Bernard Gineste
Les procureurs du roi à Étampes
au XVIe siècle
Étude prosopographique, 2010
Scène de Pentecôte sculptée
sur la façade intérieure de l’Hôtel
d’Esprit Hattes en 1554, alors receveur du domaine.
C’est une sculpture à clef désignant
les commanditaires de cet hôtel particulier, Esprit
Hattes et Marie Paulmier
|
|
Introduction
État de la question
Le seizième marque à Étampes comme ailleurs
l’apparition progressive d’une administration moderne du
territoire, contrôlée toujours de plus près
par l’autorité centrale, c’est-à-dire royale.
|
|
Dès 1931, Paul Dupieux a donné de cette évolution
générale une synthèse pionnière
intitulée Les Institutions royales
au pays d’Étampes (1),
qui s’appuie sur une documentation jusqu’alors négligée
par les historiens locaux, mis à part Charles Forteau
(2), non seulement aux Archives nationales
et à celles d’Orléans, mais encore à
Étampes même. Certains des documents qu’il a
pour ce dépouillés, voire édités
en certains cas, ont depuis disparu, les uns des archives municipales
d’Étampes, dont l’histoire tourmentée reste
à écrire; les autres des archives du Loiret, presque
entièrement détruites par le funeste bombardement
allemand de 1940.
Dupieux s’inspire
étroitement du plan et de la méthode d’un
ouvrage de référence de son maître
Gustave Dupont-Ferrier, paru en 1902: Les officiers
royaux des bailliages et sénéchaussées
et les institutions monarchiques locales en France à
la fin du moyen âge (3).
Sur cette base extrêmement solide et bien documentée,
qui trace un tableau général de ce qu’étaient
ces institutions dans l’ensemble du royaume jusqu’au
début du seizième, l’auteur s’est attaché
à traiter particulièrement du bailliage d’Étampes
et a étendu ses recherches jusqu’à la fin
du XVIe siècle.
|
(a1)
Les institutions royales au pays
d’Étampes (comté puis duché,
1478-1598), Versailles, Mercier, 1931.
(a2) Les historiens d’Étampes
s’intéressaient moins jusqu’alors aux principaux acteurs
de l’histoire réelle du bailliage d’Étampes
qu’aux trois favorites royales qui reçurent alors
successivement le titre de duchesses d’Étampes, bien
qu’aucune ne paraisse y jamais avoir mis les pieds (comme
le simple bon sens aurait dû le leur faire entendre, sans
qu’il soit besoin d’autre preuve); ils n’avaient donc rien dépouillé,
et ce travail reste encore en grande partie à faire
pour ce qui concerne le XVIe siècle: seul Charles Forteau
avait travaillé dans ce sens, sans que ses travaux d’ailleurs
aient fait beaucoup d’émules.
(a3) Paris, Émile Bouillon, 1902,
1043 pages.
|
Il a
donc ainsi écrit les grandes lignes de l’histoire institutionnelle
du pays d’Étampes au XVIe siècle avec
une grande sûreté, et cela même quand
les données concrètes récoltées
étaient dans le fait, en certains cas, assez maigres. De
fait il avoue clairement à plusieurs reprises que la
matière lui a manqué sur bien des points, et
que s’il est fier de pouvoir donner une liste enfin complète
des baillis d’Étampes, il est bien loin de pouvoir produire
une telle liste pour quelque autre catégorie d’officiers
que ce soit (4). Concernant même
le cas des lieutenants du bailli, leurs subordonnés
immédiats, il exprime clairement ce regret: “Des recherches
assez longues aboutiraient peut-être à dévoiler
les origines familiales de ces officiers, leurs attaches dans
le pays d’Étampes. Nous souhaiterions être mieux
renseignés à ce sujet” (5).
Et au sujet du receveur du domaine du roi: “Malheureusement nous
ne pouvons insister sur lui, car les textes sont assez rares, qui
le concerne personnellement” (6).
|
(a4)
Institutions, p. 236.
(a5) Institutions,
p. 79.
(a6) Institutions,
p. 87.
|
Il reste donc bien aujourd’hui à préciser
cette présentation schématique par plus
de renseignements de détails, et par des études
particulières s’appuyant sur les sources les plus
riches, quoique les plus arides, de l’histoire locale: censiers,
registres paroissiaux, actes notariés et autres documents
dispersés, généralement lacunaires
et de lecture parfois difficile.
Très modestement je donne ici tout ce que
j’ai trouvé jusqu’à présent au sujet
de l’un seul de ces hauts fonctionnaire étampois
(7), le procureur du roi, qui m’intéresse
plus que le bailli ou ses lieutenants, parce que c’était,
si l’on peut dire, une sorte de fonctionnaire territorial
dont le recrutement était local, et que cette charge
constituait à Étampes l’aboutissement final d’une
carrière locale. En parcourant pour un autre propos (8), la plupart des registres paroissiaux
conservés du XVIe siècle étampois, et
quelques censiers, je me suis accessoirement attaché
à y relever ce qui concernait les personnages qui y exercèrent
cette fonction. |
(a7)
Je donnerai cependant en note ce que j’ai trouvé
sur quelques autres, comme l’avocat du roi, sans le
garder jalousement sous le coude, à l’usage de
ceux qui voudraient développer des recherches du même
genre, recherches qui seraient bien souhaitables, pour donner
des bases solides à l’histoire d’Étampes.
(a8) En cherchant à identifier
le commanditaire de l’hôtel particulier du n°4
de la rue Sainte-Croix, qui est l’un d’entre eux, Esprit Hattes.
|
Dupieux ne mentionne que cinq d’entre eux, et encore en y incluant
un procureur du XVe siècle, Pierre de Gilles (9); bien que dès le XVIIe siècle
l’Étampois Pierre Plisson, sur la base d’archives
aujourd’hui disparues, en ait relevé davantage dans sa
Rapsodie (10),
éditée en 1909 par Charles Forteau, qui en
avait ajouté en note deux autres qu’il avaient trouvé
mentionnés par des registres paroissiaux (11), Dupieux ne leur emprunte aucune donnée
que n’aient vérifiée ses propres recherches.
Or la consultation
des premiers registres paroissiaux étampois conservés
et de quelques censiers permet d’établir avec
assez de précision la série de ces officiers,
qui furent au nombre de neuf, les dates où ils se
succédèrent, et en certains cas la manière
dont il accèdérent à cette charge.
On voit se dessiner des carrières et on observe
le rayonnement social de ces personnages et de leur famille.
On peut localiser le domicile et la généalogie
de nombre d’entre eux, en croisant les données des
censiers avec celles des registres paroissiaux, et on pourra
ultérieurement arriver à plus de précision
encore en faisant usage sur la base de ce premier travail d’actes notariés actuellement
inaccessibles (12).
Je donnerai ici ce tout que j’ai trouvé sur
chacun d’eux à ce jour, soit chez Dupieux ou dans des
sources qu’il n’avait pas eu le bonheur de rencontrer,
ou pris le temps de consulter. Il ne s’agira donc pas d’une véritable
synthèse, sauf, brièvement,
en conclusion; c’est plutôt une base de données
rangées, pour chacun de ces officiers, par ordre chronologique,
à l’usage des historiens et des curieux, et susceptible
surtout d’être indéfiniment augmentée
à l’avenir de tous les nouveaux renseignements qui
viendront à notre connaissance.
|
(a9)
Il ne cite que ceux-ci: Pierre de Gilles (1491);
Guillaume Cormereau (1518); Guillaume Ducamel (1520
et 1543, la date de 1520 n’étant pas justifiée
par Dupieux); Esprit Ducamel (1564); Nicolas Guilleton
(1578).
(a10) Édition Forteau,
Annales du Gâtinais 1909, p. 248: “Pierre
de Gilles, procureur de M. le comte (1491); Guillaume Cormereau
(1503); Guillaume du Camel, procureur du Roi (1520); Esprit du Camel
(1553); Esprit Hatte (1560); Nicolas Bergeonneau (1588);
Simon Égal (1613); Isaac Blanchard (1624); etc.”.
(a11) Ibid., note
4: “Pierre Legendre, procureur du roi à Étampes,
1572; Nicolas Guillotin, 1575”. Forteau précise
aussi en note que Esprit Hatte est procureur “au bailliage”,
sans indiquer ses sources.
(a12) Aux archives départementales
de l’Essonne.
|
|
|
1. Pierre de Gilles, procureur de Jean de Foix
(…1491-1495…)
Mention de de feu Pierre
de Gilles ( Censier de Notre-Dame pour 1500,
copie de 1519)
1.1. Origines et antécédents
de Pierre de Gilles
|
|
Nous commencerons comme Dupieux par Pierre de Gilles, bien
que nous versions au dossier une pièce qui permet
de savoir qu’il était mort dès avant le 30
octobre 1500, et qu’il ne s’agit donc pas à proprement
parler d’un procureur du XVIe siècle.
Le patronyme de Pierre de Gilles me semble tiré
de la commune de Gilles, en Eure-et-Loir, au canton d’Anet.
Ce Pierre de Gilles était établi à
Étampes avant que d’y être procureur du comte,
car nous l’y trouvons cité comme “notaire” dès
le 4 mars 1479 (1), à l’époque
où le procureur du roi est encore, selon toute apparence,
Pierre Lescuier (2). Nous verrons
plus tard que, de manière similaire, Guillaume Ducamel
sera tabellion avant que de passer procureur du roi.
Était-il pour autant Étampois de souche?
Probablement pas, car nous ne voyons pas d’autre représentant
de sa famille avant lui dans les environs, dans l’état
actuel de notre documentation.
|
(1.1.1)
Les comptes de la maladrerie Saint-Lazare étudiés
par Charles Forteau, Annales du Gâtinais
21 (1903), p. 105, le mentionnent comme le notaire devant
lequel la métairie de Gandeville a été
en bail viager à Macé Perdrigon.
(1.1.2) Pierre Lescuier était
procureur du roi en 1473 selon Gustave Dupont-Ferrier,
Gallia regia, ou État des officiers royaux
des bailliages et des sénéchaussées de
1328 à 1515, Paris, Imprimerie nationale, 1947, p.273,
n°12378. On conservait de plus autrefois à Orléans,
avant le bombardement de 1940, un aveu de “Michel L’Écuyer,
procureur du Roi” en date de 1468 (AD45 A. 1226, cf. Inventaire-Sommaire
de la série A, p. 276a). Sa famille ne paraît guère
représentée à Étampes où
nous ne trouvons qu’un Jaquelin Lesquier de Ville Nuefve
censitaire des dames de Longchamp en 1300 (AD91 E. 3869, édition
Gineste, http://www.corpusetampois.com/che-13-longchamp1292a1306.html,
n°56); un Mahi Lescuier en 1323 (AD91 E. 3880,
édition Gineste, http://www.corpusetampois.com/che-13-longchamp1323.html,
n°27), et un Perrot Lescuyer censitaire des
mêmes en 1394 (E. 3889).
|
1.2. Pierre de Gilles procureur du roi
|
|
Ce personnage est qualifié le 25 juillet 1484
“honorable homme et sage Pierre de Gilles, procureur fiscal
de Monseigneur le comte d’Estampes” (1). Il se transporte alors
avec le prévôt Jean Laurent, le tabellion
Oudin de Monerville, deux sergents et quelques autres témoins,
à la chapelle Saint-Jacques du cimetière, à
la requête des chanoines de Notre-Dame, qui veulent faire
constater qu’ils sont empêchés d’y chanter la
messe de la Saint-Jacques par le doyen Louis Boisquemin, sous
peine d’excommunication.
|
(1.2.1)
Cartulaire de Notre-Dame d’Étampes,
éd. Alliot, n°77, p. 84 (source négligée
par Dupieux).
|
Le lundi
20 août 1487, un arrêt du Parlement
de Paris fut rendu entre d’une part le procureur de Jean
de Foix à Étampes, et d’autre part maître
Michel Dumoulin, licencié en décret, chanoine
de l’église de Chartres et prévôt d’Auvers.
Il exempta ce dernier de la juridiction d’Étampes malgré
les réquisitions du procureur (2).
|
(1.2.2)
Selon un document autrefois conservé à
Orléans (AD45 A1237, fol. 31v°) et consulté
par Paul Dupieux en 1931 (Institutions, p. 64).
|
Le 27 juillet 1490, Jean de Foix rend un édit
accordant aux Étampois le droit de creuser un port
sous les murs de la ville; les termes dont use sa conclusion
manifestent bien que le comte considère bien les officiers
du bailliage, et notamment le procureur, comme les siens et
non pas comme ceux du roi:
“Si donnons en mandement par ces mesmes presentes
à noz bailly, prevost, procureur, et autres officiers
audit Estampes, ou à leurs lieuxtenants ou commis,
et à chacun d’eulx en son regard, que noz presents
edict, decrect et ordonnance ilz entretiennent et acomplissent
et facent entretenir et acomplir de point en point sans aucune
difficulté; et à ce faire et souffrir, contraignent
ou facent contraindre tous ceulx qu’il appartiendra par toutes
voyes et manieres deues et en tel cas requises” (3).
Le 28 mars 1491, permission est accordée
aux célestins de Marcoussis de relever les fourches
patibulaires de Villesauvage qui tombaient en ruine. Mais
il y a enquête et procès, le procureur intervenant
pour les sommer de détruire un pilier qu’ils avaient
ajouté à ces fourches, le nombre de ces piliers
signifiant l’étendue de leurs degrés de juridiction
(4).
|
(1.2.3) Le texte suivi est celui qu’a
établi Clément Wingler en 1993 sur l’original
conservé aux Archives communales d’Étampes,
préféré à celui de l’édition
de Fleureau, Antiquitez, p.
195.
(1.2.4) Selon un document autrefois
conservé à Orléans (AD45 A. 1238,
fol. 192) et consulté par Paul Dupieux en 1931 (Institutions,
p. 107, note 8). Ci-contre un croquis du XVIIe siècle
représentant les fourches patibulaires de Villeneuve-Montfaucon,
analogues à celle de Villesauvage, sur le plan de dîmage
des dames de Maubuison.
|
Pierre de Gilles porte en 1491 le titre de “procureur
de monsieur le comte” (5), et, le 31 mars 1495, celui de
“procureur général du comté” (6). Ce n’était
donc pas alors un fonctionnaire royal, mais bien un agent fiscal du comte
d’Étampes, qui se trouvait alors être Jean
de Foix (depuis 1478 et jusqu’en 1500).
On sait maintenant
qu’il habitait une maison proche de l’église Notre-Dame,
devant le carrefour de cette église, dans la censive
des chanoines, et qu’après sa mort, survenue avant
le 30 octobre 1500, cette maison, alors appartenant à
sa veuve et à ses héritiers, fut habitée par
son successeur Guillaume Cormereau (7).
|
(1.2.5)
Selon Pierre Plisson, qui avait l’occasion de consulter
d’anciennes archives à Étampes, et
dont la Rapsodie a jadis été
éditée par Charles Forteau, Annales
du Gatinais 1909, p. 248.
(1.2.6) Selon un document autrefois
conservé à Orléans (AD45 A1238, fol. 84)
et consulté par Paul Dupieux en 1931 (Institutions,
p. 84, note 2).
(1.2.7) Censier de Notre-Dame
d’Étampes pour 1500, édition Gineste
2010, cf. infra.
|
Il apparaît de plus, et les deux faits sont liés,
la chose n’ayant pas encore été observée,
que ce Guillaume Cormereau était le gendre de Pierre
de Gilles (8): c’est le premier exemple à notre connaissance
de transmission héréditaire de cette charge
à Étampes.
|
(1.2.8)
AD91 E. 3930:“Marie de Gilles, veuve de Guillaume
Cormereau, procureur du roi au comté d’Etampes”;
E.3933: “la veuve Guillaume Cormereau”.
|
1.3. Sur la descendance de Pierre de Gilles
|
|
Pierre de Gilles a visiblement fait souche à Étampes,
car sa famille n’est guère dans la suite représentée
à notre connaissance que par des personnages qui
portent le même prénom que lui et qui paraissent
donc ses descendants directs.
Pierre de Gilles II. Outre sa fille Marie, mariée
à Guillaume Cormereau, et dont nous évoquerons
la descendance à l’article suivant, Pierre de Gilles
I eut pour fils un Pierre de Gilles II que nous trouvons censitaire
des dames de Longchamp de 1532 à 1538 (1).
Pierre
de Gilles III. Nous le voyons à son tour censitaire
des mêmes dame de Longchamp de 1561 à 1564,
qualifié les dernières de ces années de
“bourgeois d’Estampes” (2), cité avec le
même titre en 1570 (3) et sans en
1577 (4), décédé avant 1579 (5).
Il assiste
le 22 septembre 1556, parmi de nombreux autres représentants
du Tiers-État, à la rédaction
de la Coutume d’Étampes (6). Il est
mentionné comme échevin en 1562
(7), et nous voyons que le 24 novembre 1567, après le départ
des Huguenots, une assemblée de ville lui confie, ainsi
qu’à Pierre Forest, la charge de recevoir les grains et
farine qui serait amenés en la ville d’Étampes dans
les greniers de l’hôtel de Mesnilgirault (8).
Sa femme Simone Lecoup est marraine à cinq reprises
à Notre-Dame de 1564 à 1568, dont une fois
en même temps qu’un descendant du procureur du roi
Guillaume Cormereau, et une autre fois en compagnie de la mère
d’un futur procureur du roi, Simon Égal (9). Deux de leurs filles sont signalées comme marraines
à Notre-Dame, Jeanne en 1565 et Alison en 1566
et 1567 (10).
Pierre
IV de Gilles. Ce prêtre, chanoine
et boursier de la collégiale Sainte-Croix, est signalé
comme parrain à Notre-Dame à trois reprises
de 1564 à 1568 (11); il représente
vers 1565 sa communauté devant la justice du bailli de
Guillerval (12); il est censitaire vers la même époque
du fief des Longs (13), et prend à
bail un autre bien dans la censive de Longchamp (14); on le
retrouvera encore lui-même procureur de ces mêmes
dames de Longchamp en 1592 (15); il est toujours vivant
en 1617 et maintenant aussi chanoine de Notre-Dame (16).
On trouve aussi
plus tard, parrain à Notre-Dame en 1588, un Guillaume
de Gilles marchand qui doit être son frère
(17), et une Marie de Gilles veuve en 1612-1614 d’un certain Étienne
Desanges, marchand étampois; elle est remariée en 1617
à Nicolas Thibault contrôleur au grenier à sel d’Étampes
(18).
|
(1.3.1)
AD91 E. 3899.
(1.3.2) AD91 E. 3900. — (1.3.3) AD91 E. 3901. — (1.3.4) AD91 E. 3902. — (1.3.5)
AD91 E. 3902: “la veuve Pierre de Gilles”.
(1.3.6) Coustumes des
bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier,
1557, p. 39. — (1.3.7)
Rapsodie de Pierre Plisson, éditée
par Forteau, Annales du Gâtinais 1909, p.
61. — (1.3.8)
Rapsodie, ibid., pp. 68-69.
(1.3.9) Notre-Dame jeudi
16 novembre 1564: “Simonne Le Coup femme de sire Pierre
de Gilles” en même temps que: “honneste personne
maistre Jehan Cormereau procureur au bailliage d’Estampes”;
16 juin 1565: “Symone femme de sire Pierre de Gilles et Katherine
femme de Daniel Egal”; 3 janvier 1568, “Symonne femme de Pierre
de Gilles”; 10 janvier 1568, “Symonne Le Coup femme de Pierre
de Gilles”; 21 décembre: “Symonne femme de Pierre de Gilles”.
(1.3.10) Notre-Dame 30 octobre 1565:
“Jehanne fille de Pierre de Gilles”; 20 juin 1566: “Alison
de Gilles fille de Pierre de Gilles”; 20 mars 1567: “Alyson
fille de Pierre de Gilles”.
(1.3.11) Notre-Dame 10 avril 1564: “maistre
Pierre de Gilles chanoyne de l’eglise Saincte Croix”;
6 juin, “venerable et discrette personne maistre Pierre de Gilles
chanoyne en l’eglise Saincte Croix d’Estampes”; 19 décembre
1568: “venerable personne maistre Pierre de Gilles chanoyne
de Saincte Croix d’Estempes”. — (1.3.12)
AD 91, E. 3780: “Sentence rendue par Etienne Le Vassor, bailli
de la châtellenie de Guillerval, pour l’abbé de
Saint-Denis, en faveur du chapitre de la collégiale
de Saint-Croix d’Etampes, représentée par
Pierre de Gilles, chanoine et boursier de la collégiale,
et Gilles Buchon, son procureur, contre Gabriel Nyord, Pierre
Millet et Jean Lebarbier, le jeune” (Inventaire-Sommaire
de la série E). — (1.3.13)
AD91 E. 3934.1 (1565-1572). — (1.3.14)
AD91 E. 3927 (1565-1637). — (1.3.15)
AD91 E. 3905: “Etat des cens reçus à Étampes,
pour le compte des religieuses de Longchamp, par Pierre Degilles,
prêtre, pour termes échus en 1592 ou à échoir
à des années suivantes”. — (1.3.16)
Notre-Dame 11 mars 1617: “venerable et discrette personne maistre
Pierre de Gilles prebstre chanoine de l’eglise Nostre Dame du dict Estampes”.
(1.3.17) Notre-Dame 1er octobre 1588:
“Guillaume de Gilles marchant du dict Estampes”. — (1.3.18) Notre-Dame 28 février 1613:
“Marie de Gilles veufve feu honeste personne Estienne Desanges”; 8 janvier
1614: “Marie de Gilles veufve feu Estienne Desanges vivant marchant
bourgeois d’Estampes”; 6 avril: “Marie de Gilles veufve feu honnorable
Estienne Desanges”; 23 avril: “Marie Gilles [sic] veufve feu Estienne
Desanges vivant marchant bourgeois d’Estampes”; 14 juin: “Marie
de Gilles veufve feu Estienne Desanges”; 3 août: “Marie
de Gille [sic] veufve feu Estienne Desanges”; 27 octobre: “Marie
de Gille [sic] veufve feu Estienne Desanges”; 4 janvier 1617: “Marie
de Gilles femme de Nicolas Thibault controleur au grenier et gabelle
à sel du dict Estampes”.
|
|
|
2. Guillaume Cormereau, l’Orléanais
(…1500-1518…)
Mention de Guillaume Cormereau
en 1515
2.1.
Origines et antécédents de Guillaume Cormereau
|
|
Le successeur
de Pierre de Gilles, Guillaume Cormereau, qui fut à
la fois le dernier procureur des comtes de Foix et le premier
procureur du roi à Étampes, était issu
d’une famille orléanaise (1).
Nous voyons par exemple un “Estienne Cormereau” receveur
des deniers communs de la ville d’Orléans en 1493-1495 (2); ce dernier,
mort avant 1512, était notaire et praticien en cour
laie (3); en 1495 un sergent Aignan Cormereau (4) et bien d’autres édiles ou officiers
du même nom.
Les liens d’Étampes avec Orléans et
les occasions de contact étaient nombreuses, et nous
verrons par exemple que c’est à la municipalité
d’Orléans que s’adresseront les édiles étampois
pour leur demander copie vers 1512 des actes royaux qui avaient
institué leur municipalité, afin de demander
au roi la même faveur (5). Quoi qu’il en soit c’était
donc peut-être un homme du comte de Foix arrivé
à Étampes vers 1478 dans le même temps
que son prédécesseur. Peut-être commença-t-il
comme lui par être notaire, ou bien tabellion,
comme son successeur immédiat, ou encore receveur
du domaine, comme les suivants: notre documentation actuelle
ne nous permet pas de trancher ces différentes possibilités.
|
(2.1.1)
Le Maire, Histoire d’Orléans, 1648,
tome 1, passim (cité par Dupieux,
Institutions, p. 84, note 5)
(2.1.2) Denis Lottin,
Recherches historiques sur la ville d’Orléans,
pp. 242 et 342.
(2.1.3) François Bonnardot,
Essai historique sur le régime municipal à
Orléans, Orléans, Jacob, 1881, p.
16; Bulletin de la Société
archéologique et historique de l’Orléanais
18 (1884), p.128; (1965), p. 58; Pierre Bouvier, Étude
sur l’Hôtel-Dieu d’Orléans au Moyen Age et au
XVIe siècle, Orléans, Pigelet, 1914, p.
166; Neithard Bulst, Die französischen Generalstände
von 1468 und 1484, Thorbecke, 1992, p. 294.
(2.1.4) Philippe Mantellier,
Histoire de la communauté des marchands fréquentant
la rivière de Loire et et fleuves descendant en
icelle, Orléans, Jacob, 1867, pp. 119-120.
(2.1.5) Pierre Plisson,
Rapsodie, éd. Forteau, in Annales du Gâtinais
(1909), p. 35.
|
2.2.
Guillaume Cormereau dernier procureur du comte
|
|
Guillaume
Cormereau nous est d’abord signalé en ces termes
par le censier de Notre-Dame d’Étampes, le 30 octobre
1500: “Maistre Guillaume Cormereau procureur à
present de monsieur le conte d’Estampes, demourant en la maison
que apartient à la vefve (1)
et hoirs feu maistre Pierre de Gilles jadys procureur, assise
auprès de l’eglise Nostre Dame, tenant d’une part à
Perre Piegelé, aboutissant au carrefour de devant l’eglise”
(2).
L’an 1503, il est qualifié “procureur
fiscal” (3), et la même
année simplement signalé une autre fois comme
procureur (4). Dupieux remarque que cette qualification de procureur
fiscal est spécialement usitée dans
les possessions de la maison de Foix (5).
Le 30 juin 1511, c’est sur sa réquisition
qu’est confisqué le manoir de Malicorne à
Boutervilliers, et que son propriétaire Michaud Louffier
assigné à comparaître devant le prévôt
d’Étampes pour dire ses causes d’opposition
(6).
|
(2.2.1)
Le copiste a écrit par distraction: vefvent.
(2.2.2) Item n°74 de l’édition
Gineste 2010.
(2.2.3) Selon un document autrefois conservé
à Orléans (AD45 A 1169, passim)
cité par Dupieux (Institutions, p. 84,
note 5).
(2.2.4) Selon la Rapsodie,
éd. Forteau, p. 248.
(2.2.5) Institutions,
p. 84.
(2.2.6) Selon un document autrefois conservé
à Orléans (AD45 A 1197, tabl. 182, layette
2, liasse 4, pièce 2) cité par Dupieux (Institutions,
p. 106). L’Inventaire-Sommaire de 1878, p. 277b,
porte seulement: “saisie féodale (1511) du manoir de
Malicorne”.
|
2.3.
Guillaume Cormereau premier procureur du du roi
|
|
Après
la mort sans héritier de Gaston de Foix à
Ravennes, le 11 avril 1512, le comté
tomba à nouveau dans le domaine royal et Guillaume Cormereau
fut alors confirmé dans ses fonctions de procureur, au
témoignage de Fleureau, dès le 28 avril de la même
année, à Blois où était arrivé
la nouvelle de la mort de Gaston: “Guillaume Cormereau et Jérôme
de Villette furent aussi pourvu en même temps [que le lieutenant
général Jean Tuelieu] des offices de procureur
et d’avocat.” (1) Il faut entendre par là
que de procureur fiscal du comte de Foix, Guillaume passa
alors procureur du roi.
Cette même année 1512,
c’est dans sa maison que se réunirent les échevins
de la ville d’Étampes, qui n’avaient pas encore de
maison de ville. Mais cela n’était pas un usage,
car on les voit se réunir parfois dans la salle des plaids,
au dessus de la Halle ou Boucherie (sur l’emplacement de l’actuelle
place de l’Ancienne-Comédie), et une fois chez Jean
Guy, le receveur des deniers communs de 1507 (2).
A cette époque, selon Fleureau, le procureur
du roi avait un rôle plus important que d’héberger
épisodiquement chez lui les réunions du
conseil municipal. Les habitants en effet se plaignaient
de ce que leurs représentants n’avaient aucun pouvoir
réel, et que “toutes les choses se faisoient de l’Ordonnance
du Lieutenant General, à la réquisition du
Procureur du Roy: de sorte qu’ils ne pouvoient même assembler
les habitans pour les affaires de la ville, qu’ils n’en eussent
auparavant obtenu la permission de ces Officiers. Et ils n’avoient
le pouvoir de disposer des deniers communs, sans Ordonnance de
Justice, que jusques à vingt sols parisis. La maniere de
proceder en cette élection étoit, que les Echevins
obtenoient du Lieutenant General la permission de faire assembler
les habitans. Ceux-cy assemblez, en la presence du même
Lieutenant General, & du Procureur du Roy, en l’audience, où
l’on tenoit les plaids (c’étoit au-dessus de la Halle,
aujourd’huy la Boucherie.) le Procureur du Roy requeroit que l’on
fit la nomination des nouveaux Echevins” (3).
Pierre Plisson remarque de plus dans son analyse du
compte de 1512 que ces officiers se faisaient
évidemment rémunérer en chacune
de ces occasions: “Nota que le présent compte et tous
les autres sont rendus avec l’avocat du roi et le procureur
du Roi, à chacun desquels est fait taxe pour la vacation”
(4).
C’est en cette même année 1512
que sur réquisition de Cormereau, le bailli imposa
un nouveau règlement aux échevins pour éviter
des errements passés: ils ne pourraient plus engager
aucune dépense supérieure à 20 livres
parisis sans ordre de justice, c’est-à-dire des officiers
du roi (5).
Le 13 janvier 1513, à
la requête des échevins et sur ordonnance de Jean
de Villette lieutenant du bailli, il est procédé à
une réunion des échevins et des “gens du roi”pour
faire l’inventaire des titres détenus par la ville, en présence
de l’avocat du roi Jérôme de Villette et d’un substitut
du procureur du roi, qui se trouve être Guillaume Audren
(6). Il
est manifeste qu’on est ici en présence, comme ce sera encore
le cas en 1556 (§ 3.6), d’un simple remplacement à titre
occasionnel et exceptionnel, et non pas d’une charge fixe, car Guillaume
Audren est alors en réalité prévôt, depuis
le 12 avril de l’année précédente (7).
