CORPUS HISTORIQUE ETAMPOIS
 
 Dom Basile Fleureau 
Des Reliques des Saints Martyrs Can, Cantien & Cantienne
Freres & Sœur, communement appellez les Corps Saints
. 
Antiquitez d’Estampes II, 8
1668
     
Enluminure d'une continuation flamande de la Légende dorée (Belgique, vers 1470), Mâcon, BM ms 0003, f°176v (© IRHT)
Can, Cantien et Cantienne (enluminure d’une continuation flamande de la Légende dorée, vers 1470, © IRHT)

     Fleureau aborde ici un point de l’histoire d’Étampes qui lui tient à cœur, parce qu’il est au cœur de l’identité chrétienne de la communauté étampoise tout entière: il s’agit des reliques des saints martyrs d’Aquilée, qui sont comme le palladium de la ville. Parallèlement nous mettons en ligne la longue notice consacrée à ces saint martyrs dans les Acta Sanctorum de Mai, rédigée par Gottfried Henschen, contemporain de Fleureau, et la Notice publié en 1866 par l’abbé Bonvoisin sur le culte de ces mêmes saints, ainsi que de nombreux autres documents en Annexes à ce chapitre et au suivant.

      La saisie des textes anciens est une tâche fastidieuse et méritoire. Merci de ne pas décourager ceux qui s’y attellent en les pillant sans les citer.
        
Les Antiquitez de la Ville et du Duché d’Estampes
Paris, Coignard, 1683
Deuxième Partie, Chapitre VIII,
pp. 354-363.
Des Reliques des Saints Martyrs Can, Cantien & Cantienne Freres & Sœur, communement appellez les Corps Saints. 
 
CHAPITRE PRÉCÉDENT
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE SUIVANT


DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE VIII.
Des Reliques des Saints Martyrs Can, Cantien & Cantienne
Freres & Sœur, communement appellez les Corps Saints
.
  
Chilperic Ier et Grégoire de Tours (Grandes Chroniques de France XIVe s. f°41v, © BNF) NOs Roys ont toûjours eu beaucoup de veneration pour les Reliques des Saints, & même lors qu’ils alloient à la guerre, ils en faisoient porter avec eux & les faisoient placer sous une petite tente au milieu de leur Camp, sur l’Autel qui servoit aussi à celebrer la sainte Messe, esperant d’éviter par l’intercession de ces Saints tous les perils où ils s’exposoient: & d’obtenir par leur moien tous les avantages qu’ils pouvoient desirer. L’Histoire nous apprend à ce propos de Chilperic II. du nom [sic], que le partage des Etats de Charibert, Roy de Paris, mort sans enfans mâles, ayant esté fait entre luy & ses deux freres, Gontran Roy d’Orleans, & Sigibert Roy de Metz; à condition que la ville de Paris demeureroit commune aux trois freres, avec malediction sur celuy qui entreprendroit d’y entrer sans le consentement des deux autres. Ce Roy s’ingera d’y entrer de son auctorité, & pour divertir de dessus sa tête l’imprecation que tous trois avoient fulminée contre celuy qui oseroit l’entreprendre, il fit porter & marcher devant luy des Reliques des Saints. Et nos Monarques avoient aussi la coûtume de donner aux Eglises celles, dont on leur avoit fait present, [p.355] & des ornemens; comme fit Charlemagne l’an 804. à l’Eglise de Sens.
     Chilpericus Rex pridiè quàm Pascha celebraretur, Parisius abiit: & ut maledicto, quod in pactione sua [p.355] & fratrum suorum conscriptum erat, ut nullus eorum Parisius si e alterius voluntate ingrediretur, carere posset, reliquiis sanctorum præcedentibus, urbem ingressus est. Greg. Turon. lib. 6 cap. 17.
[dont traduction en Annexe 1].

     L’Eglise de Nôtre-Dame d’Estampes a esté enrichie des sacrées Reliques des Saints Martyrs, Can Cantien, & Cantienne, par le Roy Robert, son Fondateur. Les Breviaires de Sens & de Paris le publient dans les leçons du jour de leur Fête. Ils étoient Romains, sortis de la tres-noble famille des Aniciens, de laquelle saint Hierôme, écrivant à Demetriade*, dit qu’il n’y en a eu aucun ou peu, qui n’ait merité la dignité Consulaire. Et le Cardinal Baronius, en ses remarques sur le Martyrologe Romain**, dit que cette famille a esté illustrée de Consuls & d’Empereurs, & annoblie de Confesseurs & de Martyrs, & que le tres-celebre Consul & Confesseur, illustre en doctrine & en pieté, Anice Manlius Severin Boëce, en est sorty. L’éducation de leur jeunesse fut commise à Prothus, personnage d’une vertu singuliere, il les éleva en la crainte de Dieu, & leur inspira avec les premiers Rudimens de la Foy chrétienne, l’amour du Martyre.
     * Hieron. Epist. 8.

     ** 31 Maii.
     Neanmoins, comme il sçavoit bien que Jesus-Christ a enseigné dans son Evangile à ses Disciples, qu’ils pouvoient quitter une ville, où ils seroient persecutez, pour aller vivre en paix en une autre*; ils sortirent de la ville de Rome, pour éviter la cruauté de Diocletien & de Maximien, qui à leur avenement à l’Empire avoient ordonné que personne ne pût ny vendre ny acheter, ny même puiser de l’eau à la riviere, ou aux fontaines, qu’il n’eût auparavant offert de l’encens à de petites Idoles, qu’ils avoient fait poser en tous les endroits de la ville, jusques sur le bord des rivieres, & des fontaines: & se retirerent en la ville d’Aquilée. Cette ville autrefois grande, & puissante est maintenant toute deserte, n’y ayant plus rien de tout ce que les Auteurs Grecs & Latins ont tant loué, que la riviere de Timavo, ou Larechia (Timavus) qui coule entre cette ville & Thrieste, autrefois une des villes principales des Istriens. Cette riviere qui a sept sources, se jette dans la Mer Adriatique par une seule emboûchure, & n’a en tout que mille pas de longueur.

     Ces jeunes Seigneurs, avant que de partir de Rome, vendirent tous les grands biens qu’ils y avoient, & en distribuerent le prix aux pauvres. Mais comme la chandelle allumée ne peut demeurer longtemps enfermée sous un boisseau, sans se faire paroître en jettant les rayons au dehors: ainsi la vertu de ces Saints, & la Religion Chrétienne qu’ils professoient ne tarderent pas à les [p.356] faire connoître. On les accusa devant le President Dulcidius, fidelle Ministre de la barbare cruauté des Empereurs. Ce President les fit aussi-tôt saisir, & enfermer dans une étroite prison; non pour autre cause que parce qu’ils êtoient Chrétiens. II s’efforça de leur persuader par de belles parolles de renoncer à la Foy de Jesus-Christ, & d’adorer les Dieux qu’il nommait Tutelaires de l’Empire Romain: il les assura que c’étoit le moyen le plus efficace, & le plus assuré pour acquerir les bonnes graces des Empereurs qui ne manqueroient pas de les combler d’honneur, & de les élever à des dignitez proportionnées à leur haute naissance.

     Tous ces beaux discours, ny ces grandes promesses ne purent fléchir leurs courages invincibles parce qu’ils ne craignaient rien au monde que de déplaire à Dieu. Ils répondirent courageusement au Prefet, qu’aprés s’étre dépoüillez de leurs biens pour l’amour de Jesus-Christ, ils étoient aussi prests de luy faire un sacrifice de leur propre vie. Ce Prefet ne pressa rien. Il ordonna au commencement qu’ils seroient tenus sous bonne & seure garde, pendant qu’il donneroit avis à l’Empereur Maximien de ce qui se passoit, & qu’il en recevroit quelque réponse. Car êtant Gentils-hommes Romains des plus illustres; même selon quelques Auteurs, issûs de l’Empereur Marc Aurele Carus, il ne pouvoit faire leur procés ny prononcer de Sentence contre eux, qu’aprés en avoir reçû un exprés commandement de l’Empereur. Maximien répondit au Prefet qu’il fit [sic] decapiter ceux qu’il tenoit prisonniers, s’ils refusoient de sacrifier aux Dieux, qui étoient adorez dans toute 1’étenduë de son Empire. Cette réponse ayant esté sçeu dans la prison, ou [sic] étoient les Saints Confesseurs de Jesus-Christ, ils voulurent encore pratiquer le même conseil Evangelique, qu’ils avoient suivy en se retirant de Rome. Ils s’évaderent en effet: & comme ils étoient déja sortis de la ville d’Aquilée, Dieu qui les avoit favorisé à leur sortie de la ville de Rome, leur fit evidemment connoître que l’heure était venuë en laquelle ils devoient le glorifier pour l’effusion de leur sang: car l’un des chevaux qui traînait leur coche s’abbatit, de sorte qu’avant qu’il fut relevé, les Satellites du Comte Sisinius, qui les poursuivoient les joignirent, & les arrêterent. Ils leur presenterent une petite Idole de Jupiter pour l’adorer, ce qu’ils refuserent constamment de faire, à ce refus ils executerent sur eux la Sentence de mort que le President avoit prononcée suivant le mandement de l’Empereur, [p.357] en leur tranchant la teste au lieu appellé, Aquæ gradatæ: Ce lieu était autrefois desert & aujourd’huy il y a un petit village à trois mille pas de la ville d’Aquilée, proche de la mer, nommé San Cantiano.

