Les Antiquitez de la Ville
et du Duché d’Estampes
Paris, Coignard, 1683
Deuxième Partie, Chapitre
IX, pp. 363-367.
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Description de la Chasse.
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DEUXIÈME PARTIE,
CHAPITRE IX.
Description
de la Chasse.
LA Chasse où reposent les saintes Reliques
est l’une des plus belles que l’on puisse voir. La matiere en est pretieuse;
mais l’artifice de l’ouvrage la surpasse: elle est de lames d’argent doré,
du poids de prés de deux cent marcs appliquées sur un coffre
de bois, de longueur par le haut sur le comble de trois pieds neuf pouces:
par le bas, compris le soubassement, de quatre pieds un poulce: de hauteur,
deux pieds & demi, de l’argeur [sic] par
le bas, de dix-huit poulces deux tiers, & par le milieu de quatorze
poulces. Le comble a onze poulces de hauteur. Toutes les figures sont en
bas relief. A l’un des bouts est une figure de Nôtre Seigneur Jesus-Christ,
faisant la benediction de la main droite, & de l’autre tenant le Globe
du monde chargé d’une Croix: au dessus une planchette d’argent soutenant
la figure, sur laquelle sont ces mots écrits, Salvator
mundi. Il y a au dessus un chapiteau pointé de six fleurons; &
au derriere de la tête une rose environnée de pierreries.
Au bout opposé
de la même Chasse, est une image de Nôtre Dame, assise en une
chaise, bordée de Fleurs-de-Lys, & le fonds de rosettes, tenant
le petit JESUS. Les têtes de l’un, & de l’autre sont ornées
dc diadêmes enrichis de pierreries, & au bas sur la planchette qui
soutient l’image, sont ces mots, Regina cœli.
A chacun des coins de la
Chasse, il y a deux pilliers en pointe continuans de bas en haut, & au
milieu des deux, dans de petites niches les images des quatre Patrons des
quatre autres Paroisses de la ville, & des fauxbourgs, saint Basile, saint
Gilles, saint Martin, & saint Pierre. A chacun des côtez il y a
cinq niches distinguées par des pilliers & couvertes de chapiteaux
ornez de fleurons, & autres embellissemens, où sont les figures
suivantes. La premiere qui se presente en tournant à la main droite
du Sauveur, est celle du Comte Sisinius qui fit executer les saints Martyrs.
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Le Christ en Salvator Mundi
(enluminure flamande, vers 1490)
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La
seconde est celle de sainte Cantienne à genoux, & à son
côté la figure d’un executeur de justice debout, tenant une épée
levée, comme pour la decapiter.
La troisiéme, est l’image de saint Cantien,
au dessus du col duquel [p.364] est
un diadême garni de pierreries, & au milieu un soleil émaillé
de bleu azuré.
La quatriéme est celle de saint Can, avec
un pareil diadême au dessus du col.
Et la derniere figure de ce côté-là,
est celle de Prothus, Precepteur de ces Saints qui fut couronné du
Martyre avec eux.
Dans la premiere
niche de l’autre côté de la Chasse, proche de l’image de saint
Pierre, est la figure de saint Barthelemy Apôtre, tenant un couteau
à la main, instrument de son Martyre, avec un diadême au dessus
de sa tête garni de pierreries.
Dans la deuxiéme est l’image de saint Pierre
Apôtre, tenant d’une main un livre, & de l’autre des clefs, le
Chef couvert d’un diadême garni de pierreries.
Dans la troisiéme est la figure de saint
Matthieu, tenant une épée pour marque de son Martyre, couronné
d’un diadème pareil aux autres.
L’image de saint André Apôtre, est
dans la quatriéme niche. Il tient une Croix, instrument de son Martyre,
& a pareillement la tête ornée d’un diadême.
Et dans la cinquiéme est l’image de l’Apôtre
saint Paul, qui tient d’une main une épée, & de l’autre
un livre, le Chef couronné comme les autres.
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Martyre des sts Can, Cantine et Cantienne
(Notre-Dame d’Étampes, fin VIIe siècle)
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Tout
le tour de la Chasse, tant de long que de large est orné d’une bordure
frisonnée, & garnie dc fleurons, & au dessus entre les images,
l’argent en feuille est chargé de plusieurs fleurons, & marques
en forme de roses, le tout par quarrez, avec plusieurs pieces au dessus, &
à côté des chapiteaux.
Le couronnement de la Chasse est garni tout au
tour de fleurons: Les deux costez du comble de la couverture sont d’argent
doré, marqueté, & façonné de fleurs-de-lys
en bosse, & par quarrez, & aux quatre coins de chaque quarré
sont plusieurs fleurs blanches mélées d’azur, & de violet.
Le couronnement du comble est garni au dessus
de fleurons, & au dessous de fusées. Aux deux bouts dudit comble
sont deux figures en bosses, l’une de la sainte Vierge couronnée d’un
diadême & l’autre d’un Ange, tenant un écriteau où
sont ces paroles, Ave gratia plena, & au milieu est
un pot à bouquets, & dedans un bouquet de trois fleurs-de-lys,
dont la tige est de couleur verte.
Le dessous de la même chasse est pareillement
couvert de lame [sic] d’argent
faites en quarré, avec plusieurs navreuses [sic] sans dorure: [p.365] & au milieu est un petit
rond, dans lequel sont les armes d’un Comte d’Estampes de la maison d’Evreux.
La raison pourquoy ces armes sont posées en ce lieu, est qu’Etienne
Poncher, qui avoit esté fait d’Evêque de Paris, Archevêque
de Sens, aiant défendu dans un Concile qu’il avoit celebré
à Paris l’usage des bâtons de Confrairies, Messieurs de Nôtre-Dame
jugerent à propos de se défaire d’un bâton d’argent
qui servoit à la Confrairie des saints Martyrs, & le firent reduire
en lames pour couvrir le dessous de la Chasse, qui restoit seul à
revétir d’argent, pour accomplir le vœu que la ville en avoit fait
quelques années auparavant. Et parce que la tradition de ce temps-là
portoit que ce bâton avoir esté donné à cette
Confrairie par Loüis d’Evreux Comte d’Estampes, on mit au dessous de
la Chasse les armes de ce Comte: comme aussi à une Pixide, à
un Calice & à des Burettes d’argent doré fleurdelisées
avec des raiz solaires, qui furent faites de l’argent qui resta de ce bâton,
& de quelque autre vieille argenterie de l’Eglise de Nôtre-Dame,
comme on l’apprend par l’acte suivant du même Archevêque.
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Bâton berrichon
(XVIIe siècle)
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Stephanus
Archiep. Senonensis Cantori & Capitulo Beatæ Mariæ Stampensis.
