Corpus Historique Étampois
 
Bernard Gineste
Les procureurs du roi à Étampes au XVIe siècle
Étude prosopographique, 2010
   
Emblème d'Esprit Hattes sur son hôtel particulier (1554)
Emblème d’Esprit Hattes (4 rue Sainte-Croix, 1554)
 
     L’histoire passionnante du seizième siècle étampois nécessite des études préliminaires de détail comme celle-ci, qui est consacrée à l’une des catégories les plus intéressantes des officiers royaux du bailliage d’Étampes à cette époque, à savoir le procureur du roi.
     Voici donc ce que j’ai pu trouver à ce jour sur les neuf procureurs du roi qui se succédèrent à Étampes
de la fin du moyen-âge à l’aurore du XVIIe siècle. C’est en quelque sorte une base de données plus souvent arides que pittoresques. Je mettrai ces neuf notices en ligne l’une après l’autre dans les jours à venir, et j’essaierai ensuite den donner une brève et modeste synthèse.
Bernard Gineste, 10 janvier 2010
Petites retouches en 2011, notamment en août.

    
Bernard Gineste
Les procureurs du roi à Étampes au XVIe siècle
Étude prosopographique, 2010

Pentecôte (4 rue Sainte-Croix, 1554)
Scène de Pentecôte sculptée sur la façade intérieure de l’Hôtel d’Esprit Hattes en 1554, alors receveur du domaine.
C’est une sculpture à clef désignant les commanditaires de cet hôtel particulier, Esprit Hattes et Marie Paulmier
 

     Introduction. — 1. Pierre de Gilles (…1491-1495…) — 2. Guillaume Cormereau (…1500-1518…) — 3. Guillaume Ducamel  (…1511-1544…) — 4. Esprit Ducamel (…1550-1566…) — 5. Esprit Hattes (…1560-1571…) — 6. Pierre Legendre  (…1572…) — 7. Nicolas Guillotin (1573-1583…) — 8. Nicolas Berjonneau (…1587-1589…) — 9. Simon Égal (…1591-1616) — Conclusion et synthèse provisoire.