Le 9 octobre 1513,
“maistre Guillaume Cormereau procureur
du roy à Estampes” est cité comme tenant
une parcelle au champtier de Machefer voisine de la vigne du mercier Jehan
Chandelier. L’aveu en question est enregistré par son futur successeur, “Guillaume Ducamel, tabellion d’Estampes” (8). Le 8 janvier 1514, “maistre Guillaume
Cormereau” est cité comme tenant la même
parcelle au champtier de Machefer voisine de la vigne du foulon Pierre Boassé
ou Boessé (Boissé). L’aveu en question est à nouveau
enregistré par son futur successeur, “Guillaume
Ducamel, tabellion d’Estampes” (9). La dite parcelle sera
encore tenue par sa veuve en 1524, et à sa veuve et à ses héritiers
en 1527 (10).
Le 24 juin 1514,
le procureur du roi, de concert avec l’avocat du roi et
le prévôt Guillaume Audren, firent obstacle
à la vérification et l’exécution de la
charte accordée par Louis XII en mai 1514 (11), qui donnait
au échevins le droit d’avoir une maison de ville,
dans la crainte que les élus municipaux ne finissent
par usurper leurs fonctions judiciaires et administratives.
Blaise Galois, examinateur au Châtelet qui était
arrivé à Étampes la veille, les cita
devant le prévôt de Paris. Le procès traîna
jusqu’en 1518. “Nonobstant lesdites lettres, le procureur
du Roi et autres officiers d’Étampes voulaient contraindre
lesdits habitants d’élire échevins par devant
M. le Bailli” (12).
En 1515, la procédure continuait
entre d’une part les échevins d’Étampes,
et d’autre part le procureur du roi et le prévôt;
un long procès-verbal des péripéties
juridiques de cette période nous est conservé aux
Archives municipale; il contient notamment une assez précieuse
liste des bourgeois d’Étampes de cette époque,
réalisée par le futur successeur de Cormereau,
alors tabellion du bailliage, Guillaume Ducamel; Cormereau
y est naturellement fréquemment cité, par exemple,
les 26 avril et le 1er septembre, en ces termes: “maistre
Guillaume Cormereau procureur du roy nostre sire audict lieu”; une autre fois il est qualifié: “maistre Guillaume
Cormereau procureur fiscal oudit conté” (13).
Cependant, très curieusement, il est qualifié
aussi une fois par ce document “maistre Cormereau advocat
du roy audict lieu d’Estampes” (14). Mais il s’agit évidemment
d’une étourderie du notaire. La charge d’avocat du
roi a été créée à Étampes,
comme on l’a déjà dit en passant, en même
temps que celle de procureur du roi, en 1512; avant cela c’étaient
les procureur et avocat du comte (15); en 1515, la charge
d’avocat du roi est clairement occupée par Jérôme
de Villette, fils et successeur du dernier avocat du comte,
Jean de Villette (16), et lui-même premier
avocat du roi à Étampes, depuis 1512 jusqu’en
1536 au moins (17). Elle sera tenue
ensuite successivement par Claude Prévôt
(18), Claude Mignault (19), Nicolas Prevôt (20) et Simon
Chauvin (21).
Le 7 février 1518 est encore
cité: “G. Cormereau procureur” (22).
Le 28 mars 1518 (23) il est
mentionné, “Maître Guillaume Cormereau procureur du
dit comté d’Estampes”, comme s’opposant à la
requête des échevins d’Étampes dont
on vient de parler, de concert avec le prévôt
Guillaume Audren et le comte en titre, Artus Gouffier (24).
Le 22 novembre 1518, c’est entre autres
à son procureur que la reine Claude adressa depuis
Blois la lettre par laquelle elle autorise la ville à
user de son palais comme d’un auditoire, c’est-à-dire
d’un palais de Justice; quoique, curieusement, le procureur ne
soit pas cité à sa place parmi les destinataires
de cet édit, entre l’avocat et le receveur (25). L’office était-il
alors provisoirement vacant?
En revanche, il
est bien fait mention du procureur du roi par une lettre de
François Ier en date du 27 juillet 1519
relative au droit de haute-justice et de foire du seigneur de
Saint-Cyr-la-Rivière, François du Monceau, qui
avait été lui-même bailli d’Étampes
l’espace de quelques mois l’année précédente
(26).
Guillaume Cormereau précisément paraît
être mort vers ce moment-là, c’est-à-dire
en tre le 28 mars 1518 et le 19 avril 1520, première
mention explicite de son successeur Guillaume Ducamel.
|
(2.3.1)
Antiquitez, p. 31. Fleureau,
comme on le voit, ne sait pas que Cormereau occupait cette
fonction depuis déjà une douzaine d’années.
(2.3.2) Selon la Rapsodie
de Pierre Plisson éditée par Forteau,
Annales du Gâtinais 1909, p. 29.
(2.3.3) Antiquitez,
pp. 211-212.
(2.3.4) Rapsodie
éd. Forteau, p. 30.
(2.3.5) Rapsodie
éd. Forteau, p. 29.
(2.3.6) Archives municipales d’Étampes AA
2 (copie du XVIIe siècle): “en la personne [lisez: en la presence]
de sage et honorable homme maitre Jerosme Devillette avocat du roy, et maitre
Guillaume Audren substitut du procureur dudit seigneur” (le document
est daté de 1512, en ancien style). — (2.3.7) Fleureau, Antiquitez, p. 29:
“Depuiz le Roy Loüis onziéme l’an 1471. erigea les Prevsotez
en garde en titre d’Office. Guillaume Aludreu (sic) a été
le premier pourveu de celle d’Estampes, en ectte qualité,
par Lettres Patentes du 27. d’Avril 1512”; texte discuté par
Dupieux, Institutions, p. 90.
(2.3.8) Censier
de Louis Lelong éd. Gineste 2011 n°38.
— (2.3.9)
ibid. n°72. — (2.3.10)
ibid. n°57 et n°21.
(2.3.11)
Rapsodie, p. 35: “Le prévôt
et le procureur du Roi ont été opposé
à l’entérinement desdites lettres”.
(2.3.12) Rapsodie,
p. 36.
(2.3.13) Archives municipales d’Étampes,
AA 227 (cahier folioté 21 à 58), f°21r°,
22r°, 23v°, 27r°, etc., 52r°, etc. (f°39:
du conté). Léon Marquis
a eu entre les mains ce cahier qu’il a daté par étourderie
de 1315 et où il n’a pas su lire le nom de Cormereau: “une
enquête faite les 1er, 6, 7 et 8 septembre 1315 (sic),
relative à un procès entre gentilhommes et manants,
Me Guillaume.... (sic) Procureur fiscal, et Guillaume Andran, prévôt
d’Étampes” (Les Rues d’Étampes, 1881, p.
114).
(2.3.14) Ibid.,
f°40. — (2.3.15) Le 5 novembre 1505,
cet avocat est un certain “Jean de Billault, conseiller
et avocat de Gaston de Foix, agent féodal par la suite
(Dupieux, Institutions, p. 86, s’appuyant
sur deux registres autrefois conservées aux archives
du Loiret, A. 1168, f°26 et A. 1238, f°184; cf. Inventaire-Sommaire
de 1878, pp. 264b et 278b). — (2.3.16)
Procès de 1520 entre Jean de Villette et Jean de Lépin,
édité par Dupieux, Institutions,
p. 262: “Dit qu’il a gardé l’estat d’advocat jusques
à VcXII qu’il l’a resigné à son filz”
(cf. Fleureau, Antiquitez, p. 31, déjà
cité); dans le procès de 1517 également
édité par Dupieux, p. 258, Jean de Villette
semble prétendre ceci: “a esté procureur du
roy à Estampes jusques à l’an VcXIIII, qu’il a
résignée au prouffit son filz”; il s’agit là
évidemment d’une double erreur matérielle de son
défenseur ou d’un notaire, et non pas d’un mensonge maladroit
de Jean de Villette comme le croit Dupieux, p. 258, note 1. Nous
verrons une autre erreur de ce genre en 1515, où Cormereau
sera dit “avocat du roi” en un certain passage d’un document qui
le qualifie ailleurs régulièrement “procureur
du roy”). — (2.3.17) Il est encore
mentionné le 14 août 1536 dans un procès verbal
des délibérations de l’assemblée de
ville relatives aux fortifications d’Étampes (Archives
municipales, AA 159; texte connu de Dupieux, Institutions,
p. 86). Sa veuve est encore citée le 6 avril 1571: “mademoyselle
Marie de Guy vefve feu noble homme maistre Hyerosme de Villette
en son vivant advocat du roy au dict Estampes”. — (2.3.18) Le registre des baptêmes de Notre-Dame,
qui commence en 1545, note comme parrain le 20 mars 1549,
“maistre Claude Prevost advocat du roy à Estampes”,
le 17 juillet 1552: “maistre Claude Prevost avocat du roy à
Estampes”; cité comme tel pour l’an 1554 par la
Rapsodie de Plisson (édition Forteau, p. 147),
toujours en place en 1556 (Coutume d’Étampes), et
encore parrain à Saint-Basile le 18 août 1568, “noble
homme et saige maistre Claude Prevost advocat du roy à Estampes”,
puis à Notre-Dame les 18 septembre 1570, “Marie fille de Claude
Prevost advocat du roy” et 15 mars 1571, “Claude Prevost advocat du
roy notre sire à Estampes”. — (2.3.19)
En 1580 selon Forteau, Annales du Gâtinais
(1909), p. 247, note 2, auteur d’une Notice sur
les saint Can, Cantien et sainte Cantienne. — (2.3.20) Forteau, Annales du Gâtinais
(1909), p. 248, note 1, note qu’il est “fréquemment mentionné
dans les Registres paroissiaux à partir de 1588”; il
est defait parmi les officiers d’Étampes qui signe le serment
de Blois (Fleureau, Antiquitez, p. 254). Je l’ai
noté par ailleurs parrain à Saint-Basile le 26 décembre
1591: “maistre Nicolas Prevost advocat du roy”; mentionné
en 1594 par les “statuts des maîtres tailleurs d’habits de cette
ville” qu’avait pu consulter Pierre Plisson (Rapsodie, éd.
Forteau, p. 248); parrain à Saint-Basile le 2 mai 1596: “Chaterine
(sic) Alleaume femme de Nicolas Prevost advocat du roy”; 20 juillet:
“Catherine Alleaume femme de noble homme Nicollas Prevost advocat
du roy à Estampes”; 13 octobre 1596: “nobles hommes Nicollas
Prevost advocat pour le roy nominatif et Simon Egal procureur du dit
seigneur”; 16 octobre 1597: “maistre Nicollas Prevost advocat du roy
au baliage d’Estampes”; 9 janvier 1598: “honorable homme maistre Symon
Egal procureur du roy à Estampes”; 4 mars: “Catherine Alleaume
femme honorable homme maistre Nicollas Prevost advocat du roy au bailiage
d’Estempes”; il passe ensuite lieutenant du prévôt. —
(2.3.21) Saint-Basile mercredi 23 février
1600: “noble homme et sage maistre Nicollas Prevost lieutenant
de la prevosté d’Estampes et noble homme maistre Symon Chauvin
advocat du roy nostre sire à Estampes”; 23 mars: “nobles
hommes maistre Simon Chauvin advocat du roy et Simon Egal procureur
du dict seigneur au bailliage et prevosté du dict Estampes,
ledict Egal parrain nominatif”; Saint-Basile 3 septembre 1602: baptême
de “Anthoine filz de honorable homme Simon Chauvin advocat du roy
au bailliage et prevosté d’Estempeset de honorable femme Margueritte
Memin” (marraine “Margueritte Chauvin”); 15 septembre 1602: “honorable
homme Simon Chovin advocat du roy au bailliage d’Estempes”; samedi
9 août 1603: “noble homme maistre Simon Chauvin advocat du roy
à Estampes”; 2 novembre 1605: “honorable homme maistre Simon
Chauvin advocat du roy à Estampes”; Saint-Martin 28 novembre
1605 (Forteau, La paroisse de Saint-Martin d’Étampes, 1912,
p. 34): “noble homme Simon Chauvin avocat du roy au bailliage et prevosté”;
Saint-Basile lundi 6 novembre 1606: baptême de “Guillaume filz
de honorable homme maistre Symon Chauvin advocat du roy à Estampes
et de honorable femme Margueritte Memin” (marraine “Jehanne Hacte femme
de deffunct Françoys Cheron”; Notre-Dame 23 novembre 1612: “Symon
Chovin advocat du roy au bailliage et prevosté d’Estampes”.
(2.3.22) Selon un document autrefois
conservé à Orléans (AD45 A1170)
et consulté par Paul Dupieux en 1931 (Institutions,
p. 84, note 3).
(2.3.23) Fleureau dit 1517, comme le
document qu’il édite, sans prendre garde qu’elle
est donnée dans l’ancien style; or la Pâques tombant,
en nouveau style, les 12 avril 1517 et le dimanche 4 avril,
un document daté du 28 mars 1517 dans l’ancien style est
en réalité du 28 mars 1518 selon le nouveau style
en vigueur depuis 1568. — (2.3.24) Sentence
arbitrale éditée par Fleureau, Antiquitez,
pp. 215-216.
(2.3.25) Fleureau, Antiquitez,
p. 27: “A nos amez & feaux Conseillers, les Bailly,
Lieutenant, Prevôt, Advocat, Receveur, & autres
Officiers de nôtre Comté, & Ville d’Estampes.”
(2.3.26) Archives nationales P 8, n°2460
(cf. Catalogue des actes de François Ier,
tome V, p. n°17154), texte édité par Paul Dupieux,
in Bulletin philologique et historique jusqu’à
1715 du Comité des travaux historiques et scientifiques
(1930-1931), p. 252: “Françoys,
par la grace de Dieu roy de France, à noz amez et féaulx,
gens de noz comptes et trésoriers à Paris, au
bailly d’Estampes ou à son lieutenant, et à noz
procureur, receveur et autres officiers au dict
bailliage, salut et dilection.”
|
2.4.
Sur la veuve de Guillaume Cormereau
|
|
Le 18
octobre 1524, “Marie de Gilles vefve de feu maistre Guillaume Cormereau
en son vivant procureur du roy nostre sire en sa conté d’Estampes,
tant en son nom que comme ayant la garde de ses enffans” avoue tenir de Louis
Lelong, pour 4 deniers de cens, “demy arpent de vigne assis au chantier de
Macheffer, tenant d’une part à Pierre Boisse, foullon, d’autre part
à [blanc], aboutissant d’un bout à la vefve et heritiers Colin
Bary, et d’autre bout au chemin de Machefer” ainsi que, pour 2 deniers,
“demy quartier de vigne assis au dit chantier, tenant d’une part à
elle mesmes et ses dits enffans à cause de la piesce dessus declairée,
d’autre part à la vefve Jehan Dan, aboutissant d’un bout à la
vefve et heritiers Colin Bary, et d’autre bout au chemin de Macheffer”, cette
dernière pièce ayant été acquise par Cormereau
de Colas Lochereau (1).
Ces parcelles (signalées come on l’a vu plus
haut du vivant de Cormereau en 1513-1514) appartiennent encore le 14 août
1527 “à la vefve et heritiers feu maistre Guillaume Cormereau”
(2).
|
(2.4.1) Censier
de Louis Lelong [AD91 E. 3930; voir aussi E.3933:
“la veuve Guillaume Cormereau”] éd.
Gineste 2011 n°57. — (2.4.2) ibid. n°21.
|
Le 26
octobre 1526, nous voyons que Marie de Gilles, veuve de Guillaume
Ducamel, habitait encore la maison qu’elle avait héritée
de son père et qui touchait à l’église
Notre-Dame, car elle y héberge Madame de la Trémoille,
qui conduisait le cortège funéraire de la
reine Claude, de Blois à Saint-Denis, deux ans après
sa mort.
Marie
de Gilles en est défrayée moyennant 60
sols, plus 118 sols pour le bois qu’elle a fourni. Voici le
compte conservé à la Bibliothèque nationale:
“A la veufve feu maistre Guillaume Cormereau,
d’Estampes, pour deux cens bûches de gros boys et soixante-douze
fagotz, pour le jourd’huy et le lendemain disner, CXVIII
sols;
“A ladite veufve, pour le desroy [dérangement] du logis de
madame de la Trémoille et cuysine, et avoir fourny de linge
pour les tables et cuysine, baterie et ustancilles de cuysine,
pour le soupper d’arsois [hier soir]
et le disner du jour subséquent, LX sols”
(3).
Ceci nous
donne une idée, si vague soit-elle, de ce que pouvaient
être le logis et le mobilier de Pierre de Gilles et
de Guillaume Cormereau comparés à ceux de leurs
voisins du quartier Notre-Dame. |
(2.4.3) BNF, K. 83, n°18 (“Despence
de madame de la Trémoille et aultres dames et
damoiselles qui ont accompaigné et conduict le corps
de la feue royne Claude, que Dieu absoille, depuis Bloys jusques
à Sainct-Denys en France”; extrait édité
par Bigot de Fouchères, Tablettes
historiques d’Étampes, Étampes, Auguste Allien,
1876, p. 97).
|
En 1555,
à Notre-Dame, elle se porte encore marraine en
même temps que la femme du deuxième successeur de
son mari, Esprit Ducamel (4).
|
(2.4.4) Notre-Dame
2 août 1555: “fut baptisé Marie fille de maistre
Claude Paulmier et de Jeanne sa femme; les parrins [sic] Jehan
Hamoys, les marennes Marie Veufve de deffunct maistre Guillaume
Cormereau et Marie femme de maistre Esprit Ducamel procureur
du roy”.
|
2.5. Descendance de Guillaume Cormereau
|
|
Comme
son prédécesseur Pierre de Gilles, Guillaume
Cormereau a fait souche à Étampes, et paraît
avoir eu au moins deux fils, Jean et Philippe.
Nous trouvons en effet vers le
milieu du XVIe siècle un certain “Philippe Cormereau,
bourgeois d’Étampes” censitaire comme sa mère
Marie de Gilles du fief des Longs (1), marié
à une certaine Marie Guettard qui fait une donation
à l’Hôtel-Dieu (2); ce Philippe Cormereau
assistera à la rédaction de la Coutume d’Étampes
le 22 septembre 1556 (3), et sera maire de la
ville d’Étampes en 1558 (4).
Par ailleurs un certain
Jean Cormereau est signalé
en 1538 lors d’une procédure d’adjudication à
la prévôté d’Étampes.
Dans
ce cadre, il rédige et signe un acte au nom du
prévôt Guillaume Audren les 18 octobre 1537
et 23 février 1538 comme suit: “Cormereau commis”; il
assiste par ailleurs aux quatre criées successives
qui sont opérées opérées place Saint-Gilles,
les jeudis 1er novembre, 15
novembre, 29 novembre et 13 décembre 1537 avec ce titre:
“Jehan Cormereau clerc commis au greffe de la dicte prevosté”; il est présent enfin lors de la distribution finale
du 25 juin 1538, avec cet autre: “Jehan Cormereau clerc notaire
royal au dict lieu” (5).
|
(2.5.1)
AD91 E. 3933.
(2.5.2) AD91 E. 3778.
(2.5.3) Coustumes des
bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier,
1557, f°40r°: “Honorable homme Philippes Cormereau”.
(2.5.4) Maxime de Montrond,
Essais historiques sur la ville d’Etampes, Étampes,
Fortin, 1836-1837, tome 2, p. 232, donne une liste d’édiles
d’après ce qu’il a pu trouver, de son temps “dans
les registres de l’Hôtel de Ville” et notamment ceci
“1558. Philippe Cormereau, maire. Ferry
Hue, Simon de la Lucasière, échevins”; Clément
Wingler, Hôtel de Ville et Institution municipale
1150-1850, Étampes, Archives Municipales, 2002,
p. 36.
(2.5.5) Archives municipales d’Étampes,
AA 241, f°8v°, f°13v°, f°14r°,
f°14v°, f°15v°, f°19r°, 34r°.
|
Dans un long registre de comptes
minicipaux pour les années 1564-1566, malheureusement non paginé,
et qu’il serait bien intéressant d’éditer, il
est fait fait mention de plusieurs quitances signées de Jean
Cormereau, comme celle-ci: “quictance
du dict Gourmont signée Cormereau notaire royal au dict
Estampes en dacte du XXIIe jour de juillet mil Vc soixante
cinq” (6).
|
(2.5.6) Archives municipales d’Étampes,
AA 13.
|
Dans le même
registre Jean Cormereau est cité en temps que procureur
des échevins d’Étampes, comparaissant par exemple
avec eux devant le lieutenant du prévôt le 6 octobre
1564, à l’occasion de la prestation de serment du nouveau
receveur des deniers communs de la ville Jean Delaunoy (7).
Nous le
voyons encore, après 1565, tenancier du même fief
des Longs, “Jean Cormereau, procureur au baillage d’Etampes”
(8).
Il est
parrain à Notre-Dame à quatre reprises
de 1564 à 1570, qualifié alors tantôt “procureur” et tantôt “praticien” (9). On voit en la première de ces occasions que les
liens sont restés vivaces entre les descendants
de Pierre de Gilles et ceux de son gendre Guillaume Cormereau,
car il s’agit alors de jumeaux, et le deuxième enfant
a pour marraine “Simonne Le Coup femme de sire Pierre de Gilles”.
|
(2.5.7)
Ibid., p. 1.
(2.5.8) AD91 E. 3934 (1565-1572).
(2.5.9) Notre-Dame jeudi 16 novembre
1564: “honneste personne maistre Jehan Cormereau procureur
au bailliage d’Estampes”; 1er juin 1566: “honneste personne
maistre Jehan Cormereau procureur au bailliage d’Estampes”;
30 octobre 1568, “Jacquette femme de maistre Jehan Cormereau
praticien”; 2 octobre 1570: “honnorable homme maistre Jehan Cormereau”
(parrain de Jean, fils posthume, fils de Pierre Leverryer, chirurgien du
roi).
|
|
3. Guillaume Ducamel, le fils du laboureur
(…1518-1544…)
Maison seigneuriale des dames
de Maubuisson, résidence de Colin puis Guillaume
Ducamel (2009)
3.1. Sur Colin Ducamel, père de Guillaume
|
|
L’origine de la famille Ducamel, d’où sortirent les
deux premiers successeurs de Jean Cormereau, me semble locale,
et liée au terroir de Villeconin, où signalé
dès le XIIIe siècle un “clos du Camel” (1). En 1556 par ailleurs le curé
de La Forêt-le-Roi s’appelle Maurice Ducamel: c’est
sans doute l’un de leurs parents éloignés
(2).
Quoi
qu’il en soit une branche de la famille Ducamel est
établie dès la fin du XVe à Étampes
dans le secteur de l’actuelle rue Louis Moreau. Nous y trouvons
dès 1482 un Colin Ducamel qui paraît la souche de tous
les autres: il tient une maison Grand Rue Saint-Basile qui touche à
celle des dames de Maubuisson (3). En 1498, ils sont trois
censitaires des dames de Longchamp, Colin Ducamel
(4), son fils et voisin François Ducamel (5), ainsi
qu’un certain Pierre alias Pernet Ducamel tout récemment
encore possessionné dans un autre secteur de la censive,
sur le plateau (6). Colin tient alors
une maison qu’on peut situer au n°12 de la rue Louis-Moreau,
et son fils une parcelle attenante, sous le château.
Le 30 octobre 1500,
le censier de Notre-Dame nous montre de plus, de l’autre
côté de la rue, un certain Jean Ducamel tenant
une maison dans la censive des chanoines, “à cause
de sa femme” (7).
On apprend le 17 août 1507 que Colin Ducamel était
“laboureur”, au moment où il prend à bail
la maison seigneuriale des dames de Maubuisson, au n°10
de la rue Louis-Moreau, qui touche la maison qu’il tient
déjà à cens des dames des Longchamp
(8); on note à cette occasion la présence
en temps que témoin de “Pernet Ducamel”.
A la Saint-Rémi, c’est-à-dire
le 1er octobre, des années 1509 et
1511, Colin est toujours censitaire des mêmes
(9).
Il doit être mort
dans le courant de ce mois d’octobre 1511, car, le 6 novembre
1511, c’est à Guillaume Ducamel que les dames de Maubuisson
donnent à bail leur maison du n°10 de la rue Louis-Moreau:
“Guillaume Ducamel procureur et practicien en court laie au
dict Estampes” (10). Il apparaît
par là que Guillaume Ducamel était lui aussi fils
de Colin, et frère certainement aîné
de François. |
(3.1.1)
Nous voyons qu’au XIIIe siècle il existait
à Fourchainville (apud Foucheinvillam),
hameau de Villeconin, un clos du Camel (clausum de Camel)
où étaient possessionnés les moines
de Morigny (Cartulaire de Morigny, éd. Menault:
en 1230, n°37, pp. 103-104; en 1234, n°40, p. 104; en
1235, n°43, 44 et 45, pp. 100-101, 103 et 105-106; en 1237,
n°46, pp 101-102. — (3.1.2)
Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes,
Paris, Jean Dallier, 1557, f°34r°: “Maistre Morice du
Camel curé de la forest le Roy, present”.
(3.1.3) Censier de Longchamp pour 1482
(AD91, E. 3896), édition Gineste, item n°12:
“Colin du Camel, pour sa maison, court, cave, jardin, et appartenances
assis en la dite Grant Rue Saint Basille tenant d’une part à l’ostel
des dames de Maub[u]isson et d’autre part à Jehan Picart, abutant
au pavé de la dite Grant Rue et par derriere à Guillaume
Hemes ; pour ce : X s. VIII d.”. —(3.1.3)
Censier de Longchamp pour 1498 (AD91, E. 3895), édition
Gineste, item n°6: “Collin du Camel, pour sa maison, court,
jardin et appartenances assis en la grant rue Saint Jacques, tenant
d’une part à l’ostel des dames de Maubuysson, d’autre
part à Jehan Pezart à cause de sa femme, aboutissant
d’un bout à ladite grant rue, d’autre bout par derriere
à Guillaume Hemes: VI s.VIII d. t.”. — (3.1.5) Ibid.,
item n°40: “François Ducamel, pour partie de l’eritage
Collin Ducamel son pere où il fait faire maison, tenant d’une
part audit Collin, d’autre part aux dames de Maubuysson, aboutissant
à la dite grant rue: IIII s. t.” — (3.1.6)
Ibid., item n°128-129: “Jehan Boissiere
(…) ou lieu de Pierre du Camel, pour ung quartier de vigne assis
en Espinant (…) aboutissant d’un bout au chemin des vignes,
d’autre bout au murgier: IIII d. t.” et item n°169: “Loys Johannes
filz d’Estienne Johannes demourant à Brieres les Scellées,
pour demi arpent et demi quartier de terre assis au Boys Belon,
lequel il a achacté de Pierre Ducamel”.
(3.1.7) Censier de Notre-Dame d’Étampes
pour 1500, Archives Nationales, édition Gineste,
item n°35: “Jehan Ducamel, pour sa maison assise audict
lieu, tenant d’une part à Jehan Boissiere, aboutissant
sur ladicte rue [=“en la grant rue Sainct Anthoine”]”; cf. item
n°34: “Les hoirs Jehan Marie, pour leur maison assise en la
grant rue Sainct Anthoine, tenant à Jehan Ducamel à
cause de sa femme, aboutissant sur ladicte rue”. — (3.1.8) Bail de la maison seigneuriale des dames
de Maubuison en 1507 (AD95 72H 108), édition Gineste; “Colin
Ducamel, laboureur demourant à Estampes”. — (3.1.9) AD91 E. 3897: “Collin Ducamel”.
(3.1.10) AD95 72H 108, édition
Gineste 2010; Monique Chatenet le donnait déjà
comme “procureur” et tenant cette maison en 1511, quoique sans
préciser sa source, peut-être différente
de la nôtre (Étampes, un canton entre Beauce
et Hurepoix, Paris, Éditions du Patrimoine, 1999,
p. 201).
|
| 3.2. Sur les frères de Guillaume Ducamel |
|
En
cette même année 1511 ce censier des dames
de Longchamp nous précise que François est “marchand
hôtelier” (1); il nous est aussi signalé aussi
un peu plus tard, pas avant 1513, comme censitaire du fief
des Longs en même temps que son frère: “François
du Camel, marchand; (…) Guillaume Ducamel, praticien en
cour laye” (2); en septembre 1515 il apparaît dans une
liste des bourgeois d’Étampes établie par
son frère Guillaume entre temps devenu tabellion du bailliage
d’Étampes (3). François
Ducamel est mort entre 1515 et 1529. Un registre de Longchamp
mentionne sa veuve et ses héritiers de 1529 à 1536,
puis ses seuls héritiers de 1537 à 1539 (4).
Dans le même temps ce même registre mentionne,
à la place de Colin, et donc sans doute pour la maison
du n°12, d’abord “Pernet Ducamel” en 1529, puis “maistre
Guillaume Ducamel” de 1530 à 1540, qui a dû en hériter
à son tour. Ce Pernet devait donc bien être un
troisième fils de Colin Ducamel mort sans descendance.
|
(3.2.1)
AD91 E. 3898 “François du Camel, marchant
hôtelier (…) Collin Ducamel”.
(3.2.2) AD91 E. 3930 ( à une date
indéterminée entre 1513 et 1541).
(3.2.3) Archives municipales d’Étampes
AA227, f°45r°v°.
(3.2.4) AD91 E. 3899. Cf
Inventaire-Sommaire de la série E, tome 2, pp.
290-298.
|
3.3.
