Les Antiquitez de la
Ville et du Duché d’Estampes
Paris, Coignard, 1683
Seconde partie, Chapitre XV, pp. 424-425
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De la
Chapelle, & de l’Hôpital
de saint Antoine. |
SECONDE PARTIE, CHAPITRE XV.
De la Chapelle, & de l’Hôpital de saint
Antoine.
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LA Chapelle
de cet Hôpital est dédiée sous l’Invocation de
saint Antoine l’Hermite, & de saint Sulpice Evêque de Bourges,
desquels l’Eglise fait la fête en même jour: mais dans
cette Chapelle on celebre celle de saint Antoine le dix-septiéme
jour de Janvier: & celle de saint Sulpice le vingt-septiéme
jour d’Aoust, qui est celuy de sa Translation. Cet Hôpital ne
connoît pas de Fondateur particulier: & il est à
croire qu’il n’a été bâty, & doté que
des aumônes de quelques particuliers pour y loger seulement des
passants valides. Il n’y restoit plus que quelques vieils bâtimens
proches de cette Chapelle.
Le titre le plus ancien qui fait mention
de cet Hôpital, est un Concordat fait l’an 1210, entre les Chanoines
de Nôtre Dame, & ceux de sainte Croix, par lequel la paisible
possession, & l’administration [p.425]
de la maison de saint Antoine, dite l’Aumônerie
des Breton, est adjugée au Chapitre de Nôtre Dame.
Ce nom d’aumônerie des Bretons
joint au temps que cet Hôpital a été bâty,
il y a plus de cinq cens ans, auquel les pèlerinage à
Jérusalem, à Rome, & aux autres lieux de devotion étoient
frequens, donne sujet de croire qu’il a été bâty
pour loger les Bretons qui passoient pour aller à quelqu’un
de ces pelerinages.
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Cave gothique sous la chapelle Saint-Antoine
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Quant au gouvernement du même Hôpital,
il a été autrefois administré par un Maître,
& des freres qui vaquoient au service des pauvres passans. Le
Maître étoit Prêtre, & avoit l’administration
spirituelle sur tout ce qui dépendoit de l’Hôpital, au
dedans de la Chapelle, & de la maison: mais tous avoient le pouvoir
d’administrer le temporel. Je fonde ce que je dis sur un titre du
mois de Novembre 1254. par lequel, Gilles Maître, & les
Freres de la maison-Dieu saint Antoine consentent que les Prieur,
& Freres de la Leproserie de saint Lazare de la même vile
possedent pour toûjours en main morte, des aulnois qu’ils avoient
acquis prés de leur maison, tenus en censive de ladite Maison
Dieu de saint Antoine, moiennant neuf livres parisis, une fois payées,
pour le droit d’indemnité, & trois sols parisis de cens
chaque année, le jour de saint Remy.
Le même titre sert à faire voir que cette Aumônerie
dépendoit du Chapitre de Nôtre Dame; parce que sur la fin, il
y a la ratification du Chapitre. La dépendance de cet Hôpital
consistoit en ce que Messieurs de Nôtre Dame instituaient pour
Maître, & Gouverneur tel Prêtre qu’il leur plaisoit,
lequel étoit obligé de rendre tous les ans, compte au
même Chapitre de son administration. On ne voit point quand
cette sorte de gouvernement par un Maître, & des freres a cessé
dans cet Hôpital: mais pour l’administration du temporel sous
la dépendance du Chapitre de Nôtre Dame, elle fût [sic] ôtée à
l’Administrateur spirituel, l’an 1560. en execution des Edits de nos
Rois, faits pour le bon gouvernement des Hôpitaux: & deux
Notables Bourgeois furent commis à cette Administration. Premierement
par le Bailly d’Estampes: & depuis il en a été substitué
d’autres de deux ans en deux ans par les Maire, & Echevins, &
habitans de la ville jusques à l’an 1629. que cet Hôpital
fut donné, comme j’ay dit, aux Peres Barnabites.
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NOTES
La Chapelle de cet Hôpital. Fleureau parle ici
d’une chapelle qui existe encore de son temps, quoique probablement alors
fort remaniée, et où il a lui-même souvent officié,
puisqu'elle devint celle du couvent des barnabites d'Étampes, dont
il était. On suppose d’ailleurs qu'il est est enterré.
