Les Antiquitez de la Ville
et du Duché d’Estampes
Paris, Coignard, 1683
Deuxième Partie, Chapitre
VIII, pp. 354-363.
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Des Reliques des Saints Martyrs Can, Cantien
& Cantienne Freres & Sœur, communement appellez les Corps Saints.
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DEUXIÈME PARTIE,
CHAPITRE VIII.
Des Reliques
des Saints Martyrs Can, Cantien & Cantienne
Freres & Sœur, communement appellez les Corps Saints.
NOs Roys ont toûjours eu beaucoup de veneration pour les Reliques
des Saints, & même lors qu’ils alloient à la guerre, ils
en faisoient porter avec eux & les faisoient placer sous une petite
tente au milieu de leur Camp, sur l’Autel qui servoit aussi à celebrer
la sainte Messe, esperant d’éviter par l’intercession de ces Saints
tous les perils où ils s’exposoient: & d’obtenir par leur moien
tous les avantages qu’ils pouvoient desirer. L’Histoire nous apprend à
ce propos de Chilperic II. du nom [sic],
que le partage des Etats de Charibert, Roy de Paris, mort sans enfans mâles,
ayant esté fait entre luy & ses deux freres, Gontran Roy d’Orleans,
& Sigibert Roy de Metz; à condition que la ville de Paris demeureroit
commune aux trois freres, avec malediction sur celuy qui entreprendroit
d’y entrer sans le consentement des deux autres. Ce Roy s’ingera d’y entrer
de son auctorité, & pour divertir de dessus sa tête l’imprecation
que tous trois avoient fulminée contre celuy qui oseroit l’entreprendre,
il fit porter & marcher devant luy des Reliques des Saints. Et nos
Monarques avoient aussi la coûtume de donner aux Eglises celles,
dont on leur avoit fait present, [p.355] &
des ornemens; comme fit Charlemagne l’an 804. à l’Eglise de Sens.
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Chilpericus
Rex pridiè quàm Pascha celebraretur, Parisius abiit: &
ut maledicto, quod in pactione sua [p.355]
& fratrum suorum conscriptum erat, ut
nullus eorum Parisius si e alterius voluntate ingrediretur, carere posset,
reliquiis sanctorum præcedentibus, urbem ingressus est. Greg. Turon.
lib. 6 cap. 17.
[dont traduction en Annexe 1].
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L’Eglise de Nôtre-Dame d’Estampes a esté enrichie des sacrées
Reliques des Saints Martyrs, Can Cantien, & Cantienne, par le Roy Robert,
son Fondateur. Les Breviaires de Sens & de Paris le publient dans les
leçons du jour de leur Fête. Ils étoient Romains, sortis
de la tres-noble famille des Aniciens, de laquelle saint Hierôme,
écrivant à Demetriade*, dit qu’il
n’y en a eu aucun ou peu, qui n’ait merité la dignité Consulaire.
Et le Cardinal Baronius, en ses remarques sur le Martyrologe Romain**, dit que cette famille a esté illustrée
de Consuls & d’Empereurs, & annoblie de Confesseurs & de Martyrs,
& que le tres-celebre Consul & Confesseur, illustre en doctrine
& en pieté, Anice Manlius Severin Boëce, en est sorty. L’éducation
de leur jeunesse fut commise à Prothus, personnage d’une vertu
singuliere, il les éleva en la crainte de Dieu, & leur inspira
avec les premiers Rudimens de la Foy chrétienne, l’amour du Martyre.
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* Hieron. Epist. 8.
** 31 Maii.
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Neanmoins, comme il sçavoit bien que Jesus-Christ a enseigné
dans son Evangile à ses Disciples, qu’ils pouvoient quitter une
ville, où ils seroient persecutez, pour aller vivre en paix en une
autre*; ils sortirent de la ville de Rome, pour éviter la
cruauté de Diocletien & de Maximien, qui à leur avenement
à l’Empire avoient ordonné que personne ne pût ny vendre
ny acheter, ny même puiser de l’eau à la riviere, ou aux fontaines,
qu’il n’eût auparavant offert de l’encens à de petites Idoles,
qu’ils avoient fait poser en tous les endroits de la ville, jusques sur
le bord des rivieres, & des fontaines: & se retirerent en la ville
d’Aquilée. Cette ville autrefois grande, & puissante est maintenant
toute deserte, n’y ayant plus rien de tout ce que les Auteurs Grecs &
Latins ont tant loué, que la riviere de Timavo, ou Larechia (Timavus)
qui coule entre cette ville & Thrieste, autrefois une des villes principales
des Istriens. Cette riviere qui a sept sources, se jette dans la Mer Adriatique
par une seule emboûchure, & n’a en tout que mille pas de longueur.
Ces jeunes Seigneurs, avant que de partir
de Rome, vendirent tous les grands biens qu’ils y avoient, & en distribuerent
le prix aux pauvres. Mais comme la chandelle allumée ne peut demeurer
longtemps enfermée sous un boisseau, sans se faire paroître
en jettant les rayons au dehors: ainsi la vertu de ces Saints, & la
Religion Chrétienne qu’ils professoient ne tarderent pas à
les [p.356] faire connoître.
On les accusa devant le President Dulcidius, fidelle Ministre de la barbare
cruauté des Empereurs. Ce President les fit aussi-tôt saisir,
& enfermer dans une étroite prison; non pour autre cause que
parce qu’ils êtoient Chrétiens. II s’efforça de leur
persuader par de belles parolles de renoncer à la Foy de Jesus-Christ,
& d’adorer les Dieux qu’il nommait Tutelaires de l’Empire Romain: il les
assura que c’étoit le moyen le plus efficace, & le plus assuré
pour acquerir les bonnes graces des Empereurs qui ne manqueroient pas de
les combler d’honneur, & de les élever à des dignitez proportionnées
à leur haute naissance.
Tous ces beaux discours, ny ces grandes
promesses ne purent fléchir leurs courages invincibles parce qu’ils
ne craignaient rien au monde que de déplaire à Dieu. Ils
répondirent courageusement au Prefet, qu’aprés s’étre
dépoüillez de leurs biens pour l’amour de Jesus-Christ, ils
étoient aussi prests de luy faire un sacrifice de leur propre vie.
Ce Prefet ne pressa rien. Il ordonna au commencement qu’ils seroient tenus
sous bonne & seure garde, pendant qu’il donneroit avis à l’Empereur
Maximien de ce qui se passoit, & qu’il en recevroit quelque réponse.
Car êtant Gentils-hommes Romains des plus illustres; même selon
quelques Auteurs, issûs de l’Empereur Marc Aurele Carus, il ne pouvoit
faire leur procés ny prononcer de Sentence contre eux, qu’aprés
en avoir reçû un exprés commandement de l’Empereur.
Maximien répondit au Prefet qu’il fit
[sic] decapiter ceux qu’il tenoit prisonniers, s’ils refusoient
de sacrifier aux Dieux, qui étoient adorez dans toute 1’étenduë
de son Empire. Cette réponse ayant esté sçeu dans la
prison, ou [sic] étoient
les Saints Confesseurs de Jesus-Christ, ils voulurent encore pratiquer le
même conseil Evangelique, qu’ils avoient suivy en se retirant de
Rome. Ils s’évaderent en effet: & comme ils étoient déja
sortis de la ville d’Aquilée, Dieu qui les avoit favorisé
à leur sortie de la ville de Rome, leur fit evidemment connoître
que l’heure était venuë en laquelle ils devoient le glorifier
pour l’effusion de leur sang: car l’un des chevaux qui traînait leur
coche s’abbatit, de sorte qu’avant qu’il fut relevé, les Satellites
du Comte Sisinius, qui les poursuivoient les joignirent, & les arrêterent.
