase, Guy le Rouge n’était pas encore remarié et n’avait
d’autre fils que Guy III. Sous le 12 octobre, un obituaire de Notre-Dame
de Paris, rédigé vers 1090, indique la mort d’Adélaïde,
comtesse de Rochefort, qui a donné une tapisserie et la maison
de l’archidiacre Dreux, sise devant l’église Notre-Dame, «Obiit
Adelaidis comitissa de Rupeforti, qui dedit nobis quoddam dorsale necnon
et domum Droconis archidiaconi que est ante ecclesiam Beate Marie (2)». Adélaïde était
comtesse de Rochefort et c’est par son alliance avec elle que Guy le
Rouge a pu, en 1063, se signer Guy de Rochefort.
|
(1) A. MOLINIER, Obituaires de la province
dc Sens, I, 529. [Traduction
littérale: “Sont morts Guy, fondateur de cet établissement,
le vicomte Guy, la comtesse Alais son épouse, Guy son fils.” (B.G. 2007)]
(2) GUÉRARD, Cart. de Notre-Dame
de Paris, IV, 167. — A. MOLINIER, op. cit., I, 188. — A Longpont,
l’obit de la comtesse Adélaïde était célébré
le 24 septembre (ib., I, 527). [Traduction littérale: “Est morte Alais comtesse
de Rochefort, qui nous a donné une certaine tapisserie ainsi que la
maison de l’archidiacre Dron qui se trouve devant l’église NOtre-Dame.” (B.G. 2007)]
|
|
Suivant un passage de Suger fort obscur (3),
Guy le Rouge aurait répudié Adélaïde et lui aurait
gardé ses biens que l’on a supposés être La Ferté:
cette erreur provient d’un contre-sens que signalent les annotateurs
des Historiens des Gaules et A. Molinier dans sa Vie
de Suger (4). Un chroniqueur du moyen
âge l’avait déjà commis: il s’agit de Rochefort et
non de La Ferté, que Guy tenait de sa mère. |
(3) SUGER, op. cit., p. 50.
(4) Histor. de France, XII, 26. — SUGER,
Vita Ludovici Grossi, éd. Molinier, p. 42.
|
De son union avec Adélaïde de Rochefort, Guy le Rouge avait
eu deux enfants: Guy III et Agnès, auxquels, suivant la coutume
féodale, échut l’héritage de leur mère. Guy
III devint comte de Rochefort en 1108 à ce titre, il confirma la
terre de Soligny au prieuré de Longpont (5).
En 1112, il suivit Thibaud IV, comte de Blois, dans la guerre qui finit par
la destruction du Puiset: on croit qu’il y trouva la mort (6). Comme il ne laissait point de postérité,
sa sœur lui succéda dans le comté de Rochefort; elle épousa
Anseau de Garlande, sénéchal de France de 1107 à 1118,
où il fut tué au siège du Puiset. Ils n’eurent qu’une
fille, Agnès, comtesse [p.55] de
Rochefort, dame de Gournay et de Gometz, mariée en 1120 avec Amaury
III de Montfort, et, en 1137, avec Robert de France, comte de Dreux.
|
(5) Cartul. de Longpont, n°CCLVI,
CCLXXII.
(6) A. MOUTIÉ. Chevreuse, II,
78. — J. DEPOIN, Chartes de Saint-Martin des-Champs, I, 205.
|
|
En secondes noces, Guy le Rouge épousa Élisabeth de Montdidier,
comtesse de Crécy, veuve de Bouchard II, comte de Corbeil, tué
dans un combat qu’il livra à Étienne, comte de Meaux, fin
de 1077 ou début de 1078 au plus tard (1).
Elle avait deux enfants en bas âge: 1° Eudes, qui hérita
du comté de Corbeil et fut comte de Crécy-en-Brie, à
la mort de sa mère (2); 2° Adélaïde,
femme d’Ebrard III, vicomte de Chartres et seigneur du Puiset (23 décembre
1094), tué sous les murs d’Antioche le 21 août 1097 (3). |
(1) G. ESTOURNET, Bouchard II, comte de Corbeil,
1070-1077 (Ann. de la Soc. arch. du Gâtinais, 1911, p. 23).
(2) LA BARRE, op. cit., p. 106. — LEBEUF,
op. cit., IV, 275.
(3) A. DE DION, Le Puiset..., p. 19.
|
En 1080, retirée dans ses terres de Brie, la noble veuve amortit
les biens donnés par ses vassaux pour la dotation du prieuré
naissant de Mortcerf, membre de Saint-Martin de Pontoise; elle lui obtint
des droits de voirie de son fils, Eudes, comte de Corbeil, deprecante
matre sua cometissa de Creceio (4). Peu
après cette fondation, eut lieu son mariage avec le châtelain
de La Ferté.
|
(4) DU PLESSIS, Hist. de l’église
de Meaux, II, 107. — J. DEPOIN, Cartul. de Saint-Martin de Pontoise,
9, 12, 24. [Traduction littérale:
“à la prière de sa mère la comtesse de Crecy” (B.G. 2007)]
|
Dans un cartulaire de Saint-Martin-des-Champs, on trouve une notice suivant
laquelle Guy le Rouge amortit les possessions de ce prieuré à
Clamart; en échange, le prieur Ours lui présenta deux palefrois
et donna à sa femme Élisabeth quarante sous (5). Cette charte ne peut être datée
d’une façon certaine que par les années du prieur, de 1079
à 1106; une bulle de 1096 ayant confirmé à Saint-Martin
l’église et le village de Clamart et, d’autre part, le second mariage
d’Élisabeth ayant été célébré vers
1082, on peut restreindre son exécution entre 1082 et 1096.
|
(5) J. DEPOIN, Liber testamentorum Sancti-Martini
de Campis, p. 30. — Chartes de Saint-Martin-des-Champs, I,
n° 29.
|
De cette nouvelle union (6), Guy le Rouge
eut: 1° Hugues de Crécy, qui suit; 2° Biote, mariée
à Foulques, vicomte de Gâtinais dès 1076, mort après
1118; 3° Lucienne, née en 1094, fiancée à l’âge
de dix ans au roi Louis VI; elle épousa dans la suite Guichard de
Beaujeu; vers 1140, elle donna au prieuré de Longpont ses terres d’Egly
et de Boissy, avec l’assentiment de son frère Hugues, de sa sœur
Béatrix et de son mari, Manassès de Tournan; 4° Béatrix, [p.56] dame de Crécy en 1118, épousa,
vers 1120, Manassès de Tournan, dont elle eut trois fils Guy,
Hugues et Jean; vers 1124, ils fondèrent le prieuré de
Saint-Ouen de Favières; elle épousa en secondes noces Dreux
de Pierrefonds, avec lequel, en 1144, elle donna à l’église
Saint-Martin du Vieux-Crécy sa part de dîmes dans le péage
de Crécy qui lui appartenait par hérédité;
de cette union, vinrent quatre enfants: Dreux, seigneur de Pierrefonds;
Ade, dame de Crécy, mariée à Gaucher de Châtillon;
Marguerite, femme de Pierre de Vic-sur-Aisne, et Agathe, mentionnée
dans les chartes d’Yerres et de Longpont (1).
|
(6) A. MOUTIÉ, Chevreuse, II,
72. — P. ANSELME, III, 666. — DUCHESNE, Hist. de Chastillon, p.
33. — LEBEUF, IV, 609.— DE MOUSTIER, Guy et Hugues de Crécy (Bull.
Soc. Arch. de S.-et-M., VI), p. 17.
(1) G. ESTOURNET,
Bouchard II, p. 29-32.
|
|
|
5. — HUGUES DE CRÉCY († 1147)
Hugues, seigneur de Crécy-en-Brie,
de La Ferté-Baudouin, de Châteaufort, de Gournay-sur-Marne,
de Gometz-le-Châtel, etc., n’avait guère dépassé
sa vingtième année lorsqu’en 1106, sur la résignation
de son père, il fut nommé sénéchal de France
(2). Suger le peint comme un jeune homme
doué des plus éminentes qualités, d’une extrême
bravoure, mais aussi porté à la rapine que redoutable incendiaire
et l’un des plus audacieux perturbateurs du repos du royaume (3).
|
(2)
D. FLEUREAU, op. cit., 477. — MENAULT, Cartul. de Morigny,
n° 6. —
A. LUCHAIRE, Louis VI, n° 37. — M. PROU, op. cit.,
n°° 154, 156.
(3) SUGER,
Vie de Louis VI, édit. Molinier, p. 41.
|
En qualité de sénéchal, il souscrivit encore un
diplôme royal accordé dans les premiers jours de mai 1107
à l’abbaye de Saint Maur-les-Fossés (4). On a vu comment, à la suite du concile
de Troyes (23 mai), il fut enveloppé dans la disgrâce de
son père et perdit son office.
|
(4) D. FLEUREAU, op. cit, 501. — TARDIF, op.
cit., n° 330. — A. LUCHAIRE, Louis VI, n° 49. — M.
PROU, op. cit., n°° 154, 156, 161.
|
Sur ces entrefaites, des marchands se plaignirent d’avoir été
détroussés sur une route royale par le châtelain de
Gournay. Irrité de ce mépris de son autorité, le
prince Louis vint mettre le siège devant Gournay, que défendait
Hugues de Crécy. Pour le dégager, Guy le Rouge contracta une
alliance avec Thibaud, comte de Blois et de Chartres, et vint avec une
armée secourir son fils. Énergiquement secondé par
les Garlande qui convoitaient Gournay, Louis sortit victorieux du combat
livré sur les bords d’un ruisseau, poursuivit les fuyards jusqu’aux
abords de Lagny, prit Gournay et le donna à Anseau de Garlande, le
nouveau sénéchal; il [p.57]
fut moins heureux dans sa tentative sur Chevreuse,
Montlhéry et Brétencourt (1).
|
(1) SUGER, p. 41-44. — A. LUCHAIRE, Louis VI,
n° 51. — ORDERIC VITAL,
Historia ecclesiastica, éd. Leprévost
et Delisle, IV, 289.
|
Exaspéré par sa disgrâce et la perte de Gournay, Hugues
s’unit aux ennemis irréconciliables de la royauté. Vivement
irrité de n’avoir pu attirer dans le parti des rebelles son frère
utérin, Eudes, comte de Corbeil, et surtout de ce qu’il ne lui
eut porté aucun secours pendant le siège du château
de Gournay, Hugues lui dressa une embuscade et s’empara de lui pendant
une partie de chasse qu’il lui avait proposée, puis le retint prisonnier
dans une des tours de son château de La Ferté-Baudouin: ce
choix indiquerait qu’il y résidait habituellement et qu’il le considérait
comme le mieux fortifié et le plus à l’abri d’un coup de
main. Indignés de cette trahison, les vassaux du comte et les bourgeois
de Corbeil vinrent trouver Louis le Gros et le supplièrent de les
aider à délivrer leur seigneur. Le roi, se laissant toucher
par leurs prières, envoya d’abord Anseau de Garlande avec quelques
chevaliers que lui-même promit de suivre bientôt à
la tête de son armée. Le sénéchal, qui avait
ses affidés dans la place, pénétra pendant la nuit
avec quarante chevaliers dans le premier retranchement; mais, n’ayant
pu forcer la seconde porte avant l’arrivée de la garnison, cernés
dans un espace étroit, l’obscurité et la difficulté
du lieu rendant leur valeur inutile, ils durent fuir. Anseau, qui combattit
le dernier, fut blessé; ne pouvant regagner à temps la barrière
extérieure, il fut pris et amené dans la tour, non comme maître.
mais comme captif et enfermé avec le prisonnier qu’il venait délivrer.
Louis le Gros, arrivé enfin à la tête de ses troupes,
mit le siège devant le château de La Ferté dans lequel
Hugues de Crécy, usant de tous les stratagèmes, fit d’inutiles
efforts pour rentrer, tantôt sous les habits d’un jongleur, tantôt
sous la robe et les oripeaux d’une fille de joie. Forcé enfin de
céder au nombre et à la valeur de l’armée royale, il
prit la fuite à travers les campagnes, n’échappant à
la poursuite obstinée de Guillaume de Garlande, frère du sénéchal
prisonnier, qu’en se faisant passer pour ce même Garlande (2). Dans la chronique de Saint-Pierre-le-Vif, Clarius
attribue le siège de La Ferté-Baudouin à l’année
1108 (qui, pour lui, se termine au 24 mars 1109) et affirme qu’il eut lieu
en plein hiver, «in ipsa hyeme... per nives et grandines»
(3).
|
(2)
SUGER, p. 52-54. — A. Luchaire, Louis VI, n° 61.
(3) Histor.
de France, XII, 281. [Traduction littérale:
“en plein hiver... sous la neige et la grèle” (B.G. 2007)]
|
A la fin de l’année 1109, Bertrade de Montfort et son frère
Amaury HI gagnèrent facilement Hugues de Crécy au parti
des [p.58] mécontents,
en lui faisant épouser Lucienne de Montfort; ils lui demandèrent
d’assurer la défense de Montlhéry donné au jeune Philippe
de Mantes. Le roi prévint Hugues de Crécy, arriva à
Châtres, ville de la châtellenie de Montlhéry, gagna
les habitants et prit la place. Puis il assiégea Montlhéry
et en donna la seigneurie à Milon de Bray, qui la réclamait
en vertu de son droit d’hérédité. Hugues de Crécy
fut contraint de se retirer (1).
|
(1) SUGER, 68, 70. — A. LUCHAIRE, Louis VI,
187.
|
Une réconciliation temporaire parut se dessiner en 1111, avant
le 12 mars, à Étampes, Hugues de Crécy parut dans l’entourage
royal; il souscrivit le diplôme conférant à l’abbaye
de Saint- Jean-en-Vallée un droit de brenage à Mantarville
(2).
|
(2) A. LUCHAIRE, Louis VI, n° 107.
LÉPINOIS et MERLET, Cart. de Notre-Dame de Chartres, I,
117.
|
Au commencement de 1112 mourut Eudes, comte de Corbeil, qui laissait pour
héritier son neveu, Hugues du Puiset, alors emprisonné à
Château-Landon. Après avoir inutilement essayé de
s’emparer de Corbeil, Louis VI se décida à négocier
avec son prisonnier qui fut amené à Moissy: pour recouvrer
sa liberté, il renonça par serment au château de Corbeil
et promit de ne point fortifier le Puiset, sans le consentement du roi (3).
|
(3)
A. LUCHAIRE, Louis VI, n°°114 et 128.
|
Au printemps suivant, Thibaud IV, comte de Blois, reprit la guerre contre
Louis VI et réussit à tourner contre lui Hugues de Crécy,
Guy II de Rochefort, Milon de Bray et même Hugues du Puiset. Le
roi se préparait à un voyage en Flandre lorsqu’il apprit
cette défection ; aussitôt, il marcha sur Toury, mais il fut
défait par l’armée des coalisés et obligé de
se replier. Bientôt après, avec de nouvelles forces, il reprit
l’offensive et enferma Hugues dans le Puiset, qui finit par succomber Hugues
fut déchu de ses droits héréditaires et son château
détruit pour la deuxième fois (4).
|
(4)
A. LUCHAIRE, Louis VI, n° 134. — A. DE DION, Le Puiset,
p. 23-30.
|
Depuis longtemps, Hugues de Crécy cherchait à tirer vengeance
de Milon de Bray, qui l’avait supplanté dans la possession de Montlhéry.
Il le surprit traîtreusement à Châteaufort, s’empara
de lui et le traîna à sa suite, de château en château,
le tenant étroitement garrotté. Cependant, ne sachant plus
à la fin comment garder son captif, craignant de le voir s’échapper
et n’osant pas le rançonner et le mettre en liberté dans
la crainte de s’exposer à son tour à sa juste vengeance,
Hugues prit le parti de le faire mourir. On dit même qu’il l’étrangla
de ses propres mains, pendant la nuit, dans une tour de bois du château
de Châteaufort qui lui servait [p.59]
de prison; puis, pour faire croire à
une tentative d’évasion ou à un accident, il précipita
le corps par la fenêtre dans les fossés du château.
Le cadavre fut ramené à Longpont, où il fut enseveli
après de pompeuses obsèques, en présence du roi,
de l’évêque de Paris et de nombreuses notabilités.
Les soupçons se portèrent bien vite sur Hugues de Crécy,
qui fut assiégé dans son château de Gometz: se voyant
abandonné de tous, même de son beau-père, il se jeta
aux pieds du roi, implora son pardon et, après avoir consenti à
la confiscation de ses terres, il revêtit l’habit monastique dans l’ordre
de Cluny (1).
|
(1) Cart, de Longpont, n°LXXXIV. — Chronique
de Morigny, p. 22-24. — A. LUCHAIRE, op. cit., n°246.
|
Entré comme moine à Saint-Denis, il passa sans tarder à
Saint Martin-des-Champs, où il fut chargé de diverses fonctions,
notamment du priorat de Saint-Denis de La Châtre, puis de la sacristerie
du monastère. Pierre le Vénérable, devenu abbé
de Cluny en 1122, le prit peu après comme son auxiliaire: en le
chargeant d’une importante mission auprès de Suger, il lui remit
une lettre de crédit dans laquelle il l’appelait son très
cher frère et ami, dom Hugues de Crécy, et le recommandait
comme un homme sûr et discret qui doit rapporter de vive voix ce que
la prudence ne permet pas de confier à l’écriture (2); il avait en lui une telle confiance qu’il l’envoya
encore à la cour de France pour y rétablir la paix entre Louis
VII et le comte de Champagne (3). Vers 1140,
il le délégua à Crépy pour y être, avec
saint Bernard de Clairvaux et Suger lui-même, l’un des arbitres de
la querelle qui s’était élevée entre Louis VII et le
chancelier Algrin (4).
|
(2)
MIGNE, Patrol. lat., 186, col. 1362. — Histor. de France,
XV, 645.
(3) A. MOUTIÉ,
Chevreuse, II, 76.
(4) Histor.
de France, XVI, 6. — J. DEPOIN, op. cit., II, n°256.
|
Hugues intercéda auprès de Geoffroy d’Yerres pour la restitution
au prieuré de Longpont de la dîme d’Ivry que son frère
Gautier Tireau avait engagée à Thierry de Paris (5). Vers 1137, il assista à la donation de
la terre d’Egly et de Boissy, que sa sœur Lucienne consentit aux mêmes
religieux avec l’assentiment du roi Louis VII (6).
Après 1140, il fit donner à Saint-Martin-des-Champs par
Amaury III de Montfort le village de La Couperie près Beynes (7). En 1144, il fut présent à une aumône
de sa sœur Béatrix, alors femme de Dreux de Pierrefonds, à
l’église Saint-Martin du Vieux-Crécy (8). La même année, qualifiée «familier
du [p.60] roi», il en obtint
une exemption pour Saint-Denis de La Châtre (1).
Il assista à la concession à Saint-Martin-des-Champs d’une
prébende en l’église Notre-Dame d’Étampes (2).
|
(5) Cart. de Longpont, n°CLXXVII.
(6) Cart.
de Longpont, n°CCXCII.
(7) J. DEPOIN,
Chartes de Saint-Martin-des-Champs, II, 179.— A.
RHEIN. La seigneurie de Montfort, p. 129, 302.
(8) J. DEPOIN,
op. cit., II, 152 et 306. — TARDIF, op. cit.,
n° 473.
(1)
J. DEPOIN, op. cit., II, 153.
(2) J.
DEPOIN, op. cit., II, 132.
|
Suivant les obituaires de Saint-Denis et de Saint-Martin-des Champs, Hugues
de Crécy mourut le 31 juillet 1147 (3):
le mois suivant, Pierre le Vénérable adressa aux moines
de Saint-Martin des-Champs une épître consolatoire au sujet
de la mort de leur frère, Hugues de Crécy, dont la perte
lui était d’autant plus sensible qu’il lui confiait le fardeau des
affaires importantes de son ordre depuis plus de vingt ans (4). D’autre part, Hugues, abbé de Saint- Germain-des-Prés,
fit commémorer au 19 avril deux religieux de Saint-Martin et Hugues
de Crécy, auxquels il avait promis de les associer aux prières
de sa communauté, et de célébrer un trentain après
leur décès (5).
|
(3)
A. MOLINIER, Obit. de la province de Sens, 1, 323, 449. — L’obituaire
de Longpont le commémorait au 28 juillet (ib., p. 525).
(4) J. DEPOIN,
op. cit., II, n° 299 et note.
(5) A. MOLINIER,
op. cit., I, 258
|
|
|
6. — LOUIS VI († 1137), LOUIS VII († 1180)
ET ADÈLE DE CHAMPAGNE († 1206);
AUBRY
DE DAMMARTIN († apr.
1187)
La chronique du continuateur d’Aimoin
indique brièvement que Corbeil et La Ferté échurent
à Louis VI. Un biographe anonyme de ce prince raconte que, pour
supprimer la barrière dressée entre Paris et Étampes
par Montlhéry, Châteaufort et La Ferté Baudouin, dont
les châtelains lui étaient hostiles, il dut s’en emparer par
les armes (6). Le récit de Suger est
le plus circonstancié; bien qu’il ne tire aucune conclusion du
siège de décembre 1108, il est évident qu’une sanction
était nécessaire; la déloyauté de Hugues de
Crécy envers Eudes de Corbeil fut punie par la confiscation de
La Ferté-Baudouin et sa réunion à la couronne.
|
(6) Histor. de France, XII, 123.
|
Un des premiers actes de Louis VI dans
sa nouvelle châtellenie fut d’affranchir Lisiard, fils de Benoît
de La Ferté, pour lui permettre de s’établir à Itteville,
sur les terres du chapitre de Notre-Dame de Paris (7). En 1116, Daimbert, archevêque de Sens,
donna l’église Saint-Hilaire de Maisse avec les dîmes au
prieuré parisien de Saint-Éloi (8).
Peu après, Louis VI y ajouta des hôtises, [p.61] des terres et des
vignes avec les dîmes de blé et de vin, et la moitié
d’un moulin (1). Les religieux de Saint-Laumer
de Blois, qui possédaient dans la même paroisse l’église
de Saint-Médard, s’empressèrent de venir trouver le roi, lors
d’un séjour qu’il fit à La Ferté, et sollicitèrent
la reconnaissance de leurs droits, qui furent confirmés par un diplôme
de 1120 (2).
|
(7) GUÉRARD, op. cit., II, 370.
(8) Arch.
nat., S 1486.B, n° 16.
(1) Arch.
nat., LL 75, f°3.
(2) Arch.
nat., R4 943.
|
La même année, Louis VI confirma à l’abbaye de Morigny
les églises de La Ferté, avec la dîme des moulins
royaux (l’un au-dessous du château de La Ferté, et les deux
autres au Gué Saint-Lazare près de Baume), du four à
ban et de toutes les terres labourables appartenant en propre à sa
châtellenie: «Ecclesie de Firmitate Balduini
et decima molendinorum nostrorum et furni nostri et carrucarum nostrarum
ubicumque sint in tota castellaria (3)».
Comme dans tous les actes similaires, le diplôme confirmatif reproduisit
les propres termes de la donation de Guy le Rouge et d’Adélaïde;
ils reparaîtront à chaque règne d’une manière
identique, et il suffira de les citer ici. D’après l’enquête
de 1543, il n’existait à La Ferté «qu’une église
paroissiale, en laquelle il y a prieur et curé qui dépendent
de l’abbaye de Morigny, avec une chapelle sans fondations». Cette chapelle
de secours, sous le vocable de saint Gilles, a subsisté jusqu’à
la Révolution; elle a été depuis convertie en grange
et démolie (4).
|
(3) MENAULT, Morigny, cartul., p. 28. [Traduction littérale: “l’église de la ferté-Baudouin
et la dîme de nos moulins, de nos fours et de nos champs labourables
domaniaux, où qu’ils se trouvent dans toute la châtellenie.” (B.G. 2007)]
(4) Arch.
nat., R4 943. — Arch. de Seine-et-Oise, 10 H 3: 1556, 15 septembre, bail
de la cure de La Ferté, par Jean Hurault, abbé de Morigny
et prieur de La Ferté, à Gilles Musnier, vicaire perpétuel
de La Ferté.
|
En 1121, Louis VI confirma la donation de Guy le Rouge et d’Adélaïde
de Rochefort, octroyant aux chanoines de Notre- Dame de Paris toutes les
coutumes qu’ils possédaient sur les terres d’Itteville, du Bouchet
et de Saint-Aubin, la garenne, la voirie, ainsi que les vignes situées
au Bouchet (5).
|
(5) GUÉRARD, op. cit. I, 265.
|
De toute antiquité, le châtelain de La Ferté-Baudouin
avait joui du droit d’avouerie sur le domaine de Saint-Denis à
Toury en-Beauce. A la suite d’une transaction qui ne nous est point parvenue,
peut-être en raison de l’éloignement, ce droit fut inféodé
et appartenait en 1122 à la petite-fille d’Adam de Pithiviers. En
prenant la crosse abbatiale, Suger constata que cette avouerie pesait lourdement
sur ses vassaux de Toury et leur occasionnait de nombreuses exactions:
il décida de la racheter. Pour y parvenir à peu de frais,
tout en sauvegardant l’avenir, il conçut le projet de marier l’héritière
de l’avouerie avec un serviteur dévoué de [p.62] l’abbaye et d’obtenir à prix
d’argent les consentements nécessaires. Il s’en ouvrit au roi Louis
VI, dont I’avouerie relevait à cause de sa châtellenie de
La Ferté, et obtint facilement son assentiment en lui payant trente
livres pour l’amortissement. En outre, il versa cent livres aux parents
de la jeune fille: par ce moyen, les époux reconnurent qu’ils seraient
tenus, eux et leurs descendants, à l’hommage, au service féodal
et à la justice, sur réquisition de l’abbaye. En cas de refus,
le fief de l’avouerie serait saisi et demeurerait entre les mains des
religieux jusqu’à complète satisfaction, ainsi que les intéressés
et leur famille le promirent avec l’approbation du roi (1).
|
(1) LECOY DE LA MARCHE, Œuvres complètes
de Suger, p. 172.
|
En 1134, Louis VI notifia qu’il avait donné aux religieuses d’Yerres
la terre de Marbois, près de La Ferté, que tenaient Louis
le Bouteiller, Adam son neveu et Geoffroy Silvestre, et qu’il l’avait exemptée
de toute coutume (2). A la suite de cette
concession, les religieuses sollicitèrent de l’archevêque
de Sens la confirmation de la dîme de Marbois donnée par Asceline
et son fils Thion, ce qui leur fut accordé par lettres de 1139
(3).
|
(2)
Arch. de Seine-et-Oise, 63 H 66, n° 1. — Arch. nat., LL 1599B, p.
5, copie du XIIIe siècle.
(3) Arch.
de Seine-et-Oise, 3 H 66, n° 2, original. — Arch. nat., LL 1599B,
p. 33.
|
Louis VII succéda
à son père le 1er août 1137; il affectionna tout
particulièrement le château de La Ferté et y vint
séjourner maintes fois. Il confirma au prieuré de Saint-Hilaire
les hôtises, les terres et les vignes avec les dîmes de blé,
de vin et d’autres récoltes et la moitié d’un moulin qu’il
possédait à Maisse (4). Il obtint
l’élargissement de Henri, maire d’Itteville, que les chanoines
de Notre-Dame avaient emprisonné, et les réconcilia. Comme
châtelain de La Ferté, il jouissait à Itteville, pour
lui-même et ses officiers, des droits de gîte et de procuration:
il en fit remise au chapitre (5).
|
(4) Arch. nat., LL 75, f°3.
