Pierre Plisson, avocat du roi
Discours sur la Paix et
à la louange du roi
palais du Séjour, 22 mai 1679
Le 22 mai 1679, sur ordre du roi,
on célèbre à Étampes la paix
de Nimègue, qui sanctionne la fin de la guerre de Hollande et ramène,
on l’espère encore une fois, la paix en Europe.
Avant d’aller célébrer un Te Deum
à Notre-Dame, puis allumer un feu de joie devant l’Hôtel de
Ville, la noblesse des environs, le clergé local,
les officiers royaux
du bailliage, les échevins et les autres principaux notables de la
ville se réunissent au Palais du Séjour, dans la salle de l’Auditoire,
actuel Palais de Justice, où maître Pierre Plisson, avocat du
roi au bailliage, prononce le discours que lui impose sa charge, pour célébrer
cette paix, et faire l’éloge
de Louis le Grand.
L’auteur n’y fait pas montre seulement d’éloquence,
de culture et de piété; mais encore, si on sait lire entre
les lignes, de sensibilité et d’humour: car il n’ignore pas les soucis
de ses compatriotes, ni le décalage qui existe entre son verbiage
fleuri et leur lassitude sans illusion.
Pierre Plisson est surtout connu des Étampois
comme l’auteur de la Rapsodie, compilation où il nous a transmis
ou résumé tout ce qui n’avait pas été détruit
dans les archives de la ville lors de la catastrophe de 1652. Mais, en conclusion
de cet important ouvrage, dont la tonalité est assez sombre, il a
souhaité reproduire la teneur de son discours
de 1679 que voici, sans doute pour finir sur une note d’espoir.
Je suis ici le texte de l’édition qu’en a donné
Charles Forteau en 1909, avec une orthographe modernisée, et j’y ajoute
quelques notes, où je donne traduction notamment des citations latines,
pour que tous puissent les entendre, et apprécier la manière
dont Plisson les tourne de son côté en français, avec
cette liberté élégante qui caractérise les versions
latines du Grand Siècle.
Je donne en Annexes d’une part quelques représentations allégoriques
contemporaines de la paix de Nimègue; et d’autre part l’article “Paix”
du Dictionnaire de Furetière (troisième édition),
pour donner quelques repères sur à ceux qui voudraient resituer
la pensée de Plisson dans celle de son époque.
Bernard Gineste, 24 février
2010.
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[INTRODUCTION
présentant
les circonstances de ce discours]
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LA PAIX
Puisque toutes choses tendent à
leur fin, que la paix est la fin de toutes choses, je veux finir toute cette
Rapsodie par la paix même; car il n’y a rien qui
regarde tant le gouvernement [p.259] public
que la paix, quoique plusieurs n’en connaissent pas le prix. C’est donc assez
parler de la mort, de la guerre et des désordres; du désordre
vient l’ordre, disent les philosophes; la fin de la guerre c’est la paix,
et la mort même a un certain germe de vie qui fructifie la paix.
Je serais bien fâché d’avoir perdu
le temps à chercher à mettre de l’ordre en cette confusion de
mémoires, que d’autres ont pu mieux faire, et il ne faut pas croire
qu’étant dans la même nacelle du vaisseau brisé des flots,
j’eusse pu m’amuser, la plume à la main, à observer toutes les
circonstances d’un si général naufrage, étant périclitant
comme les autres; tout ce que je peux dire est qu’après la foudre passée,
j’en ai remarqué grossièrement les choses susdites, réservant
à d’autres d’y ajouter ce qu’ils en ont pu mieux remarquer que nous.
En l’année 1659, la paix ayant été
conclue avec l’Espagne et publiée en 1660 et les articles envoyés
et registrés en tous les sièges, il y eut un million de discours
publics en faveur de cette paix, avec le Te Deum et feux de joie, par
toute la France, et l’on ne manqua en rien en cette ville, soit pour le Te
Deum, feux de joie et discours publics, à ce sujet (1), car après plus de trente années
de guerres et de souffrances, on croyait déjà jouir des délices
du ciel par avance. [p.260]
Mais comme peu de temps après,
la guerre d’Hollande survint, autre guerre avec l’Espagne même, autre
avec l’Empereur, tous ligués contre la France, Dieu protégea
tellement la France que S. M. fit des conquêtes si prodigieuses qu’il
en sera parlé en tous les siècles, et obligea tant de si puissants
ennemis à une paix nouvelle presque à telles conditions qu’il
voulut; voilà cette nouvelle paix merveilleuse conclue à Nimègue,
dont il est question de parler, attendu que les maire et échevins eurent
mandement de faire chanter le Te Deum solennellement et les feux de
joie; et comme cette nouvelle paix fut d’une plus grande importance que jamais,
les solemnités en furent aussi plus universelles.
La paix conclue à Nimègue:
1° Avec les Hollandais, et fut publiée
et le Te Deum chanté et les feux de joie faits à Étampes
en l’année 1678;
2° Avec l’Espagne, et fut publiée et
le Te Deum chanté et les feux de joie faits à Étampes
au commencement de l’année 1679;
3° Avec l’Empereur, et fut publiée et
le Te Deum chanté et les feux de joie faits à Étampes
le lundi de Pentecôte, 22 mai 1679; appelée la paix générale
(2).