Antécédents de Guillaume Ducamel
|
|
Revenons maintenant à Guillaume Ducamel, que nous avons
déjà vu signalé le 6 novembre 1511
comme “procureur et practicien en court laie au dict Estampes” lorsque les dames de Maubuisson lui donnent à bail
leur maison du n°10 de la rue Louis-Moreau (1).
|
(
3.3.1) AD95 72H 108, édition Gineste 2010.
|
Le 9
octobre 1513 “Guillaume Ducamel tabellion d’Estampes” enregistre des aveux
de douze censitaires de Louis Lelong: Guillemin Durant, Jean Belier, Jehan
Sablon, Jean Paris l’esné, Jean Chausson, Jean Chandelier, la vefve
Cancian Girault, Macé Aleaume, Pierre Moreau, Pierre Girault, Pierre
Bourdin, Pierre Mencion (2).
|
(3.3.2) Censier de Louis Lelong [AD91 E. 3930] éd. Gineste
2011 Lelong n°19, 24, 25, 27, 28, 38, 44, 58,
68, 69, 70, 71.
|
Le 8
janvier 1514 “Guillaume Ducamel tabellion d’Estampes”
enregistre des aveux de sept censitaires de Louis Lelong: Cancien Louvet, Ferry Saillart, Louis Julin, Jehan Guyllart, Loys
du Chesne, Pierre Boesse, Princet Guiart (3)
|
(3.3.3) Censier de Louis Lelong éd. Gineste 2011 Lelong n°11, 16, 20, 23, 45, 72, 73.
|
Le 9
octobre 1514, “Guillaume Ducamel praticien” est cité comme voisin
d’un censitaire de Louis Lelong au champtier de Machefer, le cordonnier Jehan
Fiette. Est-ce à dire qu’il ne soit plus tabellion? Tout indique le
contraire, car dans tous les items de ce censier où il apparaît,
comme tenancier, ou comme voisin, ou comme témoin, l’aveu est enregistré
non pas par le tabellion, mais par son substitut, ici “Charles Bonnaurdon, clerc substitut juré au tabellionnage
d’Estampes” (4). Il doit obéir en cela à un principe
de déontologie.
|
(3.3.4) Censier de Louis Lelong éd. Gineste 2011 Lelong n°36.
|
Le
9 septembre 1515 nous le retrouvons
bien de fait tabellion du bailliage: “Guillaume du Camel tabellion
et Pierre de Vedye notaire et substitut jurez commis ès
ville et conté d’Estampes” (5). C’est sous sa direction qu’est
alors établie une très précieuse liste,
celle des nombreux bourgeois de la ville qui constituent alors comme
leur procureur Pierrot de Feugères, procureur au Châtelet
de Paris, pour y défendre leurs intérêts.
|
(3.3.5) Archives
municipales d’Étampes AA227, f°45r°.
|
Le 11
juillet 1516, “Guillaume Ducamel, praticien au dit Estampes” se porte
témoin de l’aveu d’un censitaire de Louis Lelong, à savoir de
“Maistre Guillaume Audren, licencié en decret, garde de la prevosté
d’Estampes”, l’aveu étant enregistré par “Charles Bonnaurdon, substitut du tabellion d’Estampes” (6).
|
(3.3.6) Censier de Louis Lelong éd. Gineste 2011 Lelong n°64.
|
|
Le 22 février 1517 “ Guillaume Ducamel, praticien
en court laye à Estampes” avoue devant “Philipe Hebart, clerc substitut
juré au tabellionnage d’Estampes”, tenir lui-même de Louis Lelong,
pour 12 deniers de cens, “demy arpent de vigne en une piece, assis ou chantier
de Machefer, tenant d’une part à Cancian Tourneville, aboutissant d’un
bout à maistre Michel Poynet et d’autre bout à la vefve et
heritiers Fiette”. L’aveu est reçu par “Philipe
Hebart clerc substitut juré au tabellionnage d’Estampes” (7). Il doit donc être toujours lui-même tabellion.
|
(3.3.7) Censier de
Louis Lelong éd. Gineste 2011 Lelong n°22.
|
On conservait enfin autrefois à Orléans, avant
le bombardement de 1940, copie d’un titre de cette époque relatif,
malheureusement non daté, à un cens ou rente qui était
perçu par le receveur du roi sur une maison sise à Étampes
et tenue par Guillaume Ducamel “praticien
en cour laye” (8).
|
(3.3.8) AD45 A. 1226
(registre de copies de titres), cf. Inventaire-Sommaire de la
série A, 1878, tome 1, p. 276b.
|
Il apparaît
donc que Guillaume Ducamel a été tabellion au moins de 1513
à 1515, et certainement au-delà. C’est une donnée
très intéressante sur sa carrière.
Nous avons vu que Pierre de Gilles avait commencé
pour sa part par être notaire.
Reste à déterminer à quelle date
Ducamel est passé procureur du roi. Nous avons vu que
la dernière mention que nous connaissions de son prédécesseur
Guillaume Cormereau dans cette fonction était du 28
mars 1518.
|
|
3.4. Guillaume Ducamel procureur du roi
|
|
Pierre
Plisson, qui a connu comme on l’a dit de nombreuses pièces
d’archives étampoises aujourd’hui disparues, signale
dans sa Rapsodie Guillaume Ducamel comme
“procureur du Roi” dès 1520 (1). Il l’était même peut-être
depuis déjà 1519.
Le 19 avril 1520, de fait, nous le voyons
renouveler le bail de la maison seigneuriale des dames de
Maubuison, au n°10 de l’actuelle rue Louis-Moreau, avec
ce titre: “honnorable homme maistre Guillaume Ducamel procureur
du roy nostredit seigneur ou conté d’Estampes”
(2).
|
(3.4.1)
Édition de Forteau, Annales du Gatinais
1909, p. 248; c’est probablement sur cette base que Dupieux
avance aussi sans référence cette date
de 1520.
(3.4.2) AD95 72H 108, édition Gineste,
ligne 5-6.
|
Le vendredi
14 novembre 1522, le procureur du roi se rend
à la maladrerie Saint-Lazare, de concert avec
le lieutenant général du bailliage, qui était
alors Jean de l’Épine, assisté de son greffier,
et avec deux échevins d’Étampes (3). Ils y procèdent à la prise de possession
de la charge d’administrateur de cet établissement par
Pierre Marchant, clerc de la chapelle de la reine Claude
alors comtesse d’Étampes, nommé à ce
poste par François Ier le 23 octobre (4).
|
(3.4.3)
Archives nationales, Papiers des Princes, Apanage
d’Orléans, R4.940, liasse 1, pièce 3
(cité par Dupieux, Institutions,
p. 143, note 1).
(3.4.4) Texte édité par
Dupieux, pièce justificative n°20.
|
En
1532, Guillaume Ducamel rédigea un inventaire,
sur un registre de papier de 148 feuillets, et ce grand
in-quarto porte le titre suivant:
C’est le papier mis par forme d’inventaire des registres,
vidimus, adveuz, dénombremens, declarations, foys
et hommaiges et aultres enseignemens, concernans les fiefz du
conté d’Estampes, pour le Roy notre sire; aussy des fiefz et
arrière-fiefz tenuz et mouvans dudict seigneur, à cause
de sa grosse tour, chastel et conté dudict Estampes.
Selon l’Inventaire-Sommaire, “ce papier est l’œuvre de Guillaume
Ducamel, procureur du roi. Il lui fut enjoint de le faire
par Jean De Pouche, lieutenant général de Languedoc,
gouverneur, bailli et capitaine d’Estampes; et par Jean
de La Barre, comte d’Étampes, gouverneur de Paris” (5).
|
(3.4.5)
F. Maupré et Jules Doinel, Inventaire-Sommaire
des archives départementales antérieures
à 1790. Loiret. Archives civiles. Série A.
Nos 1 à 1799. Tome premier, Paris, Paul Dupont, 1878,
p. 268, article A. 1181. Cette transcription du titre est précieuse
parce que la première page du registre est aujourd’hui pratiquement
illisible. Ce très précieux registre a été
sauvé par miracle lors de l’incendie de 1940, et son texte sera
édité dans le présent Corpus Étampois,
nous l’espérons, avant la fin de l’année 2011.
|
Vers 1535, date de la mort de Guillaume de
Paviot seigneur de Boissy-le-Sec (6), c’est probablement à Guillaume
Ducamel que fut adressée par sa veuve Anne d’Autry une réquisition
de souffrance en faveur de ses héritiers mineurs Philippe et Jacques,
c’est-à-dire une suspension provisoire de leur devoir d’hommage,
jusqu’à leur majorité (7). Comme on le verra à nouveau
à la génération suivante, le procureur du roi dut
transmettre cette demande à la Chambre des Comptes, seule habilitée
à y accéder.
Le 17 octobre 1537, à Saint-Cyr-la-Rivière,
le sergent étampois Pierre Lamy vient réclamer
l’exécution des clauses obligatoires d’un contrat
de mariage passé à Étampes quatre ans
auparavant. Le curé de Saint-Cyr s’était engagé
à fournir au ménage une certaine somme d’argent
et certains biens, mais il est mort avant de s’être entièrement
acquitté de ses obligations.
L’exécuteur testamentaire
oppose au sergent Lamy, devant le prévôt de Saint-Cyr,
qu’il ne dispose à cet effet d’aucun bien qui ne soit mis
sous séquestre par le procureur du roi (8).
Cependant il doit s’agir d’une erreur, car le prévôt
d’Étampes, en relatant cette affaire quelques mois
plus tard, le 1er juin 1538, rectifie visiblement cette assertion
en précisant qu’il s’agissait plutôt du procureur
du seigneur de Saint-Cyr (9).
|
(3.4.6)
Jean-Pierre Dobler, Boissy-le-Sec, Écomar,
2002, p. 58 (qui ne donne pas sa source pour cette date). — (3.4.7) Selon un document autrefois conservé
à Orléans, AD45 A. 1195; cf Inventaire-Sommaire
de la série A, 1878, p. 270b (premières
pièces d’une série datées par l’inventaire de
1535 à 1738): “Paroisse de Boissy-le-Sec. — Boissy-le-Sec: — acte
de souffrance concédé à Anne d’Autry veuve de Guillaume
Pavyot, au nom de ses enfants mineurs; — réquisition de souffrance
pour les mêmes mineurs, Philippe et Jacques; — acte de fois et d’hommage
des mêmes; — [évidemment à
la génération suivante] réquisition de souffrance
de Jeanne De Brissay, veuve de Jacques Pavyot, au nom des mineurs Pierre,
Claude, Louise, Suzanne et Jacqueline; — offres de foi de Pierre de Pavyot;
— etc.”.
(3.4.8)
Archives municipales d’Étampes AA254 (autre cote portée
par le dossier: L.241), f°7r°, édition
Gineste 2010: “ceulx qu’il en a en sont empeschez à
la requeste du procureur du roy mon sire”.
(3.4.9) Ibid. f°1v°:
“tout estoit empeché à la requeste du procureur
du [rayé: roy] seigneur du dict lieu de Sainct Cire”;
f°8r°: “à la requeste du procureur du dict
seigneur de Sainct Cire”.
|
En revanche, le 25 juin 1538, c’est bien au procureur
du roi Guillaume Ducamel que sont versées
deux indemnités dans le cadre de la même affaire.
Une maison
appartenant au défunt, à Étampes,
à côté de l’Hôtel de Ville, a
été mise en adjudication, et elle est finalement
achetée par le maire et les échevins d’Étampes.
Selon l’usage, le prix de la vente est ensuite distribué,
pour rembourser d’une part les créanciers du défunt
et pour payer leurs avocats et procureurs, d’autre part pour
rémunérer les officiers du baillaige de leurs
diligences dans le cadre de cette affaire. C’est dans ce cadre que
Guillaume Ducamel se voit attribuer 10 livres et 9 sols parisis.
Le prévôt précise en effet que le bailli en
personne lui a déjà attribué 10 livres et
5 sols, et il y ajoute lui-même 4 sols pour avoir assisté
à la dite distribution:
“A esté baillé et distribué
au procureur du roy nostre sire au bailliage et duché
d’Estampes ad ce present la somme de dix livres cinq solz
parisis, laquelle luy a esté par cy devant taxée
par monsieur le bailly d’Estampes comme il nous est apparu par
taxe faicte le vingt cinquiesme jour de jung dernier passé
[sic], et pour avoir assisté à la dicte
distribution avons taxé au dict procureur du roy quatre
solz parisis presentement payez par le dict de la Lucariere
recepveur, qui est somme toute à tournoys, treize livres
ung sol et troys deniers tournoys.” (10)
C’est un exemple
concret de ce que constate ailleurs Dupont-Ferrier: “Les
enquêtes, les examens de témoins et autres actes
de procédures, onéreux pour les parties, étaient
souvent lucratifs pour le procureur” (11).
|
(3.4.10)
Ibid., f°26v°. La date
du 25 juin doit constituer ici une erreur, puisque c’est
la date de la distribution en cours, tandis que le 25 juin
1537 le curé de saint-Cyr était encore en vie.
(3.4.11) Les officiers
royaux des bailliages et sénéchaussées,
Paris, Émile Bouillon, 1902, pp. 153-154.
|
En cette
même année 1538, quelques jours
plus tard, le 5 juillet, est renouvelé
le bail de la maison des dames de Maubuisson au bénéfice
de “honorable homme et saige maistre Guillaume Du Camel procureur
du roy nostre sire ou bailliage d’Estampes” (12).
Le 9 juin 1543 est adressé par
le roi le “mandement au bailli d’Étampes de procéder
à la vente des bois de Chantropin, nonobstant le
procès pendant entre le procureur du roi audit Etampes
et le vidame de Chartres, et sans préjudice des droits
desdites parties” (13). Ce bois sépare
les communes de Saint-Chéron et de Breux, au canton
de Dourdan. Fleureau au siècle suivant
cite de fait “Champtropin”
parmi les hameaux dépendants de “Saint
Cheron, village, & paroisse” (14).
Ce conflit est
toujours en cours en 1557, où il se poursuit devant le Parlement,
au témoignage de ces deux mémoires conservés au Trésor
des Chartes sous la cote J 737/41-41bis: “41.
Cahier de copies collationnées de titres de 1334
à 1548 produits par Jean Le Roux, grènetier d’Étampes,
en l’instance pendante au Parlement de Paris entre le procureur général
du roi, demandeur pour son substitut à Étampes, et ledit grènetier,
défendeur pour le vidame de Chartres et les religieuses de La Saussaye,
sur les bois de Champturpin, dépendant du duché d’Étampes
(cahier papier, 6 avril 1557); 41bis. Mémoire au procureur général
du roi pour contredire ladite nouvelle production de titres de Jean Le
Roux (original, sans date [XVIe s., après le 6 avril 1557]).” (15)
|
(3.4.12)
AD95 72H 108.
(3.4.13) Mandement rendu à
Épineuseval le 9 juin 1542, d’après une copie
du temps signée Moynerie (Archives de Seine-et-Oise,
série D, fonds de Saint-Cyr, 19e carton de la Saussaye,
résumé par le Catalogue des actes
de François Ier. Tome VI, Paris, Imprimerie nationale,
1896, p. 671, n°22410). — (3.4.14) Antiquitez,
p. 62 (ici).
(3.4.15) Centre Historique
des Archives Nationales. Série J. Trésor des Chartes.
Supplément. Inventaire par Henri de Curzon, relu et complété
par Jean-Marc Roger, conservateur en chef. J 736 - 741. Ile de France,
1912, dont une réédiiton numériqu een ligne (cliquez ici), p. 12.
|
Au début de 1544,
il dépose comme procureur lors du procès
verbal d’évaluation du duché (16). Il est
alors interrogé par Nicolas Dupré, maître
des Comptes, et Pierre le Maistre, greffier de la Chambre
des Comptes, en janvier ou février (17).
En cette occasion, Ducamel
déclara entre autres que le droit de guet perçu
à son époque par le bailli d’Étampes
sur les contribuables imposés pour la taille du roi pouvait
valoir à son bénéficiaire la somme de trois
à quatre cents livres par an, somme qui étonne Dupieux,
qui se demande si on n’est pas là en présence d’une
exagération dictée par la jalousie envers un supérieur
non résident, d’autant qu’un autre témoin que ce
revenu serait plutôt inférieur à soixante livres
(18).
Nous apprenons à cette date un usage en vigueur
à Étampes: lorsqu’un nouveau lieutenant général
est nommé au bailliage d’Étampes, “il comparaissait
dans la salle qui servait d’auditoire, en présence
de tous les dignitaires du bailliage. On entendait le procureur
du roi qui lui souhaitait la bienvenue, on lisait sa lettre de
nomination, puis on tenait session” (19).
Le 31 juillet
1544, un bourgeois d’Étampes sollicite du roi
la création de douze nouveaux offices à Étampes.
En juin 1545 deux offices d’auneurs de draps sont effectivement
crés par édit royal. Mais ce qui nous intéresse
ici, c’est le rôle que joue dans cette affaire le procureur
du roi à Étampes, tel que nous le révèle
le texte de cet édit enregistré à la Cancellerie
de France, jadis édité par Dupieux, et que nous rééditons
intégralement ci-après.
|
(3.4.16)
Selon un document autrefois conservé à
Orléans (A 1237, passim)
cité par Dupieux (Institutions, p. 85,
note 5, qui donne par erreur A. 1236). En voici le résumé
par l’Inventaire-Sommaire de 1878, p. 278b: “procès-verbal
d’évaluation des domaines de la Ferté-Aleps
(Alais) et d’Étampes en 1543. Droits de reclins
et amendes. Reclin ou reclaim,
de reclamium, action de réclamer
son bien.” Il faut faire attention que cette date doit être corrigée,
l’évaluation ayant eu lieu en janvier et février
1543 ancien style, c’est-à-dire au début de 1544
(cf. Dupieux, Institutions, p. 38, note
1). — (3.4.17) Archives nationales,
anc. J. 961, n°124, cf. Catalogue de actes de François
Ier, t. VIII, p. 131, n°30462 (mention de la rétribution
des enquêteurs), cité par Dupieux, Institutions,
p. 38, note 1)
(3.4.18) Institutions, pp. 74-75.
(3.4.19) Dupieux, Institutions,
pp. 79-80, d’après un document aujourd’hui
disparu des Archives du Loiret (A1236, folio 273), dont
malheureusement il ne précise ni la nature ni la date;
mais il semble que ce soit le procès-verbal d’évaluation
du 1544, où dépose Guillaume Ducamel et qu’il
cite avec la même référence (p. 85, note
5).
|
“François, etc., à
tous présens, etc.,
comme, dès le dernier jour de juillet dernier
passé, Anthoine Regnault, sommellier ordinaire de
panneterre de nostre très cher et très amé
filz le Daulphin, et Pierre Gytton, marchant dappier de la ville
d’Estampes, nous eussent présenté requeste tendant,
par icelle et pour les causes y contenues, de créer et
ériger en la dicte ville, duché et bailliage d’Estampes
les offices qui s’ensuivent,
c’est assavoir ung office d’enquesteur
et examinateur, ung office d’esleu, oultre celluy qui y est
de présent, deux offices de vendeurs de vins en la dicte
ville et faulxbourgs, deux offices de aulneurs et courtiers de
draps en la dicte ville et faulxbourgs, deux offices de priseurs
de biens, tant héritaiges que meubles, et deux commissaires
sur les boullengers, et deux offices de jaulgeurs de muyz et poinssons
de vins en la dictes ville et faulxbourgs,
sur quoy eussions décerné
noz lettres patantes aux bailly et prévost d’Estampes
ou leurs lieuxtenans, pour, appelé nostre procureur,
informer sur le contenu en la dicte requeste, et de la commodité
ou incommodité de nous et de la chose publicque, sur les
dictes érections et créations d’offices,
et la dicte information,
avec leur advis sur ce et de [p.266]
nostre dict procureur, renvoyez par devers nous et nostre dict
conseil, pour pourveoir comme de raison,
savoir faisons que nous, suivant
les dictes requestes, lettres, informations et advis cy
attachez soulz le contre-seel de nostre chancellerie, avons
en la dicte ville, faulxbourgs, duché et bailliage d’Estampes
créé, érigé et estably, créons,
érigeons et establissons par édict perpétuel
et irrévocable les offices qui s’ensuivent,
c’est assavoir deux aulneurs et
courtiers de draps en la dicte ville et faulx-bourgs, pour
estre par nous pourveuz ès dictz estatz et offices
de personnaiges capables et suffisans, à telz droiz, honneurs,
auctoritez, proffictz, revenus et émolumeus qui y appartiennent,
et à tels et semblables que ont et prennent ceulx des autres
villes de nostre royaume.
Si donnons en mandement par ces
dictes présentes aus dictz bailly et prévost
d’Estampes et à tous noz autres justiciers que de noz
présent édict, création et érection
des dictz offices ilz facent enregistrer, lyre et publier, et
du contenu en icelle joïr et user, etc., ceulx qui seront par
nous pourveuz des dictz estatz et offices et leurs successeurs,
cessans et faisans, etc.,
nonobstant oppositions, etc. et sans préjudice
d’icelles, etc. Et affin, etc., sauf etc.,
Donné à Argentein,
ou mois de juing, l’an de grace mil et Ve XLV, et de nostre
règne le XXXIe. Ainsy signé: Par le Roy: Maistre
Arnole Dupic, maistre des requestes de l’hostel, Chrispin
Cerfier. Visa. Et scellé de nostre verd en laz de soye.”
(20).
|
(3.4.20) Archives nationales JJ
2571, n°64, f°31 (cf. Catalogue des
actes de François Ier, tome IV, p. 753, n°14502),
texte édité par Paul Dupieux, in Bulletin
philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité
des travaux historiques et scientifiques (1930-1931),
pp. 265-266 (n°11).
|
Ce document illustre à merveille le rôle
du procureur lors de lors de toute prise de décision royale
d’intérêt local: c’est lui qui est en charge de
mener l’enquête de commodo et incommodo, c’est-à-dire
de peser le pour et le contre de toute innovation locale, tant
du point de vue des intérêts particuliers du roi
que du point de vue de l’intérêt public en général.
|
|
En 1546
(21), c’est
très probablement à Guillaume Ducamel que fut adressé
une réquisition de souffrance en faveur des enfants
mineurs de Simon Hardy, seigneur de la Fosse à Chalo-Saint-Mars.
La date de
la mort de Guillaume Ducamel est incertaine; il est probable
mais non certain qu’elle est antérieure 1547; cependant,
dans l’état actuel de notre documentation, c’est
seulement en 1550 que son fils et successeur Esprit Ducamel est
mentionné expressément comme procureur du roi.
Comme nous l’avons déjà vu et le verrons
à nouveau dans la suite, la détention de la
charge de procureur du roi à Étampes paraît
donc bien avoir revêtu dès avant le XVIe siècle
un caractère héréditaire, qui persistera
encore pendant toute la première moitié de ce
siècle (22).
|
(3.4.21) AD45 A. 1198, cf. Inventaire-Sommaire
de la série A, tome 1, 1878, p. 271a: “1546-1744. — Paroisse
de Châlo-Saint-Marc (suite). — Justice de la Fosse: — réquisition
de souffrance par Alexandre Midon, sieur de Vaully, demeurant à
Guay-Gaillard, paroisse de Férolle, au nom et comme tuteur de
Simon-Nicolas-Isidore Hardy, François Hardy et Marie-Louise
Hardy, enfants mineurs du premier lit de Simon-Nicolas Hardy, seigneur
de Guay-Gaillard, La Motte, Férolle et La Fosse, et de Marie-Louise
Midon”. A l’époque de Fleureau, vers 1668, “Auguste Hardi
est seigneur du hameau de la Fosse”, mais il nous dit curieusement,
Antiquitez, p. 44, que ce dernier l’aurait acheté
au “successeurs de Messieurs de Thou”.
(3.4.22) C’est pourquoi d’ailleurs
il n’est impossible que l’épouse de Guillaume Ducamel,
mère d’Esprit Ducamel, ait été elle-même
une fille de Guillaume Cormereau, quoique rien ne l’indique
positivement dans l’état actuel de notre documentation.
|
3.5. Descendance de Guillaume Ducamel
|
|
Nous connaissons avec certitude trois enfants de Guillaume
Ducamel, auxquels il faut joindre ccertainement une certaine Louise
première épouse d’Esprit Hattes son deuxième
successeur.
1. Esprit Ducamel, fils
et premier successeur de Guillaume, sur lequel nous ne étendrons
pas ici puisqu’il fait l’objet de l’article suivant.
2. Marie Ducamel épouse
de Girard Garnier, dont nous allons parler ci-après.
3. Jean Ducamel II. Installé dans la paroisse Notre-Dame, il paraît
y avoir fait souche. Le 5 mai 1552,
il s’y porte parrain, et le 13 août de la même année
il y fait baptiser un Jean
Ducamel III que vient de lui donner sa femme Cantienne; le
parrain est son frère Esprit Ducamel, et la marraine sa
sœur Marie (1). On trouve sa veuve Cantienne toujours censitaire des
dames de Longchamp de 1562 à 1571 au moins (2).
Jean Ducamel III sera lui-même parrain
à Notre-Dame le 28 octobre 1577, âgé de
15 ans. En 1582 nous le retrouverons, âgé de trente
ans, contrôleur du domaine d’Étampes (3).
4. Louise, première
épouse d’Esprit Hattes, était probablement aussi une
fille de Guillaume Ducamel, comme nous aurons l’occasion de le dire
au sujet de son deuxième successeur.
|
(3.5.1) Notre-Dame 13 août 1552: “Le
dict jour fut baptisé Jehan filz de Jehan Ducamel et de
Cancienne sa femme; les parrins maistre Esprit Ducamel procureur du
roy ou dict lieu et Jehan Dallier et la marenne Marie fille de maistre
Girard Garnier advocat”. Nous reviendrons sur cette Marie Ducamel fille
de Guillaume et femme de Girard Garnier.
(3.5.2) AD91 E. 3900: (1562): “la veuve
Jehan Ducamel; (…) M. Esprit Ducamel; M. Esprit Hacte”;
(1563) “la veuve Jehan Ducamel; (…) M. Esprit Ducamel; M. Hacte,
procureur du roy”; (1564) “les enffans Jehan Ducamel”; AD91
E. 3901 (1571-1576): “la veuve Jehan Ducamel”.
(3.5.3) Notre-Dame 28 octobre 1577: “Jehan
Ducamel”; Saint-Gilles 9 juillet 1582: “honeste personne
maistre Jehan du Camel contrerouleur du domaine d’Estampes”
(marraine: “Perrine Haste”).
|
3.6. Sur son gendre Girard Garnier I et sur son petit-fils Girard Garnier
II
|
|
Outre son fils et successeur
Esprit, dont nous parlerons dans l’article qui suit,
Guillaume Ducamel a eu au moins une fille,
sinon deux. Il est en effet vraisemblable que la Louise qui
fut la première épouse d’Esprit Hattes, receveur
du domaine au moins à partir de 1549, était une
fille de Guillaume Ducamel; nous en verrons ultérieurement
plusieurs indices; cependant la seule de ses filles que nous
connaissions pour telle avec certitude esst une certaine
Marie Ducamel.
On la trouve marraine à Notre-Dame et à
Saint-Basile, mentionnée comme épouse de Girard
Garnier de 1545 à 1554, puis comme sa veuve de 1564
à 1566 (1).
Ce Girard
Garnier est signalé dès 1533 comme un avocat
en activité, licencié ès lois, avocat
et conseiller du bailliage, dont on a conservé un plaidoyer,
également signé de Louis Lambert, vantant
les mérites d’Étampes comparés à
ceux de Montfort-l’Amaury, également siège
d’un grenier à sel, à l’occasion d’un différent
relatif à des localités frontalières.
Je ne peux résister au plaisir de citer ce bel éloge
patriotique de la ville d’Étampes:
“Premierement
que la ville d’Estampes est une belle grant ville close
d’un beau et fort chastel et de fossez à eaue et fortes
murailles, populée de grant nombre de bons et riches marchans,
assis en l’un des meilleurs pays et passaiges dedans France
et la Beaulse, et sur le grant chemyn de Paris et Orleans, sur
la riviere de Juysne qui est navigable et de moult grant apport et
proffit à la chose publicque du pays.
“Et sy est douée et enrichie
de Maison de Ville, en laquelle y a maire et eschevyns
et aultres officiers de ville, et grant apport & affluence
de marchandises qui y arrivent tant par eau que par terre, à
cause de la bonne assiete de dicte ville et des marchez quant
y ils sont chacune sepmaine les jours de jeudi et vendredi et samedi,
et chacun jour y a marché de regraterye sans aucunes subsides.
“Item en oultre
en la dicte ville y a bailly, prevost, lieutenant general,
particulier, advocat et procureur du roy, et grant affluence
de notables sçavans advocatz et gens de bon conseil;
dont le roy nostre sire est conte et seigneur, en grant estandue
de pays qui ressortist tant en premiere instance que par appel
par devant les bailly et prevost de la dicte ville” (2).
Le 22 septembre
1556, à l’occasion de la rédaction de la
Coutume d’Étampes, nous le trouvons prévôt
de la chatellenie de Mesnilgiraut; il assiste un grand nombre
de participants: il est conseil de l’Eglise
d’Orléans, avocat et conseil de l’abbaye de Morigny,
ainsi que des célestins de Marcoussis, conseil de Claude
de Châtillon seigneur de Bouville,
de François d’Alonville
seigneur d’Oisonville, de Jacques de Paviot seigneur de Boissy-le-Sec,
de Claude de Percy seigneur de la Tour d’Auvers, et de Claude
Desmaris (des Mazis) seigneur de Marchais (3).
Trois mois plus tard, les trois
parlementaires parisiens qui avaient présidé
à la rédaction de la Coutume d’Étampes s’étant
transportés à Dourdan pour y faire de même,
lors de rédaction de la Coutume de cet autre bailliage,
le 29 décembre 1556, nous voyons intervenir “maistre
Girard Garnier, Advocat à Estampes, substitut du procureur
du Roy, audit Bailliage d’Estampes” (4).