Ils leur presenterent une petite Idole de Jupiter pour l’adorer, ce qu’ils
refuserent constamment de faire, à ce refus ils executerent sur
eux la Sentence de mort que le President avoit prononcée suivant
le mandement de l’Empereur, [p.357] en
leur tranchant la teste au lieu appellé, Aquæ gradatæ:
Ce lieu était autrefois desert & aujourd’huy il y a un petit
village à trois mille pas de la ville d’Aquilée, proche de
la mer, nommé San Cantiano.
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* Matth. 10. vers. 23.
Kranj (Slovénie), vers 1520
Prière à une idole, considérée
comme un démon
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La mort de ces Saints ne fut pas sans miracles, car les veines coupées
de leur col au lieu de sang verserent du lait en abondance; & quelques
jours aprés leur martyre, un bon Prêtre nommé Zoilus
prit soin d’ensevelir leurs corps. L’Histoire de ces Saints est décrite
par Pierre de Natalibus en son Catalogue des Saints, livre 5. chap.70.
& par Philippe Ferrarius en son Catalogue des Saints d’Italie: &
tous les Martyrologes d’Usuard, d’Adon, le Romain, & celuy de France,
mis depuis peu en lumiere par Monsieur de Saussay, Evêque de Toul,
en font une honnorable mention au dernier jour de May: comme aussi le Cardinal
Baronius en ses remarques sur le Martyrologe Romain, & en ses Annales.
Il y a de la contestation pour la possession
des sacrez Ossemens de nos Saints Martyrs entre les Eglises de Milan ,
& d’Aquilée: parce que chacune semble s’attribuër les corps
entiers. Ferrarius au lieu cy-devant allegué, croit que l’Eglise
de Milan possede seulement quelque insigne partie de ces sacrées
dépoüilles, que l’on appelle par une figure, dite Sinecdoche,
corps entiers: & sa pensée n’est pas à rejetter; dautant
qu’il est necessaire d’accorder de la sorte plusieurs semblables differends,
qui se rencontrent en de pareils sujets entre diverses Eglises. Il est vray
que l’Eglise de Milan a une particuliere veneration pour ces Saints Martyrs:
& qu’elle en celebre la feste le 14. jour de May: ce jour n’étant
pas celuy de leur Martyre, il y a grande probabilité que c’est celuy
auquel on apporta à Milan quelques parties de leurs Reliques. Ce
qui fut peut-étre au temps que le grand saint Ambroise en étoit
Archevêque, & ce qui luy donna sujet de faire un Sermon leur loüange,
que l’on voit entre ses œuvres. Ces sacrés Reliques ont reposé
en un vase de Porphire dans l’Eglise de saint Denis Confesseur, & Archevêque
de Milan, située hors de la Porte Orientale de la même ville,
jusques à ce que cette Eglise étant devenuë caduque &
quasi toute ruinée, Antoine de Leve Gouverneur de l’état de
Milan pour l’Empereur Charles V. se resolut de la faire entierement détruire.
Pour cet effet l’on enleva, au mois de Fevrier 1528. tous les Corps Saints
qui y reposoient & on les transporta dans l’Eglise Metropolitaine; entre
autres ceux des Martyrs Saints Can, Cantien, & Cantienne qui étoient [p.358] gardez, comme j’ay dit, dans
un vase de Porphire en forme d’ovale, lequel fut destiné à
servir de baptistaire dans la méme Eglise, comme l’a remarqué
Jean Baptiste Ville, livre 7. des Eglises de Milan. Ils reposent aujourdhuy
dans cette auguste Metropolitaine, l’une des merveilles d’Italie, dans
un lieu que les Italiens appellent Scurollo, qui est une Chapelle sous
terre au dessous du Maître Autel; & on voit à leur sepulchre
l’inscription suivante gravée sur un marbre.
Corpora
sanctorum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ fratrum, & Maximi
Martyrum, Monæ, Dionisii, & Galbini [Lisez: Galdini] Archiepiscoporum Mediolani, Confessorum. Aurelii Episcopi
Redicianensis, Confessoris. Cineres aliquot sanctæ Pelagiæ
Virginis, & Martyris, os unum sancti Iuliani Episcopi Cenomanorum Confessoris.
Primum inspecta, & recognita Carolus S. R. E. Præsbyter Card.
Tit. sanctæ Praxedis, Archiepiscopus Mediolanensis reposuit. Kal.
Februarii MDLXXIIX.
Le même
Antoine de Leve fist rebâtir l’Eglise de saint Denis au lieu où
elle étoit, mais plus petite & plus belle qu’auparavant. Lors
qu’il entra en Provence avec l’Empereur Charles V. il predit qu’il mourroit
en France, & dit avec une vanité Espagnole qu’il vouloit estre
enterré à saint Denis, entendant saint Denis en France.
Sa prediction fut accomplie, mais en un sens un peu different; car il mourut
en Provence, & son corps fut remporté en Italie, & inhumé
dans cette Eglise de saint Denis qu’il avoit fait rebâtir. |
Étampes, fin XVIIe siècle
Consécration de l’église Saint-Cantien de Padoue (1762)
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Revenons à nôtre ville d’Estampes où l’Eglise de Nôtre
Dame se glorifie au méme sens, & à même titre
que la metropolitaine de Milan, de posseder les corps de ces Saints Martyrs;
l’une & l’autre en possedent des parties considerables. On ne sçait
pas au vray, d’où le Roy Robert les a euës ny en quel temps
elles y ont été apportées; mais il y a bien de l’apparence
qu’elles luy furent données au voyage qu’il fit à Rome peu
aprés l’an 1000. dont le Pape Benoît VII. selon d’autres VIII.
du nom, fait mention dans une de ses Lettres , addressée aux Evéques
de Bourgogne & d’Aquitaine, rapportée au 4. Tome de l’Histoire
de Duchesne, page 170.
Je trouve qu’il y a eu deux Translations des
saintes Reliques de ces glorieux Martyrs à Estampes. La premiere,
le quatriéme jour [p.359] d’Aoust
de l’an 1249. Le Pape Innocent IV. seant à Rome, sous le regne du
Roy saint Louis, par Gilon, ou Gilles Archevéque de Sens de l’illustre
maison des Cornu, Seigneurs de Villeneuve prés de Montereau-sur-Yone
qui avoit eu l’honneur d’être consacré à Lion des propres
mains du méme Pontife Romain, l’an 1244. Il y en a qui confondent
ce Gilon avec son Neveu qui portoit même nom, & luy attribuent
ce qui ne convient qu’à ce dernier, qu’il eust un procés avec
l’Archevéque de Rheims pour avoir Couronné en la Chapelle
du Roy à Paris, la Reine Marie, seconde femme du Roy Philippe le
Hardy.