SOMMAIRE PLUS DÉTAILLÉ

     Introduction. — 1. PIERRE DE GILLES (...1491-1495..)  1.1. Origines et antécédents de Pierre de Gilles1.2. Pierre de Gilles procureur du roi1.3 Descendance de Pierre de Gilles 2. GUILLAUME CORMEREAU (...1500-1518...)  2.1. Origines et antécédents de Guillaume Cormereau 2.2 Guillaume Cormereau dernier procureur du comte  2.3. Guillaume Cormereau premier procureur du du roi  2.4 Sur la veuve de Guillaume Cormereau  2.5. Descendance de Guillaume Cormereau3. GUILLAUME DUCAMEL (...1511-1544...) 3.1. Sur Colin Ducamel père de Guillaume 3.2. Sur les frères de Guillaume Ducamel 3.3 Antécédents de Guillaume Ducamel 3.4. Guillaume Ducamel procureur du roi 3.5. Descendance de Guillaume Ducamel3.6. Sur son gendre Girard Garnier 3.7. Sur son petit-fils Girard Garnier II3.8. Sur l’hôtel particulier de Guillaume Ducamel 4. ESPRIT DUCAMEL (...1550-1566...) 4.1 Antécédents d’Esprit Ducamel 4.2. Esprit Ducamel procureur du roi — 4.3. Réquisitoire d’Esprit Ducamel du 22 septembre 1556 4.4 Plaidoyer à Dourdan de son beau-frère et substitut Girard Garnier I 4.5. Sur la fin énigmatique du mandat d’Esprit Ducamel4.6. Descendance d’Esprit Ducamel 4.7. Sur son gendre Tristan Lecharron   4.8. Un autre gendre remarquable: Gérard François4.9. Sur quelques autres Ducamel  — 5. ESPRIT HATTES (...1560-1571...) 5.1. Premières traces de la famille d’Esprit Hattes à Étampes 5.2. Sur les frères ou cousins d’Esprit Hattes 5.3. Premières mentions d’Esprit Hattes 5.4. Esprit Hattes receveur du domaine 5.5. L’Hôtel particulier d’Esprit Hattes   5.6. Esprit Hattes l’un des deux procureurs du roi 5.7. Esprit Hattes, seul procureur du roi, et remarié 5.8. Sur la veuve et la descendance d’Esprit Hattes 5.9. Gendres et brus d’Esprit Hattes 6. PIERRE LEGENDRE (...1572...) 6.1. Sur la famille de Pierre Legendre — 6.2. Pierre Legendre receveur du domaine 6.3. Pierre Legendre procureur du roi  6.4. Sur la descendance de Pierre Legendre — 6.5. Excusus: Sur les receveurs du domaine qui succédèrent à Pierre Legendre7. NICOLAS GUILLOTIN (1573-1583...) 7.1 Sur les origines et le grand-père de Nicolas Guillotin7.2. Sur les parents de Nicolas Guillotin 7.3. Nicolas Guillotin procureur du roi 7.4. Sur un annoblissement des procureurs du roi à Étampes en 15767.5. Sur son épouse, demoiselle Ithière Lucas 7.6. Sur la descendance de Nicolas Guillotin 8. NICOLAS BERJONNEAU (...1587-1589) 8.1. Origine cognaçaise de Nicolas Berjonneau 8.2. Antécédents de Nicolas Berjonneau 8.3. Sur sa femme et son beau-père, le maire Étienne Poignard 8.4. Nicolas Berjonneau procureur du roi8.5. Comment il fut pendu 8.6. Ascendance de Nicolas Berjonneau 8.7. Excursus: les procureurs du roi en l’élection d’Étampes 9. SIMON ÉGAL (...1591-1616) 9.1. Sur le père et la mère Simon Égal 9.2. Simon Égal neveu de François Bidault? 9.3. Sur la fratrie de Simon Égal 9.4. Antécédents de Simon Égal 9.5. Simon Égal procureur du roi 9.6. Sur la femme et la belle-famille de Simon Égal 9.7. Sur la descendance de Simon Égal 9.8. Sur le successeur de Simon Égal, Isaac Blanchard ÉLÉMENTS DE SYNTHÈSE
 
 
Introduction
État de la question



     Le seizième marque à Étampes comme ailleurs l’apparition progressive d’une administration moderne du territoire, contrôlée toujours de plus près par l’autorité centrale, c’est-à-dire royale.

     Dès 1931, Paul Dupieux a donné de cette évolution générale une synthèse pionnière intitulée Les Institutions royales au pays d’Étampes (1), qui s’appuie sur une documentation jusqu’alors négligée par les historiens locaux, mis à part Charles Forteau (2), non seulement aux Archives nationales et à celles d’Orléans, mais encore à Étampes même. Certains des documents qu’il a pour ce dépouillés, voire édités en certains cas, ont depuis disparu, les uns des archives municipales d’Étampes, dont l’histoire tourmentée reste à écrire; les autres des archives du Loiret, presque entièrement détruites par le funeste bombardement allemand de 1940.

     Dupieux s’inspire étroitement du plan et de la méthode d’un ouvrage de référence de son  maître Gustave Dupont-Ferrier, paru en 1902: Les officiers royaux des bailliages et sénéchaussées et les institutions monarchiques locales en France à la fin du moyen âge (3). Sur cette base extrêmement solide et bien documentée, qui trace un tableau général de ce qu’étaient ces institutions dans l’ensemble du royaume jusqu’au début du seizième, l’auteur s’est attaché à traiter particulièrement du bailliage d’Étampes et a étendu ses recherches jusqu’à la fin du XVIe siècle.
     (a1) Les institutions royales au pays d’Étampes (comté puis duché, 1478-1598), Versailles, Mercier, 1931.

