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CORPUS LATINUM STAMPENSE
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| Trois ans après la mort de Jacques Houllier d’Étampes, illustre médecin en son temps, ses disciples et ses amis publièrent un recueil de ses œuvres principales, presque toutes inédites. Entre autres pièces liminaires, on y trouve un poème latin de dix-sept distiques élégiaques dû à son ami Henri de Monantheuil, dont voici le texte, et une première traduction. |
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NOTES
(1) Jupiter, nom latin du dieu grec Zeus, roi des dieux, représente ici la puissance divine considérée comme responsable de l’ordre du monde et notamment de l’existence des maladies qui frappent le genre humain. On note cependant dans ce poème certaines allusions qui donnent à penser que l’existence même de la divinité n’est pas sans poser problème à l’auteur, de même que la possibilité d’attribuer à cette entité théorique des mobiles clairs (vers 2), voire un quelconque souci de rétribuer la justice des hommes (vers 32). Cependant le maître en philosophie de Monantheuil, Pierre de la Ramée, dit Ramus, était pour sa part calviniste: mais il fut égorgé deux jours après la Saint-Barthélémy par des tueurs à gage. (2) Peut-être donc les souffrances humaines n’ont-elles aucune explication métaphysique. (3) Deina feron, «portant des monstruosités». Nous n’avons pas trouvé la source de cette probable réminiscence. (4) Il s’agit ici semble-t-il ici des trois Furies de la Mythologie, filles selon Virgile de la Nuit et de l’Achéron, qui représentent ici les délires occasionnés par la fièvre, lorsque l’esprit comme confit (condita) d’humeurs vénéneuses, est agité par des visions ou des cauchemars. L’Achéron est l’un des fleuves des Enfers, réputé presque stagnant, marécageux et malsain: c’est lui que devait traverser les morts, sur la barque de Charon, pour gagner leur ultime séjour; le mot signifie ici par synecdoque «Enfers», comme plus bas. L’adjectif acherontigenus est singulièrement rare et ignoré des dictionnaires usuels; voici ce qu’en dit l’Officinae Epitome de Joannes Ravisius Textor, publiée à Lyon en 1560, p. 138, au sujet des Furies, auxquelles il est appliqué semble-t-il par Baptista Mantuanus, poète carmélite de la Renaissance (1447-1516): (5) Grecs hmitritaioi, latin hemitritaei (c’est donc par pure coquetterie que le poète a porté une graphie grecque, puisque le mot a connu une transcription latine dès l’époque classique), français hémitritées ou fièvres demi-tierces. Il s’agit dans la médecine ancienne de cette catégorie de fièvres intermittentes qui connaissent un accès chaque jour avec un accès plus intense tous les deux jours (Dictionnaire de Bouillet, 1872).FVRIAE TRES. FVrias poentae Acherontis ex nocte filias vocant. Vergilius, Dicuntur geminae pestes, cognomine dirae, Quas et tartaream nox intempesta Megaeram, Uno eodemque tulit partu. Propterea Galterus in Alexandreide decenti epitheto eas vocat Noctigenas libro decimo, ubi ait, Hoc ego si dea sum, qua nulla potentior inter Noctigenas, si me vestram bene nostis alumnam. Eadem ratione Mantuanus eas vocat Acherontigenas. (6) Le Charbon est autrement appelé anthrax malin ou pestilentiel: «tumeur dure et circonscrite, extrêmement douloureuse, avec tension et chaleur brûlante dans le tissu cellulaire sous-cutané, et rougeur livide de la peau, au centre de laquelle s’élèvent bientôt une ou plusieurs phlyctènes, qui crèvent et se convertissent en une escarre ou croûte noirâtre gangréneuse.» (Bouillet, 1872) (7) Le mot latin, lues, est ambigu parce qu’il peut signifier tant «écoulement» que «contagion». (8) Le texte imprimé de 1565 porte veneris ultae, mais nous pensons devoir suivre la correction manuscrite de l’exemplaire des Archives Municipales d’Étampes qui raye le S, ce qui donne un datif que nous comprenons, littéralement: «pour tirer vengeance de plaisirs sexuels». (9) Le polype, en grec polupous («à plusieurs pieds»), latin polypus, «tumeur charnue, ordinairement pédiculée, qui se développe dans les cavités du corps revêtues d’une membrane muqueuse, notamment dans les fosses nasales.» (Bouillet, 1872) (10) Littéralement «l’éléphant», grec elefas ou elefantiasis, latin elephas ou elephantiasis, maladie décrite par le médecin grec Arétée et qu’on croit être la lèpre des anciens et du moyen âge. (11) Apoplexie, en grec apoplhxis ou apoplhxia, «apopoplexie», «paralysie», latin apoplexis ou