Ce jour, les habitants sous les armes, les officiers
de justice, avocats et procureurs en robes, assemblés en la grande
salle et auditoire du Séjour royal, et concours de monde de tous ordres
et états, fut fait le discours sur la paix à la louange du roi
et à l’honneur de la justice, sur les cinq heures après-midi
par l’avocat de S. M. (3), comme il ensuit:
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(1) [Note de Charles Forteau] Le registre de la municipalité
rend compte de cette fête en ces termes: «7 mars 1660. — Nous,
maire, échevins, officiers du baillIage, prévôté,
élection et grenier à sel, et autres notables habitants, sommes
partis en corps séparé d’avec lesdits officiers, pour aller
à Notre-Dame, assister au Te Deum qui y a été chanté
en action de grâces de la conclusion de la paix générale:
où nous aurions pris nos places dans les hautes chaires, les premières
du côté droit devant l’autel: dans laquelle église de
Notre-Dame, les capitaines des paroisses de la ville conduisant leurs compagnies
en armes (sic). Après le Te Deum chanté, lesdites
compagnies avaient fait plusieurs acclamations pour la prospérité
de S. M. et quelques décharges en signe de réjouissance, et
conduisirent lesdits maire et échevins devant la porte de l’hôtel
de ville, où étaient préparés un bûcher
et un échafaud chargé d’artifices. Où étant, le
feu fut mis au bûcher par M. Hemard, lieutenant particulier dudit bailliage,
pour l’absence de M. le lieutenant général et par M. le maire,
avec chacun un flambeau de pareille grosseur.
Le surlendemain, 9 mars, le maire
et les échevins allèrent saluer le vainqueur, l’illustre maréchal
de Turenne, de passage à Etampes, se rendant à Paris pour assister
au mariage du Roi; et ils lui offrirent le présent de la ville.»
(2) [Note de Charles Forteau] Les récits de ces
fêtes manquent aux archives municipales.
(3) [Note de Charles Forteau] Maître Pierre Plisson.
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[DISCOURS DU 22 MAI 1679]
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C’est au sujet de la paix générale et
par ordre du roi que nous sommes ici assemblés pour nous transporter
avec le corps de ville en la principale église, afin de rendre à
Dieu la reconnaissance publique et les actions de grâces dues et convenables
à la grandeur du bienfait. La paix: non de la manière que les
autres rois et princes étrangers la donnent à leurs sujets
(1) par force et nécessité, se trouvant obligés
de céder au vainqueur et subir les lois de sa puissance; mais c’est
la paix [p.261] telle que le ciel, arbitre des
différends des rois et des républiques, vient aujourd’hui la
faire éclater parmi nous, sous le nom et le règne du plus victorieux
monarque du monde qui s’est acquis la louange d’avoir, sur tous les autres
princes de la terre, gagné le prix en prudence, en valeur et en clémence:
puisqu’après tant de labeurs desquels un Hercule ne se fut qu’à
peine honnêtement développé (2),
tant de fatigues sous lesquelles un Atlas eût courbé les épaules,
nous voyons plusieurs guerres dissipées, les volontés unies
de tant de princes, leurs affections mutuellement conjointes d’un étroit
lien de dilection par sa seule sagesse. Paix qui, ayant été
ardemment désirée, longtemps attendue, souvent disputée,
quelquefois rompue et parfois désespérée, fait connaître
que Dieu bénit en tout les armes de la France si manifestement et
confond tellement de tous côtés les ennemis du roi, que leur
résistance à sa justice n’a servi qu’à les charger de
honte et à le combler de gloire. Et comme les plus petites causes
ont souvent produit de plus grands effets, les étrangers n’ayant pas
voulu lui accorder ce qui lui appartenait par justice, ne lui ont donné
par les armes que des matières de triomphes.
Au temps de la première paix entre
la France et l’Espagne, promulguée en 1660 (3), après plus de trente années de
guerres continuelles, nous représentâmes que la paix et la justice
convenaient et s’accordaient si parfaitement bien ensemble, que comme elles
s’entr’aiment uniquement, les anciens avaient cru qu’elles étaient
deux sœurs, deux sœurs jumelles sorties d’un même ventre et nées
en un même jour (4); que la justice et la paix avaient une même horoscope,
les mêmes aspects, heureuses ensemble, malheureuses ensemble, ayant
un bien commun, un mal commun, participantes par société de
nature à la même félicité et à la même
infortune, ayant les mêmes amis, les mêmes ennemis; que la justice
n’avait point de force sans la paix, que la paix ne pouvait subsister sans
la justice; que, qui attaque l’une détruit l’autre, et que comme elles
sont nées ensemble, elles ne peuvent vivre ni mourir ensemble, la
paix et la justice étant les deux fermes colonnes sur lesquelles se
portent tous les états et les républiques. Et joignant dès
lors notre [p.262] voix aux allégresses
publiques, nous rendions tous ensemble mille actions de grâces à
la divine bonté du soin particulier qu’elle prenait de cette monarchie,
en laquelle elle nous donnait un roi puissant pour y établir la splendeur
d’une paix que nous croyons dès lors être ferme, stable et solide
(5).
Mais aujourd’hui,
ajoutant ces mêmes considérations, nous disons que, si lors
de cette première paix, les peuples comme les Israélites n’ont
pas été jugés dignes d’entrer tout d’un coup en cette
terre de promission fertile et abondante (6), [c’est] (7) parce
que les iniquités en ont peut-être retardé la jouissance,
n’étant pas possible que les fruits de la paix pussent mûrir
parmi les froideurs d’une piété glaciale (8).
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Signature de la paix de Nimègue (traité de 1678)
( 1) Réminiscence de l’Évangile selon
saint Jean, XIV, 27: Je vous laisse la paix; c’est ma paix que je vous
donne; je ne vous la donne pas comme le monde la donne; que votre cœur ne
se trouble point, et ne s’alarme point. — ( 2)
développé: “débarrassé”.