(5) GUÉRARD,
op. cit., II, 371; I, 270. — TARDIF, op. cit.,
n°552.
|
Dès 1132, dans l’entourage de Louis VI, on remarque un modeste
chevalier, Thierry de La Ferté, appelé aussi Thierry Galeran:
il était fils de Robert Galeran, cité parmi les fidèles
de Guy le Rouge dans la charte d’Itteville (6).
Avec son père, et Emmeline [p.63]
sa mère, Thierry approuva la donation
d’une hôtise faite au prieuré de Longpont par un de leurs vassaux
(1). Il épousa Adélaïde,
veuve de Guy de Linas, avec laquelle il ratifia l’amortissement d’une dîme
octroyée par Milon, son beau-fils (2);
il ne paraît pas en avoir eu d’enfants. En dehors de La Ferté,
il avait des biens à Corbeil, à Ballancourt et au Saussay,
à Orsay, à Pecqueuse, etc. Demeuré au service de Louis
VII, il devint rapidement un de ses conseillers les plus écoutés;
A. Luchaire estime qu’il en fut le plus important, et il consacre deux
pages à énumérer les principaux actes royaux auxquels
il prit part (3).
Sa situation
à la cour lui valut une immense fortune qui lui permit d’être
un insigne bienfaiteur de l’abbaye de Morigny. Thouin y avait succédé
à l’abbé Macaire en 1142, puisque l’un et l’autre figurent
dans des actes de cette date; la seconde année de son intronisation,
dit le chroniqueur, donc à la fin de 1143 et plus probablement au
printemps de 1144, il refit la couverture et le pavage tant de l’église
que du dortoir; à l’intérieur de la clôture, il construisit
une maison conventuelle somptueuse avec des annexes qui lui occasionnèrent
de grosses dépenses (4). Tandis que
ces travaux s’exécutaient, il apitoya Thierry Galeran sur le délabrement
de l’église de La Ferté, si bien que celui-ci entreprit
aussitôt de la reconstruire à ses frais, ainsi qu’en témoigne
une charte de l’abbé Landry (5); c’est
l’église paroissiale actuelle, sous le vocable de Notre-Dame, dont
il serait vain de tenter la description, après la magistrale monographie
que lui a consacrée M. Valentin de Courcel.
|
(6) Cart. de Longpont, n°° CCLIII,
CCLXIX, CCXCI, etc. Galeran dit Payen Châtel d’Orsay et Obeline avaient
eu trois fils: Robert, maintes fois cité, Gaucher et Hugues, moine
à Longpont. Vers 1079, Robert souscrivit l’acte de Guy le Rouge,
seigneur de La Ferté, relatif à Itteville (Arch. nat. LL 78,
p. 126). En 1096, iI souscrivit une charte d’Eudes, comte de Corbeil, après
Ferry et Baudouin du Donjon, frères (Arch. nat., S 1177, n°
9).
(1) Cart,
de Longpont, n°C.
(2) Cart.
de Longpont, n°XCIX.
(3) A.
LUCHAIRE, Hist. des instit. monarchiques sous les premiers
Capétiens, II, 324 et 325; Ann. de la vie de Louis VI,
n°497 et p. 341.
(4) Chronique
de Morigny, p. 82.
(5) Pièces justif., n° III. — V. DE COURCEL,
L’église de La Ferté-Alais (Bulletin monumental, 1912).
|
Par un diplôme royal qui ne nous est point parvenu, afin d’en assurer
l’entretien et de contribuer à la dotation des deux religieux chargés
de la desservir, Thierry leur donna la ferme et terre du Saussay, avec
l’assentiment du suzerain, Gilles du Tourneau, issu des Clément
de Château-Landon. Malgré l’épuisement de ses ressources,
Thouin jugea nécessaire de compléter l’œuvre du conseiller
royal en bâtissant un nouveau prieuré que le chroniqueur
qualifie de médiocre (6) pour
loger le prieur et le sous-prieur [p.64] que l’on verra
plus loin composer toute la communauté, il n’était pas cependant
nécessaire de faire une construction plus importante; dans la suite
même, l’abbé de Morigny se réservera le titre de prieur
et l’église sera desservie par un vicaire perpétuel
qui prendra la cure à bail. Accolé à la nef et au
croisillon nord, le prieuré comprenait une maison d’habitation,
une grange, une écurie, une bergerie, une vacherie et un jardin de
trois quartiers (1).
|
(6) Chron. de Morigny, p. 82. — «Infra
muros abbacie aulam nobilem cum quibusdam appendiciis magno sumptu edificavit,
apud Veteres Stampas aliam optimam, apud Firmitatem alteram mediocrem...
» Pour Ducange, aula signifie édifice principal.
(1) Arch.
nat., W 943. — Arch. de Serne-ei-Oise, 10 H 3.
|
Le 14 juin 1147, Thierry Galeran partit pour la croisade avec son maître;
il y joua un rôle important, car c’est lui qui, à Antioche,
dissuada le roi de renvoyer sur-le-champ sa femme Aliénor (2). Il revint avant lui, chargé d’une mission
importante auprès de l’archevêque de Sens. Après avoir
été, pendant plus de trente ans, un des agents les plus
actifs de la royauté, il décida, en 1162, de se retirer de
la cour et des affaires pour ne plus s’occuper que des intérêts
du Temple. Au conseil où il prit congé du roi, assistaient
Hugues de Toucy, archevêque de Sens, et Maurice de Sully, évêque
de Paris; Louis VII et ses amis lui ayant conseillé de penser au
salut de son âme et à ses parents défunts, il demanda
aux deux prélats de valider de leur autorité les aumônes
qu’il voulait faire à cette intention; par deux chartes presque
identiques, il laissa aux frères de l’Hôpital de Jérusalem
tout ce qu’il possédait au Vieux-Corbeil, son clos de vignes, ses
hôtes, le cens des hôtes et des vignes, le pressurage et tous
ses droits féodaux; à la prière du roi, Guillaume de
Milly accorda l’amortissement moyennant vingt livres (3). Il remit aux Templiers de Savigny la moitié
de la dîme de Vayres qu’il venait d’acheter au chevalier Baudouin
et fit approuver sa concession par le roi (1163) (4).
Il donna aux Cisterciens de Barbeau, près Melun, une grange et une
terre contigues à la forêt de Sénart (5). Il gratifia l’Hôtel-Dieu de Corbeil d’un
moulin avec huit boulangers, dont quatre seraient pour les malades et quatre
pour Notre-Dame-des-Champs (6). Il donna à
Saint-Spire de Corbeil une maison sise dans le cloître et une terre
à Ballancourt avec trois droitures, le champart et six sous de cens
(7).
|
(2)
PERTZ, Script., XX, 534.
(3) Arch.
nat., S 5144B, n°°33 et 34.
(4) Arch.
nat., S 5749, p. 4. TARDIF, n°582.
(5) Bibl.
nat., ms. latin 5466, p. 14. — Arch. nat., LL 1599B, f° 109; L 896,
n° 38.
(6) Arch.
nat., S 5147A, n°4; JJ LXVII, n°465. — LUCHAIRE, Louis VII,
n° 652.
(7) COUARD-LUYS,
Cart. de Saint-Spire, 76, 124.
|
Au moment de la croisade, il avait assigné au prieuré de
Saint Guénaud de Corbeil une rente d’un demi-muid de grain sur son [p.65] moulin du Saussay: il y ajouta des
terres et un moulin à Auvernaux (1),
(Longtemps après, les Templiers en demandèrent le retrait,
ce qui occasionna un procès, mais, en 1171, sur le conseil de l’évêque
de Paris, Saint-Guénaud rendit les terres moyennant une indemnité
de 25 livres; l’aliénation du moulin qu’il avait effectuée
fut confirmée et la rente maintenue (2);
par un autre acte de 1171, le chapitre général des Templiers
s’engagea à acquitter la rente (3);
en outre, Thierry lui donna la moitié de la terre de Boloniel qu’il
avait achetée de ses propres deniers, laissant aux religieux le
soin de payer 15 livres pour l’amortissement et une rente féodale
de cinq sous au suzerain, Renaud de Varâtre, qui garantit la cession
en y affectant sa maison de Corbeil (4). Thierry
Galeran devint aussitôt membre effectif du Temple.
Un
de ses premiers soins fut de libérer le Saussay des charges dont
il l’avait grevé au profit de diverses églises; il y fonda
une commanderie de son ordre. En bordure du chemin de Ballancourt à
La Ferté, il bâtit un manoir seigneurial avec chapelle en
l’honneur de saint Blaise, grange et enclos; il lui réunit environ
120 arpents de terre avec droit de censive sur dix hôtes du Saussay
et plusieurs moulins sur l’Essonne, situés à 300 pas de la
commanderie (5). De cette fondation, il reste
plusieurs actes: par le premier, Landry, abbé de Morigny, déclare
que Thierry Galeran, qui avait construit leur église de La Ferté
et l’avait dotée d’une ferme au Saussay, lui a demandé de
la lui rendre, moyennant une rente de 10 livres en échange, à
prendre sur celle de 30 livres que le Temple percevait dans le cens royal
d’Étampes (par donation de 1149); cette rente serait affectée
à l’entretien de l’église et des moines de La Ferté.
Il a consulté le chapitre de l’abbaye et celui de Notre-Dame de
La Ferté, qui ont été d’avis, l’un et l’autre, d’accepter
sa proposition, eu égard à ses bienfaits antérieurs.
Un accord fut donc dressé et signé notamment par les premiers
membres de la communauté naissante, Thierry Galeran, Archambaud
de la Chaîne, Nantier de Corbeil, Geoffroy de Savigny, tous frères
[p.66]
du Temple, Gérard et Geoffroy, serviteurs
du Temple; Hescelin de Linas, Thébert de Montlhéry, Thiband,
prévôt de La Ferté, Frodon d’Étréchy
et plusieurs autres (1). La charte n’est pas
datée, mais elle est antérieure de quelques mois tout au plus
au diplôme d’avril 1164, par lequel Louis V approuva l’échange,
à la demande de son familier, Thierry Galeran, devenu frère
du Temple (2). Le 18 novembre de cette année,
durant son séjour à Sens, le pape Alexandre III accorda une
bulle de confirmation, sur le vu des lettres du roi (3). Dans une autre circonstance, Louis VII attestera
lui-même combien était puissante auprès de sa personne
l’intervention de son ancien conseiller en faveur des Templiers, «maximè
quando Teodoricus Galerannus qui de domo et nostro consilio fuit, factus
eorum frater, nos pro eis requirit» (4).
On possède également un acte non daté, par lequel
Thierry Galeran acheta à Renaud Bachelier la mouvance des moulins
du Saussay et la fit amortir moyennant 98 sous par Jean, Hugues et Menier,
fils d’Amaury, devant Arnould, prévôt de Notre-Dame d’Étampes
en présence d’Herbert Valet de Puiselet, Galeran d’Yerres, Pierre
d’Auvers et Guillaume Goaut, prévôt d’Étampes (5). Thierry Galeran vivait encore en 1173 (6).
|
(1) Arch. nat., S 2210, n° 16. Par une charte
sans date, Hugues, archevêque de Sens, notifie que messire Thierry
Galeran, homme de bonnes œuvres, a donné à S. Victor, pour
le salut de son âme, sur son patrimoine d’Auvernaux, l’aître
de l’église avec la maison qui y est bâtie et les hôtes
qui s’y trouvent, le fossé et tout ce qu’il entoure, une grange en
dehors du fossé avec un verger contigu, trois coutures qu’il cultivait
lui-même, comprenant l’une 30 journaux, la seconde 10 et la dernière
4; plus le quart de deux moulins à Villeroy et un demi-muid d’avoine
sur son moulin du Saussay.
(2) Arch.
nat., S 5151, n°2; L 903, n°16; S 5776B, n°1.
(3) Arch.
nat., S 2115, n°4.
(4) Arch.
nat., S 2115, n° 22.
(5) MANNIER,
Les commanderies du Grand Prieuré de France,
p. 79.
(1) Pièces justif., n°III. — Le 16 février
1471, la rente fut réduite à 4 livres, en raison de la
détresse du Saussay, et les arrérages payables 40 sous
par an, par accord entre Philippe Rémon, prieur de La Ferté
et Nicolas Perrin, commandeur du Saussay (Arch. de Seine-et-Oise, 10 H
3).
(2) TARDIFF,
op. cit, n°586.
(3) Arch.
nat., S 5150B, n°27, original. — Bibl. nat., coll. Duchesne, LXXVII,
f°72.
(4) A. LUCHAIRE,
Instit. monarch. sous les premiers Capétiens,
II, 325. [Traduction littérale: “surtout parce
que Thierry Galeran, qui a été de notre domesticité
et de notre conseil, devenu qu’il est l’un de leurs frères, nous
le demande pour eux.” (B.G. 2007)]
(5) Arch.
nat., S 5150B, n° 32, original.
(6) TARDIFF,
op. cit., n° 630. — Arch. nat., LL 1599B, f°109.
|
La chronique de Morigny rapporte que l’abbé Thouin se rendit à
Orléans auprès de Louis VII et sollicita la confirmation
des biens de son abbaye, notamment les églises de La Ferté-Baudouin
avec leurs droits dans la châtellenie, ce qui lui fut accordé
par un diplôme de 1145, reproduisant les termes de celui de 1120
(7). En 1161, Hugues de Toucy, archevêque
de Sens, confirma à Landry, son successeur, le patronage des églises
de La Ferté (8).
|
(7)
MENAULT, Morigny, cart. p. 31. — Chron. de Morigny, p. 82.
— LUCHAIRE, op. cit., n° 154.
(8) MENAULT,
Morigny, cart., p. 154.
|
En 1154, lorsque Clémence
de Bar, veuve de Hugues II dernier comte de Dammartin et remariée
à Renaud II comte de Clermont, vint à mourir sans postérité
de son premier mari, sa succession fut revendiquée par divers membres
des familles de Mello et de Bulles, en raison de leurs alliances avec
la famille de Dammartin. Pour s’éviter les ennuis que son père
et son aïeul avaient eus avec [p.67]
les tenanciers de cette terre, Louis VII crut
opportun de prononcer la réunion du comté de Dammartin à
la couronne on le trouvera dans la suite disposant de ses biens et y signant
un diplôme en 1159, au cours d’un voyage (1).
Le plus récalcitrant des héritiers était Aubry II,
ancien chambrier de France (1122-1129), fils d’Aubry Ier de Mello et d’Aélis
de Dammartin, tante du comte Hugues (2):
afin d’obtenir son acquiescement, il donna la châtellenie de La
Ferté-Baudouin à son fils Aubry III.
|
(1) TARDIFF, op. cit., n°523.
(2) Dr LEBLOND,
Notes pour le nobiliaire du Beauvaisis, II, 446;
I, 134. — Abbé MULLER, Cart. de Saint-Leu d’Esserent.
— Histor. de France, XIV, 7. — J. DEPOIN, Chartes de Saint-Martin-des-Champs,
I, 15, note.
|
Comme je l’ai indiqué plus haut, les religieuses d’Yerres possédaient
la terre de Marbois, près de La Ferté. En 1155, lorsque
Clémence Le Loup de Senlis en devint abbesse, elle sollicita du
nouveau châtelain l’usage au bois mort dans la forêt de Marbois
pour sa maison d’Artolu*. Accédant
à sa prière, Aubry III, seigneur de La Ferté, Mahaud
sa femme et Renaud, leur fils, accordèrent la faveur demandée,
non seulement pour la maison d’Artolu*,
mais aussi pour neuf hôtises de Marbois: au cas où leur nombre
augmenterait, il ne serait point permis de leur vendre du bois ou de leur
en donner, l’usage étant personnel. Ces neuf hôtes seraient
tenus de faire moudre leur grain au moulin banal, situé au-dessous
du château de La Ferté, et d’attendre leur tour, s’il était
occupé. L’acte fut dressé en présence des principaux
vassaux du châtelain, Thierry Galeran, Ferry du Donjon, André
d’Ormoy, Robert Polin, Manassés de La Ferté, Bernoal de La
Ferté, Ferry de D’huison, Pierre Buinelle, Thibaud, son prévôt
de La Ferté, et Landry, son sénéchal. L’original est
scellé sur lacs de cuir blanc d’un sceau rond, de 80 millimètres;
il représente un cavalier galopant à gauche, brandissant son
épée et se couvrant d’un bouclier ses armes, fascé
de six pièces, avec cette inscription autour: + SIGILLVM. AUBERICI.
DOMINI. FIRMITATIS (3).
|
* Comprenez: de Retolu (hameau de Videlles, canton de La Ferté-Alais,
Essonne, dont le nom s’était altéré en Artolu au moins
de l’époque de Cassini jusqu’à celle d’Estournet) (B.G., 2008)
(3) Pièces justif., n°I.
[Traduction littérale: “Sceau d’Aubry seigneur de La Ferté.” (B.G. 2007)]
|
Sur ces entrefaites, l’an 1160, Louis VII perdit la reine Constance, qui
mourut en couches d’une fille, le 4 octobre. Quinze jours après,
le 19 octobre, avant que le deuil de la cour ne fût terminé
et sur les instances du grand chambellan Adam de Beaumont, il épousa
Adèle, la plus jeune des filles de Thibaud, comte de Blois et de Champagne,
et de Mahaud de Carinthie; le 16 novembre, elle fut solennellement couronnée
reine, à Paris, par Hugues de Toucy, archevêque de Sens.
Louis VII constitua un douaire à sa nouvelle épouse, ainsi
que plusieurs chroniqueurs l’indiquent à propos d’un [p.68] litige avec Philippe-Auguste: «Post
decessum patris sui, totam dotem suam, quâ rex Francorum Ludovicus,
eam die desponsationis sue dotavit, in integrum redderet...»
(1).
Dans plusieurs chartes, Adèle se dit usufruitière de
Corbeil: «Nos, qui tunc temporis Corboilum nomine
dotalicii tenebamus...» (2). En
1186, Philippe Auguste confirma une aumône de sa mère, en disant
«Adela regina, dum Meledunum et Corbolium et Villam
Novam, et quasdam alias villas nomine dotalicii, teneret...»
(3). Le douaire de la reine Adèle comprit
Corbeil, Melun, Villeneuve-le-Roi et d’autres villes qui ne sont point
désignées, mais au nombre desquelles il convient de placer
La Ferté-Baudouin, Moret, Grez et La Chapelle-en Gâtinais,
Château-Landon, Chéroy, Lixy, Voulx, Flagy, Toury-Ferrottes
et plusieurs domaines autour d’Orléans.
|
(1) Histor. de France, XIII, 182, 324; XVII,
440. [Traduction littérale: “Après
la mort de son père, qu’il lui règle l’intégralité
de sa dote dont l’avait dotée le roi de France Louis le jour même
de ses fianciailles.” (B.G. 2007)]
(2) DELABORDE,
Actes de Philippe-Auguste, n°° 132-133.
— Cart. de Saint-Spire, p. 46. — G. ESTOURNET, Les
chartes de Franchard (Ann. de la Soc. arch. du Gâtinais,
1913) et tir. à part, p. 48. [Traduction
littérale: “La reine Adèle, alors qu’elle détenanit
Melun, Corbeil, Villeneuve et certains autres villages...” (B.G. 2007)]
(3) Arch.
de Notre-Dame de Melun (Bull. de la Soc. d’archéol. de Seine-et-Marne,
1878, p. 20).
|
Selon l’usage, l’assiette du douaire était établie par une
enquête que des commissaires royaux, spécialement choisis,
dressaient sur place, peu après la célébration du mariage;
leur rapport était consigné dans un rôle dont le contenu
n’était délivré à la reine qu’après
la mort du roi. Il semble que Louis VII ait voulu déroger à
cette coutume et qu’il mit lui-même Adèle de Champagne en possession
du douaire, de son vivant, ainsi qu’il ressort des nombreux actes émanés
de cette princesse pour l’administration de son douaire: plusieurs années
s’écoulèrent cependant avant qu’il pût mettre son
projet à exécution.
|
|
La Ferté-Baudouin, qui permettait le libre passage du comté
de Corbeil à celui de Melun, avait été imprudemment
engagée: il fallait la libérer. Sacrifiant sa sécurité
du côté de Dammartin, Louis VII en donna le comté à
Aubry III: en 1162, avec son père le chambrier, Aubry confirma
la fondation de l’abbaye de Chaalis et les biens donnés par la famille
de Senlis; il rédigea cet acte le jour où il fut investi
par le roi du comté de Dammartin, «... die
qua de manu predicti regis Francorum Ludovici, investituram consulatus Dammartini
suscepi» (4). La même année,
son beau-frère, Raoul, comte de Clermont, confirma une vente faite
à l’église de Breteuil, en présence de sa sœur la
comtesse Mahaud, et de son mari, Aubry, comte de Dammartin (5). [p.69]
|
(4) Bibl. nat., coll. Moreau LXXI, f°174. — A.
LUCHAIRE, Instit. des premiers Capétiens, II, 23. [Traduction littérale: “le jour où il reçut
de la main du roi de France Louis l’investiture du consulat (sic)
de Dammartin.” (B.G. 2007)]
(5) Arch.
de l’Oise, fonds de Breteuil, H 16. — DE LÉPINOIS, Comtes de
Clermont, p. 117. — BATICLE, Nouv. hist. de Breteuil, p. 93.
|
Pour des raisons que l’on ignore, la liquidation de l’engagement de La
Ferté-Baudouin n’était pas encore terminée en 1166,
où Aimery devint abbé de Morigny. Par une charte non datée,
Jean, prieur de Notre-Dame de La Ferté, avec l’assentiment d’Aimery,
abbé de Morigny, et de son chapitre, ainsi que de son propre chapitre,
jugea nécessaire d’acquérir la terre que les religieuses
d’Yerres possédaient dans l’île de D’huison, en bordure de
la sienne: pour l’obtenir, iI donna en échange sa terre d’Artolu* le contrat, scellé du sceau du prieuré,
fut dressé en présence d’Aimery, abbé de Morigny, dudit
Jean prieur, de Gautier, sous-prieur et chantre, avec promesse de garantie
accordée par Aubry, comte de Dammartin et seigneur de La Ferté
(1).
|
* Comprenez: de Retolu (hameau de Videlles, canton de La Ferté-Alais,
Essonne, dont le nom s’était altéré en Artolu au moins
de l’époque de Cassini jusqu’à celle d’Estournet) (B.G., 2008)
(1) Pièces justif., n°II.
|
En 1171, Louis VII rappela qu’un litige s’était jadis élevé
entre lui et Aubry de La Ferté, au sujet d’un serf, Guillaume de
Villiers, qui devait lui appartenir parce qu’il avait épousé
Bourgeoise, serve du roi. Aubry prétendait qu’ils lui appartenaient
l’un et l’autre avec leurs enfants, parce que le roi lui avait inféodé
le château de La Ferté avec la justice et tous les droits
en dépendant: par esprit de conciliation, Aubry avait renoncé
à ses prétentions. Depuis, à la demande de Joubert
Briard et de Jean de La Ferté, chevaliers et seigneurs de Villiers,
le roi affranchit Guillaume, sa femme et ses enfants (2).
|
(2)
TARDIF, op. cit., n°629. — LUCHAIRE, Louis VIl, n°
606.
|
D’autre part, à l’époque où le château de Dammartin
était en sa possession, Louis VII avait donné à
l’Hôtel-Dieu de Paris une grange située entre Mitry et Mory.
Depuis, Aubry étant entré en possession du château
et de la grange, il avait dédommagé l’Hôtel-Dieu en
lui cédant la grange de Cognenpuit que ledit Aubry lui avait rendue
avec La Ferté. Un diplôme fut expédié en 1176
pour expliquer l’échange (3), mais,
pas plus que le précédent, il ne relate un fait récent;
l’un et l’autre sont des confirmations d’actes antérieurs, dont
la date n’est pas connue. J’estime que La Ferté Baudouin fit retour
au domaine royal en principe l’an 1162, ou le comté de Dammartin
fit la contrepartie de l’échange; la délivrance ne fut cependant
effectuée qu’en 1166 ou peu après.
|
(3) BRIÈLE
et COYECQUE, Arch. de l’Hôtel-Dieu de Paris, n°8. —
LUCHAIRE, op. cit., n° 704.
|
J’ai dit que La Chapelle-en-Gâtinais fut comprise dans le douaire:
ainsi appelée dans un texte de 1154 Capella Gastinedi et
un peu plus tard Capella in Vastineto, elle est expressément
désignée comme domaine royal dans un diplôme de 1169,
par lequel Louis VII donna au chapelain de Saint-Saturnin au palais [p.70] de Fontainebleau trois
muids de blé à prendre sur sa grange de La Chapelle. Son
nom était changé dès 1173, où Guillaume aux
Blanches-Mains, archevêque de Sens, donna la dîme de Meung,
paroisse d’Achères, aux moines des Fossés, résidant
à La Chapelle- la-Reine: «... decimam loci
qui dicitur Meun... in parrochia Acheriarum... monachis Fossatensibus, qui
sunt in villa que dicitur Capella Regine super Liricantum, donavimus»
(1). Comme frère de la reine, ce prélat
était certainement bien au courant de ce qui se passait à
la cour, et il se conforma aux actes et aux désirs du roi en dénommant
à son exemple cette paroisse de son diocèse, La
Chapelle-la-Reine, nom qui lui est resté depuis.
|
(1) Arch. Nat., S 1874 n° 4, original; LL 46,
f°27. — E. THOISON, Petites notes d’histoire gâtinaise,
II, 6; Almanach de Seine-et-Marne, 1913. [Traduction
littérale: “nous avons donné ... la dîme du lieu appelé
Meung... dans la paroisse d’Achères... aux moines de Saint-Martin-des-Fossés
qui sont dans le village appelé La Chapelle-la-Reine sur Larchant.” (B.G. 2007)]
|
Villeneuve-le-Roi, dont Louis VII bâtit sur les bords de l’Yonne
l’enceinte puissamment fortifiée, l’église et le château
des Salles, dont relevaient quinze grands fiefs, notamment les seigneuries
de Villefranche, de Dicy et de Villeneuve-les-Genêts, devint Villeneuve-la-Reine
de par la volonté de son fondateur. Ce fut certainement pour se
conformer à l’appellation adoptée par la Cour que le scribe
du plus ancien cartulaire de Philippe-Auguste, transcrit avant 1204, détailla
ses revenus sous la rubrique: «Census et redditus de Villa Nova
Regine» (2).
|
(2)
Arch. nat., JJ 9; 26, f°302.[Traduction littérale:
“Cens et revenus de Villeneuve-la-Reine.”
