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Les Antiquitez
de la Ville et du Duché d’Estampes
Paris, Coignard, 1683
Première Partie, Chapitre
XLIV, pp. 267-283
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Du Siege d’Estampes
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PREMIERE PARTIE. CHAPITRE XLIV.
Recit veritable de ce qui s’est paßé
au siege
de la Ville d’Estampes en l’année 1652.
Édition 2a (mai 2007)
| Loüis XIV.
Roy de France. |
Cesar de Vendôme.
Loüis de
Vendôme.
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Ducs d’Estampes. |
L’Histoire generale
nous apprend les causes, le commencement, le progrez, & la
fin des mouvemens de la France, en 1652. Pour moy je remarqueray icy
seulement ce qui regarde la Ville d’Estampes, faisant un recit succint
de ce qui s’y est passé pendant ces mouvemens. Le Prince de
Condé, & les Ducs de Beaufort, & de Nemours, qui s’étoient
tous rendus à Montargis avec leurs troupes, après le combat
de Bleneau, laissans leur armée sous la conduite de leurs Lieutenans
Generaux, se rendirent en diligence auprés du Duc d’Orleans
à Paris, pour prendre Conseil, sur ce qu’il devoient faire, &
sur tout, pour trouver les moyens de maintenir toûjours la Ville
de Paris dans leurs interests, dont il y avoit quelque apparence qu’elle
se vouloit separer; le peuple commençant à supporter avec
impatience l’absence du Roy, & écoutant volontiers qu’on parlât
de procurer son retour. Ils se resolurent de faire approcher leurs troupes
de Paris, & ils envoyerent les ordres necessaires pour les faire
venir: & la nuit du vingt-uniéme jour
d’Avril toute cette armée, qui commençoit à
souffrir beaucoup faute de pain, & qui n’avoit subsisté que
par l’abondance du vin, qu’elle avoit trouvé dans les Ports de
Montargis, décampa, & prit sa marche vers Paris, pour
s’y rendre au plûtôt, si elle n’en eût esté
empéchée par celle du Roy, qui étoit aussi en
marche le long de la riviere d’Yonne & de Seine pour prendre le
devant. Cette armée étant arrivée de Montargis
le mardy au soir, aux environs
de Milly, & de Maisse, l’avant-garde s’avança vers la Ferté
Aalés pour s’en saisir: mais les premiers qui se presenterent
à la porte ayant appris que l’armée du Roy étoit
de l’autre costé de la Ville, & que déjà quelques
troupes commençoient à y entrer, ils retournerent au plus
viste en donner avis à leurs Chefs, lesquels s’assemblerent aussi-tôt
au Conseil, pour voir ce qu’ils avoient à faire en une rencontre
si imprevûë. Les avis furent divers, les uns opinerent de
retourner d’où ils étoient venus, ou vers Orleans, &
les autres proposerent de venir à Estampes pour se tenir, au [p.268] moins, à
couvert des murailles de la ville. Cet avis souffrit des difficultez,
à cause du peril qu’il y avoit d’arriver de nuit aux Portes
d’une ville, dont ils n’étoient point assurez. Neanmoins sur la
remontrance que le sieur de la Boulaye fit, qu’il étoit connu de
quelques-uns d’Estampes: qu’il y étoit venu, & y avoit passé
pendant les mouvemens de Paris, & qu’apparemment on ne luy refuseroit
pas l’ouverture de la Porte, lors qu’il la demanderoit de la part de
Monsieur de Beaufort, seulement pour y faire passer l’Armée,
pour la mettre à couvert de la riviere. Cet avis fut agréé,
& aussi-tôt on marcha du costé d’Estampes: sur les dix heures du soir, le sieur de
la Boulaye, suivy des Chefs de l’Armée, se presenta à la
barriere du Faux-Bourg de saint Pierre, la plus proche de l’Eglise, où,
par mal-heur, le Capitaine n’étant pas au Corps de Garde, les Païsans
qui la gardoient, aussi-tôt qu’ils oüirent le nom de la Boulaye,
qui parloit de la part de Monsieur de Beaufort, ils la luy ouvrirent.
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Louis XIV et les ducs d’Orléans et de Beaufort
(à gauche in texto: portrait du Grand Condé)
Gaston, duc d’Orléans
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Au premier bruit de l’arrivée de cette armée, tous
les habitans tant du Faux-Bourg que la Ville se mirent sous les armes
sans y avoir esté excitez par aucune alarme, & coururent
du côté où l’ennemy paroissoit, pour luy resister,
comme il avoit resolu en une assemblée de ville tumultuairement
faite, où l’on avoit dit qu’il n’y avoit qu’une partie
de l’Armée aux Portes. Deux Officiers du Roy, habitans de
la Ville, l’un des Gardes du Corps du Roy, & l’autre de l’Artillerie,
aussi-bien qu’un Bourgeois Capitaine d’une des Parroisses de la
Ville furent des premiers, & s’opposerent autant qu’ils pûrent [sic], pour empêcher l’entrée
de cette Armée, remontrant aux Chefs, qu’il leur seroit plus
facile de passer la riviere par d’autres lieux qu’ils offroient
de leur enseigner, que par dedans la ville; à cause de quelques
ruës étroites par où il falloit de necessité
passer. Ce qui fut aussi fortement soûtenu par quelques autres
habitans, survenues un peu après lesquels du depuis se moquant
du peril qu’il y avoit d’y resister, & ne pouvant se resoudre d’abandonner
leur ville & leurs familles en cet état, se virent obligez
de continuër leur zele, & resistance avec moins de bruit, pour
tâcher aux occasions, de servir avec plus de fruit, ne craignant
rien moins que de se perdre, pourveu que ce fût en gens de bien
& d’honneur, & utilement pour leur Patrie & le service de
leur Roy, mais ce n’étoit pas le dessein de ces troupes de passer
seulement, elles sçavoient qu’il y avoit des bleds dans la ville,
pour les faire subsister long-temps: & que l’Armée du Roy,
qui les poursuivoit, viendroit [p.269]
difficilement les attaquer. C’est pourquoy leur Canon
étant arrivé pendant ce pourparler assez long, on n’usa
plus de prieres mais de menaces, si bien que n’ayant point de nouvelles
de l’armée du Roy, ny de garnison, ny d’esperance de secours,
il falut ceder à la force & à la surprise de ces troupes,
qui ne cherchoient, particulierement les étrangers, que des
pretetes de vol & de pillage. Il fut neanmoins accordé
avec les Chefs, qu’on ne logeroit dans la ville que l’Etat major, &
les Soldats dans les Faux-Bourgs. Mais comme ceux-cy entroient de
jour dans la ville, ils y faisoient tant de desordres, que pluieurs habitans
furent contrains d’abandonner leurs maisons, & leurs biens pour se
retirer ailleurs.
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François de Beaufort, dit le roi des Halles
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L’armée du Roy s’avança de la Ferté Aalés
à Châtres sous Montl’hery, où elle campa,
ostant par ce moyen l’esperance à ceux qui estoient à
Estampes de se rendre aux environs de Paris, comme ils avoient projetté.
Les Maréchaux de Turenne & d’Hoquincourt [sic], qui sçavoient
bien que l’Armée des Princes se vantoit d’avoir remporté
de l’avantage sur celle du Roy à Bleneau, cherchoient les moyens
d’avoir leur revanche. Pour y parvenir plus aisément, à
cause qu’ils ne pouvoient la venir attaquer, qu’en faisant tenir à
leur armée le chemin de Chartres, ils semerent le bruit que
les vivres leur manquoient au Poste de Châtres, & qu’ils étoient
contraints de décamper pour aller vers Chartres, où il
y avoit abondance de bleds. Pendant que l’on entretenoit tout le monde
de ce bruit, qui étoit commun dans Estampes même, ces Generaux
firent reconnoître les postes, les fortifications, & l’ordre
de la garde que tenoit jour & nuit l’Armée qui étoit
à Estampes, en attendant quelque occasion pour executer leur dessein.