(3) Dans sa Rapsodie, éditée par
Charles Forteau, Annales du Gâtinais 27 (1909), pp. 259-260,
et comme on l’a vu par l’extrait cité plus haut, Plisson fait allusion
au Te Deum et aux feux de joie qui prirent place en cette occasion
à Étampes. Il résume ici le discours qu’il avait alors
tenu lui-même en la même occasion. — (4) Cf. Raymond Baustert, L’univers moral de Malherbe: étude
de la pensée dans l’œuvre poétique, tome 2, 1997, p. 712: “Aussi la Justice & la Paix, comme
deux sœurs jumelles qui se baisent l’une l’autre, etc.” — (5) L’auteur doit se tirer d’une difficulté
dont il faut se rendre compte: Étampes ne s’est toujours pas relevé
des événements de 1652 qui ont dépeuplé la ville;
depuis on ne cesse de célébrer, coûteusement, des paix
successives auxquelles il devient difficile de croire sérieusement.
L’auteur va s’en tirer par une allégorie empruntée à
l’Histoire Sainte.
( 6) Épisode
connu de l’Histoire Sainte: les Israëlites que Dieu avait fait sortir
d’Égypte furent condamnés par lui, en raison de leur incrédulité,
à ne pas jouir de la Terre qui leur avait été promise,
et où ne pénétrèrent que leurs enfants ( Nombres
XIV, 26-38; Deutéronome I, 34-36; Psaume XCV, 7-11);
cet épisode est déjà tourné en allégorie
par le Nouveau Testament ( Lettre aux Hébreux, III, 7-19; Première
aux Corinthiens X, 5); Plisson l’applique à la situation politique
européenne, d’une manière qui sans doute n’est pas originale.
— ( 7) J’ajoute ce mot au texte édité
par Forteau, parce que sans lui la phrase ne tient pas debout.— ( 8) Allégorie un peu lourde, qui surcharge la
précédente, de la foi qui refroidit.
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C’est maintenant que le ciel témoigne qu’il a écouté
et exaucé les vœux universels de tant de nations et de peuples en
la dispensation de cette nouvelle paix.
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Le
nom de paix qui signifie la paction de Dieu avec les hommes (9), est un
nom si magnifique que Dieu même s’est fait appeler le Prince de la
Paix (10), c’est-à-dire du salut et félicité, d’où
nous pouvons remarquer principalement quatre sortes de paix:
1° Cette paix du salut et de l’éternité,
puissions-nous l’acquérir selon le souhait commun de tous les hommes.
Celui qui veut l’avoir doit recourir à l’esprit de Dieu, qui est
l’esprit de paix, de tranquillité et de dilection (11). Cette
paix surpasse toutes les conceptions de l’entendement et tous les sens de
l’homme (12). |
(9)
Paction: action de conclure un pacte.— (10) Isaïe IX, 5: Car un enfant nous est né,
un fils nous est donné, et la domination reposera sur son Épaule;
on l’appellera admirable conseiller, Dieu puissant, père éternel,
prince de la paix.
(11) Cf. Isaïe XI,
2. — (12) Lettre aux Philippiens IV, 7:
Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra
sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus.
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2° Il y a la paix des méchants dont il est fait mention au psaume
67: Zelavi super iniquos pacem peccatorum videns (13), mais
c’est une fausse paix. La paix et la justice s’accordent et s’unissent entre
elles pour faire une continuelle guerre aux méchants, comme sont ceux
qui jurent, qui dérobent, ou font autres mauvaises actions dans le
public.
3° La paix des gens de bien dont parle l’Apôtre
aux Galates, ch. 5 (14), et saint Jacques en son épître, ch. 4 (15), c’est
cette paix que le Sauveur laissa aux fidèles, en saint Jean, ch.
14: Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis.
Ce n’est point la paix que les hommes pensent: non commodo mundus dat,
Ego do vobis (16). [p.263] puisque la vie des gens de bien est une guerre
et un combat perpétuel: Vita hominis militia super terra,
dit Job (17); Spiritus adversus carnem, caro adversus spiritum, dit
saint Paul (18). Et le Sauveur lui-même en saint Mathieu, ch. 10: Ne pensez
pas que je sois venu mettre la paix en la terre. Je ne suis point venu mettre
la paix, mais le glaive. Nolite arbitrari quia venerim pacem mittere in
terram, non veni pacem mittere sed gladium (19).
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(13)
Psaume LXXII (LXXIII), 3: Je me suis irrité au sujet des méchants,
en voyant la paix des pécheurs.
(14) Lettre aux Galates
V, 22: Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience,
la bonté, la bénignité, la fidélité, la
douceur, la tempérance. — (15) Il
faut lire sans doute chapitre 3, cf. Lettre de Jacques III, 18-19: La sagesse
d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée,
conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de
duplicité, d’hypocrisie: Le fruit de la justice est semé
dans la paix par ceux qui recherchent la paix. — (16) Évangile selon saint Jean, XIV, 27: Je
vous laisse la paix, je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme
le monde la donne. — (17) Livre de Job VII,
1: La vie de l’homme sur la terre est un combat. Texte assez connu
dans la tradition catholique qui oppose l’église glorieuse des
anges et des chrétiens déjà réunis au Christ
à l’église militante de ceux qui vivent encore ici-bas. — (18) Lettre aux Galates V, 17: la chair contre
l’esprit, et l’esprit contre la chair. — (19)
Évangile de Mathieu X, 34.