(B.G. 2007)]
|
Chalo, dans le comté d’Étampes, fut acheté par Adèle
de Champagne aux religieux de Saint-Aignan d’Orléans, qui se réservèrent
les églises construites ou à construire, les menues dîmes,
la terre de Chicheny avec le cens, la justice et la rente en blé
que leur payait l’Hôtel-Dieu d’Étampes. Par un acte daté
de Boiscommun en 1174, elle donna en échange Artenay, Autroche et
Assas, de plus trois charruées de terre à Donnery et une demie
à Ruan avec dîme et champart, provenant de ses acquisitions;
elle déclara céder les serfs et serves de ces domaines ou
dépendant de la prévôté d’Artenay, sauf Hugues
le Vieux et ses héritiers, que le roi gardait pour lui et qui tiendraient
leurs possessions en villenage de Saint-Aignan. En reconnaissance, les religieux
s’engagèrent à célébrer son anniversaire au jour
de ses obsèques et à distribuer quarante sous à ceux
qui y assisteraient (3).
|
(3) HUBERT, Antiquitez de l’église Saint-Aignan
d’Orléans, pr., p. 83.
|
Les biens échangés provenant d’acquisitions, on ne saurait
douter que la reine jouissait d’une certaine autonomie dans l’administration
de son douaire. Ainsi, pour favoriser le développement de Chalo,
dont les habitants étaient de condition servile, elle leur accorda
l’affranchissement et le bénéfice des coutumes de Lorris. [p.71] Supprimant taille, tolte, aide et toute
levée d’argent extraordinaire, elle leur imposa seulement une redevance
assez minime, le cens, qu’elle fixa à cinq deniers par an pour une
maison et un arpent de terre. L’année suivante, Louis VII confirma
l’octroi de ces coutumes, mais en se réservant la justice de l’homicide;
il ratifia aussi l’affranchissement, à condition qu’il ne serait pas
étendu à des serfs ou serves provenant de ses terres (1). Un peu plus tard, Adèle donna Chalo aux
Templiers qui, par reconnaissance, le dénommèrent Chalo-la-Reine
(2).
|
(1) Arch. nat., JJ 149, n°38. — Ordonnances,
VIII, 34. — M. PROU, Coutumes de Lorris, p. 111.
(2) Arch.
nat., S 5702, p. 27. — L’ESCORNAY, Mém. de la ville de Dourdan,
p. 50. — A. MOUTIÉ, Recueil de chartes du prieuré Notre-Dame
des Moulineaux, p. 77.
|
La délivrance du douaire que la charte de La Chapelle-la-Reine
fixe antérieurement à 1173 fut la cause évidente
de l’appellation «la Reine» donnée
à ces diverses localités: ainsi en fut-il pour La Ferté-Baudouin,
que le roi Louis VII a baptisée lui-même La Ferté Alais,
diminutif de Adelaidis ou Adela. Par un diplôme de
1177, signé à Orléans, dont l’original existe encore
aux Archives de Seine-et-Oise, ce prince donna aux religieuses de La Saussaye,
près de Villejuif, tant lépreuses que autres, la dîme
du pain et du vin consommés à La Ferté-Alais pour
son service, celui de la reine et de son fils Philippe; en outre, pour le
salut de son âme et de ses prédécesseurs, il leur concéda
les chevaux de charge de son écurie qui seraient incapables de
travailler (3). Pour que cette donation ne fût point illusoire, on est
obligé d’admettre que la cour faisait de fréquents séjours
au château de La Ferté, classé dès cette époque
parmi les résidences royales. A la mort du roi, la dénomination
de La Ferté-Alais était devenue officielle à la chancellerie
de Sens, témoin cette charte de 1181, par laquelle l’archevêque
Guy attesta qu’en sa présence, Jean, chevalier de La Ferté-Alais,
avait donné aux religieux de Seine-Port deux muids d’hivernage
et quatre muids de vin sur sa dîme de Villiers le-Châtel (4).
|
(3) Pièces justificatives,
n° IV. — L’objet de cette donation fut remplacé par une
rente fixe en vertu de lettres patentes du 14 octobre 1581 (Arch. de
Seine-et-Oise, D 1381, f°28).
(4) Arch.
de Seine-et-Oise, 71 H 1, original: édit. Annales de la Soc.
Arch. du Gâtinais, 1893, p. 111.
|
Il ne saurait y avoir de doute que la châtellenie de La Ferté
Alais ait été comprise dans le douaire d’Adèle de
Champagne. Par une charte signée à Moret le 30 avril 1200,
elle usa de ses droits de châtelaine en approuvant la donation d’un
demi-muid de blé à prendre tous les ans sur le champart de
Courances, que [p.72]
Pétronille, femme d’Adam de Cramayel,
avait faite au prieuré de Franchard, dans la forêt de Bière;
elle déclara qu’elle avait reçu l’assentiment de ses fils,
Ferry et Adam, ainsi que du premier seigneur, Garmond de Courances (1). Or Courances faisait partie de la châtellenie
de La Ferté, témoin les lettres par lesquelles, en 1372,
Charles V accorda un droit de chasse à son «amé et féal
Jean Monsseau, chevalier, seigneur de la ville de Couzance en la chastellenie
de La Ferté-Aleps» (2) et les
aveux répétant à chaque génération:
«... Adveue à tenir du Roy en foy et hommaige, à cause
de son chastel de La Ferté-Aleps, la congnoissance des nobles que
j’ay en ma dite terre et seigneurie de Cousances... (3)». L’enquête de 1543 sur la consistance
de la châtellenie y inclut Courances; un mémoire de 1758,
concernant le domaine de La Ferté, analyse les baux des droits
de la châtellenie à Courances (4).
|
(1) G. ESTOURNET, Les Chartes de Franchard (Ann.
du Gâtinais, 1913), n°XII.
(2) Abbé
BOULAY, La seigneurie de Courances (Ann. du Gâtinais. XI),
p. 362.
(3) Arch.
du Loiret, A 1483, copie ancienne de l’aveu de Courances, par JEAN DU MONCEAU,
seigneur dudit et de Cély, décembre 1355. — Arch. nat.,
P 64, n°2705; 65.2, n°2757, etc.
(4) Arch.
Nat., R4 943.
|
Je ne puis passer sous silence l’opinion du regretté Henri Stern,
fondateur et président de la Société archéologique
du Gâtinais, exprimée dans un article sur l’Origine du
nom de La Ferté-Alais (5). Il viendrait
«d’Adélaïde (que le texte appelle Aeliz), femme du
maréchal de France, Aubry Clément, que l’on voit consentir,
en 1187, au don octroyé par son mari à l’Hôtel-Dieu
de Paris d’un muid de blé de rente à prendre sur les moulins
de La Ferté» (6). Je peux même
ajouter que, par un acte de 1208 qu’il n’a point connu, Robert Clément,
frère et héritier du donateur, confirma aux religieux de
Saint-Denis vingt sous de rente sur sa censive de La Ferté-Alais,
que les deux époux avaient légués, avant leur mort,
pour l’entretien d’une lampe devant l’autel de Saint-Eustache, «de
censibus suis de Feritate Aales» (7).
Que disent ces deux actes? Le maréchal jouissait d’une rente sur
les moulins de La Ferté, ex redditu molendinorum de
Firmitate; il ne dit pas sur ses moulins, lesquels
avec la châtellenie appartenaient à la couronne, comme en témoignent
les diplômes de 1120, 1145 et 1182; il [p.73] possédait seulement une censive,
donc il n’était que seigneur de fief et point châtelain. Ainsi
qu’on le verra au chapitre suivant, en 1205, le roi donna la châtellenie
et ses moulins à Guillaume des Barres (1),
qui les transmettra à ses héritiers. Dans ces conditions,
en vertu d’un rôle tout à fait chimérique, sans la
moindre preuve, basé uniquement sur une analogie de prénom,
il est inadmissible que la femme du maréchal ait pu donner son
nom à La Ferté. D’ailleurs, Robert Clément, qui
rédigea sa charte trois ans après l’investiture de Guillaume
des Barres, se servit de deux variantes dans l’orthographe et indiqua
lui-même qu’il n’identifiait pas sa belle-sœur Alix, Aaliz,
avec la dame de La Ferté, Aales.
|
(5) Ann.
de la Soc. Archéol. du Gâtinais, 1933, XLI, 199.
(6) E.
COYECQUE et BRIÈLE, Arch. de l’Hôtel-Dieu de Paris,
p. 18. — DELABORDE, Actes de Philippe-Auguste, n°
219. — A. MOLINIER, Obituaires. I, 128.
(7) Pièces justificatives, n°VI. [Traductions littérales: “de leurs cens de la Ferté-Alais
(...) du revenu des moulins de la Ferté.” (B.G. 2007)]
(1) BEUGNOT,
Les Olim, 103.
|
La jouissance de La Ferté ne fut pas exempte de tribulations pour
Adèle de Champagne: sacré à Reims, le 1er novembre
1179, du vivant même de son père, Philippe-Auguste commença
son règne par une rupture avec sa mère et ses oncles. La
politique qu’il adopta sur les directives du comte de Flandre et de Robert
Clément, son conseiller intime, groupa contre lui un puissant parti
dont sa mère prit la tête. Elle mit ses châteaux en
état de défense, marquant sa volonté d’appuyer son
opposition par les armes, si le besoin s’en faisait sentir: «Ob
hoc castra sue dotis mater contra filium munire presumpsit. Quo comperto,
a filio expulsa, ad fratres suos confugit» (2). Informé de ces mesures hostiles, Philippe
Auguste riposta en s’emparant de La Ferté-Alais et des autres châteaux
du douaire; il en expulsa les garnisons et les remplaça par des troupes
sûres. Chassée de partout, Adèle se réfugia auprès
de ses frères, et dans un premier moment de colère s’efforça
d’envenimer leurs sentiments à l’égard du roi: déjà,
le sénéchal Thibaud, comte de Blois, et Henri, comte de Champagne,
se préparaient à attaquer les troupes royales, tandis que leurs
émissaires informaient de la situation Henri, roi d’Angleterre, qui
s’empressa de venir sur le continent, peu avant Pâques 1180. Le 20
avril, il convoqua son armée; Philippe-Auguste en fit autant. Néanmoins,
le 28 juin, une entrevue eut lieu entre Gisors et Trie: les deux monarques
commencèrent par renouveler le traité de paix réglant
leurs rapports. Puis, Henri réussit à réconcilier Philippe-Auguste
avec sa mère et ses oncles. Le roi de France promit de servir à
sa mère une rente de sept livres par jour, tant que sou père
vivrait; à sa mort, il lui remettrait le douaire, à l’exception
des châteaux et des forteresses (3). Sur
ces entrefaites. Louis VII [p.74] mourut à
Paris, le 18 septembre 1180, et fut inhumé en l’abbaye de Barbeau,
au-dessous de Melun. Oubliant les réserves énoncées
lors de la réconciliation, Philippe-Auguste rendit intégralement
le douaire à sa mère (1). Pour
preuve de ses bons sentiments à son égard, durant l’été
de 1181, il vint faire, à La Ferté, un séjour durant
lequel il octroya un diplôme aux bourgeois de Saint-Martin de Châteauneuf
(2).
|
(2) Histor. de France, XII, 298; XIII, 182,
205, 324; XVII, 439, 617, 661; XVIII, 141, 133. [Traduction littérale: “Pour cette raison la mère
n’hésita pas à fortifier place forte de son douaire à
l’encontre de son fils.” (B.G. 2007)
(3) Histor.
de France, XIII, 183, 324.
(1) Histor.
de France, XVIII, 141.
(2) L.
DELISLE, Actes de Philippe-Auguste, n°21. —
DELABORDE. Actes de Philippe-Auguste, n°30.
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Au mois de juin
1190, par une ordonnance de Philippe-Auguste qui partait pour la croisade,
Adèle de Champagne se vit confier la régence du royaume,
qu’elle garda jusqu’à Noël 1191 (3).
Désormais elle vécut paisiblement dans son douaire, s’efforçant
par de sages mesures d’y relever l’agriculture et le commerce. La Chapelle
la-Reine, Villeneuve-la-Reine, Flagy, Melun, Corbeil, Chalo, etc., avaient
leurs chartes de franchises: La Ferté-Alais aurait-elle été
moins favorisée? C’est peu probable et il n’est point téméraire
d’avancer qu’elle affranchit ses habitants et leur octroya les privilèges
de bourgeoisie dont on constate l’existence quelques années plus
tard (4). Ses rapports avec ses administrés
m’entraîneraient dans de trop longs développements: ils feront
l’objet d’une étude spéciale. Elle mourut le 12 juin 1206
et fut inhumée en l’église abbatiale de Pontigny, devant le
maître-autel, où un mausolée lui fut élevé
(5).
Au
début de 1205, avec le consentement de sa mère, Philippe
Auguste donna la châtellenie de La Ferté-Alais à Guillaume
III des Barres en récompense de ses services et probablement, aussi,
comme soulte de l’échange conclu avec sa femme, Amicie de Beaumont.
Robert, comte de Leicester, venait de mourir sans enfants: sa sœur Amicie
devait hériter de ses possessions, mais Jean Sans-Terre mit la
main sur ses domaines situés en Angleterre. Quant à Breteuil
et aux fiefs normands qui appartenaient aussi à Robert, Amicie les
échangea, fin 1204, avec Plïilippe-Auguste, contre la châtellenie
de Saint-Léger-en-Yveline. D’un premier mariage [p.75] avec Simon III de Montfort qui mourut
le 13 mai 1181 (1), elle avait eu, entre autres
enfants, Simon IV, rendu célèbre par sa croisade contre les
Albigeois, et Guy, seigneur de Brétencourt, qui fut apanagé
d’une partie de La Ferté-Alais relevant de l’aîné des
Montfort, antérieurement à la mort de Guillaume des Barres,
son beau-père; cette attribution ne peut s’expliquer que par un droit
de sa mère dont il aurait hérité.
|
(3) DELABORDE, Actes de Philippe-Auguste, n°345.
— Histor. de France, XVII, 29, 370.
(4) En
juin 1231, «Adam burgensis de Firmitate Aales»
vend une vigne aux religieux de Barbeau, et présente comme caution
Thibaud de Seine-Port, chevalier, qui se constituera prisonnier au château
de La Ferté en cas de perturbation (Bibl. nat., ms. latin 5466,
p. 312). — En mai 1243, Simon, prieur de La Ferté, notifie que Jean
de La Cour, «burgensis de Feritate Aales»,
vend une vigne aux Hospitaliers (Arch. nat., S 5146A, n°34).
(5) QUANTIN,
Not. sur les tombeaux de Pontigny (Bull, de la Soc. Sciences de I’Yonne,
1847), p. 278. — A. MOLINIER, Obituaires, I, 44, 138, 283, 400,
442, 617.
(1) A. RHEIN, La
seigneurie de Montfort, p. 58.
|
En donnant La Ferté, Philippe-Auguste s’en réserva l’hommage,
auquel il était lui même astreint vis-à-vis de l’évêque
de Paris. Par acte de décembre 1222, il fut reconnu qu’à
raison de La Ferté il ne pourrait être cité en justice,
mais il serait tenu de payer à l’évêque, son suzerain,
soixante sous pour un cierge, et de fournir un chevalier pour le porter
à sa première entrée dans la ville épiscopale
(2), charges qui furent imposées à
Guillaume des Barres et à ses successeurs et qui subsistaient encore
lors de l’enquête de 1543.
Notons,
en passant, qu’en 1182 Philippe-Auguste avait confirmé à
l’abbaye de Morigny la possession des églises de La Ferté,
en termes identiques à ceux des diplômes de 1120 et de 1145
(3), et en 1190, aux religieuses d’Yerres, la
franchise de la terre de Marbois (4).
|
(2)
TEULET, Layettes du Trésor des Chartes, I, 555. — En 1219,
Baudouin de Corbeil et Thibaud le Maigre furent désignés
par le roi pour l’hommage de La Ferté-Alais, Corbeil et Montlhéry,
et pour porter la chaise de l’évêque, Guillaume de Montfort,
à son entrée dans la cathédrale (GUÉRARD,
op. cit., I, 158). — Arch. nat., R4 943. — J. DEPOIN,
Les Vicomtes, p. 36.
(3) MENAULT,
Morigny, cart., p. 34.
(4) DELABORDE,
op. cit., n°304.
|
|
|
7.
— GUILLAUME III DES BARRES
(† 1233)
Guillaume III des Barres, seigneur d’Oissery-en-Brie,
Forfry, Saint-Pathus, Silly, Gondreville et La Ferté-Alais, comte
de Chalon-sur-Saône, se fit une telle réputation de bravoure
et de loyauté que les chroniqueurs le surnommèrent le
brave des braves, l’Achille de son temps, le plus renommé chevalier
qui fut sous le règne de Philippe-Auguste et le placèrent
dans leurs relations, lui simple chevalier, avant les plus grands noms
de France, tant était profonde l’estime qu’avaient de lui ses contemporains.
Rigord dans Les Gestes de Philippe-Auguste, Guillaume le Breton
dans la Philippide, aussi bien que dans sa Chronique, et
les historiens des croisades en ont fait un héros légendaire.
Son oraison funèbre [p.76] dit
qu’il était beau, bien fait, d’une haute stature, joignant l’agilité
du corps à une force athlétique peu commune (1).
|
(1)
E. GRÉSY, Not. gén. sur Jean des Barres. — E. GRÉSY,
Rouleau mortuaire de Guillaume des Barres. — H. STEIN
et P. QUESVERS, Inscriptions de l’ancien diocèse de Sens,
III, 416, et tirage à part. — A. LONGNON, Livre des Vassaux
du Comté de Champagne, p. 275. — F. LABOUR, La châtellenie
suzeraine d’Oissery. — M. PROU, Notice sur G. des Barres (Mém.
de la Soc. arch. de Sens, 1851).
|
En 1186, Guillaume des Barres escorta Philippe-Auguste en Bourgogne où
il accourait contre le duc Hugues III: au siège de Châtillon-sur-Seine,
montant le premier sur les murailles, il mit en fuite les assiégés
terrifiés qui allèrent aussitôt se renfermer dans
la citadelle. La guerre ayant éclaté entre la France et l’Angleterre,
Richard s’approcha devant Nantes pour en faire le siège, mais le
brave des Barres le repoussa vigoureusement. A la tête de son escadron,
il chargea si furieusement qu’un instant il porta le désordre au
milieu des Anglais. Richard étant accouru avec sa noblesse de Normandie,
le fit prisonnier et lui rendit aussitôt la liberté «par
la grande estime qu’il s’était acquise au fait de chevalerie».
Guillaume le Breton ajoute que des Barres eut l’honneur de faire le coup
de lance avec Richard lui-même et qu’ils s’attaquèrent avec
tant de vigueur, que leurs lances traversèrent bouclier, cuirasse et
gamberon, mais leurs plastrons seuls les empêchèrent de s’entre-percer,
ce qui est probablement un peu exagéré. Il fut blessé
au combat de Soindres (2).
|
(2)
Gesta Philippi Augusti Rigordi liber, passim; Gesta
Philippi Augusti Guillelmi Armorici, passim, éd. F. Delaborde.
|
Au mois de juillet 1190, il partit pour la croisade: en arrivant à
Messine, il fut gratifié par Philippe-Auguste d’un don de quatre
cents marcs pour les pertes qu’il avait subies en mer (3). Il se distingua à la bataille d’Assur
en 1191 au moment où les Sarrasins revenaient à la charge
après un sanglant échec, Guillaume des Barres et Richard
Cœur de Lion les dispersèrent de nouveau après un combat beaucoup
plus meurtrier que le premier. Philippe Auguste étant revenu en
France, il resta quelque temps avec le roi d’Angleterre et l’accompagna
au siège de Jaffa. De retour dans sa patrie, en 1195, il refusa
de se laisser corrompre par l’argent de ce monarque (4).
|
(3)
Les grandes chroniques de France, édit, P.
Paris, IV, 75. — H. MARTIN, Hist. de France, III, 539.
(4) Histor.
de France, XVIII, 61, 542, 598.
|
En 1196, des Barres commanda l’arrière-garde à Aumale et
se conduisit brillamment. En 1197, près de Gisors, Philippe-Auguste
fut surpris avec une petite escorte: pour lui permettre de se replier,
Guillaume des Barres combattit jusque tant qu’il fut accablé
[p.77] par la multitude
des ennemis. Il fut pris et présenté à Jean Sans-Terre
aux grandes acclamations que le roi était pris. «Mais des
Barres, se découvrant, dist: «Vous n’avez pas le roy, mais
un pauvre chevalier des moindres du royaume.» — Répliqua
le roi d’Angleterre: «Barroys, puisque je t’ai, je n’ay mie failly»,
et, dit-on, il lui rendit la liberté (1).»
|
(1) E. GRÉSY, Rouleau mortuaire.
|
En 1199, il alla mettre Tours à l’abri des incursions des barons
du Poitou; il prit part aux sièges de Château-Gaillard, en
1202, d’Andelys, en 1203, de Pontorson, de Falaise, de Mortagne et de Rouen,
en 1204, où il souscrivit la trêve qui se termina par la reddition
de la ville et acheva la conquête de la Normandie. Il accompagna
Guy de Thouars en Bretagne. Le 1er juin 1213, à Dam, il repoussa
l’attaque de Guillaume Longespée et de la flotte anglaise (2).
|
(2)
PETIT-DUTAILLIS, Louis VIII, p. 42.
|
Au printemps de 1214, raconte Pierre des Vaux de Cernay dans l’Histoire
de la croisade des Albigeois, des Barres vint contribuer au siège
de Narbonne avec deux cents chevaliers: dans une attaque, Simon de Montfort
eut sa selle rompue d’un coup de lance et tomba en grand danger d’être
tué ou fait prisonnier; des Barres, qui commandait l’arrière-garde
et ville péril, chargea furieusement l’ennemi, l’obligea à
se replier en désordre sur la ville et ramena Simon indemne (3). En octobre de la même année, à
la bataille de Bouvines, il fut placé à côté
de Philippe-Auguste, que l’ennemi chercha à tuer pour vaincre plus
facilement son armée: à un moment, le roi fut renversé
de cheval, et l’empereur Othon était presque parvenu à l’atteindre:
c’en était fait de lui, si des Barres, accompagné de quelques
chevaliers, n’était accouru à son secours et n’eût
fait une puissante diversion par sa valeureuse attaque; il parvint en effet
à dégager le roi et à faire lâcher pied aux ennemis
qui l’entouraient; il tenait même l’empereur Othon par le cou, prêt
à le tuer, lorsqu’il eut son cheval tué sous lui par Girard
de Horstmar; dégagé par Thomas de Saint-Valéry, il
continua à combattre jusqu’au succès final (4). Sur les états de mobilisation dressés
à cette occasion, Guillaume des Barres figure parmi les chevaliers
bannerets du Vexin, et au nombre des chevaliers du comté de Dammartin
possédant plus de soixante livres de revenu (5). Des champs de bataille, passons à la cour
de France: en juin 1196, Guillaume des Barres assista au conseil devant lequel [p.78]
fut lue la charte de Renaud, comté de Boulogne,
promettant fidélité au roi (1).
En avril 1198, il jura au nom du roi les conditions sous lesquelles Thibaud
III, comte de Champagne, était admis à la ligéité
(2). En 1200, il fut l’un des seigneurs que
Philippe-Auguste donna pour caution à Blanche de Navarre des conventions
relatives à l’éducation et à la garde de la fille
de cette princesse. L’année suivante, il garantit au roi que le
mariage de la fille de Blanche ne pourrait causer aucun dommage au royaume
(3). Vers 1202, comme membre du conseil privé,
il figura parmi 1e grands barons appelés pour rendre l’arrêt
de la cour du roi, déclarant que le vidame de Châlons-sur-Marne
n’avait aucun droit sur la régale de l’évêché
de cette ville (4).
En 1204, il fut un de ceux qui se
portèrent caution de la fidélité au roi d’Alix, comtesse
d’Angoulême (5). Au mois d’août
1208, il fut choisi comme arbitre entre Renaud de Dammartin, comte de
Boulogne, et Blanche, comtesse de Champagne, au sujet de Brégy (6). Le 18 septembre 1214, il fut l’un des garants
de la trêve conclue par Philippe-Auguste avec Jean Sans-Terre, roi
d’Angleterre (7). En avril 1216, avec Mathieu
de Montmorency, il fut envoyé par Philippe-Auguste vers la comtesse
de Champagne pour en recevoir l’assurance qu’elle observerait sa trêve
avec Erard de Brienne (8). En novembre 1217,
il se porta garant, à concurrence de 200 marcs, de la fidélité
de Robert de Courtenay envers le roi, et en 1221; de celle de Guy de Saint-Paul,
jusqu’à 500 marcs (9). Le 1er mars 1221,
il fut l’un des barons qui rendirent compte de la conduite de l’évêque
de Paris dans son procès avec le roi au sujet du clos Bruneau (10).
|
Bouvines
(Grandes Chroniques de France, XIVe s.)
(3) Mon.
Germ. hist. scriptores, XXIII, 902. — Histor. de France, XVIII,
785. — P. DES VAUX DE CERNAY, Hystoria Albigensis, édit.
P. Guébin et E. Lyon, II, 195; III, 159.
(4) Les
grandes chroniques, IV, 184.
(5) Histor.
de France, XXIII, 686, 689.
(1) TEULET,
Layettes du Trésor des Chartes, V, 42.
(2) TEULET,
op. cit., I, 196.
(3) Arch. nat.,
B VI, f°1.
(4) L. DELISLE,
op. cit., p. 503.
(5) TEULET,
op. cit., I, n°742. — L. DELISLE, n°°
811, 812.
(6) BRUSSEL,
Usage des fiefs, p. 100. — D’ARBOIS DE JUBAINVILLE,
Hist. des comtes de Champagne, n°690.
(7) TEULET,
op. cit., I, n°1082.
(8) TEULET,
op. cit., I, n°1182. — D’ARBOIS, n°963.
L. DELISLE, n°1658.
(9) TEULET,
op. cit., I, n°1269. — La pièce est aujourd’hui
en déficit selon Dupuy, G. des Barres y était qualifié
comte; ibid., n°1448.
(10) TEULET,
op. cit., I, n°1439. — L. DELISLE, op. cit., n°2034.
|
Des Barres continua à servir Louis VIII, comme il avait servi son
père. Le 3 novembre 1226, à Montpensier, avec les barons
présents, il jura à Louis VIII mourant de faire couronner
tout de suite son fils Louis (11). [p.79]
|
(11) TEULET, op. cit., II, 96. — PETIT-DUTAILLIS,
La vie et le règne de Louis VIII, p. 145.
|
Guillaume des Barres excellait particulièrement dans les tournois
en l’honneur des dames: il est question d’un tournois à Saint-Trond,
ou l’auteur fait figurer en vantant sa beauté et son prix, le chevalier
Guillaume des Barres (1); ce côté
de sa vie ayant déjà été signalé par
plusieurs auteurs, il est superflu d’y revenir.
|
(1) Le roman de la Rose ou de Guill. de Dôle,
éd. G. Servais, p. LXVI, 21, 63. — A. LONGNON, Livre des vassaux
du comté de Champagne, p. 276. — H. STEIN, Inscriptions
de Sens, III, 418.
|
Voyons maintenant Guillaume des Barres dans ses terres: en 1177, il consentit
à une donation de son père Guillaume aux religieuses de
Noëfort (2). En 1182, avec l’assentiment
de Jean, son frère, il donna au couvent de Fontaines-les-Nonnes
sept muids de grain sur la dîme de Forfry, pour l’âme de son
père défunt, en échange de pareille rente sur la grange
de Notre-Dame de Châge (3). En 1194,
avec l’assentiment de ses frères et sœurs, il assigna au même
prieuré deux muids de froment et neuf setiers d’avoine sur le tensement
de Mitry pour le repos de l’âme de sa sœur Agnès. La même
année, il lui confirma en qualité de suzerain la donation
de son frère Jean sur la taille d’Ognes (4).
|
(2)
T. DUPLESSIS, Hist. de l’église de Meaux, II, 64.
(3) DUPLESSIS,
op. cit., II, 69.