Nous reviendrons
plus loin sur cet épisode, dans notre article
sur le mandat d’Esprit Ducamel. C’est deuxième cas avéré que nous
ayons relevé pour l’instant au XVIe siècle
d’un substitut du procureur du roi à Étampes, après celui de Guillaume Audren
prévôt faisant l’office du procureur du roi le 13 janvier 1513 en remplacement occasionnel
de Guillaume Cormereau (§ 2.6); il nous semble qu’il s’agissait
ici aussi d’un mandat exceptionnel, et non pas d’une charge fixe, dont
il n’est pour l’instant aucun autre exemple avéré à
Étampes au XVIe siècle.
On remarquera seulement
ici qu’il intervient également à Dourdan en
temps qu’avocat de “messire Alof de l’Hospital chevalier seigneur
de sainte-Mesme, le Jallier, Denisy, Corpeaux, Roullon, Semonz,
les Jourriatz, Grousteau, Chenevelles & Vausoleil” (5). C’est bien là sa sa véritable
fonction ordinaire, car en 1557 et 1560, il est à nouveau
cité avec le simple titre d’avocat (6).
|
(3.6.1) Notre Dame 2 octobre 1545 “[espace blanc]
du Camel femme de maistre Girard (sic)”; 16 août
1552: “Le dict jour fut baptisé Jehan filz de Jehan
Ducamel et de Cancienne sa femme; les parrins maistre Esprit
Ducamel procureur du roy ou dict lieu et Jehan Dallier et la
marenne Marie femme de maistre Girard Garnier advocat”; 10 octobre
1564: “M. Marie veufve de honorable homme Girard Garnier en son vivant
advocat à Estampes”; Saint-Basile les 10 février
et 28 décembre 1566: “Marie du Camel veufve de deffunct Girard
Garnier” (nous trouvons en même temps pour parrain “maistre
Esprit Haste procureur”, qui doit être son beau-frère,
si comme nous le supposons sa première épouse Louise
était aussi une fille de Guillaume Ducamel, et “venerable
et discrette personne maistre Nicolle Petot [Nicolas Pétau]
baillif d’Estampes”; 28 décembre 1566: “Marye du Camel veufve
deffunct maistre Girard [rayé: du] Garnier advocat à
Estampes.”
Signature de Girard Garnier (vers 1533)
(3.6.2) Archives municipales d’Étampes
AA 47 ( 31 pièces de procédure au sujet de
la perception de la gabelle), pièce n°23. Archives
municipales d’Étampes, AA 47 n°23. Ce texte n’est
pas daté, mais appartient à une liasse de trente-et-une
pièces relative à une procédure que
Marie-Anne Chabin date de 1532-1534. On notera que l’auteur dit
que le conté est dans la main du roi, ce qui signifie qu’on
est avant le 22 juin 1534, date à laquelle le conté
d’Étampes fut donné par François Ier Jean
de Penthièvre et à son épouse Anne de Pisseleu
(Fleureau, Antiquitez, pp. 223-224). Ce texte est connu par
Dupieux (Institutions, p. 79, note 1), qui en donne même
un résumé (ibid., pp. 211-212).
(3.6.3) Coustumes des
bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier,
1557, f°32r° (bis), 32v°, 35r°, 36r°,
37v°. — (3.6.4) Charles
A. Bourdot de Richebourg, Nouveau coutumier general. Tome troisième,
Paris, Théodore Legras, 1724, p. 136. — (3.6.5) Ibid., p.134. — (3.6.6) Notre-Dame 12 novembre: “honorable homme maistre
Girard Garnier licencié ès loix avocat à
Estampes”; 26 octobre 1560: “honorables hommes maistre Girard
Garnier advocat ou bailliage d’Estampes et le sire Françoys
Bidault”.
|
Enfin, à
l’occasion des événements de 1562,
où la ville fut prise un temps par les huguenots, Girard
Garnier fut un temps, au témoignage de Pierre Plisson, “lieutenant général, commissionné à
faire l’exercice” (7).
Il devait
sans doute alors remplacer provisoirement dans cette
fonction Claude Cassegrain, qui
avait été condamné, par arrêt
du Parlement du 21 novembre 1562, pour avoir trahi la cause
catholique, à “estre pendu et estranglé à potences
croisées, qui seront mises et plantées en la
place des Halles de cette ville de Paris” (8).
Il est bien
clair que cette deuxième charge était
comme la première (celle de substitut du procureur en
décembre 1556) était revêtue à titre
provisoire, puisque après sa mort il est mentionné
à nouveau comme simple avocat (9).
Nous
voyons par là que ce gendre de Guillaume Ducamel,
et beau-frère de son successeur Esprit Ducamel,
était loin d’être un
personnage négligeable, et que c’était surtout
un catholique hors de tout soupçon de connivence avec
le protestantisme.
|
(3.6.7)
Rapsodie, éd. Forteau, p.
245; Dupieux, Institutions, p. 79,
le qualifie sur cette base “lieutenant général
par interim vers 1562”. — (3.6.8)
Arrêt perdu du Parlement, cité par Denis-François
Secousse, Mémoires de Condé,
Londres, C. Du Bosc et G. Darrès, 1743, t. IV, pp. 94 &
122. — (3.6.9) Notre-Dame 10 octobre 1564: “Marie
veufve de honorable homme Girard Garnier en son vivant advocat à Estampes”.
|
3.7. Sur son petit-fils Girard Garnier
II
|
|
Une autre chose le manifeste évidemment
quelques années après sa mort, c’est le comportement
de son fils Girard Garnier II, lors d’une troisième prise
de la ville par les Huguenots en mars 1568.
Cette troisième occupation de
la ville par les Huguenots, remarquons-le au passage, nous est révélée
par le registre des baptêmes de Saint-Basile, car elle avait
jusqu’ici complément échappé à l’attention
des historiens d’Étampes (10).
Le témoignage absolument remarquable de ce registre n’est pas tout à
fait isolé: il éclaircit une
allusion également jusqu’ici non remarquée que faisait
un autre document à deux prises successives de la ville
en 1567 (11), et il explique le baptême
à la huguenote d’un enfant de la paroisse Saint-Martin en février
1568 (12).
Au folio 216 on passe brusquement du
10 février au 20 avril; mais il a été ultérieurement
ajouté à droite dans la marge:
“Mars.
— Le IXe jour de mars à huict heures du soir fut baptisée
Katherine fille de honorable homme maistre Girard Garnier et de Claude
Canto sa mere; le parrain Pierre Sedillot, les marraines dame Katherine
Garnier femme de honorable homme maistre Barthelemy Marcial advocat
à Estampes et la femme de Nicolas Mahon. Au dict moys estoient
les huguenotz en ceste ville, qui estoit cause qu’on [n’]ousoit baptiser
les enfans à l’eglise, et fut le pere contrainct faire baptiser
la dicte Katherine en sa maison par messire Anthoine Rallé prebstre
vicaire en l’eglise Sainct Basille.
[signé:] Lelong [paraphe]”.
Ce que nous apprend donc le registre de Saint-Basile, c’est que
Girard Garnier a opéré à son propre domicile
un baptême clandestin, par fidélité au rite catholique
et pour échapper à l’oppression des Huguenots qui forçaient
tout le monde à suivre leurs propres rites. Il semble que ces
baptêmes forcés avaient lieu à Notre-Dame (13), tandis
que Saint-Basile était au nombre des églises dont usèrent
les Huguenots comme d’écuries (14).
Je reviendrai dans une autre étude sur ces aspects peu étudiés
de l’histoire du protestantisme à Étampes.
|
(3.6.10)
Fleureau, Antiquitez, pp. 236-241, n’en dit rien. Il ne connaît
que deux occupations d’Étampes par les Huguenots, la première
du 13 novembre au 18 décembre 1562 (pp.238-239), et la deuxième
du 17 octobre au 16 novembre 1567 (p. 204); il passe ensuite à
la paix de Longjumeau du 23 mars 1568, sans paraître savoir qu’Étampes
est alors à nouveau occupé par les Huguenots depuis
semble-t-il les environs du 10 février. De même René
de Saint-Périer, La grande histoire d’une
petite ville, Étampes,
Étampes, Caisse d’Épargne, 1938, p. 42 (mis en ligne
par le Corpus Étampois ici).
Comme sur bien d’autres points on s’est contenté en gros de
gloser Fleureau. — (3.6.11) Mandement de
Charles IX du 21 octobre 1573 édité par Dupieux, Bulletin
philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité des
travaux historiques et scientifiques (1930-1932), p. 282: “Noz
chers et bien amez les manans et habitans de nostre ville, faulxbourgs,
bailliage et ellection d’Estampes nous ont faict remonstrer que, en l’année
cinq cens soixante sept, ilz auroient par nostre ordonnance receu en
la dicte ville d’Estampes et pour la conservation d’icelle en nostre obéissance
les seigneurs de Montluc, et Tilladet, et les cappitaines de la Motte
de Bonnelle, Saint Martin, et autres avec leurs troupes, pour le payement
et entretenement desquelz ilz auroient fourny et fraié la somme de
trois mil deux cens quatre vingtz quinze livres huit solz tournois, auroient
aussy pour la nourriture de nostre camp et armée faict amas et magasin
de bledz en la dicte ville, laquelle auroit esté prinse par
deux fois, et tous et chacuns leurs biens meubles raviz et emportez avec
les dietz bledz ainsi mis audit magasin, etc.” — (3.6.12) Saint-Martin 14 décembre 1567 (deuxième
occupation) puis 12 février 1568 (troisième occupation),
textes cités par Charles Forteau, Bulletin de la
Société historique et archéologique de Corbeil, d’Étampes
et du Hurepoix 18 (1912), pp. 81-82. — (3.6.13)
Un des baptêmes enregistrés en mars à Notre-Dame, semble-t-il
d’ailleurs a posteriori, porte en marge que l’intéressé
était de la paroisse Saint-Basile. — (3.6.14)
Fleureau, Antiquitez, p. 239.
|
3.8.
Sur l’hôtel particulier de Guillaume Ducamel
|
|
La question
de l’hôtel particulier de Guillaume Ducamel mériterait
une longue étude particulière et ne saurait
être traitée ici suffisamment au long, d’autant que
toutes les pièces de ce dossier assez bien conservé
n’ont pas encore été suffisamment étudiées.
La question
est d’autant plus complexe que cette maison seigneuriale
des dames de Maubuisson touchait d’un côté
à la censive des dames de Longchamp (qui tenaient l’actuel
numéro 12), et de l’autre à celle des célestins
de Marcoussis (qui tenaient le numéro 8); et comme les
Ducamel s’agrandirent semble-t-il de ces deux côtés,
il en résulta une situation complexe pour leurs successeurs,
autant que pour les historiens, qui doivent naviguer entre ce
qui reste de trois fonds d’archives distincts, actuellement dispersés,
entre autres, entre Pontoise (pour Maubuisson), Chamarande (pour
Longchamp et pour une partie des achives des Célestins
de Marcoussis) et les Archives nationales (pour une autre partie
des archives des célestins).
Nous donnerons
ici ultérieurement un résumé
des questions qui se posent, et de ce qu’on peut déjà
savoir sur cette maison. Mais, pour ne pas avoir l’air d’ici
là de garder jalousement sous le coude ce que j’ai trouvé,
je donne déjà ci-contre ce beau plan de la maison
seigneuriale des dames de Maubuisson conservé à
Pontoise, où est figuré sous la lettre I le bâtiment
qu’avait érigé Ducamel sur une parcelle que lui
avaient vendue ces dames, qui s’étaient réservé
naturellement les autres parties de cet ensemble, et surtout
la grange où elles stockaient le fruit de leurs dîmes.
|
|
|
|
4.
Esprit Ducamel, fils de Guillaume
(…1550-1566…)
Maistre Esprit Ducamel procureur
du roy (Notre-Dame 28 décembre 1550)
Esprit Ducamel procureur du
roy audit Estampes ( Coutume d’Estampes, édition
de 1557)
4.1. Antécédents d’Esprit Ducamel
|
|
Quelles fonctions avait occupées Esprit Ducamel, fils
et successeur de Guillaume, avant d’accéder au poste
de procureur du roi à Étampes? C’est ce que
nous ne savons pas en l’état actuel de notre documentation.
On peut légitimement se demander s’il n’avait pas
été, comme deux de ses prédécesseurs,
Pierre de Gilles et Guillaume Ducamel, soit notaire ou
tabellion, ou bien encore, comme ses deux premiers successeurs,
Esprit Hattes et Pierre Legendre, receveur du domaine (1). Mais nous n’avons pour l’instant aucun
indice positif en ce sens.
|
(4.1.1)
Comme le sera aussi en 1582 son petit-cousin Jean II
Ducamel, puis après lui son gendre Damien Provensal
en 1599.
|
Esprit
Ducamel nous est signalé en premier lieu par le registre
des baptêmes de Notre-Dame, où il se porte
parrain quatre fois de suite l’an 1547. Il ne porte alors pas
d’autre titre que “maistre Esperit Ducamel” (2). Seulement il faut observer qu’à
cette date ancienne le registre ne mentionne les dignités
des parrains, dont il ne donne que les noms. Comme la fréquence
de ces parrainages indique un grand rayonnement social, il
nous est loisible, mais seulement loisible de supposer qu’Esprit,
dès cette année-là, a succédé
à son père comme procureur du roi à Étampes.
|
(4.1.2)
Notre-Dame 22 mars, 14 juin, 25 juillet et 4 septembre.
|
4.2. Esprit Ducamel procureur du roi
|
|
Le 28 décembre
1550 en tout cas se porte marraine à Notre-Dame
d’Étampes “Marie femme de Esprit du Camel procureur
du roy”.
Le
15 avril 1551 se porte lui-même
parrain au même lieu “maistre Esprit du Camel procureur
du roy”; le 26 juillet s’y portent marraines
de concert “Loyse femme de maistre Esprit Hacte et Marie femme
de maistre Esperit Ducamel procureur du roy à Estampes”.
Il y a bien des apparences que cette Loyse était soit une
fille d’Esprit Ducamel, ou bien sa sœur, fille comme lui de Guillaume
Ducamel.
Cette même année 1551 “maistre
Crespin [sic] du Camel procureur du roy au bailliage d’Estampes”
reconnaît la seigneurie des célestins de Marcoussis
sur son Hôtel des Carneaux, au n°8 de l’actuelle rue
Louis-Moreau (1). Nous avons précédemment
qu’il avait déjà hérité de son
père le n°10, relevant de la censive des dames de Maubuisson,
et le n°12, relevant des celle des dames de Longchamp.
|
(4.2.1)
D’après un résumé du XVIIIe siècle
dû aux célestins de Marcoussis et conservé
actuellement dans les anciennes archives des dames de Maubuisson,
qui tenaient l’actuel n°10; le notaire a lu par erreur
Crespin au lieu de Esprit (AD95 72H 108).
|
Cette même année 1551, le procureur du roi se rendit
à Méréville pour y instruire, en compagnie
du doyen de la chrétienté d’Étampes, de son
clerc et du promoteur, le procès de deux femmes veuves accusées
d’hérésie (2). On
voit par là que le procureur du roi à Étampes
était aussi en charge de veiller à l’ordre public
en matière religieuse, en temps que représentant
du bras séculier de l’église catholique.
|
(4.2.2) AD89
G. 307 (registre 1510-1584). Cf. Inventaire-Sommaire des archives
de l’Yonne, Archives ecclésiastiques, série G,
tome deuxième, Auxerre, Gallot, 1878, p. 81: “Dépenses
faites par le doyen, son clerc, le promoteur et le procureur
du roi, d’Étampes à Méréville, pour
instruire le procès de deux femmes veuves accusées
d’hérésie, 8 livres.” J’éditerai ultérieurement
ce texte en latin que j’ai eu le plus grand mal à retrouver, tant
les indications de l’Inventaire sont imprécises.
|
Le 16 août
1552 se porte parrain à Notre-Dame “maistre
Esprit Ducamel procureur du roy ou dict lieu”.
Cette même
année 1552 eut lieu un procès
entre l’administrateur de la maladrerie de Saint-Lazare
et les détenteurs de plusieurs métairies situées
à la Grange-Saint-Lazare. Le procureur du roi, l’avocat
du roi et le prévôt constatèrent personnellement
les démolitions de ces métairies (3). Nous
voyons en cette occasion, comme le fait remarquer Dupieux, que chaque
enquête en vue d’opérer une constatation quelconque,
rapportait à ces officiers une somme non négligeable: 20
sols tournois pour le procureur, contre 22 sols 8 deniers pour l’avocat
(soit deux testons) et plus de deux livres pour le seul prévôt.
|
(4.2.3) Archives nationales. Papiers des Princes.
Apanage d’Orléans, R4.941 folio 62: comte de la
maladrerie Saint-Lazare. Enquête pour constater les
démolitions des métairies sises à la Grange
Saint-Lazare (cité par Dupieux, Institutions,
p. 85, note 2; p. 86, note 9; p. 93, n. 4; p. 160, note 4).
|
De 1552 à 1556 furent tenues des comptes
de la maladrerie Saint-Lazare qui nous ont été
conservés, et qui précisent notamment que,
lorsqu’ils réclamaient chaque année l’autorisation
d’exercer le droit de marché qui leur avait été
accordé par Louis VII (4), les administrateurs
de Saint-Lazare avaient pour coutume ancestrale de régler
un teston (c’est-à-dire 11 sols 4 deniers) tant
au bailli ou à son lieutenant qu’au procureur et à
l’avocat du roi (5).
En
1553 Esprit Ducamel est encore mentionné
comme procureur du roi (6).
Le
2 août 1555 se porte marraine
à Notre-Dame “Marie femme de maistre Esprit Ducamel procureur
du roy”.
|
(4.2.4)
Marché qui est à l’origine de la toujours
vivante foire Saint-Michel.
(4.2.5) Archives nationales R4.941,
folio 48, texte cité par Dupieux, p. 85; texte d’ailleurs
édité par Forteau d’après une copie du XVIIIe
siècle, Annales du Gâtinais 1903, p. 114: “les
maistres et administrateurs de ladicte Maladrerie ont de tous tems
et d’ancienneté accoustumé de présenter requeste
à M. le Bailly d’Estampes ou son lieutenant, advocat et
procureur du Roy pour avoir dellivrance et permission delad. foire
et droictz d’icelle ausquels pour répondre lad. requeste les
maîtres et administrateurs de lad. Maladrerie ont accoustumé
de bailler à chacun un teston”.
(4.2.6) Selon la Rapsodie
de Pierre Plisson éditée par Forteau
(Annales du Gâtinais 1909, p. 248).
|
Le 27 octobre
1555, Henri II rend un édit important pour la vie du
bailliage, où nous voyons qu’il a d’abord consulté
pour ce faire son procureur à Étampes, dont l’avis
paraît avoir été décisif. Il semble
même que ce soit Esprit Ducamel lui-même qui avait
saisi le roi de cette affaire.
Trois ans auparavant,
pour désencombrer le Parlement de Paris il avait
créé le présidial de Chartres qui devait
statuer en dernier appel sur les cas importants des bailliages
environnants, notamment celui d’Étampes. Or, par ailleurs,
depuis une ordonnance de François Ier, les baillis pouvaient
déclarer exécutoires en premier ressort les jugements
qu’ils prononçaient sur des affaires purement personnelles
lorsque les amendes n’excédaient pas 40 livres parisis ou
10 livres de rente. Seulement les conseillers du présidial
de Chartres s’arrogèrent aussi cette faculté, et
déclaraient à nouveau exécutoires leurs propres
sentences d’appel, de sorte que d’une part les justiciables subissaient
doubles frais et double peine, et que d’autre part l’autorité
du bailli d’Étampes était comme vidée de toute substance.
Nous citons donc
ci-après les termes de l’édit qui reprend selon
toute apparence l’argumentation développée par
Esprit Ducamel lui-même, et rend la décision qu’il appelait
de ses vœux:
“Comme nostre
procureur en nostre duché et bailliage d’Estampes
nous a faict dire et remonstrer, les conseillers magistratz
de nostre bailliage et siège présidial de Chartres
s’efforcent de jour en jour infirmer les sentences de nostre
bailly d’Estampes ou son lieutenant de la qualité susdicte,
en ce qu’ilz les déclairent exécutoires suyvant la
dicte ordonnance, nonobstant le dict appel, et révoquer comme
attentat tout ce que par luy est faict, condamnant les parties aux
despens, dommaiges et interestz, soulz umbre que les appellations
pour les sommes susdites contenues aus dictz édictz ressortissent
par devant eulx, qui est en ce faisant grandement diminuer l’auctorité
de nostre dict bailly d’Estampes, travailler et constituer
en fraiz et mises les dictes pauvres parties,
“à ces causes, nous, désirans les
édictz et ordonnances faictz par nostre dict seigneur
et père, que Dieu absolve, sortir leur effect, relever
noz subjectz de vexations indeues, à ce que soubz couleur
des appellations qui ressortissent par devant noz juges magistratz
pour raison des jugements donnez par les juges à eulx inférieurs,
au cas de notre dict édict, nos dictz subjectz ne soient
consommez en fraiz et mises, ensemble donner reiglement certain
à nos dictz juges, magistratz et juges inférieurs,
“avons dict, déclairé,
statué, voulu et ordonné, et de nostre grace
spécial, plaine puissance et auctorité royal,
disons, déclairons, statuons, voulons et ordonnons et nous
plaist par ces présentes que le dict bailly d’Estampes
ou son lieutenant puissent doresnavant déclairer
leurs sentences exécutoires de la qualité susdicte,
subjectes à la dicte ordonnance faicte par feu nostre
dict seigneur et père, tout ainsi qu’ilz faisoient et souloient
faire auparavant l’édict de la création
des dictz magistratz” (7).
|
(4.2.7) Archives nationales JJ
2571, n°64, f°31 (cf. Catalogue des
actes de François Ier, tome IV, p. 753, n°14502),
texte édité par Paul Dupieux, in Bulletin
philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité
des travaux historiques et scientifiques (1930-1931),
pp. 268-270 (n°14); voir aussi Dupieux, Institutions,
pp. 162-163.
|
| Le
22 septembre 1556 Esprit Ducamel est cité
parmi les “officiers du roy” assistant à la rédaction
de la Coutume d’Étampes. Si l’on
se reporte au récit des auteurs de la coutume,
qui étaient trois parlementaires parisiens, on constate
qu’ils qualifient bien d’abord notre homme “Esprit du Camel,
Procureur du Roy audit Estampes”, sans d’ailleurs lui doner le
titre de “maistre”, qu’ils accordent pourtant à une
grand nombre de personnages (8); mais dans la suite,
lorsqu’ils rapportent les prétentions respectives des
procureurs du roi à Orléans et à Étampes,
ils qualifient ostensiblement et presque systématiquement
chacun d’eux de “substitut du procureur général
du roi” de tel ou tel bailliage (9).
|
(4.2.8) Coustumes des bailliage et prevosté
d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°39r°.
(4.2.9) Ibid.,
f°42v°: “pour le substitut du procureur general du Roy
du Bailliage d’Orleans”; f°43r°: “à la requeste
du substitut dudit procureur general du Roy, oudit bailliage
d’Estampes”; f°44r°: “les substituts dudit procureur
general du Roy, esdits Balliages d’Orleans & Estampes”,
etc.
|
C’est un bon indice
des forces centralisatrices qui sont alors à l’œuvre
dans le royaume. C’est un fait qu’avait déjà noté
Dupont-Ferrier: “Le Procureur général du roi
au Parlement affectait de considérer tous les procureurs,
dans le ressort de la cour, comme de simples substituts par rapport
à lui-même; il estimait qu’ils faisaient corps avec
lui et que leur pouvoir n’était qu’une émanation
du sien. Il n’est pas douteux qu’ils fussent, à certains
égards, ses subordonnés. Cela ne les empêchait
pas d’avoir le sentiment très vif qu’ils étaient,
avant tout, sous la dépendance du roi. Ils recevaient de la
Monarchie la qualification de procureur du roi dans tel de ses bailliages;
ils prenaient cette désignation eux-mêmes et chacun la
leur reconnaissait à l’intérieur du bailliage”
(10). Chacune de ces assertions est étroitement
vérifiée, sans aucune exception, par le cas
des procureurs du roi à Étampes au XVIe siècle.
Je n’ai pour l’heure
trouvé aucune source locale qui use de cette dénomination
de substitut avant 1653, où elle paraît
entrer dans l’usage seulement après la catastrophe
de 1652, qui a brisé toute fierté locale (11).
|
(4.2.10) Les officiers royaux des bailliages et
sénéchaussées, Paris, Émile
Bouillon, 1902, p. 150. — (4.2.11)
Présence, lors de l’élection d’un nouveau maire
en 1653, après les événements catastrophiques
de 1652, de “Claude Le Vassor, substitut du procureur du roi à
Etampes”, cité par Forteau, Annales du Gâtinais
23 (1909), p. 253, note 1, d’après un registre des délibérations
apparemment aujourd’hui disparu. Cette qualification est confirmée
par un censier de Longchamp, AD91 E. 3906 (daté par
l’Inventaire-Sommaire de 1600 à 1661): “maistre
Claude Le Vassor procureur ès siege royal d’Estampes et
substitut de monsieur le procureur du roy”. La ville n’est plus alors
qu’une bourgade dépeuplée, où on n’élit
plus que deux échevins au lieu de quatre.
|
Nos trois commissaires précisent
par ailleurs nettement que les autorités qui ont
convoqué à Étampes tous ceux qu’y trouvent
en vue de procéder à cette rédaction
l’ont été par l’avocat du roi, assisté
du procureur: “Maistre Claude Prevost,
advocat du roi audit lieu assisté du procureur dudit
seigneur, a dit & remonstré que suivant le commandement
d’iceluy seigneur, & en vertu desdites lettres de commission,
il avoit fait adjourner, & donner assignation audit jour
vingt uniesme de Septembre, & autres jours ensuivans a comparoir
en ladite ville d’Estampes audit auditoire pardevant nous: aux
gens de trois estats desdits Bailliage & Prevosté, &
anciens ressorts” (12).
|
(4.2.12) Ibid., f°31v°/r°.
|
On voit alors plusieurs
représentants des États émettre des contestations,
principalement relatives à leur rattachement au bailliage
d’Étampes. On les écoute à tour de rôle.
Dès le départ le procureur du roi intervient pour
suggérer aux trois présidents de demander aux premiers
de ces requerants s’il n’est pas vrai que les jugements portés
dans la châtellenie de Guillerval relèvent bien d’habitude
en appel du bailliage d’Étampes; les commissaires s’exécutent alors et consignent les précisions
ainsi obtenues (13).
|
(4.2.13)
Ibid., f°43r°/v°.
|
Surtout, lors de cette séance
du 22 septembre 1556, si importante pour l’histoire d’Étampes
et de ses institutions, Esprit Ducamel prononça
un réquisitoire final circonstancié à
l’encontre de tous les particuliers et collectivités
qui avaient la velléité de se soustraire à
l’autorité du bailliage d’Étampes. J’en
donne ci-après le texte, tel qu’il a été
transcrit dans le Procès verbal édité
en 1557 (14).
|
(4.2.14) Ibid., f°46v°-f°50v°.
Autre édition: Charles A. Bourdot de Richebourg
(avocat au Parlement), [éd.], Nouveau coutumier
general. Tome troisième, Paris, Théodore
Legras, 1724, pp. 114-116.
|
4.3. Réquisitoire d’Esprit Ducamel du 22
septembre 1556
|
|
“Et
par le substitut du Procureur general du Roy audit Estampes,
a esté dit & maintenu que [lisez:
quant]
à la Chastellenie du dit Guillerval
& Monnarville membre d’icelle, que la Jurisdiction ordinaire
appartient audit Abbé de Saint Denys, mais ressortist,
& a tousjours ressorty par appel, par devant ledit Bailly
d’Estampes.
|
|
“Et quant à Angerville,
ledit Abbé soubz umbre d’une Jurisdiction fonciere,
a usurpé Jurisdiction ordinaire, sur quelque partie
des habitans dudit Angerville: combien que tous les habitans
soyent de la Jurisdiction ordinaire dudit Estampes. Ont mesmes
esté les lettres patentes du Roy, par iceux habitans d’Angerville
obtenuës, pour la closture d’icelle ville, enterinées
audit Bailliage d’Estampes: & aussi ont esté, &
sont tous les habitans desdits lieux de Guillerval, Monnarville,
& Angerville, Justiciez pour les cas Royaux, par ledit Bailly
d’Estampes, comme estans du ressort d’iceluy Bailliage. Et ont
esté tous les subjets desdits lieux, tousjours regis et gouvernez,
comme encores sont, notoirement souz lesdites Coustumes d’Estampes.
|
|
| “Quant
au Plessis Saint Benoist, Auton, Sainville, Meronville, &
Souchamp (1), ledict procureur
du Roy a dit que l’Abbé de Sainct Benoist a Jurisdiction
sur les habitans de Sainville, Meronville [Mérouville], & Souchamp [Sonchamp]. Et pour exercer
ceste Jurisdiction auroit anciennement, Et a eu, jusques
à quarante ans sont, une maison en [f°47r°] la parroisse Saint Gilles dudit Estampes, appellée
la Greneterie, en laquelle pend pour enseigne le Cigne, & a une
boucle d’arain ou de fer, qui estoit sur le pend de ladite maison: en
plaine rue se tenoit sa Jurisdiction, qui s’appeloit, la Justice
de la Boucle. Mais depuis ledit temps de quarante ans, un nommé
Beauvillier, Juge desdits lieux, a prins & usurpé
Jurisdiction sur les habitans dudit Plessis, Meronville &
Sainville, & la [l’a]
tenuë & exercée audit Plessis: mais n’a
jamais ledit Abbé eu Jurisdiction sur les habitans d’Auton,
lesquels sont subjets, & Justiciables du Roy: en premiere
instance du Prevost d’Estampes, & par appel du Bailly, dudit
lieu: & n’ont recongneu ny recongnoissent autres Juges. Est
ledit lieu d’Auton, un gros bourg, composé de plusieurs fiefz
& seignenries [seigneuries],
tenuz par nobles & roturiers: y a séel aux contratz
de la Prevosté d’Estampes, Peages pour le Roy, qui se baillent
de deux ans en deux ans à ferme, au plus offrant & dernier
encherisseur, à la chandelle estainte, par le Bailly dudit Estampes,
ou son lieutenant, avec les autres fermes muables du dommaine du Roy,
audit Estampes. Et aussi ne dient les Curés, Nobles, & habitans
dudit Auton, ne aucun d’eux user, ou avoir usé d’autres Coustumes
que de celles dudit Bailliage d’Estampes: & assistent par devant
nous, à la redaction desdites Constumes, comme y ayans interestz,
sachant qui [qu’ils] sont des
ressortz & Coustumes d’iceluy Bailliage d’Estampes. Se sont aussi
lesdits habitans d’Auton, comme semblablement ceux des autres lieux
& vilaiges, qui sont assis dedans les destroitz [districts] d’iceluy Bailliage d’Estampes,
tousjours [f°47v°] regis & gouvernez, selon les Coustumes d’iceluy Bailliage.
