CORPUS HISTORIQUE ÉTAMPOIS
 
Léon Guibourgé
Étampes à travers les âges
Étampes ville royale, chapitre I
1957
 
Etampes en 1610 (carte postale de Paul Allorge)  
Étampes en 1610 (gravure, d'après une carte postale de Paul Allorge)
 
ÉTAMPES, VILLE ROYALE
Étampes, chez l’auteur, 1957
chapitre I, pp. 11-20.
Étampes à travers les âges
PRÉFACE TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE SUIVANT


Léon Guibourgé      Etampes remonte dans l’histoire de notre pays à la plus haute antiquité. Dans la région, des traces d’habitations gauloises, des pierres taillées et polies, le menhir au lieu-dit «Pierrefite», démontrent cette haute antiquité.

     Au VIIe siècle, époque Mérovingienne, en 612, se passe le premier fait historique, le combat entre Clotaire II, roi d’Austrasie, et Théodoric, roi de Bourgogne. Mérovée, fils de Clotaire, fut fait prisonnier et Théodoric rentra triomphant à Paris. Les soldats tués dans ce combat furent enterrés à l’endroit appelé aujourd’hui: «Le Murger de la Bataille»*.

     A l’époque carolingienne de ce qui se passa dans la région nous ne savons que peu de choses. Le calme y régnait sans doute puisque les monastères y pouvaient recevoir des donations.

     * Aujourd'hui  siège de trois secteurs résidentiels: résidence du murger de la Bataille plus communément appelée les Bâtiments rouges; résidence des Glycines et résidence des Hauts-Valons. Mais plus personne ne croit que ce toponyme garde le souvenir d'une bataille de l'époque mérovingienne (B.G. 2011).
     Mais voici les invasions normandes. En 914, la ville d’Etampes est prise et saccagée par Rollon. Heureusement, avec les premiers rois Capétiens, la ville devait se relever et prendre une grande importance. «Dans le cours des siècles, lorsque les descendants de Hugues le Grand, père de Hugues Capet, qui possédait déjà Etampes au Xe siècle, eurent agrandi leur domaine et constitué la France de nos jours, notre ville devint un apanage, accordé tantôt à des princes du sang, tantôt à de fidèles vassaux, ou à des favorites du roi, mais revenant toujours à la couronne dont elle était un des plus beaux fleurons! (1). [p.12]
     1. D’après M. le Comte le Saint-Périer: La grande histoire d’une petite ville.
     C’est ainsi que les chroniques rapportent des événements remarquables. Au XIe siècle, le roi Robert fonda la Collégiale Notre-Dame et fit construire le château qui, habité dans la suite par plusieurs rois de France, devint une prison d’Etat. C’est dans cette collégiale que se tinrent sept Conciles, et c’est dans le donjon d’Etampes que fut enfermée pendant 12 ans l’infortunée reine Ingeburge, épouse de Philippe-Auguste. Toujours au XIe siècle, la reine Constance, épouse en deuxième noces du roi Robert, construisit à Etampes le palais du Séjour, à l’endroit où se trouve actuellement le Palais de Justice.

     Vers le milieu du XIe siècle, Etampes se composait de deux villes: l’une d’une certaine importance puisqu’il y avait trois églises: Saint-Martin, Saint-Alban et Saint-Mars; l’autre place forte, ville militaire et résidence royale, comprenant le château, la demeure royale, l’Eglise Notre-Dame et Saint-Basile. Entre les deux villes, il y avait un espace inhabité qui se peupla le jour où Louis VI eut l’idée d’établir un marché. Bientôt, autour de ce marché, se forma une nouvelle ville avec une église qui devint la paroisse Saint-Gilles. C’est cette paroisse, au centre de la ville, qui fut spécialement bombardée en juin 1944 et dont l’église est maintenant une grande ruine au milieu des autres ruines. Au XIe siècle, Etampes a donc pris une grande importance. Louis VI en a fait une base stratégique dans sa lutte contre ses redout vassaux, Hugues du Puiset, le sire de Montlhéry, les comtes de Corbeil, de la Ferté, de Rochefort. C’est à cette époque que se tient le Concile qui choisit le pape Innocent II. D’autre part, les fondations, les monuments se multiplient, comme la maladrerie Saint-Lazare, l’hospice Saint-Jean, l’Hôtel Dieu, le couvent des Mathurins. On frappe monnaie à Etampes, puisque Louis VII s’engage à ne pas l’altérer pendant son règne. Ce roi encourage les divers métiers par plusieurs ordonnances, comme le commerce du vin et de la boucherie. Nous avions à Etampes une rue de la Boucherie, actuellement remplacée par la rue de la République. Ce même roi institue en 1147 la foire Saint-Michel qui existe encore et a toujours grand succès au début de l’automne.