La tradition porte que ce Prelat emporta
la machoire de sainte Cantienne pour en enrichir son Eglise Metropolitaine
de Sens, où elle est conservée dans une Chasse, élevée
derriere le grand Autel. Il est probable que c’est luy qui ordonna ensuite,
qu’à l’avenir on celebreroit la fête de ces saints Martyrs
par toute sa Province Senonoise, & qu’il fit cette Ordonnance dans un
Concile Provincial, autrement ses Suffragans ne se seroient pas soûmis
à faire celebrer cette Feste dans leurs Dioceses. Il y en a qui ont
écrit que Gilon ayant douté de la verité des saintes
Reliques, perdit la veuë, & qu’aussi-tôt qu’il eut eu recours
à l’intercession des mêmes Saints, il la recouvra. Il est vray
qu’il faut qu’une raison tres-puissante ait excité ce Prelat à
faire celebrer la feste de ces saints Martyrs dans toute sa Province: &
qu’un semblable miracle pourroit bien l’y avoir porté. Ceux qui disent
que ce fut en cette translation, que la Chasse fut couverte de lames d’argent
doré, n’ont pas pris-garde aux armes qui sont au dessus, qui font voir
que cet ouvrage est plus recent, & j’ay leu dans de vieux comptes de
la Fabrique, que les images de la Vierge, & de l’Ange, avec ceux des quatre
Patrons qui sont aux quatre coins, y ont été ajoûtez en
1511. & qu’elle a été dorée en 1515. & que le
dessous a été revêtu d’argent environ l’an 1524.
Quant à la seconde translation: Le
temps qui consume toutes choses, ayant corrompu le coffre de bois qui soûtenoit
l’argenterie, que l’on vouloit aussi enrichir , & redorer; on obtint
commission de Jean David du Perron, Archevéque de Sens, en datte
du premier jour de Juillet 1620. par laquelle il commit Guy de Verambrois [sic] Prêtre, Doyen rural au
détroit d’Estampes, & Curé de l’Eglise Paroissiale de
saint Martin les vieilles Estampes, pour faire l’ouverture de la Chasse.
Tous ceux d’Estampes souhaitoient avec beaucoup d’ardeur cette ouverture,
pour avoir la consolation [p. 360] de
reverer à découvert les sacrez ossemens de leurs saints
Patrons. Le treiziéme jour du méme mois de Juillet fut choisi
pour faire cette ceremonie, à laquelle on se disposa par une Procession
des plus solemnelles. Le Clergé de la ville, & des fauxbourgs,
seculier, & regulier, tous les Officiers de la Justice, & le Corps
de la Ville suivis de tous les habitans, & de plusieurs personnes des
lieux circonvoisins y assisterent. La Messe fut solemnellement chantée
à l’Autel des saints Martyrs, qui est le principal du Chœur, pour
obtenir l’assistance divine, en une action si importante.
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Robert le Pieux (camée des années 1630)
* De Cornu, d’argent
à la bande de gueules.
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Aprés la Messe, pour proceder à cette ouverture, le sieur
de Verambois [sic], delegué,
comme j’ay dit, assisté de Nicolas Tirouin Prêtre, Chanoine
des Eglises d’Estampes, Curé de l’Eglise Paroissiale de saint Basile,
& Notaire Apostolique, & de Claude Hamois, Greffier du Chapitre,
monta au lieu où de tout temps les saintes Reliques reposent. Là
en la presence de Guillaume Chassecueillier Chantre, des Chanoines, Chapelains
& autres Beneficiers de la même Eglise, des Curez des Paroisses
de la ville, & des fauxbourgs, des Superieurs des maisons Religieuses,
des Officiers de la Justice, des Maires, & Echevins de la ville, &
d’une multitude presque infinie, tant des Paroissiens qui y avoient été
appellez, que des autres habitans, & des personnes des lieux circonvoisins.
On fit premierement la benediction des taffetas de couleur incarnate, &
blanche & du coffre de bois de chesne destinez à recevoir les
saintes Reliques: puis on fit arracher par un Serrurier quatre barres de
fer, & plusieurs crampons qui servoient à tenir fermée la
petite fenêtre de la Chasse: qui ayant été ainsi ouverte,
l’on en tira un paquet de linge blanc, qui couvroit un envelope de drap de
soye, sur laquelle étoient representées des tours, qui font
les armes de la Ville. Cette enveloppe servoit à couvrir un sac de
cuir blanc, dans lequel étoient enfermez plusieurs vieux linges, marquez
de rouge, comme de sang en plusieurs endroits, & des os reduits en poudre
avec quelques esquilles en leur entier.
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Dans un autre paquet, couvert d’un pareil linge blanc, il y avoit aussi
une autre enveloppe de soye, marquée des mêmes armes de la
ville, & au dedans un sac de cuir blanc, dans lequel étoient
deux petits morceaux de parchemin écrits en lettres antiques sur
l’un desquels étoient ces mots, Hic continentur reliqui SS. Cantii,
Cantiani & Cantianillæ. Pulvis scilicet, de carne, & oßibus
eorum, & sur l’autre, Hic habentur reliquiæ
SS. Cantii, Cantiani, & Cantianillæ pulvis, & [p.361] quelques autres mots que
l’on ne peut lire à cause de l’antiquité. Et encore un autre
parchemin, avec ces mots écrits dessus. Reliquia de ossibus
Beatissimorum Dei Martyrum Cantii, Cantiani, Cantianillæ fratrum,
amen: Et de plus, deux grands os, & plusieurs autres de moindre
grandeur, & de plusieurs parties du corps comme de mâchoires,
crasnes, & autres. Il y avoit aussi dans le méme paquet une
bourse de soye de diverses couleurs effacées, & liée
de plusieurs liens, au bout desquels étoient des boutons. Dans cette
bourse il y avoit trois morceaux de fer, semblables à des pointes
de lances ou de javelots, & un petit flacon d’étain portant dessus
une image du Crucifix gravée: L’on y trouva dedans du sang congelé.
Il y avoit aussi dans la méme bourse un parchemin sur lequel étoient
écrits ces mots en pareilles lettres antiques. Ossa sanctorum
Cantii, & Cantiani.
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Dont traduction en Annexe 3
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Dans un troisiéme paquet de pareils linges, couverture, & envelope
que les deux precedents, étoient seulement plusieurs morceaux d’étoffes
de soye de diverses couleurs dont l’un étoit en façon de
juppe.