(4) DUPLESSIS,
op. cit., II, 80.
|
En 1200, Guy d’Orville
et Guillaume, son frère, ayant vendu au prieuré du Val
Notre-Dame les droits de champart et d’hivernage qu’ils avaient sur les
terres de cette église situées près d’Orville, Guillaume
des Barres accorda à ce prieuré des lettres de garantie
de cette vente à cause de son comté de Chalon-sur-Saône,
dont ces terres relevaient. Dans l’acte, il n’a pas pris le titre de comte
de Chalon. Le sceau, rond, de 70 millimètres, représente un
château à trois tours, avec cette inscription autour: + SIGILLVM.
WILLELMI. DE. BARRIS. Le contre-sceau offre un écu losangé,
avec ces mots qui continuent l’inscription de la face: + COMITIS. CABILONIS
(5). Vers 1198, Guillaume II, comte de Chalon,
se fit moine à Cluny: sa fille Béatrix était en instance
de divorce avec Étienne, comte d’Auxonne. Il est probable que Philippe-Auguste
confia l’administration du comté à des Barres, en attendant
que l’autorité ecclésiastique eût prononcé
la dissolution de leur mariage pour cause de parenté. Ce fut seulement
au mois de janvier 1203 que Béatrix prit la gestion du comté
(6).
|
(5)
Arch. nat., S 4185, n°1, original scellé. — Ed. E. GRÉSY,
Not. sur Jean des Barres, p. 10. — DOUET D’ARCQ,
Invent. des sceaux, n° 1295. [Traduction littérale: “Sceau de Guillaume des Barres
.... comte de Châlon.” (B.G. 2007)]
(6) J.-L.
BAZIN, Les comtes héréditaires de Chalon-sur-Saône,
p. 83.
|
En 1201, Guillaume
des Barres notifia que son beau-frère, Guillaume Clugnet, avait
vendu à l’abbaye de Chaalis pour 60 livres trois arpents de vigne,
dénommés la vigne des Barres et [p.80] situés à Torigny, ainsi
que deux sous de cens sur trois masures au même lieu; Alix, femme
du donateur, et Guillaume, leur fils aîné, y consentirent,
ainsi que Jean son frère; comme suzerain du tout, à l’exception
de trois deniers dus à Eudes de Poincy, il accorda l’amortissement.
A l’original, est appendu un sceau rond de 85 millimètres, en cire
blanche, représentant un château à trois tours, avec
l’inscription: + SIGILLVM. WILLELMI. DE BARRIS. Le contre-sceau, de 50 millimètres,
diffère du précédent, en ce que l’écu losangé
est entouré de ces mots: + S’. WILLELMI. DE. BARRIS (1). En 1202, Geoffroy, évêque de
Senlis, confirma cette vente et enregistra le consentement de Simon de
Guignecourt, beau-frère de Guillaume Clugnet, de Jean son frère,
d’Alix sa femme, de Guillaume son fils, de Hugues de Ver son beau-père,
et de Comtesse, femme de celui-ci, enfin de Marguerite et de Marie, sœurs
du donateur (2). En 1203, Guillaume des Barres
amortit à l’aumône de la même abbaye la dîme de
Marchémoret que Guillaume Clugnet, son beau-frère, avec sa
femme et son fils, lui avait vendue pour 70 livres le sceau est identique
à celui qui a été décrit. Il y eut des lettres
confirmatives de Geoffroy, évêque de Senlis, et d’Anseau, évêque
de Meaux (3).
|
(1) Bibl. nat., ms. latin 17113, p. 309; coll, de
Picardie, 331, n°10, original. [Traduction littérale:
“Sceau de Guillaume des Barres... S(ceau) de Guillaume des Barres.” (B.G. 2007)]
(2) Bibl.
nat., coll. Picardie 331, n°11, original; — ms. latin 17113, p. 310;
ms. latin 11003, n° 983.
(3) Bibl,
nat., ms. latin 17113, p. 164; ms. latin 11003, f°254, n°981.
|
J’ai dit qu’en 1205, Guillaume des Barres
fut récompensé de ses services par la donation de La Ferté-Alais.
Il trouva une situation compliquée s’il faut en croire le cartulaire
de Philippe Auguste (4). Ainsi, Gautier, chevalier
de Lardy, déclara tenir ses biens de Guillaume des Barres, mais
être homme-lige du roi pour ce qu’il possédait à Lardy
et la moitié de deux moulins, à cause de quoi il devait deux
mois de garde à Montlhéry. Robert de Varennes était
également homme-lige du roi et lui devait deux mois de garde à
Montlhéry pour ce qu’il avait à La Ferté, à
Groteau et à Pierre-Omaise, ainsi que pour les possessions de son
oncle Guérin à Bonnes, une charruée de terre à
Artolu*, le bois Guérin et la maison
de La Fauque à La Ferté. Guillaume de La Ferté était
aussi homme-lige du roi et astreint au même devoir pour ses biens
de Verville. Arode du Plessis, mêmes obligations pour ce qu’il tenait
à Villiers, à la chaussée de La Ferté. De même,
Jean Briard, chevalier et seigneur de Villiers, relevait de Montlhéry,
pour un fief à La Ferté. Enfin, Philippe-Auguste avait accordé
aux habitants de Mondeville, vassaux du prieuré de Saint-Éloi
à [p.81] Paris, la faculté
d’acheter et de vendre, sans payer de droits, au marché de La Ferté
les denrées venant de Mondeville: ce sera, après sa mort, l’objet
d’un litige (1). Grâce à cette
donation, Guillaume des Barres, déjà chevalier banneret, fut
inscrit sur le rôle des châtelains (2).
|
(4) Arch. Nat. JJ 8. — Histor. de France, XXIII,
p. 671, 673.
* Corrigez:
de Retolu (hameau de Videlles, canton de La Ferté-Alais, Essonne) (B.G.,
2008)
(1) BEUGNOT,
Les Olim, 281, arrêt d’Octave de la Chandeleur
1268.
(2)
Histor. de France, XXIII, 683, 686.
|
Son premier souci fut de réviser les usagers du Buisson de Marbois
il demanda aux religieuses d’Yerres de justifier leur usage au bois mort.
Après enquête, dans laquelle fut certainement produite la
charte d’Aubry de Dammartin, il déclara qu’il n’avait aucun droit
de s’opposer à cet usage et le confirma tant pour la maison d’Artolu* que pour les neuf hôtes de Marbois; malgré
cette concession, il demeurera libre d’aliéner le bois quand bon
lui semblera, mais son aliénation n’abolira point le privilège
d’usage. Il imposa à la maison d’Artolu et aux hôtes de Marbois
l’obligation de faire moudre leur grain à son moulin banal; au cas
où le moulin serait occupé, il faudrait attendre qu’il fût
libre. Cet acte, daté de 1205, est identique à celui octroyé
par Aubry de Dammartin; il en existe un exemplaire délivré
sous le sceau du doyen de Melun; la même année, entre le 10
avril et le 31 octobre il fut confirmé par un diplôme de Philippe-Auguste
(3).
|
* Corrigez: de Retolu (hameau de Videlles, canton de La Ferté-Alais,
Essonne) (B.G., 2008)
(3) Pièces justificatives, n° 5.
|
En 1206, avec l’assentiment de son fils Guillaume, des Barres confirma
la donation faite par Guillaume Clugnet à l’aumône de Chaalis
de la dîme d’une terre qu’il tenait de lui en fief le sceau est toujours
le même (4). Désormais, pour
éviter toute confusion, il s’appellera Guillaume le père,
et son fils, Guillaume le jeune.
|
(4)
Bibl. nat., ms. latin 17113, p. 164.
|
Par un acte donné publiquement à La Ferté, en 1207,
il notifia que Jean Langevin, chanoine de Saint-Spire de Corbeil, avait
légué à son église soixante sous de rente à
percevoir sur une censive comprise dans la châtellenie de La Ferté
et relevant de Guy de Bonnes, chevalier, qui la tenait en fief du châtelain.
Il en accorda l’amortissement à condition que les chanoines célébreraient
l’anniversaire de son père, Guillaume la promesse fut tenue et
ils en marquèrent la commémoration sur leur obituaire au
13 novembre (5).
|
(5) COUARD-LUYS, Cart. de Saint-Spire, p. 60,
170.
|
En septembre 1213, devant Geoffroy, évêque de Meaux, Guillaume
des Barres le père assigna aux religieuses de Fontaines trois muids
de blé sur sa dîme d’Oissery pour le salut de son âme [p.82] et pour ses parents. En 1214,
avec sa fille Amicie, il leur donna dix livres provinoises à percevoir
sur le cens d’Oissery, après sa mort, à charge de prières
(1). En janvier 1214, il reconnut tenir de
Thibaud IV de Champagne ce qu’il possédait à Saint-Pathus,
à Marchémoret et à Silly, sauf la forteresse; il se
déclara son homme-lige, après la ligeance du comte de Dammartin
(2).
|
(1) DUPLESSIS, op. cit., p. 105.
(2) TEULET,
Layettes, V, n°209. — D’ARBOIS, n°897.
|
En 1218, Guillaume des Barres le vieux notifia que Guillaume Clugnet et
sa femme Alix avaient donné aux religieux de Chaalis tout ce qu’ils
avaient acheté à Marchémoret: une maison avec granges,
jardins, dépendances et vingt-huit arpents de terres labourables,
sous réserve du cens et du champart; en outre, Alix leur avait légué
trois arpents de terre, au milieu desquels s’élevait ladite maison,
sans coutumes ni cens; en qualité de suzerain, il amortit ces concessions
et les exonéra de toute redevance à son égard; Geoffroy,
évêque de Meaux, approuva la donation (3). Au mois d’août 1222, des Barres consentit
à ce que le prieur de Saint-Martin de Crécy disposât
à son gré du tiers des dîmes d’Oissery et de Forfry,
qu’il tenait d’un bienfaiteur de son monastère. A la même
date, il prit à bail emphythéotique le tiers de la dîme
d’Oissery et de Forfry, appartenant au même prieuré, pour
douze muids de blé (4).
|
(3)
Bibl. nat., coll, de Picardie 313, n°25, original; ms. latin 17113,
p. 164; ms. latin 11003, n° 988.
(4) J.
DEPOIN, Chartes de Saint-Martin-des-Champs, III,
385, 386. — E. GRÉSY, Not. sur Jean des Barres, p. 11.
|
En juillet 1223, il déclara que Thibaud de Champagne étant
en tutelle lorsque sa mère, la comtesse Blanche, lui avait donné
une rente de soixante livres sur le péage de Coulommiers dont il
avait été reçu à l’hommage, pouvait, étant
devenu majeur, révoquer cette donation (5).
Au mois de novembre suivant, il déclara que la terre que Philippe-Auguste
lui avait donnée dans le pays de Caux devait, après sa mort,
retourner au roi (6). En décembre,
il reçut de Louis VIII une pension de trois cents livres sur les
prévôtés de Paris et de Crépy-en-Valois, la pêcherie
dans les viviers d’Anthilly et la chasse avec l’usage au bois mort dans
la forêt de Retz pour sa maison de Gondreville (7).
|
(5)
D’ARBOIS DE JUBAINVILLE, actes, n°1549.
(6) Arch.
nat., JJ 31, 93. — CH. PETIT-DUTAILLIS, La vie et le règne de
Louis VIII, p. 455.
(7) Ed.
E. GRÉSY, Not. sur Jean des Barres. p. 9, n°3,
d’après Bibl. nat. ms latin 9852, f°180. — PETIT-DUTAILLIS,
p. 456.
|
En juillet 1229, il notifia que le chevalier Renaud de Montigny, son frère,
avait donné à l’abbaye de Chaalis dix arpents de terre [p.83] dans la couture de Liuvre: en qualité
de suzerain, il accorda l’amortissement (1).
L’original n’a plus le sceau dont Gaignières a fait exécuter
un beau dessin: il est conforme à celui décrit sous l’année
1201. Au temps de l’évêque Anseau (1195-1207), il avait
fondé deux prébendes en l’église d’Oissery: par
une charte de 1230, il stipula qu’elles seraient à la collation
de l’évêque (2).
|
(1) Bibl. nat., coll, de Picardie, 313, n°36,
original; ms. latin 17113, p. 163; ms. latin 11003, n° 991.
(2) DUPLESSIS,
II, 125.
|
Au mois d’octobre 1230, comme châtelain de La Ferté, il approuva
l’engagement de la dîme de Mélimon et de la Boissière
à Bouville, que Guillaume de Gravelle avait consenti aux religieuses
de Villiers-le-Châtel. En février 1231 (n. st.), avec l’autorisation
du roi, il leur amortit quatre arpents de terre situés à
Courdimanche et relevant de sa seigneurie. Au mois de mars 1232 (n. st.),
il leur donna une maison ayant appartenu à Jean Briard, sieur de
Villiers, et sise dans sa mouvance, ainsi que quarante sous de cens, le
tout sous réserve de la justice (3).
|
(3)
D. FLEUREAU, Briefve histoire de l’abbaie Notre-Dame la Roïale
de Villiers, éd. P. Pinson (Ann. de la Soc. Archéol. du
Gâtinais XI, p. 14-15).
|
Le testament de Guillaume des Barres ne nous est point parvenu: on sait
néanmoins qu’il légua cent livres à Notre-Dame de
Paris pour la fondation de son anniversaire, marqué sur l’obituaire
avec éloge de sa noblesse et de sa vaillance; quarante livres à
la cathédrale de Meaux; enfin dix sous pour la pitance à
l’Hôtel-Dieu de Meaux (4).
|
(4)
A. MOLINIER, Obituaires, I, 115; IV, 42, 190. — Duplessis, II,
473.
|
Guillaume des Barres et sa femme, Amicie de Beaumont, comtesse de Montfort,
donnèrent à l’abbaye de l’Estrée l’usage du bois
mort dans la forêt d’Yveline et le péage d’Elleville, ainsi
que l’usage du bois mort à ses religieux d’Aunay, pour le repos de
l’âme du comte Simon III de Montfort, premier mari de ladite dame
(5); cette charte ne porte point de date, mais
la présence de Robert, comte de Leicester, parmi les témoins,
prouve qu’elle est antérieure à décembre 1204; c’est
la seule où les deux époux se trouvent réunis. En revanche,
sans son assistance, Amicie, dame de Montfort, délivra plusieurs actes:
vers 1182, elle donna à l’abbaye de Lyre une rente de soixante sous
angevins sur sa dot pour le repos de l’âme de son frère, Guillaume
de Breteuil (6). Avec l’assentiment de ses fils,
Simon et Guy, elle assigna aux religieux des Vaux-de-Cernay une rente sur
la prévôté de Rambouillet (7).
En 1195, elle confirma la cession de la seigneurie [p.84] de Pacy, faite par son frère
Robert, comte de Leicester, au roi Philippe-Auguste; l’acte est scellé
d’un sceau ovale représentant une dame portant un rameau, avec ces
mots autour: + SIGILLVM. AMICIE. DOMINE. MONTISFORTIS (1).
|
(5) A. RHEIN, La seigneurie de Montfort, n°62
et p. 315, n°25.
(6) A.
RHEIN, La seigneurie de Montfort, n°39 et p.
310. n°17 et p. 266.
(7) Bibl.
nat., coll. Clairambault, 306, p. 511.
(1) A. RHEIN,
op. cit., n°42. [Traduction
littérale: “Sceau d’Amicie, dame de Montfort.” (B.G. 2007)]
|
Fin 1204, Amicie abandonna au roi le château de Breteuil et tout
ce que le comte de Leicester, son frère, avait de ce côté
de la mer; elle garantit que sa sœur, femme de Sehier de Quincy, n’élèverait
pas de réclamation sur ces biens; Philippe-Auguste lui donna en
échange le château de Saint-Léger avec la totalité
de la forêt d’Yveline, ce qui dépendait de la prévôté
du château, sauf les fiefs de Guillaume de Garlande et de Jean de
Rouvray, les fiefs des Bordes et de Fouilleux et la grurie des bois de Gazeran.
En mai 1206, elle assigna à la cathédrale de Chartres une rente
de cent sous à prendre sur le cens de Saint-Léger. En mai
1208, elle permit au prieuré de Bazainville de convertir un bois en
terres labourables, moyennant trente livres. Le 8 juillet 1208, elle donna
aux religieuses de Gambaiseuil le lieu dit Grandchamp, dans la forêt
d’Yveline, à charge d’y établir six chanoines prêtres
(2). En 1213, elle accorda au prieuré
Saint-Nicaise de Meulan le pressurage de la vigne que les moines tenaient
d’elle, sauf le cens et les droits de justice (3).
La même année, elle donna à l’infirmerie des pauvres
de l’abbaye des Vaux-de-Cernay le panage de quarante porcs dans ses défens
(4). Le 27 avril 1213, elle confirma à
l’abbaye de Grandchamp la donation faite par Falque de Chartres, femme
de Pierre de Poitiers. En 1215, elle assista à un accord entre vassaux
de Montfort par devant le bailli. En octobre 1220, elle donna au prieuré
de Bazainville le droit de pâturage dans l’Yveline, en dehors des
défens, les hommes du prieuré devant en retour faire les
corvées de curage dans les fossés de Houdan (5).
|
(2)
A. RHEIN, op. cit., n°60, 61, 64, 76, 77.
(3) A.
RHEIN, op. cit. n° 107. — E. HOUTH, Rec.
des chartes de Saint-Nieaise de Meulan, n°84.
(4) MERLET
et MOUTIÉ, Cart. des Vaux de Cernai, I, 190.
A. RHEIN, op. cit., n°108.
(5) A.
RHEIN, op. cit., n°° 111, 176.
|
Le 19 février 1222 (n. st.), Amicie ordonna que sa fille Pernelle
serait élevée à Saint-Antoine de Paris jusqu’à
l’âge de douze ans, moyennant le paiement annuel d’une somme de dix
livres sur la terre de Montfort, et l’autorisa à se faire ensuite
religieuse, auquel cas elle donnerait une rente annuelle de vingt livres.
Son sceau, ovale, représente une dame debout, tournée de trois
quarts à gauche, vêtue d’une ample cotte retenue par une ceinture
et dont la traîne déborde sur la légende ; un manteau
couvre ses épaules [p.85] et son chapeau
plat est attaché sous le menton par une large bande d’étoffe.
A sa droite, un arbre porte, attaché à une de ses branches,
un écu sur lequel est représenté un lion.
Autour, on lit: + SIGILL’. AMICIE. COMIT1SSE. LEICESTRIE. ET. MONTIS. FORTIS.
D’E. (1) La confirmation de plusieurs de ses
actes en 1222, par son petit-fils Amaury, m’incline à regarder cette
année comme celle de sa mort. Son obit était célébré
le 31 août à Saint-Denis, le 3 septembre à Saint-Nicaise
de Meulan, le 5 octobre à l’abbaye des Hautes-Bruyères où
elle fut inhumée dans la salle capitulaire. Sur sa tombe, on grava
son effigie au trait, avec l’inscription suivante: HIC. QVIESC1T. AMICIA.
QVONDAM. COMITISSA. MONTISFORTIS. AC. LICESTRIE. CVIVS. ANIMA. CVM. FIDELIBUS.
DEI. REQVIESCAT. AMEN. OBIIT. AVTEM. TERTIO. NONAS. OCTOBRIS (2).
|
(1) A. RHEIN, op. cit., n°183
et p. 322, n° 36. [Traduction littérale:
“Sceau d’Amicie comtesse de Leicester et D(ame) de Montfort.” (B.G. 2007)]
(2) A. RHEIN, op. cit., p. 62. E. HOUTH,
op. cit., p. 197. Amicie avait donné aux religieux
de La Saussaye cinq charretées de bois à prendre dans sa
forêt, ce qui fut confirmé par son petit-fils Amaury, en mars
1223 (Arch. de Seine-et-Oise, D 1381 bis, f°3).[Traduction littérale: “Ici repose Amicie autrefois
comtesse de Montfort et de Leicester. Que son âme repose avec les
fidèles de Dieu. Amen. Elle est morte le 3 des nones d’octobre.” (B.G. 2007)]
|
De son union avec Amicie de Beaumont qu’il épousa vers 1182
(3), Guillaume III des Barres avait eu au moins
sept enfants: 1° Guillaume IV, qui suit; 2° Marie, dame de La
Ferté Alais, en partie, dont la vie sera retracée au chapitre
suivant; 3° Jeanne, veuve de Guillaume seigneur de Coubert, en 1233,
où elle soumit à l’approbation de son père la donation
qu’elle avait faite à sa sœur Alipe, religieuse à Fontaines
(4); 4° N..., femme de Raoul du Sart en 1201,
dotée d’un fief à Bapaume qui lui fut confirmé par Philippe-Auguste;
une quinzaine d’années plus tard, Guillaume des Barres assistera
à une enquête sur les fiefs de son gendre (5); 5° Alipe, qui devint prieure de Fontaines,
où son obit était célébré le 28 février
(6); 6° Amicie, également religieuse
à Fontaines, où elle mourut très âgée,
un 23 décembre (7); 7° Pernelle,
religieuse à Saint-Antoine.
Parvenu
à une heureuse vieillesse, Guillaume des Barres s’éteignit [p.86] le 23 mars 1233 (n. st.), suivant
le nécrologe de Fontaines, où il fut inhumé dans
le chœur de l’église, sous la clef de voûte. Sur le tombeau
était couchée la statue du défunt, les mains jointes,
la tête nue reposant sur un carreau soutenu par deux anges, vêtu
d’une tunique à manches étroites, descendant jusqu’à
mi-jambes, fermée sur la poitrine par une fibule de forme circulaire
et serré à la taille par une ceinture de cuir à laquelle
est suspendue une aumônière; sur ses épaules est posé
un manteau ouvert, et ses pieds, qui écrasent la tête d’un
lion symbolique, sont chaussés de sandales. Ce costume pourrait surprendre,
on en verra plus loin l’explication (1).
Les religieuses de
Fontaines firent circuler à son intention un rouleau mortuaire
(2), orné d’une belle miniature: l’effigie
du défunt y est représentée de profil, revêtu de
l’ordre de Fontevrault, le capuce relevé sur la tête et les bras
sont posés en croix sur les cuisses; le corps est exposé sur
un lit de parade. Au milieu de la crypte s’avance Pierre de Cuisy, évêque
de Meaux, en habits pontificaux, tenant le goupillon de la main droite
pour jeter l’eau bénite sur le corps; suivent deux acolytes, dont
l’un porte la croix processionnelle et l’autre un livre fermé.
Derrière eux, se presse un groupe de six religieuses voilées
et drapées aux mêmes cou leurs que le défunt; celle
qui figure au premier plan, sans doute la prieure Alipe, fait un geste
de douleur et porte à la main droite un livre à fermaux.
Au chevet du mort se tiennent deux religieuses en pleurs, les yeux fixés
sur leurs livres d’heures ouverts: l’une est sans doute sa fille Amicie.
Au-dessus de leurs têtes est suspendu un bouclier portant ses armoiries,
losangé d’or et de gueules; en chef, à
dextre, est ajouté en guise de franc-quartier un petit écu
d’azur destiné sans doute à recevoir celles de sa femme,
un échiqueté. Au bas de la miniature sont inscrits en belles
capitales onciales les deux vers léonins que je traduis: «Vous
qui regardez ce tombeau, apprenez à mépriser les choses d’ici-bas,
car il sera la dernière demeure de tout homme.»
|
(3) Robert III de Meulan, dit aux Blanches-Mains,
seigneur de Beaumout-le-Roger et comte de Leicester, mourut en Grèce
en 1190. De son mariage avec Pétronille de Grandménil, il avait
eu: Robert IV, qui lui succéda; 2° Guillaume, seigneur de Breteuil;
3° Roger, évêque de Saint-André; 4° Amicie,
seconde femme de Simon III de Montfort après 1167, mariée
vers 1182 à Guillaume des Barres (Cf. L. DELISLE, Cart. normand,
n° 7).
(4) E. GRÉSY, Not. sur J. des Barres,
p. 8, d’après le cartul. de Fontaines, qui existe encore dans
une collection particulière. Cette charte mentionne leur fille
Isabelle, femme de Simon de Poissy.
(5) L. DELISLE, Actes de Philippe-Auguste,
n°658. — Histor. de France, XXIV, 59*,
(6) A. MOLINIER, Obituaires, IV, 189.
(7) A. MOLINIER, Obituaires, IV, 194.
(1)
A. MOUNIER, Obituaires, IV, 42. — DUPLESSIS, op.
cit., II, 132. — La pierre tombale, identifiée par EUG. GRÉSY
et sauvée de la destruction, est reproduite dans son ouvrage.
(2) E. GRÉSY, Étude histor. et paléographique
sur le rouleau mortuaire de G. des Barres, 1865, avec planches.
L. DELISLE, Rouleaux des morts, p. 407.
|
Après avoir passé par Dammartin, Lagny, Chelles, Gournay,
Malnoue, le rouleau fit le tour de la capitale et en sortit pour se rendre
à Longpont, Étampes, Morigny et La Ferté-Alais, où
le prieur y écrivit ces quatre vers:
[p.86]
|
|
Guillermus, tutor Feritatis,
juris amator,
Vir bello fortis intravit limina
mortis:
Ad te clamamus, Deus, unanimesque
rogamus,
Per noctem requiem des sibi perque diem.*
C’est-à-dire:
«Guillaume, le défenseur de La Ferté, l’ami de la
justice, le vaillant guerrier a touché le seuil de la mort: mon
Dieu, nous nous réunissons tous pour vous prier et vous supplier
de lui accorder le repos éternel. Ce rouleau était chez nous
à la vigile de l’Ascension de Notre-Seigneur.» Il fut porté
à Notre-Dame de Corbeille surlendemain, 13 mai, et enrichi de ces
six vers:
|
[Traduction
plus littérale: “Guillaume, défenseur de la Ferté,
ami du juste droit, homme vaillant à la guerre, a franchi le seuil
de la mort. Nous te le demandons tous d’un seul cœur, Dieu, donne lui le
repos jour et nuit.” (B.G. 2007)]
|
Urbs cecidit fortis, cum vivere
desiit iste;
Francorum portis signum lacrimabile
triste
Apparens mortis, cujus solamen habere,
Vix posset vere Gaulorum turba cohortis
Hanc [lisez: Hunc] Deus in celis teneat et
corde fidelis
Pro regno micuit catholicusque
fuit.