Mademoiselle avoit toûjours sejourné à Orleans,
depuis qu’elle s’y transporta de Paris, pour maintenir cette ville
dans le party des Princes. Sur l’avis que le Roy s’étant rendu
à Saint Germain en Laye, l’on avoit donné ouverture à
un accommodement, elle se resolut d’aller à Paris. Elle arriva
à Estampes le deuxiéme jour de
May: les Lieutenans Generaux, & les Chefs des troupes qui
y étoient, allerent, pour luy faire honneur, au nombre d’environ
huit cent chevaux, la recevoir bien loin hors de la ville. Aussi-tôt
qu’elle fût [sic] arrivée à Estampes elle depécha un Courier
à Monsieur de Turenne pour obtenir de luy un sauf-conduit pour
passer à Paris. Ce General qui se comportoit en tout avec
beaucoup de prudence, fit reponse qu’il n’en pouvoit donner qu’auparavant
il n’eût donné avis au Roy de ce qu’on luy demandoit: [p.270] & qu’il
alloit depécher un exprés à la Cour, & que
le lendemain il envoieroit la reponse, comme il fit, envoiant à
Mademoiselle le Passeport qu’elle avoit souhaité. Il proposa à
monsieur d’Hocquincourt, & aux autres Officiers, qu’il jugeoit à
propos d’executer ce qu’il y avoit long-temps qu’ils meditoient, &
qu’il leur seroit facile d’en venir à leur honneur: parce que
si les seuls Chefs sortoient d’Estampes pour accompagner Mademoiselle,
comme ils avoient fait pour la recevoir, ils pourroient les couper entre
la ville, & les empécher d’y entrer: ou s’ils mettoient toute
l’armée en bataille pour la luy faire voir, il tenoit pour infaillible,
que sur les avis que les Chefs recevroient de leur marche, & de leur
approche, ils feroient défiler l’infanterie pour reprendre ses
quartiers, & dans cette confusion, ils auroient bon marché de
la cavalerie, & emporteroient facilement le quartier S. Martin, qu’ils
avoient fait reconnoître: ou qu’en tout cas, s’ils faisoient ferme,
ils se battroient genereusement.
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Turenne
Anne-Marie de Montpensier, dite Mademoiselle
peinte ici en Minerve par Louis Elle
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Tous ceux qui étoient au Conseil conclurent d’une commune voix
qu’il n’y avoit rien à differer. Les ordres furent donnez
à l’infanterie, & à la cavalerie de se mettre en
estat de marcher, avec six pieces d’artillerie. La garde du camp fut
donnée aux Regimens de Ralle, de Bourlemont, & à celuy
de la Couronne, d’infanterie, & à ceux de Marcoussi, &
de Lamet de cavalerie. De Châtres à Estampes, il y a cinq
lieuës; de sorte que pour y arriver le matin, l’armée marcha
une partie de la nuit prenant
son chemin par le village de Villeconin, & Folleville; & aussi-tôt
qu’elle fut hors des chemins creux, & des défilez, à
mesure que les troupes entrerent dans la plaine, qui est entre le
village de Boissi-le-sec, & celuy de de Chesnay [sic], elles se mirent
en ordonnance de bataille: puis elles prirent leur marche, &
la continuerent par toute cette plaine, de plus d’une lieuë,
& demi de long, jusques au bout le plus proche du fauxbourg qu’ils
vouloient attaquer. On mit le canon sur le bord de la colline, dont
la pente est fort roide, & la largeur de la plaine au bas, n’est
pas de plus de cinquante à soixante pas; de sorte que les bataillons
d’infanterie, qui devoient attaquer ne purent pas se redresser facilement.
On assigna les postes aux escadrons de cavalerie, & dans les intervalles,
on y mit des hommes tirez de tous les corps de l’infanterie. Monsieur
de Turenne, prit la charge d’attaquer par le bout le plus proche de la
ville, pour se saisir du pont, par dessus lequel on entre dans le reste
du fauxbourg; & Monsieur d’Hocquincourt se chargea d’attaquer [p.271] par l’autre bout du côté d’Orleans, où l’on
fit passer un gros de cavalerie, qui se posta sur l’éminence
opposée à la porte.
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L’armée des Princes étoit
sortie dés le matin, &
s’étoit mise en bataille sur la plaine qui est devant, &
aux environs du lieu appelé Guynette.
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La porte de Paris, les murs et la Tour de Guinette au début
du XVIIIe siècle (huile sur toile conservée au Musée
d’Étampes, qui passe pour une copie XIXe siècle d’un tableau
perdu du début du XVIIIe siècle, par Philippe Delisle)
(B.G.)
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Les desseins des Lieutenans Generaux étoient de faire ce jour-là,
une reveuë generale de leurs troupes: mais comme
ils receurent avis que l’armée du Roy étoit en marche:
Et qu’aussi-tôt ils l’apperçeurent [sic] dans la plaine, qui
marchoit en diligence, & en bel ordre, ils connurent bien que
ce n’étoit point pour aller à Chartres, comme le bruit
en avoit couru, mais qu’elle avoit dessein de les venir attaquer.
Le Baron de Clinchamp proposa de disposer les troupes au combat, considerant
qu’elles étoient en un lieu fort avantageux: mais le Comte
de Tavannes, qui avoit en tout le principal commandement s’y opposa,
disant qu’il n’avoit point d’ordre de combatre; mais seulement de se
deffendre, si on l’attaquoit: & à l’instant il fit défiler,
& rentrer les troupes dans la ville, bordant toutes les murailles
d’infanterie. Les regimens de Condé, & de Bourgogne, avec
sept autres Allemans d’infanterie se retirerent dans le fauxbourg
de S. Martin, qui étoit leur quartier; & les regimens
de Vitemberg, & de Brouk de cavalerie passerent au de-là,
dans la plaine du petit saint Mard, où ils se mirent en bon
ordre, pour soûtenir autant qu’ils pourroient leur infanterie.
Toutes les choses étant en l’état que j’ay dit, le Vicomte
de Turenne fit donneur [sic]
entre neuf et dix
heures du matin, dans le poste qu’il avoit entrepris d’attaquer,
par des hommes du regiment de Picardie, soûtenus du reste de
leurs corps, & de celuy d’Uxelles, & de Turenne. Les enfans
perdus conduits par un Officier de Picardie, tous l’épée
à la main donnerent d’abord avec tant de vigueur, par la ruë
qui passe au long du moulin qui est au dessus du pont, qu’ils couperent
les regimens de Condé, & les Allemans: forcerent le regiment
de Bourgogne: & entrerent jusques à l’Hôpital de saint
Jean, d’où ils furent puis après repoussez, jusques vers
les moulins où ils furent si bien soustenus par les corps qui les
suivoient, qu’ils demeurerent maîtres de l’entrée du fauxbourg
par ce bout-là: & de la place qui est entre le pont des moulins,
& la porte; dans les maisons de laquelle place ils mirent des fusiliers,
qui empêchoient, par le grand feu qu’ils faisoient, d’y entrer,
& de paroître le long de la ruë du haut du pavé,
où plusieurs Officiers sortis de la ville, furent tuez, à
mesure qu’ils paroissoient sur le penchant.
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[p.272] D’autres troupes bonnerent en même-temps par la porte, dite
de Chaufour, directement opposée au lieu où l’armée
estoit campée: Et Monsieur d’Hocquincourt descendant de
son poste comme un foudre, jetta une partie de son gros, contre la porte
du côté d’Orleans, & l’autre partie se lança
dans la plaine où étoit la cavalerie ennemie, qui lâcha
le pied, & peu après se rallia le mieux qu’elle pût,
& avec ce qui étoit aussi de cavalerie dans le haut pavé,
traversa la ville au grand trot, & s’alla mettre en bataille sur
la colline du côté de Pluviers, dite communément
les Grouës de Vaurou, d’où elle put voir le retour triomphant
de l’armée du Roy, après le combat. La partie de la cavalerie
du Roy qui étoit entrée dans l’enclos, poussa vigoureusement
tout ce qu’elle trouva d’ennemis devant elle, les contraignit de se
reserrer dans des maisons, dans le cimetiere, & dans l’Eglise même,
comme dans un dernier reduit, aux approches de laquelle il y eut un
rude combat, qui dura longtemps, & à plusieurs reprises;
ceux qui étoient dedans, au nombre d’environ cinq cent bons hommes,
se deffendans avec beaucoup de cœur jusques à ce que se voyant
assiegez de toutes parts des assaillans, sans esperance d’être
secourus, ils se rendirent tous prisonniers de guerre. Ce ne fut pas seulement
à l’Eglise, où les troupes du Roy trouverent de la resistance;
mais elles furent contraintes de combatre en plusieurs maisons, & jardins,
où des soldats s’étoient retranchez, dont il y en eut, qui
n’ayant plus de munition de guerre, se servirent de pierres contre ceux
qui les attaquoient. Enfin les gens du Roy demeurerent entierement victorieux,
& pillerent tout le bagage de ceux qui y étoient logez.
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Louis XIV sur un louis de 1652
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D’abord que les troupes du Roy furent entrées dans le fauxbourg,
la plus part des soldats, au lieu d’observer l’ordre qui leur avoit
esté donné, & de se saisir des postes les plus
avantageux, se jetterent dans des maisons pour y piller; ce qui auroit
pû causer de la confusion & faire perdre l’avantage que
l’on avoit sur les ennemis si au premier avis de ce desordre, le sieur
de Varannes, qui servoit en qualité de volontaire auprés
du Vicomte de Turenne, n’y fût venu par son commandement, &
n’eût fait sortir des maisons les soldats, en les mettant tous
en bon ordre dans le carrefour, & dans la place, qui est devant
l’Eglise. Ayant rencontré sur ces entrefaites des soldats
du Comte de Broglia, qui avoient pris prisonnier le Comte de Briole, il
dit à ce Comte qu’il commandât aux soldats de son party,
qui se deffendoient dans l’Eglise, de [p.273] se rendre, mais il n’en
voulut rien faire. Pendant toute cette action qui dura depuis neuf à dix heures du matin jusques sur
les quatre heures du soir, Monsieur de Tavannes, & les
autres Lieutenans Generaux firent tout ce qu’ils pûrent pour secourir
leurs gens; mais ceux du Roy, qui gardoient l’entrée de ce Faux-Bourg
du côté de la ville, leur resisterent toûjours, avec
tant de vigueur, qu’ils ne purent avancer jusques au pont qui est entre
les moulins. Ils firent mettre pied à terre à la Cavalerie,
mais inutilement.