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Il y avoit avec tous ces paquets un parchemin écrit en lettres
antiques auquel pendoit un sceau de cire blanche. Ce sceau étoit
marqué d’un côté de la figure d’une [sic] Archevêque,
tenant une crosse à la main, avec ces mots, Gilo Archiepiscopus
Senonensis. & de l’autre côte
[sic] étoit representé le Martyre de saint
Estienne. L’on fit la lecture à haute voix de cette lettre que
l’on a renfermée dans la Chasse, sans en avoir inseré la
copie dans le procés verbal, & aprés cela l’on montra
au peuple diverses fois les saintes Reliques: & pour satisfaire à
la devotion qu’il témoignoit par ses cris souvent reïterez,
elles furent exposées publiquement le reste du Jour. (J’ay eu la
consolation en ma jeunesse de les voir & de les baiser.) Ensuite en
presence des assistans, tant du Chapitre que des autres Corps, & des
personnes de la ville, elles furent envelopées de tafetas incarnat:
puis mises dans le coffre de bois fait de neuf qui avoit été
preparé pour cet effet. On le ferma de trois cadenats, dont les
clefs furent déposées l’une entre les mains du sieur Chassecuillier
Chantre; l’autre en celle des Marguilliers; & la troisiéme demeura
au sieur de Verambrois. Jusques icy est le contenu du procés verbal:
Et environ dix mois aprés l’on fit la Translation solemne de ces
saintes Reliques, & elles furent remises dans la Chasse, qui avoit été
refaite, & enrichie, par Henry Clausse, Evéque d’Aure, &
Coadjuteur de Châlons, qui en dressa le procés verbal suivant. [p.362]
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Anno Domini millesimo sexcentesimo vigesimo primo, pridiè
idus Aprilis, feria Paschali secunda, Sedente Gregorio decimo quinto summo
Pontifice, Ioanne David Archiepiscopo Senonensi, Ludovico decimo tertio
Rege Francorum, & Navarræ, Nos Henricus Clausse Episcopus Aurensis,
nec non Coadjutor Cathalaunensis successorque designatus. Indicimus, attestamurque,
data facultate ab eodem Reverendo Senonensi Archiepiscopo, per antiquas [sic], & reverendas Divorum Martyrum
Cantii, Cantiani, & Cantianillæ reliquias in feretrum cujus
longa vetustate aureus fulgor obsoleverat, magnis sumptibus nitori suo
redditum, incoctum, & plurimis laminis argenteis auctum, & in
capsam recentem, quod altera carie penè exesa deperiret, assuetis
ritibus, ac celebritate, priùs habita ad frequentem populum concione
à fratre Gabriele Sanlaudensi, Prædicatore Capucino, nostra
manu, magna spectante frequentia, repositas in æde Beatæ Mariæ
ubi piè coli atque asservari solent. Postero autem die in statu,
& solemni supplicatione, promulgatis 40. dierum indulgentiis, quas
idem Dominus Archiepiscopus conceßit, & æternam vim habere
jußit, magno apparatu circumlatas per urbem easdem sanctas prosequuti
sumus reliquias, ingenti civium stampensium, & populi undique ad celebritatem
affluentis multitudine. Quibus omnibus, ut fides major sit, ad perpetuam
rei memoriam, hisce litteris propria subscripsimus, præsentibus
viris insignibus, tùm clericis quàm sæcularibus,
Reverendo Patre ac Domino, Andreæ de Berzeau, Abbate Mauriniacensi,
ac in supremo Senatu Conciliario, Ven. Viris Magistris Guillelmo Chassecueillier
Cantore, & Canonico, Andreæ Gilles, Ludovico Bastard, Nicolao
Tirouyn, Ægidio Barrault prædictæ Ecclesiæ Canonicis.
Stephano Beauvoix, Capicerio, multisque aliis ejusdem Ecclesiæ capellanis.
R. P. Fratribus, Ioanne Pave, Doctore Theologo, Franciscano, Raphaele Rothomagensi
Guardiano Capucinorum Stampensium, Nobilibus, & præclaris viris,
lacobo Petau Stampanæ Provinciæ Præside, Nicolao Cousté
propræside, Guidone David Assessore. Michaele Egal Prætore,
Claudio Prevost proprætore: Simone Chauvin, & Isaaco Blanchard
Advocato, & Procuratore Regiis. Petro le Gendre Majore, Petro de Lambon,
Isaaco Guisenet, Ioanne Aleaume, & Michaele Gillet Scabinis. Petro
Baron Doctore Medico, Ioanne Albert juris utriusque Licentiato, Collegii
Stampani moderatore: Clemente Poisson electo regio, Iacobo Guisenet, Claudio
Guectard, Renato le Sueur, Natale Maugin, & Stephano Rivet dictæ
Ecclesiæ Beatæ Mariæ Ædituis, permultisque aliis
ad rem admißis testibus. Datum Stampis in dicta Ecclesia Beatæ
Mariæ sub sigillis nostro, & capituli, anno, & [p.363] die supradictis.
Signatum Henricus Episcopus Aurensis, nec non Coadjutor Ecclesiæ Cathalaunensis.
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12.
Avril 1621.
Dont traduction en Annexe 5.
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NOTES
L’Histoire nous apprend à ce propos de Chilperic II. du nom. Fleureau a scruté
attentivement l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours
où il a trouvé deux références à Étampes,
et notamment dans un pacte entre Gontran et Chilpéric qu’il a cité
tout au long au chapitre de la première partie. Il s’est intéressé notamment aux différents
partages du royaume pour essayer de déterminer à qui avait
appartenu le pays d’Étampes. Ceci dit, il se trompe ici sur le numéro
de ce roi et confond Chilpéric Ier (539-584) avec son lointain successeur Chilpéric II (670-721).
Des Saints Martyrs, Can Cantien,
& Cantienne. Sur l’historicité
de ces personnages, voyez l’étude de Paul Allard que nous donnons
en Annexe 6. Il est à noter que des
fouilles archéologiques récentes à San Canzian d’Isonzo
ont dégagé les reste d’une basilique paléo-chrétienne
du IVe siècle, avec notamment une pierre gravée (ci-contre):
+ BEATISSIMO MART. PROTO, c’est-à-dire «+ Au très
saint martyr Protus». Ces restes peuvent désormais se visiter
à l’Antiquarium Cantianense de San Canzian
d’Isonzo.
Les Breviaires de Sens & de
Paris. On trouvera dans notre bibliographie ci-dessous quelques éditions
de ces bréviaires. On serait reconnaissant à toute personne
en ayant à sa disposition de saisir les textes des ces bréviaires
concernant nos martyrs, et de nous les communiquer.
Saint Hierôme... Hieron.
Epist. 8.. La vierge Démédriade,
à qui saint Jérôme écrit sa lettre n°8,
était de cette famille. Elle était la fille d’Anicius Hermogénianus Olibrius, consul en 395, lui-même
fils de Sextus Anicius Petronius Probus, consul en
371, frère d’Anicius Probinus, aussi consul
en 395, et d’ Anicius Probus, consul en 405.
Anice
Manlius Severin Boëce. Boèce fut trois fois
consulat sous le roi ostrogoth Théodoric (487, 510 et 511), puis
disgracié et exécuté en 525. Ce fut l’écrivain
et le philosophe le plus distingué de son temps. Il a composé
des traités de théologie, de philosophie, et de mathématiques
qui ont connu une grande vogue pendant tout le Moyen Age.
comme la chandelle allumée... sous un
boisseau... Réminiscence de la fameuse
parabole évangélique, empruntée au texte des Actes
de nos martyrs: Vous êtes la lumière du monde: une ville,
située au sommet d’une montagne, ne peut être cachée.
Et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur
le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.
Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes, afin que, voyant
vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux
(Évangile de Matthieu V, 14-16)
Aquæ
gradatæ... aujourd’huy... nommé San Cantiano.
Le nom de ce lieu est aujourd’hui San Canzian d’Isonzo.
Le professeur Danilo Mazzoleni a fait état en 2003 de découvertes
archéologiques intéressantes sur le lieu où furent
enterrés les martyrs des saints Can, Cantien, Cantienne et Protus.
Voyez notre bibliographie.