     (a2) Les historiens d’Étampes s’intéressaient moins jusqu’alors aux principaux acteurs  de l’histoire réelle du bailliage d’Étampes qu’aux trois favorites royales qui reçurent alors successivement le titre de duchesses d’Étampes, bien qu’aucune ne paraisse y jamais avoir mis les pieds (comme le simple bon sens aurait dû le leur faire entendre, sans qu’il soit besoin d’autre preuve); ils n’avaient donc rien dépouillé, et ce travail reste encore en grande partie à faire pour ce qui concerne le XVIe siècle: seul Charles Forteau avait travaillé dans ce sens, sans que ses travaux d’ailleurs aient fait beaucoup d’émules.

     (a3) Paris, Émile Bouillon, 1902, 1043 pages.
     Il a donc ainsi écrit les grandes lignes de l’histoire institutionnelle du pays d’Étampes au XVIe siècle avec une grande sûreté, et cela même quand les données concrètes récoltées étaient dans le fait, en certains cas, assez maigres. De fait il avoue clairement à plusieurs reprises que la matière lui a manqué sur bien des points, et que s’il est fier de pouvoir donner une liste enfin complète des baillis d’Étampes, il est bien loin de pouvoir produire une telle liste pour quelque autre catégorie d’officiers que ce soit (4). Concernant même le cas des lieutenants du bailli, leurs subordonnés immédiats, il exprime clairement ce regret: “Des recherches assez longues aboutiraient peut-être à dévoiler les origines familiales de ces officiers, leurs attaches dans le pays d’Étampes. Nous souhaiterions être mieux renseignés à ce sujet” (5). Et au sujet du receveur du domaine du roi: “Malheureusement nous ne pouvons insister sur lui, car les textes sont assez rares, qui le concerne personnellement” (6).
     (a4) Institutions, p. 236.



     (a5) Institutions, p. 79.

     (a6) Institutions, p. 87.
     Il reste donc bien aujourd’hui à préciser cette présentation schématique par plus de renseignements de détails, et par des études particulières s’appuyant sur les sources les plus riches, quoique les plus arides, de l’histoire locale: censiers, registres paroissiaux, actes notariés et autres documents dispersés, généralement lacunaires et de lecture parfois difficile.

     Très modestement je donne ici tout ce que j’ai trouvé jusqu’à présent au sujet de l’un seul de ces hauts fonctionnaire étampois (7), le procureur du roi, qui m’intéresse plus que le bailli ou ses lieutenants, parce que c’était, si l’on peut dire, une sorte de fonctionnaire territorial dont le recrutement était local, et que cette charge constituait à Étampes l’aboutissement final d’une carrière locale. En parcourant pour un autre propos (8), la plupart des registres paroissiaux conservés du XVIe siècle étampois, et quelques censiers, je me suis accessoirement attaché à y relever ce qui concernait les personnages qui y exercèrent cette fonction.


     (a7) Je donnerai cependant en note ce que j’ai trouvé sur quelques autres, comme l’avocat du roi, sans le garder jalousement sous le coude, à l’usage de ceux qui voudraient développer des recherches du même genre, recherches qui seraient bien souhaitables, pour donner des bases solides à l’histoire d’Étampes.

     (a8) En cherchant à identifier le commanditaire de l’hôtel particulier du n°4 de la rue Sainte-Croix, qui est l’un d’entre eux, Esprit Hattes.
     Dupieux ne mentionne que cinq d’entre eux, et encore en y incluant un procureur du XVe siècle, Pierre de Gilles (9); bien que dès le XVIIe siècle l’Étampois Pierre Plisson, sur la base d’archives aujourd’hui disparues, en ait relevé davantage dans sa Rapsodie (10), éditée en 1909 par Charles Forteau, qui en avait ajouté en note deux autres qu’il avaient trouvé mentionnés par des registres paroissiaux (11), Dupieux ne leur emprunte aucune donnée que n’aient vérifiée ses propres recherches.