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Le Baron de Clinchamp qui commandoient les Etrangers, comme le plus
interessé, s’y employa de tout son pouvoir, & se jetta
hardiment au feu, où il receut un coup de mousquet tres-favorablement;
car la balle demeura attachée dans son bufle, & s’applatit
contre l’argent qu’il avoit dans son bourson, sans luy faire autre mal
qu’une legere contusion. Le Regiment de Bourgogne, qui avoit été
d’abord chassé de son poste, ne voulut plus retourner au
combat. On fit sortir de la ville celuy de Languedoc, qui regagna
quelques maisons de la place où est l’Ecce Homo; mais c’étoit
sur le tard, & les gens du Roy se disposoient à leur
retour, ayant déjà retiré tous leurs hommes
du Fauxbourg, excepté ceux qui en gardoient l’entrée,
& la place, que Monsieur de Turenne envoya retirer par un gros
escadron de cavalerie. Il y eut plusieurs Officiers, & soldats
tuez de part, & d’autre. Du côté du Roy le jeune
Prince de Quincé, & le Comte Charles Broglia, qui avoient
été plu avant dans la mêlée, furent blessez.
Et de la part des Princes entr’autres le Colonel Brouk, Liegeois,
fut tué d’un coup de mousquet au front. Il fut extremement regreté
des siens, qui en faisoient une particuliere estime, pour sa bonne
conduite, son experience, & sa generosité, jusques à
dire, que par sa mort, leurs troupes étoient diminuées
de deux mille hommes.
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L’armée du Roy s’étant remise en bataille, sur les quatre heures du soir, reprit
son chemin pour s’en retourner par la même plaine qu’elle étoit
venuë, emmenant plus de quinze cent prisonniers, avec de tres-amples,
& riches depouïlles. Elle alla camper aux environs d’Estrechy,
& deux jours après elle
arriva à Palaiseau, d’où nous la verrons bien-tôt
revenir.
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Une si grande perte donna bien à penser aux Lieutenans
Generaux, qui étoient à Estampes. Ils appliquerent
tous leurs soins à rallier leurs troupes, qui diminuoient tous
les jours, tant par les maladies, dont plusieurs mouroient, que par
la desertion de plusieurs, tant soldats, qu’Officiers, qui se reiroient
les uns par lâcheté, [p.274] & les autres, parce qu’ils ne croioient pas pouvoir avec justice,
combatre contre leur Roy, & aussi parce que les païsans
tuoient beaucoup de ceux qui alloient au fourage, particulierement
des Allemans. Et pour conserver ce qui leur restoit, craignans que
l’armée du Roy, ne les vint attaquer une seconde fois, voyans
que la premiere luy avoit si bien reüssi, ils resolurent de retirer
tous leurs gens, infanterie, & cavalerie au dedans des murailles
de la ville, ce qui se fit le lendemain,
cinquiéme jour de May. Les Allemans qui soupçonnoient
qu’il y eût eu de l’intelligence en la defaite de S. Martin,
voulurent avoir le poste le plus couvert: tellement que pour les contenter,
on mit leur infanterie du côté des prez, depuis les porteraux,
jusques vers le coing de Cocquerine: & on luy confia la garde de
la porte de saint Pierre, qui étoit la seule par laquelle on pouvoit
sortir pour se retirer, si l’armée du Roy fût venuë
une seconde fois. La cavalerie Allemande fut logée dans les
jardins, & le reste de la ville fut distribué à
la cavalerie, & à l’infanterie Françoise: de sorte
que les Etrangers étoient couverts d’un côté
du marais, & de l’autre des François.
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L’abondance de grains qui se trouva dans Estampes, où l’on en
avoit amené de toutes parts, sous l’esperance, & le bruit
que l’on avoit fait courir par la Beausse, que tout y seroit en assurance,
& que cette ville seroit protegée par le duc de Mercœur qui
étoit avec le Roy, & par le Duc de Beaufort, qui étoit
du party des Princes; parce qu’elle étoit au Duc de Vendôme,
& d’Estampes leur Pere, fut tres avantageuse à ces troupes refugiées,
qui n’en pûrent être chassées par la faim, comme on
l’esperoit; & encore plus aux Espagnols, qui eurent, à cause
de cette abondance, le loisir de pourvoir aux moiens de retirer le reste
de leurs troupes, qu’ils se repentoient d’avoir engagées si avant
dans la France.
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César de Vendôme, duc d’Étampes (1598-1665)
Louis, fils aîné de César de Vendôme,
qui portait du vivant de son père le titre de Duc de Mercœur.
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Le Roy en son Conseil ne pouvant plus souffrir que l’armée
ennemie se fût saisie d’une ville si proche de Paris, resolut
de l’en faire sortir, ou de l’exterminer entierement. Le delay
n’en pouvant étre que tres-prejudiciable à l’Etat;
car l’on avoit déjà avis que les Espagnols traitoient
avec le Duc de Lorraine pour venir dégager leurs troupes.
Le Conseil trouva bon que l’on allât assieger, esperant de l’emporter
avant l’arrivée du Duc de Lorraine. Pour le faire avec plus
de commodité, le Roy passa de saint Germain à Melun, qui
est plus prés d’Estampes, pour de là pourvoir avec plus
de facilité aux choses necessaires au siege. Au premier avis
de cette resolution, les Chefs de l’armée qui étoient
à Estampes,
[p.275] appliquerent toute leur industrie, & tous leurs soins à
fortifier la ville tant dedans que dehors, aux postes qu’ils
jugeoient à propos de deffendre. Ils firent faire
des palissades au long des fossez, & de fausses brayes en plusieurs
endroits, specialement dedans le Port. Ils éleverent devant
la Porte du Faux-bourg qui conduit à Paris, dite communément
la Porte Evezard, une forte barricade de tonneaux. Le Regiment de
Bourgogne eut ce poste à garder; la Porte de saint Jacques fut
couverte d’une demi-lune, qui servoit aussi à favoriser les
sorties de la Cavalerie par dedans le fossé. Le Regiment de
Condé étoit à ce poste. La Porte du Château
étoit défenduë au dehors d’un ouvrage en forme
de demi-lune, & l’on avoit monté dessus deux Coulevrines
qui tiroient au quartier du Roy, le Regiment de l’Altesse gardoit
ce poste.
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Louis XIV sur un louis de 1652
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Les Regimens de Valois & de Langeron étoient à
la Porte dorée, qui étoit couverte aussi d’une demi-lune,
par le flanc de laquelle on faisoit souvent des sorties. Le Regiment
de Languedoc étoit à la Porte de saint Martin. L’angle
de la Courtine de ce costé-là étoit couvert
d’une demi-lune qu’on avoit élevée au delà du
fossé.
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Tous les Edifices tant dedans que dehors la ville proche des murailles
furent rasez, même les murailles des clôtures des Cimetieres,
quoy qu’elles fussent fort basses. Ceux qui entreprirent d’abatre
la Chapelle de saint Jacques de Bedegon, qui est au bout du Cimetiere,
du côté de Paris, furent par un effet visible de la
divine Justice, écrasez sous les ruines. Le Comte de Tavannes
fit mettre le feu dans les Faux-bourgs, au premier avis qu’il reçut
que l’Armée du Roy venoit assieger Estampes. Et le Dimanche vingt-sixiéme de May,
qu’elle s’approcha jusques à Estrechy, il fit derechef mettre
le feu dans ce que la première incendie [sic] avoit épargné.
Il y eut ce jour-là des escarmouches dans la Plaine des
Sablons, entre les Coureurs du party du Roy & les Corps-de-gardes
avancez des Princes. Le lendemain vingt-septiéme,
le Vicomte de Turenne s’avança, & sur les dix heures du matin fit ouvrir
une tranchée, depuis les Capucins jusques à la ruelle
au Loup, qui aboutit devant l’Ecce Homo, ceignant ainsi toute la ville
par le haut, d’une tranchée. Toute la Cavalerie sortit de la
ville, & fit en plusieurs endroits, de grands efforts pour empécher
les travailleurs, qui furent vigoureusement soûtenus par
leurs gens. La premiere escarmouche se fit sur la Coline de Machefer,
où ceux d’Estampes tenoient ordinairement un Corps-de-garde
avancé de Cavalerie. [p.276] Cornelius, Bombier du Roy
fut fait prisonnier, & amené dans la ville, où on le
retint jusques à la sortie de l’Armée. On escarmoucha aussi
vers le lieu de Guinete, où le Vicomte de Turenne, après s’en
être rendu le maître, fit mettre du Canon avec lequel on bâtit
quelque temps la vieille Tour du Château, mais inutilement à
cause de la solidité de sa muraille. Les Assiegez eurent toûjours
sur cette Tour un homme, qui découvroit ce qui se passoit au Camp
du Roy, dont il donnoit incessamment avis.