     * Matth. 10. vers. 23.

Mâitre de l'Autel de Kraj (vers 1520, Musée des Beaux-Arts de Vienne)
Kranj (Slovénie), vers 1520






Prière devant une idole, considérée commun démon (bnf, ms arsenal 5069, f°73r)
Prière à une idole, considérée comme un démon



     La mort de ces Saints ne fut pas sans miracles, car les veines coupées de leur col au lieu de sang verserent du lait en abondance; & quelques jours aprés leur martyre, un bon Prêtre nommé Zoilus prit soin d’ensevelir leurs corps. L’Histoire de ces Saints est décrite par Pierre de Natalibus en son Catalogue des Saints, livre 5. chap.70. & par Philippe Ferrarius en son Catalogue des Saints d’Italie: & tous les Martyrologes d’Usuard, d’Adon, le Romain, & celuy de France, mis depuis peu en lumiere par Monsieur de Saussay, Evêque de Toul, en font une honnorable mention au dernier jour de May: comme aussi le Cardinal Baronius en ses remarques sur le Martyrologe Romain, & en ses Annales.

      Il y a de la contestation pour la possession des sacrez Ossemens de nos Saints Martyrs entre les Eglises de Milan , & d’Aquilée: parce que chacune semble s’attribuër les corps entiers. Ferrarius au lieu cy-devant allegué, croit que l’Eglise de Milan possede seulement quelque insigne partie de ces sacrées dépoüilles, que l’on appelle par une figure, dite Sinecdoche, corps entiers: & sa pensée n’est pas à rejetter; dautant qu’il est necessaire d’accorder de la sorte plusieurs semblables differends, qui se rencontrent en de pareils sujets entre diverses Eglises. Il est vray que l’Eglise de Milan a une particuliere veneration pour ces Saints Martyrs: & qu’elle en celebre la feste le 14. jour de May: ce jour n’étant pas celuy de leur Martyre, il y a grande probabilité que c’est celuy auquel on apporta à Milan quelques parties de leurs Reliques. Ce qui fut peut-étre au temps que le grand saint Ambroise en étoit Archevêque, & ce qui luy donna sujet de faire un Sermon leur loüange, que l’on voit entre ses œuvres. Ces sacrés Reliques ont reposé en un vase de Porphire dans l’Eglise de saint Denis Confesseur, & Archevêque de Milan, située hors de la Porte Orientale de la même ville, jusques à ce que cette Eglise étant devenuë caduque & quasi toute ruinée, Antoine de Leve Gouverneur de l’état de Milan pour l’Empereur Charles V. se resolut de la faire entierement détruire. Pour cet effet l’on enleva, au mois de Fevrier 1528. tous les Corps Saints qui y reposoient & on les transporta dans l’Eglise Metropolitaine; entre autres ceux des Martyrs Saints Can, Cantien, & Cantienne qui étoient [p.358] gardez, comme j’ay dit, dans un vase de Porphire en forme d’ovale, lequel fut destiné à servir de baptistaire dans la méme Eglise, comme l’a remarqué Jean Baptiste Ville, livre 7. des Eglises de Milan. Ils reposent aujourdhuy dans cette auguste Metropolitaine, l’une des merveilles d’Italie, dans un lieu que les Italiens appellent Scurollo, qui est une Chapelle sous terre au dessous du Maître Autel; & on voit à leur sepulchre l’inscription suivante gravée sur un marbre.
     Corpora sanctorum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ fratrum, & Maximi Martyrum, Monæ, Dionisii, & Galbini [Lisez: Galdini] Archiepiscoporum Mediolani, Confessorum. Aurelii Episcopi Redicianensis, Confessoris. Cineres aliquot sanctæ Pelagiæ Virginis, & Martyris, os unum sancti Iuliani Episcopi Cenomanorum Confessoris. Primum inspecta, & recognita Carolus S. R. E. Præsbyter Card. Tit. sanctæ Praxedis, Archiepiscopus Mediolanensis reposuit. Kal. Februarii MDLXXIIX.
     Le même Antoine de Leve fist rebâtir l’Eglise de saint Denis au lieu où elle étoit, mais plus petite & plus belle qu’auparavant. Lors qu’il entra en Provence avec l’Empereur Charles V. il predit qu’il mourroit en France, & dit avec une vanité Espagnole qu’il vouloit estre enterré à saint Denis, entendant saint Denis en France. Sa prediction fut accomplie, mais en un sens un peu different; car il mourut en Provence, & son corps fut remporté en Italie, & inhumé dans cette Eglise de saint Denis qu’il avoit fait rebâtir.
Les trois Martyrs Cant, Cantien et Cantianille (fin XVIIe siècle, église de Notre-Dame d'Etampes)
Étampes, fin XVIIe siècle












Inscription de 1762 dans l'église Saint-cantien de Padoue
Consécration de l’église Saint-Cantien de Padoue (1762)
     Revenons à nôtre ville d’Estampes où l’Eglise de Nôtre Dame se glorifie au méme sens, & à même titre que la metropolitaine de Milan, de posseder les corps de ces Saints Martyrs; l’une & l’autre en possedent des parties considerables. On ne sçait pas au vray, d’où le Roy Robert les a euës ny en quel temps elles y ont été apportées; mais il y a bien de l’apparence qu’elles luy furent données au voyage qu’il fit à Rome peu aprés l’an 1000. dont le Pape Benoît VII. selon d’autres VIII. du nom, fait mention dans une de ses Lettres , addressée aux Evéques de Bourgogne & d’Aquitaine, rapportée au 4. Tome de l’Histoire de Duchesne, page 170.

     Je trouve qu’il y a eu deux Translations des saintes Reliques de ces glorieux Martyrs à Estampes. La premiere, le quatriéme jour [p.359] d’Aoust de l’an 1249. Le Pape Innocent IV. seant à Rome, sous le regne du Roy saint Louis, par Gilon, ou Gilles Archevéque de Sens de l’illustre maison des Cornu, Seigneurs de Villeneuve prés de Montereau-sur-Yone qui avoit eu l’honneur d’être consacré à Lion des propres mains du méme Pontife Romain, l’an 1244. Il y en a qui confondent ce Gilon avec son Neveu qui portoit même nom, & luy attribuent ce qui ne convient qu’à ce dernier, qu’il eust un procés avec l’Archevéque de Rheims pour avoir Couronné en la Chapelle du Roy à Paris, la Reine Marie, seconde femme du Roy Philippe le Hardy.

     La tradition porte que ce Prelat emporta la machoire de sainte Cantienne pour en enrichir son Eglise Metropolitaine de Sens, où elle est conservée dans une Chasse, élevée derriere le grand Autel. Il est probable que c’est luy qui ordonna ensuite, qu’à l’avenir on celebreroit la fête de ces saints Martyrs par toute sa Province Senonoise, & qu’il fit cette Ordonnance dans un Concile Provincial, autrement ses Suffragans ne se seroient pas soûmis à faire celebrer cette Feste dans leurs Dioceses. Il y en a qui ont écrit que Gilon ayant douté de la verité des saintes Reliques, perdit la veuë, & qu’aussi-tôt qu’il eut eu recours à l’intercession des mêmes Saints, il la recouvra. Il est vray qu’il faut qu’une raison tres-puissante ait excité ce Prelat à faire celebrer la feste de ces saints Martyrs dans toute sa Province: & qu’un semblable miracle pourroit bien l’y avoir porté. Ceux qui disent que ce fut en cette translation, que la Chasse fut couverte de lames d’argent doré, n’ont pas pris-garde aux armes qui sont au dessus, qui font voir que cet ouvrage est plus recent, & j’ay leu dans de vieux comptes de la Fabrique, que les images de la Vierge, & de l’Ange, avec ceux des quatre Patrons qui sont aux quatre coins, y ont été ajoûtez en 1511. & qu’elle a été dorée en 1515. & que le dessous a été revêtu d’argent environ l’an 1524.

     Quant à la seconde translation: Le temps qui consume toutes choses, ayant corrompu le coffre de bois qui soûtenoit l’argenterie, que l’on vouloit aussi enrichir , & redorer; on obtint commission de Jean David du Perron, Archevéque de Sens, en datte du premier jour de Juillet 1620. par laquelle il commit Guy de Verambrois [sic] Prêtre, Doyen rural au détroit d’Estampes, & Curé de l’Eglise Paroissiale de saint Martin les vieilles Estampes, pour faire l’ouverture de la Chasse. Tous ceux d’Estampes souhaitoient avec beaucoup d’ardeur cette ouverture, pour avoir la consolation [p. 360] de reverer à découvert les sacrez ossemens de leurs saints Patrons. Le treiziéme jour du méme mois de Juillet fut choisi pour faire cette ceremonie, à laquelle on se disposa par une Procession des plus solemnelles. Le Clergé de la ville, & des fauxbourgs, seculier, & regulier, tous les Officiers de la Justice, & le Corps de la Ville suivis de tous les habitans, & de plusieurs personnes des lieux circonvoisins y assisterent. La Messe fut solemnellement chantée à l’Autel des saints Martyrs, qui est le principal du Chœur, pour obtenir l’assistance divine, en une action si importante.
Robert le Pieux d'après un camée des années 1630
Robert le Pieux (camée des années 1630)

     * De Cornu, d’argent à la bande de gueules.