     Philippe-Auguste, qui appelle Etampes une de ses meilleures villes, y construit une nouvelle église: Sainte-Croix, sur l’emplacement d’une synagogue. Etampes avait alors son quartier juif avec rue de la Juiverie, provisoirement dénommée rue de Beauce pendant la dernière guerre. On pense qu’à cette époque Etampes avait un maire. Un acte de 1188 nous l’apprend, mais on ne possède pas la charte de franchise communale. [p.13]

     Le roi Saint-Louis donna la ville d’Etampes à sa mère Blanche de Castille, la détachant ainsi pour un moment du domaine royal. C’est cette reine qui fonda le couvent des Cordeliers dont une rue porte encore le nom. A sa mort en 1272, la seigneurie d’Etampes passa à Marguerite de Provence, veuve de Saint Louis. En 1307, Philippe le Bel accorda à son frère Louis d’Evreux la châtellenie d’Etampes pour lui et ses enfants mâles. On suppose que la peinture murale très altérée, qui se trouve actuellement dans le grenier du Palais de Justice, représente cette donation. A la mort de Louis d’Evreux, Etampes fut attribué à son fils cadet Charles, et c’est pour lui que Charles IV le Bel érigea en 1327 la baronnie d’Etampes en comté, «nom plus élégant», dit le titre d’érection.

     Mais nous voici arrivés à la guerre de Cent ans. En 1367 et 1370 des troupes anglaises poussent jusqu’à Etampes et Etréchy en dévastant tout sur leur passage. Les églises Sainte-Croix et Notre- Dame sont pillées. Les chanoines en sont réduits à la mendicité. C’est alors que Louis II, deuxième comte d’Etampes, fit une importante donation à Notre-Dame à condition qu’il sera chanté tous les jours à perpétuité avant le soleil, levé ou environ, une messe à notes et plain-chant, c’est la messe qui fut appelée «messe au Comte».

     En 1411, c’est Jean Sans Peur qui vient mettre le siège devant Etampes, avec le dauphin Louis. Les Etampois, fatigués de la guerre, ouvrirent leurs portes, mais Louis de Bosredon, commandant la garnison, résista plusieurs jours dans la Tour de Guinette. On dit que les dames de la ville, réfugiées dans le château, tendaient leurs tabliers vers les pierres projetées par les machines, comme pour narguer les assiégeants. Mais Bosredon dut se rendre et fut fait prisonnier. Il eut la vie sauve. Mais quelques années après, accusé à tort d’être trop bien avec la reine, il fut arrêté, mis à la torture et ensuite jeté à la Seine dans un sac.

     Le troisième comte d’Etampes fut Jean de Berry, prince magnifique, cultivé, généreux, dont la mémoire est chère aux amateurs d’art. Il avait des bijoux et des vaisselles précieuses. Il encourageait les artistes, les peintres et les sculpteurs. On possède son livre d’Heures, couvert d’enluminures qui sont des chefs-d’œuvre. Et on sait dans notre ville que la grosse cloche de Notre-Dame a été donnée par lui et sonne depuis l’année 1401.