En d’autres
termes: «La mort de ce brave équivaut à la perte d’une
ville forte. Aux portes de la France apparut un signe lamentable de tristesse
à la nouvelle de cette mort dont l’armée tout entière
des Français aura peine à se consoler. Que Dieu admette
au séjour des bienheureux celui qui s’est montré bon catholique
et dont le cœur a été si fidèle au royaume.» De Corbeil, le rouleau fut porté
à Saint-Père de Melun, Barbeau, Chaumont, etc... A Notre-Dame
de Fontenay dans le diocèse d’Orléans, une plume habile
dessina Guillaume des Barres tel qu’on l’avait connu, en cotte de mailles,
surcot et ceinture, la lance à la main droite, et la gauche appuyée
sur un immense bouclier. Les détails du voyage, qui dura du 6
mai au 20 août et atteignit 198 communautés, est sans intérêt
pour mon sujet.
|
[Traduction
plus littérale et plus exacte: “Une ville forte est tombée,
lorsqu’il a cessé de vivre, signe funeste aux portes des Francs,
lamentable, manifeste, d’une mort dont la foule de l’armée des Gaulois,
à la vérité, pourra difficilement se consoler. Que le Dieu fidèle le garde aux cieux et dans son
cœur: il s’est battu pour le royaume et a été
catholique.” (B.G. 2007)]
|
|
*
* *
Guillaume IV des Barres, cité
en 1206 avec son père, lui succéda dans les terres de Brie,
mouvant du comte de Dammartin ou du comte de Champagne, mais il n’eut
qu’une portion non définie sur la moitié de La Ferté-Alais.
Comme son père, il fut un brillant chevalier. Pierre II, roi d’Aragon,
étant venu assiéger Muret, Simon de Montfort demanda de
tous côtés des renforts pour aller délivrer la ville
et fixa le rendez-vous à Saverdun: «Lors trente chevaliers
estoient venu novelement de France por faire leur pèlerinage, entre
les quiex uns chevaliers iert qui estoit frère du comte [p.87] par sa mère,
qu’en appeloit Guillaume des Barres.» Les croisés culbutèrent
les détachements campés sur leur passage et pénétrèrent
dans la place; le lendemain, 12 septembre 1213, dans une vigoureuse sortie,
ils attaquèrent les Aragonais, qui ne purent soutenir le choc et
s’enfuirent en laissant sur le terrain de nombreux morts, parmi lesquels
le roi d’Aragon. Aussitôt les prélats présents adressèrent
une lettre à la chrétienté pour annoncer la victoire;
ils n’oublièrent point de souligner le concours opportun et efficace
de Guillaume des Barres (1).
|
(1) Hystoria Albigensis, II, 144; III, 170.
— D. VAISSÈTE, Hist. gén. de Languedoc, VI, 423.
|
En 1214, dans le rôle des chevaliers bannerets du Vexin qui prirent
part à la bataille de Bouvines, figure Guillaume des Barres le
jeune (2). Le prince Louis avait projeté
une descente en Angleterre: le 24 août 1217, à la bataille
de Lincoln, des Barres fut fait prisonnier (3).
En 1231, le 23 juillet, dans la solde des chevaliers convoqués
à Antrain pour marcher contre le comte de Bretagne, il fut porté
pour 40 livres (4).
En
avril 1234, il fut sollicité par les chanoines de Saint-Spire de
Corbeil de leur confirmer la rente de soixante sous donnée par
Jean Langevin sur les cens de La Ferté qu’il tenait de Guy de
Bonnes, chevalier, et ledit Guy, de son père: avec sa femme Héloïse,
il accéda à leur désii et amortit à nouveau
ladite rente, à condition que l’anniversaire de sa mère
et le sien seraient célébrés, mais il n’en est pas
fait mention dans l’obituaire (5).
|
(2)
Histor. de France, XXIII, 686. — G. des Barres le
jeune fut donné, en 1215, par Hervé, comte de Nevers, comme
caution du mariage projeté de sa fille avec Philippe de France (Hist.
de France, XVIII, 784).
(3) Histor.
de France, XVIII, 361.
(4) Histor.
de France, XXI, 221.
(5) Cart.
de Saint-Spire, p. 73.
|
En
juillet 1234, il amortit en faveur de l’abbaye de Villiers les prés
que les hoirs de Thomas de Buno lui avaient vendus (6). Le 8 juin 1236, il fut mandé à
Saint-Germain-en-Laye pour un service de trois semaines contre le comte
de Champagne (7).
|
(6)
D. FLEUREAU, Hist. de l’abbaie de Villiers (Ann. du Gâtinais,
XI), p. 14.
(7) Histor.
de France, XXIII, 725.
|
En 1238, des Barres déclara que messire Baudouin de Vayres, chevalier,
avait donné en sa présence aux Templiers du Saussay, pour
ses parents défunts et pour la rémission de ses péchés,
deux setiers de vin à percevoir sur le pressoir et la vigne voisins
de leur maison. A l’original est appendu un sceau rond, de 70 millimètres,
du type équestre: le cavalier galope vers la droite en brandissant
son épée et en se couvrant d’un bouclier à ses armes,
avec [p.89] cette
légende autour: + SIGILLVM. GVILLERMI. DE. BARRIS. Le contre-sceau,
en 37 millimètres, représente un château à
trois tours, accosté de deux fleurs de lys (1).
|
(1) Arch. nat., S 5150, n°31, original scellé. [Traduction littérale: “Sceau de Guillaume des Barres.” (B.G. 2007)]
|
Le 24 octobre 1238, il déclara avoir vendu à Hugues, duc
de Bourgogne, moyennant 434 livres, le fief de Vèvre et ses dépen
dances qu’il possédait en commun avec son beau-frère Guillaume
de Mont-Saint-Jean (2). Le sceau que l’éditeur
a fait graver d’après l’original reproduit le château sur
la face, et le sujet équestre en 37 millimètres, au contre-sceau.
D’après les comptes de 1239, il reçut un manteau de cent
sous, comme chevalier de l’hôtel du roi (3).
|
(2)
PÉRARD, Documents inédits pour servir à l’histoire
de Bourgogne, p. 440.
(3) Histor.
de France, XXII, 587.
|
En novembre 1241,
avec l’assentiment de sa femme Héloïse et de son fils Guillaume,
chevalier, il échangea quatre arpents de terre dans la couture
d’Oissery contre quatre arpents que Hugues Le Fauconnier tenait de lui
en fief, entre Saint-Pathus et Noëfort: en outre, pour se libérer
de vingt livres provinoises qu’il lui devait, il lui donna trois arpents,
à charge de deux deniers de cens. L’original est scellé de
deux sceaux: celui du châtelain, rond, en 60 millimètres, en
cire blanche, représente un château à
trois tours accosté, de deux fleurs de lys, avec l’inscription:
+ SIGILLVM... DE BARRIS; le contre-sceau représente un écu
losangé, entouré de ces mots: + SECRETVM. GVILLERMI. DE. BARRIS.
Celui de la châtelaine, ovale, 70 millimètres de hauteur, représente
une dame debout en robe et manteau, coiffée du hennin, tenant une
fleur en sa main droite et la gauche sur la poitrine, avec ces mots autour:
+ S’. HELOIS. VXORIS. WILL’I. DE.BARRIS (4).
|
(4)
Bibl. nat., coll. de Picardie, 337, n°30, original scellé.
[Traduction littérale: “Sceau de...
des Barres. (...) Contre-sceau de Guillaume des
Barres. (...) S(ceau) d’Héloïse epouse de Guillaume des Barres.”
On notera que le mot de secretum, “contre-sceau”, est curieusement ignoré
du Lexicon tant de Blaise que de celui de Niermeyer, alors qu’il
paraît tout à fait usuel à cette époque (B.G.
2007)]
|
A la même date, tous trois approuvèrent un échange
de biens à Silly, conclu entre Guillaume Clugnet, chevalier, et
le prieuré de Saint-Laurent-au-Bois, à Othis, membre de l’abbaye
Saint-Vincent de Senlis. En juillet 1244, avec l’assentiment de sa femme,
de son fils Guillaume, de ses filles Amicie et Hélissende et de
son gendre Guyot d’Aulnay, Guillaume des Barres ratifia la fondation de
deux chanoines audit prieuré par le même Guillaume Clugnet,
moyennant la donation de cinquante-trois arpents de terre et six arpents
de bois à Silly et à Moussy-le-Vieux (5). A une charte mutilée de décembre
1246 que Douèt d’Arcq a connue, mais qui n’a pu être retrouvée,
il apposa son sceau identique à celui qui vient d’être décrit
(6). En 1246, il approuva le don de quinze arpents
de bois fait à l’église de Silly [p.90] par Manessier de Saint-Médard,
chevalier, et Mathilde, sa femme (1).
|
(5).
Arch. de l’Oise, H 730 et H 519, p. 221.
(6) DOUET D’ARCQ,
Invent. des sceaux, n° 1297.
(1) Arch.
nat., S 6764. — E. GRÉSY, Not. sur Jean des Barres, p.
25. — En 1245, G. des Barres avait une censive à Lagny-le-Sec (Arch.
nat., LL 1187, p. 16).
|
Survint la croisade, à laquelle il voulut participer: en juin 1248,
il notifia que Jean Trousseau, chanoine de Corbeil et de Paris, avait
légué à l’église de Saint-Spire certaines maisons,
terres et censives, tant à Corbeil qu’à Essonnes et Chevannes,
avec un muid de blé de rente à prendre sur la terre du Plessis-Pâté,
dont la délivrance fut faite par Hugues du Plessis, son héritier;
moyennant finance, il en accorda l’amortissement (2). Il lui fallait de l’argent pour les frais de
l’expédition: en juin 1248, avec sa femme Héloïse, il
vendit à l’abbaye de Morigny huit livres de rente sur la prévôté
de La Ferté-Alais. Le mois suivant, devant Pierre évêque
de Meaux, Héloïse accorda son consentement, ce qui indiquerait
qu’elle résidait habituellement à son château d’Oissery.
Le 18 juillet, il écrivit à sa sœur, Marie, dame de Mont-Saint-Jean,
et au prévôt de La Ferté pour leur notifier la vente
d’une rente de huit livres qu’il percevait sur leur prévôté,
à la Purification: il lui serait agréable qu’elle fût
payée exactement, sans aucune taxe. Il obtint de Louis IX des lettres
de confirmation, mentionnant que ladite rente relevait de la couronne (3).
|
(2)
J. DE LA BARRE, Antiquitez de Corbeil, p. 137. — LEBEUF, op.
cit., IV, 307.
(3) MENAULT,
Morigny, cartul., p. 106, 107, 108, 113. — D. FLEUREAU,
op. cit., p. 578.
|
Du chef de sa femme, des Barres possédait la vicomté de
Provins: en juillet 1248, avec son assentiment, il la vendit à Thibaud,
comte de Champagne, à charge de partager avec lui le fruit des
amendes et des exploits; par une charte du même mois, son beau-frère,
Jean Britaud, qui partait également pour la croisade, ratifia la
vente effectuée par sa sœur Héloïse et son mari (4). Le même mois, avec l’assentiment de sa femme,
de ses fils Jean et Guillaume, des Barres assigna aux religieuses de Fontaines
un demi-muid de blé à prendre annuellement sur la dîme
de Forfry (5). Antérieurement, une date
inconnue, il avait jadis fondé en l’abbaye du Paraclet, que la famille
de Nangis affectionnait tout particulièrement, un anniversaire pour
lui-même, sa femme Héloïse, ses fils Pierre, chevalier,
et Guillaume, écuyer, ses filles Jeanne et Hélissende; il
était marqué sur l’obituaire au 24 avril (6). [p.91]
|
(4)
M. LECOMTE, Les Britaud, seigneurs de Nangis-en-Brie (Bull. de la Soc.
Archéol. de Seine-et-Marne, 1909), p. 203 et 204.
(5) DUPLESSIS,
op. cit., II, 151.
(6) MOLINIER,
Obituaires, IV, p. 412. — A sa mort, il était
en procès avec Gilbert de Nesles, chevalier (BOUTARIC, Actes
du Parlement, p. 420).
|
Les préparatifs de la croisade étant terminés, au
mois d’août 1248, Guillaume des Barres rejoignit Aigues-Mortes;
il s’embarqua avec le gros des croisés pour faire escale dans l’île
de Chypre, où l’on décida de passer l’hiver; cantonné
à Nicosie, où régnait une violente épidémie,
il en fut atteint et mourut le 13 novembre, suivant l’obituaire de Saint-Spire
de Corbeil, ou le 15, suivant celui de la cathédrale de Sens, ou
même le 16, suivant le nécrologe de la Grande Confrérie
de Notre-Dame de Paris (1).
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(1) Histor. de France, XX, 356, 552; XXI, 165,
185; XXIII, 117. — H. GÉRAUD, Chron. lat. de Guillaume de
Nangis, I, 203. — Gallia christ., IX, 744. — A. MOLINIER,
Obituaires, I, 13, 84, 408.
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En juin 1250, Héloïse,
veuve de Guillaume des Barres, notifia que Jean Rouget, chevalier de
Forfry, et Jeanne, sa femme, avaient vendu à l’abbaye de la Victoire
de Senlis deux parts d’une dîme d’Oissery qui avait appartenu à
défunt Jean Bâtard, chevalier, père de ladite dame.
Après avoir souligné que la mouvance de cette dîme
faisait partie du douaire qui lui avait été constitué
lors de son mariage, elle déclara en approuver la vente et l’amortir;
à l’original est appendu le sceau de la châtelaine déjà
décrit (2). Le même mois, elle
notifia que Geoffroy Leschans, chevalier, et Ève, sa femme, avaient
vendu 40 arpents de bois à Philippe, chevalier de Nogent, représentant
sa mère, Marie de Villepinte; puis ledit Philippe s’en était
dessaisi au profit de Colin de Pomponne et d’Alix, sa femme, dont ces
bois devenaient la dot: Héloïse en accorda l’investiture et
la garantie (3). En décembre 1251,
assistée de son fils, Jean des Barres, seigneur d’Oissery, elle
autorisa les religieux de la Victoire à posséder en mainmorte,
sous réserve de la justice, trois arpents et demi de terre, mesure
d’Oissery, qu’ils avaient achetés à Thomas Bateau et se
trouvaient situés au-dessus de la ville: il était défendu
d’y construire une maison sans l’autorisation expresse des suzerains (4). L’original
est scellé du sceau d’Héloïse déjà décrit
et de celui de Jean des Barres, représentant un écu parti
d’un losangé, qui est des Barres, et d’un lion rampant à
la queue fourchée, qui est de Montfort: la vague parenté
dont il se réclama dans sa jeunesse, pour l’abandonner dans un âge
avancé, se retrouvera dans le sceau de son frère. Héloïse
vivait encore au mois d’octobre 1260 où Jean des Barres garantit
une vente contre toute revendication de sa mère, mais elle était
décédée au mois [p.92]
d’avril 1261, ou une nouvelle garantie ne la mentionne
plus (1). Guillaume IV des Barres avait épousé
Héloïse, fille de Pierre Britaud, châtelain de Nangis-en-Brie
et vicomte de Provins, et d’Ermengarde de Boutigny; les Britaud portaient
pour armoiries de gueules au sautoir d’or. De cette union, il eut
au moins sept enfants: 1° Pierre, chevalier, mort jeune; 2° Jean,
châtelain d’Oissery, inhumé en 1289 dans ladite église,
oh se voit sa pierre tombale (2); 3° Guillaume,
qui suit; 4° Amicie, femme de Guyot d’Aulnay; 5° et 6° Jeanne
et Hélissende, sans alliance connue.
|
(2) Bibl. nat., coll, de Picardie, 337, n°40,
original scellé.
(3) Bibl.
nat., ms. latin 5482, f°227.
(4) Bibl.
nat., coll. de Picardie, 337, n°43, original scellé. — Arch.
de l’Oise, H 742, f°237.
(1) Cartul.
de l’abbaye de la Victoire (Arch. de l’Oise, H 742, f°239).
(2) E.
GRÉSY, Not. généal. sur Jean des
Barres, avec planches, 64 p., in-8°, 1850.
|
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*
* *
Guillaume V des Barres, cité avec
son père et sa mère en juillet 1248, conserva quelques
biens autour de La Ferté-Alais, ce qui l’amena à épouser
Héloïse Le Fauconnier, dame en partie de Puiselet. En mai
1266, il approuva une transaction entre son frère Jean et les Templiers
de Lagny-le-Sec au sujet de la haute justice et du droit de pâture
sur les terres situées entre leur maison et Marchémoret.
Son sceau, rond, en 27 millimètres, représente un écu
parti d’un losangé et d’un lion rampant à la
queue fourchée, avec une inscription dont il reste ces mots:
... GVILLAUME. DES. BARRES... (3). On ne sait
si Guillaume suivit son père et son frère à la croisade
de 1248, mais, en 1265, il prit part à l’expédition de Charles
d’Anjou pour la conquête du royaume de Naples. II devint chevalier-terrier
de l’hôtel et conseiller du roi qui lui confia des commandements
militaires en Achaïe et en Romanie, en 1272 et 1273. Il figure maintes
fois sur les registres angevins de Naples de 1271 à 1277 (4). Puis, laissant ses possessions de Sicile à
son fils Guillaume, également chevalier-terrier de l’hôtel
(1276, †1281), il revint en France. En 1285, on le trouve en procès
avec l’abbaye de Chaalis au sujet de la haute justice de Silly, à
cause de laquelle il revendiquait comme épave les biens d’un certain
Guillaume Langlois, mort sans hoirs; les religieux prétendaient
qu’il était décédé en dehors de sa juridiction
et que d’ailleurs Guillaume des [p.93] Barres leur
avait jadis donné les biens en litige; Gautier d’Aulnay, chantre
de Beauvais, pris comme arbitre, lui donna gain de cause (1).
|
(3)
Arch. nat., S 5173, n°20. — DOUET D’ARCQ, Inv. des sceaux,
n°1299. — MANNIER, Le grand prieuré de France, p. 253.
(4) DURRIEU,
Archives angevines de Naples, II: reg. X, f°187;
XXIX, f°115; XVII, f°95; XV, f°84; XIV, f°168 ; XXII,
f°228; XXVII, f°165. — Pour le fils: XXII, f°228; XXVII, f°165;
CCXXV, f°301; XXVIII, f°74; VIII, f°154.
(1) Bibl.
nat., ms. latin 17113, f°156.
|
En 1305, le vendredi après Sainte-Croix en septembre, Guillaume
des Barres et Héloïse, sa femme, vendirent à Jean de
Vayres, bailli du roi, tout ce qu’ils avaient à Puiselet-le-Marais
en cens, surcens, terrages, oublies, lods, ventes et justice, mouvant en
fief à cause d’elle, de Guillaume Le Fauconnier, chevalier, seigneur
de Puiselet, moyennant la somme de cent livres (2).
Il n’en est plus fait mention.
|
(2)
Bibl, nat., coll. Baluze LIV, f°192.
|
|
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8.
— ÉTIENNE
DE MONT-SAINT-JEAN
(† apr. 1259)
Marie des Barres épousa avant 1220
Guillaume, fils de Guillaume II, seigneur de Mont-Saint-Jean, de Saumaise,
de Vergy en partie, Thoisy, Thoire, Charny, Châtellenot, Chorencey,
Arconcey, Auvillers, Faugy, Orfans, etc., et de Bure, dame d’Ancy-le-Franc.
Elle reçut le château et la moitié de la châtellenie
de La Ferté-Alais, sans que l’on puisse affirmer si ce fut au
moment de son mariage, ou seulement après partage de la succession
paternelle. Cependant, au compte d’Ascension 1238, figure une somme dc
190 livres, représentant la moitié du rachat dû au
roi pour la terre de Guillaume des Barres (3);
cette somme est afférente à son lot parce qu’elle fut seule
de ses cohéritiers à posséder la moitié de La
Ferté; le surplus était partagé entre ses frères
Guillaume IV des Barres et Guy de Montfort, ou son fils.
|
(3) Histor. de France, XXI, 257.
|
En 1222, Guillaume II de Mont-Saint-Jean reçut de Thibaud, comte
de Champagne, une rente de trente livres sur la foire de Saint-Jean à
Troyes; il lui en fit hommage-lige, sauf la ligéité du duc
de Bourgogne et du comte de Nevers (4). Vers
1224, il prit la défense des religieux l’abbaye de Saint-Seine contre
Garnier, seigneur de Sombernon, qui les inquiétait au sujet de
leurs acquisitions de Turcey. En 1228, il céda aux mêmes religieux
certains fonds avec les cens qui y étaient affectés, à
charge d’un anniversaire pour son père (5).
Au mois de mars 1230 (n. st.), avec Joubert, seigneur d’Ancy-Je-Franc,
il confirma aux religieux de Pontigny dix sous de rente que Damerons leur
bisaïeule, et [p.94] Bure, leur mère,
leur avaient donnés sur leur cens de Pouilly (1). En 1231, il reconnut que les terres de Mont-Saint-Jean,
de Saumaise et de Thoisy relevaient du duc de Bourgogne; que leurs châteaux
et donjons étaient jurables et rendables à grande et à
petite force; il demanda seulement que le duc ne les lui demandât
pas tous trois à la fois et qu’il lui en laissât toujours au
moins un; il déclara en même temps qu’il tenait encore du duc
d’autres châteaux et d’autres fiefs (2).
|
(4) D’ARBOIS DE JUBAINVILLE, actes, 1450. —
TEULET, Layettes, I, n°1551. — R. DE LESPINASSE, Le Nivernais
et les comtes de Nevers, II, 112.
(5) D.
PLANCHER, Hist. de Bourgogne, I, 331.
(1) A. DUCHESNE,
Hist. de la maison de Vergy, p. 125 et pr., p. 171.
(2) D. PLANCHER,
op. cit., I, 332.
|
Au mois d’avril 1234, il fut caution envers le roi d’une amende de 5 000
marcs à laquelle Hugues IV, duc de Bourgogne, avait été
condamné pour avoir refusé aide et secours à Thibaud,
comte de Champagne, malgré l’ordre qu’il en avait reçu (3). En octobre 1238, il ratifia la vente d’une terre
que son vassal, Guillaume de Saumaise, chevalier, avait faite au prieur
de cette même localité (4). En
mai 1239, lorsque le duc fit hommage au roi pour les châtellenies
de Charolles et du Mont-Saint-Vincent, il accepta d’en être pleige
et engagea tous ses biens comme garantie. Le 4 juin, pour pacifier ses démêlés
au sujet de Vergy avec Hugues IV, duc de Bourgogne, il signa un traité
d’après lequel le duc donnerait sa fille, Marguerite, en mariage
à Guillaume, son fils aîné, et au cas où il viendrait
à décéder avant sa célébration, à
Étienne, son fils cadet; la dot serait de 500 livrées de
terre. En considération de cette alliance, Guillaume lui délaissa
tout le droit qu’il avait au château et en la montagne de Vergy tant
en fiefs qu’en seigneuries et le bois appelé d’Espoisse, sauf ce
qui lui appartenait en la châtellenie de Vergy et en la terre assise
hors la montagne. Si les mariés décédaient sans postérité,
la seigneurie du Molinet, assignée par le duc à sa fille pour
200 livres, demeurerait au seigneur de Mont-Saint-Jean et à ses
hoirs, en récompense de l’abandon de Vergy. Le château et
la terre de Mont-Saint-Jean ne seraient plus jurables, c’est-à-dire
sujets à rendre foi et hommage au duc, bien qu’ils fussent toujours
ses fiefs-liges (5).
|
(3) D. PLANCHER, op. cit., I, 28.
(4) PÉRARD,
Rec. de pièces..., p. 441.
(5) A.
DUCHESNE, Hist. de la maison de Vergy, p. 125 et
pr., p. 170. — D. PLANCHER, op. cit., I, 331.
|
Au mois d’août 1248, Guillaume de Mont-Saint-Jean partit pour la
croisade au milieu des barons nivernais qui accompagnaient Gaucher de Châtillon.
Il trouva la mort en Égypte, à la désastreuse bataille
de Mansourah (6).
|
(6) R. DE LESPINASSE, », in Annales
de la Société archéologique du Gâtinais.,
p. 213.
|
On a vu que Marie des Barres, comme dame de La Ferté, eut
[p.95] à approuver la vente d’une rente
consentie par son frère Guillaume à l’abbaye de Morigny. En
septembre 1251, elle fit une donation pour l’anniversaire de son mari aux
religieuses du Tart (1). En janvier 1253 (n.
st.), elle assigna aux religieuses de Villiers-le-Châtel trois livres
parisis de rente, à prendre le jour de l’octave de la Toussaint sur
sa prévôté de La Ferté, avec faculté
d’acquérir dans l’étendue de la châtellenic jusqu’à
douze livres de revenu et de posséder le tout en mainmorte; à
titre de sanction, elle ajouta que, si ses héritiers empêchaient
les religieuses d’en jouir paisiblement, elle leur accordait dix livres
de rente sur le quint dont elle pouvait disposer dans la châtellenie
de La Ferté (2). Elle mourut peu après.
|
(1)
Arch. de la Côte-d’Or, série H, fonds du Tart.
(2) D. FLEUREAU,
Antiquitez d’Estampes, p. 380; Hist. de l’abbaie
de Villiers, p. 27.
|
De son union avec Guillaume de Mont-Saint-Jean, Marie des Barres avait
eu trois enfants: 1° Guillaume III, lequel, en 1255, avec son frère
Étienne, reconnut que leur père était resté
devoir 200 livres à l’abbaye de Cîteaux, et pour les amortir
il céda ses pâturages et maisons de Fusse (3); il fut enlevé par une mort prématurée,
sans laisser de postérité de son mariage avec Marguerite de
Bourgogne; 2° Étienne qui suit; 3° Agnès, qui épousa
Anseau de Trainel, sieur de Voisines, fils d’Anseau Ier et de Mathilde
de Melun; il devint maréchal, puis gouverneur, enfin connétable
de Champagne; il est connu par de nombreux actes de 1229 jusqu’en 1263,
où une donation à l’abbaye de Larrivour le cite avec sa femme
et leur fils Anseau (4).
|
(3)
A. DUCHESNE, Hist. de Vergy, pr. p. 171.
(4) Abbé
DEFER, Hist. de Trainel (Mém. Soc. acad. de l’Aube, 1884),
p. 356. — TEULET, Layettes, II, n° 3470. — Bibl. nat., Pièces
originales 1916, p. 68. — D’ARBOIS DE JUBAINVILLE, IV, 460, 494, 523;
V, n°3015 et p. 292. — QUANTIN, Cart. gén. de l’Yonne,
III, 296.
|
Au mois d’août 1258, Étienne de Mont-Saint-Jean vendit au
duc de Bourgogne tout ce qu’il possédait au village de Vèvre,
relevant du fief que le sieur de Saffres y tenait de lui. Il avait hérité
de son frère Guillaume une rente de 70 livres qu’il avait droit
de prendre chaque année sur le trésor du duc pour reste
de la dot de la princesse Marguerite, sa fille; mais, ayant depuis reçu
700 livres pour l’amortissement de cette rente, il en donna décharge
et délaissa tous les droits qu’il pouvait prétendre à
Vergy (5).
|
(5) DOM PLANCHER, op. cit., I, 22, 331.
|
A la mort de sa mère, Étienne de Mont-Saint-Jean hérita
seul de sa part de la châtellenie de La Ferté-Alais, qu’il
ne conserva pas longtemps. En effet, au mois de septembre 1259, il vendit
à [p.96]
Louis IX le château de La Ferté avec la châtellenie,
tant en fiefs qu’en domaines, rentes, terres labourables, vignes, prés,
eau, rivières, bois, garennes, hommes libres, serfs et tous autres
droits lui appartenant tant du côté de sa mère que
de son aïeul, Guillaume des Barres, moyennant une rente de 300 livres
sur le Temple, payable à compter de l’octave de la Toussaint prochaine
et tenue du roi à hommage-lige au même titre que La Ferté.