Les veines
coupées de leur col au lieu de sang verserent du lait en abondance.
On remarquera la complaisance avec laquelle Fleureau rapporte ce miracle, sans paraître y voir de contradiction
avec les trouvailles rapportées ensuite lors de l’examen du reliquaire
de 1621, où l’on trouve, selon son propre rapport, d’une part, plusieurs
vieux linges, marquez de rouge, comme de sang en plusieurs endroits,
et par ailleurs, du sang congelé.
Pierre
de Natalibus en son Catalogue des Saints. Pietro de Natali fut
évêque de Jesolo et d’Equilium à la fin du XIVe siècle.
Son célèbre Catalogus Sanctorum a été
plusieurs fois réédité de 1493 à 1542. Voyez
notre bibliographie. Nous donnons en Annexe 4 le texte et la traduction en français
de son récit.
Philippe Ferrarius en son Catalogue des Saints d’Italie. Filippo
Ferrario avait publié en 1626 à Milan un Catalogus Sanctorum Italiae de plus de 800 pages, «Catalogue des saints d’Italie, répartis
sur les douze mois de l’année, dans lequel sont rédigées
leurs vies à partir des résumés qu’on trouve dans
les ouvrages sur les églises qui leurs sont consacrées, avec
des notes.. par le frère Filippo Ferrario de l’ordre des Serviteurs
de Notre-Dame. Avec un double index alphabétique, l’un des noms
des saints où l’on indique où reposent leurs corps, et l’autre
des lieux, où l’on indique les saints qui y reposent». Voyez notre bibliographie.
Les Martyrologes d’Usuard, d’Adon.
Fleureau ne connaît probablement que de seconde main ces deux martyrologes
carolingiens (tous deux antérieurs à 875). Le martyrologe carolingien d’Usuard (qui est un remaniement de
celui d’Adon de Vienne) n’a été édité qu’en
1718 par Dom Bouillant. Quant à celui d’Adon il ne l’a été qu’en 1745, à Rome, par D. Giorgi. Voyez notre bibliographie.
Le Romain Le Martyrologe romain
a connu sa première édition en 1583, mais c’est seulement
l’édition romaine de 1584 qui fut approuvée et imposée
à toute l’Église par Grégoire XIII. Le cardinal Baronius en donna une nouvelle édition corrigée
et annotée en 1586, avec des Notationes et une Tractatio
de Martyrologio Romano. L’édition d’Anvers de 1589 porte de nouvelles
corrections de Baronius. Une nouvelle édition du texte et des notes
eut lieu sous Urbain VIII et fut publiée en 1630. C’est sans doute
celle dont disposait Dom Fleureau dans les années 1667-1668 où
il rédige son ouvrage.
Celuy de France,
mis depuis peu en lumiere par Monsieur de Saussay. André du Saussay, évêque de Toul, avait publié
en 1636 à Paris chez Cramoisy un Martyrologium gallicanum,
en deux volumes in-folio, «Martyrologe français, dans lequel sont indiqués
les anniversaires authentiques de plus de huit mille saints et bienheureux
ou pieuses personnes illustres en France du fait de leur naissance, de
leur vie, de leurs actions ou de leur doctrine, et où sont rédigés
les éloges qui leur sont dus, par les soins d’André Du Saussay».
Le Cardinal Baronius,
en ses remarques sur le Martyrologe Romain. Voir
l’avant-dernière note sur le Martyrologe romain.
Ses Annales. Le cardinal Baronius (1538-1607) a
fait paraître les douze tomes de ses Annales ecclésiastiques
à Rome de 1593 à 1607. Elles ont été aussi
éditées à Anvers de 1597 à
1612 et à Cologne de 1609 à 1613. Elles ont connu plusieurs
abréviations, continuations et traductions jusqu’en 1756. Voyez notre bibliographie.
Guy de
Verambrois. Fleureau écrit plus loin Verambois. La première
orthographe paraît la bonne: elle est reprise en troisième
lieu dans le texte latin et aussi par Henschen dans les Acta Sanctorum.
Nicolas Tirouin.... Ludovico
Bastard, Nicolao Tirouyn... Ces deux chanoines, Nicolas Thirouin et Louis
Bastard, avaient composé une dizaine d’années auparavant,
en collaboration avec un moine de Morigny, Thomas Hardi, un ouvrage en prose
et en vers sur les saints Martyrs d’Aquilée, publié à
Paris en 1610 par Martin Vérac, sous
le titre: La vie, martyre, translation et miracles des martyrs St
Can, Cantian et Cantianne, leur sœur, les corps desquels reposent en l’Eglise
collegiale d’Estampes, par H. B. T. Estampois. Il est curieux que Fleureau
ne cite pas cet ouvrage, dont il a très probablement eu connaissance.
Bernard Gineste, juillet
2007
Toute critique ou contribution
sera la bienvenue. Any criticism or contribution
welcome.
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ANNEXE
1
Texte de Grégoire
de Tours sur l’usage des reliques à l’époque mérovingienne
Texte latin donné par
Fleureau (1683)
|
Traduction proposée
par B. G. (2007)
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Chilpericus
Rex pridiè quàm Pascha celebraretur, Parisius abiit: &
ut maledicto, quod in pactione sua [p.355]
& fratrum suorum conscriptum erat, ut nullus eorum Parisius
sine alterius voluntate ingrediretur, carere posset, reliquiis sanctorum
præcedentibus, urbem ingressus est.
Greg. Turon. lib. 6 cap. 17.
|
Le roi Chilpéric, la veille de
la célébration de pâques partit à Paris. Et afin
de pouvoir échapper à la malédiction qui avait été
portéedans le pacte qu’il avait rédigé avec ses frères
en sorte qu’aucun d’entre eux n’entre dans Paris sans l’accord d’autrui,
pénétra dans la ville en se faisant précéder
de reliques.
Grégoire de Tours,
Histoire des Francs, livre 6, chapitre 17.
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ANNEXE
2
Inscription de l’église
métropolitaine de Milan (1578)
Texte donné par Fleureau (1683)
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Traduction proposée par B.G. (2007)
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Corpora sanctorum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ
fratrum, & Maximi Martyrum, Monæ, Dionisii, & Galbini [Lisez: Galdini] Archiepiscoporum Mediolani,
Confessorum. Aurelii Episcopi Redicianensis, Confessoris. Cineres aliquot
sanctæ Pelagiæ Virginis, & Martyris, os unum sancti Iuliani
Episcopi Cenomanorum Confessoris. Primum inspecta, & recognita Carolus
S. R. E. Præsbyter Card. Tit. sanctæ Praxedis, Archiepiscopus
Mediolanensis reposuit. Kal. Februarii MDLXXIIX.
|
Corps
des saints Can, Cantien et Cantienne frères et sœur, et de Maxime,
confesseurs; de Mona, Denis et Gaudin archevêques de Milan; du confesseur
Aurélius evêque de Rediciano (?); quantité
de cendres de sainte Pélagie vierge et martyre; un os de saint Julien,
évêque du Mans, confesseur. Après les avoir d’abord
inspectés et authentifiés, Charles, cardinal-prêtre
de la Sainte Église de Rome sous le titre de Sainte-Praxède, archevêque de Milan, les a remises en place le premier
février 1578.