N’ont esté appelléz les estats ne aucun deux [d’eux] à la redaction des Coustumes
d’Orleans, & si lesditz lieux du Plessis, Sainville, Meronville
& Souchamp, se sont eclipsez du ressort, & Bailliage d’Estampes,
& ressorty à Orleans: ce auroit esté par ce que
lors Estampes n’estoit Royal, & que l’Abbé de Saint
Benoist sur Loyre, d’ou dependent lesdites terres, avoit par une garde
gardienne ses causes commises par devant ledit Bailly d’Orleans. |
(4.3.1)
Fleureau a résumé ainsi cette section:
“Quand on reforma la Coûtume d’Estampes, en 1556.
il y eut une grande contestation pour sçavoir sous quelles
Jurisdictions & Coûtumes ces lieux devoient estre reduits;
les uns disant qu’ils étoient des Bailliages & Coûtumes
d’Orleans: Les autres de Dourdan: & les autres d’Estampes.
Le Procureur du Roy en ce dernier Bailliage soutint aussi que
l’Abbé de S. Benoist n’avoit que simple Mairie sur les habitans
de Sainville, Merouville, & Souchamp, pour l’exercice de laquelle
il avoit eu d’ancienneté une maison en la Paroisse de S. Gilles
d’Estampes, appellée la Greneterie, où pendoit pour
enseigne le Cygne, avec une boucle de fer, ou d’airain, sur le pan,
pour marque de cette Jurisdiction, dite de la Boucle, laquelle s’exerçoit
en plaine ruë: & que depuis environ 40. ans auparavant un nommé
Argenvillier avoit usurpé une jurisdiction ordinaire sur les
habitans de tous ces lieux. Quoi qu’il en soit, les choses sont presentement
en l’état que j’ay dit: & la boucle reste encore attachée
reste encore attachée au pan de la maison qui touche celle
du Lion d’or, en la Paroisse S. Gilles, à laquelle pendoit
anciennement pour enseigne le Cygne, comme je l’ay appris d’une declaration
de cette maison passée au Roy le 10. de Juillet 1527. Le
vulgaire dit par erreur que cette boucle est la marque de la franchise
de Challo S. Mard, et qu’anciennement elle servoit d’azile” (Antiquitez,
pp. 33-34).
Léon
Marquis fait là-dessus ce commentaire: “Tout
le monde n’est pas de l’avis de l’historien d’Étampes
qui rapporte ces faits, et l’on doit respecter les traditions.
Monteil, dans son histoire des Français, où
il n’avance rien sans preuves, dit qu’il y avait à Étampes
une maison où un descendant de Chalo Saint-Mard donnait
l’hospitalité à de nombreux pèlerins.
Les armes de la femme de Chalo, qui sont: un serpent
entortillé cherchant à mordre sa queue (Montfaucon,
Monuments de la monarchie), ressemblent assez
à une boucle, et l’hôtellerie du Cygne était
sans doute l’ancienne maison des descendants du fameux pèlerin.
(Les rues d’Étampes, pp. 116-117)
Dupieux
fait remarquer que ces deux interprétations ne
se contredisent pas, vu que, selon le texte de la Coutume, la
justice dont il est question se rendait en plein air, ce
qui ne préjuge donc pas du propriétaire de l’Hôtel
du Cygne (Institutions, p. 61).
|
“Quant
aux villages de Boisseau, Orvau, & Bellesauve, sont
les habitans d’iceux lieux de la Jurisdiction du Prieuré
Saint Pierre: Faulxbourg d’Estampes & la [là] s’est tenuë de tout
temps, comme encores tient, de present la Jurisdiction.
Sur [sur] les habitans d’iceux lieux [;] lesquelz
sans difficulté se sont tousjours gouvernez selon
la Coustume dudit Estampes & l’a ainsi presentement accordé
maistre Macé Poylasne Curé dudit Orvau.
|
|
“Quant
à la comparition pretendue avoir esté faicte
l’an mil cinq cens & neuf, à la redaction des
Coustumes d’Orleans, les trois estatz des ditz lieux & villages
ne aucuns d’eux ne sont comparus, ains seulement maistre Pierre
Daniel Bailly de l’Abbaye dudit Saint Benoist, Pierre Foubert,
& Estienne Peigne leurs procureurs generaulx, Gervais Belier
& Jehan Bouguyer tous demourans en la ville d’Orleans: &
ladite comparition, n’ont fait apparoir quils feussent fondez de
pouvoir suffisant des manans & habitans de tous lesdits villages.
|
|
“Quant
à Intreville pretendu estre de la Chastellenie
d’Exenville, est iceluy lieu d’Intreville de la Jurisdiction
[f°48r°] ordinaire
de la Prevosté d’Estampes, & y respondent ordinairement
les subjets qui aussi se sont regiz et regissent selon
les Coustumes desdits Bailliage & Prevosté.
|
|
“Quant
à Sermaises en Beausse (2)
appartenant a l’Abbaye Sainte Colombe lez Sens, ledit
Procureur du Roy a dit, que la Jurisdiction est divisée
en telle sorte que la primitive Jurisdiction est &
appartient au Prieur dudit lieu, & le Bailliage à
l’abbé de Sainte Colombe: est la Chastellenye dudit Sermaises
au dedans dudit Bailliage d’Estampes, & ont tousjours les
habitans d’iceluy lieu de Sermaises suby Jurisdiction en tout cas
de superiorité, dont la primitive congnoissance est attribuée
aux Juges Royaux, par devant ledit Bailly d’Estampes: par devant
lequel mesmes, dix ou douze ans sont les lettres patentes du Roy,
pour la closture dudit Sermaises, ont esté enterinées,
& outre que le Conte dudit Estampes a donné auditz Abbé
& convent Sainte Colombe, la Seignenurie dudit Sermaises, reservée
une pension laquelle il auroit apres l’avoir longuement perceuë,
donné au Chapistre de nostre Dame d’Estampes, qui depuis
la [l’a] tousjours
receuë & reçoyvent. Et pour plus amplement monstrer
que à tort ledit substitut dudit Procureur du Roy dudit Orleans,
se debat dudit Sermaises, les habitans d’iceluy lieu dient n’estre
du ressort ne Coustumiers dudit Orleans, ains dient ressortir immediatement
en la court de Parlement à Paris, & user des Coustumes
de la Prevosté & Viconté dudit Paris, à
la redaction desquelles ou d’Orleans ilz ne furent neantmoins oncques
appelléz, & aussi ne se [f°48v°] y regissent,
mais au contraire se sont tousjours regis & gouvernez comme ilz
font, par ladite Coustume d’Estampes: & n’a ledit Jehan Godin
Procureur d’aucuns habitans dudit lieu, procuration des seigneurs
ne des principaux manans d’iceluy Sarmaises.
|
(4.3.2)
Fleureau a résumé ainsi cette section:
“Lors que la Coûtume d’Estampes fut reformée,
l’an 1556. il y eut grande contestation entre les Substituts
du Procureur General du Roy, aux bailliages d’Orleans, &
d’Estampes, chacun d’eux pretendant que les appels de celuy de
Sermaises devoient être portez à son ressort; mais
ils ne furent pas écoutez, parce qu’ils vont directement
à la Cour de Parlement, par privilege du Roy Charles VI.”
(Antiquitez, p. 60).
|
“Au
regard dudit Brouy pretendu par le Chapitre de l’Eglise de Sens,
estre du ressort du Bailliage dudit Sens et des Coustumes de Lorris,
a dit que ledit lieu & habitans de Brouy, sont du ressort dudit
Bailliage d’Estampes, y a un notaire commis par le tabellion dudit
Estampes y recevant tous contratz. Et se sont lesdits habitans tousjours
regis & gouvernez selon les Coustumes dudit Estampes. A esté
la seigneurie de Brouy qui est assise dedans ledit Bailliage d’Estampes,
donnée par le Conte d’Estampes audit chapitre de Sens, comme
celles dudit Sarmaises, à l’Abbé Sainte Colombe dudit
Sens, reservé pension qui est annuellement receuë &
payée.
|
|
“Au
regard du Mesnil Girault, a dit que la Chastellenye dudit
Mesnil Girault, est assise en & au dedans dudit Bailliage
d’Estampes: & en ladite ville d’Estampes, ont les officiers
d’icelle Chastellenye tousjours exercé, comme encores
font, leur Jurisdiction, en la maison appellée la
maison du Mesnil Girault: en laquelle ils ont un notaire ou tabellion,
recevant tous contratz que lon [l’on]
luy offre & presente. Se sont tousjours les habitans de
la dite Chastellenye regiz & gouvernez, selon la Coustume
d’Estampes. Vray est que depuis quarante ou cinquante ans en
ça, ilz ont prins leur ressort à Montargis: &
au paravant & de tout temps [f°49r°] ressortissoient
les appellations du Bailly de ladite Chastellenie, & se
relevoient par devant ledit Bailly d’Estampes, s’en sont exemptez
par ce que cinquante ans sont, le Conté dudit Estampes estoit
en la main des seigneurs de Fovez: sous la main desquels, & non
sous l’auctorité du Roy, s’exerçoit la jurisdiction
dudit Estampes: & ont prins ce ressort audit Montargis par simples
lettres Royaux, en forme de garde gardienne. Ne sont les habitans
de ladite Chastellenie, ne aucun d’eux de quelque estat qu’il soit,
comparuz à la convocation & redaction des Coustumes dudit
Montargis. Ains les aucuns des villages de ladite Chastellenie de
Mesnil Girault comparent & s’offrent comparoir, comme ilz sont tenuz
& doivent faire par devant nous, à la redaction desdites
Coustumes dudit Estampes.
|
|
“Et
pour les Chastellenies, Justices & seigneuries de Villiers,
Vaires & Duyson, a dit que ces trois seigneuries
qui sont pres dudit Estampes de deux lieues, ont appartenu
aux seigneurs de Fovez, & unies avec le Conté d’Estampes,
ou temps que iceux seigneurs de Fovez en ont esté joussans
[joyssans] & proprietaires:
& depuis à leurs successeurs & heritiers
ont les mesmes officiers dudit Estampes, comme Bailly, Prevost,
Advocat, & Procureur, & pareillement le receveur du
dommaine dudit Estampes fait & exercé leurs estats
& offices, chacun comme à luy appartient, sur les
dommaine, seigneurie & habitans desdits lieux en pareille
loy & Coustume, que celle d’Estampes, & ce par le temps
& espace, de soixante ans & plus: et jusques à ce
que le [f°49v°]
President de Seve ait acquis
les seigneuries de Villiers, & d’Huison & un appelé
de Hacqueville, la seigneurie dudit Vaires (trente ans a, peu plus
ou moins,) ont changé leurs officiers, mais n’ont immué
ne peu immuer, leur loy & Coustume: & neantmoins ont les
appellations dudit Vayres ressorty, comme encores font par devant
le ledit Bailly d’Estampes, dont est d’accord le seigneur dudit Vayres,
& quant aux Coustumes n’y a eu differance aucune.
|
|
“Quant à Bouville, Farcheville & Champmoteux,
a dit que lesdits lieux sont juxte les portes d’Estampes. Se sont
les seigneurs voulu exempter du ressort dudit Bailliage d’Estampes,
ou temps que ledit Estampes estoit, & a esté mis hors
de la couronne de France & souveraineté du Roy. Mais
leurs tiltres bien veuz sont desdits lieux dudit Bailliage d’Estampes,
esquels lieux ont eu les seigneurs Contes dudit Estampes, droit de seigneurie
qu’ils ont puis aucun temps changé & permuté sans
par cela aliener la souveraineté & ressort. Et aussi se sont
tousjours les seigneurs desdits lieux pourveuz par devant ledit Bailly
d’Estampes: es cas dont la primitive congnoissance appartient aux juges
Royaux, mesme l’an mil cinq cens vingt neuf ou environ ce temps, deffunct
Claude de Chastillon seigneur desdits lieux se pourveut oudit Bailliage
d’Estampes, pour la refection des fourches patibulaires dudit Bouville,
lesquelles par ordonnance dudit Bailly furent plantées ou
[où] elles sont. Se y est aussi
pourveu le dit Jehan de Neuf-Carré, seigneur en partie
[f°50r°] dudit
Bouville & Farcheville (3), pour
informer sur la commodité ou incommodité de l’assiete
de son moulin à grain dudit Bouville: lequel a esté dressé
ou [où] il est, par
ordonnance dudit Bailly d’Estampes, qui se y seroit avecques les officiers
du Roy audit Estampes, transporté pour cest effect. Et oultre que
Loys, Conte dudit Estampes, seigneur de Lunel, avoit cinq minots d’avoyne
annuels, de revenu sur la seigneurie de Champmoteux: que son receveur
audit Estampes recevoit par droit foncier et de seigneurie, lequel
droit foncier et de seigneurie, il a baillé aux Chantre, &
chanoines de l’Eglise nostre dame d’Estampes, pour la fondation d’une
messe que lon [l’on] dit en ladite
Eglise nostre dame d’Estampes, par chacun jour, à sept heures
du matin: avec ce leur a donné plusieurs autres droits qu’il avoit
en son Conté, à l’entour dudit Estampes, & sçavent
bien lesdits seigneurs & aucun des habitans esdits lieux, comme aussi
la verité est, que quand leurs biens & heritages sont tombez
en differend, et que jugement s’en est deu faire par Coustume, ont allegué
& articulé les Coustumes dudit Bailliage d’Estampes, &
icelles par les habitans dudit Estampes prouvées & verifi[é]es en tourbes, sans soy estre aidez
d’autres Coustumes, ny en prendre & faire extrait.
|
(4.3.2)
Ce Jean de Neuf-Carré était personnellement
présent lors de la rédaction de la coutume
(cf f°37v°: “Jehan de Neuf-carre Escuyer, seigneur,
de la Pierre, & de Bouville en partie en personne”; f°45v°:
“Iehan de Neufcarré, seigneur de la Pierre, en la paroisse
de Villiers, & en partie desdits lieux de Bouville &
Farcheville”); ses droits lui venaient de son mariage avec
Catherine de Châtillon fille aînée d’Antoine
de Châtillon seigneur de Varennes et de Bouville en
partie (Fleureau, Antiquitez,
p. 615). Il est donc vraisemblable que la visite du site du moulin
de Bouville par les officiers du bailliage d’Étampes, au
rang desquels étaient évidemment le procureur du
roi, devait être récente, et avait été
effectuée soit par Esprit Ducamel lui-même, ou bien
par son père et prédécesseur Guillaume Ducamel.
|
“Finalement
a ledit substitut dudit procureur general du Roy oudit Bailliage
d’Estampes, dit & remonstré que tous lesdits seigneurs
temporels & habitans desdites villes, lieux & villages,
sont des election & gabelle d’Estampes, y viennent par chacune
semaine [f°50v°]
se conseiller de leurs affaires & differents qui ont tousjours
esté dressez et diffiniz selon la Coustume dudit Estampes,
par les practiciens de ladite ville. Comme le confesseront lesdits
seigneurs & habitans, bien enquis en leurs sermens & consciences:
& declareront qu’ils veulent estre reduits & subjets à
ladite Coustume d’Estampes. Ont esté les habitans desdits lieux,
villes & villages empeschez de ce faire, & suadez de passer
les procurations par aucuns petits Procureurs de village, qui seroient
marriz de veoir le populaire hors de trouble sans leur faire entendre
& remonstrer les commoditez & soulagement qu’ils peuvent avoir,
& prendre sur la redaction desdites Coustumes, & les inconveniens
& interests qu’ils porteront cy apres estans exemptez & non comprins
en icelles Coustumes.
“Partant pour les causes susdites & autres
qui ont esté plus au long alleguées, &
que ledit substitut entend desduire en temps & lieu, a
requis que sans avoir esgard aux dires impertinens, alleguez par
tous les dessusdits, ils soient à tout le moins par provision,
comme ils doivent estre declarez subjects aux Coustumes dudit Bailliage
d’Estampes: joint qu’ils, ne aucun d’eux, n’ont esté appelez
à la redaction des coustumes, esquelles ils se dient estre
subjets: comme il appert par le proces verbal desdites constumes”
(3).
|
(4.3.3)
Coustumes des bailliage et prevosté
d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°46v°-f°50v°.
Autre édition (sans intérêt pour l’établissement
du texte puisqu’elle reproduit celui de la première édition
en y ajoutant des coquilles): Charles A. Bourdot de Richebourg
(avocat au Parlement), [éd.], Nouveau
coutumier general, ou Corpus des coutumes generales et particulières
de France et des provinces connues sous le nom des Gaules,
exactement verifiées sur les originaux conservez au
greffe du Parlement de Paris & des autres cours du royaume,
avec les notes de MM. Toussaint Chauvelin, Julien Brodeau, &
Jean-Marie Ricard, avocats au Parlement, jointes aux annotations
de MM. Charles Du Moulin, François Rageau, & Gabriel-Michel
de la Rochemaillet, mis en ordre, & accompagné de sommaires
en marge des articles, d’interprétations des dictions obscures
employées dans les textes, de listes alphabétiques
des lieux régis par chaque coutume, et enrichi de nouvelles
notes tirées des principales observations des commentateurs,
& des jugemens qui ont éclairci, interprété,
ou corrigé quelques points & articles de coutumes. Tome
troisième, Paris, Théodore Legras, 1724, pp.
114-116.
|
4.4. Plaidoyer à
Dourdan de son beau-frère et substitut Girard Garnier
|
|
Nous avons déjà
signalé, parlant de Girard Garnier, gendre de Guillaume
Ducamel (§ 3.5) et beau-frère
d’Esprit, que ce personnage était intervenu en cette
même occasion comme conseil ou représentant
de plusieurs personnages ou collectivités du bailliage.
Il nous reste
à mentionner l’une de ses interventions, le 23
septembre 1556, au nom des nobles en général
du bailliage, en laquelle il fut particulièrement appuyé
par son beau-frère:
“Et continuant la lecture desdits articles, maistre
Girard Garnier, pour les nobles a presenté un article
de la teneur qui s’ensuit.
“Quant un heritage censuel est baillé
à rente fonciere rachatable, pour tel bail &
rente sont deues ventes. Mais pour le rachat de ladite
rente ne sont deues ventes.
“Lequel article ledit Garnier a dit
estre fort ancien, & comme tel requis estre inseré
au cayer desdites Coustumes, ce que particulierement a requi
le substitut dudit procureur general du Roy audit Estampes. Mais
pour la diversité des rapports, qui ont esté faits
par lesditz estats, officiers & praticiens dudit siege, les avons
renvoyez au lendemain des Roys en ladite court de Parlement.” (1).
|
(4.4.1)
Coustumes des bailliage et prevosté
d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°52v°;
Charles A. Bourdot de Richebourg, Nouveau
coutumier general. Tome troisième, Paris, Théodore
Legras, 1724, p. 117.
|
Trois mois plus
tard, comme nous l’avons déjà signalé
(§ 3.5), lors de la rédaction de la Coutume de Dourdan,
le 29 décembre 1556, devant les trois mêmes parlementaires parisiens qui avaient
présidé à la rédaction de
la Coutume d’Étampes, le beau-frère d’Esprit
Ducamel nous est signalé comme son substitut, et
prend la parole au nom d’Esprit Ducamel.
Comme nous
venons de le voir, trois mois plus tôt Girard Garnier
ne se voit pas attribuer de titre de ce genre, et nous ne ne
le voyons plus jamais, à notre connaissance, le porter
dans la suite: d’où il faut croire qu’il était
plutôt en cette occasion quelque chose comme le procureur
du procureur du roi.
Nous donnons
ci-après le texte de son plaidoyer ainsi que celui
de la réponse qui lui fut faite par le procureur du
roi à Dourdan.
|
|
“Par maistre Girard Garnier,
Advocat à Estampes, substitut du procureur du Roy,
audit Bailliage d’Estampes, a esté remonstré
comme le Duché d’Estampes, avoit esté de grande
antiquité de la maison de France, tenu par les Roys,
& baillé en appanage au enfans de la maison de France,
qu’en faisant l’erection d’iceluy en Duché par le feu
Roy François dernier decedé, auroient esté
adjoustez à iceluy les chastellenies de Dourdan, & la
ferté Aleps, pour le tout estre dit & nommé Duché
d’Estampes, & une seule seigneurie.
“Et combien que par ce moyen, les habitans
de Dourdan fussent sujects, & se deussent gouverner
et reigler par les Coustumes dudit bailliage d’Estampes; &
les assises des bailliages de Dourdan: & la Ferté
Aleps; eussent esté ou deu estre publiez, comme estans
du Duche d’Estampes, tenuz aux sieges de Dourdan, & la Ferté
Aleps, toutesfois ceux de Dourdan se seroient ingerez de vouloir
faire rediger quelques pretendues Coustumes, & à ce faire
appeler les habitans d’Authon, le Plessis sainct Benoist. Congerville,
& Sainville, qui estoient de la jurisdiction ordinaire dudit
bailliage d’Estampes,
“icelles Coustumes d’Estampes auroient
ja esté reduictes & accordées, &
à la redaction et lecture d’icelles, se seroit le
procureur du Roy à Dourdan opposé pour raison
de Sonchamp, sans pretendre aucun droict de jurisdiction pour
raison d’Authon, le Plessis sainct Benoist, Congerville, &
Sainville,
“sur lequel differend de Sonchamp, les
parties auroient esté par nous lors procedant
à la redaction des dictes Coustumes renvoyées
à la Cour de Parlement au l’endemain des Rois,
“à cette cause protestoit de
nullité, de tout ce qui se feroit pour raison desdites pretendues
Coustumes de Dourdan, & de faire cy-après contraindre iceux
habitans de Dourdan à se reigler selon les Coustumes
d’Estampes,
“aussi que l’évocation qui avoit
esté faite à Dourdan, desdits villages
d’Authon, le Plessis sainct Benoist, Congerville, Sainville,
& Sonchamp, ne peut aucunement prejudi[ci]er
audit procureur du Roy à Estampes.
|
|
“A quoy par ledit procureur
du Roy à Dourdan, a esté dit […], en respondant audit Garnier, que la chastellenie
de Dourdan avoit esté anciennement & de tout
temps unie à la couronne de France, & jamais n’en
avoit esté demembrée, ainsi qu’avoit esté
le Comté d’Estampes, n’agueres incorporé au domaine
du Roy, par le decez du Comte de Foix dernier decedé sans
hoirs de son corps.
“Que combien que depuis peu de temps
ledit Comté ait esté érigé en Duche,
& baillé par le Roy François à messire Jean
de Brosses, à present Duc d’Estampes. Toutefois il n’auroit jamais
jouy de ladite chatellenie de Dourdan, comme estant du tout separée
dudit Duché d’Estampe: mais en auroit toujours le Roy jouy
comme il faisoit encores à present,
“et se trouveroit le plaidoyé
dudit Garnier impertinent & sans raison, parce que
le dit procureur du Roy à Dourdan, s’estoit opposé
en personne pardevant nous, procédans à l’émologation
des Coustumes d’Estampes, pour lesdits villages de Sonchamp,
Sainville, le Plessis Sainct Benoist & Authon, comme estant
du domaine du Roy, redevables et cens & rentes, à sa
recepte de Dourdan,
“aussi que les officiers d’Estampes,
n’avoient jamais fait appeler à la redaction de
leurs Coustumes, les habitans de Dourdan, comme ne recognoissans
en rien Estampes.
“Aussi que la chastellenie de Dourdan
n’a jamais recongneu en aucune chose les Comtes ou Ducs
d’Estampes, mais au contraire que les habitans d’Estampes
avoient autrefois ressorti à Dourdan pour les cas Royaux.
“Et ont tousjours les habitans dudit
Dourdan tenu & gardé Coustumes autres que
celles qui estoient à Estampes, lesquelles avoient
esté introduictes par Bretons, qui s’estoient habituez
audit lieu d’Estampes, à cause que dès longtemps,
le Comté d’Estampes avoit esté tenu par les
Ducs de Bretagne, ou par leurs enfans.
“Et pour le regard desdites terres
de Sonchamp, Sainville, Authon, & le Plessis sainct
Benoist, que des le deuxiesme jour d’Aoust, cinq cens trente-deux,
lesdits villages & leurs dependances auroient esté
reunis au domaine du Roy à la chastellenie de Dourdan,
suivant les lettres patentes du Roy, [p.137] envoyées
à cette fin.
“Quoy que ce soit avoient esté
saisies afin de ladite reunion, & n’estoient encores
apparu d’aucune main-levée: Que les habitans desdits
lieux doivent pour leurs maison & terres plusieurs droicts
seigneuriaux au Roy à cause de Dourdan, ainsi qu’il seroit
verifié par plusieurs comptes, estans en la chambre des
Comptes à Paris, que iceux villages estoient dans les fins
& limites dudit bailliage de Dourdan, & près ledit
Dourdan:
“requerant par ces moyens qu’il feust
par nous ordonné que lesdits villages se reigneront
par les Coustumes dudit Dourdan.
“Nous sur les dites remonstrances &
protestations, avons lesdites parties renvoyées
à la Cour de Parlement au lendemain des Roys, pour
icelles ouies avec le Procureur general du Roy, leurs estre fait
droit ainsi que de raison.” (1). |
(4.4.2) Charles
A. Bourdot de Richebourg, Nouveau coutumier general.
Tome troisième, Paris, Théodore Legras,
1724, p. 136.
|
Le 23 juin 1558 le roi Henri
II donne commission à son maître des requêtes
Étienne Potier d’aller à Étampes enquêter
de commodo et incommodo, sur l’opportunité
d’une taxation des bâteau transitant par le port de cette
ville que réclame la municipalité pour en financer
la réparation.
Le roi précise
qu’une enquête de ce genre a déjà été
diligentée sur cette requête et qu’il a déjà
reçu sur cette affaire le rapport de son procureur
à Étampes. On voit ici cependant les limites
du crédit que rencontre à la cour l’avis
de ce magistrat local, puisqu’on juge nécessaire de rexaminer
les choses en présence d’un représentant du pouvoir
central qui viendra sur place assister le procureur du lieu.
“Sur laquelle les aurions renvoyez par
devant le bailly du dict Estampes ou son dict lieutenant, pour,
oy et appelé nostre procureur du dict lieu, informer
de la commodité ou incommodité du contenu en icelle,
pour, la dicte informacion faicte et rapportée par devers
nous, estre pourveu aus dictz supplians, ce qui auroit
esté faict;
“toutesfois desirans, attendu qu’il est question
d’un bien publicq, estre plus amplement informez et certroiez
de la commodité ou incommodité, nous mandons
et commectons par ces présentes que, appeliez nos officiers
du dict lieu, vous estant sur les lieux, informez derechef,
dilligemment et bien du contenu en la dicte requeste et de la commodité
ou incommodité, que nous et la chose publique pourrions
avoir, faisant ce qui est requis par icelle, pour, la dicte
informacion faicte et renvoyée par devers nous, ayans prins
conseil, ensemble avis, et celluy de nos officiers au dict lieu,
estre pourveu aux supplians, comme de raison. Car tel est nostre plaisir.
De ce faire vous donnons pouvoir, mandons et commandons à tous
nos justiciers, officiers et subgectz que à vous,
ce faisant, obéissent” (6).
|
(4.2.6) Archives municipales d’Étampes AA 127
(non cotée à l’époque de Dupieux),
texte édité par Paul Dupieux, in Bulletin
philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité
des travaux historiques et scientifiques (1930-1931),
pp. 273-274 (n°16); Dupieux note, ibid.,
p. 273, note 2, que “ces lettres ne sont pas mentionnées
dans la brochure du docteur Justin
Bourgeois, Le port d’Etampes,
Etampes, 1860, in-8°, ni dans l’article de Paul
Pinson, Recherches sur la navigation
d’Etampes à Corbeil, depuis le XIe siècle jusqu’à
sa suppression en 1676, dans Bulletin
de la Société historique et archéologique
de Cor-
beil, d’Etampes et du Hurepoix,
1899, p. 119-158”.
|
4.5. Sur la fin énigmatique du mandat
d’Esprit Ducamel
|
|
A partir du
4 janvier 1560 (1)
se produit une anomalie: nous trouvons mentionné
un nouveau procureur du roi, Esprit Hatte, sans qu’Esprit
Ducamel cesse de son côté d’en porter le titre.
|
(4.5.1)
Notre-Dame 4 janvier 1560: “Pierre filz de maistre Esprit
Hacte procureur du roy à Estampes”.
|
En
1562 sont signalés côte à
côte, et sans mention de titre, comme censitaires
des dames de Longchamp, Esprit Ducamel et son successeur
Esprit Hattes: “Maistre Esprit Ducamel. — Maistre Esprit Hacte”
(2). Il faut noter que les montants
des cens dus par l’un comme par l’autre ne sont pas mentionnés,
ce qui tend à indiquer qu’ils en étaient probablement
exempts, par un de ces droits coutumiers informels et variés
justement soupçonnés par Dupieux, sur lesquels
nous sommes mal renseignés, mais qui, cumulés,
devaient constituer des sources de revenu conséquentes pour
les détenteurs de cette charge.
|
(4.5.2)
AD91 E 3900, f°18r°.
|
L’année
suivante 1563 le même registre n’accorde
curieusement son titre qu’à Esprit Hattes: “Maistre Esprit
Ducamel. — Maistre Esprit Hacte procureur du roy” (3). Le 10
mars se porte marraine à Saint-Basile “Marie Paulmier
femme de honorable homme maistre Esperit Hacte procureur du
roy au dict lieu”.