apoplexia, «état morbide caractérisé par une suspension plus ou moins brusque, plus ou moins prolongée, de la sensiblité et du mouvement,sans que la respiration et la circulation soient toutefois interrompues, et qui amène la mort soit subitement, soit à la suite de quelques accès laissant après eux une paralysie partielle ou totale» (Bouillet, 1872). Le terme recouvre en fait différentes sortes d’accidents vasculaires cérébraux. (12) Latin cancer, littéralement «crabe» (qui a donné en français autant chancre que cancer) : «On appelle ainsi une maladie chronique, et presque toujours incurable, qui désorganise tous les tissus où elle se développe en s’étendant toujours de plus en plus. On lui a donné ce nom soit qu’on ait comparé aux pattes d’un crabe les veines dilatées et engorgées qui s’écartent en rayonnant autour de la tumeur, soit parce qu’on a cru anciennement qu’un animal dévorait les parties malades» (Bouillet, 1872). (13) Subtile gradation: Vertigo, «vertige», «étourdissement», «éblouissement»; Caros, transcription non classique du grec karos, qui signifie tant «vertige» chez Apollonius de Rhodes que «engourdissement» ou «sommeil profond» chez Plutarque et Aristote; Catoche, du grec katoch, «rétention», qui signifie plus précisément «possession (par la divinité)» chez Plutarque et qui désigne une «sorte de catalepsie» chez le médecin Gallien, terme plutôt rendu en latin par catocha chez Caelius Aurelianus, avec le sens de «catalepsie»; Paralysis, du grec «relâchement», d’où «paralysie» (dès Théophraste et Polybe), sens du mot en latin dès Pline. (14) On peut se demander si l’on n’a pas là une allusion ironique à l’explication donnée par le livre de la Genèse et par les trois religions monothéistes de la cause première des malheurs de l’humanité, à savoir la faute d’Adam et Ève, à partir de laquelle l’humanité aurait connu pour la première fois et la mort et le cortège des souffrances humaines. (15) Le roi de l’Achéron, c’est-à-dire, par synecdoque, des Enfers, est Pluton. On retrouve cette expression rex Acherontis au moins dans un poème hollandais du 17e siècle, Sic rerum invertitur ordo (XLIV.C.2.2) (16) Par Tormina il faut entendre «colique», c’est-à-dire «toute affection de la cavité abdominale dont le caractère est une douleur vive, exacerbante et mobile» (Bouillet, 1872); il y a là sans doute une volonté du poète de plaisanter, et le ton devient héroï-comique.Fax lymphis Dodona tuis immersa necatur (17) Le châtiment de Tantale aux Enfers est déjà décrit par l’Odyssée, mais les sources varient beaucoup tant sur la nature du crime qu’il avait commis que sur celle de son supplice; on admet en général que l’eau et les mets se dérobent sans cesse à sa soif et à sa faim dévorantes. (18) Le châtiment de Sisyphe est de rouler éternellement un rocher en haut d’une pente dont retombe à chaque fois. Comme dans le cas de Tantale, la mythologie n’est pas bien unanime sur la nature du crime qui lui aurait valu cette peine. (19) Le géant Tityos avait essayé de violer Latone, mère d’Apollon et de Diane; comme plus tard Prométhée, il fut condamné à voir dévorer son foie toujours renaissant, soit par deux aigles, ou deux serpents. L’expression poétique tempus in omne se retrouve au moins deux fois dans les poèmes d’Ovide, chez Alcuin et bien d’autres poètes latins, à ce même endroit de l’hexamètre dactylique. (20) Apollon est un dieu aux fonctions multiples, qui notamment préside à la divination et aux arts; il peut représenter ici la quasi-divination que représente un bon diagnostic; mais c’est aussi le père d’Asclépios (Esculape en latin), dieu de la médecine, et comme lui le patron des médecins, selon du moins ces vers célèbres de Ronsard: (21) Jacques Houllier d’Étampes, en latin Jacobus Hollerius Stempanus, est mort en 1562, trois ans avant la publication du recueil de ses traités où est édité pour la première fois ce poème, qui est peut-être postérieur à sa mort puisqu’il y est dit que les siècles n’effaceront pas sa mémoire. L’exemplaire des Archives Municipales d’Étampes porte ici une heureuse correction manuscrite, Holleri pour Hollere.Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble, (22) Les traités de Jacques Houllier proposent de nombreuses recettes de médicaments. L’expression coacta radice se retrouve dans un poème sur l’épine, 43e énigme des Aenigmata de Johann Lauterbach (1601). (24) Houllier a aussi écrit sur le traitement des blessures. Cette fin d’hexamètre se retrouve presque identique dans les Lamentations de Jérémie d’Abraham Loescher (1520-1575):Confero caeliacis cocta radice, cruentam (23) On peut considérer cette nouvelle parenthèse comme une simple clause de style, ou bien y voir encore une fois l’indice d’une pensée libertine. En tout cas, au 17e siècle, Guy Patin, qui cite fréquemment Houllier parmi ses auteurs de référence, est clairement un libertin.Saepe manu torquet iaculum: sed ut erret ab ictu, |