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Le Mardy au matin, Monsieur de
Turenne fit dresser une batterie au droit de l’Eglise de saint Gilles:
les Soldats du Regiment de Valois qui gardoient le poste le plus
proche, sortirent sur les travailleur, & les contraignirent
de quiter leur travail, auquel ils furent aussi-tôt ramenez par
ceux qui les soûtenoient, & acheverent ce qu’ils avoient
entrepris, en sorte que l’on y logea cinq pieces de gros Canon, qui
ne fit pas grand effet contre la Courtine, parce que l’eminence de la
coline empéchoit de le bien pointer. Sur les trois heures du soir, la Cavalerie
sortit de la ville, & s’étant mise en Escadrons au dessus
des fossez, alla deux fois à la charge contre ceux qui gardoient
les trenchées [sic], qui les
receurent avec tant de vigueur que les assaillans n’en remporterent
que des blessures: & quelques-uns resterent sur la place.
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On notera que Fleureau semble ignorer que le roi a visité
le camp de son armée le jeudi 29 mai et qu’un coup de boulet fut tiré
dans sa direction par les assiégés (B.G.).
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Le Jeudy suivant, jour de la Fête du
Saint Sacrement après midy, on fit une sortie generale
de Cavalerie & d’Infanterie. Le bruit courut le matin que le Prince de Condé devoit
arriver ce jour-là, & qu’on l’iroit recevoir. D’autres dirent
qu’on iroit enlever le Canon de la batterie, ou du moins l’encloüer,
& que la nuit precedente, un Officier de Valois, qui étoit
sorty avec quelques Soldats, l’eût fait, s’il eût eu les
choses necessaires ayant penetré jusques dans le lieu de la
batterie. La Cavalerie se mit en bataille au dessus des fossez: dans
les intervalles on mit l’Infanterie au milieu, tous s’avancerent
genereusement, comme s’ils eussent voulu entrer par les embrazures, &
neanmoins ils s’ouvrirent quand ils virent le feu du Canon qui
alloit tirer dans leur gros. Ils firent ferme environ à huit
ou dix pas de la batterie dans laquelle un seul Gentil-homme, Franc-Comtois,
qui commandoit une Compagnie de Cavalerie, entra à cheval,
fut blessé de plusieurs coups de fusils & d’épées,
& trois jours après mourut de ses blessures, fort regreté
des siens, pour sa valeur. Les autres après avoir essuyé
plusieurs décharges de mousqueterie, dont cette batterie, &
les tranchées étoient garnies à double rang,
se retirerent au lieu, d’où [p. 277] ils étoient partis.
Ils se redresserent & allerent donner contre le petit Guinette,
où ils ne gaignerent aussi que des coups. Le Vicomte de Turenne
qui avoit esté averty par une Vedette, qui avoit découvert
dés le matin que l’on se
disposoit à une sortie, ayant, par sa prudence, & sa prevoyance
ordinaire, garny de bonne heure ses lignes d’Infanterie, & fait monter
à Cheval toute sa Cavalerie; il y eût [sic] plus de deux cent
de ceux qui sortirent ce jour-là ou blessez ou tuez. Le Marquis
de la Londe, Guidon des Gendarmes de l’Altesse mourut un ou deux jours après, des blessures
qu’il avoit receuës.
|
Louis II de Bourbon-Condé dit le Grand Condé
|
Le samedy premier jour de Juin,
le Vicomte de Turenne voiant l’incommodité que son Camp souffroit
sur les hauteurs, à cause de la disette d’eau, il l’étendît [sic] du côté
de saint Martin, où il logea de ses Regimens dans le Faux-bourg.
Il fit aussi changer la baterie, & en dresser deux, chacune
de quatre Canons, pour tirer contre la Porte de saint Martin, &
contre la courtine qui est vers l’angle d’enhaut, afin que si l’on
y eût pû faire une breche raisonnable, on y donnast [sic] l’assaut, dans l’esperance
de se rendre maistre de deux grandes Places qui n’en sont pas éloignées.
On tira ce jour-là deux
cent soixante coups de Canon, qui n’eurent pas tout l’effet qu’on
en esperoit: & parce que de la demi-Lune gardée par
le Regiment de Languedoc, on auroit battu en flanc ceux qui seroient
venus à l’assaut, Monsieur de Turenne, pour s’en rendre maistre,
fit sur les onze heures du soir du même
jour, donner dedans avec tant de vigueur, que ceux qui
la gardoient furent contraints de l’abandonner aux assaillans, qui
y logerent des hommes des Regimens de Picardie, & de Turenne. Ils
en furent bien-tost repoussez, & comme ils se retiroient, ce Maréchal
qui venoit à leur secours avec son Regiment, & ceux de Navaille,
& de Picardie, leur commanda de regaigner le poste qu’ils avoient
quitté, & à son Regiment de les soûtenir. Ceux
qui étoient dans la demi-lune faisoient si grand feu, que les
assaillans ne le pouvoient supporter, & se retiroient en quelque
confusion, lorsque Betbesé, qui étoit à la tête
du regiment de Turenne, entra dedans, planta sur le parapet l’Enseigne
de son Bataillon, qui emporta cette demi-lune. Aussi-tôt on mit
des travailleurs pour fortifier ce poste, en ce qui en dependoit: mais
les assiegez ne pouvans souffrir les gens du Roy si prés d’eux,
firent dés le matin une grande
sortie de vingt Escadrons de Cavalerie & de trois gros Bataillons
d’Infanterie, qui donnerent sur les travailleurs, en tuerent quelques-uns,
repousserent ceux qui les [p.278]
soûtenoient, & auroient forcé
les lignes, si le Vicomte de Turenne n’y fût promptement accouru
avec quelques Volontaires, suivis des Regimens de Trassy, de Nanteüil,
de Navailles, & des Gardes du Roy, qui repousserent les Ennemis,
& conserverent le poste que l’on avoit gaigné: de sorte
que cette demi-lune fut prise et reprise jusques à trois fois,
depuis les onze heures du soir jusques
à sept heures du matin, que les gens du Roy l’abandonnerent,
à cause qu’elle étoit trop commandée de la courtine,
derriere laquelle les Assiegez avoient logé des Soldats du Languedoc,
qui faisoient continuellement feu; mais ils n’abandonnerent pas
le fossé de devant, où ils se logerent & tirerent
une ligne jusques à leurs tranchées pour y venir à
couvert.
|
Turenne
|
Il y eut bien des hommes tuez & blessez à ces prises
& reprises: du côté du Roy, le sieur de Schombert
Volontaire, étant proche le Duc d’York, fut blessé
de deux mousquetades, & le Chevalier de Vieville, Fils du Sur-Intendant
des Finances, fut aussi blessé & mourut de ses blessures.
Le Marquis de Vardes, & Mancini Neveu du Cardinal Mazarin, eurent
aussi leurs chevaux blessez. Du côté des Assiegez le
Marquis de l’Eschelle, qui commandoit le Regiment de Valois fut tué,
& deux ou trois autres Capitaines avec des bas Officiers.
|
|
Les Assiegez n’eurent pas plûtôt reconnu que l’on
avoit dessein de les forcer par le côté de saint
Martin, qu’ils s’appliquerent à le fortifier: ils renverserent
les maisons qui étoient prés de la Porte, terrasserent
les murailles, & firent des retranchemens par derriere. La Cavalerie
étoit emploiée à porter des Faleines; à
quoy l’étrangere servit le mieux & l’Infanterie, & toute
autre sorte d’hommes indifferemment, à remuër la terre,
& à porter des fumiers. Quantité des plus considerables
Habitans de la ville furent aussi contraints de travailler, ou de se
racheter à prix d’argent. Le reste de
ce jour-là, & partie du lendemain, & du Mardy quatriéme
de Juin, furent emploiez à battre à coups de
Canon la Porte & la Courtine: après quoy le Vicomte de Turenne
fit sommer les Assiegez de se rendre, sinon que dans six heures il feroit
donner l’assaut, avec menace de ne point donner de quartier. A cette sommation
les Assiegez repondirent qu’ils recevroient l’assaut & qu’ils ne
donneroient point aussi de quartier. Ils se mirent incontinent sous les
armes, & chacun prit ses Postes, pour defenndre la breche que le canon
avoit fait ans la Courtine, l’on y mit cinq cens Cavaliers à pied,
armez de Faux emmenchées à l’envers. Le reste de la [p.279] Cavalerie fut
distribué en divers endroits le long des remparts, pour passer sur
le ventre à l’Infanterie du Roy à mesure qu’elle entreroit.
|
|
Le Mercredy cinquiéme on
fit une batterie de quatre gros Canons au milieu de la ruë du Faux-bourg,
à trente pas de la Porte, contre laquelle il fut tiré
ce jour-là plus de deux cent coups de Canon. Le Pont-levis fut
abbatu, & aussi-tôt les Assiegez y firent mettre le feu, &
barricarder [sic] la Porte. On les somma une seconde fois de se rendre, avec de
pareilles menaces que la premiere, & on répondit de même.