Aumônerie
des Breton. De
fait, dans la charte à laquelle fait référence Fleureau,
qui a été publiée en 1888 par l’abbé Alliot
dans son édition du Cartulaire de Notre-Dame d’Étampes,
et que nous donnons ci-dessous en Annexe, cet établissement est qualifié
Domus Sancti Anthonii que vocatur elemosyna
Britonensis, «La Maison Saint-Antoine
qu’on appelle l’Aumône Bretonne». Il
y là une difficulté. Fleureau en effet dira plus loin, au chapitre XXII de la deuxième partie, page
464, en parlant du Couvent des Mathurins, qui n’est pas du tout au même
endroit: «Avant que ces Religieux fussent établis en ce lieu-là,
il y avoit une Aumonerie, surnommée des Bretons». Tout ceci n’est pas très clair. Il faut peut-être
doute en conclure avec Frédéric Gatineau que l’Aumônerie
dont les locaux avait été cédés aux Trinitaires
fut elle-même alors transférée rue Saint-Antoine; ou
bien que cet établissement avait deux sièges à Étampes,
dont l’un fut attribué entre 1190 et 1209 aux Trinitaires, et dont
l’autre fut placé en 1210 sous l’autorité du chapitre de Notre-Dame.
Mais une autre hypothèse
serait ici beaucoup simple et naturelle. Nous serions ici en présence
d’une étourderie de Fleureau. En effet nous n’avons ici que sa parole
pour identifier le site du couvent des Trinitaires avec celui de l’Aumônerie
des Bretons, tandis que lorsqu’il place l’Aumônerie des Bretons sur
le site de l’Hôpital Saint-Antoine, c’est-à-dire sur le site
ultérieur du couvent des barnabites, puis du collège Geoffroy-Saint-Hilaire,
actuel collège Jean-Étienne Guettard, il fait référence
à une charte de 1210 dont nous avons conservé le texte, que
nous donnons ci-dessous en Annexe, et qui identifie
effectivement d’une manière explicite cette Aumônerie des Bretons
avec l’Hôpital Saint-Antoine.
Un titre
du mois de Novembre 1254. Cette charte-là ne paraît avoir
été conservée, et il est bien dommage que Fleureau
ne nous en ait donné qu’un résumé.
Bernard Gineste, mai 2007.
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ANNEXE
La charte de 1210 mentionnée
par Fleureau
texte édité par Alliot
en 1888 et traduction B. G.
Le Cartulaire de Notre-Dame d’Étampes
édité en 1888 par l’abbé Jean-Marie Alliot a conservé
la charte à laquelle fait ici allusion dom Fleureau sous ses deux versions,
celle qui fut rédigée par le doyen de Sainte-Croix, Hugues,
et celle qui fut rendue en termes identiques par le chantre de Notre-Dame,
Guillaume.
Texte édité par Alliot (1888)
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Traduction proposée par B. G. (2007)
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XIII.
Hugues, doyen de l’église
Sainte-Croix d’Étampes, publie l’accord fait entre les deux chapitres
de Notre-Dame et de Sainte-Croix.
[Étampes], mars
1210, v. s.
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XIII.
Hugues,
doyen de l’église Sainte-Croix d’Étampes, publie l’accord
fait entre les deux chapitres de Notre-Dame et de Sainte-Croix.
Étampes, mars 1210 (ancien style) |
Universis populi fidelibus presentem paginam inspecturis, Hugo, decanus
ecclesie Sancte Crucis Stampensis, totumque ejusdem ecclesie capitulum,
in Domino salutem.
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A tous les fidèles du peuple qui consulteront le présent
document, Hugues, doyen de l’Église de Sainte-Croix d’Étampes,
et tout le chapitre de la dite Église, salut dans le Seigneur.
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Noverit universitas vestra, quod cum inter ecclesiam nostram et ecclesiam
Beate Marie Stampensis controversia verteretur super articulis inferius annotatis,
Dominus Senonensis et magister Galterius Cornutus, parisiensis canonicus,
arbitri ex compromisso sumpti, eamdem controversiam terminaverunt de assensu
partium in hunc modum.
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Que toute votre collectivité sache ceci. Entre notre Église et l’Église de Notre-Dame
d’Étampes avait lieu une dispute au sujet des points énoncés
ci-dessous. Monseigneur de Sens et maître Gautier Cornu, chanoine
de Paris, pris par convention pour arbitres, ont terminé la dite
dispute avec l’accord des parties, de la manière suivante.
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In ecclesia Sancte Crucis non propulsabitur ad aliquam missam matutinalem.
Nullum parochianorum vel parochianarum Beate Marie recipient illi qui sunt
vel erunt de ecclesia Sancte Crucis ad aliquid quod ad jus pertineat parochiale.