     Aprés la Messe, pour proceder à cette ouverture, le sieur de Verambois [sic], delegué, comme j’ay dit, assisté de Nicolas Tirouin Prêtre, Chanoine des Eglises d’Estampes, Curé de l’Eglise Paroissiale de saint Basile, & Notaire Apostolique, & de Claude Hamois, Greffier du Chapitre, monta au lieu où de tout temps les saintes Reliques reposent. Là en la presence de Guillaume Chassecueillier Chantre, des Chanoines, Chapelains & autres Beneficiers de la même Eglise, des Curez des Paroisses de la ville, & des fauxbourgs, des Superieurs des maisons Religieuses, des Officiers de la Justice, des Maires, & Echevins de la ville, & d’une multitude presque infinie, tant des Paroissiens qui y avoient été appellez, que des autres habitans, & des personnes des lieux circonvoisins. On fit premierement la benediction des taffetas de couleur incarnate, & blanche & du coffre de bois de chesne destinez à recevoir les saintes Reliques: puis on fit arracher par un Serrurier quatre barres de fer, & plusieurs crampons qui servoient à tenir fermée la petite fenêtre de la Chasse: qui ayant été ainsi ouverte, l’on en tira un paquet de linge blanc, qui couvroit un envelope de drap de soye, sur laquelle étoient representées des tours, qui font les armes de la Ville. Cette enveloppe servoit à couvrir un sac de cuir blanc, dans lequel étoient enfermez plusieurs vieux linges, marquez de rouge, comme de sang en plusieurs endroits, & des os reduits en poudre avec quelques esquilles en leur entier.

     Dans un autre paquet, couvert d’un pareil linge blanc, il y avoit aussi une autre enveloppe de soye, marquée des mêmes armes de la ville, & au dedans un sac de cuir blanc, dans lequel étoient deux petits morceaux de parchemin écrits en lettres antiques sur l’un desquels étoient ces mots, Hic continentur reliqui SS. Cantii, Cantiani & Cantianillæ. Pulvis scilicet, de carne, & oßibus eorum, & sur l’autre, Hic habentur reliquiæ SS. Cantii, Cantiani, & Cantianillæ pulvis, & [p.361] quelques autres mots que l’on ne peut lire à cause de l’antiquité. Et encore un autre parchemin, avec ces mots écrits dessus. Reliquia de ossibus Beatissimorum Dei Martyrum Cantii, Cantiani, Cantianillæ fratrum, amen: Et de plus, deux grands os, & plusieurs autres de moindre grandeur, & de plusieurs parties du corps comme de mâchoires, crasnes, & autres. Il y avoit aussi dans le méme paquet une bourse de soye de diverses couleurs effacées, & liée de plusieurs liens, au bout desquels étoient des boutons. Dans cette bourse il y avoit trois morceaux de fer, semblables à des pointes de lances ou de javelots, & un petit flacon d’étain portant dessus une image du Crucifix gravée: L’on y trouva dedans du sang congelé. Il y avoit aussi dans la méme bourse un parchemin sur lequel étoient écrits ces mots en pareilles lettres antiques. Ossa sanctorum Cantii, & Cantiani.




   Dont traduction en Annexe 3
     Dans un troisiéme paquet de pareils linges, couverture, & envelope que les deux precedents, étoient seulement plusieurs morceaux d’étoffes de soye de diverses couleurs dont l’un étoit en façon de juppe.

     Il y avoit avec tous ces paquets un parchemin écrit en lettres antiques auquel pendoit un sceau de cire blanche. Ce sceau étoit marqué d’un côté de la figure d’une [sic] Archevêque, tenant une crosse à la main, avec ces mots, Gilo Archiepiscopus Senonensis. & de l’autre côte [sic] étoit representé le Martyre de saint Estienne. L’on fit la lecture à haute voix de cette lettre que l’on a renfermée dans la Chasse, sans en avoir inseré la copie dans le procés verbal, & aprés cela l’on montra au peuple diverses fois les saintes Reliques: & pour satisfaire à la devotion qu’il témoignoit par ses cris souvent reïterez, elles furent exposées publiquement le reste du Jour. (J’ay eu la consolation en ma jeunesse de les voir & de les baiser.) Ensuite en presence des assistans, tant du Chapitre que des autres Corps, & des personnes de la ville, elles furent envelopées de tafetas incarnat: puis mises dans le coffre de bois fait de neuf qui avoit été preparé pour cet effet. On le ferma de trois cadenats, dont les clefs furent déposées l’une entre les mains du sieur Chassecuillier Chantre; l’autre en celle des Marguilliers; & la troisiéme demeura au sieur de Verambrois. Jusques icy est le contenu du procés verbal: Et environ dix mois aprés l’on fit la Translation solemne de ces saintes Reliques, & elles furent remises dans la Chasse, qui avoit été refaite, & enrichie, par Henry Clausse, Evéque d’Aure, & Coadjuteur de Châlons, qui en dressa le procés verbal suivant. [p.362]

     Anno Domini millesimo sexcentesimo vigesimo primo, pridiè idus Aprilis, feria Paschali secunda, Sedente Gregorio decimo quinto summo Pontifice, Ioanne David Archiepiscopo Senonensi, Ludovico decimo tertio Rege Francorum, & Navarræ, Nos Henricus Clausse Episcopus Aurensis, nec non Coadjutor Cathalaunensis successorque designatus. Indicimus, attestamurque, data facultate ab eodem Reverendo Senonensi Archiepiscopo, per antiquas [sic], & reverendas Divorum Martyrum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ reliquias in feretrum cujus longa vetustate aureus fulgor obsoleverat, magnis sumptibus nitori suo redditum, incoctum, & plurimis laminis argenteis auctum, & in capsam recentem, quod altera carie penè exesa deperiret, assuetis ritibus, ac celebritate, priùs habita ad frequentem populum concione à fratre Gabriele Sanlaudensi, Prædicatore Capucino, nostra manu, magna spectante frequentia, repositas in æde Beatæ Mariæ ubi piè coli atque asservari solent. Postero autem die in statu, & solemni supplicatione, promulgatis 40. dierum indulgentiis, quas idem Dominus Archiepiscopus conceßit, & æternam vim habere jußit, magno apparatu circumlatas per urbem easdem sanctas prosequuti sumus reliquias, ingenti civium stampensium, & populi undique ad celebritatem affluentis multitudine. Quibus omnibus, ut fides major sit, ad perpetuam rei memoriam, hisce litteris propria subscripsimus, præsentibus viris insignibus, tùm clericis quàm sæcularibus, Reverendo Patre ac Domino, Andreæ de Berzeau, Abbate Mauriniacensi, ac in supremo Senatu Conciliario, Ven. Viris Magistris Guillelmo Chassecueillier Cantore, & Canonico, Andreæ Gilles, Ludovico Bastard, Nicolao Tirouyn, Ægidio Barrault prædictæ Ecclesiæ Canonicis. Stephano Beauvoix, Capicerio, multisque aliis ejusdem Ecclesiæ capellanis. R. P. Fratribus, Ioanne Pave, Doctore Theologo, Franciscano, Raphaele Rothomagensi Guardiano Capucinorum Stampensium, Nobilibus, & præclaris viris, lacobo Petau Stampanæ Provinciæ Præside, Nicolao Cousté propræside, Guidone David Assessore. Michaele Egal Prætore, Claudio Prevost proprætore: Simone Chauvin, & Isaaco Blanchard Advocato, & Procuratore Regiis. Petro le Gendre Majore, Petro de Lambon, Isaaco Guisenet, Ioanne Aleaume, & Michaele Gillet Scabinis. Petro Baron Doctore Medico, Ioanne Albert juris utriusque Licentiato, Collegii Stampani moderatore: Clemente Poisson electo regio, Iacobo Guisenet, Claudio Guectard, Renato le Sueur, Natale Maugin, & Stephano Rivet dictæ Ecclesiæ Beatæ Mariæ Ædituis, permultisque aliis ad rem admißis testibus. Datum Stampis in dicta Ecclesia Beatæ Mariæ sub sigillis nostro, & capituli, anno, & [p.363] die supradictis. Signatum Henricus Episcopus Aurensis, nec non Coadjutor Ecclesiæ Cathalaunensis.
     12. Avril 1621.


     Dont traduction en Annexe 5.