     Le duc de Berry mourut en 1415, mais le comté ne fut rendu à la couronne qu’en 1478. Entre temps, les ducs de Bourgogne revendiqueront le comté d’Etampes. Le fait le plus mémorable [p.14] de cette longue période de troubles fut la prise d’Etampes par Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, en 1465 après la bataille de Montlhéry contre Louis XI. Le défenseur de la ville d’Etampes, Robinet du Ruth, ne s’inspira pas de la conduite de Bosredon, il rendit la ville sans coup férir. Les habitants d’Etampes durent soigner et héberger les ennemis du roi. Beaucoup de ceux-ci moururent qui appartenaient à l’armée du duc de Bretagne, alliée à Charles le Téméraire. On les enterra près de l’église Saint- Pierre en un lieu qui s’appela «Cimetière des Bretons», d’où le nom de Bretagne donné encore au lieu environnant.

     Louis XI finit par ramener la paix dans son royaume. Libre de disposer du comté d’Etampes, il en fit don à Jean de Foix, comte de Narbonne, qui gagna l’affection de ses sujets en leur accordant le droit de port. La navigation existait déjà sur les rivières d’Etampes. Les chevaliers de Saint-Jacques de l’Epée avait construit un port derrière leur Commanderie qui était à l’emplacement de l’abattoir actuel, et de grands travaux avaient été entrepris pour rendre navigable la rivière d’Etampes et permettre ainsi le transport des blés de Beauce jusqu’à Paris. Les marchés d’Etampes augmentèrent d’importance et accrurent ainsi la prospérité économique de la cité.

     Jean de Foix mourut à Etampes en 1500, après avoir combattu en Italie avec Charles VIII et Louis XII. Il fut enterré dans le chœur de l’église Notre-Dame. Son fils, Gaston de Foix, ne conserva le duché que jusqu’en 1512, année où il fut tué à Ravenne de quinze coups de lance au visage, «montrant le gentil prince, disent les chroniques, qu’il n’avait pas tourné le dos».

     Quelques mois plus tard, la reine Anne de Bretagne, nouvelle comtesse d’Etampes, faisait son entrée dans la ville. Mais l’année suivante, elle mourrait au château de Blois, et son corps fut transporté à Saint-Denis, après avoir passé par Etampes, où on célébra un service funèbre avec grande pompe pour le repos de son âme.

     La fille aînée d’Anne de Bretagne, Claude, devint comtesse d’Etampes. Cette «bonne reine», comme elle fut appelée, n’a pas seulement laissé le souvenir d’avoir donné son nom à la prune Reine-Claude à cause de sa bonté, mais a laissé le souvenir de ses libéralités dans les privilèges accordés à la ville d’Etampes pour son administration. A sa mort prématurée, en 1524, le comté d’Etampes rentra dans le domaine royal.

     A cette époque, François 1er était alors sous l’empire de sa passion pour Anne de Pisselcu, «la plus belle des savantes et la [p.15] plus savante des belles». En 1534, le roi lui donna le comté d’Etampes, qu’il érigea en duché en sa faveur, deux ans plus tard. La maison charmante au coin de la place de l’Hôtel-de-Ville et de la rue Sainte-Croix, portant la date de 1538, est la seule trace de la favorite de François Ier que les Etampois appelaient «la méchante».

     En 1547, François Ier mourait, et le jour même, Anne de Pisseleu était bannie de la Cour et le duché d’Etampes lui était enlevé. Henri II donna d’abord le duché au mari d’Anne de Pisseleu, Jean de Brosses, mais bientôt il le lui retira pour le donner à sa favorite, Diane de Poitiers. Peu de temps après, la mort du roi dépouilla celle-ci de tous ses biens et elle fut chassée de la Cour par Catherine de Médicis. Cependant il nous reste du court séjour de Diane de Poitiers à Etampes cette élégante demeure, à côté de l’église Saint-Basile, occupée par la Caisse d’Epargne.