     Or la consultation des premiers registres paroissiaux étampois conservés et de quelques censiers permet d’établir avec assez de précision la série de ces officiers, qui furent au nombre de neuf, les dates où ils se succédèrent, et en certains cas la manière dont il accèdérent à cette charge. On voit se dessiner des carrières et on observe le rayonnement social de ces personnages et de leur famille. On peut localiser le domicile et la généalogie de nombre d’entre eux, en croisant les données des censiers avec celles des registres paroissiaux, et on pourra ultérieurement arriver à plus de précision encore en faisant usage sur la base de ce premier travail dactes notariés actuellement inaccessibles (12).

     Je donnerai ici ce tout que j’ai trouvé sur chacun d’eux à ce jour, soit chez Dupieux ou dans des sources qu’il n’avait pas eu le bonheur de rencontrer, ou pris le temps de consulter. Il ne s’agira donc pas d’une véritable synthèse, sauf, brièvement, en conclusion; c’est plutôt une base de données rangées, pour chacun de ces officiers, par ordre chronologique, à l’usage des historiens et des curieux, et susceptible surtout d’être indéfiniment augmentée à l’avenir de tous les nouveaux renseignements qui viendront à notre connaissance.

     (a9) Il ne cite que ceux-ci: Pierre de Gilles (1491); Guillaume Cormereau (1518); Guillaume Ducamel (1520 et 1543, la date de 1520 n’étant pas justifiée par Dupieux); Esprit Ducamel (1564); Nicolas Guilleton (1578).

     (a10) Édition Forteau, Annales du Gâtinais 1909, p. 248: “Pierre de Gilles, procureur de M. le comte (1491); Guillaume Cormereau (1503); Guillaume du Camel, procureur du Roi (1520); Esprit du Camel (1553); Esprit Hatte (1560); Nicolas Bergeonneau (1588); Simon Égal (1613); Isaac Blanchard (1624); etc.”.

     (a11) Ibid., note 4: “Pierre Legendre, procureur du roi à Étampes, 1572; Nicolas Guillotin, 1575”. Forteau précise aussi en note que Esprit Hatte est procureur “au bailliage”, sans indiquer ses sources.

     (a12) Aux archives départementales de l’Essonne.

1. Pierre de Gilles, procureur de Jean de Foix
(…1491-1495…)


Mention de feu Pierre de Gilles en 1500 (copie de 1519)
Mention de de feu Pierre de Gilles (Censier de Notre-Dame pour 1500, copie de 1519)
 
1.1. Origines et antécédents de Pierre de Gilles

     Nous commencerons comme Dupieux par Pierre de Gilles, bien que nous versions au dossier une pièce qui permet de savoir qu’il était mort dès avant le 30 octobre 1500, et qu’il ne s’agit donc pas à proprement parler d’un procureur du XVIe siècle.

     Le patronyme de Pierre de Gilles me semble tiré de la commune de Gilles, en Eure-et-Loir, au canton d’Anet.

     Ce Pierre de Gilles était établi à Étampes avant que d’y être procureur du comte, car nous l’y trouvons cité comme “notaire” dès le 4 mars 1479 (1), à l’époque où le procureur du roi est encore, selon toute apparence, Pierre Lescuier (2). Nous verrons plus tard que, de manière similaire, Guillaume Ducamel sera tabellion avant que de passer procureur du roi.

     Était-il pour autant Étampois de souche? Probablement pas, car nous ne voyons pas d’autre représentant de sa famille avant lui dans les environs, dans l’état actuel de notre documentation.
     (1.1.1) Les comptes de la maladrerie Saint-Lazare étudiés par Charles Forteau, Annales du Gâtinais 21 (1903), p. 105, le mentionnent comme le notaire devant lequel la métairie de Gandeville a été en bail viager à Macé Perdrigon.