Le lendemain sixiéme après
quelques coups de Canon contre la Courtine, à laquelle il paroissoit
une bréche suffisante pour passer six hommes de front, le Vicomte
de Turenne commanda qu’on donnât l’assaut, l’Armée se mit
en prieres, mais les Officiers des vieux Corps, ayans reconnu la bréche,
representerent à ce General qu’elle étoit si haute qu’il
étoit impossible d’y monter sans échelles. La Cavalerie
de son côté, luy representa qu’elle ne pouvoit se batre à
pied en ce lieu-là, & que si on combloit le fossé,
elle entreroit à cheval par la bréche, si bien qu’il n’y
eut point d’assaut donné.
|
|
Le lendemain septiéme les
Assiegez firent une sortie, le combat dura environ une heure & demie,
quelques troupes du Roy furent repoussées, puis l’on rentra;
& incontinent après on vit de la ville, les chariots de
l’armée du Roy chargez, & tout le Camp en feu, ce qui fit
croire aux Assiegez qu’on levoit le siege. Ils envoyerent par tout de
l’Infanterie pour escarmoucher: mais le General avoit mis son armée
en si bon ordre, qu’il fut impossible de luy nuire, si ce n’est que
l’on fit quelques prisonniers sur l’arriere-garde. Cette Armée
campa à Estrechy, passa le lendemain
la riviere d’Estampes & alla camper à Iteville prés
de la Ferté Aalés, où elle sejourna jusques à
ce qu’elle en partit pour aller à Ville-neuve S. George sur la
riviere de Seine, charger les troupes du Duc de Lorraine, comme je diray
dans la suite, & quelle fut la cause de la levée du siege,
lequel si on eut continué encore huit ou dix jours, sans doute
que les Assiegez eussent esté contrains de se rendre, non pas
faute de vivres pour les hommes; mais faute de fourage pour les chevaux,
ce qui mettoit les étrangers au desespoir, à cause de
leurs femmes & de leurs enfans qu’ils avoient avec eux.
|
|
Dés le commencement du siege les habitans furent contraints,
par les Chefs de l’Armée de porter leurs armes à la
Maison de [p.280] Ville, où ils les firent prendre par leurs Valets,
desarmant par ce moyen les habitans, & grossissans leurs troupes.
Ils se saisirent du grenier à Sel, & en distribuerent aux
soldats, ils se saisirent aussi des greniers où il y avoit des
bleds, qu’ils firent conduire aux Cordeliers, dans leur magazin de vivres:
ils tenoient leur poudres, & autres munitions de guerre, dans l’Eglise
de sainte Croix. Pendant le siege on fit toutes les nuits des feux dans
les ruës, en sorte qu’elles en étoient parfaitement éclairées,
& tant la Cavalerie que l’Infanterie alloit commodement à
la sourdine en tous les endroits où l’on jugeoit qu’il y avoit
du peril. On jetta dans les fossez des fascines poissées toutes
allumées, pour voir si les Assiegeans y décendoient: &
souvent l’on fit décendre des soldats pour connoître s’il
n’y avoit point de mineurs attachez en quelque endroit. Les principaux Chefs
visitoient aussi pour ce sujet les caves de la ville qui aboutissoient prés
des murailles. Durant les treize jours que la
ville d’Estampes fut assiegée, on tira contre les endroits
dont j’ay parlé, prés de huit cent coups de Canon. Les Assiegez
firent vingt-deux sorties par diverses issuës, & en divers
endroits, qui ne servirent qu’a faire connoître qu’ils ne manquoient
pas de courage, ny de conduite en leur défense, ayant employé
tout ce que la prudence humaine, & l’art de la guerre peuvent enseigner.
|
|
Les Princes n’étoient pas moins fâchez de la perte
de leurs troupes, qui diminuoient tous les jours, que les Espagnols
de l’entiere ruine des leurs qu’ils prevoioient inévitable,
si elles n’étoient pas secouruës: de sorte que la méme
raison qui obligea les Princes à demander aux Espagnols d’envoier
le Duc de Lorraine à leur secours, porta ceux-cy à le
leur accorder volontiers aussi, pour leur propre interest. Le Duc Charles
de Lorraine avoit accoûtumé de faire tous les ans, un
traité avec les Espagnols en Flandres, & de s’obliger à
les servir moiennant une somme, dont ils convenoient au commencement
de chaque Campagne. Il s’obligea donc au commencement de l’année 1652,
d’entrer en France, & de venir faire lever le siege d’Estampes,
pour degager leurs troupes. Son Armée étoit composée
de quatre mille hommes de pied, & de cinq mille Chevaux avec quelques
pieces d’artillerie. Il prit sa marche par la Champagne, pour passer
la riviere de Seine au dessus de Paris. Le Duc d’Orleans, le Prince
de Condé, & tous les autres Seigneurs de leur party allerent
au devant de luy jusques au Bourget, & l’accompagnerent à
son entrée à Paris. Le Roy, aux premiers [p.281] avis des
approches du Duc de Lorraine, envoya le sieur d’Almeraz, Marêchal
de Camp, avec cinq cens fantassins, & deux cent chevaux, se jetter
dans Corbeil, pour conserver cette place, comme tres-importante au bien
de ses affaires. On pourveût aussi aux autres places que l’on crût
estre necessaire de conserver.
|
Charles IV de Lorraine
|
Le Duc de Lorraine étant à Paris, visita plusieurs
Seigneurs, & dames, entr’autres la Duchesse de Chevreuse
sa parente. Cette Dame doüée d’un bel esprit, &
adroite à se déméler d’une grande affaire, se
prévalut de la jalousie qui est naturelle à la maison
de Lorraine, contre les Princes du Sang, sur tout contre le Prince
de Condé, qui étoit alors plus consideré que
les autres par les Espagnols, pour faire comprendre à ce Duc
qu’il ne devoit point secourir ceux, pour lesquels il étoit
venu, parce qu’il n’en retireroit aucun avantage pour ses interests.
Les discours de cette Dame penetrerent si avant dans l’esprit de ce Prince,
qu’il resolut de s’en retourner sur ses pas: pourveu qu’on levât
le siege d’Estampes. Monsieur de Châteauneuf ayant esté
averty de la bonne disposition du Duc, en donna aussi-tôt avis
à la Cour, d’où on luy envoya un pouvoir, en vertu duquel
il traita secretement avec luy, que pour le mettre à couvert de
sa promesse, & de tout le blâme qu’il pourroit encourir des
Espagnols, on leveroit le siege d’Estampes, sous pretexte que l’état
present des affaires du Roy l’y obligeoit: & que le lendemain de la levée
du siege il partiroit, aussi, pour s’en retourner à la frontiere;
& qu’on luy fourniroit des estapes convenables. Ce traité fut
executé de la part du Roy, mais le Duc de Lorraine, au lieu de se
retirer dés le lendemain de la levée du siege, comme il avoit
promis, temporisa pour complaire aux Princes, qui luy firent entendre
qu’encore que le siege fût levé, neanmoins leurs troupes
qui étoient à Estampes, ne pouvoient passer vers eux; à
cause que l’armée du Roy, étoit campée en un lieu,
d’où elle les pouvoit beaucoup incommoder en leur marche, ou les
défaire, si elles quittoient Estampes pour se rendre à Paris.
|
Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse
|
Le Conseil du Roy ennuyé des delais du Duc de Lorraine,
resolut de le contraindre à vive force de se retirer. L’ordre
fut donné pour cela au Vicomte de Turenne, qui se mit aussi
tôt en marche avec l’armée du Roy, après avoir
laissé dans le camp d’Iteville quelques troupes pour la garde
du bagage.