     Au cours de ce XVIe siècle, bien des embellissements et des aménagements transformèrent la ville. Les remparts furent rétablis. L’Hôtel de Ville, dont la construction de style flamboyant remonte au XVe siècle, fut acheté en 1514 à Jacques Doulcet, conseiller du roi. Plus tard, au XIXe siècle, il devait être restauré par le grand architecte Auguste Magne, qui a donné son nom à une rue de la ville. Des changements furent apportés à l’administration de l’Hôtel-Dieu, dont la fondation remontait au XIIe siècle. Le maire et les échevins devaient surveiller les différents établissements hospitaliers: l’hôpital du Haut-Pavé, l’hôpital Saint-Jacques-de-l’Epée, la maladrerie de Saint-Lazare, et l’hôpital Saint-Antoine. On essaya, d’autre part, d’organiser un Collège qui fut pendant un siècle confié aux religieux Barnabites. L’un d’eux, Dom Fleureau, acquit une certaine célébrité par son ouvrage intitulé Les Antiquités d’Etampes, qui est pour l’historien une source précieuse de renseignements. Entr’autres améliorations, il faut encore compter l’organisation de la police, les jeux d’arbalète et d’arquebuse. C’est à cette époque que fut rédigée la coutume d’Etampes, ensemble des usages locaux en matière de droit.

     Nous abordons maintenant une période des plus douloureuses de l’histoire de notre ville. Nous avons vu qu’elle avait bien souffert de la lutte entre Armagnacs et Bourguignons, elle va maintenant supporter pendant plus de trente ans la guerre civile entre catholiques et protestants.

     Antoine de Bourbon, lieutenant général de l’armée royale transforme Etampes en magasin de vivres pour ravitailler les [p.16] armées et y installe une forte garnison. En 1562, c’est le choléra* qui s’abat sur la ville. La même année, c’est l’armée du prince de Condé qui prend la ville. Dans cette armée il y avait des cavaliers, des reîtres allemands. Ils campent avec leurs chevaux dans les églises et brisent les statues. Ce sont eux qui décapitent les statues du magnifique portail latéral de Notre-Dame. C’est ainsi que débuta cette période de luttes intestines, où la ville fut cinq fois assiégée. Enfin, le 5 mai 1589, Henri IV campait sous les murs d’Etampes, et la ville lui ouvrait ses portes Henri IV demeura 7 jours à Etampes. C’est pendant ce séjour que les habitants demandèrent au roi l’autorisation de détruire leur château, parce que ce château faisait d’Etampes une ville forte et lui avait occasionné bien des sièges, des luttes et des misères. On sait que Henri IV mourut assassiné par Ravaillac. Et Ravaillac, dit-on, passa par Etampes avant son crime. C’est à Etampes, devant la statue de «l’Ecce homo», au faubourg Saint-Martin — dit-on — qu’il aiguisa son couteau sur une pierre et se détermina à assassiner le roi.

      Nous arrivons au règne de Louis XIII. Le roi aimait beaucoup les voyages. Plusieurs fois il s’arrêta à Etampes, sans y demeurer longtemps, se contentant de descendre à l’auberge. Le palais du, Séjour ne servait plus aux princes, Etampes n’étant plus leur «séjour» préféré. Cependant la ville gardait une grande animation. La garnison entretenait cette animation. Il y avait de nombreuses auberges surtout dans la rue des Tripots, aujourd’hui de la Plâterie et on y faisait parfois grand tapage, principalement la nuit avec force instruments de musique. Aussi en vint-on à défendre expressément «tous violons et autres instruments, la nuit et même le jour, à peine de 40 livres d’amende et de prison». A signaler, sous le règne de Louis XIII, l’installation des Capucins au faubourg Evézard. Ils succédèrent à la Commanderie de Saint-Jacques, et bénirent la première pierre de leur église le 24 février 1615. Leur monastère, qui se trouvait à l’emplacement des abattoirs actuels, était très important. De leur séjour à Etampes, il reste le nom du chemin qui longe la rivière et qu’on appelle «la sente des Capucins». Vers le même temps, un ordre de religieuses enseignantes, la Congrégation de Notre-Dame, fonda une maison d’éducation dans le quartier Saint-Gilles. Cette maison devint très florissante et demeura jusqu’à nos jours, c’est-à-dire, jusqu’en 1901, époque des lois contre les Congrégations.