Que
se passe-t-il ? Nous avons vu en effet que les registres
de baptême pour leur part continuent à qualifier
Esprit Ducamel de “procureur du roy”, et qu’il n’est mort qu’entre
février et septembre 1564. Il y a donc bien deux procureurs
du roi en titre à Étampes entre 1559/1560 et 1564.
|
(4.5.3) AD91 E 3900, f°37v°.
|
On pourrait
supposer évidemment que, pendant un temps, tout simplement,
l’autorité royale considéra comme nécessaire
la coexistence de deux procureurs du roi à Étampes.
Dupont-Ferrier a montré que c’était le cas
de certains bailliages (4), et qu’on en avait parfois
davantage ailleurs; mais ils siégeaient alors à chaque
fois en des villes différentes du bailliage (5), et l’on
voit mal où cela aurait pu être dans le
cas d’Étampes; surtout, la cas ne se reproduira
plus jamais à ma connaissance.
|
(4.5.4)
Il cite en ce sens les bailliages de Chartres, Chaumont,
Cotentin, Mantes, Orléans, Melun et Gisors.
(4.5.5) Cf. Les officiers
royaux, 1902, pp. 146-147.
|
Un autre solution serait
de supposer qu’Esprit Hattes ne fut au départ qu’un
simple substitut du procureur du roi.
Nous avons
déjà en effet constaté à deux
reprises l’existence d’un tel procureur à Étampes, tout d’abord le 13 janvier 1513,
lorsque le prévôt Guillaume Audren est qualifié
à titre exceptionnel de substitut du procureur du roi Guillaume
Cormereau, puis le 29 décembre
1556 lorsque Girard Garnier, beau-frère
d’Ésprit Ducamel, le remplace également à
titre exceptionnel à Dourdan lors de la rédaction de
la coutume de cette ville. Nous avons déjà fait allusion
au fait qu’il existe plusieurs indices qu’Esprit Hattes était
lui aussi un beau-frère d’Esprit Ducamel.
Mais nous avons noté également
que Guillaume Audren autant que Girard Garnier n’avaient très
visiblement exercé chacun cette fonction qu’à
titre exceptionnel: il ne s’agissait en aucun de ces deux cas d’une
charge fixe.
L’existence
d’un, voire de plusieurs substituts du procureur du roi,
est avérée en ce temps dans plusieurs autres
bailliages. Et, à ce que note Dupont-Ferrier, “il est
impossible de distinguer toujours entre ces deux appellations,
la vanité encourageant d’habitude l’usurpation du
titre” (6).
Cependant
là aussi, il resterait à expliquer pour
quoi cette charge usuellement stable, n’a pas d’autre titulaire
connu dans la suite à Étampes, du moins à
ma connaissance.
|
(4.5.6)
Cf. Les officiers royaux, 1902, pp. 156-158.
|
Il est
donc plus vraisemblable donc qu’à partir de 1559 ou 1560
Esprit Ducamel, pour une raison indéterminée,
par exemple d’ordre médical, a été empêché
d’exercer ses fonctions de procureur du roi, et que son
successeur a été nommé de son vivant, de
telle manière qu’il a continué à en
porter le titre sans vraisemblablement en assumer réellement
les fonctions.
Le
29 janvier 1564, selon Dupieux, Esprit
Ducamel est toujours cité comme procureur en activité
(7), et le 28 septembre
se porte marraine à Saint-Basile d’Étampes
“Marie fille de maistre Esperit du Camel procureur du roy à
Estampes”.
Cependant le 3 octobre 1564, à Notre-Dame,
se porte marraine “Jehanne Ducamel fille de defunct maistre
Esprit Ducamel en son vivant procureur du roy à Estampes”.
|
(4.5.7)
Selon un document autrefois conservé à
Orléans (A 1220, liasse 1re, pièce 1re) et
cité par Dupieux (Institutions, p. 85, note
6). C’est ce qui sans doute a conduit Dupieux à négliger
le témoignage de Plisson sur le fait qu’Esprit Hattes
était procureur du roi dès 1560.
|
On croit
d’abord pouvoir en conclure qu’il est mort précisément
entre les 28 septembre et 3 octobre 1564. Mais son décès
est peut-être antérieur à cela. Ce qui est
troublant en effet, c’est qu’on semble ignorer son décès
à Saint-Basile pendant deux ans. Le 19 janvier 1565
en effet s’y porte parrain “Medard du Camel filz de maitre
Esprit du Camel procureur du roy à Estampes”; le 18 mars
1566 s’y porte marraine “Jehanne fille de maistre Esprit du Camel”
et à nouveau le 20 novembre “Jehanne fille de maistre Esprit
du Camel procureur du roy à Estampes”.
Plus
troublant encore, le 7 octobre 1566, le desservant
se trompe en mentionnant le même Médard que
ci-dessus comme s’il était le fils d’Esprit Ducamel: “Medard
Hatte filz de monseigneur le procureur du roy”.
Bien
qu’on se demande comment le desservant de Saint-Basile
a pu commettre une confusion aussi étrange, concernant
de tels paroissiens, cette confusion n’est pas douteuse
en elle-même, d’autant plus qu’Esprit Hattes est mentionné
en 1567-1568 comme censitaire des dames de Longchamp en temps
que tuteur des enfants de son défunt prédécesseur:
“Maistre Esprit Hacte procureur du roy tant pour son non que
pour sa femme — Luy comme tuteur des enffens feu maistre Ducamel”
(8).
|
(4.5.8)
AD91 E 3900, f°83v°.
|
Esprit
Ducamel n’est clairement signalé comme defunt à
Saint-Basile qu’à partir du 10 février 1568,
date à laquelle se porte marraine à Saint-Basile
“Jehanne fille deffunct Esprit du Camel en son vivant procureur
du roy à Estampes”.
En
1571 ses enfants continuent à sa porter parrains
et marraines à Saint-Basile. Ainsi le 4 avril: “Medard
filz deffunct maistre Esprit du Camel”, et le 24 mai: “fille
de deffunct maistre Esprit du Camel en son vivant procureur
du roy à Estampes”.
|
|
4.6. Descendance d’Esprit Ducamel
|
|
Quelle a été la descendance d’Esprit Ducamel?
Nous avons vu que son épouse s’appelait Marie, et
qu’elle se porta marraine à Notre-Dame à quatre
reprises, à une époque où le registre de
Saint-Basile fait défaut, de 1550 à 1555. Elle lui
avait donné au moins quatre enfants, Guillaume, Marie,
Médard et Jeanne.
1.
Guillaume Ducamel II, qui se porte parrain à
Notre-Dame le 28 juillet 1557 (1),
mais dont nous n’entendons plus parler ensuite: il est sans
doute mort jeune.
2.
Marie Ducamel, encore jeune fille, est mentionnée
comme marraine à Saint-Basile les 28 septembre
1564 et 12 juin 1570 (2). Elle se marie avant
le 5 avril 1582 sans qu’on puisse préciser davantage
à cause de la grande lacune du registre de Saint-Basile
de 1572 à 1588. Elle réapparaît en effet
mariée au médecin Gérard François,
à partir du 5 avril 1582, marraine à Notre-Dame,
puis ensuite régulièrement jusqu’en 1590
tant à Saint-Basile qu’à Notre-Dame, voire à
Saint-Pierre (3). Son mari lui-même
se porte parrain à Notre-Dame, à Saint-Basile
et à Saint-Gilles au moins à dix reprises
de 1578 à 1599 (4). Ils eurent au moins deux
fils, Jacques et Jean, dont l’un se porte parrain à Notre-Dame
en 1593, et l’autre en 1595 (5). Le couple héritera,
avant 1593, de l’hôtel des Carneaux au n°8 de la
rue Louis-Moreau auparavant détenu par Esprit Ducamel (6), et tient
aussi, au moins en 1599, le n°6 de la rue Sainte-Croix,
à côté de l’hôtel d’Esprit Hattes (7).
3.
Médard Ducamel est mentionné comme parrain
à Saint-Basile les 19 janvier 1565 et 4 avril 1571
(8); il doit être mort jeune, car nous n’en entendons
plus parler dans la suite.
4.
Jeanne Ducamel se porte marraine à Saint-Basile
encore jeune fille de fin 1566 à début 1568
(9). La même année elle
épouse Tristan Charron II, avocat et élu d’Étampes,
c’est-à-dire officier de l’élection, à qui elle donne un fils Tristan III baptisé
à Saint-Basile en février 1569.
Ce gendre posthume
d’Esprit Ducamel mérite un développement
à part.
|
(4.6.1)
“Guillaume filz de maistre Esprit Ducamel”.
(4.6.2) “Maraines Marie du Camel et
Katherine Paulmier”. — (4.6.3)
Notre-Dame 5 avril 1582: “Marie Ducamel femme de honnorable
homme maistre Girard Françoys docteur en medecine”;
Saint-Pierre 27 octobre 1584 [cité par Charles Forteau,
Annales du Gâtinais 13 (1907), p. 98); Notre-Dame
mardi 18 février 1586: “Marie Ducamel femme de maistre
[rayé: Franc] Girard Françoys docteur en medecine”;
15 juin 1586: “Marie Ducamel”; 20 avril 1587: “Honneste femme
Marie Ducamel espouse de Girard Françoys medecin à
Estampes”; Saint-Basile 29 mai 1588: “dame Marie Du Camel femme d’honorable
homme maistre Girard Françoys docteur en medecine”; 5 mai
1590: “Marie Ducamel femme de honorable homme maistre Gerard François
medecin au dict Estampes”. — (4.6.4)
Notre-Dame 28 mars 1578: “honneste homme Gerard Françoys
medecin à Estempes”; 7 juin 1582, “venerable et discrette
personne maistre Girard Françoys docteur en medecine à
Estampes”; 28 janvier 1583: “honnorable homme maistre Girard
François docteur en medecine”; 20 septembre: “honnorable
homme et discrette personne Girard Françoys docteur en
medecine”; Saint-Gilles 24 octobre 1584: “honorable et discrete personne
maistre Gerard François docteur en medecine”; Saint-Basile
7 septembre 1589: “noble homme maistre Gerard Françoys docteur
en medecine”; 18 novembre 1590: “maistre [rayé: Françoys]
Girard Françoys docteur en medecine”; 4 septembre 1591:
“maistre Girard Françoys docteur en medecine”; Notre-Dame
16 mars 1593: “maistre Girard Françoys docteur en medecine”;
Saint-Gilles 25 janvier 1599: “noble homme maistre Girard Françoys
docteur en medecine”. — (4.6.5) Notre-Dame
8 juin 1593: “Jacques filz de maistre Girard Françoys docteur
en medecine”; 6 avril 1595: “Jehan filz de maistre Girard Françoys
docteur en medecine”. — (4.6.6) D’après
un résumé du XVIIIe siècle dû aux célestins
de Marcoussis et conservé actuellement dans les anciennes
archives des dames de Maubuisson (AD95 72H 108), Girard François
reconnaît alors la seigneurie des célestins en temps
que gendre et héritier d’Esprit Ducamel. — (4.6.7) Censier de Notre-Dame pour 1599 (extrait
édité par par Monique Chatenet, Étampes,
un canton entre Beauce et Hurepoix, Paris, Éditions
du Patrimoine, 1999, pp. 148-149).
(4.6.8) La marraine étant la
fille de son tuteur, “Jehanne Hacte femme de Françoys Cheron”.
(4.6.9) Les 18 mars et 20 novembre 1566,
puis le 10 février 1568. — (4.6.10) Saint-Basile le 21 février
1569: “Tristan filz de honorable homme maistre Tristan Charron
esleu d’Estampes et de Jehanne du Camel sa femme; les parrains
honorable homme maistre Tristan Charron [rayé: esleu]
bailly de [rayé: Dorudan] Dourdan et maistre Gilles Paulmier
bailly de la Forest le Roy, la maraine Marie Paulmier à
present femme de maistre Esprit Hatte procureur du roy à
Estampes”.
|
4.7. Sur son gendre
Tristan Lecharron
|
|
Tristan Charron, ou plutôt
Lecharron, apparaît dans le registre paroissial de Saint-Basile
en cette même année 1568 où il épouse
Jeanne Ducamel, dans le cercle familial d’Esprit Hattes, successeur
d’Esprit Ducamel et tuteur de ses enfants mineurs.
Le 20 septembre
1568 en effet, alors que sa femme est enceinte de leur premier
enfant Tristan, il se porte parrain à Saint-Basile
de Tristan Delorme, fils “noble homme maistre Jehan de
Lorme lieutenant du prevost d’Estampes”; lui-même est qualifié
“noble homme maistre Tristan Charron esleu du dict Estampes”;
la marraine est la seconde épouse d’Esprit Hattes, Marie
Paulmier; l’autre parrain est Gilles Paulmier, bailli de la Forêt-le-Roi,
probable père de cette dernière (1).
Le 21 février 1569, lorsqu’est baptisé
son premier fils, Tristan, la marraine est toujours
Marie Paulmier; l’un des parrains Pierre Hattes, fils d’Esprit
Hattes, avec lequel a été élevé
sa femme; mais surtout le parrain qui donne le nom est “maistre Tristan Charron bailly de Dourdan”, selon toute apparence
son père (2).
|
(4.7.1)
Saint-Basile 20 septembre 1568: “fut baptisé Tristan
filz de noble homme maistre Jehan de Lorme lieutenant du
prevost d’Estampes; les parains noble homme maistre Tristan
Charron esleu du dict Estampes et Pierre Hacte, la maraine
Marye Paulmier”.
(4.7.2). Voir ci-dessus la note (4.6.10).
|
On remarquera à ce sujet
que le dit Tristan Charron I bailli de Dourdan était
présent et déjà bailli trois ans
auparavant, le 29 décembre 1566, lors de la rédaction
de la Coutume de cette ville (3); on a d’ailleurs
conservé la lettre de convocation à la rédaction
de la coutume de Dourdan qu’il avait envoyée quelques jours
auparavant (4). On se rappelle qu’à cette occasion
Girard Garnier beau-frère et substitut d’Esprit Ducamel,
n’avait pas craint de réclamer le rattachement de Dourdan
à Étampes, propos que le procureur du roi à
Dourdan avait qualifié d’impertinent (§ 3.5).
On voit qu’au-delà de ces conflits d’ordre administratif,
les liens personnels entre les familles d’officiers de ces deux
bailliages étaient en coulisses fréquents et profonds,
et que le fils d’un officier de Dourdan pouvait facilement trouver
femme et faire carrière à Étampes.
|
(4.7.3)
“maistre Tristand Le Charron, bailly” (Charles A. Bourdot
de Richebourg, Nouveau coutumier general.
Tome troisième, Paris, Théodore Legras,
1724, p.135). — (4.7.4) “Tristand Le
Charron licencié en loix, conseiller du roy nostre sire,
bailly de Dourdan pour le dit seigneur” (Ibid., pp. 133-134).
|
Le 5 janvier 1572 nous voyons
baptiser un second Tristan Charron, dont le frère aîné
est sans doute mort en bas âge. Son père, qui était
encore qualifié simple “avocat
et eleu d’Estampes” en octobre 1570 (5), est désormais “lieutenant du prevost
de la marechaussée d’Estampes” ou “lieutenant du prevost des marechaulx à Estampes” (6), à la place de Jean Delorme apparemment décédé
dans le cours de l’année 1571, et dont il avait tenu
le fils sur les fonts trois ans plus tôt; le parrain de ce nouveau
Tristan est Pierre Hattes, fils du tuteur de sa femme, élévé
avec elle, et par ailleurs beau-frère du défunt Jean
Delorme, puisque mariée en secondes noces à sa sœur Marie Delorme, ainsi que nous le verrons plus bas au sujet
des enfants de la descendance d’Esprit Hattes (§ 5.8 n°3).
|
(4.7.5)
Notre-Dame 11 mai 1569: “maistre Tristan Lecharron advocat
et eleu d’Estampes”; 2 octobre 1570: “honneste homme maistre
Tristand le Charron advocat et eleu au dict Estampes”. — (4.7.6) Saint-Basile 5 janvier 1572: “Tristan filz
de honneste homme maistre Tristan Le Charron lieutenant du prevost de
la marechaussée d’Estampes et de Jehanne Ducamel sa femme”; 8 août
1572: “Jehanne du Camel femme de honorable homme maistre Tristan le
Charron lieutenant du prevost des marechaulx à Estampes”.
|
En 1575 il est encore qualifié
à Notre-Dame: “lieutenant de la prevosté au
dict Estampes” (7).
Mais il passe ensuite,
avant avril 1577, “conseiller du roi et
lieutenant general au bailliage d’Estampes” (8); ce n’est pas donc
par erreur que vers la même époque le censier de
Longchamp le qualifie “lieutenant du bailly à Estampes”, voire “lieutenant du bailliage d’Estampes”. Il gardera cette charge au moins jusqu’en 1580, date à
laquelle il est encore signalé avec ce titre comme censitaire
du fief de Longchamp, en même temps que son probable frère
Girard Lecharron à son tour bailli de Dourdan à
la place de leur père Tristan (9).
|
(4.7.7)
Notre-Dame 6 janvier 1575: “maistre Tristan Lecharon lieutenant
de la prevosté au dict Estampes”. — (4.7.8) Notre-Dame 20 avril 1577: “maistre
Tristand Lecharron conseiller du roy et lieutenant general au
bailliage d’Estampes”. — (4.7.9) AD91
E. 3901 (1571-1576): “mestre Tristan Lecharron lieutenant au
bailiage à Estampes; (…) mestre Girrard (sic) Lecharron
bailly de Dourdan; mestre Triste Lecharron lieutenant du bailly
à Estampes”; E. 3904 (1580): “maistre Girard Le Charron bailly
de Dourdan; maistre Tristan Le Charron, lieutenant du bailliage d’Estampes”.
|
4.8. Un autre gendre remarquable: Gérard
François
|
|
Nous
avons déjà mentionné un autre gendre
posthume d’Esprit Ducamel qui mérite quelque
attention, car tous les auteurs qui en ont parlé à
ma connaissance l’ont présenté, bien à
tort, comme un médecin personnel d’Henri IV
(1), alors que c’était, à mon sens, un simple
médecin municipal.
Il
nous apprend lui-même en 1583 qu’il est
originaire d’Étampes, et que son père était
déjà médecin (2); il prétend
même qu’il avait été celui de la famille
des Hurault vicomtes de Cheverny, dont le chef est de son temps
garde des sceaux (3). Seulement, à
mon humble avis, cela peut vouloir simplement dire que son père,
à l’occasion, a été consulté quelque
membre de cette famille.
Que
savons-nous de sa famille? Peu de choses, et surtout rien
de bien cohérent. Un Yvonnet François déjà
était censitaire des dames de Longchamp en 1498,
également censitaire, une quinzaine d’année plus
tard du fief des Longs (4). Quand commencent
les registres de baptêmes étampois, plusieurs membres
de cette famille nous sont signalés sans que nous puissions
pour l’instant en établir la généalogie.
Nous trouvons en 1546 à Notre-Dame un Jean François marié
à une Catherine et père d’une Simonne
(5); entre 1568 et 1582, un Alexandre François sergent
royal, marié à une certaine Nicole, puis à une
Noëlle Delorme, et censitaire du fief de Longchamp (6); en 1568,
une Anne François, sans doute la fille du précédent
mariée au procureur Pierre Provensal (7); en 1575
un Claude François bourgeois et marchand (8).
Mais c’est sans doute plutôt dans la paroisse de
Saint-Basile qu’il nous faut chercher le père de
Gérard François. Nous y trouvons, entre 1564
et 1569, un Augustin François mariée à Alison
Leprêtre, père au moins d’un Charles et d’un Cancien,
et mort avant 1569 (9); il n’est pas impossible qu’il s’agisse du père
de Girard François.
Dans la même paroisse est
signalé de 1587 à 1603 un certain Jacques François,
marchand qualifié tantôt mercier tantôt
épicier, marié d’abord à une Simone, puis
à une Jaqueline Bourdon; c’est probablement le frère
de Gérard François; nous le voyons en effet choisir
pour parrain de son fils Gabriel, en 1587, le chirurgien Julien
Dubref (10); or ce Julien Dubref est cité juste après
Gérard François dans le registre des censitaires
du Bourgneuf de 1580-1585, ce qui indique un partage récent;
d’ailleurs, peu après la mort de Gérard François,
c’est “Jacques François, marchand épicier” nous trouvons
censitaire du Bourgneuf (ainsi qu’une certaine Anne François,
peut-être fille de Gérard) (11). Rappelons
qu’à cette date celui qu’on appelle l’épicier est une sorte de droguiste qui peut fournir
notamment les apothicaires ancêtres de nos pharmaciens.
La question de la généalogie de cette famille
de médecins se complique encore après la
mort de Gérard François, lorsque nous voyons en
1602 deux de ses membres installés à Paris venir
à Saint-Basile d’Étampes se porter parrains
du fils d’une certaine Simone François, mariée
à un huissier de l’élection d’Étampes.
Ce sont Robert François, maître chirurgien et barbier,
et François François, tous deux établis à
Paris (12): sont-ce des enfants ou des neveux de Gérard
François? Et cette Simonne François elle-même
est-elle une sœur, une nièce ou une fille de Gérard
François?
|
(4.8.1)
Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque françoise.
Tome XIII, Paris, Guérin & Lemercier, 1752,
pp. 415-416; Hippolyte Daniel, Biographie
des hommes remarquables de Seine-et-Oise, Paris, Angé,
1837, p. 234; Violet le Duc, in Bulletin du bibliophile
10e série (janvier 1851), pp. 1101-1102; Achille Chéreau,
Le Parnasse médical français, ou Dictionnaire
des médecins poètes de la France, Paris, A.
Delahaye, 1874, p.; Léon Marquis, Les rues d’Étampes,
Étampes, Brière, 1881, pp. 357-358; Pascal Pia,
Bouquet poétique des médecins,
chirurgiens, dentistes et apothicaires, Paris, Collection de
l’Ecritoire, 1933, p. 106; Étampes-Histoire,
Étampes Almanach 2000, Étampes, 1999, p.
3 de “septembre”.
(4.8.2) Dans l’épître dédicatoire
de son premier ouvrage au vicomte de Cheverny. — (4.8.3) Raoul Hurault avait été
contrôleur général des finances de François
Ier, et son fils Philippe, dédicataire du premier
ouvrage de Gérard François en 1583, était
garde des sceaux d’Henri III depuis 1578.
(4.8.4) Censier de Longchamp de 1498,
éd. Gineste, n°248 et n°249 (“ung quartier
de vigne assis en Antioche, tenant d’une part à Yvonnet
François” et “ung quartier de vigne assis en Espinant”);
AD91 E. 3930 (1513-1541): “Yvonnet François”. — (4.8.5) Notre-Dame 23 avril 1546: baptême
de “Symonne fille de Jehan Françoys et Katherine
sa femme”. — (4.8.6) Notre-Dame 28
mars 1568: “Nicolle femme de Alexandre Françoys”; Censier
de Longchamp pour 1580 (AD91 E. 3904): “Alexandre François,
sergent royal à Estampes”; Saint-Gilles le 6 juin 1582: “Noelle
Delorme femme de Alexandre Françoys”. — (4.8.7) Notre-Dame 18 mars 1568 à
Notre-Dame, “Bonne fille de honorable homme maistre Pierre Prouvensal
procureur et de Anne Françoys” (l’une des marraines est
“Nicolle femme de Alexandre Françoys”). — (4.8.8) Notre-Dame 1er septembre 1575: “Claude
Françoys bourgeoys marchant à Estampes”.
(4.8.9) Saint-Basile 11 juin 1564: baptême
de “Cancian filz de Augustin Françoys et Alizon
Le Prebtre sa femme”; 2 novembre 1565: parrain “Charles filz
de Augustin Françoys”; 2 août 1569 “Alizon Leprebstre
veufve de deffunct Augustin Françoys”.
(4.8.10) Saint-Basile 23 août 1587:
baptême de “Gabriel filz de Jacques Françoys marchant
mercyer et Simonne” (parrain: “honorable homme maistre Julian du
Bref maistre cirurgian”); Saint-Gilles 1er mars 1597 “sire Jacques
François”; Saint-Basile 16 octobre 1597: “Jacqueline Bourdon
femme de Jaques Françoys marchant mercier demeurant à
Estempes”; Saint-Gilles 29 août 1599, “Jacqueline Bordon femme
de sire Jacques Françoys”; censier du Bourgneuf de 1598-1601
(AD91 E. 3834): “ Jacques François, marchand épicier
(…) Anne François, veuve d’Etienne Charpentier”; Saint-Basile
13 août 1603: “Jacques Françoys”. — (4.8.11) Censier du Bourgneuf pour 1580-1585 (AD91
E. 3834*): “Girard François, docteur en médecine;
Julien Dubref, chirurgien et barbier”; Censier du Bourgneuf de
1598-1601 (AD91 E. 3834): “ Jacques François, marchand
épicier (…) Anne François, veuve d’Etienne Charpentier”.
(4.8.12) Saint-Basile mercredi 1er mai
1602: au baptême de “Robert filz de Pierre Hervé
[rayé: sergent] huissier ordinaire en l’election d’Estempes
(…) et de Simonne Françoys”, les parrains sont “honorables
hommes Robert Françoys maistre barbier et chirurgien
demourant à Paris et Françoys Françoys
demourant au dict Paris”; s’agit-il de fils ou de frères
de Gérard François?
|
Gérard
François dit lui-même avoir composé
à Étampes son premier ouvrage, s’étant
alors réfugié dans sa patrie pour fuir une
peste qui sévissait à Paris; cette peste doit
être, plutôt que celle qui a éclaté
lors de l’été 1580 (13), la peste noire
de 1578, car, ainsi que nous l’avons vu, il est déjà mentionné
comme médecin exerçant à Étampes
le 28 mars de cette année-là (14); c’est alors aussi qu’il
a dû épouser Marie Ducamel, fille de l’avant-dernier
procureur du roi, pupille du dernier procureur, élevée
en même temps que la femme du procureur alors en exercice.
|
(4.8.13)
Voyez par exemple Sylvie Daubresse, Le parlement
de Paris, ou La voix de la raison: (1559-1589), Paris,
Droz, 2005, p. 350, qui nous montre en 1580 presque tous les
parlementaires fuyant Paris. — (4.8.14)
Sur les mentions de Gérard François comme parrain
dans les registres d’Étampes, voyez la note (4.6.4).
|
C’était
un homme cultivé, qui certainement avait fait d’assez
longues études à Paris. Il avait dans sa bibliothèque
au moins une édition latine d’Avicenne prince
des médecins arabes (15), grand in-folio de plus
de mille pages publié à Bâle en 1556,
qui portait un ex-libris manuscrit: Gerard François
Stempanus Senonensis, ce qui signifie “Gérard François
d’Étampes au diocèse de Sens” (16).
|
(4.8.15)
Andreas Alpagus [éd], Avicennae Medicorum
Arabum principis, Liber canonis de Medicinis cordialibus
et cantica, iam olim quidem à Gerardo Carmonensi
ex Arabico sermone in latinum conversa [in-folio, XLII+1104
p.], Basileae (Bâle), J. Hervagius, 1556. — (4.8.16) D’après une page web de
bibliophilie, www.bibliorare.com/cat-vent_nantes15-10-05.htm,
en ligne en 2009.
|
Il a
lui même composé deux ouvrages. Dans le premier,
publié en 1583, in-16 de plus de 200 pages et intitulé
Les trois premiers livres
de la santé, il prend le simple titre de “docteur
en médecine” (17). Ce sont essentiellement
des conseils de diététique en 6000 vers,
dont la suite, annoncée par le titre lui-même,
n’a jamais été publiée. En voici le résumé
donné par l’abbé Goujet en 1752: “Le premier
livre traite des élemens, des humeurs, & de la diversité
des tempéramens: le second livre, de l’air & de
ses qualités, des alimens et de leur usage; le troisiéme
des exercices qu’il faut prendre ou éviter, du sommeil,
du tems, de la saignée, de l’acte vénérien
& de diverses choses qui concernent cet acte; enfin, des passions”
(18).
|
(4.8.17)
Les Trois premiers livres de la santé,
par M. Gérard François, docteur en médecine
[in-16; privilège du 16 juin 1583; pièces
liminaires; 195 p.], Paris, Jehan Richer, 1583. — (4.8.18) Claude-Pierre Goujet,
op. cit., pp. 415-416. Autre résumé
par Violet le Duc: “Le premier livre de la santé contient
de fort bons principes d’hygiène, il donne des conseils
applicables à chaque tempérament. Dans le
second, il reconnaît d’après Hippocrate, l’influence
des lieux, des airs et des eaux. II indique la différente
nature et les qualités des divers aliments. Le troisième
livre traite de la gymnastique, des travaux qu’il faut éviter,
du sommeil, etc.” (op. cit.).
|
On ne peut résister au plaisir de citer ici l’extrait qu’en
a donné Léon Marquis (19):
Sitôt qu’au matin tu seras
descendu
De ton lict, et qu’à Dieu grâces
aura rendu,
Pour t’avoir réservé cette nuit
de dommage,
Lui offriras ton corps et ton âme en
hommage.
