Corpus Littéraire Étampois
 
Poète anonyme
 Épitaphe de Cantien Hüe
1502

Le  Couvent des Filles-Dieu, par Albert Robida (1848-1926)
Condamné à mort devant le couvent des Filles-Dieu (gravure de 1844)

     Les Filles-Dieu de Paris et leur couvent, où fut enterré Cantien Hue, d’après deux dessins du XIXe siècle, l’un de Robida, l’autre édité dans Les rues de Paris, édition de 1844. Les condamnés à mort s’y arrêtaient, sur la route de Montfaucon.
     
ÉPITAPHE DE CANTIEN HUE
Léon Marquis 1. Un texte visiblement altéré

     Léon Marquis, dans son ouvrage d’érudition locale Les rues d’Étampes et ses monuments, paru en 1881, consacré une petite notice à l’Étampois Cantien Hue, qui fut à la fin du Moyen Age une gloire locale, puisqu’il
fut recteur de l’Université de Paris, avant de devenir visiteur de l’ordre de Fontevrault.

     Marquis nous donne le texte de son épitaphe disparue, d’après
Description de Paris et de ses environs de Jean-Aymar Piganiol de la Force. Cette inscription, autrefois conservée dans une chapelle de l'ancien couvent des Filles-Dieu de Paris, nous apprend que Cantien Hue était mort le jour de la Saint-Ambroise (c’est-à-dire le 4 avril) de l’an 1502. Cependant le reste du texte paraît visiblement altéré, et nous nous proposons ici d’en reconstituer si possible la teneur originelle.

    Voici la notice donnée par Marquis
:


     HUE (CANTIEN), recteur de l’Université de Paris, né en 1442, mort le 4 avril 1502. Il fit ses études au collège de Navarre, où il passa vingt-quatre ans, d’abord comme disciple. En décembre 1470, il fut élu procureur. Au mois d’octobre 1473, il devint recteur de l’Université de Paris. L’amour de la retraite le porta ensuite dans l’ordre de Fontevrault, et il devint prieur de l’Encloître (Gironde) en 1485. Il fut fait visiteur de cet ordre et remplissait encore ces fonction en 1501. Il mourut au monastère des Filles-Dieu de Paris, et fut inhumé dans une chapelle de ce couvent où l’on avait mis cette épitaphe, d’après Piganiol de la Force (Description de Paris et de ses environs):
Cy gist Cantien Hüe, digne de mémoire,
Du monde, de la chair, du diable ayant victoire,
De louable vie et céleste conversation,
Lequel a mil cinq cens et deux de Saint-Ambroise
          Le jour et feste,
Sexagénaire et vertueux, rend l’esprit, élève la teste.
     Moréri, Dictionnaire historique.

2. La fin du texte

     Il est manifeste que la fin du texte, disposée par Marquis sur trois lignes constituait originellement un quatrain d’octosyllabes à rimes croisées.
Lequel a mil cinq cens et deux de Saint-Ambroise
          Le jour et feste,
Sexagénaire et vertueux, rend l’esprit, élève la teste.
     Il n’est pas moins clair que trois erreurs de transcription ont été commises. Tout d’abord il y avait selon toute apparence un tilde sur le deuxième mot “ã”, qu’il faut donc lire “an”. Par ailleurs l’article au début de la deuxième ligne, “Le”, a été rajouté malencontreusement soit par Piganiol, ou par Marquis. Enfin, il n’était surement pas porté “eleve la teste”, qui n’a pas de sens, mais “eleve lateste”, qu’il faut probablement lire: “eleve l’atteste”, en comprenant que cette épitaphe a été composée par un ancien élève de Cantien Hue. Il faut donc lire:
Lequel, an mil cinq cens et deux,
De saint Ambroise jour et feste,
Sexagenaire et vertueux
Rend l’esprit: eleve l’ateste.
3. Le début du texte

     Manifestement, l’auteur inconnu du relevé de cette inscription a considéré qu’on avait au début un distique rimé.
Cy gist Cantien Hüe, digne de mémoire,
Du monde, de la chair, du diable ayant victoire.
     Cette solution n’est pas satisfaisante parce qu’on aurait alors un décasylllabe suivi d’un alexandrin, suivis deux vers sans rime ni raison. En revanche on observe un retour de son au bout de huit syllabes, entre “diable” et “louable”. Il apparaît donc comme extrêmemement probable que le début de l’épitaphe était également un quatrain d’octosyllables. Cependant il se présente deux difficultés en ce sens que nous mettons ci-après en rouge:
Cantien Hüe, digne de memoire,
Du monde, de la chair, du diable
Ayant victoire,
de louable vie
Et céleste conversation,
     Il faut donc supposer que l’angle supérieur droit de la stèle portant cette inscription présentait une cassure triangulaire, comme il arrive souvent, de sorte que Piganiol de la Force, ou sa source, a cru devoir reconstituer le texte tel que nous l’a transmis Marquis. Une erreur de départ a été commise, qui a empêché de percevoir correctement la structure prosodique de l’inscription. Au lieu de restituer “digne de mention”, qui rimait évidemment avec “conversation”, on a restitué “digne de memoire, qu’on a cru rimer avec “victoire”.

      Au deuxième vers, il a été restitué correctement
“diable”, qui rime de fait avec “louable”, huit syllabes plus loin.

     Au troisième vers en revanche, on a cru qu’il fallait restituer
un mot court, “vie”, là où en fait il n’y avait rien sur le fragment disparu. Ce mot de “vie” serait d’ailleurs une redondance inutile, car il faut ici rappeler que “conversation” signifie encore au XVIe siècle “manière de vivre”.

     Il faut donc tout simplement lire:
Cantien Hüe, digne de mention,
Du monde, de la chair, du diable
Ayant victoire,
de louable
Et céleste conversation,

4. Restitution proposée
(avec paraphrase)