|
|
Un parti d’étrangers qui étoit
allé d’Estampes vers Melun, où [p.282] tous les
principaux Officiers de l’armée du Roy étoient aussi
allez au Conseil, rencontra le Comte Broglia, & deux autres Seigneurs
François, qui en revenoient, & les amenerent à
Estampes le vingt-deuxiéme jour
de Juin au soir. Ces Officiers dirent au Comte de Tavannes,
& aux autres Chefs, qui se trouverent avec luy, la resolution qui
avoit esté prise au Conseil du Roy, & qu’assurement son armée
marchoit contre le Duc de Lorraine. Les Chefs qui étoient à
Estampes avoient receu ordre peu de jours auparavant, de se retirer à
Paris, d’abord que l’armée du Roy seroit partie du lieu où
elle étoit campée. Ils crurent, sur l’avis qu’elle avoit
assurement decampé, qu’il devoient au plûtôt se retirer
aux environs de Paris, suivant leur ordre: mais le Baron de Clinchamp
n’en fut pas d’avis, disant que c’étoit croire trop legerement
que de s’assurer à la parole d’un prisonnier: & que pour avoir
plus de certitude de ce qu’ils devoient faire, il falloit envoier reconnoître
le camp des ennemis; & depêcher aussi un Officier vers les
Princes à Paris, pour sçavoir s’ils n’avoient point changé
de sentiment, depuis quatre ou cinq jours qu’ils avoient envoyé
l’ordre. Cet avis fut suivi; On commanda un party pour aller reconnoître
le camp, & l’on depêcha en même-temps un Officier aux
Princes. Mais avant que l’un, & l’autre fussent de retour, un Courrier
du cabinet du Duc d’Orleans arriva sur les
onze heures du soir, avec ordre au Comte de Tavannes de décamper
au plûtôt pour se rendre avec ses troupes aux environs
de Paris, que l’on esperoit par ce moien maintenir dans leur party,
& en faire éloigner le Roy. Sur la minuit toutes choses furent
disposées au depart, que l’on differa jusques après le
retour du party que l’on avoit envoié le soir, reconnoître
le camp, pour pouvoir, sur les nouvelles qu’il apporteroit, regler
la marche. A huit heures du matin
la cavalerie partit seule, laissant l’infanterie, & le bagage à
Estampes. Puy l’ordre arriva vers une heure aprés
midy, à l’infanterie de suivre avec le bagage: ce
qui fut promptement executé, de sorte que le vingtroisième jour de Juin à cinq heures
du soir la Ville d’Estampes fut entierement vuide de cette
armée, qui y avoit sejourné deux mois entiers. Elle se
trouva aussi presque vuide d’habitans, parce que plusieurs étoient
morts, & d’autres s’étoient absentez, & de ceux qui
restoient la plus grande partie étoient languissans, & malades.
Et il y a de l’apparence que cette miserable ville se ressentira encore
long-temps des desordres de cette guerre, dont les funestes marques
restent sur [p.283] les mazures de beaucoup de maisons qui étoient auparavant
habitées.
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Gaston, duc d’Orléans
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NOTES (EN CONSTRUCTION)
avec appel à contribution:
qui a des données sur les personnages secondaires mentionnés
par Fleureau?
1. Quelques frondeurs
(notices essentiellement
tirées pour l’heure de celles de Wikipédia)
Le Prince de Condé.
Louis II
de Bourbon-Condé dit le Grand Condé est né à Paris le
8 septembre 1621 et mort à Fontainebleau le 11 décembre 1686. Premier prince du sang,
il fut connu d’abord sous le titre de duc d’Enghien. Voici ses titres: prince
de Condé, duc de Bourbon, duc d’Enghien, duc de Montmorency, duc de
Châteauroux, duc de Bellegarde, duc de Fronsac, comte de Charolais
(à partir de 1684), Pair de France, premier prince du sang. Il participa
comme général français à la guerre de Trente
Ans.
Pendant les troubles de la Fronde, il adopta une attitude
ambiguë. Il avait d’abord défendu la cour de l’enfant roi Louis
XIV régenté par sa mère Anne d’Autriche et par le Cardinal
Premier Ministre Mazarin, puis pris ensuite parti contre Mazarin. Son soutien
à la reine mère Anne d’Autriche permit d’abord la signature
de la paix de Rueil. Néanmoins, en 1649, par rivalité avec
Mazarin, il se tourna vers la Fronde.
Le 18 janvier 1650, lui, son frère le Prince
de Conti Armand de Bourbon et son beau-frère le duc de Longueville
Henri II d’Orléans furent jetés en prison et subirent une
détention de treize mois. Le 7 février 1651, devant l’union
des Frondes, Mazarin s’enfuit et libéra les princes. Condé
prit la tête de la Fronde des princes, malgré la majorité
de son grand cousin, Louis XIV. Il négocia avec le roi Philippe IV
d’Espagne et du Lord Protecteur Anglais Oliver Cromwell.
Il leva des troupes, marcha sur Paris. Contre lui,
Louis XIV âgé de 14 ans réussit à gagner le Vicomte
de Turenne Henri de la Tour d’Auvergne-Bouillon qui pris la tête des
troupes royales et défit le prince à la Bataille de Bléneau
le 7 avril 1652, à Étampes en mai puis au faubourg Saint-Antoine
à Paris.
La duchesse de Montpensier Anne Marie Louise d’Orléans
(la Grande Mademoiselle) fit tirer le canon sur les troupes royales pour
permettre à son cousin de se réfugier dans Paris.
Condé gagna ensuite le Comté de Flandre
passa du côté espagnol et prit part en 1658 à la bataille
des Dunes, où Turenne triompha. Le traité des Pyrénées
de 1659 lui assura le pardon royal, proclamé à Aix-en-Provence,
peu avant le mariage de Louis XIV et de l’infante Marie-Thérèse
d’Autriche.
Source: Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_II_de_Bourbon-Cond%C3%A9, en ligne en 2007.
Le Duc de Beaufort. François de Bourbon-Vendôme,
deuxième duc de Beaufort (à partir de 1665), fils de César
de Bourbon-Vendôme et de Françoise de Lorraine, est un petit-fils
de Henri IV né le 16 janvier 1616 et mort le 25 juin 1669. Il est
resté célibataire et décédé sans postérité.
Il entra très jeune dans l’armée
puisqu’il participait à l’expédition de Savoie dès
1628, âgé de douze ans seulement. Il se distingua aux sièges
de Corbie, de Hesdin et d’Arras.
Suivant l’exemple de son père, il conspira
contre le cardinal de Richelieu et dut s’exiler un temps en Angleterre.
En 1643, il fut le chef d’une des principales actions contre Jules Mazarin,
la «Cabale des Importants». Anne d’Autriche le fit arrêter
et incarcérer au château de Vincennes, dont il s’évada
en 1648. Il se câcha d’abord au château de Chenonceau puis dans
le Vendômois. Il joua un rôle important pendant la Fronde en
1649. Les Parisiens le surnommèrent le « Roi des Halles ».
S’étant soumis, il se réconcilia
avec la Couronne en 1653, et fut chargé de plusieurs expéditions
importantes. Nommé à la charge de grand maître, chef
et surintendant général de la navigation, il commanda en 1662
la flotte francaise et remporte de nombreux succès contre les Turcs
en Méditerranée. En 1665, il battit deux fois sur mer les Algériens.
En 1669, il conduisit des secours aux Vénitiens contre les Turcs,
et dirigea les troupes françaises défendant Candie contre les
troupes ottomanes. Il fut tué durant un assaut après s’y être
couvert de gloire.
Source: Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_de_Vend%C3%B4me,
en ligne en 2007.
Le duc de Nemours. Charles Amédée de Savoie-Nemours
est né à Paris le 12 avril 1624 et mort à Paris le 30
juillet 1652. Il était fils d’Henri Ier, duc
de Genève et de Nemours, et d’Anne de Lorraine, duchesse d’Aumale. Il fut duc de Genève,
de Nemours et d’Aumale de 1641 à 1652.
Il avait épousé à
Paris au Louvre le 11 juillet 1643 Elisabeth de Bourbon (1614 † 1664), dite
mademoiselle de Vendôme, fille de César de Bourbon, duc de Vendôme
et de Françoise de Lorraine, duchesse de Mercœur et de Penthièvre.
Il prit une part active dans les troubles qui agitèrent
la minorité de Louis XIV, et commanda l’armée des princes avec
le duc de Beaufort, son beau-frère. Mais la discorde s’étant
mise entre eux, ils se battirent en duel, et Charles Amédée
fut tué à Paris le 30 juillet 1652
Source: Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Duc_de_Nemours,
en ligne en 2007.
Le Duc d’Orleans. Gaston Jean Baptiste de France, parfois
appelé Gaston d’Orléans, duc de cette ville, est né
en 1608 à Fontainebleau et mort en 1660 à Blois. Troisième
fils d’Henri IV (1553-1610) et de Marie de Médicis, il est fils de
France et prince de sang.
Benjamin du roi Louis XIII, titré duc d’Anjou,
à la mort du deuxième fils d’Henri IV Nicolas de France (1607-1611),
Gaston devient l’éternel second. Comme plus proche héritier
du trône, il est aussi appelé Monsieur, puis, à partir
de 1643, le Grand Monsieur par opposition au Petit Monsieur, Philippe,
son neveu, frère de Louis XIV. En 1638, la naissance inespérée
du futur Louis XIV le prive du rang de premier héritier de la couronne.