   
CHAPITRE PRÉCÉDENT
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE SUIVANT
NOTES

Inscription paléochrétienne du IVe siècle de San Canzian d'Isonzo L’Histoire nous apprend à ce propos de Chilperic II. du nom. Fleureau a scruté attentivement l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours où il a trouvé deux références à Étampes, et notamment dans un pacte entre Gontran et Chilpéric qu’il a cité tout au long au chapitre de la première partie. Il s’est intéressé notamment aux différents partages du royaume pour essayer de déterminer à qui avait appartenu le pays d’Étampes. Ceci dit, il se trompe ici sur le numéro de ce roi et confond Chilpéric Ier (539-584) avec son lointain successeur Chilpéric II (670-721).
 
Des Saints Martyrs, Can Cantien, & Cantienne.
Sur l’historicité de ces personnages, voyez l’étude de Paul Allard que nous donnons en Annexe 6. Il est à noter que des fouilles archéologiques récentes à San Canzian d’Isonzo ont dégagé les reste d’une basilique paléo-chrétienne du IVe siècle, avec notamment une pierre gravée (ci-contre): + BEATISSIMO MART. PROTO, c’est-à-dire «+ Au très saint martyr Protus». Ces restes peuvent désormais se visiter à l’Antiquarium Cantianense de San Canzian d’Isonzo.

Les Breviaires de Sens & de Paris.
On trouvera dans notre bibliographie ci-dessous quelques éditions de ces bréviaires. On serait reconnaissant à toute personne en ayant à sa disposition de saisir les textes des ces bréviaires concernant nos martyrs, et de nous les communiquer.

Saint Hierôme... Hieron. Epist. 8.
. La vierge Démédriade, à qui saint Jérôme écrit sa lettre n°8, était de cette famille. Elle était la fille d’Anicius Hermogénianus Olibrius, consul en 395, lui-même fils de Sextus Anicius Petronius Probus, consul en 371, frère d’Anicius Probinus, aussi consul en 395, et d’Anicius Probus, consul en 405.

Anice Manlius Severin Boëce. Boèce fut trois fois  consulat sous le roi ostrogoth Théodoric (487, 510 et 511), puis disgracié et exécuté en 525. Ce fut l’écrivain et le philosophe le plus distingué de son temps. Il a composé des traités de théologie, de philosophie, et de mathématiques qui ont connu une grande vogue pendant tout le Moyen Age. 

comme la chandelle allumée... sous un boisseau...
Réminiscence de la fameuse parabole évangélique, empruntée au texte des Actes de nos martyrs: Vous êtes la lumière du monde: une ville, située au sommet d’une montagne, ne peut être cachée. Et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux (Évangile de Matthieu V, 14-16)

Aquæ gradatæ... aujourd’huy... nommé San Cantiano. Le nom de ce lieu est aujourd’hui San Canzian d’Isonzo. Le professeur Danilo Mazzoleni a fait état en 2003 de découvertes archéologiques intéressantes sur le lieu où furent enterrés les martyrs des saints Can, Cantien, Cantienne et Protus. Voyez notre bibliographie.

Les veines coupées de leur col au lieu de sang verserent du lait en abondance.  On remarquera la complaisance avec laquelle Fleureau rapporte ce miracle, sans paraître y voir de contradiction avec les trouvailles rapportées ensuite lors de l’examen du reliquaire de 1621, où l’on trouve, selon son propre rapport, d’une part, plusieurs vieux linges, marquez de rouge, comme de sang en plusieurs endroits, et par ailleurs, du sang congelé.

Pierre de Natalibus en son Catalogue des Saints. Pietro de Natali fut évêque de Jesolo et d’Equilium à la fin du XIVe siècle. Son célèbre Catalogus Sanctorum a été plusieurs fois réédité de 1493 à 1542. Voyez notre bibliographie. Nous donnons en Annexe 4 le texte et la traduction en français de son récit.

Philippe Ferrarius en son Catalogue des Saints d’Italie.
Filippo Ferrario avait publié en 1626 à Milan un Cat
alogus Sanctorum Italiae de plus de 800 pages, «Catalogue des saints d’Italie, répartis sur les douze mois de l’année, dans lequel sont rédigées leurs vies à partir des résumés qu’on trouve dans les ouvrages sur les églises qui leurs sont consacrées, avec des notes.. par le frère Filippo Ferrario de l’ordre des Serviteurs de Notre-Dame. Avec un double index alphabétique, l’un des noms des saints où l’on indique où reposent leurs corps, et l’autre des lieux, où l’on indique les saints qui y reposent». Voyez notre bibliographie.

Les Martyrologes d’Usuard, d’Adon.  Fleureau ne connaît probablement que de seconde main ces deux martyrologes carolingiens (tous deux antérieurs à 875).
Le martyrologe carolingien d’Usuard (qui est un remaniement de celui d’Adon de Vienne) n’a été édité qu’en 1718 par Dom Bouillant. Quant à celui d’Adon il ne l’a été qu’en 1745, à Rome, par D. Giorgi. Voyez notre bibliographie.

Le Romain
Le Martyrologe romain a connu sa première édition en 1583, mais c’est seulement l’édition romaine de 1584 qui fut approuvée et imposée à toute l’Église par Grégoire XIII. Le cardinal Baronius en donna une nouvelle édition corrigée et annotée en 1586, avec des Notationes et une Tractatio de Martyrologio Romano. L’édition d’Anvers de 1589 porte de nouvelles corrections de Baronius. Une nouvelle édition du texte et des notes eut lieu sous Urbain VIII et fut publiée en 1630. C’est sans doute celle dont disposait Dom Fleureau dans les années 1667-1668 où il rédige son ouvrage.

Celuy de France, mis depuis peu en lumiere par Monsieur de Saussay. André du Saussay, évêque de Toul, avait publié en 1636 à Paris chez Cramoisy un Martyrologium gallicanum, en deux volumes in-folio, «Martyrologe français, dans lequel sont indiqués les anniversaires authentiques de plus de huit mille saints et bienheureux ou pieuses personnes illustres en France du fait de leur naissance, de leur vie, de leurs actions ou de leur doctrine, et où sont rédigés les éloges qui leur sont dus, par les soins d’André Du Saussay».

Le Cardinal Baronius, en ses remarques sur le Martyrologe Romain. Voir l’avant-dernière note sur le Martyrologe romain.

Ses Annales.
Le cardinal Baronius (1538-1607) a fait paraître les douze tomes de ses Annales ecclésiastiques à Rome de 1593 à 1607. Elles ont été aussi éditées à Anvers de 1597 à 1612 et à Cologne de 1609 à 1613. Elles ont connu plusieurs abréviations, continuations et traductions jusqu’en 1756. Voyez notre bibliographie.

Guy de Verambrois. Fleureau écrit plus loin Verambois. La première orthographe paraît la bonne: elle est reprise en troisième lieu dans le texte latin et aussi par Henschen dans les Acta Sanctorum.

Nicolas Tirouin....
Ludovico Bastard, Nicolao Tirouyn
... Ces deux chanoines, Nicolas Thirouin et Louis Bastard, avaient composé une dizaine d’années auparavant, en collaboration avec un moine de Morigny, Thomas Hardi, un ouvrage en prose et en vers sur les saints Martyrs d’Aquilée, publié à Paris en 1610 par Martin Vérac, sous le titre: La vie, martyre, translation et miracles des martyrs St Can, Cantian et Cantianne, leur sœur, les corps desquels reposent en l’Eglise collegiale d’Estampes, par H. B. T. Estampois. Il est curieux que Fleureau ne cite pas cet ouvrage, dont il a très probablement eu connaissance.

Bernard Gineste, juillet 2007

Toute critique ou contribution sera la bienvenue. Any criticism or contribution welcome.
ANNEXE 1
Texte de Grégoire de Tours sur l’usage des reliques à l’époque mérovingienne

Texte latin donné par Fleureau (1683)
Traduction proposée par B. G. (2007)
     Chilpericus Rex pridiè quàm Pascha celebraretur, Parisius abiit: & ut maledicto, quod in pactione sua [p.355] & fratrum suorum conscriptum erat, ut nullus eorum Parisius sine alterius voluntate ingrediretur, carere posset, reliquiis sanctorum præcedentibus, urbem ingressus est.

Greg. Turon. lib. 6 cap. 17.
     Le roi Chilpéric, la veille de la célébration de pâques partit à Paris. Et afin de pouvoir échapper à la malédiction qui avait été portéedans le pacte qu’il avait rédigé avec ses frères en sorte qu’aucun d’entre eux n’entre dans Paris sans l’accord d’autrui, pénétra dans la ville en se faisant précéder de reliques.

Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre 6, chapitre 17.
 