Notum facimus universis præsentibus & futuris, quòd cùm
sæpè prohibuerimus in percelebri Concilia nudiùs tertius
per nos Parisiis celebrato, ne deinceps in Ecclesiis vel extra, baculi, quos
Confratriarum bastones vocant, defferantur [sic], nec de cætero
erigantur, sed & extantes aboleantur, quibus mandatis nostris, præfati Cantor & Capitulum parêre cupientes unanimiter decreverunt
ut baculus quidam argenteus Beatorum Martyrum Cantii, Cantiani & Cantianillæ
simulachra effigiemque cujusdam Satellitis ac… repræsentans: quem quidem
baculum à multis annis Ludovicus d’Evreux Stamparum Comes Ecclesiæ
præfatæ, ut à quibusdam ferebatur, donaverat, in alios
usus necessarios & ad ipsius Ecclesiæ decorem utiliter commutaretur,
quasi aliàs futurus inutilis, illa mediante prohibitione nostra, decreverunt
simul ut cum illo baculo commutarentur calices aliquot rupti & ampullæ
parvæ, ex
[sic, lisez: et]
argentei disci vetustate corrupti: Eaque omnia ut commutaret [sic], & ita commutaverant [sic], & pro iis emerunt pergrandem Calicem auratum, sole, lilii
floribus insignitum una cum insignibus & armis præfati Comitis,
nec non variis Christi paßionis historiis decoratum; emerunt pariter
ampullas duas, sole & auro illustratas, duos baßinos, Calices
duos mediocres, Casulas, Tunicas aliaque id genus Ecclesiarum ornamenta:
quin & sacrarii corporum Martyrum, quod capsam vocant, fundum operculo
argenteo insignibus [p.366] &
armis prædicti Domini Comitis munito ditaverunt; ad quodbb ex prædecessorum
suorum voto jam diù tenebantur, quæ omnia ab eis fieri non potuerunt,
nec facta sunt, nisi longiore & excellenti labore. Datum an. Domini
MDXXIII. Die sexta Augusti.
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Dont traduction en Annexe 1
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Pour augmenter
la devotion du peuple d’Estampes, & des lieux circonvoisins envers les
Saints Martyrs, le Pape Urbain VIII. d’heureuse memoire, par son Bref du 7.
Juin 1634. a accordé à perpetuité Indulgence Pleniere
à tous les Fideles de l’un & de l’autre sexe, inscrits & à
inscrire en la Confrairie erigée dans l’Eglise de Nôtre-Dame
à l’honneur de ces Saints; lesquels confessez & communiez, où
s’ils ne peuvent, êtans vrayemcnt contrits, prononceront de bouche,
ou s’ils ne le peuvent de cœur seulement, à l’article de la mort, le
saint nom de JESUS. Et tous les ans, à ceux qui pareillement confessez
& communiez visiteront l’Eglise où ladite Confrairie est établie,
& y feront des prieres pour l’extirpation des Heresies, l’exaltation de
la sainte Eglise, & pour la Paix & concorde entre les Princes Chrétiens,
depuis les premieres Vêpres, jusques au Soleil couché du jour
suivant; le jour de la Feste de ces glorieux Martyrs, 31. de May, le jour
de la circoncision de Nôtre Seigneur; la troisiéme Ferie de
Pâques; le quatriéme jour d’Aoust auquel on solemnise la translation
des mêmes Saints: & le premier Dimanche d’Octobre que l’on celebre
la Dedicace de la même Eglise.
Le même Souverain Pontife accorde outre
cela, à tous les Confreres inscrits & a inscrire de l’un &
de l’autre Sexe, soixante jours d’Indulgence des Penitences qui leur sont,
ou qui devroient leur étre enjointes & imposées suivant
l’usage de l’Eglise, toutes les fois qu’ils assisteront aux Messes &
aux autres Offices divins dans l’Eglise où est cette Confrairie:
où [sic] aux assemblées
publiques ou particulieres qui s’y font: ou qu’ils logeront des pauvres
dans leurs maisons: ou qu’ils pacifieront ou moyenneront quelque reconciliation
entre ceux qui seront en inimitié: ou qui accompagneront à
la sepulture les corps des Confreres decedez: ou qui assisteront à
toutes les Processions que l’on fera par la permission de l’Ordinaire: ou
qui accompagneront le Saint Sacrement tant dans les Processions, que quand
on le portera aux malades: ou s’ils ne peuvent l’accompagner, diront une
fois l’Oraison Dominicale, & la salutation Angelique lors qu’ils entendront
sonner la cloche pour le porter: ou cinq fois les mêmes Oraisons Dominicale
& Salutation Angelique pour le repos des Ames des Confreres [p.367] de
l’un & de l’autre sexe decedez: ou qui remettront en voye de Salut quelque
devoyé: ou qui enseigneront aux Ignorans les Commandemens de Dieu
& les choses necessaires à salut: ou feront quelqu’autre œuvre
de pieté.
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Urbain VIII (1623-1644) par Le Bernin
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Outre
la Chasse d’argent doré il y en a encore une autre, dans la même
Eglise, plus petite, de bois doré*, dans laquelle sont des vétemens
des Saints Martyrs dont j’ay parlé; & des Reliques d’autres Saints.
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* Elle est à present couverte d’argent.
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L’Image
de Nôtre Dame en bosse, d’argent doré du poids de huit marcs,
tenant sur son bras gauche le petit Jesus, & de la main droite un bouquet
chargé de douze grosses Perles, passe pour un bien-fait du méme
Comte d’Evreux, à cause de sa devotion envers la Sainte Vierge &
que ses armes sont au dessous: elle renferme dans le pied un Voile de la
même Sainte Vierge.
Jean Duc de Berry, qui fut Comte d’Estampes aprés
Louis d’Evreux II. du nom, donna au Chantre, & aux Chanoines de Nôtre-Dame,
par acte du 13. Avril avant Pâques 1404. une amende de cent livres
tournois, à laquelle Philippe & Jean de l’Humery freres avoient
esté condamnez, pour étre employée à mettre en
argent une Relique que luy-méme avoit donnée à leur
Eglise. Cette Relique est un os confiderable de saint Matthieu Apôtre,
car il n’y a à Nôtre-Dame que cette Relique enchassé
en argent. La tres-precieuse Relique du bras de saint Jean Chrisostome l’un
des quatres Docteurs de l’Eglise Grecque, est dans un bras de bois doré,
soûtenu par un Ange de même matiere.
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Jean de Berry en prière
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NOTES
La Chasse. On notera que Fleureau ne fait pas
usage de l’accent circonflexe aujourd’hui de rigueur. Le mot châsse vient du latin capsa qui
a donné aussi le français caisse. Il a désigné
en latin classique une boîte à livre ou à papier puis
une caisse à fruits. En latin médiéval (capsa, cassa,
chassa, chassia, chaxa, chaxia), il désigne une châsse ou
reliquaire, occasionnellement un ciboire, voire le châssis d’une fenêtre.
Ci-contre, la châsse de saint Taurin, ciselée en 1253 et conservée
à Évreux, qui a échappé à la fureur des
révolutionnaires de 1793 grâce à la complicité
de la municipalité, moins veule que celle d’Étampes (Voyez
Giverny New, le blog d’Ariane, guide à Giverny, http://givernews.com/?2007/03).
Lames d’argent doré,
du poids de prés de deux cent marcs. Le marc est une unité
de masse d’ancien régime valant 244,7529 g. Deux cents marcs
valent donc environ 4,9 kg.
De longueur
par le haut sur le comble de trois pieds neuf pouces. Le pied-du-roi
valait 32,484 cm et le pouce 2,707 cm. Trois pieds
neuf pouces valaient donc 121,8
cm. Par le bas, compris le
soubassement, de quatre pieds un poulce, soit 132,6 cm. De hauteur, deux pieds & demi,
soit 81,2 cm. De l’argeur
par le bas, de dix-huit poulces deux tiers, soit 50,5 cm. Par le milieu de quatorze poulces, soit 37,9
cm. Le comble a onze poulces de hauteur, soit 29,8
cm.
Salvator mundi. C’est-à-dire
le Sauveur du Monde, locution biblique (Genèse XLI,
45) appliquée à Jésus-Christ (Évangile de
Jean IV, 42; Première lettre de Jean IV, 14). Il s’agit
d’un type iconographique traditionnel où le Christ est représenté,
comme précisé en ce cas, bénissant de sa main droite
et tenant le globe du cosmique de la main gauche.
Regina cœli.