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4°. La paix temporelle est justement celle que nous traitons, telle
que le peuple la souhaite, et qu’on appelle paix et aise, dont il est parlé
au Lévitique, ch. 26, et que Dieu promet aux peuples mêmes, avec abondance de
biens temporels, en cas qu’ils soient fidèles en l’exécution
de ses volontés. Si vous gardez mes ordonnances (faites mes commandements),
je vous donnerai de la pluie en son temps et la terre sera féconde;
les arbres seront chargés de fruits; la moisson des grains ne sera
pas plus tôt faite que vous aurez la vendange abondante et le temps
ensuite propre pour les semailles. Vous mangerez votre pain en pleine suffisance
et satiété, et habiterez vos provinces, vos villes et vos maisons,
sans aucune crainte; je vous donnerai la paix en vos contrées et vous
dormirez sans que rien vous inquiète. Le soldat ne passera pas par
vos limites: Si in præceptis meis ambulaveritis et mandata mea custodieritis,
et feceritis ea, dabo vobis pluvias temporibus suis, et terra gignet germen
suum et pomis arbores replebuntur; apprehendet messium tritura vindemiam et
vindemia occupabit sementem; et comedetis panem vestrum in saturitate; et
absque pavore habitabitis in terra vestra; dabo pacem in finibus vestris,
dormietis et non erit qui exterreat, etc... et gladius non transibit terminos
vestros (20).
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(20)
Lévitique XXVI, 3-6: Si vous marchez dans mes préceptes,
si vous observez mes commandements et si vous les suivez, je vous donnerai
les pluies en leurs temps, et la terre produira sa semence, et les arbres
seront pleins de fruits. Le battage des moissons sera suivi par les vendanges
et les vendanges occuperont le semeur, et vous mangerez de votre pain à
satiété, et vous habiterez votre terre sans frayeurs: je donnerai
dans votre territoire, vous dormirez et il n’y aura personne pour vous effrayer
[Passage retranché: je supprimerai bêtes nuisibles]
et l’épée ne passera pas vos frontières.
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Il est encore fait mention de cette paix temporelle en Josué,
ch. 21, où il est dit que Dieu ayant livré aux Israélites
toutes les terres et royaumes qu’il leur avait promis, II y établit
la paix, c’est-à-dire la possession et jouissance paisibles envers
toutes les nations et les autres royaumes qui étaient à l’entour,
et que nul des ennemis n’osa leur résister, mais que tous furent
réduits à leur sujétion. Dataque est ab eo Pax in
omnes per circuitum nationes, nullusque eis hostium resistere ausus est,
sed cuncti [p.264] in eorum ditionem
redacti sunt (21). Et au chapitre suivant, le même Josué, général
de l’armée israélique, semble complimenter les peuples des
trois tribus de Ruben, Gad et Manasses, qui l’avaient suivi en guerre et
avaient généreusement combattu et remporté plusieurs
victoires contre plusieurs Rois, en les congédiant à la tête
des troupes, il leur dit: Vous avez fait ce que Moïse vous a ordonné
et vous m’avez aussi obéi en gardant le commandement du Seigneur,
et partant, puisque le Seigneur a donné la paix aux autres tribus
qui sont vos frères, retournez-vous en aussi en vos maisons, à
la charge et condition que vous garderez exactement et accomplirez toujours
les lois du Seigneur, que vous cheminerez en toutes ses voies, et que vous
le servirez de tout votre cœur et de toute votre âme. Quia igitur
dedit Dominas quietem et pacem; revertimini et ite in tabernacula vestra,
etc... ita duntaxat ut custodiatis attente et opere compleatis mandatum et
legem, ut diligatis dominum Deum vestrum et ambuletis in omnibus viis ejus
et observetis mandata illius adhæreatisque ei, ac serviatis in omni
corde et in omni anima vestra (22).
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(21)
Livre de Josué XXI, 42: Et par eux la paix fut donné à
toutes les nations d’alentour, et aucun de leurs ennemis n’osa leur résister,
mais tous furent soumis à leur domination.
(22) Livre de Josué
XXII, 4-5: Parce que donc le Seigneur votre Dieu à donné
à vos frères la tranquillité et la paix [passage
omis: comme il l’avait promis], retournez-vous en et regagnez vos
tentes [passage omis: et la terre en possession que vous a donné
le serviteur de Dieu Moïse au-delà du Jourdain], de telle
sorte que vous observiez soigneusement et que vous suiviez vraiment son commandement
et la loi que vous a precrite le serviteur de Dieu Moïse: d’aimer le
Seigneur votre Dieu, et de marcher dans toutes Ses voies, et d’observer ses
commandements, et d’adhérer à Lui et de Le servir de tout votre
cœur et de toute votre âme.
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Voilà comment cette paix temporelle est toujours très bonne,
très excellente, avantageuse comme venant de Dieu, qui se sert du
ministère des Roys et des Princes de la terre pour la donner aux peuples
quand il lui plaît. Le cœur des rois, dit le Sage, est en
la main de Dieu pour le tourner et incliner selon ses volontés
(23).
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(22)
Livre des Proverbes XXI, 1: Sicut divisiones aquarum ita cor regis in manu
Domini quocumque voluerit inclinabit illud, “Comme la division des eaux
le cœur du roi est entre les mains du Seigneur: il le fera pencher dans
le sens qu’il voudra”.
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Nous lisons au troisième livre des Rois, ch. 4, où il est
fait mention de la magnificence de Salomon, de la paix et tranquillité
de son règne, qu’il avait en sa domination tous les pays et royaumes
depuis le fleuve de la terre des Philistins, jusqu’aux limites d’Egypte,
car il tenait toute la contrée qui était au delà du
fleuve, depuis Tapsa jusqu’à Gazan et il est dit qu’il avait une profonde
paix en tous ses royaumes, pays et terres de son obéissance, de toutes
parts, comme si les autres rois des contrées voisines eussent dependu
de lui: Ipse enim obtinebat omnem regionem quæ erat trans flumen
quasi a Taphsa usque ad Gazam, etc., et habebat pacem ex omni parte in circuitu
(24). Et il est dit de plus que ses peuples étaient innombrables
[p.265] comme le sablon de la mer,
buvait, mangeant et se réjouissant la faveur de la Paix. Juda et
Israel innumerabiles sicut arena maris in multitudine, comedentes, et bibentes
atque lætentes (25); et qu’ils habitaient leurs villes et leurs maisons joyeusement
chacun dessous sa treille et son figuier. Unusquisque sub vite sua et sub
ficu sua cunctis diebus Salomonis (26).