ANNEXE 2
Inscription de l’église métropolitaine de Milan (1578)


Texte donné par Fleureau (1683)
Traduction proposée par B.G. (2007)
     Corpora sanctorum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ fratrum, & Maximi Martyrum, Monæ, Dionisii, & Galbini [Lisez: Galdini] Archiepiscoporum Mediolani, Confessorum. Aurelii Episcopi Redicianensis, Confessoris. Cineres aliquot sanctæ Pelagiæ Virginis, & Martyris, os unum sancti Iuliani Episcopi Cenomanorum Confessoris. Primum inspecta, & recognita Carolus S. R. E. Præsbyter Card. Tit. sanctæ Praxedis, Archiepiscopus Mediolanensis reposuit. Kal. Februarii MDLXXIIX.
     Corps des saints Can, Cantien et Cantienne frères et sœur, et de Maxime, confesseurs; de Mona, Denis et Gaudin archevêques de Milan; du confesseur Aurélius evêque de Rediciano (?); quantité de cendres de sainte Pélagie vierge et martyre; un os de saint Julien, évêque du Mans, confesseur. Après les avoir d’abord inspectés et authentifiés, Charles, cardinal-prêtre de la Sainte Église de Rome sous le titre de Sainte-Praxède, archevêque de Milan, les a remises en place le premier février 1578. 
   
     Notes: Saint Maxime martyr (Massimo): Il doit s’agit du saint de ce nom martyrisé lors de la persécution de Dèce en Asie mineur vers 250, fêté le 15 avril. —  Saint Mona fut évêque de Milan au tournant du IIIe et du IVe siècle. — Saint Denis (San Dionigi) fut évêque de Milan de 349 à 355, date à laquelle il fut déposé et remplacé par Auxence (Aussenzio), évêque suspect de favoriser l’hérésie arienne (355-374); il mourut en 360. —  Archevêques de Milan: en fait Milan n’a reçu le rang d’archevêché que vers le milieu du VIIIe siècle. —   Saint Gaudin (Galdino della Sala), fut archevêque de Milan de 1166 à 1176, et cardinal; c’est lui qui reconstruisit Milan après sa destruction presque totale par les troupes de l’empereur Frédéric Barberousse en 1162. Aurélius évêque de Rediciano (?): je n’ai rien trouvé sur ce personnage. L’adjectif Redicianensis paraît formé sur le toponyme Rediciano (bien attesté par exemple pour le village de Redessan, à 11 km au  de Nîmes, autrefois Redeciano, mais qui n’a jamais été un évêché). Sainte Pélagie, martyre à Tarse en Cilicie au IVe siècle, aurait été placée par l’empereur Dioclétien dans un bœuf d’airain rougi au feu. — Ce saint Julien aurait été le premier évêque du Mans, vers 340.
(B.G., juillet 2007).
ANNEXE 3
Titres des reliques trouvés en 1620

Textes donnés par Fleureau (1683)
Traduction proposée par B.G. (2007)
     Dans un autre paquet, couvert d’un pareil linge blanc, il y avoit aussi une autre enveloppe de soye, marquée des mêmes armes de la ville, & au dedans un sac de cuir blanc, dans lequel étoient deux petits morceaux de parchemin écrits en lettres antiques sur l’un desquels étoient ces mots, Hic continentur reliqui SS. Cantii, Cantiani & Cantianillæ. Pulvis scilicet, de carne, & oßibus eorum, & sur l’autre, Hic habentur reliquiæ SS. Cantii, Cantiani, & Cantianillæ pulvis, & [p.361] quelques autres mots que l’on ne peut lire à cause de l’antiquité. Et encore un autre parchemin, avec ces mots écrits dessus. Reliquia de ossibus Beatissimorum Dei Martyrum Cantii, Cantiani, Cantianillæ fratrum, amen: Et de plus, deux grands os, & plusieurs autres de moindre grandeur, & de plusieurs parties du corps comme de mâchoires, crasnes, & autres. [...]  Il y avoit aussi dans la méme bourse un parchemin sur lequel étoient écrits ces mots en pareilles lettres antiques. Ossa sanctorum Cantii, & Cantiani. [...]
     Il y avoit avec tous ces paquets un parchemin écrit en lettres antiques auquel pendoit un sceau de cire blanche. Ce sceau étoit marqué d’un côté de la figure d’une [sic] Archevêque, tenant une crosse à la main, avec ces mots, Gilo Archiepiscopus Senonensis.
     Dans un autre paquet, couvert d’un pareil linge blanc, il y avoit aussi une autre enveloppe de soye, marquée des mêmes armes de la ville, & au dedans un sac de cuir blanc, dans lequel étoient deux petits morceaux de parchemin écrits en lettres antiques sur l’un desquels étoient ces mots, Ici sont contenus les restes des saints Can, Cantien et Cantienne, à savoir de la poussière de leur chair, et de leurs os, & sur l’autre, Il y a ici des restes des saints Can, Cantien et Cantienne, de la poussière, & [p.361] quelques autres mots que l’on ne peut lire à cause de l’antiquité. Et encore un autre parchemin, avec ces mots écrits dessus. Restes des os des très bienheureux martyrs de Dieu Can, Cantien et Cantienne, frères et sœur, amen: Et de plus, deux grands os, & plusieurs autres de moindre grandeur, & de plusieurs parties du corps comme de mâchoires, crasnes, & autres. [...]  Il y avoit aussi dans la méme bourse un parchemin sur lequel étoient écrits ces mots en pareilles lettres antiques. Os des saints Cant et Cantien. [...]
     Il y avoit avec tous ces paquets un parchemin écrit en lettres antiques auquel pendoit un sceau de cire blanche. Ce sceau étoit marqué d’un côté de la figure d’une [sic] Archevêque, tenant une crosse à la main, avec ces mots, Gilles, archevêque de Sens.
   
ANNEXE 4
Récit de Pierre de Natalibus
dans son Catalogus Sanctorum

Catalogue des Saints de Petrus de Natalibus, édition de Vincenza de 1493
Catalogue des Saints de Petrus de Natalibus, édition lyonnaise de 1516

     Deux édition anciennes du Catalogus Sanctorum de Petrus de Natalibus cité par Fleureau. A gauche, l’édition italienne de 1493 mise en ligne par l’Université de Séville, à droite ci-dessus l’édition lyonnaise de 1516 mise en ligne par la B.N.F sur son site Gallica.


Texte de l’édition de 1493
Traduction proposée par B.G. (2007)
     LXX. De sanctis cantio cantiano & cantianilla virginibus & martyribus.
     70. Saints Can, Cantien et Cantienne, vierges et martyrs.
     Cantius cantianus & cantianilla germani martyres apud aquileiam passi sunt sub diocletiano & maximanio imperatoribus agentibus dulcitio preside & sisinnio comite. Hi de genere carini imperatoris nobilissimi urbis rome civites persecutionem declinare cupientes facultatibus eorum pauperibus erogatis ex urbe discesserunt: & aquileiam devenerunt: ubi cuidam proto sacre scripture doctori illustrissimo adheserunt. Cum autem christum per urbem aquileiam publice nunciarent: & comes ac preses illos ut pote ex imperiali progenie detinere formidaret [sic]: imperatoribus de predictorum christianorum adventu per litteras suggesserunt. Quibus imperatores respondentes hanc dederunt auctoritatem: ut si sacrificare nollent capite punirentur. Quod cum beati martyres audivissent una cum + proto pedagogo suo ascenso vehiculo urbem aquileiam egressi fugiebant: non quam mortem recusarent sed ut aliis fidelibus prodesse possent. Quos comes sisinnius & preses dulcitius cum spiculatoribus insequentes cum alterum ex subjunctis animalibus eorum vehiculo corruisset: eos tandem in loco qui dicitur ad aquas gradatas apprehenderunt: & hortabant eos ut iovi thura offerent. Qui cum demoniis se nunquam sacrificaturos responderent: Iubentibus comite ac preside in eodem loco capitali supplicia plexi sunt. De quorum corporibus pro sanguine lac emanavit. Que a zenone presbytero collecta cum aromatibus apud ipsam civitatem tumulata sunt pridie cal. iunii.
    Can, Cantien et Cantienne, frères et martyrs subirent le martyre à Aquilée sous les empereurs Dioclétien et Maximien par le fait du gouverneur Dulcitius et du comte Sisinius. Descendant de l’empereur Carin, ces très nobles citoyens de la ville de Rome, désireux d’échapper à la persécution, après avoir vendu tous leurs biens en faveur des pauvres, ils quittèrent la ville et gagnèrent Aquilée, où ils s’attachèrent aux enseignements d’un certain Protus, très illustre professeur en Saintes Écritures. Comme ils préchaient ouvertement le Christ à travers la ville d’Aquilée, et comme le comte et le gouverneur craignaient de les arrêter en raison de leur ascendance impériale, ils firent savoir par lettre aux Empereurs l’arrivée de ces prédicateurs chrétiens. Les empereurs leur répondirent en leur en donnant l’autorisation. En l’apprenant, les bienheureux martyrs, avec leur maître Protus montèrent sur une carriole et sortirent de la ville d’Aquilée. Ils fuyaient, non parce qu’ils refusaient de mourir, mais pour pouvoir se rendre utiles à d’autres fidèles. Le comte Sisinius et le préfet Dulcitius les poursuivaient, accompagnés de leurs sbires. Comme l’une des bêtes attelées à leur carriole s’effondra, il finirent par les interpeller au lieu appelé Aux-Eaux-en-Escalier [ad aquas gradatas, aujourd’hui San Canzian d’Isonzo] et ils les exhortaient à faire brûler de l’encens devant Jupiter. Comme ils répondaient qu’il n’offriraient de sacrifices à des démons, sur ordre du comte et du préfet on leur infligea au même lieu la peine de la décapitation. De leurs corps il coula du lait au lieu de sang. Le prêtre Zénon les recueillit et en les embaumant les ensevelit dans la même ville la veille des calendes de juin [c’est-à-dire le 31 mai].
     