En outre, l’acquéreur serait tenu d’acquitter les rentes suivantes:
11 livres 6 sous 8 deniers à Guy d’Aulnay, chevalier (à cause
de son mariage avec Amicie des Barres); 8 livres à l’abbaye de Morigny
(par acquisition de Guillaume IV des Barres); 30 sous pour le cierge de
La Ferté; 4 livres aux religieuses de Fontaines (sans doute par legs
de Guillaume III des Barres); 60 sous aux religieuses de Villiers; 40 sous
au prieur de La Ferté (pour la sonnerie de la cloche de l’église
les jours de plaid), plus 9 setiers de blé et autant d’orge sur
les moulins de La Ferté et pareille quantité de grain sur
les moissons de Valpuiseaux; demi-muid de blé sur les moulins de
La Ferté, à la léproserie de la ville (1); demi- muid de blé et autant d’orge sur
lesdits moulins à Thomas Barbeluiche, et pareille rente à
Gervais Le Conteur (2). A l’original est appendu
un sceau rond, de 36 millimètres, en cire verte sur lacs de soie
verte, représentant un écu (de gueules) à
trois écussons (d’or) deux et un, avec cette légende autour:
+ S’. STEPHANI. DE. MO(N)TE. SCI. IOH’IS. Il est à remarquer que
la redevance de 60 sous, due à l’évêque de Paris pour
un cierge, à cause de la mouvance de La Ferté, est réduite
ici de moitié, c’est-à-dire à 30 sous, parce que Marie
des Barres, ayant hérité seulement de la moitié de la
châtellenie, payait la part de charges afférente à son
lot; le surplus était acquitté par ses cohéritiers.
|
(1)
En février 1235, le maître et les frères de la léproserie
Saint-Lazare de La Ferté approuvèrent la donation faite
à l’abbaye de Villiers par Étienne Faucillon d’un pré
lui appartenant près le moulin du Gué, à Baume (D.
FLEUREAU, Hist. de Villiers, p. 18).
(2) A.
DUCHESNE, Hist. de Vergy, p. 126; pr., p. 171. —
D. FLEUREAU, Antiquitez d’Estampes, p. 579. — TEULET,
Layettes, III, n°4550. — DOUET D’ARCQ, Inv.
des Sceaux, n° 2860. — En mars 1270 (n. st.), Etienne de Mont-Saint-Jean
vendit la moitié de la rente que le roi lui avait constituée
pour la cession de La Ferté, au chambellan Jean Sarrasin (A. DUCHESNE,
pr., p. 171).
|
|
Dans l’année qui suivit la vente, conformément à
la coutume de Paris en vigueur à La Ferté, Anseau de Trainel
en demanda le retrait lignager, du chef de sa femme, sœur du vendeur, et
par conséquent sa plus proche héritière: il offrait
de payer la rente et d’acquitter les charges. Le 15 septembre 1260, un arrêt
du Parlement le débouta de sa demande, disant que le retrait lignager [p.97] n’était
pas recevable parce qu’il n’y avait pas eu vente à prix d’argent,
mais seulement échange d’héritage (1).
Ce principe spécieux fit jurisprudence et la coutume de Paris l’inséra
dans ses Commentaires (2).
|
(1)
BEUGNOT, Les Olim, I, 1831. — A. DUCHESNE, Hist. de Vergy,
pr., p. 171.
(2) Coutumes
de la prévosté et vicomté de Paris, édit.
de 1678, p. 243.
|
Il y eut encore quelques difficultés soulevées par le zèle
des officiers du roi: ainsi, contre leurs prétentions, les habitants
de Mondeville durent faire confirmer leur franchise au marché de
La Ferté-Alais (arrêt de Chandeleur, 1268) (3). Le prieur de Saint Éloi de Paris, ayant
droit de voirie sur sa terre de Maisse et dans toute la châtellenie,
réclama un hôte de Maisse, que le bailli d’Étampes
avait emprisonné sous l’inculpation de vol; par arrêt de Pentecôte
1269, il obtint qu’il lui fût rendu (4).
|
(3)
BEUGNOT, Les Olim, 281. — BOUTARIC, Actes du Parlement,
n° 1341.
(4) BEUGNOT,
Les Olim, 758.
|
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9.
— GUY Ier DE
MONTFORT
(† 1228)
Guy Ier de
Montfort, fils cadet de Simon III de Montfort et d’Amicie de Beaumont,
fut seigneur de Brétencourt et de Beynes (5). Il reçut de Guillaume III des Barres
une partie de La Ferté-Alais, qu’il transmit à son fils,
sans que l’on puisse préciser si ce fut une pure générosité
de son beau-père ou un droit perçu dans la succession de sa
mère. Au mois de juin 1190, il suivit Philippe-Auguste au siège
de Saint-Jean d’Acre: après son retour, il demeura, avec Richard,
roi d’Angleterre, pour combattre les Sarrasins; en 1192, il prit part à
la bataille d’Antipatride et à celle de Joppé; il regagna
ses terres l’année suivante (6).
En
1199, Guy approuva la charte de son frère, Simon IV, confirmant
à l’hôpital du Grand-Beaulieu de Chartres les donations
de leurs ancêtres. Le 28 novembre de cette année, il prit
la croix avec son frère au célèbre tournois du château
d’Ecri-sur-Aisne. En 1200, il ratifia la donation du bois de Soligny que
son frère avait faite au prieuré de Saint-Paul des Aulnaies.
La même année,
[p.98]
avec son frère, il confirma l’accord
conclu par ses ancêtres avec les moines de Saint-Martin-des-Champs
au sujet de la terre de La Couperie à Beynes (1).
Au mois d’avril 1202, comme seigneur de
Brétencourt, il arbitra un conflit entre le prieuré de même
nom et Jean d’Auneau, qui prétendait avoir le droit de procuration
sur la grange des religieux à Verville; moyennant la somme de trente
livres qu’ils lui versèrent, le droit prétendu fut aboli en
présence de Simon de Montfort. L’acte était scellé
d’un sceau rond, de 65 millimètres, du type équestre: en cotte
de mailles et casque, le cavalier galope vers la droite, en brandissant
son épée et en se couvrant d’un bouclier à ses armes,
avec cette inscription autour: + SIGILL’. GVIDONIS. DE. MONTE. FORTI. Le
contre-sceau, de 38 millimètres, représente un écu
au lion rampant à la queue fourchée, chargé
d’un lambel de sept pendants, avec ces mots autour: + SIGILL’. GVIDONIS.
DE. MO(N)TE. FORTI (2).
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(5)
A. MOLINIER, Catal. des actes de Simon et Amaury de Montfort (Bibl.
Ec. des Chartes, XXXIV), p. 445-501. — A. RHEIN, La seigneurie de
Montfort en Iveline. — P. ANSELME, Hist. gén. de la Maison
de France, VI, 79. — L. BARBAZA, Annales de la ville de Castres,
p. 86. — P. BOREL, Les antiquitez de la ville et comté
de Castres. — D. DEFOS, Traité du comté de Castres.
— E. JOLIBOIS, Les seigneurs de Castres (Revue histor. du Tarn, 1878),
p. 18.
(6) VILLEHARDOUIN,
éd. N. de Wailly, ch. XXXVIII, p. 22. — Chron. d’Ernoul...,
éd. Mas. Latrie, p. 337. — Histor. de France, XVIII, 800;
XXIV, 761.
(1) A. RHEIN,
La seigneurie de Montfort, n°°45-46. — J.
DEPOIN, Chartes de Saint-Martin-des-Champs, III, 182.
— R. MERLET et M. JUSSELIN, Cart. de la léproserie du Grand-Beauiieu,
p. 68.
(2) Bibl,
nat., ms. latin 544P, p. 120. [Traduction littérale:
“Sceau de Guy de Montfort. (...) Sceau de
Guy de Montfort.” (B.G. 2007)]
|
L’organisation de la croisade étant enfin terminée, les
pèlerins s’acheminèrent vers Venise pour s’embarquer: ne
pouvant payer le prix exhorbitant de leur passage, ils furent dirigés
par le doge sur Zara, en Dalmatie, dont la conquête lui parut profitable
aux intérêts de sa République. Ce n’était plus
la croisade: aussi abandonnant le camp de Zara, Simon et Guy passèrent
à Barletta en Apulie et de là en Terre-Sainte; ils s’y distinguèrent
dans des luttes glorieuses contre les musulmans. Au bout d’une année,
Simon regagna la France, ou sa présence est constatée à
la fin de 1203. Guy prolongea son séjour: il devint seigneur de Sidon
par son mariage avec l’héritière. En 1210, il assista au couronnement
de Jean de Brienne (3).
|
(3) De la conqueste de Constantinoble par Joffroi
de Villehardouin, édit. P. Paris, p. 34. — Hist. occid. des
croisades, I, 243. — Histor. de France, XVIII, 104, 359, 714.
— P. DES VAVX DE CERNAY, Hystoria Albigensis, édit. P. Guébin
et E. Lyon, I, 110.
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A Noël 1211, avec sa femme et ses enfants, Guy vint retrouver son
frère Simon dans la ville de Castres, où la croisade contre
les Albigeois l’avait amené. A la pointe de l’épée,
il dut se conquérir un apanage et débuta par la prise de
plusieurs châteaux en Albigeois, notamment celui des Touelles. Puis
vinrent des expéditions plus importantes: sièges de Penne,
de Moissac et de Toulouse, en 1212, de Puycelci et de Rabastens, en 1213,
de Sévérac, en 1214. Au mois de juin 1215, il prit possession
de Toulouse au nom de son [p.99] frère; en novembre, il se
rendit au concile de Latran pour l’y représenter. L’année
1216 fut marquée par le siège de Beaucaire; en juillet, il
approuva une charte de son frère pour la ville de Nîmes. Il
combattait dans les environs de Carcassonrie au mois d’octobre 1217, lorsque
la révolte de Toulouse l’obligea à joindre ses troupes à
celles de son frère pour investir la ville. On sait comment Simon
de Montfort y fut tué le 26 juin 1218, laissant une lourde succession.
La lutte contre les hérétiques devenait de plus en plus difficile;
sans se décourager et faisant preuve d’une rare énergie, Guy
lutta sans relâche pour aider son neveu Amaury dans la tâche
écrasante qui lui incombait (1).
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(1)
Hystoria Albigensis, I, 285-287, voir table des matières.
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Guy de Montfort revint dans l’lle-de-France où sa présence
devenait nécessaire: en mars 1221, iI approuva la transaction de
Guillaume de Hautbout, son compagnon d’armes à Sévérac,
et de Germond des Pâtis avec Port-Royal au sujet des dîmes (2). Le même mois, il renonça à
exiger des moines de Saint-Martin-des Champs un palefroi valant dix livres,
lors de la désignation d’un nouvel hospitalier, comme l’avait fait
jadis son frère Simon, à titre de coutume féodale,
sur la terre de La Couperie à Beynes (3).
En 1223, il fut pris comme arbitre entre les religieux de Brétencourt
et Michel Gorluin, au sujet d’un hôte qui leur avait été
donné et que cependant il réclamait; il confirma les droits
du prieuré (4). Le sceau, dont il
se servit en cette occasion, différait du précédent;
rond, de 70 millimètres, il représentait un cavalier revêtu
d’une cotte de mailles et d’un surcot flottant, portant un casque fermé,
tenant une lance à bannière émanchée et se
couvrant d’un bouclier à ses armes, avec cette inscription autour:
+ SIGILLVM. GVIDONIS. DE. MONTE. FORTI. Le contre-sceau, de 30 millimètres,
figurait un écu au lion rampant à la queue fourchée,
chargé d’un lambel de quatre pendants. Le 16 juin 1224, il vint
assister à la consécration de l’église de Joyenval,
fondée par son neveu, Barthélemy de Roye, chambrier de France;
à cette occasion, il donna cent sous de rente sur sa prévôté
de Beynes (5). En juillet suivant, avec l’assentiment
de sa femme Briande et de son fils Philippe, il donna aux religieuses de
Port-Royal vingt sous de rente à percevoir sur sa censive de Gometz
(6).
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(2)
A. DE DION, Cart, de Porrois, p. 73.
(3) J.
DEPOIN, Chartes de Saint-Martin-des-Champs, III,
n°787.
(4) Bibl.
nat., ms. latin 5441.2, p. 120.
(5) A.
DUTILLEUX, L’abbaye de Joyenval (Mém. de la Soc. Histor. et
Arch. du Vexin, 1890), p. 88. [Traduction littérale:
“Sceau de Guy de Montfort” (B.G. 2007)]
(6) A.
DE DION, Cart. de Porrois, p. 94.
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En mars 1224 ou 1225, il donna au prieuré de Saint-Paul des [p.100] Aulnaies,
près de Chevreuse, vingt-deux arpents de bois «afin d’estre
ès continuelles prières de ladite église» (1). En mai 1225, à la demande de l’abbé
de Saint-Jean en Vallée de Chartres, il accorda à ses hôtes
l’exemption du péage, dit travers, dans toute la châtellenie
de Brétencourt (2). Le sceau différait
du type équestre précédent par la bannière
à ses armes et par le lambel de trois pendants seulement. Au mois
d’avril 1226, il délaissa au roi Louis IX tout ce qu’il possédait
à Saint-Antonin (3). Le 31 janvier 1228
(n. st.), il fut tué d’un coup de flèche à la tête
au siège de Vareilles, près de Pamiers, dans le comté
de Foix (4).
En
premières noces, Guy de Montfort avait épousé Alice,
veuve de Renaud de Sidon et fille de Balian II, seigneur d’Ibelin et de
Marie Commène, reine douairière de Jérusalem. Elle
mourut peu avant le 1er juin 1216, où son mari donna au monastère
de Prouille, pour le repos de l’âme de son épouse, Alice,
dame de Sidon, une rente de cinquante sous melgoriens à percevoir
à Rabastens (5). De cette union vinrent:
1° Philippe qui suit ; 2° Pernelle, religieuse à Saint-Antoine,
morte avant 1238. En secondes noces, il épousa Briande, à
laquelle il constitua un douaire sur sa seigneurie de Beynes, d’où
le nom de Briande de Beynes, qu’on lui donne parfois. Suivant les pièces
d’une longue procédure relative à sa succession, elle était
sœur de Lambert de Monteil-Adhémar, et veuve de Lambert de Thury,
chevalier français, à qui Simon avait inféodé
la baronnie de Lombers et dont elle avait eu un fils, mort sans postérité
(6). De cette union naquirent trois enfants
1° Guy II de Montfort, seigneur de La Ferté-Alais en partie,
lequel donna aux religieuses de Port-Royal une grange sise à Marbois,
près de La Ferté, dans la mouvance de son frère Philippe,
avec des vignes et des terres labourables (7);
en juillet 1247, lors du partage de la succession paternelle avec son frère,
il renonça à tous ses droits sur la seigneurie de Lombers
en faveur de sa mère et consentit à ce qu’elle en fût
investie; en mars 1248, il obtint de Louis IX des lettres mandant au sénéchal
de Carcassonne de [p.101] lui faire prompte justice
contre l’évêque d’Albi et Pierre, vicomte de Lautrec, qui
avaient empiété sur son patrimoine (1); parti pour la croisade fin août, il y
mourut le 15 avril 1249; 2° et 3° Alice et Agnès, religieuses
à Port-Royal, auxquelles leur mère assigna quarante livres
de rente sur le bois de Gazeran (2).
|
(1)
Arch. nat., S 2125, cité dans une sentence du 6 juillet 1519.
(2) Bibl.
nat., ms. latin 5481, f°24.
(3) Arch.
nat., JJ 31, f°132, n°15. — D. VAISSÈTE, VIII, 823, d’après
Arch. nat. J 295, original scellé ; — VI, 786.
(4) D.
VAISSÈTE, Hist. gén. de Languedoc,
VI, 627; VII, 71, note sur la mort de Guy de Montfort; VII, 124, note sur
les seigneurs de Castres de la maison de Montfort. — MOLINIER, Obituaires,
I, 637, nécrologe de Port- Royal.
(5) J. GUIRAUD,
Cart. de Prouille, n°80.
(6) D.
VAISSÈTE, op. cit., VII, 124.
(7) A.
DE DION, Cart. de Porrois, p. 260. — D. VAISSÈTE,
VI, 627; VII, 125.
(1)
D. VAISSÈTE, op. cit., VIII, 1195, 1221; 1198;
VI, 798.
(2) A.
DE DION, Cart. de Porrois, p. 262.
|
|
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10.
— PHILIPPE
Ier DE MONTFORT
(† av. 1273)
Philippe Ier
de Montfort, seigneur de Brétencourt, de Beynes, de La Ferté-Alais
en partie et de Castres, était né en 1205. Étant
à Paris au mois d’avril 1229, il reconnut tenir de Louis IX ses
droits à La Ferté-Alais qu’on ne précise pas (3). Par un autre acte de la même date, sous
le service de dix chevaliers, il lui présenta l’hommage-lige de
la partie de l’Albigeois située à la gauche du Tarn, excepté
la ville d’Albi avec ses droits seigneuriaux et la régale: Castres
en était le siège. Il devenait le vassal du comte de Toulouse,
mais, si celui-ci violait la paix conclue, la terre inféodée
reviendrait à la couronne, et Philippe serait vassal du roi, comme
son père l’avait été du feu roi. Au cas où
la sécurité de l’État nécessiterait l’occupation
de quelques châteaux ayant appartenu à son père, Philippe
recevrait des terres équivalentes (4).
L’année n’était point terminée que l’exclusion concernant
Albi fut levée et le vice-légat, Pierre de Colmieu, eut
à rendre une sentence touchant la seigneurie entre l’évêque
et Philippe de Montfort, à qui le roi avait cédé
ses droits sur la ville d’Albi (5).
|
(3)
D. VAISSÈTE, VI, 627.
(4) Arch.
nat., JJ 300, f°49, n°112. — D. VAISSÈTE, op. cit.,
VI, 645.
(5) D.
VAISSÈTE, VIII, n°195, et p. 919.
|
En janvier 1230, comme seigneur de Brélencourt, Philippe reçut
l’hommage de Guillaume de La Chapelle pour trente-cinq arpents de terre
qu’il lui avait donnés dans son bois de Ribout, sous réserve
de la ligéité due à son père Aubert de La Chapelle,
et à son frère, Pierre (6).
Il se servit d’un sceau rond, de 70 millimètres, représentant
un cavalier galopant vers la gauche, vêtu d’une cotte de mailles
et d’un surcot flottant, portant un casque fermé, tenant une lance
à bannière émancliée et se couvrant d’un bouclier
à ses armes, le cheval caparaçonné aux armes, avec
ces mots autour: + SIGILLUM. PHILIPPI. DE. MONTE. FORTI*. Le contre-sceau, de 35 millimètres, représente
un chasseur à cheval, sonnant du cor et galopant vers la droite,
un lévrier entre les jambes du cheval, un arbre en arrière. [p.102]
|
(6) Bibl. nat.,
ms. latin 54412, p. 121.
* Sceau de Philippe de Montfort (B.G. 2007)
|
Au mois de mars 1231, Philippe donna aux religieuses de Port-Royal quinze
livres de rente sur sa prévôté de La Ferté-Alais,
in prepositura mea de Feritate Aales, savoir cent sous
le dimanche des Brandons et dix livres à la Nativité de
saint Jean-Baptiste: la rente était payable par son prévôt,
au terme fixé, sous peine de cinq sous d’amende par jour de retard.
Au mois de juillet 1231 (chose digne de remarque parce que des Barres
était encore en vie), en qualité d’aîné et
de suzerain, Amaury de Montfort confirma cette donation (1). Le nécrologe ajoute qu’elle avait été
faite par Philippe, à l’intention de sa sœur Pernelle, alors décédée.
En décembre 1238, il déclara que jadis il avait assigné
à Saint-Antoine des-Champs cent sous de rente sur sa prévôté
de La Ferté-Alais en faveur de sa sœur Pernelle, lors de sa prise
d’habit, mais décédée depuis. Pour que l’anniversaire
de sa femme Éléonore fût célébré
dans ladite église, il y ajouta cent sous sur sa prévôté
de La Ferté Alais, payables le dimanche des Brandons, sous peine
d’une amende de deux sous par jour de retard pour le prévôt
(2).
|
(1)
A. DE DION, Cart. de Porrois, p. 18, 128 et 130, n°254 et 255.
— A. RHEIN, op. cit., n° 218. [Traduction
littérale: “dans ma prévôté de La Ferté-Alais” (B.G. 2007)]
(2) Arch.
nat., L 1014, n°36, original.
|
Le 7 août 1239, Philippe s’engagea envers l’évêque
et le chapitre d’Albi à leur assigner dans cinq ans sur ses domaines,
excepté sur les châtellenies de Lombers et d’Ambialet, les
vingt livres melgoriennes de rente que Simon, son oncle paternel, leur avait
données en 1212, avec ordre à son sénéchal de
Lombers de payer en attendant, tous les ans, cette rente (3).
|
(3)
D. VAISSÈTE, VI, 646.
|
Peu après, cédant aux instances de son cousin germain, Balian
III d’Ibelin, seigneur de Baruth et connétable de Chypre, Philippe
de Montfort partit pour la Terre-Sainte. A peine arrivé, il eut
à défendre Acre contre les attaques de Richard Filangier,
connétable de Constantinople. Ayant conseillé à la
reine de Chypre, Alix, de revendiquer la régence du royaume de Jérusalem,
il fut chargé avec Balian d’en occuper les forteresses et de les
garnir de troupes. Après que les barons eurent reconnu la nouvelle
régente, il fut un des premiers à lui faire hommage. Dans
l’été de 1243, avec le concours de Balian, il mit le siège
devant Tyr que défendait Filangier; la ville capitula entre ses mains
et son adversaire, qui cherchait à s’enfuir, fut fait prisonnier
(4).
|
(4)
PHILIPPE DE NOVARE, Mémoires, édit. C. Kohler (Les classiques
français du moyen âge, p. par MARIO ROQUES). — DUCANGE,
Les familles d’outre-mer, p. 449.
|
A une date que je ne saurais préciser, Philippe de Montfort revint
en France, où le sénéchal de Carcassonne avait reçu
du roi [p.103] l’ordre de procéder au partage
de la succession de son père, entre lui et son frère Guy,
et de remettre la ville de Lombers à sa belle mère, Briande.
Au mois de juillet 1247, les parties furent convoquées et le magistrat
détermina les lots; mais les représentants de Philippe refusèrent
celui qui lui revenait, parce que Guy de Montfort ne s’était point
présenté au surplus, celui-ci avait cédé
ses droits à sa mère. La noble dame s’en plaignit au roi
qui manda au sénéchal de procéder à nouveau
au partage devant elle et le procureur de Philippe, et de remettre à
chacun des intéressés ce qui lui appartiendrait (1).
|
(1)
D. VAISSÈTE, op. cit., VIII, 1195 et 1221.
|
En 1247, Philippe de Montfort amortit aux religieuses de Villiers-le-Châtel
le champart, la justice et tout ce que Mathieu de Pavillon leur avait
vendu à Garancières, dans la mouvance de sa seigneurie de
Brétencourt (2). En juillet 1248, au
même titre, il délaissa la justice de Longorme à Mahaud
de Dreux, sur arbitrage de son cousin, Jean de Montfort (3).
|
(2)
D. FLEUREAU, Hist. de l’abbaie de Villiers, p. 29.
(3) A.
RHEIN, op. cit., n°253.
|
Le 25 août 1248, Louis IX s’embarqua à Aigues-Mortes avec
l’armée des croisés Philippe de Montfort et son frère
Guy prirent part à cette expédition, où ils se signalèrent
en Égypte par leurs exploits; Joinville raconte en détail
les pourparlers qu’il eut avec un émir. En 1254, lorsque le roi revint
en France, Philippe fut l’un des cent chevaliers laissés pour secourir
les chrétiens de Terre-Sainte. Durant la division et la guerre entre
les Vénitiens et les Gênois, l’an 1256, il se rendit maître
de la partie de la seigneurie que les Vénitiens avaient en la ville
de Tyr; le surplus lui appartenait déjà par accord avec Balian.
A partir de cette date, il prit la qualité de seigneur de Tyr (4).
|
(4)
D. VAISSÈTE, op. cit., VI, 798. — DUCANGE, Les familles
d’outre-mer, I, 499 et 448.
|
Au moment de quitter la France, Philippe de Montfort avait laissé
la gestion de ses biens à son beau-père, Étienne de
Sancerre, qui la remit à son fils aîné, Philippe II
de Montfort, dès que celui-ci eut atteint sa majorité: il
s’était réservé une rente de deux mille livres qu’il
lui abandonna un peu plus tard. Le 1er avril 1268, il écrivit de
Tyr au roi Louis IX pour le prier de recevoir son fils à l’hommage
pour la portion qui lui reviendrait après sa mort en Albigeois, Narbonnais
et Carcassés, dont il se démettait en sa faveur. Il vivait
encore en février 1270, mais il était déjà
décédé en 1273, car son fils, Jean le jeune, se qualifiait
alors seigneur de Tyr (5).
[p.104]
|
(5) CATEL, Mém. de l’histoire du Languedoc,
p. 705. — BALUZE, Hist. gén. de la maison d’Auvergne,
II, 523. — D. VAISSÈTE, VII, 124.
|
En premières noces, Philippe Ier de Montfort avait épousé
Êléonore, fille de Pierre II de Courtenay, empereur de Constantinople,
et de Yolande de Hainaut; il en eut Philippe II qui suit (1). En secondes noces, il épousa une fille
d’Étienne de Sancerre, seigneur de Saint-Briçon, bouteiller
de France, dont on ignore le nom: en décembre 1251, ledit Étienne
de Sancerre, faisant en France les affaires de son beau-fils, Philippe
de Montfort, amortit aux religieuses de Villiers-le-Châtel la donation
par Erembour de Centignonville du droit de champart, justice et redevances,
achetés en 1245 à Philippe de Garancières (2). En troisièmes noces, il épousa
Marie d’Antioche, dame de Thoron, fille de Rupin, prince d’Antioche et d’Héloïse
de Chypre, dont il eut: 1° Jean, seigneur de Tyr, mort en 1283,
et 2° Aufroy, seigneur de Thoron, dont la postérité
est sans intérêt pour mon sujet (3).
|
(1) P. ANSELME, I, 479.
(2) P.
ANSELME, II, 848. — D. FLEUREAU, Hist. de l’abbaie de Villiers,
p. 29.
(3) P.
ANSELME, VI, 79.
|
|
|
11.
— PHILIPPE
II DE MONTFORT († 1270)
Philippe II
de Montfort fut seigneur de Brétencourt, de Beynes, de La Ferté-Alais
en partie et de Castres (4). Le 24 mai 1253,
il céda le château de La Grave à Pierre, vicomte de
Lautrec, en échange de celui de Fiac. Au mois d’août 1255,
il obtint du roi des lettres mandant au sénéchal de Carcassonne
de s’interposer entre lui et Pierre de Lautrec, puis d’autres pour imposer
silence à Amaury, vicomte de Lautrec, qui l’avait assigné
devant l’autorité ecclésiastique (5).