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(24)
Troisième livre des rois (dit plutôt aujourd’hui Premier, les
deux précédents étant dits de Samuel) IV, 24: Ipse
enim obtinebat omnem regionem quae erat trans flumen quasi a Thapsa usque
Gazam et cunctos reges illarum regionum et habebat pacem ex omni parte in
circuitu: “Il tenait toute la région qui était au-delà
du fleuve quasiment de Thapsa à Gaza, et tous les rois de ces régions,
et il jouissait de la paix de tous les côtés à l’entour”.
— (25) Ibid. IV, 20: Juda et Israel
innumerabiles sicut harena maris in multitudine comedentes et bibentes atque
laetantes: “Juda et Israël innombrables comme le sable de la mer,
mangeant et buvant et se réjouissant”. — (26) Ibid.
IV, 25: habitabatque Iudas et Israhel absque timore ullo unusquisque sub
vite sua et sub ficu sua a Dan usque Bersabee cunctis diebus Salomonis:
“Et Juda et Israël y habitait sans aucune crainte, chacun sous sa vigne
et sous son figuier depuis Dan jusqu’à Bersabée”.
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Ne vous semble-t-il pas, Messieurs, que le roi qui surpasse en puissance
et en richesses, aussi bien qu’en valeur et en sagesse, tous les princes du
mode, nous envoyant aujourd’hui les nouvelles de la paix, nous présente
eu même temps le siècle d’or de Salomon, la prospérité
de son règne, la communication de ses trésors par la modération
des impositions (27), la participation de tous les délices du royaume, le plus
fécond et le plus abondant en toutes sortes de biens propres et convenables
aux usages et aux plaisirs de la vie. Réjouissez-vous, dit le prophète
Isaïe (28), ch. 66, en un sujet tout semblable (sinon qu’il parle de la paix
spirituelle, nous de la temporelle), Réjouissez-vous avec Jérusalem,
Jérusalem signifie vision de paix (29), et soyez joyeux en elle,
vous tous qui avez eu deuil et affliction, afin que vous suciez le lait et
soyez remplis des mamelles de sa consolation, et que vous abondiez de délices.
Car, dit le Seigneur, je ferai couler comme un fleuve de paix et comme un
torrent inondant la gloire des ennemis. Lætamini cum Jerusalem et
exultate in ea, etc., Gaudete cum ea gaudio, universi qui lugetis super
eam, ut sugatis et repleamini ab ubere consolationis ejus, ut mulgeatis, et
deliciis affluatis, etc., quia hæc dicit Dominas, ecce ego declinabo
super eam quasi fluvium pacis et quasi torrentem inundantem gloriam gentium,
etc. (30)
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(27)
On croit rêver en lisant ces paroles, sur lesquelles Plisson n’insiste
pas, d’ailleurs, tant cet éloge est éloigné de la vérité.
— (28) Plisson a écrit ici par distraction
“Esaü” au lieu de “Isaïe”. — (29) Cette
étymologie donnée ici en matière de parenthèse,
est erronnée, mais très ancienne. — (30)
Isaïe 66, 10-12: Réjouissez-vous avec Jérusalem et exultez
en elle [passage retranché: vous tous qui l’aimez],
réjouissez-vous avec elle de joie, vous tous qui vous
lamentez sur elle, afin que vous suciez et vous repaissiez de la mamelle de
sa consolation, afin que vous savouriez et soyez comblés des délices
[passage retranché: de sa multiple gloire], parce que le
Seigneur dit: Voici je vais faire couler sur elle comme un fleuve de paix,
et comme un torrent débordant la gloire des nations.
|
Réjouissons-nous donc, Messieurs, mais réjouissons-nous avec
la France. La France, que nous appellerons la Jérusalem pacifique
du monde; car, en temps de paix, la France est un paradis de délices:
c’est un pays de promission habité du peuple choisi de Dieu, puisque
S. M. conserve de toute ancienneté l’honneur et le titre de roi très
chrétien et de fils aîné de l’église: Venite
et videte opera Domini, quæ posuit prodigia super terram, auferens bella
usque ad finem terræ (31). [p.266] Venez et voyez le sujet de notre réjouissance,
les merveilles et les prodiges que le ciel a opérés: car il
a ôté les guerres et les dissensions, il a transporté
les armées et les batailles jusqu’aux dernières fins de la
terre et au-delà du bout du monde; arcum conteret et confringet
arma et scuta comburet igni (32). Il a rompu les lances
et les javelots, brisé les écussons et les armes, mis au feu
tout l’attirail des machines et des instruments de guerre.
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(31) Psaume
XLV, 9-10a: Venite, et videte opera Domini, quæ posuit prodigia
super terram, auferens bella usque ad finem terræ: “Venez et voyez
les ouvrages du Seigneur, quels prodiges il a mis sur la terre, supprimant
les geurres qu’au confin de la terre”. — (32) Psaume
XLV, 10b: Arcum conteret, et confringet arma, et scuta comburet igni:
“Il a écrasé l’arc et brisé les armes, et brûlé
par le feu les boucliers”.
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N’est-ce pas bien de la joie de voir l’Empereur et tous les princes d’Allemagne,
l’Espagnol et l’Hollandais, non plus comme des ennemis, mais comme des amis,
venir embrasser notre monarque tout chargé de victoires et de lauriers,
de voir que les peuples les plus révoltés et débauchés
viennent goûter et savourer la bénignité de sa domination
et la douceur de la paix dont ils ne respirent que la durée.