     Mais à cette époque, l’événement le plus important pour Etampes, et en même temps le plus désolant, fut en 1652 la [p.17] guerre civile appelé «la Fronde». Turenne défendant le parti du roi, entra en lutte contre Condé défendant le parti des princes. Condé occupa Etampes et Turenne vint assiéger la ville. Celle-ci subit deux assauts sanglants. Enfin Turenne leva le siège, laissant dans notre ville un amas de ruines et un immense charnier. C’est alors qu’on vit apparaître Saint Vincent de Paul, qui possédait dans les environs, à Valpuiseaux, une petite ferme. Il fit venir des «aéreux» chargés de l’assainissement, et aidé des Pères de la Mission et des Sœurs de la Charité, appelées plus tard Sœurs de Saint-Vincent de Paul, il soulagea bien des misères.

     Cependant la guerre civile était terminée, la guerre étrangère de son côté finissait par le traité des Pyrénées, et le 7 mars 1660, un Te Deum solennel fut chanté dans l’église Notre-Dame. Toutefois, pendant des années les traces de la guerre subsistèrent. Le fabuliste La Fontaine, traversant notre ville en 1663, écrivait à sa femme: «Nous remarquâmes en entrant quelques monuments de nos guerres ce ne sont pas les plus riches que j’ai vus, aussi est-ce l’ouvrage de Mars, méchant garçon s’il en fut jamais. Enfin, nous regardâmes avec pitié les faubourgs d’Etampes. Imaginez-vous une suite de maisons sans toits, sans fenêtres, percées de tous les côtés, il n’y a rien de plus laid et de plus hideux. Cela me remet en mémoire les ruines de Troie la Grande.»

     Nous voici au règne de Louis XIV. Le grand Roi ne garda pas rancune à Etampes pour avoir pris le parti des princes pendant la Fronde. Se rendant à Chambord, il passa à Etampes le 21 septembre 1668, et au retour le 19 octobre il traversa de nouveau la ville. Le maire René Hémard, malgré la défense du roi, lui fit un compliment en lui présentant les clefs de la ville. Et le roi de lui répondre aimablement «Gardez-les, je vous les rends; elles sont en bonnes mains.» Ces passages du roi auraient dû être un divertissement pour la population, mais ils étaient accompagnés d’un millier de soldats qui «causaient tant de désordres en une seule nuit, nous dit Hémard, que les pauvres habitants n’ont plus de goût pour les véritables joies».

     * Comme nous l'a fait remarquer Yves Buisson (2 janvier 2011), la première épidémie de choléra en France date de 1832. Guibourgé n'a pas lu ici assez attentivement le comte de Saint-Périer, qui écrivait, pp. 40-41 : “Ces réquisitions leur furent d’autant plus préjudiciables que les récoltes de cette année 1562 furent atteintes par des pluies continuelles et glaciales. Enfin, la peste qui ravagea une partie du nord de la France «jusqu’après la Saint-Rémy [p.41] (1 octobre) n’épargna pas notre pauvre ville.”  (B.G.)
     La fin du XVIIIe siècle et tout le XVIIIe jusqu’à la Révolution s’écouleront dans le calme pour notre ville. Sa grande histoire est terminée. Elle saisira cependant toutes les occasions de marquer au roi son attachement et de s’associer aux événements qui intéressent le royaume. Parmi ces occasions, il y a surtout les réceptions de la famille royale.

     En 1700, c’est le jeune Philippe V, roi d’Espagne, petit-fils (le Louis XIV qui passe à Etampes. [p.18]

     En 1705, on organise une fête pour célébrer les victoires de Louis-Joseph de Vendôme, duc d’Etampes, sur le prince Eugène.