ANNEXE 5
Charte d’Henri Clausse (12 avril 1621)
traduite en français

Texte donné par Fleureau (1683)
Traduction proposée par B.G. (2007)
     Anno Domini millesimo sexcentesimo vigesimo primo, pridiè idus Aprilis, feria Paschali secunda, Sedente Gregorio decimo quinto summo Pontifice, Ioanne David Archiepiscopo Senonensi, Ludovico decimo tertio Rege Francorum, & Navarræ, Nos Henricus Clausse Episcopus Aurensis, nec non Coadjutor Cathalaunensis successorque designatus. Indicimus, attestamurque, data facultate ab eodem Reverendo Senonensi Archiepiscopo,
     L’an du Seigneur 1621, le 12 avril, mardi de pâques, Grégoire XV occupant le siège pontifical, Jean David étant archevêque de Sens, Lois XIII roi de France et de Navarre, nous Henri Clausse évêque d’Aure ainsi que coadjuteur et successeur désigné de Châlons, de par l’autorisation que nous en a donnée le vénérable archevêque de Sens, indiquons et attestons ceci. 
     per antiquas [sic], & reverendas Divorum Martyrum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ reliquias in feretrum cujus longa vetustate aureus fulgor obsoleverat, magnis sumptibus nitori suo redditum, incoctum, & plurimis laminis argenteis auctum, & in capsam recentem, quod altera carie penè exesa deperiret, assuetis ritibus, ac celebritate, priùs habita ad frequentem populum concione à fratre Gabriele Sanlaudensi, Prædicatore Capucino, nostra manu, magna spectante frequentia, repositas in æde Beatæ Mariæ ubi piè coli atque asservari solent.
     Les très anciennes et vénérables reliques des divins martyrs Can, Cantien et Cantienne, dans un brancard dont la brillante dorure avait disparu par suite de sa grande ancienneté, mais qui a recouvré son éclat à grands frais, redorée et rehaussée de nombreuses lames d’argent, et dans une nouvelle châsse parce que l’autre avait pratiquement disparue, rongée par la pourriture, avec les rites et la solennité d’usage, après qu’un sermon ait d’abord été prononcé à l’intention de la nombreuses assistance par le frère Gabriel de Saint-Lô, prédicateur capucin, [ces reliques] ont été replacées de nos propres mains, devant une nombreuse assistance dans l’église Notre-Dame où on l’a l’habitude de les vénérer et de les conserver.
     Postero autem die in statu, & solemni supplicatione, promulgatis 40. dierum indulgentiis, quas idem Dominus Archiepiscopus conceßit, & æternam vim habere jußit, magno apparatu circumlatas per urbem easdem sanctas prosequuti sumus reliquias, ingenti civium stampensium, & populi undique ad celebritatem affluentis multitudine.
     Et le jour suivant, avec une attitude et des prières solennelles, après qu’ont été proclamés 40 jours d’indulgence, accordés par le dit seigneur archevêque, qui a décrété qu’ils auraient cours à perpétuité, en grand apparat, nous avons suivi les reliques en procession avec une immense foule de citoyens étampois et de gens venus de toutes parts assister à cette célébration.
     Quibus omnibus, ut fides major sit, ad perpetuam rei memoriam, hisce litteris propria subscripsimus, præsentibus viris insignibus, tùm clericis quàm sæcularibus, Reverendo Patre ac Domino, Andreæ de Berzeau, Abbate Mauriniacensi, ac in supremo Senatu Conciliario, Ven. Viris Magistris Guillelmo Chassecueillier Cantore, & Canonico, Andreæ Gilles, Ludovico Bastard, Nicolao Tirouyn, Ægidio Barrault prædictæ Ecclesiæ Canonicis. Stephano Beauvoix, Capicerio, multisque aliis ejusdem Ecclesiæ capellanis. R. P. Fratribus, Ioanne Pave, Doctore Theologo, Franciscano, Raphaele Rothomagensi Guardiano Capucinorum Stampensium, Nobilibus, & præclaris viris, lacobo Petau Stampanæ Provinciæ Præside, Nicolao Cousté propræside, Guidone David Assessore. Michaele Egal Prætore, Claudio Prevost proprætore: Simone Chauvin, & Isaaco Blanchard Advocato, & Procuratore Regiis. Petro le Gendre Majore, Petro de Lambon, Isaaco Guisenet, Ioanne Aleaume, & Michaele Gillet Scabinis. Petro Baron Doctore Medico, Ioanne Albert juris utriusque Licentiato, Collegii Stampani moderatore: Clemente Poisson electo regio, Iacobo Guisenet, Claudio Guectard, Renato le Sueur, Natale Maugin, & Stephano Rivet dictæ Ecclesiæ Beatæ Mariæ Ædituis, permultisque aliis ad rem admißis testibus. 

     Et pour donner plus de crédit à tout ce que nous avons dit, pour qu’on en garde à jamais le souvenir, nous avons soussigné le présent document, en présence de hautes personnalités, tant de membres du clergé que de laïques: le révérend père André de Berzeau, abbé de Morigny et conseiller au Parlement de Paris; les vénérables personnes maître Guillaume Chassecueillier, chantre et chanoine; André Gilles, Louis Bastard, Nicolas Tirouyn et Gilles Barrault, chanoines de la susdite église; Étienne Beauvoix, chevecier et de nombreux autres, chapelains de la même église; les révérends pères frères Jean Pavé, docteur en théologie, franciscain, et Raphaël de Rouen, gardien des capucins d’Étampes; les nobles et illustres personnes Jacques Petau, bailli du gouvernement d’Étampes; Nicolas Cousté, vice-bailli; Guy David, assesseur; Michel Égal, lieutenant-général; Claude Prévost, lieutenant-particulier; Simon Chauvin et Isaac Blanchard, avocat et procureur du Roi; Pierre Le Gendre, maire; Pierre de lambon, Isaac Guisenet, Jean Aleaume et Michel Gillet, échevins; Pierre Baron, docteur en médecine; Jean Albert, licencié en droit civil et canon, principal du collège d’Étampes; Clément Poisson, élu du roi; Jacques Guisenet, Claude Guectard, René Le Sueur, Noël Maugin et Étienne Rivet, sacristains de la dite église de Notre-Dame; de très nombreuses autres personnes ont pu en être témoin.
     Datum Stampis in dicta Ecclesia Beatæ Mariæ sub sigillis nostro, & capituli, anno, & [p.363] die supradictis. Signatum Henricus Episcopus Aurensis, nec non Coadjutor Ecclesiæ Cathalaunensis.

Les Antiquités d’Étampes
, 1683, pp. 362-363.
     Donné à Étampes dans la dite église de Notre-Dame, sous notre sceau et celui du chapitre, l’an et le jour susdits. Signé: Henri évêque d’Aure, ainsi que coadjuteur de l’église de Châlons.

 
ANNEXE 6
Paul Allard
Sur l’historicité des Actes de Can, Cantien et Cantienne
extrait de: La persécution de Dioclétien et le Triompe de l’Église
1908


CHAPITRE PREMIER
LES CHRÉTIENS SOUS DIOCLÉTIEN ET MAXIMIEN HERCULE (285-292).
I. — Persécutions partielles à Rome et en Gaule.