C’est-à-dire la Reine du Ciel, locution non biblique, titre
accordée par la tradition catholique à la Vierge Marie qui,
selon une tradition attestée dès le second siècle,
aurait été élevée au ciel par le Christ auprès
de lui, au terme de sa vie terrestre. Ce sont aussi les premiers mots d’une
hymne mariale du XIIe siècle. La prière du Regina Caeli
remplace la prière de l’Angélus durant tout
le temps pascal (de la nuit de Pâques à la Pentecôte),
à 7h00 (ou 8h00), 12h00 et 19h00.
Saint Barthelemy Apôtre, tenant un couteau à la main.
La tradition dominante veut que Barthélémy ait été
écorché vif. Il est donc le saint patron des bouchers et des
tanneurs. La rue de la Tannerie, à Étampes, appartenait
bien à la paroisse Notre-Dame, et la corporation des tanneurs étampois
devait alors être aussi riche que généreuse pour la paroisse.
C’est ce qui explique sans doute que Barthélémy fasse partie
des trois apôtres choisis pour être représentés
sur la châsse avec saint Pierre et saint Paul.
Saint Pierre Apôtre, tenant d’une
main un livre, & de l’autre des clefs. Ce livre est un attribut plutôt rare, dont
la signification n’est pas évidente: il symbolise sans doute son
œuvre d’évangélisation. Saint Pierre est le fondateur de l’Église
romaine et représente son autorité indiscutée dont se
réclament les papes, comme du reste de Paul, aussi représenté
sur la châsse.
Saint Matthieu, tenant une épée. Comme tous les
apôtres il serait mort martyr, exécuté, selon une tradition
bien tardive, en Éthiopie, pour y avoir préconisé la
chasteté à des princesses du lieu. C’est rarement en temps
que martyr qu’il est représenté: l’iconographie la plus courante
le présente plutôt comme un évangéliste. Originellement
publicain, c’est-à-dire percepteur, il devint naturellement au Moyen
Age le saint patron des banquiers et des percepteurs. Ces derniers ont pu
être aussi généreux pour la paroisse que les tanneurs.
Mais la présence sur cet apôtre sur reliquaire s’explique peut-être
surtout par le fait que le chapitre possédait aussi une relique de
saint Matthieu mentionnée un peu plus loin par Fleureau.
Saint André Apôtre... tient une Croix. Il aurait
été crucifié à Patras dans le Péloponnèse.
Il fut au Moyen Age le saint protecteur des états bourguignons. C’est
peut-être l’explication de sa présence sur le reliquaire, car
le comté d’Étampes a été tenu par Philippe II
le Hardi, duc de Bourgogne, à partir de de 1388 à 1404 (comte
en titre d’Étampes comme héritier de Jean de Berry, mais sans
l’usufruit), par Jean Sans Peur, duc de Bourgogne, de 1404 à 1419
(fils du précédent, qui ne jouit de l’usufruit qu’à partir de 1416), puis par Philippe III le Bon, duc de
Bourgogne de 1419 à 1434 (fils du précédent, à
qui la possession d’Étampes fut contestée à partir de
1421), puis par Jean de Nevers, dit aussi de Bourgogne, de 1434 à
1478 (la possession lui en étant contestée tout du long). A
partir de 1421, la possession d’Étampes est en effet contestée
aux Bourguignon par les Bretons, d’abord par Richard de Bretagne, de 1421
à 1438, puis par sa veuve Marguerite d’Orléans, de 1438 à
1466 et par son fils, François II, de 1438 à 1478, date à
laquelle Étampes revient en droit comme en fait à Jean de Foix.
Ci-contre, saint André (sanctus Andreas) sur un florin émis
vers 1475 par Charles
le Téméraire.
Saint Paul, qui tient d’une main une épée, & de l’autre
un livre. Il aurait été décapité à
Rome. Le livre symbolyse sans doute comme dans le
cas de Pierre son œuvre d’évangélisation.
Bordure frisonnée. Il
est peu de dictionnaire à présenter ce verbe “frisonner”, qui paraît un simple
synonyme de “boucler, friser, frisotter, moutonner, onduler”. Selon Littré
(qui ignore le verbe) “frison” est un “terme familier” désignant “chacune
des boucles d’une frisure”.
Le tout par quarrez. Quarré
est une graphie archaïsante pour carré.
au dessus de fleurons, & au dessous de
fusées. Un fleuron est un ornement
en forme de fleur stylisée. En terme d’architecture, de sculpture
et d’orfèvrerie, c’est une feuille ou une fleur détachée.
La fusée est originellement la masse de fil enroulée sur le fuseau
qui provient de la filasse de la quenouille. En terme de blason, c’est
un meuble de l’écu en forme de losange parfois allongé et un
peu arrondi sur les côtés. Pour comparaison, observez ci-contre
un détail de la châsse de saint Taurin, ciselée en 1253.
Le travail de la châsse étampoise ne devait pas être moins
raffiné.
Ave gratia plena, c’est-à-dire
Salut Pleine de grâce, parole prononcé par l’ange
Gabriel à la Sainte Vierge lors de la scène de l’Annonciation
(Évangile de Luc I, 28), parole reprise au début de
la prière Je vous salue Marie pleine de grâce, etc.
Couvert de lame d’argent faites en quarré,
avec plusieurs navreuses sans dorure. Ce mot de “navreuses” n’ayant pas de sens, il faut peut-être lire “nerveures”, c’est-à-dire “nervures”.
Etienne Poncher, qui avoit esté fait d’Evêque de Paris, Archevêque
de Sens. Évêque de Paris de 1503 à 1519,
archevêque de Sens de 1519 à 1525. Rappelons que le diocèse
de Paris appartenait à l’archidiocèse de Sens sous l’Ancien
Régime.
Loüis d’Evreux Comte d’Estampes.
On remarquera que Fleureau, ni les chanoines de son temps, ne savent plus
s’il s’agit de Louis Ier, qui tint Étampes de 1318 à 1336, ou de son fils Louis II, qui tint ce comté de 1336 à
1400.
Stephanus Archiep. Senonensis etc. Ce texte paraît
légèrement corrompu en certains endroits. Il pose aussi problème
parce que son auteur à l’air d’écrire, au début,
juste après le synode qui a interdit l’usage des bâtons de confrérie,
tandis que la suite du texte fait état de faits postérieurs
s’étendant sur une certaine durée, d’au moins plusieurs mois.
Nous sommes donc apparemment en présence d’une texte composite, que
Fleureau a dû trouver tel quel dans les archives de Notre-Dame. Dont
traduction en Annexe 1.
Cantori.
Le chantre de Notre-Dame d’Étampes en 1523 paraît
avoir été Jean Guichard, d’après la liste qu’a donné
Fleureau au chapitre 7, p. 353.
defferantur. Il faut sans doute lire deferantur.
ampullæ parvæ. “de petites ampoules”. On conservait dans ces fioles soit l’huile destinée aux
onctions, ou bien l’eau et le vin versées dans le calice lors de la
messe.
Le Pape Urbain VIII. d’heureuse memoire.
Il a exercé son pontificat 1623 à 1644. Rappelons que Fleureau
rédige son ouvrage vers 1668.
Indulgence Pleniere.
Dans la doctrine catholique, le péché est effacé par
le sacrement de la réconciliation. Mais ce sacrement n’enlève
pas la peine temporelle due au péché, qui se traduit généralement
par un temps de purgatoire, compté au Moyen Age en nombre de jours
(ce qui a été le cas jusqu’en 1967!). Cette peine temporelle
peut être atténuée voire effacée par l’indulgence. L’indulgence est dite partielle
ou plénière, selon qu’elle
libère partiellement ou totalement de la peine temporelle due pour
le péché.