Si bien que nous pouvons dire que cette paix
est le plus beau présent que nous pouvions attendre du ciel. Et que
S. M. pouvait mériter à ses sujets en un temps auquel on voyait
continuer, et de jour en jour accroître, les flammes de division entre
tant de princes qui semblaient menacer les peuples d’une générale
combustion. Paix pour laquelle nous avons d’autant plus d’obligation à
S. M. qu’elle a bien voulu, en une si sainte action, y apporter l’esprit de
douceur, surmonter toutes les difficultés qui semblaient s’opposer
à la réconciliation de tant de courages animés, montrant
qu’encore qu’elle n’entreprenne la guerre que par justice et nécessité,
elle n’est pourtant pas insensible aux malheurs qu’elle apporte et aux incommodités
de ses sujets; convertissant ces tristes flammes ci-devant allumées
en des feux pacifiques et de commune réjouissance. Car c’est par le
bénéfice de cette paix et de cette publique tranquillité,
que nous verrons bientôt les provinces fleurir; que les habitants des
campagnes recueilleront dorénavant leurs fruits sans troubles; que
la liberté du commerce enrichira les marchands; que les magistrats
remonteront un tribunal de leur ancienne autorité; que les ecclésiastiques
retourneront à leurs dévotions et s’enflammeront en leur zèle;
que chacun possèdera son âme en paix, loin du péril et
sans aucune crainte.
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Paix digne du plus grand Prince du monde qui lui doit acquérir [p.267] tous les esprits, qui doit obliger toutes
les bouches à le louer, nous ne devons plus jamais parler en public
que des magnificences de la paix. Nos entretiens particuliers doivent être
tout de paix; nos actions même étant faites avec justice seront
toutes de paix. Paix qui, par la voix de toutes les nations, appellera Louis
XIV le libérateur du monde et bénira sa mémoire par
la gratitude de tous les peuples. Paix qui ramènera dans le monde
la douceur et l’humilité, les vertus et les maximes chrétiennes,
qui donnera au peuple de la respiration et de la chaleur après tant
de si longues et de si continuelles défaillances. Paix abondante,
riche et libérale, florissante en tous les arts, pompeuse par les
magnificences publiques, couronnée des mêmes rayons de gloire
et de la même splendeur que la paix du roi Salomon, que celle de l’empereur
Auguste, que celle de Henri le Grand, aïeul du roi. En un mot, cette
paix fera régner la justice aussi absolument que le prince même
sans violence ni faiblesse. Elle étouffera le mépris et chassera
l’abus de l’autorité, comme les deux plus grands maux. Enfin nous
devons espérer que cette paix nous apportera peu à peu de salutaires
nouveautés, et d’une sainte réformation, puisque S. M., cet
incomparable Hercule et Mars français, veut faire connaître
à toute la terre qu’elle est aussi généreuse parmi les
olives de la paix pour faire du bien à ses sujets, que puissante
aux plus sanglants exercices de Bellone (33) pour vaincre ses ennemis;
et, pour user des termes de l’Empereur Justinien, qu’elle sait aussi bien
régner par les lois de la piété et de la justice que
par la force de ses armes. Ut utrumque tempus et bellorum et pacis recte
possit gubernari et rex victor existat non solum in hostilibus præliis,
sed etiam per legitimas leges delinquentium iniquitates expellat; et fiat
tam juris religiosissimus quam victis hostibus triumphator magnificus
(34).
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(33)
Bellone, déesse romaine de la guerre. — (34) Plisson cite ici un lieu commun de la littérature
juridique connu de tous les officiers royaux étampois présents
dans le public auquel s’adresse ce discours, et tiré de l’introduction
des Institutes de l’empereur Justinien, texte qui fit référence
dès le moyen âge et connu de tous les étudiants en droit:
Imperator Caesar Flavius Justinianus, Alamanicus, Gothicus,
Francicus, Germanicus… Africanus, pius, felix, inclytus, victor ac triumphator
semper augustus, cupidae legum juventuti. Imperatoriam majestatem non solum
armis decoratam, sed etiam legibus oportet esse armatam: ut utrumque tempus,
et bellorum et pacis, recte possit gubernari; et princeps Romanus non solum
in hostilibus praeliis victor existat, sed etiam per legitimos tramites calumniantium
iniquitates expellat: et fiat tam iuris religiosissimus, quam victis hostibus
triumphator magnificus (édition de Paul Krueger, Corpus Juris
Civilis, vol. I Institutiones – Digesta: Iustiniani Institutiones, Dublin
& Zurich, Weidmann, 1973, p. XXIII): “Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.
L’Empereur César Flavius Justinien, vainqueur des Alamans, des Goths,
des Francs, des Germains,…, des Africains, pieux, heureux, célèbre,
victorieux et triomphateur toujours auguste, à la jeunesse avide d’étudier
les lois, salut. La Majesté impériale ne doit pas seulement
être illustrée par les armes, il faut encore qu’elle soit redoutable
par l’autorité des lois: ceci afin que l’Etat soit correctement gouverné
à la fois en temps de paix et en temps de guerre; que le Prince non
seulement soit victorieux de ses ennemis dans les batailles mais aussi qu’il
réprime les iniquités des calomniateurs par la sagesse de ses
lois; et qu’il se rende aussi recommandable par le
droit que magnifique par ses victoires”.