Le 17 novembre 1256, au nom de son père et au sien, comme seigneur
de Castres, il reçut l’hommage d’Amaury de Lautrec pour le château
d’Ambres. En mai 1258, il transigea avec Pierre de Lautrec au sujet des
dépendances de Fiac (6). Bertrand, vicomte
de Lautrec, et ses neveux prétendirent que les biens confisqués
pour hérésie dans l’étendue de leur vicomté devaient
être réunis à leur domaine. Philippe soutenait qu’ils
lui appartenaient en qualité de suzerain et il se mit en campagne
pour appuyer sa thèse par les armes. Informé de l’incident,
le roi manda à son sénéchal de s’interposer pour éviter
une effusion de sang et de s’informer de leurs possessions respectives antérieurement
à l’inféodation de 1229 (7).
[p.105]
|
(4) D. VAISSÈTE, VIII, 1434.
(5) D. VAISSÈTE,
VIII, 1361, 1363, 1434; V, 679, 855.
(6) D. VAISSÈTE,
VI, 679, 855.
(7) D. VAI5SÈTE,
VI, 854 ; VIII, n° 328.
|
En novembre 1259, au nom de son père Philippe, seigneur de Tyr,
il assigna aux filles de Guy Ier de Montfort, Alice et Agnès, religieuses
à Port-Royal, la somme de 120 livres pour leur quint dans les biens
situés en Albigeois; en outre, il confirma à l’abbaye la
grange de Marbois, près La Ferté, que défunt Guy II
de Montfort, son oncle, lui avait donnée: mention est faite de
l’assentiment de sa femme, Jeanne (1).
|
(1)
A. DE DION, Cart. de Porrois, p. 260.
|
Sur enquête de Pierre d’Auteuil, sénéchal de Carcassonne,
le Parlement rendit un arrêt, le 1er juin 1259, disant que la ville
de Graulhet mouvait en fief du roi et non de Philippe de Montfort. Ce
dernier ne se tint pas pour battu; il produisit une réception d’aveu
par son père, établissant le contraire: le 2 février
1260, un nouvel arrêt, en acceptant sa preuve, le maintint en possession
de cette mouvance (2).
|
(2)
BOUTARIC, Actes du Parlement, n°°316, 405. — BEUGNOT,
Les Olim, n° 77.
|
La même année, il plaida contre les officiers du roi à
propos du péage de la Croix du Quartier, perçu sur le chemin
d’Étampes à Corbeil, au pont de Bouray, qui formait la limite
entre les châtellenies de La Ferté et de Montlhéry.
Philippe de Montfort soutenait que les officiers de Guillaume des Barres
et de ses successeurs dans la châtellenie de La Ferté-Alais
avaient toujours perçu ce péage sur les marchands portant
des denrées sujettes à la taxe; que les dits officiers avaient
été en saisine de ce droit depuis le jour où la ville
de La Ferté fut donnée à Guillaume des Barres, sauf
pendant la croisade où, profitant du désarroi général,
les officiers du roi avaient prélevé le péage. Depuis,
les seigneurs de La Ferté avaient protesté contre cette violation
de leurs droits et repris la perception du péage. Les officiers
du roi objectaient que le péage ne pouvait appartenir à Philippe
de Montfort, parce qu’il n’avait ni la souveraineté, ni le domaine
de la châtellenie; que le roi l’avait toujours perçu..., etc.
Sur les doléances des parties, une enquête fut confiée
au bailli d’Orléans: sa conclusion fut que, dès son investiture,
Guillaume des Barres avait effectivement perçu le péage et
en avait gardé la saisine, qu’il avait transmise à ses héritiers
et successeurs, mais cette perception avait été illégale;
en conséquence, au nom du roi, il inclinait à ce que le
péage fût supprimé: aucune des parties n’aurait à
l’avenir le droit de le percevoir. Un arrêt du Parlement, rendu
à la Chandeleur 1260 (n. st.), homologua cette décision (3).
|
(3)
BEUGNOT, Les Olim, n°103.
|
En 1262, Philippe de Montfort le jeune se qualifiait «successeur [p.106] en Albigeois, au delà
du Tarn, des comtes de Toulouse et de Montfort, des vicomtes de Béziers
et autres seigneurs», dans un acte de pariage qu’il conclut avec Raimond, abbé
de Candeil. En janvier 1265, «du conseil et de la volonté
des chevaliers-terriers de son père», il confirma les coutumes
de Castres. Il se dit, dans cet acte, «vice-gérant de Philippe
de Montfort, seigneur de Tyr et de Thoron, son père, à Castres,
dans le Narbonnais, en Albigeois et dans toutes les terres qu’il possédait
en Albigeois, avec pouvoir de les gouverner et d’en réformer l’état
à cause du droit qu’il devoit avoir un jour sur ces terres» (1).
|
(1)
D. VAISSÈTE, VIII, 1476; VI, 855.
|
Sur ces entrefaites, cédant à l’appel du pape, Charles d’Anjou
s’embarqua à Marseille, en octobre 1265, pour aller faire la conquête
de la Lombardie et des royaumes de Naples et de Sicile sur Mainfroi,
fils naturel de l’empereur Frédéric II. Philippe de Montfort
fit partie de l’expédition: dès le commencement de l’année,
il avait été détaché avec un corps de troupes
pour préparer les voies au delà des Alpes, commission dont
ce chevalier, qui était fort brave, s’acquitta avec honneur, car
il battit les partisans de Mainfroi. Avec le maréchal de Mirepoix,
il commandait l’avant-garde de Charles, à la fameuse bataille de
Bénévent, que ce prince gagna sur Mainfroi, son concurrent,
le 26 février 1266. Après cette victoire, Charles avait d’abord
songé à nommer Philippe de Montfort gouverneur de Milan, avec
le titre de podestat, puis il se ravisa et l’envoya en Sicile avec les pouvoirs
de vice-roi. Un peu plus tard, il le nomma commandant des troupes chargées
de défendre les États de l’Église. Dans les registres
angevins, Philippe est plusieurs fois qualifié cousin du roi (2).
|
(2)
D. VAISSÈTE, VI, 892. — Del GIUDICE, Codice diplomatico,
I, 248. — DURRIEU, Arch. angevines de Naples, XXIX, f°°9
et 17 ; III, f°28. — DU CHESNE, Histor. Franc. Scriptores, V,
837.
|
Le 4 août 1267, Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, informa
Philippe de Montfort que ses gens avaient enlevé le blé
des vicomtes de Lautrec à Labruguière et l’invita à
leur rendre justice. A la même date, il l’avisa que son bailli, Raimonnet
de Contains, s’était rendu coupable de plusieurs méfaits
à l’égard de Sicard Alemand, chevalier, et lui demanda de
l’obliger à réparer ses torts. Le 13 septembre, le même
Sicard s’étant plaint que Philippe de Montfort percevait injustement
un péage de trois deniers à Loupiac, il le pria de s’en abstenir
à l’avenir. En décembre, Philippe accorda des lettres de
sursis à Isarn, vicomte de Lautrec,
[p.107] pour
le fouage qu’il lui devait à raison de certaines terres (1). Ce même mois, au nom de son père,
il amortit les acquisitions de Port-Royal dans sa seigneurie de Beynes (2).
|
(1)
D. VA1SSÈTE, VIII, 1606, 1608; VI, 902. Arch. nat., JJ 24c, f°49.
(2) A.
DE DION, Cart. de Porrois, p. 308.
|
En 1268, Philippe de Montfort fut invité par le sénéchal
de Carcassonne à venir résider dans la ville, un certain
temps de l’année, ainsi que ses fiefs l’y obligeaient. Il y assista,
en tête de la noblesse, à l’assemblée des trois États
convoquée pour voter les subsides demandés par le roi pour
l’expédition d’outre-mer. La même année, en raison de
la lettre de son père, il fut investi du comté de Castres
et en présenta l’hommage au roi Louis IX. Le 13 septembre, il s’accorda
avec les vicomtes de Lautrec au sujet d’une somme de 400 marcs qu’ils lui
devaient. Le 25 juillet 1269, il assista à une nouvelle réunion
des trois État (3). Au château
de Roquecourbe, le 1er avril 1270, en présence de Jeanne, sa femme,
il fit son testament, par lequel il institua tous ses enfants héritiers
suivant la coutume de France, avec cette réserve que celles de ses
filles qui auraient été dotées durant sa vie ou celle
de sa femme, n’y auraient point part. Il fondait un chapelain à Roquecourbe,
près de Carcassonne, et assignait divers legs, notamment une rente
de dix livres aux Frères Prêcheurs de Castres, qu’il avait
fondés en 1258 (4).
|
(3)
D. VAISSÈTE, VI, 905, 913; VIII, 1661, 1665, 1630.
(4) Arch.
du domaine de Montpellier, Castres, liasse 1, n°1. — D. VAISSÈTE,
VI, 924; VIII, 360. — D. MARTÈNE, Ampl. coll., VI, 485.
|
Aussitôt après, il repartit pour Naples, où Charles
d’Anjou l’attendait pour passer en Afrique. Il mourut devant Tunis le 28
septembre 1270: Géraud de Burlas, chevalier et son écuyer,
fit enterrer ses entrailles et ses chairs dans le camp, mais il apporta
ses ossements et son cœur à Castres, où ils furent inhumés
dans l’église de Saint-Vincent le 9 septembre de l’année
suivante, en présence de Jeanne de Lévis, sa femme, et de
toute la noblesse du comté. Un tombeau avait été préparé
à droite de l’autel du saint, du côté de la sacristie;
les religieux y firent graver une épitaphe où l’on vantait
ses talents et ses vertus, mais surtout ses exploits militaires; ils le représentaient
comme la fleur de la chevalerie de son temps, bien fait, libéral,
rempli d’honneur, de probité, de piété, de courage
et de sagesse (5). En voici l’inscription:
[p.108]
IN CELVM RECIPI DE FORTE MONTE PHILIPPI
FAC ANIMAM, CHRISTE, FLOS MILITIE FVIT ISTE,
LARGVS, FORMOSVS, HVMILIS, SAPIENS, ANIMOSVS,
MILITIE RECTOR CAROLINE PVGNAT VT HECTOR.
ORDINIS INVENTVS FVNDATOR ET EDIFICATOR
HVIVS CONVENTVS NON EST ITA VERVS AMATOR.
TVNICII MORITVR, SOLEMNITER HIC SEPELITVR;
CONTINET HEC FOSSA TANTI DOMINI COR ET OSSA.
De son mariage avec Jeanne, fille de
Guy Ier de Lévis, seigneur de Mirepoix et maréchal de
Simon de Montfort, et de Guibour (1), Philippe
II avait eu cinq enfants: 1° Jean, qui suit; 2° Simon, chevalier-terrier
de l’hôtel du roi de Sicile, qui fut fiancé sous les murs
de Tunis à la fille cadette de Pierre de Beaumont, comte de Montescaglioso,
mais elle mourut avant la célébration du mariage; au retour
de la croisade, le 6 janvier 1271, il fut créé comte d’Avellino;
dans son duel du 24 janvier 1272 (n. st.), contre Foulque Leroux, chevalier
calabrais, il fut tué: son corps fut ramené de Pouille à
Castres et inhumé aux pieds de Philippe II (2); 3° Jeanne, à qui son père
donna 12 000 livres en dot à l’occasion de son mariage avec Guy,
comte de Forez; elle épousa en secondes noces Louis de Savoie
et mourut en 1293, laissant dix enfants (3);
4° Éléonore, qui sera présentée après
son frère; 5° Laure, qui atteignit sa quinzième année
en février 1274; elle épousa Bernard VI, comte de Cominges,
et mourut avant son mari, laissant neuf enfants (4).
|
(5) Histor. de France, XXI, 744, ex Bernard
Guy ord. predic. — Historia conventus Castrensis, p. 305. — D.
MARTÈNE, Ampliss. coll., VI, 498. — D. VAISSÈTE,
VI, 924. [Traduction littérale:
“Fais, ô Christ, que soit accueillie au ciel l’âme de Philippe
de Montfort. Il fut la fleur de l’armée, libéral, beau, humble,
sage, vaillant. Général de l’armée de Charles il se
bat comme Hector. Considéré comme le fondateur et le bâtisseur
de notre ordre, ami plus véritable de ce couvent que personne d’autre,
il meurt à Tunis, est enseveli ici solennellement. Cette fosse contient
le cœur et les os de ce si grand seigneur.”
(B.G. 2007)]
(1) P. ANSELME,
IV, 12. — Bibl. nat., coll. Clairambault, 306, 521. — A. MOUTIÉ,
Cart. de Notre-Dame de La Roche, p. 139. En 1232,
Guy de Lévis, maréchal d’Albigeois, et Guibour, sa femme,
donnèrent 4 000 livres pour la fondation de l’abbaye de La Roche.
(2) P.
ANSELME, IV, 12. — Histor. de France, XXI, 745, où la mort
est fixée au 24 janvier 1275 par la chronique dominicaine, mais,
le 14 janvier 1272 (n. st.), Charles d’Anjou interdit les poursuites
à son frère Jean de Montfort, le meurtre ayant été
commis sur le domaine royal. — DURRIEU, Arch. angevines de Naples.
— A. DE BROUARD, Actes et lettres de Charles Ier, roi
de Sicile, n°677.
(3) LA
MURE, Hist. des ducs de Bourbon et des comtes de Forez,
p. 284. — GUICHENON, Hist. généal. de la royale maison
de Savoye, II, 1274. — D. VAISSÈTE, IX, 242.
(4) P.
ANSELME, II, 632.
|
En décembre 1270, Jeanne de Lévis, veuve de Philippe II
de Montfort, ayant le bail de Jean et Simon, ses fils mineurs, demanda
au sénéchal de Carcassonne d’être reçue à
l’hommage pour la ville de Castres et les autres domaines situés
entre le Tara et l’Agout, sous le service de sept chevaliers, au lieu de
dix que porte l’inféodation de 1229, ce qui indique une distraction
du patrimoine [p.109] sans doute
au profit des filles; elle rendit cet hommage au mois de février
suivant. Elle confirma dans ses fonctions le sénéchal, Étienne
de Dardières, établi par son mari. Elle mourut le 30 mai
1284 et fut inhumée à côté de son mari, sous
une tombe particulière (1).
|
(1) Histor. de France, XXI, 745. — Dom VAISSÈTE,
VI, 924. — DE FOS, Castres, p. 28.
|
|
|
12.
— JEAN DE MONTFORT
(† 1300)
Jean de Montfort,
seigneur de Brétencourt, de Beynes, de La Ferté-Alais en
partie, de Castres et de Beaumont-en-Gâtinais, s’attacha à
la fortune de Charles d’Anjou, qui le fit chevalier-terrier de son hôtel,
membre de son conseil et comte de Squillace (2).
Il accompagna son père à la croisade de Tunis, car sous
les murs de cette ville fut dressé l’accord de son mariage avec
Marguerite, fille aînée de Pierre de Beaumont, grand chambellan
de Sicile, comte de Montescaglioso et d’Alba, et de défunte Jeanne
Brouard, issue d’une riche famille beauceronne: cette union est attestée
dans un sauf-conduit que lui délivra Charles d’Anjou, à Florence,
le 11 juillet 1273, à l’occasion d’un voyage qu’il allait faire en
France (3).
|
(2)
MINIERI RICCIO, De Grandi Uffiziali del regno di Sicilia, 165-172.
(3) A.
DE BOUARD, Actes et lettres de Charles 1er, roi de Sicile,
concernant la France, n°808, d’après reg. angevin XX, f°48.
|
Le but de ce déplacement est expliqué par la mort de son
beau-père, survenue à Paris le 10 mai 1273 (4). Il lui succéda dans ses fonctions de grand
chambellan et dans ses comtés; dès qu’il en eut été
investi, il vint en France pour accomplir ses legs et régler les détails
de sa succession. Le 18 novembre 1273, il fit hommage à l’évêque
de Paris pour le fief de Thérouanne, dont il héritait du
chef de sa femme (5); Ce même mois,
il fonda chez les religieux de Brétencourt un anniversaire pour lui-même,
sa femme, leurs enfants à venir et leurs parents, moyennant la concession
en main morte de friches qu’il possédait près de Ribout
et de Brouville. Le sceau, rond, en 45 millimètres, est analogue
à celui de son père, mais plus petit; il représente
un cavalier galopant vers la gauche, en cotte de mailles, surcot et casque
fermé, tenant une lance à la bannière émanchée
et se couvrant d’un bouclier au lion rampant à la
queue lourchée, brisé d’un lambel de cinq pendants,
la housse du cheval également aux armes; autour se lit cette inscription: [p.110] + S’. IOHAN.
DE. MONTFORT. CHEVAL’. Le contre-sceau, de 30 millimètres, représente
un chasseur à cheval, sonnant du cor, sans le lévrier et
sans l’arbre du sceau précédent, avec cette légende:
SIGILLVM. SECRETVM (1).
|
(4)
Bibl. nat., ms. latin 17020, f°114.
(5)
GUÉRARD, Cart. de Notre-Dame de Paris, I,
201. — EM. RICHEMOND, Les seigneurs de Nemours, II,
n°LXI ter.
(1)
Arch. de Seine-ei-Oise, 25 H 1. — Bibl. nat., ms. latin 5441.2, p. 121.
— Arch. d’Eure-et-Loir, H 2258. — D. MARTÈNE, Hist. de l’abbaye
de Marmoutier, II, 23. [Traduction littérale:
“S(ceau) de Jean de Montfort chevalier. (...) Contre-sceau.” (B.G. 2007)]
|
Au Parlement de la Chandeleur 1274 (n. st.), il demanda un délai
qui lui fut refusé, pour payer à Jeanne de Lévis,
sa mère, sa dot de 3 000 livres et son douaire; en même temps,
sa sœur Laurette obtint qu’il lui délivrerait la part lui revenant
de la succession de leur père, parce qu’elle avait atteint l’âge
de quinze ans, et que, suivant la coutume de France, elle pouvait gérer
ses biens, quoiqu’elle ne fût pas encore majeure (2). Le 20 février, tant en son nom que pour
ses cohéritiers à Roquecourbe, il transigea avec les chanoines
d’Albi touchant la justice de Caylus (3).
En avril, il amortit au prieuré de Brétencourt vingt arpents
de bois à Ribout que lui avait donnés Jean d’Auneau, seigneur
de Denisy. Au mois de mai suivant, il confirma la charte par laquelle Guy
le Rouge et Adélaïde de Rochefort, sa femme, avaient donné
l’église de Brétencourt à l’abbaye de Marmoutier (4). Peu après, au château de Beaumont-en-Gâtinais,
Jean de Montfort et sa femme fondèrent une chapelle en l’honneur
de Sainte-Croix, moyennant une rente de vingt livres à percevoir
sur les dîmes de la seigneurie: en septembre 1276, Philippe III le
Hardi confirmera cette fondation (5). Charles
d’Anjou trouva que l’absence de son chambellan durait trop longtemps: le
17 décembre 1274, iI lui signifia que, si, au mois d’avril suivant,
il n’était pas de retour dans ses terres, elles seraient confisquées;
il dut obéir (6).
|
(2)
D. VAISSÈTE, VI, 925; IX, 34.
(3) D. VAISSÈTE,
V, 1350, n°118; VI, 625. — MARTÈNE, Ampliss. coll.,
VI, 498.
(4) Bibl.
nat., ms. latin 5441.2, p. 117, 121.
(5) Bibl.
nat., ms. latin 9895, f°169.
(6) A.
DE BOUARD, Actes et lettres de Charles Ier roi de Sicile,
n°808.
|
A Pentecôte 1282, Jean de Montfort obtint du Parlement de Paris
un arrêt interdisant au sénéchal de Carcassonne de lever
le rachat dans les terres qui avaient appartenu à feu Simon de Montfort,
son frère; quoi qu’il fût chevalier, ledit Simon n’avait pas
rendu hommage ni prêté serment de fidélité pour
les terres qu’il possédait en Albigeois, parce qu’il était
mineur à l’époque de sa mort et par conséquent exempt
du rachat (7). Cette année, il amortit
aux religieux de Brétencourt deux muids de terre que
[p.111]
Jean de Brouville leur avait vendus, puis quarante
arpents de bois à Ribout que Guiard de Roi leur avait cédés
(1).
|
(7)
D. VAISSÈTE, IX, 79, 82.
(1) Arch.
d’Eure-et-Loir, H 2257, 2258. — Arch. de Seine-et-Oise, 25 H 1. — Bibl.
nat., ms. latin 5441.2 p. 121.
|
En 1283, Jean de Montfort fut l’un des cent chevaliers qui devaient combattre
pour le roi de Sicile contre ceux du roi d’Aragon; dans les années
suivantes, il fut plusieurs fois mêlé aux hostilités
contre ce royaume (2). Au mois d’août
1290, il obtint un arrêt contre Amaury de Lautrec au sujet de la mouvance
du château d’Ambres (3).
|
(2)
D. VAISSÈTE, IX, 89, 103, 125, 132.
(3) D. VAISSÈTE,
IX, 152.
|
Pour remplir les dernières volontés de Pierre de Beaumont,
Jean Britaud, seigneur de Nangis, connétable de Sicile, panetier
de France et son exécuteur testamentaire, devait remettre un legs
de sept livres aux religieuses de Saint-Antoine, où il avait élu
sa sépulture: il leur fit remise du champart que le défunt
percevait sur leur grange de Savigny et qui valait quarante sous de rente;
de plus, entre Aulnay et Savigny, il leur assigna quatorze arpents de terre,
prisés à cent sous de rente. Néanmoins, le 15 septembre
1290, avec l’assentiment de sa femme, Jean de Montfort ordonna au bailli
d’Aulnay de payer cette rente sur la présentation de ses lettres (4). Le sceau, rond, en 85 millimètres, cire
rouge sur lacs de soie rouge, représente un cavalier galopant vers
la droite, cri cotte de mailles, surcot et casque fermé, tenant
une lance à bannière émanchée, et se couvrant
d’un bouclier aux armes qui se trouvent reproduites sur la housse du cheval,
avec cette légende: + S’. IOHANNIS. DE. MO(N)TE. FORTI. COMITIS.
SQVILACII. (E)T. MO(N)TIS. CANEOS’. Le contre-sceau offre un écu
au lion rampant à la queue fourchée, brisé
d’un lambel de cinq pendants. Le second sceau est celui de sa femme:
ogival, de 65 millimètres de haut, il représente une dame debout,
en robe et manteau vairé, coiffure en voile, posée sur un
piédouche, tenant à la main droite un rameau fleuri; à
dextre, un écu aux armes de Montfort; à sénestre, un
écu aux armes de Beaumont, gironné de douze pièces,
avec cette légende autour: + S’. MARGARIT. DE. BELLOMO(N)TE. VXOR.
DNI. IOH’IS. D’. MO(N)TE. FORTI. MILITIS. Le contre-sceau offre un écu
gironné de douze pièces, avec ces mots autour: + SECRETVM.
MEVM.
|
(4)
Arch. nat., L 1014, n° 13, original scellé. — Édit.
DOUET d’ARCQ, Les comtes de Beaumont-sur-Oise (Mém. Soc. Antiq.
de Picardie, IV, 122, n°185), d’après Arch. nat., L 1601;
Invent, des sceaux, n°2908 et 11790. — MAQUET et DION, Nobiliaire
et armorial du comté de Montfort-l’Amaury, p. 67. [Traductions littérales: “S(ceau) de Jean de Montfort,
comte de Squillace et de Montescaglioso. (...) S(ceau) de Marguerite de Beaumont, épouse du chevalier
Jean seigneur de Monfort. (...) Mon contre-sceau.” (B.G. 2007)]
|
En septembre 1291, Jean de Montfort porta ses doléances au Parlement
contre des officiers royaux qui avaient pénétré sur
son [p.112]
territoire, brisé sa prison et mis en liberté les coupables
qui s’y trouvaient. En 1293, il assigna Hugues de Monteil en restitution
de la baronnie de Lombers, injustement détenue par son frère
qui l’avait subrepticement obtenue à la mort de Guy Il de Montfort:
il n’eut pas le temps de voir la conclusion de ses poursuites qui traînèrent
en longueur (1).
|
(1)
D. VAISSÈTE, op. cit., IX, 127; VII, 124, note XLIV; IV,
763. — Lambert de Monteil-Adhémar avait été investi
de Lombers par la reine-mère et y fut maintenu par Louis IX, de passage
à Beaucaire en 1254.
|
La succession de Philippe II de Montfort et de Jeanne de Lévis
était restée dans l’indivision entre leurs enfants: le 15
mai 1295, Jean de Montfort, comte de Squillace et de Montescaglioso et
chambellan de Sicile, procéda au partage avec Bernard de Cominges,
chevalier, fils aîné du comte et de sa sœur Laure, alors décédée,
et avec Éléonore de Montfort, mariée au comte de
Vendôme (2). Revenu en Italie où
ses fonctions rendaient sa présence nécessaire, il mourut
à Foggia, près de Naples, le 1er décembre 1300. Quatre
ans plus tard, les Frères Prêcheurs allèrent chercher
son corps pour l’inhumer dans leur église de Castres, selon ses
dernières volontés; de retour à Toussaint 1304, ils
le déposèrent au monastère de Prouille, en attendant
l’achèvement du caveau, qui ne demanda pas moins de six mois. Le
29 juin, le cercueil fut transporté à Castres, déposé
dans la chapelle de la Trinité et veillé par les religieux.
Enfin, le mercredi 7 juillet 1305, avec l’assistance de toute la communauté,
des moines blancs de Candeil, des Cisterciens d’Ardorel, de tout le clergé
de la ville, de toute la noblesse précédée par Jean
de Lévis, maréchal de Mirepoix, Constance de Foix, sa femme,
ses frères, cousins germains du défunt, et surtout sa sœur,
Éléonore de Montfort, comtesse de Vendôme, avec ses
trois fils, il fut amené à l’église de Saint-Vincent
en grande pompe et inhumé au milieu du chœur. Le procès-verbal
de la cérémonie rapporte que, la nuit précédente,
Éléonore voulut voir son frère une dernière
fois et fit ouvrir le cercueil, où le corps apparut exempt de corruption;
elle le reconnut à une cicatrice qu’il portait au visage depuis
son enfance (3). Sur sa tombe fut gravée
l’inscription suivante:
|
(2)
D. VAISSÈTE, op. cit., IX, 152; IV, 94. — A. MOUTIÉ,
Cart. de Notre-Dame de 1a Roche, p. 458.
(3) Histor.
de France, XXI, 745. — D. VAISSÈTE, VI, 625 ; IX, 242.
|
EST HIC DONATVS
I.DE MONTFORT REQVIEI.
DEFENSOR FIDEI, VIR IN ARMIS VALDE PROBATVS
JVSTVM PLANGE VIRVM, LARGVM SENSVQVE PROFVNDVM.