Depuis les premieres Vêpres, jusques
au Soleil couché du jour suivant. Les premières
vêpres sont célébrées le soir de la veille des
fêtes solennelles, par opposition aux secondes vêpres qui le
sont le soir du jour même.
Diront une fois l’Oraison Dominicale, &
la salutation Angelique, c’est-à-dire un Notre Père
et un Je vous salue.
Une ... de bois dorée...
Elle est à present couverte d’argent. Il est à
croire que cette note est de l’éditeur posthume, et que la deuxième
châsse fut couverte d’argent entre 1668, date de la première
rédaction de l’ouvrage, et 1683, date de sa publication posthume.
L’Image de Nôtre
Dame en bosse, d’argent doré du poids de huit marcs. Soit
1,958 kg.
Jean Duc de Berry, qui fut Comte d’Estampes aprés Louis d’Evreux
II. du nom. Jean de Berry acquit dès 1385 par échange
le droit d’hériter du comté d’Étampes mais n’en jouit
effectivement qu’à partir de 1400, date de la mort de Louis II, jusqu’en
1416.
Philippe & Jean de l’Humery freres.
L’Humery ou Lhumery (l’orthographe hésite encore de nos jours) est
un hameau de la commune d’Étampes.
La... Relique du bras de saint
Jean Chrisostome.... dans un bras de bois doré, soûtenu par
un Ange de même matiere. Ce reliquaire de saint Jean
Chrysostome, qui n’avait rien de précieux, a été épargné
par les révolutionnaires.
Bernard Gineste, juillet
2007
Toute critique ou contribution
sera la bienvenue. Any criticism or
contribution welcome.
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ANNEXE
1
Charte d’Étienne
Poncher, archevêque de Sens, datée de 1522
texte et traduction
Texte latin donné par
Fleureau (1683)
(corrompu en plusieurs endroits)
|
Traduction proposée
par B. G. (2007)
|
Stephanus
Archiep. Senonensis Cantori & Capitulo Beatæ Mariæ Stampensis.
Notum facimus universis præsentibus
& futuris, quòd
|
Étienne
archevêque de Sens au chantre et au chapitre de Notre-Dame d’Étampes.Nous
faisons savoir à tous les personnes présentes et à venir
ceci.
|
cùm
sæpè prohibuerimus in percelebri Concilia nudiùs tertius
per nos Parisiis celebrato, ne deinceps in Ecclesiis vel extra, baculi, quos
Confratriarum bastones vocant, defferantur [sic deferantur?], nec de cætero erigantur, sed & extantes aboleantur,
|
Nous
avons souvent défendu lors du très fameux synode réuni
avant-hier, que l’on fasse désormais usage (?) des bâtons appelés
bâtons de confrérie, ni qu’on en fasse à l’avenir, et
qu’on détruise même ceux qui existent.
|
|
quibus mandatis nostris, præfati Cantor
& Capitulum parêre cupientes unanimiter decreverunt ut baculus
quidam argenteus Beatorum Martyrum Cantii, Cantiani & Cantianillæ
simulachra effigiemque cujusdam Satellitis ac… repræsentans: quem quidem baculum à multis annis Ludovicus d’Evreux Stamparum
Comes Ecclesiæ præfatæ, ut à quibusdam ferebatur,
donaverat, in alios usus necessarios & ad ipsius Ecclesiæ decorem
utiliter commutaretur, quasi aliàs futurus inutilis, illa mediante
prohibitione nostra,
|
Désireux d’obtempérer
à nos ordres, les susdits chantre et chapitre ont unanimement décidé
avantageusement de fondre à d’autres fins utiles et pour l’embellissement
de la dite église un certain bâton d’agent portant représentation
des saints martyrs Can, Cantien et Cantienne et l’image d’un certain sbire
et de [lacune], bâton qui avait été donné
à la sudite église il y a nombre d’années, au rapport de certains, par Louis
comte d’Évreux, puisqu’il serait autrement inutile du fait de la notre
sudite interdiction.
|
decreverunt simul ut cum illo baculo commutarentur calices aliquot
rupti & ampullæ parvæ, ex [sic, lisez: et] argentei disci vetustate corrupti:
Eaque omnia ut commutaret [sic: decreverunt?], & ita commutaverant [sic communtaverunt?], & pro iis emerunt pergrandem Calicem auratum, sole, lilii
floribus insignitum una cum insignibus & armis præfati Comitis,
nec non variis Christi paßionis historiis decoratum; emerunt pariter ampullas duas, sole & auro illustratas, duos
baßinos, Calices duos mediocres, Casulas, Tunicas aliaque id genus Ecclesiarum
ornamenta:
|
Et
ils les ont tous [fait fondre?] comme ils [l’avaient décidé?],
et à leur place ils se sont acquis un très grand calice doré
décoré d’un soleil, de fleurs de lys en même temps que
des armes du susdit comte ainsi que de scènes variées de la
Passion du Seigneur. Ils se sont acquis pareillement deux ampoules ornées
d’un soleil et d’or, deux bassins, deux calices de taille moyenne, des chasubles,
des habits liturgiques et d’autres ornements ecclésiastiques de ce
genre.
|
quin &
sacrarii corporum Martyrum, quod capsam vocant, fundum operculo argenteo insignibus [p.366] & armis prædicti
Domini Comitis munito ditaverunt; ad quod ex prædecessorum suorum
voto jam diù tenebantur, quæ omnia ab eis fieri non potuerunt,
nec facta sunt, nisi longiore & excellenti labore.
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Bien plus
ils ont enrichi le fond du reliquaire des corps des martyrs appelé
châsse d’un couvercle d’argent portant les insignes et les armoiries
du susdit comte. Il y étaient tenus depuis longtemps
déjà par le voeu de leurs prédécesseurs. Toutes
ces réalisations n’ont pu être effectuées, et n’ont
été effectuées, qu’au prix d’un travail assez long,
et excellent.
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Datum
an. Domini MDXXIII. Die sexta Augusti.
|
Donné
l’an du Seigneur 1522, le six août.
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Note:
Ce texte paraît légèrement corrompu en certains endroits.
Il pose aussi problème parce que son auteur à l’air
d’écrire, au début, juste après le synode qui a interdit
l’usage des bâtons de confrérie, tandis que la suite du texte
fait état de faits postérieurs s’étendant sur une certaine
durée, d’au moins plusieurs mois. Nous sommes donc apparemment en
présence d’une texte composite, que Fleureau a dû trouver tel
quel dans les archives de Notre-Dame.
B.G. juillet 2007
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ANNEXE
2
Autre description de la châsse
Note manuscrite découverte
et citée par l’abbé Bonvoisin
Voici le texte d’une note manuscrite que j’ai
déposée dans les archives de Notre-Dame, et dans le dossier
concernant les reliques des corps saints.