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Que dirons-nous de plus pour la satisfaction de ceux qui nous oyent, et
les nourrir à tout le moins d’espérance; car, à la
vérité, nous voyons bien que nous parlons de la paix et des
fruits de la paix auparavant qu’ils soient mûrs, venus à maturité,
et qu’il nous soit loisible de les cueillir pour en goûter (35), [p.26] mais nous en parlons selon l’abondance et l’exubérance
du cœur et selon l’obligation qu’ont les gens du roi
de publier avec la paix les éloges de Sa Majesté
(36). Eructavit cor meum verbum meum, dico ego opera mea regi (37). Et,
sicut ructus ex plenitudine stomachi, nous en parlons
ex plenitudine desiderii cordis mei seu mentis (38), selon
le désir et le zèle qui nous portent au bien public, qui nous
fait souhaiter ardemment ce que nous disons et beaucoup davantage pour le
bien de tous. Nous ne finirions point si nous voulions compter tous les avantages
qui doivent naître de cette bienheureuse paix. Eamus hinc (39). Allons
donc, Messieurs, sans plus retarder, allons présenter à Dieu,
avec nos reconnaissances, les bonnes intentions de Sa Majesté. Allons
lui offrir nos espérances, car, si deux ou trois convenants en prières
sont capables d’attirer tout le ciel (40), combien plus si nous
convenons avec tant de nations et les peuples de tant de royaumes et de provinces,
animés du même zèle de la gloire de Dieu, duquel seul
dépend la prospérité du roi et de l’État comme
celle d’un chacun de nous.
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(35)
La pudeur oblige l’orateur à s’excuser des exagérations de son
discours, la situation d’Étampes restant très misérable
depuis un quart de siècle, et notamment dpuis son discours analogue
de 1660. — (36) Psaume XLIV, 1: “Et mon
cœur a rôté ma bonne parole” (traduction généralement
édulcorée en “a exhalé”). Texte très connu et
adapté notamment par Pierre Corneille comme suit: “Psaume XLIV.
Eructavit cor meum vernum bonum. / Je me sens tout le cœur plein
de grandes idées, / Je les sens à l’envi s’en échapper
de moi, / Je les sens vers le roi d’elles-mêmes guidées, /
Dédions-les toutes au roi. // Ma langue, qui s’empresse
à chanter son mérite, / Suit plus rapidement l’effort de mon
esprit / Que ne court une plume en la main la plus vite / Qui puisse
tracer un écrit.” — (37) Exégèse
en latin à l’intention des seuls latinistes: “Et, de même
que le rôt (se produit) par un effet de la saturation de l’estomac,
nous en parlons par un effet de la saturation de mon cœur
ou bien de mon esprit.” — (38) Il
s’excuse d’une manière étonnamment franche sur l’obligation
où il est par ses fonctions d’avocat du roi de composer un tel éloge
de la paix, si déconnecté de la réalité. — (39) “Allons-nous-en d’ici” (Citation de l’Évangile
de Jean, XIV, 31, qui place cette parole au milieu du discours de Jésus
sur la route du chemin des Oliviers. — (40) Allusion
à l’Évangile de Matthieu 18, 19-20: “Je vous dis encore que,
si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque,
elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux.
Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je
suis au milieu d’eux”.
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ANNEXE
2
Article “Paix”
dans la troisième édition du Dictionnaire
de Furetière
PAIX.
s. m. Ce mot n’a point de pluriel. Tranquillité, repos de ceux
qui n’ont guerre, ni différent avec personne. Ce repos se peut considérer
en trois manières. I. à l’égard de tout l’Etat;
& en ce cas il est opposé à la guerre. Paix generale.
Paix avantageuse, gIorieuse, sûre. Paix honteuse. Négocier la
paix. Conduire la paix. Paix par mer & par terre. Article de paix. Les
conditions de la paix. Le Roi Tres-Chrétien a terminé heureusement
la guerre par une glorieuse paix; il a donné la paix à toute
l’Europe. Il se dit aussi de certains Traitez de paix fameux, par le
moyen desquels la paix a été rétablie. La paix des
Pyrénées. La paix de Nimegue. La paix de Munster a pacifié
toute l’Allemagne. La paix de Ryswick 1697. a pacifié presque toute
l’Europe. La paix d’Utrecht. Du Latin pax.
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PAIX, se dit en second lieu à l’égard des familles
particulières, & est opposé à procès,
querelles, differens. Il y a long-tems que ces parens plaident, il faut
tâcher de mettre chez eux la paix. Ce mari & cette femme ne sçauroient
vivre en paix. La paix du ménage. On y a mis la paix, ils sont en
parfaite intelligence. II faut avoir soin d’entretenir la paix dans sa famille.
Ce plaideur à quitté la moitié de son droit pour acheter
la paix, pour se redimer de vexation. Après avoir été
bien tourmenté on l’a laissé en paix. Dans la plupart de societez
l’on n’y voie qu’une paix extérieure. NIC.
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PAIX, se dit en troisieme lieu de ce repos, de cette tranquillité
d’esprit qu’on a avec soi-même, quand on n’est point troublé,
ni agité de passions. J. CHRIST dit à ses Apôtres,
qu’il leur laisse la paix, non pas la paix telle que le monde la donne; mais
celle qu’il donne lui-même, c’est-à-dire, la paix intérieure
de l’ame. Dieu nous veuille donner sa paix! Dieu est le Dieu de paix. Un des
plus grands bonheurs de la vie, c’est d’être en paix avec soi-même.
Les vrais Chrétiens jouissent toujours d’une tranquille paix.
L’AB. TETU. Les dévots presomptueux s’établissent dans une
fausse paix, & se repaissent des idées d’une misèricorde
imaginaire. FL. La paix de la conscience n’est pas si utile que sa
securité est prejudicable. OE. M. La paix reside dans l’ame
de ceux qui désirent la procurer aux autres. M. DU SAGE.,
A l’abri d’une longue & sûre
indifférence,
Je jouis d’une paix
plus douce qu’on ne pense. DES-H.