Il perd son crédit financier, et ne peut poursuivre la reconstruction
du château de Blois qu’il a entrepris.
Cultivé et raffiné mais velléitaire
et inconstant, Gaston de France passa sa vie à intriguer, d’abord
contre le cardinal de Richelieu, puis contre le cardinal Mazarin. Ces conspirations
échouèrent toujours, faute de réel projet politique.
Gaston dénonça souvent ses complices, puis les vit périr.
En 1630, il participe à la révolte du duc de Montmorency.
À la tête d’une armée de mercenaires, il appelle le
royaume à la révolte, avant de s’enfuir après la défaite
de Montmorency à Castelnaudary. En 1634, il conclut un traité
secret avec l’Espagne. En 1642, la conjuration de Cinq-Mars, qui vise à
faire de Gaston le lieutenant général du royaume, échoue.
À la mort
de Louis XIII, Gaston de France est tout de même nommé lieutenant
général du royaume. Pourtant Anne d’Autriche s’impose au Parlement
de Paris, et prend les rênes du pouvoir. Chef de l’armée, Gaston
mène contre les Espagnols une campagne victorieuse et rapide. Il conquiert
une bonne partie de la Flandre dont la ville de Gravelines le 28 juillet
1644.
Gaston participe encore dans la Fronde, et Mazarin
le fait exiler dans son château de Blois en 1652, où il meurt
en 1660. Il est inhumé à la basilique de Saint-Denis, ultime
privilège attaché au sang royal. Louis XIV, confére
alors le titre de duc d’Orléans à son propre frère
Philippe.
En 1626, après une conspiration manquée,
Gaston avait accepté à regret d’épouser la richissime
Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, que lui impose Richelieu. Il
reçoit alors en apanage les duchés d’Orléans et de
Chartres, augmentés du comté de Blois. De ce mariage naquit
l’année suivante Anne Marie Louise d’Orléans de Montpensier,
future Grande Mademoiselle. La duchesse de Montpensier mourut en couches,
laissant sa fortune non à Gaston mais à leur fille (voir ci
-essous).
En 1629, Gaston projeta en vain d’épouser Marie
de Gonzague, fille du duc de Mantoue. En 1632 il tomba amoureux et épousa
Marguerite de Lorraine, sœur de Charles IV de Lorraine, duc de Lorraine;
un prince aussi fantasque que lui, alors en guerre contre la France et dont
il fréquente la cour (voir ci-dessous).
Source: Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_de_France_%281608-1660%29, en ligne en 2007.
Mademoiselle. Anne Marie Louise d’Orléans,
dite la Grande Mademoiselle, duchesse de Montpensier et cousine germaine de
Louis XIV, est née le 29 mai 1627 et morte le 3 avril 1693. Elle était
la petite fille du roi Henri IV, étant la fille de Gaston d’Orléans,
frère cadet de Louis XIII et de Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier,
richissime et unique héritière d’une branche cadette des Bourbons.
Jaloux de la richesse de sa fille, Gaston d’Orléans
lui porte peu d’affection, alors que beaucoup de soupirants sont attirés
par le meilleur parti d’Europe. Malgré son physique plutôt
ingrat, plusieurs projets de mariages furent envisagés avec divers
souverains, mais échouèrent, car la duchesse souhaitait un
mari de son niveau et semble même avoir songé à son cousin
Louis XIV, de onze ans son cadet. L’opposition de Mazarin à cette
union l’a sans doute poussée à rejoindre son père et
le parti de la Fronde.
Exilée ensuite sur ses terres de Saint-Fargeau
de 1652 à 1657, elle y commença ses Mémoires
qu’elle poursuivit au château d’Eu en Normandie, qui constituent un
temoignage important sur son époque.
L’épisode le plus célèbre de sa
vie fut son aventure, à partir de 1670, à l’âge de 43
ans, avec Lauzun, un gentilhomme, bellâtre et volage, de six ans son
cadet, incarcéré dix ans dans la citadelle de Pignerol. Pour
l’en faire sortir et l’épouser secrètement, la Grande Mademoiselle
dut promettre de léguer ses biens au fils naturel de Louis XIV, le
duc du Maine. Elle fut inhumée dans la basilique Saint-Denis, où
sa tombe fut profanée en 1793.
Source:
Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Marie_Louise_d’Orl%C3%A9ans,_duchesse_de_Montpensier, en ligne en 2007.
Le Duc Charles de Lorraine.
Charles
de Vaudémont, duc de Lorraine, est né le 5 avril 1604 et mort
à Bernkastel le 18 septembre 1675. Il était fils de François
de Lorraine, comte de Vaudémont puis duc sous le nom de François
II de Lorraine, et de Christine de Salm. Il fut lui-même duc de Lorraine
et duc de Bar en droit de 1625 à 1675 et en fait de 1625 à
1634, en 1641, puis de 1659 à 1670, sous le nom de Charles IV (ou
III selon une autre numérotation).
Charles de Vaudémont passa son enfance à
la Cour de France et fut compagnon de jeu du futur Louis XIII. Revenu en
Lorraine, il laissa entendre qu’il se considérait comme l’héritier
du duché, en vertu du testament de René II qui spécifiait
que les duchés devaient se transmettre en lignée masculine.
L’hostilité de son oncle Henri II, qui entendait laisser le duché
à sa fille Nicole, l’incita à s’éloigner de la Lorraine.
Il combatit pour l’empereur en s’illustrant notamment à la bataille
de la Montagne Blanche, le 8 novembre 1620 et montra ses compétences
de chef de guerre. Après de longues tractations, il épousa
en 1621 sa cousine Nicole. Après avoir laissé des dispositions
prévoyant que Charles de Vaudémont ne tiendrait son autorité
que de par sa femme, Henri II mourut le 31 juillet 1624.
Charles ne se contentait pas d’une position de prince
consort et entreprit avec son père d’arriver au pouvoir. En novembre
1625, François de Vaudémont, s’appuyant sur le testament de
René II, revendiqua le duché. Les États généraux
de Lorraine estimèrent sa requête légitime et François
de Vaudémont devint duc le 21 novembre 1625 sous le nom de François
II de Lorraine. Cinq jours plus tard, il abdiqua en faveur de son fils,
qui devint de plein droit le duc Charles IV, ayant ainsi écarté
sa femme la duchesse Nicole du gouvernement du duché.
Les relations entre la France et la Lorraine se dégradèrent,
car Louis XIII refusait de reconnaître les principes du droit qui
avaient ammené Charles IV au pouvoir. De plus Charles soutenait discrètement
les ennemis de Richelieu et accueillait les comploteurs qui pouvaient ainsi
échapper à la justice royale. D’ailleurs la politique de Louis
XIII et de Richelieu était d’amener la frontière est du royaume
au bord du Rhin, ce qui impliquait l’annexion de la Franche-Comté,
de l’Alsace et de la Lorraine. Mal soutenu par la Bavière et l’Autriche,
il chercha d’autres alliances et, rompant avec la politique ultra-catholique
de ses prédécesseurs, s’allia avec les huguenots français,
les Anglais et le duc de Savoie. En septembre 1629, Gaston d’Orléans,
frère du roi, se réfugia en Lorraine, et, sans le consentement
du roi, y épousa en 1632 Marguerite, sœur du duc Charles.
Au printemps 1631,
Gustave Adolphe, roi de Suède, débarqua et la guerre embrasa
toute l’Europe. Charles envoya son armée pour soutenir l’empereur.
Au mois de juin 1632, Louis XIII envahit et occupa la Lorraine, et Charles
fut contraint de signer un traité qu’il ne respecta pas. En septembre
1633, les troupes françaises envahissent de nouveau la Lorraine et
Charles jugea plus favorable aux intérêts de la Lorraine d’abdiquer
le 19 janvier 1634 en faveur de son frère Nicolas François,
et alla prendre un commandement dans les troupes impériales. Il combattit
les Suédois, puis les Français, sur qui il remporta plusieurs
succès.
Il subit des revers en 1635 alors qu’il tentait de
reconquérir le duché, puis remporta plusieurs victoires de
1638 à 1640, malgré la mollesse de ses alliés bavarois
et autrichiens. A cause d’eux, il entreprit de négocier de nouveau
avec la France et, par le traité de Saint-Germain-en-Laye du 2 avril
1641, récupéra la Lorraine en acceptant le protectorat français
et s’engageant à ne pas avoir d’alliances avec la maison d’Autriche.
Cependant, il soutint le complot du comte de Soissons. Richelieu, après
avoir maîtrisé les coupables, décida d’arrêter
Charles IV qui réussit à s’enfuir fin juillet 1641. Il reprit
les combats contre la France.