«La
grande châsse des corps saints est
[p.55] recouverte de feuilles d’argent doré ou vermeil,
du poids de deux cents marcs; elle a trois pieds neuf pouces de hauteur,
quatre pieds un pouce de longueur et deux pieds de largeur; elle est
surtout remarquable par la finesse du travail, et si elle le cède
en quelque chose à la châsse de Sainte-Geneviève
de Paris, ce ne peut être que sous le rapport des pierres précieuses
dont cette dernière est enrichie. Elle a la forme d’une église
flanquée de huit tourelles: deux à chaque angle, et ces
tourelles, dans l’espace qui les sépare à chaque coin, forment
quatre niches dans lesquelles sont placés les patrons des quatre
autres paroisses de la ville, saint Pierre, saint Basile, saint Gilles
et saint Martin. A l’une des extrémités de la châsse
est la figure de Notre-Seigneur bénissant d’une main, et de l’autre
portant un globe surmonté d’une croix, et au-dessous une lame d’argent
sur laquelle est gravée l’inscription Salvavtor mundi. Cette
partie est [p.56] complétée
par un chapiteau orné de six fleurons. Au milieu, au-dessus de
la tête du Christ, est une rose enrichie de pierreries. A l’extrémité
opposée se trouve la Vierge portant dans ses bras l’Enfant Jésus,
avec l’inscription Regina cœli. Cette Vierge est assise
sur un siége, entourée de fleurs de lis d’or avec un cercle
de rosettes. Les côtés de la châsse sont divisés
en cinq parties formant cinq niches recouvertes d’autant de chapiteaux,
et contenant d’un côté les apôtres Saint Pierre, saint
Barthélemy, saint Mathieu, saint André et saint Paul portant
chacun l’instrument de son martyre, et l’autre l’histoire du martyre
de nos saints. Dans la première niche, le gouverneur présidant
au supplice; dans la deuxième, sainte Cantianille à genoux,
et le bourreau prêt à frapper; dans les trois suivantes,
saint Cant, saint Cantien et saint Protus, attendant le coup qui doit
leur procurer la gloire du martyre.»
Notice historique sur le
culte et les reliques des saint martyr Cant,
Cantien et Cantianille, patrons de la ville
d’Étampes,
Versailles, Beau jeune, 1866, pp. 54-56
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Première
note ancienne sur les processions
pièce
des Archives de Notre-Dame citée par l’abbé Bonvoisin
«Au moment de sortir de l’église les curés des
quatre paroisses et faubourgs de la ville appuient une main au coin de la
châsse qui leur est assigné par l’image du patron de leur paroisse.
Cela se fait, dit-on, pour conserver à la ville entière
la possession de cette châsse. Dès qu’elle est sortie, les
curés reprennent leur rang pour suivre la procession. Et une cérémonie
semblable a lieu à la [p.71]
rentrée dans l’église Notre-Dame.»
Notice historique sur le
culte et les reliques des saint martyr Cant,
Cantien et Cantianille, patrons de la ville d’Étampes,
Versailles, Beau jeune, 1866, pp. 70-71
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ANNEXE
4
Deuxième
note sur les processions, datée de 1718
pièce
des Archives de Notre-Dame citée par l’abbé Bonvoisin
«La procession la plus solennelle
a lieu le mardi de Pâques. En tête de la procession, l’on
voit les capucins et les cordeliers dont chacun connaît le recueillement;
ils sont suivis par les barnabites, qui précèdent le clergé
de toutes les paroisses de la ville et des environs; ensuite arrivent
les chanoines de Notre-Dame et de Sainte-Croix qui marchent ensemble sur
deux rangs: ceux de Notre-Dame à droite, et ceux de Sainte-Croix
à gauche. La châsse, portée par des hommes marchant
pieds nus et couronnés de fleurs, est entourée de torches
et de flambeaux; elle est suivie d’une autre châsse plus petite
et d’un reliquaire de saint Matthieu, apôtre et évangéliste.
Il y a encore un reliquaire de saint Jean Chrysostome et une image en
ronde-bosse dans laquelle est un morceau des vêtements de la sainte
Vierge. Le prêtre qui doit célébrer la [p.73] messe porte
une croix d’argent finement travaillée. Cette croix et les deux reliquaires
de la sainte Vierge ont été donnés à l’église
Notre-Dame par Louis d’Evreux, comte d’Etampes.»
Notice historique sur le
culte et les reliques des saint martyr Cant,
Cantien et Cantianille, patrons de la ville d’Étampes,
Versailles, Beau jeune, 1866, pp. 72-73
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ANNEXE
5
Premier
récit de la destruction de la châsse, par l’abbé Baron
pièce des Archives de Notre-Dame citée par l’abbé Guibourgé
Dans
une note que nous avons trouvée dans les archives paroissiales,
voici ce qu’écrit M. l’abbé Baron, curé de Notre-
Dame de 1834 à 1847:
«Au moment de la persécution en 1793, la châsse de
vermeil fut enlevée et les reliques livrées aux flammes.
Heureusement celui qui présidait à l’incendie de ces objets
sacrés permit aux assistants d’enlever ce qu’ils pourraient, et
une femme pieuse put sauver un petit ossement qu’on croit être un
doigt. Elle le conserva religieusement chez elle jusqu’à la cessation
de la persécution. Le commissaire qui accorda la permission d’emporter
quelque chose des reliques s’appelait Lebas.
Sitôt que 1’Eglise commença à
jouir d’un peu de calme, un homme vraiment chrétien nommé
M. Ranouard, mort il y a [p.62] quelques
années, après avoir été trésorier
de la fabrique de Notre-Dame pendant 40 ans, apprit qu’une parcelle des
Corps Saints avait été sauvée. Alors il la demanda
à la personne qui en était la dépositaire. L’ayant
obtenue, il la fit reconnaître à Paris par M. l’abbé
de l’Espinasse, chargé avant le Concordat de l’administration spirituelle
des environs de Paris. Aussitôt que toutes les formalités
voulues pour établir l’authenticité de la relique furent
accomplies, et dès que le culte fut rétabli, il y eut une
cérémonie pour la reconnaissance et le rétablissement
de la dévotion aux Corps Saints.
En présence de M. Boivin, curé
de Saint-Basile, de Saint Gilles et de Saint-Martin, et d’un grand nombre
de fidèles, le petit ossement fut renfermé dans une petite
boîte. Le sceau de l’ancien Chapitre de Notre-Dame fut apposé
dessus, sur cire cachetée collant un ruban rouge; puis la même
petite boîte fut renfermée dans une châsse en bois
doré.
Dès lors le culte des Corps Saints fut
observé comme avant 1793. Les processions des mardis de Pâques
et de la Pentecôte, les neuvaines, reprirent avec une nouvelle vigueur.
Plus tard, par les soins de M. Banouard, une autre châsse fut substituée
à l’ancienne qui n’était qu’en bois doré. Cette
châsse d’un très beau travail est en cuivre doré.
On connaît tous ces détails par
le récit de M. Banouard et par des vieillards qui en furent les
témoins. La relique est bien authentique qui fasse mention de son
existence, de sa reconnaissance, de l’approbation de l’autorité
spirituelle. Il est à désirer que cette relique soit revêtue
d’une authenticité plus régulière et plus canonique.
signé: Baron,
curé de Notre-Dame..»
Étampes
ville royale, 1957, pp. 61-62.
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ANNEXE
6
Deuxième
récit de la destruction de la châsse, par l’abbé Bonvoisin
Notice historique, 1867, pp.
«Il nous
a été possible, pendant 800 ans, de suivre l’histoire de
ces saintes reliques à Etampes. Nous avons constaté six fois
leur reconnaissance dans cet espace de huit siècles, et nous arrivons
ainsi à établir une possession non interrompue qui ne peut
laisser aucun doute dans les esprits même
[p.61] les plus prévenus; mais nous touchons à
des jours calamiteux: ce que n’avait pas fait le temps, ce qu’avait tenté
en vain la rage de l’hérésie, s’est accompli presque sous
nos yeux. Les saintes reliques ont été détruites
comme le furent, dans le même temps, celles de la glorieuse patronne
de Paris.
Dans ces jours d’aveuglement, on vit
par toute la France des scènes de même nature. Les ornements,
les vases sacrés, en un mot, toutes les richesses des églises
leur furent enlevées, le plus souvent pillées, presque partout
dilapidées; les châsses d’or, d’argent, enrichies de pierres
précieuses, eurent le même sort. Ainsi en fut-il de la châsse
dite des corps saints: elle fut ouverte, profanée, et les saints
ossements livrés aux flammes devant la porte principale de Notre-Dame,
sur la place dite de l’Hospice, au milieu de danses extravagantes, accompagnées
de hurlements impies.