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Pierre Bayle
Henri de Monantheuil Dictionnaire, édition de 1730
N.B.: On notera que Bayle commet ici au moins une erreur en attribuant au fils de Monantheuil un traité de mathématiques distinct de celui de son père. Il semble en fait que Thierry de Monantheuil n’ait rien publié du tout, si ce n’est un poème inséré par son père comme pièce liminaire à son traité sur le Point (B.G.). |
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Henricus MONANTHOLIUS (Henri de MONANTHEUIL) (vers 1536-1606), «Ad
Jacobum Hollerium Medicum clarissimum Henrici Monantholii Rhemi Carmen»,
in Desiderius JACOTII Vandoperanus (Didier JACOT de Vandœuvre) &
Christophorus BURGENSIS Confolentaneus (Christophe BOURGEOIS de Conflant)
[éd.], Jacobus HOLLERIUS Stempanus (Jacques HOULLIER d’Étampes,
†1562) [auteur], Iacobi Hollerii Stempani medici Parisiensis
celeberrimi De morborum curatione. Ejusdem De Febribus, De peste, De
remediis kata topous in Galeni libros, De materia chyrurgica, Desiderii
Jacotii Vandoperani et Chrystophori Burgensis Confolentanei Opera nunc
primum (præter Chyrurgiam) in lucem edita, & scholiis illustrata
[pagination multiple], Parisiis [Paris], Apud Jacobum Maceum, 1565, pp.
XXXVII-XXXVIII. Autres œuvres d’Henri de Monantheuil
Henricus MONANTHOLIUS (Henri de MONANTHEUIL) (vers 1536-1606), Oratio
pro mathematicis artibus Parisiis habita ab Henrico Monantholio,...
[in-4°; 24 p.], Parisiis [Paris], ex typogr. Dionysii a Prato [Denis
Dupré], 1574.
Henricus MONANTHOLIUS (Henri de MONANTHEUIL), De Puncto primo geometriae
principio liber, authore Henrico Monantholio Medico, & Mathematicarum
Artium professore Regio, ad Henricum Borbonium Primum Galliæ
Principem [in-4°; VI+38 p.; figures ; avec un poème
latin de Theodoricus MONANTHOLIUS (Thierry de MONANTHEUIL, avocat et
fils de l’auteur), ce qui a fait croire par erreur à Du Thou
suivi par BAYLE que les deux Monantheuil avait écrit chacun un
traité sur le même sujet], Lugduni Batavorum [Leide, Leyde
aux Pays-Bas], ex bibliopolio Commeliniano, 1600 [dont une réédition
numérique en mode image par la BNF, 1995, mise en ligne sur son
site Gallica, http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-73891,
en ligne en 2005].
MAX PLANK INSTITUTE [éd.], «Monantheuil, Henri de,
Aristotelis Mechanica, 1599» [édition numérique
en mode texte et en mode image], in The Archimedes Project [«The
Archimedes Project is the digital library component of a major research
project of the Max Planck Institute for the History of Science dealing
with mental models in the history of mechanics. The library contains key
primary sources documenting the development from ancient to early modern
mechanics. The collection browser of the project coordinates images and
text and links the texts by means of language technology to dictionaries.»],
http://archimedes.mpiwg-berlin.mpg.de/cgi-bin/toc/toc.cgi?dir=monan_mecha_035_la_1599;step=thumb, 2003, en ligne en 2005. Sur Henri de
Monantheuil
Guillaume DU VAIR (1560-1621) [garde des sceaux, évêque
de Lisieux, moraliste], De la constance et consolation és calamitez
publiques [in-12 (13,7 cm); 170 p.], Paris, Mamert Patisson &
Abel Langelier, 1594. 2e édition reveue et corrigée [in-12;
172 p.], Paris, A. L’Angelier, 1595. 3e édition [in-16], Paris,
1597.
Pierre BAYLE (1647-1706), «Monantheuil (Henri de)»,
in ID., Dictionnaire historique et critique [voir ci-dessous
les différentes éditions], édition de 1740, tome
III, p. 409, dont une saisie numérique en mode image par l’Université
de Chicago, in ARTFL Project & ATILF, Bayle’s Dictionnaire
(tome III, p. 409), http://colet.uchicago.edu/cgi-bin/BAYLE.sh?PAGEIDENT=3:409, en ligne en 2005, dont
une saisie numérique en mode texte par le Corpus Étampois,
http://www.corpusetampois.com/cls-16-monantholius1565adhollerium.html#bayle,
2005.
Olivier THILL, «Guillaume du Vair», in Personal web
site, http://members.aol.com/OlivThill/duvair1.htm,
en ligne en 2005.
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