     [...] Chargé par Dioclétien de dompter cette redoutable révolte, Hercule se hâta de quitter Nicomédie: par les provinces danubiennes, il gagna le nord de l’Italie. La route traversait Aquilée: on dit que, de concert avec le correcteur de la Vénétie et de l’Istrie [72], dont cette ville était la capitale [73], un des officiers du nouvel Auguste, Sisinnius Fescenninus, fit exécuter, le 31 mai [74], trois fidèles, Cantius, Cantianus et Cantianilla: leur parenté avec l’empereur Carinus, dont une victoire popularisa naguère le nom en Vénétie [75], avait peut-être non moins que leur foi appelé sur eux l’attention du cruel et zélé courtisan [76]. [...]
     [72] Sur l’origine des correcteurs, voir C. Jullian, les Transformations politiques de l’Italie sous les empereurs romains, p. 149 et suiv. Inscription d’un corrector Venetiæ et Histriæ sous Maximien Hercule: Orelli, 1050; Corpus inscr. lat., t. V, 2818.
     [73] Marquardt, Röm. Staatsverwaltung, t. I, p. 233.
     [74] Si l’on place cette exécution lors du passage de Maximien Hercule en Vénétie, on admettra facilement que, parti de Nicomédie dans les premiers jours d’avril, lui ou sa suite ait traversé Aquilée à la fin de mai.
     [75] En 284, Carinus avait défait le correcteur de la Vénétie, Julianus, qui venait de prendre la pourpre.
     [76] Les Actes des saints Cantius, Cantianus et Cantianilla (Acta SS., mai, t. VII, p. 420) sont des plus mauvais, et méritent le jugement sévère qu’en a porté Tillemont (Mémoires, t. V, note LXI sur la persécution de Dioclétien). Cependant plusieurs détails doivent être retenus, qui proviennent peut-être d’une source antique. — Le premier est la curieuse mention de deux magistrats pour juger les martyrs, fait exceptionnel que peuvent seules expliquer les circonstances que nous venons de rappeler. L’un des juges est Sisinnius, qualifié comes (cf. Mommsen, Römische Staatsrecht, t. II, 2e éd., p. 807) ; l’autre est le præses d’Aquilée, c’est-à-dire le correcteur de l’Istrie et de la Vénétie : les Actes lui donnent le nom de Dulcidius, qui rappelle par sa désinence celui d’un corrector Italiæ, Numidius, auquel Dioclétien et Maximien adressèrent une loi en 290 (Code Justinien, VII, XXXV, 3). — Un second détail digne d’être noté est l’indication donnée par les Actes du lieu précis du martyre, près d’Aquilée, dans file de Grade-. On a découvert en 1871, dans la basilique de Grado, un reliquaire en argent, paraissant du sixième siècle, sur lequel sont les bustes des saints Cantius, Cantianus et Cantianilla (Bullettino di archeologia cristiana, 1872, p. 155-158 et pl. XI-XII; 1878, p. 42). — Enfin, la mention de leur origine mérite d’être remarquée: on les dit Romains, de la race des Anicii. La famille des Anicii, qui donna au quatrième siècle de nombreux chrétiens, était dans les honneurs dès le début de l’empire : en elle finirent par se fondre d’autres grandes familles, les Probi, les Bassi: un Bassus fut consul au commencement du règne de Dioclétien, en 289. Les hagiographes paraissent avoir soigneusement recueilli le souvenir des martyrs alliés à cette noble race; ainsi, les Actes de sainte Christine de Bolsène disent aussi qu’elle fut par son aïeul maternel de gente Aniciorum: M. de Rossi fait remarquer qu’un fidèle, enterré en 373 tout près de son tombeau, place privilégiée convenant à un membre de la famille, avait le cognomen (mutilé)... BINVS, peut-être celui de Probinus, qu’une branche des Anicii porta au quatrième siècle (Bull. di arch. crist., 1880, p. 129, 131). En ce qui concerne les saints Cantius, Cantianus et Cantianilla, on pourrait se demander si leurs noms ne furent pas altérés par un copiste, et s’il ne faut pas voir en eux des Catii, famille illustre qui donna dès le troisième siècle des membres à l’Église (une Catia Clementina. De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 309, pl. XXX1, 12; une Catianilla, Bull. di arch. crist., 1865, p. 52), et parait avoir aussi été de bonne heure alliée aux Bassi (Roma sotterranea, t. I, p. 309): mais l’inscription de la cassette de Grado, qui porte en foules lettres Cantius, Cantianus et Cantianilla, s’y oppose. On a, du reste, des inscriptions de Cantii appartenant à la haute bourgeoisie italienne (Wilmanns, Exempla inscript. lat., 2122, 2135). Les Actes ajoutent que les trois martyrs de ce nom étaient parents de l’empereur Carinus. Ce renseignement peut faire comprendre qu’avant même toute persécution générale ils aient été dénoncés et punis.

Saisie emprunté et très légèrement corrigée d’une mise en ligne présente actuellement à deux adresses distinctes:
http://www.mediterranee-antique.info/Rome/Allard/P4/P01.htm
& http://perso.orange.fr/textes.histoire/Allard/P_4/P4_01.htm, toutes deux en ligne en 2007.
 
Source: Basile Fleureau, Les Antiquitez de la ville et du Duché d’Estampes, pp. 354-363. Saisie: Bernard Gineste, 2007.
   

ÉLÉMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

Éditions

 
     Édition princeps, posthume: Dom Basile FLEUREAU (1612-1674; religieux barnabite, de la congrégation de saint Paul), Les Antiquitez de la ville, et du Duché d’Estampes avec lhistoire de labbaye de Morigny et plusieurs remarques considerables, qui regardent l’Histoire generale de France [in-4°; XIV+622+VIII p.; publication posthume par Dom Remy de Montmeslier d’un texte rédigé en réalité vers 1668], Paris, J.-B. Coignard, 1683.

     
Réédition en fac-similé: Dom Basile FLEUREAU, Les Antiquitez de la ville, et du Duché d’Estampes avec lhistoire de labbaye de Morigny et plusieurs remarques considerables, qui regardent l’Histoire generale de France [23 cm sur 16; XIV+622+VIII p.], Marseille, Lafittes reprints, 1997.

     
Réédition numérique en ligne (en cours depuis 2001): Bernard GINESTE [éd.], «Dom Fleureau: Les Antiquitez d’Estampes (1668)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/index-fleureau.html, 2001-2007.

     Ce chapitre: Bernard GINESTE [éd.], «Dom Fleureau: Des Reliques des Saints Martyrs Can, Cantien & Cantienne (1668)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-17-fleureau-c08.html, 2007.
 
1a. Le texte des Actes authentiques des quatre martyrs d’Aquilée

     Les Actes authentiques des saints martyrs Cant, Cantien et Cantianille (Acta Cantii, Cantiani et Cantianillae) ont selon BONVOISIN 1867 été d’abord publiés par:
     Johannes MABILLON (Jean MABILLON), De Liturgia gallicana libri III, in quibus veteris missae, quae ante annos mille apud Gallos in usu erat, forma ritusque eruuntur ex antiquis monumentis, lectionario gallicano hactenus inedito, et tribus missalibus thomasianis, quae integra referuntur. Accedit disquisitio de cursu gallicano, seu de divinorum officiorum origine et progressu in ecclesiis gallicanis, opera et studio domni Johannis Mabillon,... [in-4°; XL+498 p.], Luteciae Parisiorum (Paris), vid. (veuve de) E. Martin et J. Boudot, 1685, pp. ?-?.


     Dont une traduction slovène en ligne:
Tomaž MARAS, «Farni zavetniki», in VRNET - rkc.si - Župnije (Kjer so zbrani v mojem imenu, sem sredi med njimi), http://zupnije.rkc.si/kranj/?id=16&fmod=0, 2006, en ligne en 2007.

1b. Les discussions sur la valeur historique de ces Actes
Tillemont, Allard

    Louis-Sébastien LE NAIN DE TILLEMONT (historien, prêtre janséniste, 1637-1698), Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles, justifiez par les citations des auteurs originaux... par le sieur D. T. [in-4°; 16 volumes (t.1er qui contient le temps de Nostre Seigneur et les apostres; t. II qui comprend les disciples de Nostre Seigneur et des apostres, la suite de l’histoire de l’Église jusqu’à l’an 177, avec une Lettre au R. P. Lami sur la dernière pasque de N. S.; t.III qui comprend depuis l’an 177 jusqu’en 253; t.IV qui comprend l’histoire de S. Cyprien et le reste du IIIe siècle depuis l’an 253; t.V qui comprend la persécution de Dioclétien, celle de Licinius et les martyrs dont on ignore l’époque; t.VI qui comprend l’histoire des donatistes jusqu’à l’épiscopat de saint Augustin, celle des ariens jusques au règne de Théodose le Grand, celle du Concile de Nicée, etc.; t.VII qui comprend les histoires particulières depuis l’an 328 jusqu’en l’an 375, hors S. Athanase, et où l’on verra l’origine des solitaires, des coenobites, des congrégations et des chanoines réguliers; t.VIII qui contient les vies de S. Athanase et des saints qui sont morts depuis l’an 378 jusques en 394 et les histoires des priscillianistes et des messaliens; t.IX qui contient les vies de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Grégoire de Nysse et de saint Amphiloque; t.X qui contient les vies de S. Ambroise, S. Martin, S. Épiphane et divers autres saints morts à la fin du IVe siècle et au commencement du Ve; t.XI qui contient la vie de saint Chrysostome, celles de Constance prestre, de sainte Olympiade veuve, de Théophile patriarche d’Alexandrie, de Pallade d’Hélénople, etc.; t.XII, qui contient l’histoire de saint Jérôme, prestre et docteur de l’Église, et de divers autres saints ou grands hommes morts depuis l’an 420 jusque vers l’an 430; t.XIII qui contient la vie de saint Augustin, dans laquelle on trouvera l’histoire des donatistes de son temps et celle des pélagiens; t.XIV qui comprend les histoires de saint Paulin, de S. Célestin pape, de Cassien, de S. Cyrille d’Alexandrie et du nestorianisme, etc.; t.XV qui comprend les histoires de saint Germain d’Auxerre, de saint Hilaire d’Arles, de Théodoret, de saint Léon pape et de quelques autres saints ou grands hommes qui sont morts depuis 448 jusques en 461; t.XVI qui comprend l’histoire de S. Prosper, de S. Hilaire pape, de S. Sidoine, d’Acace de Constantinople, de saint Eugène de Carthage et de la persécution de l’Église d’Afrique par les Vandales, d’Euphème et de saint Macédone, patriarches de Constantinople, et de divers autres saints et saintes ou grands hommes qui sont morts depuis l’an 463 jusques en 513); à partir du t.V, le titre porte le nom de l’auteur], Paris, C. Robustel, 1693-1712. Réédition: Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles... par M. Le Nain de Tillemont… 2e édition revue, corrigée par l’auteur et augmentée d’une dissertation sur S. Jacques le Mineur [in-4°; 16 volumes], Paris, C. Robustel, 1701-1714, t. V, note LXI sur la persécution de Dioclétien.