On a conservé
les noms de quelques-uns [p.62]
de ceux qui participèrent à ces sacrilèges
orgies. Ils ont disparu: le tombeau renferme leurs cendres. Ne redisons
pas des noms qui ne doivent être connus que de Celui qui pardonne
au repentir. Il y en a un cependant que nous voulons arracher à l’oubli
parce que, remplissant des fonctions odieuses, il a su céder à
un bon mouvement. C’est celui du commissaire Lobas (1), qui présidait à l’incendie. A
quelques-uns des assistants qui ne pouvaient maîtriser la peine
qu’ils éprouvaient dans leur cœur, il permit d’emporter ce qui
pouvait encore être sauvé, lorsque la première fureur
commença à se calmer. Hélas il était bien
tard déjà. Cependant une pieuse femme, dont le nom n’a
pas été conservé, put enlever un petit ossement
qui avait roulé en dehors du foyer. Ce petit ossement est regardé
comme une [p.63] phalange
d’un des doigts de nos saints. Cette chrétienne garda chez elle
ce trésor jusqu’à la fin de la Terreur. Dès que l’Eglise
eut retrouvé un peu de calme, sur le témoignage de cette
dame et sur celui de M. Banouard, depuis membre du conseil de Fabrique,
qui s’était mis en rapport avec elle dès les premiers jours,
la sainte relique fut reconnue par M. l’abbé de l’Espinasse, vicaire
général de Paris, chargé, avant le Concordat, et
aussitôt après le rétablissement du culte extérieur,
de l’administration spirituelle de tous les environs de la capitale.
M. Boivin,
curé de Notre-Dame, assisté de MM. les curés de
Saint-Basile, Saint-Gilles et Saint-Martin et en présence d’un
grand nombre de fidèles, déposa le petit ossement, reconnu
par M. de l’Espinasse, dans une boîte oblongue fermée avec
un ruban rouge sur lequel fut apposé l’ancien sceau du chapitre de
Notre-Dame: et ladite boîte fut placée dans une châsse
en bois doré. [p.64]
Cette châsse fut remplacée
en 1832 par la châsse en cuivre que nous portons aujourd’hui, dans
les processions solennelles.
Indépendamment de cette châsse
dite des corps saints, celle en bois doré connue sous le nom de
châsse de sainte Julienne contient:
1° Une relique de sainte Julienne,
provenant de la collégiale de Sainte-Croix;
2° Une relique de saint Vincent de
Paul;
3° Une relique de sainte Pauline,
martyre.
Il y a encore dans cette châsse
huit petits reliquaires, dont l’authenticité ne pourra être
reconnue que lorsqu’on ouvrira la boîte qui les contient.»
Notice historique sur le
culte et les reliques des saint martyr Cant,
Cantien et Cantianille, patrons de la ville d’Étampes,
Versailles, Beau jeune, 1866, pp. 60-64
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Synthèse
et bibliographie (assez brouillonne) de Léon Marquis
Les rues d’Étampes, 1881
L’érudit local étampois,
Léon Marquis, toujours intéressant lorsqu’il traite de nouvelles
matières, est des plus brouillons lorsqu’il récapitule les travaux
de ses devanciers. Cette lecture est instructive pour qui peut savoir comment
se défier des travaux d’érudition locale du XIXe siècle.
Sa bibliographie notamment est catastrophique, contenant autant d’erreurs
que d’items.
C’est dans l’église Notre-Dame d’Étampes que sont conservés
les restes précieux des saints martyrs Can, Cantien et Cantienne,
qui moururent pour la foi à Aquilée (4),
l’année 304 de notre ère.
Le roi Robert, fondateur de l’église Notre-Dame,
obtint du Souverain-Pontife une partie notable des reliques de ces martyrs.
On croit qu’il les rapporta en France lors de son voyage en Italie, vers l’an
1020, sous le pontificat de Benoît VIII; mais on est certain qu’il les
confia au temple qu’il venait de faire élever à Étampes
en l’honneur de la Vierge Marie. A partir de cette époque, les trois
martyrs devinrent les patrons de la ville d’Étampes.
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(4) Ville de Vénétie de 1,500 habitants,
et qui était environ cent fois plus peuplée du temps d’Auguste.
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Un procès-verbal sur parchemin, renfermé autrefois dans la châsse,
mentionne une première translation des reliques en l’an née
1282.
Durant les guerres de religion en 1562, les reîtres,
établis dans l’église Notre-Dame, brûlèrent les
châsses, emportèrent les calices d’or et d’argent; mais les reliques
avaient été soustraites à leur fureur.
En 1570, on fit solennellement la translation
dans une nouvelle châsse des reliques, «qui avaient été,
d’après un manuscrit des archives de Notre-Dame, sauvées par
aucuns bons habitants de cette ville.»
En 1620, une nouvelle visite eut lieu sous la
direction de [p.265] Guidon de
Vérambois, curé de Saint-Martin d’Étampes, doyen de
la chrétienté dudit lieu.
Le 12 avril 1621 eut lieu la translation, dans
une châsse nouvelle, par messire Henry Clausse, évêque
d’Aure, coadjuteur de Châlons.
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Une magnifique châsse en vermeil contenait les reliques depuis le 30
juillet 1620. D’après dom Fleureau, «*elle
était recouverte de feuilles d’argent, du poids de 200 marcs, avait
5 pieds 9 pouces de hauteur... Sa forme était celle d’une église
flanquée de huit tourelles, dont deux à chaque angle, formant
quatre niches où étaient placés les patrons des quatre
autres paroisses de la ville, saint Pierre, saint Basile, saint Giles et
saint Martin... A l’une des extrémités était Notre-Seigneur,
et à l’autre la Vierge et l’Enfant-Jésus... Les côtés
de la châsse étaient divisés en cinq parties, formant
cinq niches et contenant, d’un côté, les apôtres saint
Pierre, saint Barthélemy, saint Mathieu, saint André et saint
Paul, portant chacun l’instrument de son martyre, et de l’autre l’histoire
du supplice de nos saints.
Dans la première niche, le gouverneur présidant
au supplice; dans la deuxième, sainte Cantianille ou Cantienne, à
genoux, et le bourreau prêt à la frapper; dans les trois suivantes,
saint Can, saint Cantien et saint Protus, attendant le coup qui doit leur
procurer la gloire du martyre.
|
* Marquis paraît citer ici un texte précis mais
ne referme pas ses guillemets. Il utilise en fait, contrairement à
ce qu’il dit, une description anonyme reproduite par l’abbé Bonvoisin
dans sa notice, et non pas celle de Fleureau.
|
Toutes ces figures étaient des bas-reliefs; au-dessous, on voyait les
armes d’un comte d’Étampes de la maison d’Évreux.
Le pied de l’image de Notre-Dame en bas-relief,
qui a été donné également par ce comte d’Étampes,
renfermait un voile de la Sainte- Vierge*.
En 1793, comme tant d’autres objets précieux,
la châsse fut ouverte et détruite pour en avoir l’argent.
Les reliques
furent profanées en 1793; mais une partie, sauvée comme miraculeusement
par une pieuse femme, fut placée en 1804 dans un reliquaire qu’on remplaça,
en 1832, par la châsse en cuivre actuelle.
|
* Marquis confond ici
deux statues de la Vierge: ce n’est pas celle de la châsse qui contenait
le voile dont il parle.
|
L’autre châsse en bois doré contient les reliques de sainte Pauline,
de sainte Julienne (1) et de saint Vincent de
Paul. En 1865, [p.266] l’abbé
Bonvoisin, curé de Notre-Dame, obtint de l’archevêque de Sens
une partie des reliques de chacun* des martyrs
d’Etampes, qui étaient conservées dans la cathédrale
depuis le XIe siècle.