Nec panem [p.8] benedictum
facient; nec sermonem facient nisi pro festis annuntiandis ad populum;
nec excommunicationem facient super parochianos Beate Marie vel Sancti
Basilii, nisi precepto majorum suorum. Visitationes infirmorum non facient;
nec pro defunctis officium celebrabunt dum corpus in domo fuerit, nisi capicerius
Beate Marie vel sacerdos Sancti Basilii presentes fuerint, vel prius celebraverint.
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Dans l’Église Sainte-Croix on n’en sera pas réduit à
une messse du matin. Ceux qui relèveront de l’Église de sainte-Croix
ne recevront aucun paroissien ni aucune paroissienne relativement à
quoi que ce soit qui relève du droit paroissial. Il ne feront pas
de pain béni, ni de sermon au peuple si ce n’est à l’occasion
des fêtes liturgiques, et il ne prononceront pas d’excommunication
à l’encontre des paroissiens de Notre-Dame ni de Saint-Basile, sinon
sur ordre de leur hiérarchie. Il ne s’adonneront pas à la visite
des malades et ils ne célébreront pas l’office des morts tant
que le corps sera en son domicile, à moins que le chevecier de Notre-Dame
ou le prêtre de Saint-Basile ne soit présents ou ne l’aient
déjà célébré. |
Domus Sancti Anthonii que vocatur elemosyna Britonensis, et jus parochiale
ville nove remanebit libere et quiete ecclesie Sancte Marie.
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La Maison Saint-Antoine qu’on appelle l’Aumône Bretonne, et
le droit paroissial de Villeneuve demeureront pleinement et sans contestation
à l’Église Notre-Dame.
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Censivas ecclesie Beate Marie que sunt infra corpus ecclesie Sancte
Crucis restituent canonici Sancte Crucis canonicis Beate Marie in terra
equipollenti. Alias vero censivas tenebunt, sicut antea tenuerunt, sed de
novo alias ad ecclesiam Beate Marie pertinentes, nisi de consensu ejusdem
ecclesie, eis acquirere non licebit. |
Quant aux censives de l’Église Notre-Dame qui sont comprises
sous la nef de l’Église Sainte-Croix, les chanoines de Sainte-Croix
les restitueront aux chanoines de Notre-Dame sous la forme d’une terre
de même valeur. Ils jouiront de leurs autres censives comme ils ont
en joui antérieurement, mais il ne leur sera pas permis d’en
acquérir d’autres à nouveau appartenant à l’Église
Notre-Dame, sans l’accord de la dite Église.
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Guillelmus cantor Beate Marie unam prebendam congruam habebit in
ecclesia Sancte Crucis, quandiu vixerit, ubicumque fuerit, etiam si cantoriam
suam dimiserit, ita tamen habebit personaliter, quod ad successorem suum
non perveniet ullomodo.
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Le chantre de Notre-Dame Guillaume jouira d’une prébende congrue dans l’Église
Sainte-Croix, aussi longtemps qu’il vivra, même s’il se démet
da dignité de chantre, étant précisé qu’il
n’en jouira qu’à titre personnel, et qu’elle ne reviendra en aucune
façon à son successeur.
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Nos igitur compositionem hujusmodi factam
sigilli nostri munimine fecimus roborari. Datum
anno Domini MCCX, mense martio.
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Ainsi donc nous avons fait certifier les termes de ce compromis au
renfort de notre sceau. Donné l’an du Seigneur 1210, au mois de
mars.
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XIV.
Même accord
et même règlement publiés par Guillaume*, chantre de l’église Notre-Dame d’Étampes.
[Étampes], mars
1210, v. s.
|
XIV.
Même
accord et même règlement publiés par Guillaume*, chantre de l’église Notre-Dame d’Étampes.
Étampes, mars 1210
(ancien style)
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Universis
populi fidelibus presentem paginam inspecturis,
[p.9] Guillelmus cantor ecclesie Beate Marie Stampensis
totumque ejusdem ecclesie capitulum in Domino salutem.
......
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A tous
les fidèles du peuple qui consulteront leprésent document,
Guillaume, chantre de l’Église Notre-Dame d’Étampes et tout le chapitre de la dite Église, salut dans le Seigneur.
......
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[Note d’Alliot] * «Il y a bien de la
probabilité, dit Fleureau, que le premier chantre qui a eu l’honneur
d’être chef de l’église et du chapitre de Notre-Dame, après
que nos Roys se sont reservez la dignité d’abbé, ç’a
été un nommé [p.9] Guillaume,
dont il est parlé dans l’accord fait l’an 1210.»
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Source: Basile Fleureau, Les Antiquitez de la ville
et du Duché d’Estampes, pp. 424-425. Saisie: Bernard Gineste,
juillet 2001.
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