Bernard
Gineste
Une nouvelle publication relative au Tympan de Saint-Basile
d’Étampes
Sur une recension de M. Yves Christe
Bulletin
monumental 167 (2009), pp. 75-76.
L’usage du monde scientifique, en cas de découverte notable, est de
citer l’auteur de cette découverte et la publication princeps par
laquelle il l’a fait connaître. Yves Christe ne fait ni l’un ni l’autre:
il ne cite qu’une publication secondaire, publiée dans la même
revue trois ans plus tard, qui a pour seul mérite
de l’avoir été par une de ses bonnes
amies, Madame Thierry.
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Ce qui est particulièrement odieux autant que ridicule dans
ce procédé, c’est que l’auteur ne retient comme solide dans
les interprétations de Mme Thierry que celles qu’elle avait repris
quasiment mot pour mot de mon précédent article. Il tait les
autres par amitié, sauf une à laquelle il adresse des reproches
assez proches de ceux que je lui avais moi-même adressés.
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Si donc
nous citons cette recension bien déplaisante, et qui n’apporte sur
le fond rien de nouveau à la question, c’est pour trois raisons.
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1) L’essentiel des interprétations que j’ai proposé
de donner aux scènes qui sont au centre et à la gauche du tympan
sont désormais présentées par Yves Christe comme des
plus solides. C’est pour moi un sujet de fierté, je l’avoue sans
honte.
Ces interprétations nouvelles
et il faut bien dire révolutionnaires, proposées en 2003,
sont donc désormais du domaine public, même celles que j’avais
avancées avec la plus grande prudence:
— A droite de la Pesée des âmes, la
mer et la terre recrachent leurs morts (a): scènes absolument nouvelles
et aujourd’hui isolées dans la statuaire du Moyen Age occidental.
— A gauche, on a un scénario inspiré
d’assez près du chapitre 20 de l’Apocalypse.
— La
bête à sept (b) têtes regurgite bien des corps
nus (c).
— Plus à gauche, l’hypothèse de l’Antéchrist
devant Hadès est présentée comme vraisemblable (d).
Tout cela, qui est absolument nouveau, et qui avait
été republié sans vergogne par madame Thierry comme
étant le fruit de ses propres recherches, est présenté
à nouveau comme tel avec un aplomb qui passe l’entendement.
2) L’auteur accepte
même (e) la vue nouvelle que j’avais développée (notamment
au sujet du jugement dernier de Torcello) selon laquelle bien des scènes
de châtiments infernaux étranges représentées
dans les jugements derniers médiévaux pourraient bien trouver
leur origine ultime dans des scènes de régurgitations
mal comprises et réinterprétées par la tradition iconographique.
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(a) L’auteur cependant suggère
qu’il pourrait s’agir, concernant les ondes dont émergent les ressucités,
de boudins superposés symbolisant la terre.
(b) L’auteur ne tranche pas clairement sur ce nombre
et rapporte comme une simple opinion de Mme Thierry le nombre de quatre.
(c) L’auteur n’en cite bizarrement qu’un, sans parler
de celui qui se relève à gauche, ni des quatre autres en
train d’être recrachés par la Bête.
(d) Yves Christe propose d’imaginer qu’Hadès
serait dans une sorte de latrine en train d’excréter un damné.
A-t-il bien regardé la scène? L’a-t-il comparée avec
son étroit parallèle du Beatus de Saint-Sever? On
est en droit de s’interroger.
(e) Sans me citer, naturellement.
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3) Enfin, qui se ressemble s’assemble: comme son amie, M. Yves Christe
ne cite de mes recherches que les erreurs qu’il s’est efforcé
d’y trouver, à l’image du serpent qui mord la main qui l’a nourri.
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Mais voyons ce qu’il me reproche. C’est une page web à laquelle
il donne un nom ridicule et inexact, accompagné d’un (sic) qui voudrait
signaler mon erreur et ne signale que la sienne (f).
Cette page propose une interprétation nouvelle
d’une fresque du XIe siècle située à Civate.