On voyait autrefois à Notre-Dame d’autres
châsses, notamment une en bois argenté, dans laquelle étaient
les vêtements des trois martyrs; une en argent, contenant un os de saint
Mathieu, apôtre; un bras de bois doré soutenu par un ange de
la même matière, contenant un bras de saint Jean Chrysostome.
Avant la Révolution de 1795, la fête
des corps saints avait lieu tous les ans, le 31 mai, et de plus on faisait,
les mardis de Pâques et de la Pentecôte, autour de la ville, une
procession composée du clergé des cinq paroisses et de tous
les religieux de la ville: Capucins, Cordeliers, Mathurins, Barnabites. Les
magistrats et les personnes notables de la cité se faisaient gloire
d’assister à ces processions.
La châsse principale était portée
par six paysans revêtus d’aubes, couronnés de fleurs et nu-pieds,
ce qui fait qu’on les appelait les nuds.
A la sortie de l’église, chaque curé
de la ville appuyait une main sur le côté de la châsse
qui lui était désigné par l’image du patron de sa paroisse.
Aujourd’hui, la procession a toujours lieu deux
fois par an, le mardi de Pâques et le lundi de la Pentecôte; mais
le zèle des fidèles s’est considérablement refroidi.
|
(1)
V. la note 99. [Voici le texte de cette "note bibliographique"
(p. 387):]
99. La vie de sainte Julienne, vierge et martyre,
avec quelques réflexions sur cette vie, une instruction sur les pèlerinages,
des prières, la messe, et une neuvaine en son honneur.
Cette sainte est honorée singulièrement
en l’église Notre-Dame d’Étampes: elle y est réclamée
pour le mal de contagion, pour les femmes en travail d’enfant, fièvres
et autres afflictions.
Sa fête est le 16 février, et sa translation
le lundi de la Trinité: en ce jour la châsse est portée
processionnellement autour de la paroisse. — A Paris, de l’imp. de Doublet,
rue Gît-le-Cœur. Se trouve à Étampes, à la sacristie
de Notre-Dame, 1819, in-8 de 28 p.
* Précision fantaisiste.
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Ces reliques étaient jadis l’objet d’une grande vénération.
On n’invoquait pas toujours en vain les trois martyrs et à l’occasion
de grandes sécheresses qui eurent lieu en mai 1566, «ceux du
Gastinois et du pays de Beauce, dit Claude Haton*,
alloient à Estampes de 5 à 6 lieues à l’entour, en l’honneur
des corps saincts, MM. saincts Cancien et Cancianille.»
|
*Les Mémoires du prêtre Claude Haton
(1534-1605), curé de Provins, avaient été publiés
en 1857 par Félix Bourquelot.
|
Voici la liste des principales hymnes et pièces imprimées en
l’honneur de ces martyrs:
1. Hymne des martyrs. (1)
2. Petrus Gendræus Cantiades (2).
3. La vie, martyre, translation et miracles des
martyrs Can, cantian et Cantianne, en prose et en vers, par H. B. T. (Hardy,
religieux de Morigny; Bastard et Thirouyn, chanoines de Notre-Dame d’Étampes).
Paris, Vérat (3), 1610. [p.267]
4. Cantiadis (4), poème latin en quatre chant. Paris, 1613
(4).
5. Opuscules chrétiennes, contenant l’éloge
des trois martyrs, par Jean Chauvin, conseiller en la cour des monnaies. Paris,
Sara, 1650 (5).
6. Éloge des trois martyrs saint Can, saint
Cantien et sainte Cantienne. Paris, 1670 (6).
7. La Cantiade ou l’éloge des illustres
martyrs saints Can, Cantian et Cantienne. Paris, 1673 (7).
8. Hymni
sacri… Claudii Caroli Hemaridæ Stampensis (Claude-Charles Hémard)
(8).
|
(1) Marquis paraît ici désigner l’hymne imprimée
par Bonvoisin dans sa Notice de 1867; il s’agit en fait d’une des hymnes
de Claude-Charles Hémard.
(2) Marquis reproduit ici
dans un mauvais latin une erreur d’attribution de Bonvoisin.
(3) Lisez Vérac
et non Vérat.
(4) Lisez en fait Cantiades
et 1673. C’est le même ouvrage qu’en (2) et en (7)!
(5) La BNF donne la même
date, Bonvoisin donne 1658.
(6) C’est en fait le même
ouvrage que le précédent (autre édition?).
(7) Cet ouvrage est cité
pour la troisième fois, enfin à sa bonne date; son auteur est
le magistrat étampois Sébastien Bredet comme le précisera
enfin Marquis dans un quatrième passage, au sujet de la cloche Cant, p. 279 (Voyez l’Annexe 9
qui suit.)
(8) Hymnes dont l’une est déjà cité
sous le numéro (1)..
|
9. La vie des saints Martyrs Can, Cantien et Cantianille. Saint-Germain, 1747,
in-12 de 136 pages (9).
10. La vie des trois martyrs. Orléans,
1718 (10).
11. Abrégé de la Vie des saints
martyrs. Sens, 1781 (11).
12. Office des saints Can, Cantien et Cantianille,
2e édition revue et corrigée. A Sens, chez P.-H. Tarbé,
1781, in-12 de 94 p. Contient la vie des saints martyrs et l’histoire des
reliques d’Etampes (12).
13. Abrégé de la vie des saints
martyrs Can, Cantien et Cantianille, tiré du P. Mabillon et des Bollandistes.
In-12 de 63 p. (S. d.) (13)
14. Notice historique
sur le culte et les reliques des saints martyrs. (14)
15. La Triade
ou les martyrs d’Étampes, par Roquet, publiée d’après
un manuscrit de la bibliothèque de l’Arsenal. (15)
A cette liste
on peut ajouter le livre de Simon Chauvin, imprimé en 1610, dont le
titre nous est inconnu (1). (16)
[Extrait
de la Rapsodie de Nicolas Plisson,
donné par Marquis pp. 408-428]
[...] [p.422] [...] Les patrons
de la ville d’Estampes, saints Can, Cantien et Cantienne.— …Suit l’histoire
des trois martyrs, celle de leurs reliques, et la translation d’une châsse
dans une autre le 4 août 1282, leurs miracles, les processions, le livre
de Simon Chauvin, avocat du roi à Étampes, imprimé en
1610… |
(9)
Ouvrage cité par Bonvoisin.
(10) Lisez 1748, ouvrage de Charles Jacob, cité
par Bonvoisin.
(11) Cet ouvrage
est le même que le suivant, dont il n’est qu’une partie.
(12) Marquis
paraît avoir consulté cet ouvrage-ci.
(13) Cet ouvrage
paraît le même qu’en (11) et faire donc partie lui aussi du (12).
(14) C’est
celle de l’abbé Bonvoisin, de 1866.
(15) Ouvrage
cité par Bonvoisin.
(16) Marquis s’est embrouillé
dans ses notes. L’ouvrage de Jean (et non Simon) Chauvin date de 1670
(et non de 1610)
(1) Rapsodie. [Marquis a donné une édition partielle de
ce document en Annexe à son ouvrage; nous donnons le passage considéré
ci-contre.]
