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Jean-Louis Bory (1919-1979) a commencé sa scolarité à
Méréville, et l’a poursuivie au collège d’Étampes,
vraisemblablement de 1930 à 1936 environ (ce que nous n’avons pas
encore vérifié); nous citons ici ce qui, dans son dernier
ouvrage, se rapporte à Étampes. On y découvre notamment
que l’auteur semble avoir connu sa première expérience homosexuelle
dans les caves du collège de la rue Saint-Antoine, qui s’appelait
alors Geoffroy-Saint-Hilaire. On remarquera que, comme Georges Perec, c’est
dans un ouvrage posthume que Bory a révélé les souvenirs
les plus intimes de sa scolarité étampoise. |
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De mémoire de Beauceron, on n’avait jamais vu ça. On avait eu plus peur que pendant le bombardement d’Étampes, en 1944. Pour les Mérévillois dont je suis, l’année 1977 restera l’année du cyclone. Il va faire date. Pour charpenter la mémoire. Pour étayer la chronique.
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Plus tard, quand tu seras encore prix d’excellence au collège Geoffroy Saint-Hilaire de Fignes — pardon, d’Étampes — et que, dans les chauds recoins des calorifères souterrains où tu sauras entraîner l’élu provisoire de tes caresses adolescentes, tu rencontreras des rats — est-ce à cause du conte de Mlle Picou? —, tu n’auras pas peur. Moins peur que du concierge descendu fourgonner dans les chaudières et qui s’avancera dans les galeries obscures en utilisant pelle et tisonnier comme l’aveugle sa canne blanche, et le bruit, immanquablement, t’évoquera le cliquetis du député Mandore, cliquetis salutairement avertisseur, Par bonheur tu ne sauras que beaucoup plus tard encore, par la lecture d’un article d’un hebdomadaire*, que si ces rongeurs voraces et prolifiques ne connaissaient pas un grande mortalité infantile, nous ne saurions plus où mettre les pieds — d’ailleurs ils nous les auraient mangés. Popiel, le grand roi de Pologne, par dégoût de sa femme, du monde, et peur de ses ennemis, s’était enfermé dans une tour isolée au milieu d’un lac. Sa femme et ses ennemis, par une nuit sans lune, lâchèrent des rats, qui gagnèrent l’île à la nage. On ne retrouva de Popiel que son squelette et sa couronne. L’empereur Héliogabale, dans ses arènes, lâchait dix mille rats contre ses gladiateurs — qui n’étaient pas toujours vainqueurs, auquel cas Héliogabale lâchait dans l’arène vingt mille chats. Un prix d’excellence pour l’homme-ratier qui, dit-on, dans le nord de la France, juste avant la [p. 112] Première Guerre mondiale, entrait torse nu dans une cage grillagée où l’on avait enfermé et affamé douze gros surmulots. L’homme devait venir à bout des douze rats, uniquement avec ses dents; un premier temps, les rats s’effrayaient de la grosseur carnassière de l’intrus; au deuxième temps, ils attaquaient, ils déchiquetaient joues, oreilles, nez, poitrine; au troisième temps, ils finissaient par succomber aux mâchoires de l’homme-ratier sous les applaudissements de la foule. Et dans l’instant où, enfoui dans l’ombre tiède des calorifères du collège, tu fais gémir de plaisir ton jeune amant et serres les dents sur le plaisir que tu prends du sien, un rat, ton diable, ne te grignote-t-il pas la cervelle? Plaisir d’amour ne serait-il que plaisir de rat?
Fatiguée d’être dans le noir, Psyché, rétablissant
l’éclairage, renverse l’huile de sa lampe sur Amour. Nous voilà,
depuis cette maladresse insigne, condamnés, fût-ce sous les
pleins feux du soleil, à aimer dans l’obscurité. Et les yeux
du cœur éblouis par cette nuit, comment éviter les erreurs?
On court, on court, on s’accroche, on embrasse trop, on étreint
mal. Êtes-vous ma moitié d’orange?
Petit Bobo, toujours et encore prix d’excellence — ne récoltes-tu
pas partout la première place, en français comme en géométrie,
en histoire comme en chimie, en latin comme en anglais? Le collège
d’Étampes ne t’a-t-il pas présenté au Concours général
en dissertation et en mathématiques (tu t’es contenté de
faire acte de présence, trop heureux de t’escamoter de la salle
d’examen pour explorer le Boul’ Mich’) — mais, dans l’enseignement secondaire
on ne distribue plus de prix. Si, pardon, erreur: pour avoir réussi
mes deux bacs (première A et philosophie) avec mention Très
Bien, l’Office du Baccalauréat de l’Université de Paris m’offrit,
au nom de la Faculté des Lettres, un gros livre rouge mais sans
or, infiniment moins beau que les Hetzel de mes dix ans, et infiniment
moins exaltant que les aventures du nain Holgersson,
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Jean-Louis BORY [†juin 1979], Un prix d’excellence [le texte lui-même
est daté à la fin de Noël 1978], Paris, Gallimard, 1986.
Réédition au format de poche: Paris, Gallimard [«Folio»],
1988.
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