Les traités de Westphalie du 24 octobre 1648
marquèrent officiellement le rattachement des Trois-Évêchés
à la France. Exclu de ces traités et ayant échoué
dans ses négociations avec Mazarin, Charles IV reprit la guerre et
fut en position de menacer Paris en 1652. Il perdit son avantage et sa crédibilité
en cherchant à négocier à la fois avec Mazarin et les
princes frondeurs. L’Espagne lui reprocha d’être la cause de l’échec
et il fut arrêté à Bruxelles le 25 janvier 1654 et transféré
à l’Alcazar de Tolède. L’intervention et les efforts de son
frère Nicolas François lui permirent d’être libéré
le 15 octobre 1659, et de récupérer ses duchés par
le traité de Vincennes du 28 février 1661.
Mais Charles IV ne renonça pas à ses
activités militaires et continua à combattre au profit de
ses voisins. Il engagea des travaux pour remettre en état les routes
lorraines, mais dut accabler d’impôts ses sujets. Il refusa en 1669
de licencier ses armées sur la demande de Louis XIV et les troupes
françaises envahirent à nouveau les duchés au cours
de l’été 1670. Charles IV dut à nouveau s’enfuir et,
sans ressource, licencia son armée. Il tomba malade dans le Palatinat
et mourut.
Source: Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_IV_de_Lorraine, en ligne en 2007.
Le Comte de Tavannes. Jacques de Saulx, comte de Tavannes, est né en 1620 et mort en
1683. Tavannes
est une commune suisse du canton de Berne, située dans le district
de Moutier. Elle fait partie de la région du Jura bernois, la partie
francophone du canton de Berne. Le comte de Tavannes suivit
le Grand Condé dans ses campagnes, devint maréchal de camp et
grand bailli de Dijon. Ayant pris part aux troubles de la Fronde, il fut disgracié.
On a de lui de curieux Mémoires sur la Fronde, de 1650 à
1653, imprimés à Paris en 1691 et réimprimés
en 1858.
Source: Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_de_Saulx, en ligne en 2007.
Le
sieur de la Boulaye. La Boulaye est une commune française,
située dans le département de Saône-et-Loire et la région
Bourgogne. Appel
à contribution sur ce personnage. Rédigez cette notice!
Le Baron de Clinchamp. Clinchamp est une commune
française, située dans le département de la Haute-Marne
et la région Champagne-Ardenne. Nous reproduisons ci-après
ce que nous apprend de ce personnage l'Agrégé de la Gazette
de France paru en 1766. Notons qu'il est plus connu
sous le nom de baron ou sieur de Clichant.
CLINCHANT. Année
1635. Le sieur Clinchant figure dans un grand ballet donné au Louvre
le 18 Février par le Roi & les seigneurs de la Cour
(21 Fév. Ext.) — 1652. Le sieur Clinchamp, officier, se distingue
le 7 Février à la défaite de dix-huit cens Espagnols
auprès de Stenay. (21 Fév. Ext.) — 1682. Le sieur de Clinchant
est mentionné comme concierge du palais des Thuilleries. (19 Août
Ext.) — 1706. Le sieur de Clinchamps est fait enseigne de vaisseau. (8 Janv.)
|
Source: Edme-Jacques GENET [éd.],
«Briolle et Briord», in ID., Table ou abrégé
des cent trente-cinq volumes de la Gazette de France, depuis son commencement
en 1631 jusqu’à la fin de l’année 1765. Tome premier (Abadie-Colard)
[415 p.], Paris, Gazette de France, 1766, p. 409.)
Le Comte de Briole. Nous reproduisons
ci-après ce que nous apprend de ce personnage l'Agrégé
de la Gazette de France paru en 1766. Notons qu'il est en fait beaucoup
plus connu sous le nom de comte ou sieur de Briord (ultérieurement
ambassadeur de Louis XIV en Savoie et Hollande).
BRIOLLE ET BRIORD.
Année 1637. Le sieur de Briolle-Lassera commande la compagnie des
gendarmes du marquis de Thianges & contribue à la défaite
de deux mille ennemis qui font le siege des châteaux de Cornaud &
de Vaugrigneuse en Bresse. (26 Mars Ext.) — 1638. Le sieur de Briole est
chargé du commandement de quatre compagnies de gentilshommes formées
pour la garde de la province de Bugey. (29 Oct. Ext.) — 1652. Le sieur
de Briolle est mentionné comme commandant le régiment de cavalerie
du prince de Condé. (24 août). — 1674. Le comte de Briole,
député par le prince de Condé, apporte au Roi la nouvelle
de la défaite totale de l’arrière-gaarde des ennemis au combat
de Senef. (18 août). — 1680. Le comte de Briord est député
des Etats de Bourgogne auprès du Roi pour la Noblesse. (10 Janv.)
— 1692. Le comte de Briole est chargé de la même commission.
(23 Fév.) — 1697. Le comte de Briolle, premier écuyer du prince
de Condé, est nommé ambassadeur de France près du duc
de Savoir. (16 Fév.) — 1698. Le comte de Briord, ambassadeur de France
à Turin, fait son entrée dans cette ville le 8 Décembre
1697. (4 Janv.) — 1699. Il prend congé du duc de Savoir et quitte
cete Cour pour aller remplacer en Hollande le sieur de Bonrepaus en qualité
d’ambassadeur extraordinaire du Roi. (19 Déc.) — 1700. Il arrive à
la Haye le 18 Mars. (25 Mars). — 1701. Il y fait son entrée publique
le 28 Décembre 1700. (8 Janv.) — Il part de la Haye le 30 Mars pour
retourner en France. (9 Avril). — Le 4 Juillet, il prête serment entre
les mains du chancelier pour la charge de conseiller d’état d’épée,
& il prend le même jour séance au conseil en cette qualité.
(9 juillet) — 1703. Le comte de Briord se distingue beaucoup au combat du
30 Juin près d’Etreren. (9 Juillet Ext.) — Le comte de Briord, ci-devant
ambassadeur vers le duc de Savoye & ensuite en Hollande, meurt à
Versailles le 25 Décmbre. (29 Déc.).
|
Source: Edme-Jacques GENET [éd.],
«Briolle et Briord», in ID., Table ou abrégé
des cent trente-cinq volumes de la Gazette de France, depuis son commencement
en 1631 jusqu’à la fin de l’année 1765. Tome premier (Abadie-Colard)
[415 p.], Paris, Gazette de France, 1766, p. 257.)
Le Colonel Brouk, Liegeois. Appel à contribution sur ce personnage. Rédigez cette notice!
2. Quelques royaux
(notices essentiellement
tirées pour l’heure de celles de Wikipédia)
Le Maréchal de Turenne. Henri de La Tour d’Auvergne,
vicomte de Turenne, est né le 11 septembre 1611 au château de
Sedan, et mort à la Bataille de Salzbach le 27 juillet 1675. Nommé
maréchal de France en 1643 et maréchal général
des camps et armées du roi en 1660, il fut un des meilleurs généraux
de Louis XIII puis Louis XIV.
Il était le petit-fils de Guillaume le Taciturne
par sa mère Élisabeth de Nassau, et le fils d’Henri de la
Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, premier gentilhomme de la chambre d’Henri
IV, maréchal de France en 1592, duc de Bouillon par son premier mariage
avec Charlotte de la Marck.
Élevé dans la religion réformée,
il se convertit sous l’influence de Bossuet, et la pression royale, et accède
aux plus hautes dignités: il est fait prince étranger en 1651,
maréchal de France et maréchal général. Pendant
la Guerre de Trente Ans il a participé aux batailles de Fribourg
(1644) et Nördlingen (1645), avec Condé.
D’abord proche des Frondeurs en 1648, il se rallie
à Mazarin et obtient le commandement des armées royales. À
la Bataille de Bléneau le 7 avril 1652, il bat l’armée espagnole
commandée par Condé, et obtient définitivement le pardon
de Louis XIV. En 1658, il bat de nouveau les Espagnols de Condé à
la Bataille des Dunes (Dunkerque).
Sur son rôle important dans la guerre de Hollande
de 1673 à 1675, où il trouve la mort, voyez la notice de Wikipédia
.
Source: Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_de_la_Tour_d’Auvergne-Bouillon, en ligne en 2007.
Le Maréchal d’Hocquincourt
(variante: Hoquincourt).
Charles
de Monchy d’Hocquincourt, maréchal d’Hocquincourt, est né en
1599 et mort en 1658. D’une ancienne famille de Picardie, il se distingua
dans les différentes campagnes contre les Espagnols, sous Louis XIII,
notammenet à La Marfée et à Ville-Franche. Il commanda
l’aile gauche de l’armée royale à la bataille de Rétbel
où Turenne, alors rebelle, fut défait (1650), et reçut
le bâton de maréchal l’année suivante.
Il fut en 1652 battu à Bléneau par Condé,
qui était alors dans les rangs des Espagnols. Envoyé en Catalogne
en 1653, il assiégea inutilement Girone. Rappelé peu après
en Flandre, il força les lignes de l’ennemi devant Arras.
Mais bientôt on le vit, pour plaire à
des femmes qui étaient du parti de la Fronde, Medames de Montbazon
et de Ch&aci |