|
Notes:
Saint Maxime martyr (Massimo): Il doit s’agit du saint
de ce nom martyrisé lors de la persécution de Dèce
en Asie mineur vers 250, fêté le 15 avril. — Saint Mona fut évêque de Milan au tournant
du IIIe et du IVe siècle. — Saint Denis (San Dionigi)
fut évêque de Milan de 349 à 355, date à laquelle
il fut déposé et remplacé par Auxence (Aussenzio),
évêque suspect de favoriser l’hérésie arienne
(355-374); il mourut en 360. — Archevêques
de Milan: en fait Milan n’a reçu le rang d’archevêché
que vers le milieu du VIIIe siècle. —
Saint Gaudin (Galdino della Sala), fut archevêque
de Milan de 1166 à 1176, et cardinal; c’est lui qui reconstruisit
Milan après sa destruction presque totale par les troupes de l’empereur
Frédéric Barberousse en 1162. —
Aurélius évêque de Rediciano (?):
je n’ai rien trouvé sur ce personnage. L’adjectif Redicianensis
paraît formé sur le toponyme Rediciano (bien
attesté par exemple pour le village de Redessan, à
11 km au de Nîmes, autrefois Redeciano, mais qui
n’a jamais été un évêché). — Sainte
Pélagie, martyre à Tarse en Cilicie au IVe siècle,
aurait été placée par l’empereur Dioclétien
dans un bœuf d’airain rougi au feu. — Ce saint
Julien aurait été le premier évêque du Mans,
vers 340.
(B.G., juillet 2007).
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Titres
des reliques trouvés en 1620
Textes donnés par Fleureau (1683)
|
Traduction proposée par B.G. (2007)
|
Dans un autre paquet, couvert d’un pareil linge blanc, il y avoit aussi
une autre enveloppe de soye, marquée des mêmes armes de la
ville, & au dedans un sac de cuir blanc, dans lequel étoient
deux petits morceaux de parchemin écrits en lettres antiques sur
l’un desquels étoient ces mots, Hic continentur reliqui SS. Cantii,
Cantiani & Cantianillæ. Pulvis scilicet, de carne, & oßibus
eorum, & sur l’autre, Hic habentur reliquiæ
SS. Cantii, Cantiani, & Cantianillæ pulvis, & [p.361] quelques autres mots que
l’on ne peut lire à cause de l’antiquité. Et encore un autre
parchemin, avec ces mots écrits dessus. Reliquia de ossibus Beatissimorum
Dei Martyrum Cantii, Cantiani, Cantianillæ fratrum, amen: Et
de plus, deux grands os, & plusieurs autres de moindre grandeur, &
de plusieurs parties du corps comme de mâchoires, crasnes, & autres. [...] Il y avoit aussi dans la méme
bourse un parchemin sur lequel étoient écrits ces mots en
pareilles lettres antiques. Ossa sanctorum Cantii, &
Cantiani. [...]
Il y avoit
avec tous ces paquets un parchemin écrit en lettres antiques auquel
pendoit un sceau de cire blanche. Ce sceau étoit marqué
d’un côté de la figure d’une [sic]
Archevêque, tenant une crosse à
la main, avec ces mots, Gilo Archiepiscopus Senonensis.
|
Dans un autre paquet, couvert d’un pareil linge blanc, il y avoit aussi
une autre enveloppe de soye, marquée des mêmes armes de la
ville, & au dedans un sac de cuir blanc, dans lequel étoient
deux petits morceaux de parchemin écrits en lettres antiques sur
l’un desquels étoient ces mots, Ici sont contenus les restes des
saints Can, Cantien et Cantienne, à savoir de la poussière
de leur chair, et de leurs os, & sur l’autre, Il y
a ici des restes des saints Can, Cantien et Cantienne, de la poussière,
& [p.361] quelques autres
mots que l’on ne peut lire à cause de l’antiquité. Et encore
un autre parchemin, avec ces mots écrits dessus. Restes des os
des très bienheureux martyrs de Dieu Can, Cantien et Cantienne, frères
et sœur, amen: Et de plus, deux grands os, & plusieurs autres de
moindre grandeur, & de plusieurs parties du corps comme de mâchoires,
crasnes, & autres. [...]
Il y avoit aussi dans la méme
bourse un parchemin sur lequel étoient écrits ces mots en pareilles
lettres antiques. Os des saints Cant et Cantien. [...]
Il y avoit
avec tous ces paquets un parchemin écrit en lettres antiques auquel
pendoit un sceau de cire blanche. Ce sceau étoit marqué d’un
côté de la figure d’une [sic]
Archevêque, tenant une crosse à
la main, avec ces mots, Gilles, archevêque de Sens.
|
|
ANNEXE
4
Récit
de Pierre de Natalibus
dans
son Catalogus Sanctorum
|
Deux édition anciennes
du Catalogus Sanctorum de Petrus de Natalibus cité
par Fleureau. A gauche, l’édition italienne de 1493 mise en ligne
par l’Université de Séville, à droite ci-dessus l’édition
lyonnaise de 1516 mise en ligne par la B.N.F sur son site Gallica.
|
Texte de l’édition de 1493
|
Traduction proposée par B.G. (2007)
|
LXX.
De sanctis cantio cantiano & cantianilla virginibus & martyribus.
|
70.
Saints Can, Cantien et Cantienne, vierges et martyrs.
|
Cantius cantianus & cantianilla germani martyres apud aquileiam
passi sunt sub diocletiano & maximanio imperatoribus agentibus dulcitio
preside & sisinnio comite. Hi de genere carini imperatoris nobilissimi
urbis rome civites persecutionem declinare cupientes facultatibus eorum
pauperibus erogatis ex urbe discesserunt: & aquileiam devenerunt: ubi
cuidam proto sacre scripture doctori illustrissimo adheserunt. Cum autem
christum per urbem aquileiam publice nunciarent: & comes ac preses illos
ut pote ex imperiali progenie detinere formidaret [sic]:
imperatoribus de predictorum christianorum adventu per litteras suggesserunt.
Quibus imperatores respondentes hanc dederunt auctoritatem: ut si sacrificare
nollent capite punirentur. Quod cum beati martyres audivissent una cum
+ proto pedagogo suo ascenso vehiculo urbem aquileiam egressi fugiebant:
non quam mortem recusarent sed ut aliis fidelibus prodesse possent. Quos
comes sisinnius & preses dulcitius cum spiculatoribus insequentes cum
alterum ex subjunctis animalibus eorum vehiculo corruisset: eos tandem in
loco qui dicitur ad aquas gradatas apprehenderunt: & hortabant eos ut
iovi thura offerent. Qui cum demoniis se nunquam sacrificaturos responderent:
Iubentibus comite ac preside in eodem loco capitali supplicia plexi sunt.