     En 1721, c’est la réception de la petite infante Marie-Anne Victoire, qui doit épouser Louis XV.

     En 1745, c’est le roi lui-même qui vient à Etampes pour recevoir une autre infante, Marie-Thérèse-Antoinette, qui sera dauphine.

     Et quelques années plus tard, en 1752, c’est, à l’occasion de la naissance du duc de Bourgogne, une grande cérémonie pour doter et marier cinq filles des cinq paroisses d’Etampes.

      A côté de ces fêtes pittoresques et grandioses, le XVIIIe siècle apporte des formes d’activités nouvelles. A partir de 1700, il s’établit une sorte de petite académie, avec Geoffroy, le grand-père de Geoffroy Saint-Hilaire, dont la statue orne une de nos places, avec Pichonnat, médecin, Claude-Charles Hémard, l’abbé Lemaire, curé de Notre-Dame, Godeau, recteur de l’Université, et Descurain, maître apothicaire, l’âme de ce petit groupe. En outre, au faubourg Saint-Pierre, au château du Bourgneuf, Louis de Valori se plaisait à recevoir de 1720 à 1774, une société nombreuse, choisie, et brillante. D’autre part, un chanoine, l’abbé Desforges, imbu d’idées nouvelles et hardies, inventa un cabriolet volant, et se lança du haut de la tour de Guinette. Son appareil ne vola pas et il tomba au pied de la tour. Notre bon chanoine eu fut quitte avec une contusion au coude.

     En ce temps-là, la ville commençait à perdre son ancien aspect. En 1771, démolit les portes d’enceinte. On établit des règlements relatifs à la propreté des rues et à l’hygiène. C’était nécessaire, car de nombreuses épidémies désolaient la ville. La population, très diminuée à la suite du siège de 1652, était remontée en 1740 à 1.628 feux ; elle retombe après les épidémies de 1754 à 982 feux; mais au moment de la Révolution elle dépasse 2.000 feux (2).
     2. Environ 9.000 habitants.
     Nous voici donc parvenus à l’époque de la Révolution. Les officiers municipaux d’Etampes avaient été renouvelés en 1787. Mais dès 1788, ils se préoccupent de la manière dont seront choisis les députés pour les Etats-Généraux. En 1789, ils délèc comme députés : du clergé, l’abbé Périer, curé de Saint-Pierre; de la noblesse, Jacques-Auguste de Poilloue, marquis de Saint- Mars; du Tiers-Ordre, François de Laborde, marquis de Méréville, et Louis Gidouin, bourgeois d’Etampes. Ces députés doivent [p.19] présenter un cahier de revendications. Les idées d’union, de nation, de patrie, de protection des travailleurs et des malheureux, sont développés dans ces cahiers.

     Une société philanthropique est fondée pour secourir les pauvres les plus vertueux et pour établir une rosière. La première fête de la Rosière eut lieu le lundi de la Pentecôte 1790. Cette même année, le 14 juillet, fut célébrée la Fête de la Fédération avec messe en plein air sur le Port.

     En octobre, Claude Dupré, huissier à Etampes, ouvre une imprimerie, sous le patronage du district d’Etampes, pour imprimer les avertissements relatifs aux événements qui vont se précipiter. En novembre, l’abbé Ménard, desservant de Saint-Pierre, fonde Le Journal d’Etampes. Et en juin 1791, se forme «la Société des Amis de la Constitution». Mais voici l’événement qui va déclancher ouvertement la Révolution à Etampes. Le 3 mars 1792, à la suite de la vie chère, six cent hommes armés pénètrent dans Etampes et tuent le maire Simonneau qui voulait les calmer. La Terreur alors s’installe avec l’aide du citoyen Couturier, député de la Moselle, envoyé avec la mission de «régénérer révolutionnairement les autorités». Celui-ci fait arrêter le jour même de son arrivée les curés de Saint-Basile, de Saint-Pierre, l’aumônier de l’Hôtel-Dieu, des chanoines, des prêtres des environs, et les envoie en prison à Versailles. Puis, c’est la démolition de l’église Sainte-Croix. Notre-Dame est transformée en temple de la Raison triomphante, Saint-Basile en salpétrière, et Saint-Gilles sert à la fois de halle au blé et de prison. La suppression de District en 1794, et le renouvellement de l’administration municipale ramenèrent progressivement le calme.