………………
Cela fait, aussitôt te faudra-t-il tâcher,
Au lieu le plus secret de ton ventre lâcher;
Et quand tu n’en aurais aucunement envie,
Il faut qu’à tout le moins toi-même
t’y convie;
Il n’est pas que nature, en s’y offrant souvent,
Ne se décharge enfin, ne fût-ce
que de vent.
Le second ouvrage de Gérard François est
un volume in-octavo de 92 pages publié
à Paris par Jamet Mettayer et Pierre Lhuillier en 1595:
La maladie du grand corps de la France,
des causes et première origine de son mal, et des remèdes
pour le recouvrement de sa santé. Après deux
épîtres au roi, l’une en prose, l’autre en vers,
on y trouve une longue description en vers des maux dont souffre alors
la France. L’abbé Goujet, tout en louant la matière
de ce poème, y relève cependant ce travers: “Le Poëte
a rendu au reste son écrit fort désagréable
à lire en le remplissant de termes de Médecine, &
de noms de plantes que la plus grande partie de ses lecteurs n’étoit
pas en état d’entendre”. Violet le Duc va jusqu’à
écrire que son talent poétique est “absolument nul”;
mais il s’agit là d’une appréciation purement subjective,
portée à une époque où le plus grand
reproche qu’on puisse faire à un poète est celui que
lui fait Violet le Duc, à savoir d’être “bien terre à
terre”.
On
relèvera surtout que l’auteur s’attribue la qualité
de “médecin de Sa Majesté”. Les registres
de baptême d’Étampes ne lui donne qu’une seule
fois un titre du même genre, lorsqu’il se porte parrain
le 1er mars 1597 à Saint-Basile: “maistre Girard François
medecin du roy” (20). Il prendra aussi la qualité de “noble homme”
en 1598 et 1599 (21).
Les
ouvrages de Gérard François ne paraissent
pas avoir rencontré un grand écho. La réputation
de ce médecin, au reste, ne devait pas dépasser
Étampes (22).
A
mon sens, contrairement à ce qu’ont conjecturé
un peu légèrement tous les auteurs qui ont
parlé de lui, le titre de médecin du roi qu’il
s’attribue seulement à deux reprises, en 1595 et 1597,
ni avant cela, ni après, n’était qu’un titre bailliager,
voire seulement municipal, comme on le voit clairement vers la
même époque à Grenoble
(23), ou à Brive (24). D’autres médecins
municipaux ornent leurs ouvrages de ce titre (25); en 1578,
un charlatan avait même été poursuivi
pour en avoir abusé par la faculté agacée
de ce titre ambigu et sans caractère universitaire, qu’on
se procurait de manière peu claire, apparemment en jouant
de l’influence de ses protecteurs à la cour (26); dans
le cas de Gérard François, ce protecteur
a pu être Philippe Hurault de Cheverny, rappelé aux
affaires en août 1590 par Henri IV qui lui rend alors
la charge de garde des sceaux.
Il
semble que, au moins en théorie, les médecins
du roi étaient localement en charge de veiller à
la santé publique (27); il semble aussi
que cet office comme bien d’autres entraînait le titre
de conseiller du roi. Remarquons d’ailleurs qu’on trouve aussi
à Étampes, d’ailleurs, et cela dès le
1er juin 1566, parrain à Notre-Dame, un certain “maistre
Pierre Verrier cirurgien du roy nostre sire”, mort en 1570 (28).
Voilà
donc quel était le gendre d’Esprit Ducamel; les
très rares auteurs qui paraissent avoir réellement
lu ses ouvrages, à savoir l’abbé Goujet puis
Violet le Duc, y reconnaissent, une sincère piété
catholique, à défaut de véritable poésie,
un solide bon sens, hostile à l’astrologie comme aux
saignées préventives.
|
(4.8.19) Les
rues d’Étampes, 1881, p. 457.
(4.8.20) Saint-Basile 1er mars 1597:
“maistre Girard François medecin du roy”; le même
registre, le 11 octobre 1598, ne l’appelle plus que: “honorable
homme Girard Françoys”. — (4.8.21) Saint-Gilles 14 octobre 1598: “noble
homme maistre Girard Françoys docteur en medecine”;
Saint-Basile lundi 25 janvier 1599: “noble homme maistre Girard
François docteur en medecine”.
(4.8.22) Léon Marquis le prétend
célèbre, mais lui-même intervertit
son nom et son prénom.
Il est possible, dans l’absolu, personnellement
consulté par Henri IV en juin ou novembre 1589 ou
bien ultérieurement; mais rien ne l’indique positivement
et cette supposition est en fait aussi inutile que gratuite.
— (4.8.23) “Les prérogatives,
les honneurs de l’ancien medicus pecuniarius, de
l’ancien médecin municipal sont attribués en partie
au médecin du roi, titre qui implique celui de conseiller
d’Etat; c’est le médecin et conseiller ordinaire du roi.
(…) Dans les provinces, ce titre était donné à
un certain nombre de médecins qui, le cas échéant,
eussent pu soigner le roi, mais qui ne l’avaient peut-être
jamais vu. Ces médecins du roi étaient, sinon les
princes de la science, du moins les princes de la médecine
professionnelle dans leur province. Or, en 1550, Lesdiguières
avait amené avec lui [à Grenoble] un médecin du
nom de Davin, qui ne le quittait jamais. En reconnaissance de ses nombreux
services, il le fit nommer conseiller et médecin du roi
pour avoir l’œil et tenir exactement la main, en ce qui sera
à l’assistance et secours des malades et blessés, moyennant
quoi Davin recevra, sur tous les butins qui se feront sur l’ennemi, tant
par les gens de cheval que de pied, de quelque qualité et condition
qu’ils soyent, ung sol par livre, revenant à cinq pour cent. Ces
honoraires sentent un peu le brigandage de l’époque et le connétable
faisait payer Davin plus militairement que royalement; mais lorsque les
troubles seront finis, les médecins du roi auront des prérogatives
d’une origine plus pacifique” (Arthur Bordier, La médecine à
Grenoble, 1896, p. 26). — (4.8.24) Testament
le 17 août 1573 de “Guillaume Feyssac, docteur médicin du
roy, habitant de Brive” (Inventaire-Sommaire des archives hospitalières
de Corrèze, Tulle, 1911: Hôpital de Brive, série
A, A4, f°150). — (4.8.25) Par exemple:
Discovrs des Admirables Qualitez et Vertus des Eavx Minerales
retrouvvées dans le Terroir de la Ville de Baignolz. Faict par
Noble Esprit Defournier, Conseiller et Médecin du Roy de la Ville
de Valreas, Lyon, Louis Odin. 1636. — (4.8.26)
Roch le Baillif, protégé par le duc de Mercœur,
fut poursuivi devant les tribunaux par la faculté de médecine
de Paris en 1578, mais il en fut protégé par son statut
de médecin du roi, énoncé dans tous ses ouvrages,
et que lui avait sans doute procuré son puissant protecteur.
Didier Kahn (Alchimie et Paracelsisme en France à la fin de la
Renaissance, 1567-1625, Paris, Droz, 2007, pp. 310-311) note que ce
titre était “purement gratuit” car “le nom de Le Baillif n’apparaît
à aucun moment sur les état de la maison du roi”; il renvoie
à Arch. Nat. KK 139, fol. 16v°-17v°, 42v°-43v°
(état de la maison du roi, 1584), et renvoie, sur la possibilité
d’acheter la charge de médecin du roi, tout au moins au XVIIe
siècle, à H. Baudry, Contribution à l’étude
du paracelsisme, 1998, p. 427, n. 26. — (4.8.27)
En 1608 Guillaume de Lérisse dédie sa Méthode
excellent et fort familière pour guarir la peste (Grenoble
Guillaume Verdier) à “Monsieur noble Loys de Villeneuve
conseiller et médecin ordinaire du roy habitant Grenoble”
(La médecine à Grenoble, p.36). Or ce dernier
était surintendant de la santé à Grenoble lorsqu’y
éclata la peste de 1597. A son arrivée en ville
il était qualifié seulement de “docteur médecin”
(ibid. p.32). — (4.8.28) Son
fils posthume est baptisé le 2 octobre 1570: “Jehan filz
de maistre Pierre Leverryer en son vivant chirurgien du roy nostre
sire et de Marie Boyleve”. On notera aussi le 3 juin 1582 à
Notre-Dame une marraine sans doute parisienne: “M. Catherine Debeaumont
veufve de maistre Françoys Brigart luy vivant sieur des Boulenz
(?) conseiller et medecin ordinaire du roy”.
|
4.9. Sur quelques autres Ducamel
|
|
La généalogie exacte et complète de la
famille Ducamel est pour l’instant impossible à
reconstituer, car nous trouvons mentionnés à
Notre-Dame, en même temps que les descendants avérés
de Guillaume et d’Esprit le sont à Saint-Basile, d’autres
Ducamel dont nous ne pouvons préciser l’ascendance, mais
dont nous pouvons supposer avec une grande vraisemblance qu’ils
descendent de François Ducamel frère de Guillaume.
C’est ainsi
que nous trouvons mentionnés dans le registre
des baptêmes de Notre-Dame de 1559 à 1582:
une Hélène Ducamel, fille probable de Jean I,
qui se porte marraine encore jeune fille
en 1559, et y réapparaît en 1570 veuve d’un
certain Léon Morin (1);
une Perrine Ducamel pareillement marraine encore jeune fille le 19 avril 1577; un Esprit Ducamel II enfin, parrain en 1582 (2), ces derniers tous deux enfants probables de Jean
III Ducamel.
Jean Ducamel
III, que nous avons déjà signalé comme
fils de Jean Ducamel II, lui-même fils probable de
François Ducamel frère de Guillaume, est signalé
à Saint-Gilles en 1582 comme contrôleur du domaine
d’Étampes (3).
En 1599 est signalée comme marraine à
Saint-Gilles une Marie Ducamel
qui doit être sa fille, car elle est alors mariée
au nouveau receveur du domaine, Damien Provensal. Elle réapparaît
huit ans plus tard marraine à Saint-Basile, en 1607,
veuve, alors que le parrain est le successeur de son mari,
Jacques de Beauvillier, receveur du domaine; Marie Ducamel, veuve,
est alors remariée à un archer de la garde du corps
du roi. Il s’agit de Charles de Craffort, alias
de Crawford (4); j’ai
de fait retrouvé cet archer mentionné par le registre
de cette garde royale de 1571 à 1575 (5); il avait déjà eu fils
d’une certaine Madeleine Selves, qui n’est pas mentionnée
comme son épouse, baptisé à Saint-Basile en 1589,
avec pour parrain François Chéron, lui-même gendre
du procureur du roi Esprit Hattes (6);
et il s’était déjà porté parrain à
Saint-Pierre en 1604, en compagnie de la fille du procureur du
roi d’alors, Simon Égal, Madeleine.
|
(4.9.1)
Notre-Dame 22 février 1559: “Heleyne Ducamel”;
21 mai 1570: “Helene Ducamel veufve feu Leon Morin”.— (4.9.2) Notre-Dame 22 septembre 1582:
“sire Esprit Ducamel”.
(4.9.3) Saint-Gilles 9 juillet
1582: “Le neufviesme jour des dictz moys et an fut baptizée
Loyse fille de Jehan Moret et de Marye Haste; son parain
honeste personne maistre Jehan du Camel contrerouleur du
domaine d’Estampes, ses mareines Loyse Boutet femme de Jacques
Brechemier et Perrine Haste”.
(4.9.4) Saint-Basile 5 octobre 1606:
“le parrain honorable homme Jacques Beauvillier receveur
du dommaine d’Estampes, les marraines damoiselle Marie Paulmier
[à corriger d’après la signature: Marie Ducamel]
femme de noble homme Charles de Craffort nominatifve, dame
Helaine Petau femme de noble Musnier esleu en l’election du dict
Estampes, tous de ceste paroisse. [signé:] J. Beauvillier
— Helaine Petau — M. du Camel — Guyton [paraphe]”; 25 mars 1607:
“damoiselle Marie Du Camel femme de noble homme Charles de Craffort”.
— (4.9.5) William Forbes-Leith,
The Scots men-at-arms and life-guards in France:
From their formation until their final dissolution, Edinburgh,
William Paterson. Volume second [ouvrage qui par coïncidence
fut illustré par le major Henry Babin de Grandmaison, fils
du propriétaire de la tour de Guinette], pp. 173 (Charles
de Craffort, écuyer, archer du corps en janvier 1571),
177 (1574) et 179 (janvier 1575). Les registres paroissiaux
dÉtampes mentionnent d’autres archers de ce corps. —
(4.9.6) Saint-Basile 16 mars 1589:
“a esté baptizé en l’eglise de ceans ung filz nommé
Charles filz de Charles de Crafor archer de la garde du cor du roy
et seigneur de Lagrange; la mere Magdelaine Selves (ou nom approchant);
les parins François Cheron etc.”
|
On
voit donc bien ici que toutes les familles dont un membre a tenu la
charge de procureur du roi constituent une sorte d’élite de
la caste des officiers étampois, qui pratique volontiers
l’entre-soi. C’est une chose que nous constaterons à
plusieurs reprises en parlant des autres procureurs étampois
du XVIe siècle.
|
|
Maison seigneuriale des dames
de Maubuisson, résidence de Colin puis Guillaume
Ducamel (2009)
|
|
5.
Esprit Hattes, l’ancien receveur
(…1560-1571…)
5.1 Premières
traces de la famille d’Esprit Hattes à Étampes
|
|
Nous avons
déjà parlé du successeur d’Esprit Ducamel,
Esprit Hattes. Le nom de sa famille (1) connaît différentes graphies
(2), dont la plus fréquente à l’époque
d’Esprit Hattes est sans nul doute Hacte, fantaisie
orthographique caractéristique du XVIe siècle (3).
La présence
de la famille Hattes paraît attesté à
Étampes dès avant 1237 où est signalée
en ville la maison d’un certain Girard Hattes
(4); mais comme la prosopographie étampoises
des XIIIe et XIVe siècle reste entièrement
à faire, nous ne pouvons pas pour l’instant déterminer
s’il existe un lien entre ce premier Hattes étampois et
ceux qu’on y retrouvent à partir du milieu du XVe siècle.
Plus sûrement,
on trouve un Jean Hattes censitaires
des dames de Longchamp de 1464 à 1498, décédé
avant 1509 (5); un Oudin Hattes
échevin d’Étampes de 1506 à 1507 (6), ainsi
qu’en 1513 (7), et dont la stèle funéraire se voit
encore en l’église Saint-Gilles (8); un Julien
Hattes enfin mentionné par le censier des Harangeries
en 1511 (9).
Mention de Julien Hattes ( Julian
Hacte) en 1512 (Censier des Harengeries)
|
(5.1.1)
Il s’agit en fait d’un nom de personne germanique qui
a connu à date ancienne deux formes, celle du cas
sujet, Hattes, et celle du cas régime,
Hatton, sur le même modèle
que Gilles et Gillon,
Hue (Hugues) et Huon,
Yves et Yvon, Guy et
Guyon, etc., et qui par suite a donné deux
patronymes dont seul le premier est attesté à Étampes
à l’époque qui nous occupe. — (5.1.2) Hacte, Hactes, Halte, Haste, Hastes,
Hate, Hates, Hatte, Hattes; latin Hato, génitif Hatonis.
— (5.1.3)
On se souviendra
en effet qu’à cette époque on écrit régulièrement
mectre et lectre pour mettre et lettre,
latin mittere et littera, ces lettres
C n’ayant jamais été prononcées.
(5.1.4) La charte de
création de la paroisse de Saint-Basile donne entre
autres pour point de repère la “maison du défunt
Girard Hattes” (usque ad domum deffuncti Girardi Hatonis).
(5.1.5)
Longchamp 1464 (AD 91 E. 3894):
“Jean Haste le jeune”; 1465 (E. 3894): “Jean Hacte le jeune”;
1477-1478 (E. 3895) “Jean Hacte”; 1482 (E. 3896): “Jean Hacte”;
1498, f°6v° (édition Gineste): “Jehan Hacte,
pour une piece de vigne contenant troys quartiers ou environ,
assis ou chantier de Barbion, tenant d’une part à messire
Loys George, d’autre part aux hoirs de feux Loys Duisy, aboutissant
à Jehan Damours et d’autre bout à luy mesmes. Pour ce:
IIII deniers obole tournois”; 1509 (E. 3897): “hoirs de Jehan Hacte”.
— (5.1.6)
Rapsodie de Pierre Plisson éditée
par Forteau, Annales du Gâtinais
1909, p. 25. — (5.1.7)
Au témoignage du moins de Maxime de Montrond qui dit
l’avoir trouvé mentionné cette année-là
comme échevin, Essais historiques sur
la ville d’Etampes, Étampes, Fortin, 1836-1837, tome
2, p. 232, d’après ce qu’il a pu trouver, de son temps “dans
les registres de l’Hôtel de Ville”. — (5.1.8) Léon Marquis,
Les rues d’Étampes, 1881, p. 244,
a lu par erreur “Oudry”, la stèle étant très
abîmée: “Ci gisent / les corps de très honorables
p(ers)onnes / Oud[in] Hacte en son vivant marchant bourgeois
d’Estampes / qui trespassa le … / personne … sa femme, qui trespassa
le … j(ou)r / de décembre l’an mil VC… / Priez Dieu pour
leurs âmes.”. — (5.1.9)
Archives Municipales d’Étampes AM AA1, f°14r°
(n°76), édition Gineste 2010: “Jehan Hacte ou nom
et comme procureur de Nicolas Amelot pour la moictié d’un
jardin et pré qui fut feu maistre Jehan Guy, tenant d’une
part à Jehan Guy bonnetier et d’autre part à maistre
Jehan de Villecte, aboutissant d’un bout à la Filliere,
d’autre bout aux Murs Neufz. — XII d. p. — Fait ès presences
de Jehan Guillotin et Jehan Massue les an et jour dessus dictz [mercredi
IXe jour de mars mil Vc et XII ]”.
|
5.2 Sur
les frères ou cousins d’Esprit Hattes
|
|
Cette
famille paraît avoir au XVIe siècle constituée
deux branches bien distinctes, de sorte que, de tous les
Hattes qui paraissent à Étampes de la même
génération qu’Esprit Hattes, certains n’étaient
peut-être que des cousins éloignés. J’en
ai trouvé cinq: François, Louis, Gérault, Pierre
I et Marguerite.
François
Hattes qui est mentionné comme censitaire de
Longchamp chaque année de 1532 à 1541, à
la même époque qu’Esprit, qui l’est de 1535 à
1538; mais le scribe prend soin généralement
de les distinguer par des graphies artificiellement différentes:
Haste pour l’un, et Hacte pour l’autre
(1). Au reste Esprit y est censitaire seulement “à cause
de sa femme”, de sorte que les biens en question ne viennent pas de
ses ascendants. François ne paraît donc qu’un lointain
cousin d’Esprit Hattes. François Hattes appartient sans doute
à une branche lointaine de la famille restée proche
de la terre, et c’est sans doute de lui que descend à la génération
suivante un Nicolas Hattes vigneron à son tour
censitaire de Longchamp, dont le nom est aussi régulièrement
et intentionnellement orthographié Haste
(2).
Louis
Hattes est procureur du chapitre de Sainte-Croix en
1537 et 1538 lors d’une procédure d’adjudication
à Étampes dont tout le dossier nous a été
conservé (3). Nous
le trouvons encore, le 21 septembre 1556, lors de la rédaction
de la Coutume d’Étampes, procureur de plusieurs membres
des trois états, comme d’ailleurs tous ses confrères
en cette occasion; il est toujours procureur du chapitre de Sainte-Croix,
mais aussi du prevôt d’Auvers; de quatre curés, ceux de Saint-Georges d’Auvers, de
Buno, de Gironville et de Duyson; de Louis d’Arbouville, seigneur
de Buno; et enfin des manants de quatre villages différents:
Boigneville, Prunay, Buno et Gironville (4).
Jérôme Hattes
I (alias Hiérosme,
alias Hérosme, alias Gérault,
Girault, Girault)
est cité de 1536 à 1576 et mort avant 1579.
Il fut échevin en 1536 et à nouveau en 1556. Il
eut de sa femme Perrine au moins deux enfants: Jérôme
II et Perrine, et peut-être une Marie (5). Son fils
Jérôme-Gerault II épousa
avant 1583 Barbe Aupe, dont il eut au moins deux enfants, François
en 1583 et Barbe en 1586 (6). Sa
fille Perrine est signalée comme marraine
de 1579 à 1582 (7), notamment
à Saint-Gilles en juillet 1582, d’une fille de Jean
Moret et de Marie Hattes I; cette dernière étant
vraisemblablement sa sœur, est déjà cité
comme marraine à Saint-Basile en 1567, puis en 1570 en
même temps qu’Esprit Hattes est parrain (8).
Il n’est pas impossible
que ce Jérôme Hacte I ait été
le frère d’Esprit Hattes; mais nous n’en avons aucune
sorte de preuve pour l’instant.
Pierre Hattes I, cité de 1546
et peut-être encore en 1567, était mariée
à une certaine Charlotte, dont il eut une fille Guillemette
baptisée en 1546 (9). Nous
retrouverons sa fille Charlotte Hattes veuve du vigneron Claude
Belloy entre 1580 et 1604 (10).
Marguerite Hattes, citée de 1546
à 1579, mariée après 1549 à Cantien
Sainsard, dont elle est veuve dès avant 1567
(11).
A la génération
suivante sont signalés deux à trois autres
Hattes qui paraissent être de ses neveux et nièces,
sans qu’on puisse préciser même leur nombre exact.
En effet, d’une part les registres paroissiaux ne sont pas toujours
très bavards; d’autre part plusieurs personnages d’une même
famille porte souvent à l’époque le même
prénom, parfois même entre frère et sœurs; enfin
les veuvages et les remariages sont si fréquents et parfois
si rapides qu’on ne peut jamais exclure une identification de deux
personnages signalés avec un conjoint différent. La
situation ne pourra être éclaircie qu’avec des données
complémentaires découvertes à l’avenir spécialement
dans les études notariales actuellement inaccessibles.
Y a-t-il eu une ou deux Louise Hattes, outre la Louise Hattes fille d’Esprit Hattes dont nous
parlerons plus bas? En 1563 est signalée à Notre-Dame une Louise
Hattes épouse de Jean Hue qui lui donne un fils Jean
Hue II (12). De 1567
à 1572 est signalée quatre fois à Saint-Basile
une Louise Hattes mariée à Michel Moinet, greffier
au bailliage d’Étampes, à qui elle donne deux
enfants, avec à chaque fois avec pour marraine sa probable
cousine Louise Hattes fille d’Esprit Hattes (14). Certains
indices tendent à montrer que cette dernière
était une fille de Jérôme Hattes I, lui même
vraisemblablement frère d’Esprit Hattes. Et, par ailleurs
il n’est pas impossible que Jean Hue ait été
son premier mari décédé entre 1563 et 1567.
Par ailleurs en plusieurs
cas il est impossible de savoir de laquelle de ces
Louise Hattes veulent parler nos registres qui ne mentionnent
alors ni le père ni le mari de l’intéressée
(15).
Enfin nous
trouvons deux fois à Saint-Basile en 1572 un certain
Jacques Hattes bourgeois et marchand d’Étampes
marié à une certaine Marguerite Paris, qui se porte parrain le
16 mars du fils de Pierre Hattes, lui-même fils d’Esprit Hattes (15).
Voilà
donc quelques membres de cette foisonnante famille, dont
je n’ai pu élucider pour l’instant la généalogie:
une étude plus systématique des registres,
et surtout des études notariales le permettra sans doute
à l’avenir. |
(5.2.1)
AD91 E. 3899. — (5.2.2) AD91 E. 3901 (1571-1576): “Nicollas
Haste”; E. 3904 (1580): “Nicolas Haste vigneron”; E. 3905
(1592): “Nicolas Haste”.
(5.2.3) Archives
Municipales d’Étampes, AA254 (édition Gineste,
2010), f°19r°, 24r°, 27r°: “Loys Hacte”.
— (5.2.4)
Coustumes des
bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean
Dallier, 1557, f°31v°: “Reverand Pere en Dieu Messire
Loys Guillard Evesque de Chalons Seigneur Prevost d’Anvers [sic,
pour: Auvers], en l’Eglise de Chartres, par maistre Loys Hacte
son Procureur assisté de Maistre Barthelemy Marcial advocat
au dit Estampes son Conseil”; f°32v°: “Les Doyen, Chantre,
& Chapitre de l’Eglise sainte Croix dudict Estampes, par Maistres
Pierre Desmons Doyen, Pierre Loreau Chantre, Ioseph Guichart, &
Iehan Paris Chanoines d’icelle Eglise assistez de L. Hucte [sic]
leur Procureur, & maistre Iehan de Lorme leur Advocat & conseil”;
f°33v°-34v° “Aussi les curez qui s’ensuyvent: (…) De
saint Georges d’Auvers, par Q. [sic] Hacte. (… ) Dudit Buno, par L.
Hacte son Procureur. De Gironville par ledit Hacte. De Duyson par ledit
Hacte son Procureur (…) ”; f°35v°: “Messire Loys d’Arbouville
Chevalier, seigneur de Buno, Boingueville, Moignanville, Prunay, &
Guesteville, par ledit Hacte”; f°40r°/v°: “Les manans
& habitans des villes (…) de Boingneville par L. Hacte, & Guillot
leurs Procureurs, De la paroisse de Pounay [Prunay] souz Buno par ledit
Hacte, dudit Buno par ledit Hacte. De Gironville par ledit Hacte (…).
(5.2.5)
1) Maxime de Montrond, Essais historiques sur la ville
d’Etampes, Étampes, Fortin, 1836-1837, tome
2, p. 232 donne une liste d’édiles d’après
ce qu’il a pu trouver, de son temps “dans les registres de
l’Hôtel de Ville” et notamment ceci “1536. Simon Audren,
maire. Jean Allard, Ant. Paris, Gilles Paulmier, Girault
Hacte, échevins”; 2) Notre-Dame 5 mai 1546: “Perrine
femme Hierosme Hacte”; 3) Coustumes d’Étampes
(22 septembre 1556): “Girault Hacte” cité parmi les échevins;
4) Saint Basile 2 août 1567: “le parain Hierosme Hacte”;
5) Censier de Longchamp pour 1571-1576 (AD91 E. 3901): “Herosme
Hacte”; 6) Censier de Longchamp pour 1571-1576 (AD91 E. 3904): “Hiérosme
Hacte”; 7) Notre-Dame 14 avril 1579: marraine “Perrine fille du
deffunct Jerault Hatte”.
(5.2.6)
Saint-Gilles 21 septembre 1583: “Hierosme Hacte”; 12 novembre
1583: “fut baptizé Françoys filsz de Jerosme
Hacte et de Barbe Aupe; 17 mars 1584: “Jherosme Haste”; Saint-Gilles
”; 28 avril 1586: “fut baptisée Barbe fille de Jherosme
Hacte et de Barbe Upe; ses parrain et marraines Jherosme Sainsart
et Loyse Hacte et Perrine Brechemier” — (5.2.7) Notre-Dame 14 avril 1579:
“Perrine fille du deffunct Jerault Hatte”; 3 mars 1582: “Perrine
Hacte”. — (5.2.8)
Saint Basile 13 août 1567: “Marye Hacte”; 20 septembre
1570: “Marie Hacte” (le parrain est alors Esprit Hattes); Saint-Gilles
9 juillet 1582: “fut baptizée Loyse fille de Jehan Moret et
de Marye Haste; son parain honeste personne maistre Jehan du Camel contrerouleur
du domaine d’Estampes, ses mareines Loyse Boutet femme de Jacques
Brechemier et Perrine Haste”.
(5.2.9) Notre Dame 31 octobre
1546: “fut baptisée Guillemette fille de Pierre Hacte
et de Charlotte sa femme”; Saint Basile 20 septembre 1568: “Pierre
Hacte”; à moins qu’il ne s’agisse alors du Pierre fils d’Esprit.
— (5.2.10)
Censier du fief des Longs (entre 1580 et 1606): “Guillemette
Haste veuve de Claude Belloy vigneron” (AD91 E. 3935).
(5.2.11) Notre Dame 19 février
1546: “Marguerite Hacte”; 2 septembre 1546: “Marguerite Hacte”;
Notre Dame 7 juillet 1549: “Margueritte Hacte”; Saint Basile
12 mars 1569: “Margueritte Hatte vefve de Cancian Sainxard”; 12
mars 1569: “Margueritte Hatte vefve de Cancian Sainxard” (le parrain
étant “maistre Pierre Hatte advocat”); Notre Dame 3 octobre
1579: “Marguerite Hatte vefve du deffunct Cancian Sinxart”.
(5.2.12) Notre-Dame
18 juillet 1563: “fut baptisé Jehan filz de Jehan
Hue et de sa femme Loyse Hacte”. —
(5.2.13) Saint Basile 2 août
1567: “a esté baptisée Loise fille de Michel
Moynet et de Loyse Hacte sa femme; les maraines Loyse Bonté
et Loyse Hacte, le parain Hierosme Hacte”; 25 sept 1567: “Loyse
Hacte femme de maistre Michel Moynet”; 18 août 1568: “Loyse
Hacte femme de maistre Michel Moynet greffier au dict bailliage”;
5 mars 1572: “fut baptisé Claude fille de honorable homme
maistre Michel Moinet procureur à Estampes et de Loyse Hacte;
le parrain honorable homme maistre Claude Prevost advocat du
roy à Estampes, les marraines Jehanne Hacte femme de Françoys
Cheron et Noelle Fanier femme de Macé Moynet”. — (5.2.14) Saint Basile 23 janvier 1570:
“Loyse Hatte” (bis); Saint-Gilles 11 septembre 1585: “Loyse Hacte”;
Saint Basile 28 novembre 1588: “honeste femme Loyse Hacte”.