De quorum corporibus pro sanguine lac emanavit. Que a zenone presbytero
collecta cum aromatibus apud ipsam civitatem tumulata sunt pridie cal.
iunii.
|
Can, Cantien et Cantienne, frères et martyrs subirent le martyre
à Aquilée sous les empereurs Dioclétien et Maximien
par le fait du gouverneur Dulcitius et du comte Sisinius. Descendant de
l’empereur Carin, ces très nobles citoyens de la ville de Rome, désireux
d’échapper à la persécution, après avoir vendu
tous leurs biens en faveur des pauvres, ils quittèrent la ville et
gagnèrent Aquilée, où ils s’attachèrent aux
enseignements d’un certain Protus, très illustre professeur en Saintes
Écritures. Comme ils préchaient ouvertement le Christ à
travers la ville d’Aquilée, et comme le comte et le gouverneur craignaient
de les arrêter en raison de leur ascendance impériale, ils
firent savoir par lettre aux Empereurs l’arrivée de ces prédicateurs
chrétiens. Les empereurs leur répondirent en leur en donnant
l’autorisation. En l’apprenant, les bienheureux martyrs, avec leur maître
Protus montèrent sur une carriole et sortirent de la ville d’Aquilée.
Ils fuyaient, non parce qu’ils refusaient de mourir, mais pour pouvoir
se rendre utiles à d’autres fidèles. Le comte Sisinius et
le préfet Dulcitius les poursuivaient, accompagnés de leurs
sbires. Comme l’une des bêtes attelées à leur carriole
s’effondra, il finirent par les interpeller au lieu appelé Aux-Eaux-en-Escalier
[ad aquas gradatas, aujourd’hui
San Canzian d’Isonzo] et ils les exhortaient à faire brûler
de l’encens devant Jupiter. Comme ils répondaient qu’il n’offriraient
de sacrifices à des démons, sur ordre du comte et du préfet
on leur infligea au même lieu la peine de la décapitation.
De leurs corps il coula du lait au lieu de sang. Le prêtre Zénon
les recueillit et en les embaumant les ensevelit dans la même ville
la veille des calendes de juin [c’est-à-dire
le 31 mai].
|
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ANNEXE
5
Charte
d’Henri Clausse (12 avril 1621)
traduite en français
Texte donné par Fleureau (1683)
|
Traduction proposée par B.G. (2007)
|
Anno Domini millesimo sexcentesimo vigesimo primo, pridiè idus
Aprilis, feria Paschali secunda, Sedente Gregorio decimo quinto summo
Pontifice, Ioanne David Archiepiscopo Senonensi, Ludovico decimo tertio
Rege Francorum, & Navarræ, Nos Henricus Clausse Episcopus Aurensis,
nec non Coadjutor Cathalaunensis successorque designatus. Indicimus, attestamurque,
data facultate ab eodem Reverendo Senonensi Archiepiscopo,
|
L’an du Seigneur 1621, le 12 avril, mardi de pâques, Grégoire
XV occupant le siège pontifical, Jean David étant archevêque
de Sens, Lois XIII roi de France et de Navarre, nous Henri Clausse évêque
d’Aure ainsi que coadjuteur et successeur désigné de Châlons,
de par l’autorisation que nous en a donnée le vénérable
archevêque de Sens, indiquons et attestons ceci.
|
per antiquas [sic],
& reverendas Divorum Martyrum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ
reliquias in feretrum cujus longa vetustate aureus fulgor obsoleverat, magnis
sumptibus nitori suo redditum, incoctum, & plurimis laminis argenteis
auctum, & in capsam recentem, quod altera carie penè exesa deperiret,
assuetis ritibus, ac celebritate, priùs habita ad frequentem populum
concione à fratre Gabriele Sanlaudensi, Prædicatore Capucino,
nostra manu, magna spectante frequentia, repositas in æde Beatæ
Mariæ ubi piè coli atque asservari solent.
|
Les très anciennes et vénérables reliques des divins
martyrs Can, Cantien et Cantienne, dans un brancard dont la brillante dorure
avait disparu par suite de sa grande ancienneté, mais qui a recouvré
son éclat à grands frais, redorée et rehaussée
de nombreuses lames d’argent, et dans une nouvelle châsse parce
que l’autre avait pratiquement disparue, rongée par la pourriture,
avec les rites et la solennité d’usage, après qu’un sermon
ait d’abord été prononcé à l’intention de la
nombreuses assistance par le frère Gabriel de Saint-Lô, prédicateur
capucin, [ces reliques] ont été replacées de nos propres
mains, devant une nombreuse assistance dans l’église Notre-Dame
où on l’a l’habitude de les vénérer et de les conserver.
|
Postero
autem die in statu, & solemni supplicatione, promulgatis 40. dierum
indulgentiis, quas idem Dominus Archiepiscopus conceßit, & æternam
vim habere jußit, magno apparatu circumlatas per urbem easdem sanctas
prosequuti sumus reliquias, ingenti civium stampensium, & populi undique
ad celebritatem affluentis multitudine.
|
Et
le jour suivant, avec une attitude et des prières solennelles, après
qu’ont été proclamés 40 jours d’indulgence, accordés
par le dit seigneur archevêque, qui a décrété
qu’ils auraient cours à perpétuité, en grand apparat,
nous avons suivi les reliques en procession avec une immense foule de
citoyens étampois et de gens venus de toutes parts assister à
cette célébration.
|
|
Quibus omnibus, ut fides major sit, ad perpetuam rei memoriam, hisce
litteris propria subscripsimus, præsentibus viris insignibus, tùm
clericis quàm sæcularibus, Reverendo Patre ac Domino, Andreæ
de Berzeau, Abbate Mauriniacensi, ac in supremo Senatu Conciliario, Ven.
Viris Magistris Guillelmo Chassecueillier Cantore, & Canonico, Andreæ
Gilles, Ludovico Bastard, Nicolao Tirouyn, Ægidio Barrault prædictæ
Ecclesiæ Canonicis. Stephano Beauvoix, Capicerio, multisque aliis
ejusdem Ecclesiæ capellanis. R. P. Fratribus, Ioanne Pave, Doctore
Theologo, Franciscano, Raphaele Rothomagensi Guardiano Capucinorum Stampensium,
Nobilibus, & præclaris viris, lacobo Petau Stampanæ Provinciæ
Præside, Nicolao Cousté propræside, Guidone David Assessore.
Michaele Egal Prætore, Claudio Prevost proprætore: Simone Chauvin,
& Isaaco Blanchard Advocato, & Procuratore Regiis. Petro le Gendre
Majore, Petro de Lambon, Isaaco Guisenet, Ioanne Aleaume, & Michaele
Gillet Scabinis. Petro Baron Doctore Medico, Ioanne Albert juris utriusque
Licentiato, Collegii Stampani moderatore: Clemente Poisson electo regio,
Iacobo Guisenet, Claudio Guectard, Renato le Sueur, Natale Maugin, & Stephano
Rivet dictæ Ecclesiæ Beatæ Mariæ Ædituis, permultisque
aliis ad rem admißis testibus.
|
Et pour donner plus de crédit à tout ce que nous avons
dit, pour qu’on en garde à jamais le souvenir, nous avons soussigné
le présent document, en présence de hautes personnalités,
tant de membres du clergé que de laïques: le révérend
père André de Berzeau, abbé de Morigny et conseiller
au Parlement de Paris; les vénérables personnes maître
Guillaume Chassecueillier, chantre et chanoine; André Gilles, Louis
Bastard, Nicolas Tirouyn et Gilles Barrault, chanoines de la susdite église;
Étienne Beauvoix, chevecier et de nombreux autres, chapelains de
la même église; les révérends pères frères
Jean Pavé, docteur en théologie, franciscain, et Raphaël
de Rouen, gardien des capucins d’Étampes; les nobles et illustres
personnes Jacques Petau, bailli du gouvernement d’Étampes; Nicolas
Cousté, vice-bailli; Guy David, assesseur; Michel Égal, lieutenant-général;
Claude Prévost, lieutenant-particulier; Simon Chauvin et Isaac
Blanchard, avocat et procureur du Roi; Pierre Le Gendre, maire; Pierre
de lambon, Isaac Guisenet, Jean Aleaume et Michel Gillet, échevins;
Pierre Baron, docteur en médecine; Jean Albert, licencié en
droit civil et canon, principal du collège d’Étampes; Clément
Poisson, élu du roi; Jacques Guisenet, Claude Guectard, René
Le Sueur, Noël Maugin et Étienne Rivet, sacristains de la dite
église de Notre-Dame; de très nombreuses autres personnes
ont pu en être témoin.
|
Datum
Stampis in dicta Ecclesia Beatæ Mariæ sub sigillis nostro,
& capituli, anno, & [p.363] die
supradictis. Signatum Henricus Episcopus Aurensis, nec non Coadjutor Ecclesiæ
Cathalaunensis.