     Sous l’Empire, notre ville reprend une vie régulière. En 1809, l’Empereur désigne le général de Romanet comme maire. A Notre-Dame on procède à la bénédiction des Aigles, à la célébration du mariage d’une fille sage, dotée par l’empereur, avec un homme ayant fait la guerre.

     La campagne de France, en avril 1814, amena Cosaques, Tartares et Baskirs jusqu’à Etampes et dans la région, au grand effroi de la population.

     Le retour des Bourbons, les Cent jours, la Révolution de 1830, marquèrent peu dans la ville. Mais en 1832 une épidémie de choléra qui avait éclaté à Paris, atteignit Etampes et fit trois cents morts. Cependant le commerce et l’industrie allaient se développer grâce au chemin de fer. En 1843 a lieu l’inauguration [p.20] du chemin de fer de Paris à Orléans, ce qui amena en effet un nouvel essor à la ville.

     La révolution de 1848 passa sans violences. On se contenta de planter un arbre de la liberté place Saint-Gilles. Mais, après une période prospère et brillante, la guerre est revenue trois fois avec son cortège de misères. Nous ne pouvons ne pas oublier l’occupation ennemie pendant quatre ans, qui a été particulièrement pesante pour notre ville, et les bombardements de juin 1940, et surtout celui de juin 1944, qui a détruit tout un quartier. Mais la Libération est arrivée, la paix est revenue. Espérons que la «grande histoire de notre petite ville» n’est pas terminée. Sous l’habile et sage direction de nos maires, Etampes retrouvera des jours prospères et glorieux. [p.21]


   
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BIBLIOGRAPHIE

Éditions

Léon Guibourgé      Brochure préalable: Léon GUIBOURGÉ [chanoine, ancien archiprêtre d’Étampes, officier d’Académie, membre de la Commission des arts et antiquités de Seine-et-Oise, vice-président de la Société artistique et archéologique de Corbeil, d’Étampes et du Hurepoix], Étampes, la favorite des rois [in-16; 64 p.; figures; plan et couverture en couleur; avant-propos de Barthélémy Durand, maire; dessin de couverture de Philippe Lejeune], Étampes, Éditions d’art Rameau, 1954.

    
Édition princeps: Léon GUIBOURGÉ, Étampes, ville royale [in-16 (20 cm); 253 p.; armoiries de la ville en couleurs sur la couverture; préface d’Henri Lemoine], Étampes, chez l’auteur (imprimerie de la Semeuse), 1957.

    
Réédition en fac-similé: Léon GUIBOURGÉ, Étampes, ville royale [22 cm; 253 p.; broché; armoiries de la ville sur la couverture; préface d’Henri Lemoine], Péronnas, Éditions de la Tour Gile, 1997 [ISBN 2-87802-317-X].

    
Édition électronique: Bernard GINESTE [éd.], «Léon Guibourgé: Étampes ville royale (1957)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-20-guibourge1957etampesvilleroyale.html (33 pages web) 2004.

     Ce chapitre: Bernard GINESTE [éd.], «Léon Guibourgé: Étampes à travers les âges (1957)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-20-guibourge1957etampes100ages.html, 2004.


Toute critique, correction ou contribution sera la bienvenue. Any criticism or contribution welcome.
Source: Léon Guibourgé, Étampes, ville royale, 1957, pp. 11-20. Saisie: Bernard Gineste, octobre 2004.
    
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