    Louis-Sébastien LE NAIN DE TILLEMONT, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles... par le sieur D. T. [in-12; 8 tomes (t.I/1 qui contient l’histoire de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, la sainte Vierge, saint Joseph, époux de la sainte Vierge, saint Joseph d’Arimathie et saint Jean-Baptiste; t.I/2 qui contient saint Pierre et saint Paul; t.I/3 qui contient le reste des apostres et saint Barnabé; t.II/1 qui comprend les disciples de Nostre Seigneur et des apostres et la suite de l’histoire de l’Église jusqu’à la persécution de Trajan; t.II/2 qui comprend les disciples des apostres et la suite de l’histoire de l’Église depuis la persécution de Trajan jusqu’à saint Justin; t. II/3 qui comprend les disciples des apostres et la suite de l’histoire de l’Église depuis S. Concorde jusqu’à l’an 177, avec une Lettre du R. P. Lami sur la dernière pasque de N. S.; t.III/1 qui comprend depuis l’an 177 jusqu’en 202; t.III/2 qui comprend depuis l’an 202 jusqu’en 250; t. III/3 qui comprend depuis l’an 250 jusqu’en 253; t.IV/1 qui comprend l’histoire de S. Cyprien et le reste du IIIe siècle depuis l’an 253; t.IV/2 qui contient les saints, les hérésies et la persécution de l’Église; t.IV/3 qui contient les saints; t.V/1 qui comprend l’histoire générale de la persécution de Dioclétien; t.V/2 qui comprend plusieurs saints qui ont souffert le martyre durant la persécution de Dioclétien; t.V/3 qui comprend quelques saints qui ont souffert le martyre durant la persécution de Dioclétien, la persécution de Licinius et les martyrs dont on ignore l’époque; t.VI/1 qui comprend l’histoire des donatistes jusques à l’épiscopat de saint Augustin; t.VI/2 qui comprend l’histoire abrégée de l’arianisme jusques au règne de Théodose le Grand; t.VI/3 qui comprend le Concile de Nicée jusques aux audiens; t.VII/3 qui comprend des histoires particulières depuis le Concile de Nicée, et où l’on verra l’origine des solitaires, des coenobites, des congrégations et des chanoines réguliers; t.VIII qui contient les vies de S. Athanase et des saints qui sont morts depuis l’an 378 jusqu’en 394, et les histoires des priscillianistes et des messaliens); à partir du t.IV/1 le titre porte le nom de l’auteur)], Bruxelles, E. H. Fricz, 1694-1719. Réédition [in-f°; 9 tomes], Bruxelles, E. H. Fricx, 1732
, t. V, note LXI sur la persécution de Dioclétien

     1) Paul ALLARD (historien et poète, spécialiste de l’antiquité chrétienne, doyen de l’Académie de Rouen, 1841-1916) [à ne pas confondre avec Paul Allard, jésuite, 1899-1950], La Persécution de Dioclétien et le triomphe de l’Église [in-8° (22 cm); 438 p.], Paris, V. Lecoffre, 1890.
     2) Paul ALLARD, Histoire des persécutions. IV-V. La persécution de Dioclétien et le triomphe de l’Eglise. 2e édition revue et augmentée [
in-8°; 2 volumes (LIX+479 p.;450 p.)], V. Lecoffre, 1900.
     Dont une réédition numérique (de l’édition de 1900) en mode image par la BNF sur son site Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k204954h (tome 1) & http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k204955w (tome2), en ligne en 2007.
     Dont une réédition numérique en mode texte: F.-Dominique FOURNIER [éd.], «Paul Allard: La persécution de Dioclétien et le triomphe de l’Eglise (1903 [?])», in ID., «Tout sur la Rome antique d’après les auteurs modernes», in ID., Tout sur la Rome antique, http://perso.orange.fr/textes.histoire/Allard/P_4/P4_00.htm, en ligne en 2007.
     (
Le passage qui concerne les martyrs d’Aquilée dans cette édition est au tome I, pp. 22-24, et dans l’édition Fournier à la page: http://perso.orange.fr/textes.histoire/Allard/P_4/P4_01.htm; ).
     3) Paul ALLARD, Histoire des persécutions. IV-V. La persécution de Dioclétien et le triomphe de l’Eglise. 3e édition revue et augmentée [in-8°; 2 volumes (LX+491 p.; 458 p.)], Paris, V. Lecoffre, 1908.
     Dont une réédition en fac-similé:
[24 cm; 2 volumes (LX+491 p.; 458 p.); notes bibliographiques; reproduction en fac-similé de l’édition de 1908], Roma, "L’Erma" di Bretschneider [«Studia historica» 101], 1971.

     Extrait: Sec. IV. E’ presente nel Martirologio Romano. Ad Aquileia in Friuli, santi Canzio, Canziano e Canzianilla, martiri, che, arrestati dal persecutore mentre si allontanavano su un carro dalla città, furono infine condotti al supplizio.
     Canzio, Canziano e Canzianilla, che la la tradizione vuole fratelli, caddero sotto Diocleziano agli inizi del IV secolo e vennero sepolti ‘ad aquas Gradatas’. Nella stessa località, corrispondente all’odierno S. Canzian d’Isonzo, venne scoperta recentemente la relativa basilica paleocristiana e la stessa tomba, con notevoli resti ossei di tre individui. La venerazione dei martiri è attestata dal racconto di S. Massimo di Torino (sec. V), da una celebre cassetta-reliquiario in argento conservata a Grado della fine del sec. V e dall’affermazione di Venanzio Fortunato (fine sec. VI): "Aquileiensium si forte accesseris urbem, Cantianos Domini nimium venereris amicos". In età altomedioevale esisteva in detta località un monastero in loro onore, dedicato a S. Maria. Il culto dei martiri era già anticamente diffuso nell’Italia settentrionale (Lombardia), in Francia e in Germania.

2. Le panégyrique du pseudo-Ambroise de Milan
(aujourd’hui attribué à Maxime de Turin)

[cette notice sera complété ultérieurement]

     [Pseudo-] AMBROSIUS MEDIOLANENSIS (AMBROISE DE MILAN), Sermon 75.
     MAXIMUS TAURINENSIS (MAXIME DE TURIN, mort en 470), Panégyrique des saints martyrs Cant, Cantien et Cantianille.

3. Le témoignage de Venance Fortunat (négligé par Fleureau),
sur le culte des ces saint à Aquilée (fin Ve siècle)


     VENANCE FORTUNAT (évêque de Poitiers au début du VIe siècle), Vie de saint Martin, livre livre IV, vers 658-659: “Aquileiensium si forte accesseris urbem, / Cantianos Domini nimium venereris amicos.”  (“Si jamais tu gagnes la ville d’Aquilée, tu vénèreras beaucoup des Cantiens, amis de Dieu” )

     Jacobus Salvator SOLANUS Murgensis (Giacomo Salvatore SOLANO de Murgia) [éd.], Venantii Honorii Clementiani Fortunati, ... Carminum, libri octo. Nunc primum typis excussi, & per Iac. Saluatorem Solanum Murgensem, ab innumeris mendis, quae erant in peruetusto codice manu scripto purgati, & in suam ueterem ac genuinam lectionem restituti. Additi etiam sunt eiusdem Fortunati, De uita S. Martini lib. 4 [in-8°; 8+140+4 ff.], Calari, Vincentius Sembeninus Salodiensis (Vincenzo Sembenino de Salò) & Nicolaus Canyelles (Niccolò Canelles), 1574.
     Christophorus BROWERUS (Kristoffel BROUWER), Venantii Honorii Clementiani Fortunati,... Carminum, epistolarum et expositionum libri XI, multis poematis, aliquot etiam librorum membris aucti,... Additi, praeter supplementa, de Vita S. Martini libris IV. Omnia recens illustrata notis,... a R. P. Christophoro Browero,... [in-4°], Moguntiae (Mayence, Mainz), Joannes Wulfraht, 1624.
     Réédition: Venantii Honorii Clementiani Fortunati, Italici presbyteri, episcopi Pictaviensis, vetusti et christiani poetæ, Carminum, epistolarum & expositionum Libri XI. Multis poematis, aliquot etiam librorum membris aucti: omnes ad veterum exemplarium fidem castigati. Additi, præter supplementa, de vita S. martini libri 4. Omnia recèns illustrata Notis sacris, historicis, & geographicis à RP Christophoro Browero Societatis Iesus presbytero [in-4°; 296 p.], Moguntiae  (Mayence, Mainz), Michael Demen, 1630.