Les Antiquités d’Étampes, 1683, pp. 362-363.
|
Donné
à Étampes dans la dite église de Notre-Dame, sous
notre sceau et celui du chapitre, l’an et le jour susdits. Signé:
Henri évêque d’Aure, ainsi que coadjuteur de l’église
de Châlons.
|
|
ANNEXE
6
Paul Allard
Sur l’historicité
des Actes de Can, Cantien et Cantienne
extrait de: La persécution
de Dioclétien et le Triompe de l’Église
1908
|
CHAPITRE PREMIER
LES CHRÉTIENS SOUS DIOCLÉTIEN ET MAXIMIEN
HERCULE (285-292).
I. — Persécutions
partielles à Rome et en Gaule.
[...]
Chargé par Dioclétien de dompter cette redoutable révolte,
Hercule se hâta de quitter Nicomédie: par les provinces danubiennes,
il gagna le nord de l’Italie. La route traversait Aquilée: on dit
que, de concert avec le correcteur de la Vénétie et de l’Istrie
[72], dont cette ville était la capitale [73], un
des officiers du nouvel Auguste, Sisinnius Fescenninus, fit exécuter,
le 31 mai [74], trois fidèles, Cantius, Cantianus et Cantianilla:
leur parenté avec l’empereur Carinus, dont une victoire popularisa
naguère le nom en Vénétie [75], avait peut-être
non moins que leur foi appelé sur eux l’attention du cruel et zélé
courtisan [76]. [...]
|
[72] Sur l’origine des correcteurs, voir C. Jullian, les
Transformations politiques de l’Italie sous les empereurs romains, p.
149 et suiv. Inscription d’un corrector Venetiæ et Histriæ
sous Maximien Hercule: Orelli, 1050; Corpus inscr. lat., t. V, 2818.
[73] Marquardt, Röm. Staatsverwaltung,
t. I, p. 233.
[74] Si l’on place cette exécution
lors du passage de Maximien Hercule en Vénétie, on admettra
facilement que, parti de Nicomédie dans les premiers jours d’avril,
lui ou sa suite ait traversé Aquilée à la fin de
mai.
[75] En 284, Carinus avait défait
le correcteur de la Vénétie, Julianus, qui venait de prendre
la pourpre.
[76] Les Actes des saints Cantius, Cantianus
et Cantianilla (Acta SS., mai, t. VII, p. 420) sont des plus
mauvais, et méritent le jugement sévère qu’en a porté
Tillemont (Mémoires, t. V, note LXI sur la persécution
de Dioclétien). Cependant plusieurs détails doivent être
retenus, qui proviennent peut-être d’une source antique. — Le premier
est la curieuse mention de deux magistrats pour juger les martyrs, fait
exceptionnel que peuvent seules expliquer les circonstances que nous venons
de rappeler. L’un des juges est Sisinnius, qualifié comes
(cf. Mommsen, Römische Staatsrecht, t. II, 2e éd.,
p. 807) ; l’autre est le præses d’Aquilée, c’est-à-dire
le correcteur de l’Istrie et de la Vénétie : les Actes
lui donnent le nom de Dulcidius, qui rappelle par sa désinence celui
d’un corrector Italiæ, Numidius, auquel Dioclétien et Maximien
adressèrent une loi en 290 (Code Justinien, VII, XXXV, 3). — Un
second détail digne d’être noté est l’indication donnée
par les Actes du lieu précis du martyre, près d’Aquilée,
dans file de Grade-. On a découvert en 1871, dans la basilique de
Grado, un reliquaire en argent, paraissant du sixième siècle,
sur lequel sont les bustes des saints Cantius, Cantianus et Cantianilla
(Bullettino di archeologia cristiana, 1872, p. 155-158 et pl. XI-XII;
1878, p. 42). — Enfin, la mention de leur origine mérite d’être
remarquée: on les dit Romains, de la race des Anicii. La famille
des Anicii, qui donna au quatrième siècle de nombreux chrétiens,
était dans les honneurs dès le début de l’empire
: en elle finirent par se fondre d’autres grandes familles, les Probi,
les Bassi: un Bassus fut consul au commencement du règne de Dioclétien,
en 289. Les hagiographes paraissent avoir soigneusement recueilli le souvenir
des martyrs alliés à cette noble race; ainsi, les Actes
de sainte Christine de Bolsène disent aussi qu’elle fut par son
aïeul maternel de gente Aniciorum: M. de Rossi fait
remarquer qu’un fidèle, enterré en 373 tout près de
son tombeau, place privilégiée convenant à un membre
de la famille, avait le cognomen (mutilé)... BINVS, peut-être
celui de Probinus, qu’une branche des Anicii porta au quatrième
siècle (Bull. di arch. crist., 1880, p. 129, 131). En ce
qui concerne les saints Cantius, Cantianus et Cantianilla, on pourrait
se demander si leurs noms ne furent pas altérés par un copiste,
et s’il ne faut pas voir en eux des Catii, famille illustre qui donna dès
le troisième siècle des membres à l’Église
(une Catia Clementina. De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 309,
pl. XXX1, 12; une Catianilla, Bull. di arch. crist., 1865, p. 52),
et parait avoir aussi été de bonne heure alliée aux
Bassi (Roma sotterranea, t. I, p. 309): mais l’inscription de la cassette
de Grado, qui porte en foules lettres Cantius, Cantianus et Cantianilla,
s’y oppose. On a, du reste, des inscriptions de Cantii appartenant à
la haute bourgeoisie italienne (Wilmanns, Exempla inscript.
lat., 2122, 2135). Les Actes ajoutent que les trois martyrs de ce nom
étaient parents de l’empereur Carinus. Ce renseignement peut faire
comprendre qu’avant même toute persécution générale
ils aient été dénoncés et punis.
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Saisie emprunté et très
légèrement corrigée d’une mise en ligne présente
actuellement à deux adresses distinctes:
http://www.mediterranee-antique.info/Rome/Allard/P4/P01.htm
& http://perso.orange.fr/textes.histoire/Allard/P_4/P4_01.htm,
toutes deux en ligne en 2007.
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Source: Basile Fleureau, Les Antiquitez de
la ville et du Duché d’Estampes, pp. 354-363. Saisie:
Bernard Gineste, 2007.
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