(5.2.15) Saint Basile
16 mars 1572: “Jacques Hactes marchant et bourgeoys d’Estampes”;
8 mai 1572: “Margueritte Paris femme de Jacques Hactes”.
|
5.3 Premières
mentions d’Esprit Hattes
|
|
De 1535
à 1538, Esprit Hacte est d’abord
cité comme simple censitaire des dames de Longchamp, “à
cause de sa femme” (1). Nous avons aussi conservé de cette époque
une sentence de la prévôté d’Étampes
du 4 janvier 1537 “par laquelle Esprit Hatte et Charles Guettard sont
condamnés à se désister au profit de l’hôpital
Saint-Antoine de la jouissance d’un arpent et demi de pré
situé derrière le clos Saint-Lazare” (2).
En 1540, Esprit
Hattes était déjà au nombre des vassaux
du roi à Étampes, d’après une déclaration
autrefois conservée à Orléans et aujourd’hui
détruite (3).
Il détenait donc également des biens relevant
du domaine royal, soit en fief, ou en arrière-fief.
Sa première
épouse, à laquelle il est fait allusion dès
1535, s’appelait Louise et nous avons sujet de supposer que
c’était une fille de Guillaume Ducamel. Elle est encore
mentionnée comme marraine quatre fois de 1548
à 1551 (4).
Elle donna à son mari au moins deux filles, Louise (5) et Jeanne
(6). Elle est morte sans doute peu après
1551, et en tout cas plusieurs années avant que ne
commence ce qui nous reste du registre de Saint-Basile, en 1563.
Nous avons plusieurs indices de ce que cette Louise était
une Ducamel, et de ce qu’elle est morte avant 1554 (7).
De 1547
à 1552 nous voyons Esprit Hattes se porter parrain
au moins deux fois à Notre-Dame sans autre titre que celui
de “maître Esperit Hacte”, et sans que soient mentionnées
malheureusement ses fonctions d’alors, ce qui est fréquent
au début du registre, assez laconique. (8).
|
(5.3.1)
AD91 E 3899, f°40v°
(1535); f°49r° (1536); f°54v° (1537); f°62v°
(1538).
(5.3.2) AD91
D. 2 (copie dans un registre), résumé de l’Inventaire-Sommaire
de la série D, p. 3a.
(5.3.3) D’après
un registre autrefois conservé à Orléans,
AD45 A. 1175 (F. Maupré et Jules Doinel, Inventaire-Sommaire
des archives départementales antérieures à
1790. Loiret. Archives civiles. Série A. Nos 1 à
1799. Tome premier, Paris, Paul Dupont, 1878, p. 267a).
(5.3.4) Notre-Dame
23 mars 1548: “Loyse femme de Esprit Hacte”; 29 juillet 1548:
“Loyse femme de maistre Esprit Hacte”; 12 novembre 1549: “Loyse
Hacte fille de Esprit Hacte”; 26 juillet 1551: “Loyse femme de
maistre Esprit Hacte et Marie femme de maistre Esperit Ducamel procureur
du roy à Estampes”. — (5.3.5)
Mentionnée
comme marraine à partir de 1549 et mariée peu avant
1564. — (5.3.6)
Mentionnée comme marraine
à partir de 1552 et mariée peu avant 1569.
(5.3.7) Voici
ces indices: 1) Esprit Hattes détient le n°4 de
la rue Sainte-Croix tandis que le n°6 est tenu par maître
Girard François gendre d’Esprit Ducamel; 2) Esprit Hattes
est cité comme censitaire de Longchamp “à cause
de sa femme” toujours juste avant ou juste après Esprit
Ducamel; 3) il l’est pour finir comme tuteur des enfants du défunt
Esprit Ducamel; 4) il lui succède comme procureur du roi
(comme son propre gendre Pierre Legendre lui succèdera, et
comme Guillaume Cormereau avait succédé à son
beau-père Pierre de Gilles).
(5.3.8) Notre-Dame 3 septembre
1547: “maistre Esperit Hacte”; 15 septembre 1552: “maistre Jehan
[à corriger en: Esprit] Hacte”.
|
5.4 Esprit
Hattes receveur du domaine
|
|
Avant d’être
procureur du roi, Esprit Hattes est signalé comme receveur
du domaine du roi. Cette remarque est importante, car nous verrons
que son propre gendre, d’abord simple avocat, passe receveur
du domaine lorsque lui-même accède au titre de procureur
du roi, et qu’il lui succèdera également en temps
que procureur du roi après son décès.
Le 1er
décembre 1549 (1), Esprit Hattes est cité
comme receveur du domaine d’Étampes pour le comte de
Jean de Brosse, époux d’Anne de Pisseleu, et alors
duc d’Étampes (2). Le duc cède
“à Esprit Hatte, receveur, tous les profits de fiefs
échus, au prix de 500 écus d’or; mais si les sommes
à lever excédaient mille écus, Esprit Hatte
devait en payer la moitié à Jean de Brosse” (3). Après avoir
donné ce précieux résumé de cette pièce
aujourd’hui disparue, Dupieux remarque: “On voit par les chiffres
que les droits de rachat, de quint et de requint étaient lucratifs”
(4).
Un des indices les plus nets du caractère
lucratif de cette charge est aujourd’hui encore sous les yeux
de tous le monde: c’est l’hôtel particulier que se fit
bâtir en 1554 Esprit Hattes, et dont nous
allons parler ci-après.
Le 22 septembre
1556 nous trouvons cité, parmi les “officiers
du roy” qui participent à la rédaction de la
Coutume d’Étampes, “maistre Esprit Hacte, receveur du dommaine
dudit seigneur” (5). Il est alors cité
juste après Esprit Ducamel, procureur du roi.
|
(5.4.1)
Et non 1543 comme Dupieux le porte par erreur, Institutions,
p. 87; cf. Inventaire-Sommaire, p. 268b et Dupieux
lui-même, Institutions, p. 200.
— (5.4.2)
Comte d’Étampes à
partir du 23 juin 1534, duc d’Étampes à partir
de janvier 1537, jusqu’en 1553 où le duché passe
à Diane de Poitiers, avant de faire retour en avril 1562
à Jean de Brosse (dit aussi de Bretagne ou de Pentièvre)
jusqu’à sa mort survenue au début de 1565.
— (5.4.3)
Selon un document
autrefois conservé à Orléans, AD45 A.
1183, cité, résumé Dupieux,
Institutions, p. 87, note 2 et p. 200, note
5. Dupieux précise que l’Inventaire-Sommaire des Archives
du Loiret, tome 1, p. p. 268b, commet une erreur en précisant
que le prix de la ferme était de 1500 écus.
Voici le texte de l’Inventaire-Sommaire de 1878, p.
268b: “Cession par Jean De Bretagne, duc d’Étampes, à
Esprit Hatte, receveur du domaine d’Étampes, de tous les
profits échus, au pri de 1,500 écus d’or (1549);
— obligation subie par Esprit Hatte, au profit de Jean De Bretagne,
de lui payer moitié des sommes qu’il recouvrerait desdits
profits, dans le cas où ces sommes excderaient 1,000 écus”.
— (5.4.4)
Je comprends moins sa remarque
selon laquelle, par cette disposition, “le duc d’Étampes
voulait se prémunir contre l’avidité de son receveur”.
(5.4.5) Coustumes
des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean
Dallier, 1557, p. 39.
|
5.5 L’Hôtel
particulier d’Esprit Hattes
|
|
On peut se
demander où logeait Esprit Hacte pendant la période.
Était-ce déjà dans l’aile du Palais
du Séjour opposée à celle de la prison,
comme ce sera clairement le cas des receveurs du domaine à
l’époque de Fleureau (1)? C’est peu probable, car il habite clairement
au n°4 de la rue Sainte-Croix à partir de 1554.
En 1554 en effet fut bâti un hôtel
particulier qui se trouve actuellement au numéro 4
de la rue sainte-Croix. Son ornementation caractéristique
de la renaissance bellifontaine confirme la date de 1554 qui est
portée nettement et sans doute possible sur sa façade
intérieure dans une partie non restaurée. Déjà
en 1999, Monique Chatenet avait émis l’hypothèse que
la construction en était due à quelque membre de la
famille Hattes, soit Esprit Hattes, receveur en 1556, soit Girault
Hattes, échevin à la même date, ou Louis Hattes,
honorable bourgeois signalé la même année.
En effet elle avait trouvé trace dans le censier de Notre-Dame
d’Étampes que cet hôtel particulier était tenu
en 1599 par une certaine “Jeanne Hacte, veufve de François Cheron, demourant
à Estampes”, en ajoutant cette réserve: “On n’a identifié ni François
Cheron, ni Jeanne Hacte” (2).
J’ai démontré
en 2009 que le commanditaire de cet hôtel particulier
était Esprit Hattes, d’une part en démontrant
que Jeanne Hattes était sa fille, et d’autre part en attirant
l’attention sur une sculpture insolite et jusqu’alors inexpliquée
de la façade intérieure de ce bâtiment. En
effet la porte monumentale intérieure de cet hôtel bourgeois
est décorée d’une scène de Pentecôte
nettement centrée sur le Saint-Esprit et la Vierge Marie.
Il s’agit très évidemment d’une sculpture à clef
évoquant les prénoms d’Esprit Hattes et de sa seconde
épouse Marie Paulmier (3).
Cet hôtel
passera ensuite à leur fille Jeanne Hattes et à
son gendre le marchant François Chéron; puis,
en l’absence d’héritier de ce couple, au début
du XVIIe siècle, à un descendant de la deuxième
fille d’Esprit, Louise Hattes (4).
Les visages de la Vierge et des douze
apôtres, dans la scène de Pentecôte que nous venons
d’évoquer, ont été consciencieusement martelé,
avec un fanatisme méthodique typiquement huguenot. Il faut
remarquer que les registres de baptême conservés Saint-Basile ne commencent qu’après
leur premier passage en 1562. Cette église est sans doute du
nombre de celles qui leur servit d’étables. On en peut excure
cependant que ces dégradations prirent place seulement lors
de leurs séjours suivants, soit en 1567 ou en 1568. C’était
en tout cas du vivant de leur commanditaire que furent mises dans l’état
où elles sont aujourd’hui ces scupltures que Henri Stein a proposé
d’attribuer à Jean Goujon.
|
(5.5.1)
Antiquitez de la ville et du duché
d’Estampes, Paris, Coignard, 1683 (ouvrage rédigé
en fait vers 1668), p. 26 “Le surplus des bâtimens d’un
côté sert à la geole ou prison, & de
l’autre côté à loger le Receveur du Domaine,
qui joüit aussi des Jardins, qui sont de grande étenduë”.
On pourrait supposer que cette disposition est très ancienne,
et peut-être même antérieure à la transformation
du palais en auditoire, ceci pour garder en lieu sûr
la recette des revenus du domaine; mais nous n’en avons pas d’indice
positif avant l’époque de Fleureau.
(5.5.2) Censier de Notre-Dame
pour 1599 (extrait édité par par Monique Chatenet,
Étampes, un canton entre Beauce et Hurepoix,
Paris, Éditions du Patrimoine, 1999, pp. 148-149).
(5.5.3) On notera que par coïncidence l’épouse
du prédécesseur d’Esprit Hattes, Esprit Ducamel,
s’appelait aussi Marie; de sorte qu’on ne peut pas exclure
a priori une hypothèse plus complexe, dont j’ai fait état
dans ma conférence du 21 novembre 2009. Dans le cadre de
cette seconde hypothèse, l’hôtel aurait été
bâti par Ducamel et serait ensuite tombé entre les
mains de Hattes par le biais de sa première épouse
Louise, qui aurait été une Ducamel. On notera deux faits
en ce sens: l’hôtel voisin du numéro 6 était tenu
en 1599 par Gérard François, époux de Marie Ducamel,
fille d’Esprit Ducamel; d’autre
part, c’est aux seuls enfants de Louise, et non à ceux de
Marie Paulmier, que passera cette maison (d’abord à Jeanne
Hattes, puis au fils de Louise Hattes, Sébastien Legendre). De fait nous ignorons pour l’instant la date de la mort
de la première épouse d’Esprit Hattes, Louise, survenue avant
le commencement du registre paroissial de Saint-Basile. Louise est mentionnée
de 1535 à 1551. Marie Paulmier, seconde épouse d’Esprit Hattes,
est mentionnée de 1566 à 1591, le registre de Saint-Basile
ne commençant précisément qu’en 1566. Seulement il
faut observer d’une part qu’Esprit Ducamel jouissait déjà
de trois hôtels particuliers aux numéros 8, 10 et 10 rue
Louis Moreau; d’autre part, si Louise a bien été une
Ducamel (ce qui reste une pure hypothèse), elle a été
dans ce cas une fille de Guillaume, et non de son fils Esprit. On voit
mal donc comment elle aurait pu ainsi hériter de son frère,
au détriment de ses neveux et nièces. Le
plus vraisemblable donc, et de très loin, reste qu’Esprit
Ducamel, devenu veuf en 1552 ou 1553, s’est très vite remarié,
selon l’usage, à Marie Paulmier, en 1553 ou 1554, et qu’il
a fait édifier cet hôtel, peut-être sur une parcelle
qui lui venait de sa première épouse, tandis que la
parcelle attenante était échue à Esprit Ducamel,
et de celui-ci à sa fille Marie, épouse de Gérard
François.
(4) Il appartient au début du XVIIe
siècle aux héritiers mineurs de Sébastien
Legendre III, fils de Sébastien Legendre II, fils de Pierre
Legendre et de Louise Hattes.
|
5.6 Esprit Hattes l’un
des deux procureurs du roi (1559/1560-1564)
|
|
Dupieux ne mentionne Esprit
Hattes qu’en temps que receveur du domaine du roi à
Étampes. Il était pourtant signalé en
1560 comme “procureur du roi” par la Rapsodie de Nicolas Plisson,
qui avait eu l’occasion de consulter des archives conservées
à Étampes et aujourd’hui disparues (1); mais Dupieux, visiblement,
n’a pas cru devoir sans doute s’appuyer sur cette source indirecte
en l’absence d’autres sources confirmant cette donnée,
vu surtout qu’il a trouvé Ducamel mentionné comme
encore en activité le 29 janvier 1564, dans un document
lui aussi depuis disparu (2).
|
(5.6.1)
Rapsodie de Pierre Plisson éditée
par Forteau (Annales du Gâtinais 1909, p.
248): “Esprit Hatte”. — (5.6.2)
AD45 A. 1220, liasse 1re, pièce 1re, cité
par Dupieux, Institutions, p. 85,
note 6.
|
Or, le 4 janvier 1560,
se porte bien parrain à Notre-Dame d’Étampes
“Pierre filz de maistre Esprit Hacte procureur du roy à
Estampes”, alors que comme nous l’avons déjà vu,
Esprit Ducamel n’est mentionné comme défunt qu’à
partir du 3 octobre 1564.
En 1562
sont signalés côte à côte et
sans mention de titre comme censitaires des dames de Longchamp:
“Maistre Esprit Ducamel. — Maistre Esprit Hacte” (3). Comme nous l’avons
déjà signalé, le montant du cens dû
par l’un comme par l’autre n’est pas mentionné, ce qui tend
à indiquer qu’il en étaient probablement exempts,
par un de ces droits coutumiers sur lesquels nous sommes mal renseignés,
mais qui, cumulés, devaient constituer des sources de revenu
conséquents pour les détenteurs de cette charge.
L’année suivante 1563 le même
registre n’accorde curieusement son titre qu’à Esprit Hattes:
“Maistre Esprit Ducamel. — Maistre Esprit Hacte procureur du roy”
(4). Et le
10 mars 1563 se porte encore marraine
à Saint-Basile “Marie Paulmier femme de honorable homme maistre
Esperit Hacte procureur du roy au dict lieu”.
|
(5.6.3) AD91 E. 3900, f°18r°.
(5.6.4) AD91 E. 3900, f°37v°.
|
Que se passe-t-il? Nous avons
vu en effet que les registres de baptême pour leur part
continuent à qualifier Esprit Ducamel de “procureur
du roy”, et qu’il n’est mort que peu avant le 3 octobre 1564. Il y
a donc bien eu deux procureurs du roi en titre à Étampes
entre 1559 ou 1560 et 1564.
On pourrait
supposer évidemment que, pendant un temps, tout simplement,
l’autorité royale considéra comme nécessaire
la coexistence de deux procureurs du roi à Étampes.
Dupont-Ferrier a montré que c’était le cas de
certains bailliages (5), et qu’on en avait parfois davantage ailleurs; mais ils siégeaient
alors à chaque fois en des villes différentes du
bailliage (6), et l’on voit mal où cela aurait pu être
dans le cas d’Étampes; surtout, la cas ne se reproduira
plus jamais à ma connaissance.
|
(5.6.5)
Les officiers royaux, 1902, pp. 146.
Il cite en ce sens les bailliages de Chartres, Chaumont, Cotentin,
Mantes, Orléans, Melun et Gisors.— (5.6.6) Comme on s’en convainc
en lisant attentivement les notes de Dupont-Ferrier, bien
qu’il ne le fasse pas remarquer explicitement lui-même,
ibid., pp. 146-147.
|
| Un autre solution serait
de supposer qu’Esprit Hattes ne fut au départ qu’un
simple substitut du procureur du roi, comme il en existait de façon
stable dans plusieurs autres bailliages, généralement
seul à y exercer cette charge; car, à ce que note
Dupont-Ferrier, “il est impossible de distinguer toujours entre
ces deux appellations, la vanité encourageant d’habitude
l’usurpation du titre” (7). Cependant là aussi, il resterait à expliquer
pour quoi cette charge usuellement stable, n’a pas d’autre titulaire
connu dans la suite à Étampes, du moins à ma
connaissance. |
(5.6.7)
Op. cit., pp. 156-158.
|
| Il est donc plus vraisemblable
donc qu’à partir de 1559 ou 1560 Esprit Ducamel, pour
une raison indéterminée, par exemple d’ordre
médical, a été empêché d’exercer
ses fonctions de procureur du roi, et que son successeur a été
nommé de son vivant, de telle manière qu’il a continué
à en porter le titre sans vraisemblablement en assumer
réellement les fonctions.
|
|
Fin
juillet 1563, alors que la peste s’est abattue sur la
ville, le procureur du roi intervient en faveur de l’intérêt
public et des administrateurs de l’Hôtel-Dieu, contre les chanoines
qui voulaient interdire à leur lavandières de passer par le
cloître Notre-Dame pour aller laver le linge des malades: “Par sentence rendue au bailliage d’Etampes le dernier juillet
[p.115] 1563 — en temps de peste — entre le Procureur du Roy, les administrateurs
de l’Hostel-Dieu et quelques particuliers habitans, les administrateurs
de l’Hostel-Dieu sont maintenus et gardés en la possession et jouissance
dudit lavoir ; il est enjoint auxdits particuliers de faire ôter incontinent
et sans délai les pierres et autres empêchemens faits audit
lavoir pour que les administrateurs et leurs gens puissent y aller touttefois
et quantes que bon leur semblera pour y laver les linges de l’Hostel-Dieu,
sous peine d’amende arbitraire ; et sans avoir égard à l’intervention
des Sieurs du Chapitre de Notre-Dame et autres particuliers, est ordonné
que les serviteurs et servantes dudit Hoste-Dieu laveront leurs linges et
drappeaux de tous les malades indifféremment, même des pestiférés
étant audit Hostel-Dieu (1) à son lavoir comme le plus commode
et le moins dommageable qui se puisse trouver selon l’avis des habitants
de la ville, pour ce fait deux fois assemblés, avec défense
aux chanoines d Notre-Dame et particuliers habitant et de tous autres généralement
de troubler et empêcher lesd. serviteurs et servantes en la possession
et jouissance du lavoir, à peine de chacun 100 livresparisis d’amende
et par prison, nonobstant opposition ou appel, laquelle amende est, dès
à présent déclarée encourue, pour cet effet
les laisser et souffrir passer par le cloître Notre-Dame, comme étant
le chemin le plus commode, plus sûr et moins dommageable. Défenses
auxdits serviteurs et servantes et conducteurs des corps morts d’aller
par la ville sans porter une grande verge blanche, de même quand
ils porteront les drappeaux laver à leur lavoir, afin que chacun
se puisse donner de garde, de ce, sous peine de punition corporelle, et
de porter laver les drappeaux aux heures plus commodes et moins dommageables,
et avec moins de scandale public que faire se pourra. Laquelle sentence,
attendu la matière dont il s’agit sera exécutée nonobstant
opposition ou appel.» (8)
|
(5.6.8)
Sentence rapportée au XVIIe
siècle par Pierre Plisson dans son manuscrit dit la Rapsodie,
ce passage étant édité par Charles Forteau in “Les Restes de l’Hôtel-Dieu”,
in Bulletin de la Société historique et archéologique
de Corbeil, d’Étampes et du Hurepoix (1903), pp. 114-115. Forteau
y ajoute deux remarques: 1) “Les mémoires
de Claude Hatton, cités par M. Léon Marquis, parlent de la peste
qui régna à Étampes en 1562-1563 et enleva un grand
nombre d’habitans.” 2) “Quel
puissant moyen de propagation de la contagion que d’en envoyer ainsi tous
les germes au cours de la rivière! Peut-on s’étonner de la
gravité des épidémies qui désolaient alors nos
populations?”
|
5.7 Esprit Hattes, seul
procureur du roi, et remarié (1564-1571)
|
|
Le 14 septembre
1564 se porte marraine à Saint-Basile “Marie Paulmier
femme de honorable homme maistre Esperit Hacte procureur
du roy au dict Estampes”. Rappelons que ce registre de cette église
ne commence qu’en 1563, et que, par ailleurs, la première
épouse d’Esprit Hattes, Louise, est mentionnée
comme marraine pour la dernière fois à Notre-Dame
en 1551.
On est
donc porté à croire que Louise est morte
vers 1552 en lui laissant trois enfants comme nous le verrons
ensuite: Louise, Jeanne et Pierre; et qu’Esprit Hattes s’est
remarié presque aussitôt, comme il est était
alors d’usage, pour donner une nouvelle mère à
ces enfants. Cette nouvelle épouse, Marie paraît
lui avoir donné deux enfants supplémentaires: Françoise
et Esprit II.
Le 6 octobre
1564 a lieu devant Claude Cassegrain, lieutenant général
du bailliage représentant le bailli Nicolas Petau,
la prestation de serment du nouveau receveur des deniers communs
de la ville, Jean Delaunoy, “le procureur du roy joinct en personne,
assisté de l’advocat du dict seigneur” (1). Il s’agit bien alors d’Esprit Hattes,
puisque c’est trois jours avant cela que le registre de Notre-Dame
mentionne son prédécesseur comme décédé.
Le registre paroissial
de Saint-Basile fait de fréquentes mentions d’Esprit
Hattes ou de membre de sa famille en précisant sa qualité
de procureur du roi, de 1565 à 1571, mais présente
ensuite une regrettable lacune de mars 1572 à mars 1587.
Esprit Hattes y est quatre fois lui-même parrain, plus une
autre fois à Notre-Dame (2);
sa seconde épouse Marie Paulmier cinq fois (3); sa fille
Jeanne une fois, et son fils Pierre une fois également
à Notre-Dame (4).
.
Le 7 octobre 1566 on y trouve également
pour parrain un certain “Medard Hatte (sic) filz de monseigneur
le procureur du roy”, mais il s’agit évidemment d’une
étourderie du desservant, car ce Médard est en réalité
un fils de son défunt prédécesseur Esprit
Ducamel, dont Esprit Hattes est désormais tuteur. En 1568
en effet (5), comme on l’a déjà
signalé, Esprit Hattes est signalé comme censitaire
des dames de Longchamp tant pour lui-même qu’au nom
de sa femme (comme en 1535-1538), mais aussi comme tuteur des enfants
d’Esprit Ducamel (6).
Les 9
et 23 décembre 1566, c’est à la requête
du procureur du roi que sont rendues et expédiées
deux sentences de Nicolas Petau, bailli d’Étampes aux
fins d’être procédé au bail à ferme
de la terre d’Oinville-Saint-Samson, saisie sur le sieur de Blaizes,
comme portant les armes contre le roi (7). Il s’agissait apparemment
de Louis de Clermont d’Amboise, seigneur de Bussy, dit Bussy d’Amboise,
homme de guerre, gouverneur de l’Anjou en 1576, premier gentilhomme de la
chambre du duc d’Anjou en 1577, assassiné la même année
par les spadassins de Charles de Chambes, comte de Montsoreau, dont il
avait séduit la femme: épisode qui a inspiré le roman
d’Alexandre Dumas, la Dame de Montsoreau.
Le 27 mars 1570, au lendemain de la
Pâques, Esprit Hattes assista avec les autres principaux
personnages du bailliage à la reconnaissance officielle
des reliques des Corps saints qui avaient été
arrachées de leur châsse par les Huguenots en 1567, épisode
curieusement tu par Fleureau, mais qui nous est rapporté
par la Rapsodie, dont l’auteur, Pierre Plisson, a
eu entre les mains le procès-verbal de la cérémonie
(8).
Il apparaît
de cette mention, soit dit en passant, qu’Esprit Hattes , comme le supposait Dupieux (9),
était gradué sans pour autant avoir atteint le grade
de licencié, à la différence
du bailli “docteur ès droits” et du lieutenant et de l’avocat du roi tous deux “licenciés ès lois”: il ne
partage avec eux que le titre de “maître”, le seul qui lui soit régulièrement accordé.
Après
cette date, malheureusement, le registre des baptêmes
de Saint-Basile fait défaut, car il s’arrête
en mars 1572 pour ne reprendre qu’en mars 1587, bien après
la mort d’Esprit Hattes et celle de son gendre et successeur Pierre
Legendre. La première mention expresse de son décès
ne se trouve que dans le registre de Notre-Dame en 1575 (10). Comme il est encore vivant le 17 octobre 1571 (11), et que la première mention
de son gendre en temps que procureur du roi du 27 janvier 1572 (12), il faut croire qu’il est mort fin
1571 (13).
|
(5.7.1)
Archives municipales d’Étampes AA 13, p. 2.
(5.7.2) Saint-Basile 17 juin 1565: “maistre
Esprit Hacte procureur du roy au dict lieu”; 22 septembre “maistre
Esprit Hate procureur du roy à Estampes”; 18 août 1568:
“maistre Esprit Hacte procureur du roy au dict lieu”; Notre-Dame
9 février 1569 se porte parrain à Notre-Dame “honorable
homme maistre Esprit Hatte procureur du roy de ceste ville d’Estampes”;
20 septembre 1570: “maistre Esprit Hacte procureur du roy en ceste
ville d’Estampes”. — (5.7.3) Saint-Basile
5 août 1565: “Marie [espace blanc] femme du procureur du roy à
Estampes”; 5 septembre 1566, “Marie Paumyer femme de discrette personne
maistre Esprit Hacte procureur du roy à Estampes”; 21 février
1569: “Marie Paulmier à present femme de maistre Esprit Hatte
procureur du roy à Estampes”; 13 novembre 1570: “Marie Paulmier
femme de honorable homme maistre Esprit Hacte procureur du roy au dict
Estampes”; 14 octobre 1571 “femme de [honorable] homme maistre Esprit
Hacte procureur du roy”. — (5.6.4) Saint-Basile
7 août 1565: “Jehanne Hate fille de maistre Esprit Hate procureur
du roy”; Notre-Dame 4 octobre 1569: “Pierre Hatte filz de maistre Esprit
Hatte procureur du roy”.
(5.7.5) Ou peut-être en 1567. —
(5.7.6) AD91 E 3900, f°83v°:
“Maistre Esprit Hacte procureur du roy tant pour son non que
pour sa femme — Luy comme tuteur des enffens feu maistre Ducamel”.
(5.7.7) Selon deux documents autrefois
conservés à Orléans (A 1213, liasse 1,
pièces 9 et 10) cités Dupieux (Institutions,
p. 106, note 2). Il s’agissait d’un certain Louis de Clermont, cf.
François Dumont, Inventaire des arrêts du
Conseil privé. Règne de Henri III et de Henri IV, Paris,
CNRS, 1973, n°3347. Voici un acte le concernant édité
en ligne par le généalogiste François Bigey (ici),
avec ces références: “AD52 EDepot03089 Image 147 Baptêmes
des cloches”, et cette transcription: “Du neuf juillet mil six cens
quatre vingt dix a esté benite Marie Angelique la grosse cloche
de ce lieu et a eü pour parain haut et puissant seigneur messire
Louis de Clermont d’Amboise chevalier, marquis de Renel, baron de Blaise,
et autres lieux et pour maraine dame madame Marie Angelique de Coustin
[?] St Denis, veuve de haut et puissant
seigneur messire Louis de Clermont d’Amboise vivant chevalier marquis de
Renel comte de Champlite baron de Blaise lieutenant general et maitre de
camps general de toutes la cavalerie leger de France qu’estranger, et en
leurs place maistre François Cornet maistre de forges et (...) dudit
Renel et Damoiselle Marguerite Courtier son epouse par moy curé soussigné.
Cornet - M.A. Courtier [?] - Lormier”.
(5.7.8) Rapsodie,
édition de Forteau, Annales du Gâtinais 23 (1909),
pp. 197-199: “nobles et sages maistres Nicolas Petau docteur
ès droits, bailli et gouverneur d’Étampes, Jean
Delorme licencié ès lois, lieutenant en la prévôté
dudit lieu, Claude Prevost, aussi licencié ès lois,
avocat du Roi, juge et maire des justices de ladite église
Notre-Dame, Esprit Hatte, procureur au bailliage d’Estampes” (p. 199).
— (5.7.9) Institutions,
p. 87: “Nous nous croyons en mesure d’affirmer qu’Esprit Hatte, honoré
du titre de maître, était gradué”.
(5.7.10) Notre-Dame d’Étampes
“Francoyse Hacte fille de deffunct Esprit Hacte en son vivant
procureur du roy à Estampes”. — (5.7.11)
Saint-Basile 14 octobre 1571 “femme de [honorable] homme maistre
Esprit Hacte procureur du roy”. — (5.7.12)
Saint-Basile 9 mai 1571: “ho
| |