IN VITA MVNDVM PROBAT HOC VNVM BENE VIRVM:
[p.113]
CORPVS QVOD IACVIT ANNIS MVLTIS TVMVLATVM
ABSQUE FŒTORE FVIT SOLIDVM, NON INCINERATVM
CASTRIS TRANSLATVM lACET HIC IN HONORE LOCATVM
AD PLANTAS MATRIS, E REGIONE PATRIS...*
Marguerite de Beaumont, sa veuve, épousa
en secondes noces Robert II de Dreux, seigneur de Beu, Bagnaux et La Chapelle
Gauthier, alors veuf de Yolande de Vendôme, auquel Charles II, roi
de Sicile, donna le comté de Squillace (1).
Se jugeant lésé, attendu qu’il était le neveu et
le filleul du défunt, Jean, comte de Forez, demanda la restitution
du comté; par lettres du 8 novembre 1306, le roi lui répondit
qu’il devait se pourvoir en justice et, s’il succombait, il lui donnerait
une terre de même valeur (2).
|
* Traduction littérale: “C’est ici qu’a été
livré au repos Jean de Montfort, défenseur de la foi, homme
qui a largement montré sa valeur au combat. Pleure cet homme juste,
libéral et d’une profonde intelligence. Ce seul fait prouve montre
bien un homme pur pendant sa vie: son corps, qui avait reposé enterré
de nombreuses années s’est trouvé intact, sans puanteur,
sans avoir été incinéré. Transporté
à Castres, il repose ici, où il a été solennellement
placé aux pieds de sa mère, vis à vis de son père.” (B.G. 2007)
(1) DU CHESNE,
Hist. de la maison de Dreux, 145, 311. — P. ANSELME,
1, 432. — BRÉQUIGNY, VIII, 126.
(2) Arch.
nat., P 1396, p. 402. — La Mure, p. 331.
|
|
|
13.
— JEAN DE VENDOME
ET ÉLÉONORE
DE MONTFORT
S’il faut en croire le Père Anselme,
Éléonore de Montfort aurait été fiancée
en février 1270 (n. st.) à Bertrand II, seigneur de La
Tour d’Auvergne (3). Ce projet n’ayant pas
eu de suite, elle épousa Jean V, comte de Vendôme, fils de
Bouchard V et de Marie de Roye. En 1282, il alla au secours de Charles
d’Anjou, roi de Sicile. En 1288, au moment de partir pour l’Aragon, il
donna à la Trinité de Vendôme dix arpents de vigne
proche Villedieu, pour l’âme de son père Bouchard. Il fit
son testament le 18 mai 1315 et mourut peu après, laissant quatre
enfants: 1° Bouchard VI, qui lui succéda dans le comté
de Vendôme et fut seigneur de Lautrec en Albigeois; 2° Jean,
qui plaidait en 1320 contre le comte de Cominges; 3° Pierre, seigneur
de Floire et de Tocé dans le Maine, cité en 1335 et 1352;
4° Jeanne, femme de Henri IV de Sully, grand bouteiller de France (4).
|
(3)
P. ANSELME, VI, 80; VIII, 726. — D. VAISSÈTE, VI, 127. — DE PÉTIGNY,
Hist. archéol. du Vendômois, p. 543.
(4) P. ANSELME,
VIII, 726.
|
Au partage du 15 mai 1295, Éléonore reçut de son
frère la châtellenie de Brétencourt estimée
valoir 400 livres de rente, les droits qu’il pouvait prétendre dans
la châtellenie de La Ferté-Alais, les châteaux de Vias
et de Bessan, près d’Agde, prisés quarante livres et quelques
autres terres en Albigeois (5). Sur ces entrefaites,
[p.114] pour exécuter les dernières
volontés de son père lui prescrivant d’assigner un apanage
à son frère Louis, comte d’Évreux, Philippe IV le Bel
voulut agrandir la châtellenie d’Étampes en lui incorporant
celle de La Ferté, déjà bien appauvrie par les concessions
de Marguerite de Provence et de Philippe III le Hardi: en 1298, il traita
avec Éléonore de Montfort de la cession de ses droits, réalisant
ainsi la réunion à la couronne de la totalité de la
châtellenie (1).
|
(5)
D. VAISSÈTE, IV, 94. — A. MOUTIÉ, Cart. de l’abbaye de
Notre-Dame de la Roche, p. 458.
(1) Arch.
du Loiret, A 1237. — Ce fut seulement en avril 1307 que la châtellenie
de La Ferté-Alais fut réunie à celle d’Étampes,
pour l’apanage de Louis, comte d’Évreux.
|
A la mort de son frère Jean, qui l’avait instituée son héritière,
Éléonore eut à se défendre contre les revendications
des familles de Cominges et de Forez. Au nom de ses enfants, Bernard
VI de Cominges demanda le tiers de la succession, mais, par arrêt
de février 1302 (n. st.), conformément à la coutume
de Paris, cette succession fut adjugée en entier à Éléonore;
le procès se termina seulement en 1329, par une transaction avec
son neveu Bernard VII (2).
|
(2)
BEUGNOT, Les Olim, II, 454. — D. VAISSÈTE, VI, 127.
|
Plus heureux, Jean, comte de Forez, fils de Guy et de Jeanne de Montfort,
obtint la saisie de Castres et de la terre de l’Albigeois: Éléonore
fit opposition disant qu’elle en avait hérité du défunt
et rempli toutes les formalités légales; les prétentions
du comte ne pouvaient porter que sur la vingt-huitième partie,
ou tout au plus sur le tiers de l’héritage; par arrêt d’avril
1303, le Parlement confirma les deux tiers de la succession à Éléonore,
et mit l’autre tiers sous la main du roi, en attendant que la cour en
eût ordonné (3).
|
(3)
LA MURE, Hist. des comtes de Forez, p. 329.
|
En 1314, pour la fondation de trois messes, Éléonore donna
six cents livres aux religieuses de Port-Royal (4).
Vers cette date, elle amortit quinze setiers de terre à Garancières
en faveur de l’abbaye de Villiers-le-Châtel (5). En janvier 1318 (n. st.), avec l’assentiment
de ses fils, Bouchard, Jean et Pierre, elle assigna aux religieux des Vaux-de-Cernay
une rente de trois setiers de blé sur les moissons de Brétencourt
(6). En 1322, elle s’accorda avec le prieur
de Brétencourt au sujet d’un litige relatif à ses hommes.
Elle testa le 8 mai 1338, et mourut peu après (7). [p.115]
|
(4)
A. DE DION, Cart. de Porrois, I, 140.
(5) D.
FLEUREAU, Hist. de l’abbaie de Villiers, p. 29.
(6) Bibl.
nat., coll. Clairambault, 306, 511.
(7) Bibl.
nat., ms. latin 5441.2, p. 121.
|
G.
ESTOURNET.
|
|
|
Carte
du secteur de La Ferté-Alais vers 1641
pour servir à l’intelligence des six chartes
latines qui suivent
Outre La Ferté au centre,
on notera Morigny à l’angle
sud-ouest, Duison au sud,
La Saussaye au nord-est, Marbois et Artolu
au sud-est (aujourd’hui à nouveau Retolu)
|
PIÈCES
JUSTIFICATIVES.
(avec leur traduction
par B.G, 2007)
I
Vers
1155. — Aubry, seigneur de La Ferté, accorde aux religieuses d’Yerres
un droit d’usage dans le Buisson de Marbois.
|
Arch.
de Seine-et-Oise, 63 H 66, original. — Arch. nat., LL 1599B, p. 60,
copie du XIIIe siècle. — Bibl. nat., ms. latin 17096, f°618,
extrait.
|
Texte édité par Estournet (1944)
|
Traduction Bernard Gineste (2007)
|
|
Sciant omnes tam futuri quam presentes, quod ego Aubericus, dominus
Feritatis, et uxor mea Mahaudis, et filius meus Renaudus, sancte ecclesie
de Hedera concessimus mortuum nemus de Amaro Nemore domui de Retollu
ad usum ipsius et novem hospitibus de Amaro Nemore et non pluribus,
ad usum ipsorum, ita quod nichil inde liceat eis vel vendere vel dare,
tali vero conditione hoc factum est, quod hospites illi novem et non
plures ad molendinos domini Feritatis venient per bannum et post illum,
cujus annonam in trimodia invenient, molent. Hoc autem factum est in presencia
Clemencie, tunc temporis abbatisse. Testes hujus rei sunt Teodericus Galerannus,
Ferricus de Donjunno, Andreas de Ulmeto, Robertus Polinus, Manasserus
de Feritate, Bernodalius de Feritate, Ferricus de Duisonno, Petrus Buinellus,
Teobaudus pretor, Landricus seneschallus, frater Ogerus et frater Odo. |
Que tous sachent, tant à venir
que présents, que moi Aubry seigneur de la Ferté, mon épouse
Mahaud et mon fils Renaud, avons donné à la sainte Église
d’Yerre le bois mort de Marbois pour la maison de Retolu pour son usage
et celui de neuf hôtes de Marbois et pas davantage, avec cette précision
qu’il ne leur en est rien permis de vendre ou de donner.
Mais cela s’est fait à la condition que
ces neuf hôtes et pas davantage viendront par ban au moulin du
seigneur de la Ferté, et qu’il moudront juste après celui
dont ils auront trouvé le blé dans la trémie*.
Cela s’est conclu en présence de Clémence,
alors abbesse. De cette transaction sont témoins: Thierry Galeran,
Ferry du Donjon, André d’Ormoy, Robert Polin, Mannassé
de la Ferté, Ferry de Dhuison, Pierre Buinel, le prévôt
Thibaud, le sénéchal Landry, frère Oger et frère
Eudes.
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* On appelle trémie (latin trimodia)
une “sorte de grande auge à ouverture carrée, large par le
haut, étroite par le bas, dans laquelle on met le blé, qui
tombe de là entre les meules pour être réduit en farine”
(Littré) (B.G., 2007).
II
Vers
1166. Devant Aubry de Dammartin, seigneur de La Ferté, Jean,
prieur de Notre-Dame de La Ferté, abandonne sa terre d’Artolu [aujourd’hui à nouveau Retolu (B.G., 2008)]
aux religieuses d’Yerres, en échange d’une terre sise dans l’île
de D’Huison.
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Arch.
de Seine-et-Oise, 63 H 66, original.
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Texte édité par Estournet (1944)
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Traduction Bernard Gineste (2007)
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Sciant universi ad quorum noticiam littere iste pervenerint, hanc esse
convencionem inter ecclesiam Sancte Marie Feritatis et inter ecclesiam
Sancte Marie de Hedera. Ecclesia Sancte Marie de Hedera habebat in insula
de Duisun terram quandam, juxta terras monachorum Sancte Marie Feritatis
sitam. Hanc Johannes, ejusdem Feritatis prior, ecclesie cui preerat necessariam
esse conspiciens, dedit per assensum Haimerici Mauriniacensis abbatis
et capituli, assensuque capituli Feritatis, ecclesie Sancte Marie de Hedera
in excambio terram quandam quam habebat apud Retollu [p.116], territorio illi proximam.
Et ut hoc ecclesie Sancte Marie de Edera ratum et firmum tam presenti
evo quam succiduis temporibus maneat, et sigilli Sancte Marie Feritatis
auctoritas et perhabilium testium affirmetur veritas,
quorum nomina sunt predictus Haimericus, Mauriniacensis abbas, Johannesque
predicte Feritatis prior, Gauterius ejusdem loci subprior et cantor et
litterarum istarum scriptor. Nomina autem secularium et fidejussorum conventionem
istam patrocinantium sunt hec: Albericus de Domno Martino, ejusdem Feritatis
dominus, Petrus clericus filius Baudewini, Symon de Varennis, Ansellus
filius Harpini de Mauriniaco.
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Que sachent tous ceux à qui
viendra connaissance de cette notice qu’il existe la convention suivante
entre l’Église de Notre-Dame de la Ferté et l’Église
de Notre-Dame d’Yerre.
L’Église de Notre-Dame d’Yerre possédait
dans l’île de Dhuison une certaine terre jouxtant les terres des
moines de Notre-Dame de la Ferté. Jean, prieur de la dite Ferté,
considérant que cette terre était nécessaire à
l’Église qu’il présidait, avec l’accord de l’abbé
de Morigny Aimery et du chapitre, et avec l’accord du chapitre de la Ferté,
a donné en échange à l’Église de Notre-Dame de la Ferté une certaine terre qu’il possédait à
Artelu, tout près de ce terroir.
Et pour que cela demeure établi et ferme
en faveur de l’Église de
Notre-Dame d’Yerre, tant dans l’âge présent dans dans les temps
à venir, que soient consigné tant l’autorité du sceau
de Notre-Dame de la Ferté que la véracité de témoins
très fiables, dont suivent les noms: le susdit Aimery,
abbé de Morigny; le susdit Jean, prieur de La Ferté; Gautier,
sous-prieur et chantre du même établissement, qui a rédigé
cet acte. Les noms des personnes séculières et cautions
qui se sont portées garant de cette convention sont les suivants: Aubry de Dammartin, seigneur
de la dite Ferté, le clerc Pierre fils de Baudouin, Simon de Varennes,
Anseau fils d’Harpin de Morigny.
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III
1164 avant novembre. — Landry, abbé de Morigny, faisant
droit à une demande de Thierry Galeran qui avait bâti l’église
de La Ferté et lui avait donné une terre et la villa du
Saussay, lui rend ces biens en échange d’une rente de dix livres
sur le cens royal d’Etampes.
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Arch.
nat., S 5150, n°29, original. — Bibl. nat., Baluze, t. LXXVII, f°72,
copie. — E. MANNIER, Les commanderies du grand prieuré de France,
p. 79, analyse.
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Texte édité par Estournet (1944)
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Traduction Bernard Gineste (2007)
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Ego Landricus, Dei paciencia Mauriniacensis abbas. Notum facio universis
presentibus et futuris quod dominus Teodericus Galerannus edificaverat
ecclesiam nostram de Firmitate, et in multis perficiens, nobis villas
de Salceis et terram donaverat, assensu Gilonis de Turnella, de cujus
feodo res erat, sub presentia piissimi regis Ludovici. Deinde renuntians
seculo dominus Theodericus et se reddens Templo voluit acquirere easdem
villas et Templo dari pro X libris de illis XXX libris, quas dominus rex
Ludovicus Templo assignaverat in censu suo Stampis, ad festum sancti Dionisii.
Communicato consilio per instantiam ipsius Theoderici
qui multa nobis contulerat, assentiente capitulo Mauriniacensi et capitulo
Sancte Marie de Firmitate, concambium taxatum concessimus ut fratres
Templi villas de Sauceis, sicut eas habebamus, habeant, et nos X libras
in censu regis Stampis capiamus ante solutas, quoque domus Templi accipiat
XX reliquas et ab ipso rege principaliter habendas. Hanc conventionem
sigilli nostri caractere confirmavimus, multis atestantibus qui affuerunt,
Garino capicerio de Corboilo, Theoderico Galeranno, Archembaldo de Catena,
Nanterio de Corboilo, Godefrido de Saviniaco, [p.117] fratribus Templi,
Gerardo et Godefrido, servientibus Templi; Odone Engania, Hescelino de
Linaiis, Teberto de Monteleeri, Teobaldo, preposito de Firmitate, Galfredo
de Monteleeri, Girelmo de Carnoto, Fulcone Ruffo, Frodone de Stirpiniaco.
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Moi Landry, par un effet de l’indulgence
de Dieu abbé de Morigny, je fais savoir à tous présents
et à venir que monseigneur Thierry Galeran avait fait bâtir
notre église de la Ferté, et qu’entre autres nombreux bienfaits
il nous avait donné les domaines et la terre du Saussay, avec l’accord
de Gilles de Tournelle dont on tenait ce fief, en présence du très
pieux roi Louis. Ensuite, monseigneur Thierry, renonçant au siècle
et se donnant au Temple, voulut acquérir les dits domaines et les
donner au Temple, moyennant dix livres des trente livres de rente que
monseigneur le roi Louis avait donné au Temple sur sa caisse
d’Étampes, à percevoir à la saint Denis.
Après en avoir délibéré
à la demande du dit Thierry, qui nous avait fait de nombreux dons,
avec l’accord du chapitre de Morigny et du chapitre de Notre-Dame de la
Ferté, nous avons accepté le dit échange. Les frères
du Temple possèderont les domaines du Saussay comme nous les possédions,
nous percevrons dix livres sur la caisse du roi à Étampes
qui seront réglées tout d’abord, et l’établissement
du Temple recevra les vingt livres qui resteront et qui seront à
percevoir du dit roi par le biais de son administration*.
Nous avons confirmé cettte transaction
de l’empreinte de notre sceau, en présence des nombreux témoins
qui se sont présentés: Garin, curé de Corbeil; Thierry
Galeran, Archambaud de la Chaîne, Nantier de Corbeil, Geoffroy de
Savigny, frères du Temple; Gérard et Geoffroy, serviteurs
du Temple; Eudes Engaigne**; Hescelin de Linas; Thiébert de Montlhéry;
Thibaud, prévôt de La Ferté; Geoffroy de Montlhéry;
Giraume de Chartres; Foulques Roux; Front d’Étréchy.
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* Voici un usage
de l’averbe principaliter qui me paraît remarquable en ce
que le contexte semble bien obliger à comprendre: sur l’argent
public (litteralement: du prince, c’est-à-dire du
roi) (B.G., 2007).
** Le latin engania me paraît ici refléter
l’ancien français engaigne (substantif féminin)
, pour lequel le Lexique
de Godefroy donne: “mécontentement, dépit, chagrin, fâcherie”
ou bien “sorte de flèche”, qui paraît lui-même une variante
de engigne (substantif féminin), “tromperie” ou bien également
“sorte de flêche”, qu’on fait dériver du latin ingenium,
pris au sens de “ruse” (B.G., 2007).
IV
1177
24 avril-8 avril 1178. — Louis VII donne aux religieuses de La Saussaye
la dîme du pain et du vin consommés à La Ferté
Alais pour son service, celui de la reine ou de son fils Philippe.
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Arch.
de Seine-et-Oise, D 1382, original et copie du XVIIIe siècle dans
le Cartulaire, D 1381, f°27. — Gallia christ., VII, 635, analyse.
— Abbé LEBEUF, Hist. du diocèse de Paris,
édit. Bournon, IV, p. 39. — DUBREUL, Antiq. de Paris, 1215.
— A. LUCHAIRE, Actes de Louis VII, n°738. — Confirmation
par Philippe-Auguste en 1182 (même cote) par saint-Louis en 1260
(Arch. nat., JJ 39A, f°93), et par Philippe V en 1316 (JJ 53, f°39).
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Texte édité par Estournet (1944)
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Traduction Bernard Gineste (2007)
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In nomine sancte et individue Trinitatis, amen. Ludovicus Dei gratia
Francorum rex. Ad noticiam omnium tam presentium quam futurorum volumus
pervenire, quod mulieribus apud Salceiam prope Parisius ad serviendum Deo
congregatis, tam leprosis quam aliis, decimam panis quem, tam nos quam
regina, uxor nostra, quam carissimus filius noster Philippus, apud Firmitatem
Aaleis expendemus, et vini similiter, insuper et summarios nostros recreantos,
pro salute nostra et predecessorum nostrorum, liberali devotione concessimus,
sigillique regii auctoritate nostri nominis karactere subter annotato hec
ipsis habenda iussimus confirmari. Actum Aurelianis anno incarnati Verbi
M°C°LXX°VII°, astantibus in palatio nostro quorum subscripta
sunt nomina et signa. S. comitis Theobaldi dapiferi nostri, S. Guidonis
buticularii, S. Reginaldi camerarii, S. Radulfi constabularii, vacante
cancellaria.
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Au nom de la sainte et indivise Trinité,
amen. Louis par la grâce de Dieu roi des Francs. Nous voulons qu’il
parvienne à la connaissance de tous, tant présents qu’à
venir, nous avons donné aux femmes réunies à La Saussaye
près de Paris pour y servir Dieu, tant lépreuses que non
lépreuses, libéralité inspiré par la dévotion,
la dîme du pain que nous autant que notre épouse la reine
et que notre très cher fils, dépensons à la Ferté-Alais,
et pareillement du vin, ainsi que nos chevaux de bât* de rebut**, pour le
salut de nos âmes et de celles de nos prédécesseurs,
et que nous avons ordonné qu’il soit confirmé qu’elles jouissent
de ces donations par l’autorité de notre sceau, le monogramme de
notre nom étant porté ci-dessous.. Fait à Orléans
l’an de l’Incarnation du Verbe 1177, étant en fonction dans
notre palais ceux dont sont portés ci-dessous les noms et les marques.
Marque de notre sénéchal le comte Thibaud. Marque du bouteiller
Guy. Marque du chambrier Rainaud. Marque du connétable Raoul. La
chancellerie étant vacante. |
* Latin summarius, “bête de somme, cheval de charge”, mot très
bien représenté selon Blaise, curieusement négligé
par le Lexicon de Niermeyer (du moins dans l’édition de 1992).
**
Latin recreantus. Niemeyer donne pour
sens “lâche, fuyard” (XIIIe siècle) ou bien “cheval harassé”
(XIIIe siècle), et pour étymologie le verbe recredere,
“se recommander, se soumettre à la décision du tribunal”,
ce qui n’est pas très satisfaisant à la vérité;
le Lexicon de Blaise de son côté lui donne pour
sens “lâche, mou” ou bien “recru, fatigué (bête)”,
et produit (ou imagine?) une orthographe alternative (non relevée
par Niermeyer), recreandus, adjectif verbal à sens
passif du verbe recreare, “ranimer, requinquer”: il faudrait donc comprendre “qui doit être requinqué”,
d’où: “découragé, abattu, harassé” (B.G.,
2007).
V
1205 du 10
avril au 31 octobre. — Guillaume des Barres confirme aux religieuses
d’Yerres leur droit d’usage au bois mort dans le Buisson de Marbois.
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Arch.
nat., LL 1599B, p. 188, copie du XIIIe siècle. — Arch. de Seine-et-Oise,
63 H 66, notification du doyen de Melun; confirmation par le roi.
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Texte édité par Estournet (1944)
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Traduction Bernard Gineste (2007)
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Guillermus de Barris, universis ad quos littere presentes pervenerint,
salutem. Noverint quod controversia erat inter me et abbatissam [p.118] et moniales de Edera,
super quodam usuagio quod ipse dicebant se debere habere in mortuo nemore
de Amerboes ad opus domus illarum de Retolu et novem hospitum suorum
de Amerboes. Ego vero, cognita veritate, publice recognovi me nichil contradictionis
habere in usuagio illo in mortuo nemore, et hoc usuagium in mortuo nemore
eisdem monialibus omnino quitavi, sicut moniales predicte illud clamabant
ad opus predicte domus de Retolu et novem hospitum suorum de Amerboes.
Ego vero nec pro supradicto earumdem usuagio in mortuo nemore, quandocumque
voluero, predictum nemus de Amerboes vendere pretermittam, nec ipse nec
ipsarum supradicti hospites pro venditione quam faciam, predictum usuagium
in mortuo nemore habere cessabunt. Supradicta vero domus de Retolu et supradicti
hospites quandocumque molere voluerint, ad meum venient de consuetudine
molendinum. Ipsi vero consequenter post illum emolent quem in molendino
invenerint emolentem. Quod ut ratum et firmum permaneat, in perpetuum presentem
paginam mei sigilli munimine confirmavi. Actum anno incarnationis dominice
M°CC°V°.
|
Guillaume des Barres, à tous
ceux à qui parviendra le présent acte, salut. Qu’ils sachent
qu’il y avait débat entre moi et l’abbesse et les moniales d’Yerre
au sujet d’un droit d’usage dont elles disaient devoir jouir quant au
bois mort de Marbois au bénéfice de leur établissement
de Retolu et à celui de neuf de leurs hôtes à
Marbois.
Quant à moi, après avoir enquêté
sur le fond, j’ai publiquement reconnu ne rien avoir à redire
à ce droit d’usage en matière de bois mort, et je cède
complètement ce droit d’usage en matière de bois mort aux
dites moniales, selon ce qu’en revendiquaient les dites moniales pour
l’usage du susdit établissement de Retolu et de leurs neuf hôtes
de Marbois.
De mon côté je ne cesserai pas,
en raison du susdit droit d’usage en matière de bois mort, de vendre
à chaque fois que je le voudrai le dit bois de Marbois; de leur
côté ni elles ni leurs susdits hôtes ne cesseront, à
cause de la vente que j’en ferai, de jouir de ce susdit droit d’usage en
matière de bois mort.
Le susdit établissement de Retolu et les
susdits hôtes, à chaque fois qu’ils voudront moudre, viendront
à mon moulin banal. Et ils moudront juste après celui qu’il
trouveront en train de moudre au moulin.
Et pour que cela demeure fixe et stable à
jamais, j’ai certifié le présent acte au renfort de mon
sceau. Fait l’an de l’Incarnation du Seigneur 1205.
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* Latin usuagium
(variantes: usagium, usaigium, usatgium, usaticus), “règle
de droit coutumier / coutume, redevance coutumière / péage
/ droit d’usage” (B.G., 2007).
VI
1208
avril. — Robert Clément confirme à l’abbaye de Saint-Denis
le legs de vingt sous de rente sur sa censive de La Ferté-Alais,
fait par le maréchal Aubry Clément, son frère, et
Alix, sa femme.
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Arch.
nat., L 846, n°5, original.
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Texte édité par Estournet (1944)
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Traduction Bernard Gineste (2007)
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Ego Robertus Clementis, notum facio universis presentibus pariter
et futuris, quod concessionem et donationem viginti solidorum annis singulis
solvendorum, quam fecit bone memorie Albericus, frater meus, marescallus
domini regis Francorum, voluntate et assensu uxoris sue Aaliz, ad serviendam
lampadem ante altare Beati Eustachii martyris in ecclesia Beati Dionisii,
de censibus suis de Feritate Aales qui redduntur in festo Beati Remigii,
quoniam idem census ad me sunt devoluti, ego et Helois, uxor mea, gratam
et in perpetuum ratam habemus, et insuper statuimus ut vel nos, vel quicumque
predictum censum tenuerit, predictos viginti solidos annuatim deferri ad
thesaurarium Beati Dyonisii faciamus, pro animabus nostris et animabus eorumdem
et antecessorum nostrorum. Quod ut ratum sit, paginam hanc sigilli mei karactere
communivi. Actum anno Domini M°CC°VIII°, mense aprili.
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Moi Robert Clément, je fais
savoir à tous, tant présents qu’à venir, que moi
et mon épouse Héloïse agréons et tenons pour
irrévocable à jamais la concession et donation de vingt
sous à verser chaque année, opérée par mon
frère de bonne mémoire Aubry, maréchal du roi de France,
avec l’autorisation et l’accord de son épouse Alais, pour alimenter
une lampe devant l’autel de saint Eustache martyr dans l’église
de Saint-Denis, sur les cens qu’ils avaient à La Ferté-Alais
et qui sont réglés à la Saint-Rémy, vu que
le dit cens m’a été dévolu.
En outre nous avons décidé que
soit nous-mêmes, ou quiconque tiendra le dit cens, ferons verser
chaque année les dites vingt livres à la caisse de Saint-Denis,
pour le salut de nos âmes, des leurs, et de celles de nos prédécesseurs.
Et pour que cela soit bien établi, j’ai
certifié cet acte par l’empreinte de mon sceau. Fait l’an du Seigneur
128 au mois d’avril. |
[p.119]
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Source
du texte: L’édition de 1944..
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