Yves Christe allègue, sans développer
davantage, que cette interprétation nouvelle de la fresque ne prend
pas en compte l’inscription qui l’accompagne. Il vient pourtant d’écrire
lui-même qu’on ne peut pas s’appuyer, dans le cas de la fresque disparue
de Saint-Benoît-sur-Loire, sur l’interprétation qu’en avait
composée son propre commanditaire, à savoir l’abbé Gauzlin
(g). Voilà une curieuse incohérence méthodologique.
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(f) Il prête à cette
page le titre étrange, sinon grotesque de “L’Antéchrist manipulé
par le Dragon”, ce qui n’a guère de sens, alors que le titre en
est “L’Antéchrist manipulé par le Démon”, comme tout
le monde peut le constater depuis plusieurs années.
(g) En effet Gauzlin n’avait pas lu les dernières
publications de M. Yves Christe, et par suite n’était pas en état
de comprendre ce qu’il avait fait peindre sur le mur de sa propre église.
On est assez proche de certaines considérations de Mme Thierry qui
sait mieux que l’auteur de la gravure de 1660 ce qu’il aurait dû
graver du tympan d’Orléans.
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J’ai proposé de
reconnaître à Civate, dans le personnage qui est tendu vers
la Bête à sept têtes, et qui la regarde en posture d’orant,
l’Antéchrist, et dans la personne qui le tient, un chrétien
dévoyé lui-même adorateur de la Bête.
M. Christe croit de son côté qu’il s’agit
d’une sage-femme anonyme et de l’Enfant poursuivi par le Dragon avant d’être
ravi au ciel (Apocalypse XII, 5), ciel où on le voit représenté
très clairement dans la scène supérieure.
Cependant l’interprétation du texte de l’Apocalypse
que fait Christe ne s’applique pas aussi facilement à la fresque
qu’on pourrait le croire, qui lui résiste bien au contraire. En effet,
dans le texte source, ce n’est pas la Bête à sept têtes
qui cherche à dévorer l’Enfant, mais le Dragon. Quant à
la bataille entre les anges et le dit Dragon, représentée
à droite de la fresque, elle ne prend place qu’après
l’ascension de l’Enfant (Apocalypse XII, 7). Enfin la Bête à
sept têtes, précisément représentée sur
la fresque, n’apparaît qu’au chapitre XIII, où on nous dit
qu’une des sept têtes blessée à mort reprend vie et
qu’on l’adore (XIII, 1-4).
Or précisément notre personnage, qui n’est pas un enfant, est tourné
en position d’orant vers une bête à sept têtes, et précisément
vers la seule de ses têtes qui soit blessée, transpercée
qu’elle est de trois lances. En fait, de ce point de vue, l’interprétation
traditionnelle de la fresque de Civate défendue par Christe est beaucoup
moins solide que celle que je propose. Elle suppose arbitrairement d’importantes
distorsions entre la fresque et son texte source, alors que la mienne les
réconcilie avec un grand luxe de détails.
A mon sens, comme je l’ai déjà écrit
ailleurs, l’enfant du registre supérieur représente l’âme
du bon chrétien enfantée par la sainte Église de Dieu;
et l’autre celle du chrétien qui s’est laissé séduire
à nouveau par les tentations de ce monde, devenant par là
soi-même antichrist, au sens mystique où
l’entendait saint Augustin.
En fait l’artiste a représenté ici l’ensemble
des chapitres XII et XIII, de telle manière qu’on a en haut l’ascension
de l’Enfant, en bas à droite la bataille entre les anges et le Dragon,
et à gauche enfin l’apparition de la Bête à sept têtes,
traitée comme une émanation du Dragon.
Peut-être ai-je tort. Et je le reconnaîtrai
bien volontiers et sans difficulté dès qu’on aura répondu
à ces difficultés, et aussi à ces trois autres questions,
qu’il ne suffit pas, je pense, de traiter par le mépris.
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Selon Christe, ce jeune homme serait le même
personnage que le bébé de gauche, l’homme qui le tient serait
une sage-femme, et l’artiste aurait confondu par mégarde le Dragon
avec la Bête aux sept têtes.