Je ne suis point de ces femmes hardies,
Qui goûtant dans le crime une tranquille
paix,
Ont sû
se faire un front qui ne rougit jamais. RAC.
Apres les noirs forfaits que votre amour
vous coûte,
Votre ame doit frémir
de la paix qu’elle goûte. QUIN.
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On
dit aussi, que quelcun a fait sa paix avec son maître, lorsqu’il
s’est reconcilié avec lui, qu’il est rentré en ses bonnes grâces.
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PAIX,
se dit aussi de cet état où l’on est éloigné des
crieries, du bruit, du tumulte & de l’importunité des hommes.
Cette femme est si criarde, qu’on ne sçauroit vivre
en paix avec elle. On est à la ville fatigué de tant de visites,
que les amis & les importuns ne nous laissent pas en paix un moment.
Vivre avec son Iris dans une
paix profonde,
Et ne compter pour rien
tout le reste du monde. M. SC.
Ne parlons point des
absens, laissons-les en paix.
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PAIX
FOURRÉE, PAIX PLATRÉE, est celle qui n’est faite qu’en
apparence & pour un temps, lorsque les Princes ou les particuliers ne
se font accordez que par la necessité de leurs affaires, & dans
le dessein de recommencer la guerre, ou leurs querelles à la première
occasion favorable.
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MAISON
DE PAIX, est celle où règne une grande concorde & amitié
entre ceux qui y habitent. Dans les anciennes Coutumes on a appelle Maison
de paix, l’Auditoire où se rendoit la Justice; & Villes de
paix; celles ou il n’étoit pas permis aux sujets de se vanger autrement
qu’en se pourvoyant en Justice; par opposition à plusieurs lieux des
Provinces où le droit de guerre étoit alors permi pour vuider
les differens des Seigneurs. Un esprit de paix, est un homme doux
& équitable qui est ennemi des differens & des injustices.
On dit aussi, que notre Dieu est un Dieu de paix, qui n’habite point
avec la haine & la discorde.
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PAIX,
se dit aussi par forme de souhait & de benediction. Allez en paix,
Dieu vous conduise. La paix soit céans. Il est mort en bon Chrétien,
Dieu lui ait fait paix & misericorde. Ici dessous repose en paix.
Les Turcs se saluent en se souhaitant la paix. DALER.
|
|
PAIX,
est aussi ce qu’on va baiser par vénération à l’Eglise,
soit en allant à l’offrande, soit lorsqu’on se souhaite la paix l’un
à l’autre après la consecracion. Quand un prélat officie,
il donne à baiser son anneau. Le Curé donne à baiser
la patène après le Pax Domini. On donne au Clergé
à baiser des images, ou reliquaires: & on dit de toutes ces choses,
qu’on baise la paix. Baiser la paix, donner la paix à baiser.
En cet endroit de la Messe on se donne le baiser de paix, suivant le Cérémonial
Romain. Ils ont été instituez par le Pape Innocent I. comme
témoignent Rupert & autres. L’Eglise Grecque donnoit ce baiser
de paix incontinent après le lavement des mains. On a depuis abrogé
cette coutume, & on a introduit à la place le baiser de la paix,
qu’on a appellé osculatorium marmor & lapis pacis.
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On appelle
aussi parmi le peuple la paix, l’os plat & large qui forme l’épaule
d’un mouton, d’un veau, d’un cochon, &c. lorsque la chair en est otée.
Les Anatomistes, parlant du corps de l’homme, appellent cet os omoplate.
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PAIX,
Se dit proverbialement en ces phrases. On ne fait la guerre que pour
faire la paix. On dit qu’il faut laisser les morts en paix, pour
dire qu’il ne faut point parler mal d’eux. On dit qu’un homme est paix
& aise chez lui, lorsqu’il a toutes les commoditez de la vie, &
qu’il n’a ni procès, ni querelle. Balsac a dit des Collèges
où l’on dispute perpétuellement, que c’est un païs
où il n’y a ni paix, ni trêve. On dit, paix & peu,
pour dire, qu’il faut peu de chose pour rendre un homme heureux, pourvu qu’il
en jouïsse en repos.
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PAIX,
est souvent une sorte d’interjection dont on se sert pour faire faire
silence, paix là. Eh paix donc. Les Huissiers crient paix
là, paix là, pour dire, qu’on se taise, qu’on ne fasse
point de bruit.
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PAIX.
s. f. Divinité des anciens Romains, à laquelle ils erigeoient
des autels, & bâtissoient des Temples. On la voit representée
sur plusieurs médailles. Ils la représentoient quelquefois
tenant un petit Dieu Plutus entre les mains, pour montrer qu’elle apportoit
les richesses, & des épis de blé dans l’autre, pour marquer
qu’elle faisoit naître l’abondance. Quelquefois on lui mettoit une branche
d’olivier à la main & une couronne de laurier sur la tête,
pour signifier qu’elle étoit un effet de la victoire, & qu’elle
produisoit mille douceurs.
Charmante paix, délices
de la terre,
fille du Ciel & mère des plaisirs,
Revenez,
combler nos desirs. RAC.
PAIX. Vieux mot, en termes
de coutume, pour paisson. Dans la Coutume de Sole, Tit. 13. Art. 1. Paix
& glandage, signifie, paisson & glandée. DE LAURIERE.
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Antoine
Furetière [premier auteur], Basnage de Beauval [pour la 2e édition]
& Brutel de la Riviere [pour la 3e édition], Dictionnaire universel,
contenant généralement tous les mots françois... Volume
3, La Haye, Pierre Husson et alii, 1727.
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