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Les rues d’Étampes
et ses monuments,
Étampes, Brière, 1881, pp. 264-267
(et 422)
|
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ANNEXE 8
Note
de Léon Marquis sur la grosse cloche de Notre-Dame baptisée
Cant en 1718
Les rues d’Étampes, 1881.
«La grosse cloche, ou bourdon de Notre-Dame, date de 1718; elle a 1m
50 de diamètre, 1m 22 de hauteur et pèse environ 4,000 kilos.
Une main montre l’inscription latine suivante,
gravée sur son pourtour en caractères gothiques:
Première ligne. — Mihi Canti nomen dedere
maqister Joannes Dansflelt presbiter et eanonicis antiquior quimper annos
sexaginta quinque et amplius.
Deuxième ligne. — Huicce ecclesiæ
summâ cum laude militavit et domina Maria Bredet clarissimi viri Petri
Hemar Danjouan proprætoris uxor meritissima.
Troisième ligne. — Lustravit me Dominus
magister Michael Edwardus Guyonnet de Rouvray presbiter jurium doctor protonotarius
apostolicus præses cantor.
Quatrième ligne. — Et canonicus nec non
regis Consilliarius in curie Stampensi *** magistro Juliano Jacobo prouvansal
presbitero canonico procurante. Anno Christi M.DCC.XVIII.
Cinquième ligne (au bas de la cloche). —
Josepho Mainfroy, Joanne Buisson, Symphoriano Rousseau,
Joanne Dauphin, ædituis. — Nicolas de la Paix, Jacoves et Louis
de Claudiveau monfait.
Au milieu, il y a deux vignettes. Sur la première
on lit: N. de la Paix. I…r bum. Sur la deuxième est une croix
de 30 centimètres de hauteur et trois personnages que nous supposons
être les trois martyrs d’Étampes.
|
|
Voici la traduction de cette inscription: [p.279]
Le nom de Cant m’a été donné
par maître Jean Dansflelt, prêtre et doyen des chanoines, qui
lutta depuis plus de soixante-cinq ans pour la gloire de son église,
Et par dame Marie Bredet, femme très-méritante
de très-illustre Pierre-*Hémar
Danjouan.
J’ai été purifiée (1) par maître Michel-Edouard Guyonnet de Rouvray,
prêtre, docteur en droit, protonotaire apostolique, premier chantre
et conseiller du roi en la Cour d’Étampes.
Maître Julien Jacoves, prêtre, premier
chanoine, étant pourvoyeur (2) de la
fabrique et du chapitre. An du Christ 1718.
Joseph Mainfroy, Jean Buisson, Symphorien Rousseau,
Jean Dauphin, marguilliers.
Nicolas de la Paix, Jacques et Louis de Claudiveau
m’ont fait.
I. R. BVM
|
* Trait d’union et orthographe étranges: Hémard
est ici évidemment un patronyme.
(1) Purifiée. Traduction
littérale, plus exacte que baptisée.
(2) Trésorier.
|
On retrouve sur cette cloche, qui porte le nom de l’aîné des
martyrs d’Étampes, plusieurs noms historiques:
Marie Bredet était fille de Sébastien
Bredet, magistrat d’Etampes. auteur de La Cantiade, mort à
la fin du XVIIe siècle. Il était lui-même d’une famille
d’avocats et de procureurs du roi au XVIIe siècle (3).
Pierre Hémard Danjouan est le fils de René
Hémard et le père de Charles-Claude Hémard, qui composa
aussi, au commencement du XVIIIe siècle, une hymne en l’honneur des
martyrs d’Étampes (4).
Cette cloche a une forte brèche à
la partie inférieure, ce qui lui a un peu faussé le son. L’accident
est sans doute arrivé quand la cloche a été mise en
branle trop rapidement, car la cassure existe où frappe le battant.
Il est question de la remplacer par une autre de fabrication moderne et qui,
sans être plus grosse, aurait le son plus grave, grâce à
la forme perfectionnée apportée aujourd’hui à la fabrication.»
Les rues d’Étampes
et ses monuments,
Étampes, Brière, 1881, pp. 278-279
|
(3) V. la note 1 bis. [Il faut lire sans doute 1 ter. Voici cette note
bibliographique 1 ter (p.374):] 1 ter. Arrest de la cour des aydes
pour les priviléges des officiers domestiques et commensaux de la
maison de la royne pour le trafic de la marchandise, rendu au profit de P.
Bredet contre les habitans d’Estampes. — Paris, 1624, petit in-8. Vendu à
la vente Labbe par M. Claudin, en 1874.
(4) V. précédemment.
[Voyez notre Annexe 7.] [Voyez aussi
la note bibliographique n°145 de Marquis (p.392) qui suit:] 145.
Le Chien pêcheur ou le Barbet des Cordeliers d’Étampes, poème
héroï-comique... suivi de trois hymnes sur SS. Can, Cantien et
Cantienne, par Claude-Charles Hémard de Danjouan, précédé
d’une notice biographique sur l’auteur par Paul Pinson. — Paris, Wilhem,
1875, pet. in-4 de 72 p.
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ANNEXE 9
Notes
de Léon Marquis sur l’argenterie de Notre-Dame au XVIIIe siècle
Les rues d’Étampes, 1881
«En janvier 1760, le roi ayant jugé
propos d’envoyer sa vaisselle d’argent à la Monnaie de Paris pour
subvenir aux besoins de l’État, les seigneurs de la cour et plusieurs
églises et communautés religieuses imitèrent son exemple.
A cette occasion, la paroisse Notre-Dame envoya 19 marcs 4 onces d’argenterie,
et la congrégation de Notre-Dame 57 marcs 4 onces 2 gros [en note:
Mercure de France de 1760].
Le 9 août 1792,
il y eut un autre envoi à la Monnaie par les membres du directoire
du district, composé de Charpentier, président, Héret,
Venard et Crosnier. L’argenterie provenant des églises et des couvents
fut pesée par Hugo, orfèvre, après qu’il en eut séparé
le bois, le fer, le verre et les pierres fausses, savoir:
Chapitre Notre-Dame: un bâton cantoral, dont
la tête pesait 4 marcs 6 onces, et le manche 5 marcs 1 onces 4 gros. [...]».
Les rues d’Étampes
et ses monuments,
Étampes, Brière, 1881, pp. 32-33
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«Le
25 novembre 1792 fut envoyée à la Monnaie de Paris, par les
administrateurs et procureur du district d’Étampes, l’argenterie provenant
des églises et des couvents.
Nous trouvons que cet envoi pour l’église
Notre-Dame seulement comprenait: un encensoir, deux navettes avec deux cuillères
attachées par une petite chaîne, 12 marcs 2 onces 6 gros; une
Vierge d’argent, 7 marcs 6 onces 5 gros; deux burettes d’argent et leur plat,
4 marcs 1 once 5 gros; une lampe d’argent, 7 marc 7 onces 2 gros; trois tasses,
4 marcs 3 onces 3 gros; une jambe, 5 marcs 3 onces 7 gros; une croix de vermeil,
1 marc 3 onces ½ gros; plusieurs feuilles d’argent, vis, écrous,
goupilles couvrant et servant à une châsse en bois, 34 marcs
4 onces 3 gros ½; une croix d’autel, déduction faite d’une once
pour un morceau de fer greffé dans une bosse de la croix, 6 marcs 5
onces 2 gros; la garniture de deux bras de saints, 4 marcs 3 onces 4 gros
½; une croix de procession, 11 marcs 2 gros ½.».
Les rues d’Étampes
et ses monuments,
Étampes, Brière, 1881, pp. 272-273
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Source: Basile Fleureau, Les Antiquitez de
la ville et du Duché d’Estampes, pp. 363-367. Saisie:
Bernard Gineste, 2007.
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