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L’artiste savait
peindre des plis sur l’épaule, il ne le sait plus sur la manche,
car, selon M. Christe, ce sont ici des plis.
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1) Dans
quelle autre représentation de cet épisode céleste
a-t-on jamais vu un artiste de ce temps introduire de son propre chef un
personnage aussi trivial qu’une sage-femme, dont le rôle serait d’ailleurs
ici particulièrement obscur (h)?
2) Pourquoi ce prétendu enfant est-il si
différent de celui qui est introduit auprès de Dieu? Pourquoi
a-t-il le visage et le corps d’un jeune adulte (i), quand l’autre a les
traits d’un bébé bien sympathique et bien joufflu?
3) Enfin et surtout,
pourquoi ce supposé enfant sans auréole est-il tourné
en posture d’orant vers la Bête qui est censée le poursuivre,
et pourquoi est-il tourné précisément vers la seule
des têtes de cette bête qui soit frappée à mort?
Voilà bien des
questions auxquelles M. Christe ne paraît en mesure de répondre,
et qu’il lui semble plus commode de traiter par le mépris et la dérision,
du haut d’une chaire qu’il se devrait d’honorer par plus de courtoisie
et de probité.
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(h) On a imaginé que c’était
une sage-femme pour expliquer sa présence auprès du lit où
accouche la Femme, et parce qu’elle paraît bien brandir le prétendu
Enfant (pourtant visiblement plus âgé que l’Enfant ensuite
transporté auprès de Dieu). Yves Christe sent bien qu’il lui
faut préciser le rôle de ce personnage tel qu’il est représenté.
Il nous dit donc qu’elle est en train d’arracher ce prétendu
Enfant au Dragon d’Apocalypse XII (que l’artiste a confondu
par mégarde avec la Bête d’Apocalypse XIII). Admettons. Notre
personnage donc l’arrache au monstre. Saluons le courage de ce sauveteur
anonyme dont les mérites ont été injustement méconnus
par l’auteur de l’Apocalypse, mais remarquons aussi qu’on a perdu en route
toute raison de l’identifier à une sage-femme. Et pourquoi pas plutôt
un bûcheron, comme dans le cas du Petit Chaperon Rouge?
(i) C’est un jeune homme qui a l’âge de toutes
les tentations.
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Bibliographie
de la controverse
Bernard GINESTE, «Le Jugement
dernier de l’église Saint-Basile d’Étampes», in
Jacques GÉLIS (professeur émérite d’histoire à
Paris-Sorbonne) [dir.], Peintres d’Étampes, Étampes,
Association Étampes-Histoire [«Les Cahiers d’Étampes-Histoire»
6], 2004 [ISSN 1291-7791; 12 € en 2004], pp. 54-66 [18 illustrations].
Nicole THIERRY, «Le Jugement
dernier du portail de l’église Saint-Basile d’Étampes»,
in Jacques GÉLIS [dir.], Être maire à Étampes,
etc., Étampes, Association Étampes-Histoire [«Les
Cahiers d’Étampes-Histoire» 8], 2007 [ISSN 1291-7791; 12,50
€ en 2007], pp. 61-76 [18 photographies et schémas].
Bernard GINESTE, «Une nouvelle étude sur le Tympan
de Saint-Basile d’Étampes (recension d’un article récent
de Mme Nicole Thierry)», in Corpus Étampois,
http://www.corpusetampois.com/che-21-gineste2007recension01.html,
mars 2007.
Bernard
GINESTE, «Maître de Saint-Basile: L’Antéchrist manipulé
par le Démon (sculpture étampoise du Xe ou XIe siècle)»,
in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cae-10-stbasile04antechrist.html, avril 2007.
Yves CHRISTE, in Bulletin
monumental 167 (2009), pp. 75-76.
Bernard GINESTE,
«Rien de nouveau sur le tympan de Saint-Basile d’Étampes (sur une publication d’Yves
Christe)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-21-gineste2010recension02.html, mars 2010.
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