     (1.1.2) Pierre Lescuier était procureur du roi en 1473 selon Gustave Dupont-Ferrier, Gallia regia, ou État des officiers royaux des bailliages et des sénéchaussées de 1328 à 1515, Paris, Imprimerie nationale, 1947, p.273, n°12378. On conservait de plus autrefois à Orléans, avant le bombardement de 1940, un aveu de “Michel L’Écuyer, procureur du Roi” en date de 1468 (AD45 A. 1226, cf. Inventaire-Sommaire de la série A, p. 276a). Sa famille ne paraît guère représentée à Étampes où nous ne trouvons qu’un Jaquelin Lesquier de Ville Nuefve censitaire des dames de Longchamp en 1300 (AD91 E. 3869, édition Gineste, http://www.corpusetampois.com/che-13-longchamp1292a1306.html, n°56); un Mahi Lescuier en 1323 (AD91 E. 3880, édition Gineste, http://www.corpusetampois.com/che-13-longchamp1323.html, n°27), et un Perrot Lescuyer censitaire des mêmes en 1394 (E. 3889).
1.2. Pierre de Gilles procureur du roi

     Ce personnage est qualifié le 25 juillet 1484 “honorable homme et sage Pierre de Gilles, procureur fiscal de Monseigneur le comte d’Estampes” (1). Il se transporte alors avec le prévôt Jean Laurent, le tabellion Oudin de Monerville, deux sergents et quelques autres témoins, à la chapelle Saint-Jacques du cimetière, à la requête des chanoines de Notre-Dame, qui veulent faire constater qu’ils sont empêchés d’y chanter la messe de la Saint-Jacques par le doyen Louis Boisquemin, sous peine d’excommunication.

     (1.2.1) Cartulaire de Notre-Dame d’Étampes, éd. Alliot, n°77, p. 84 (source négligée par Dupieux).
     Le lundi 20 août 1487, un arrêt du Parlement de Paris fut rendu entre d’une part le procureur de Jean de Foix à Étampes, et d’autre part maître Michel Dumoulin, licencié en décret, chanoine de l’église de Chartres et prévôt d’Auvers. Il exempta ce dernier de la juridiction d’Étampes malgré les réquisitions du procureur (2).
     (1.2.2) Selon un document autrefois conservé à Orléans (AD45 A1237, fol. 31v°) et consulté par Paul Dupieux en 1931 (Institutions, p. 64).
     Le 27 juillet 1490, Jean de Foix rend un édit accordant aux Étampois le droit de creuser un port sous les murs de la ville; les termes dont use sa conclusion manifestent bien que le comte considère bien les officiers du bailliage, et notamment le procureur, comme les siens et non pas comme ceux du roi:
     “Si donnons en mandement par ces mesmes presentes à noz bailly, prevost, procureur, et autres officiers audit Estampes, ou à leurs lieuxtenants ou commis, et à chacun d’eulx en son regard, que noz presents edict, decrect et ordonnance ilz entretiennent et acomplissent et facent entretenir et acomplir de point en point sans aucune difficulté; et à ce faire et souffrir, contraignent ou facent contraindre tous ceulx qu’il appartiendra par toutes voyes et manieres deues et en tel cas requises” (
3).

     Le 28 mars 1491, permission est accordée aux célestins de Marcoussis de relever les fourches patibulaires de Villesauvage qui tombaient en ruine. Mais il y a enquête et procès, le procureur intervenant pour les sommer de détruire un pilier qu’ils avaient ajouté à ces fourches, le nombre de ces piliers signifiant l’étendue de leurs degrés de juridiction (
4).
Fourches patibulaires de Villeneuve-Montfaucon
     (1.2.3) Le texte suivi est celui qu’a établi Clément Wingler en 1993 sur l’original conservé aux Archives communales d’Étampes, préféré à celui de l’édition de Fleureau, Antiquitez, p. 195.

     (1.2.4) Selon un document autrefois conservé à Orléans (AD45 A. 1238, fol. 192) et consulté par Paul Dupieux en 1931 (Institutions, p. 107, note 8). Ci-contre un croquis du XVIIe siècle  représentant les fourches patibulaires de Villeneuve-Montfaucon, analogues à celle de Villesauvage, sur le plan de dîmage des dames de Maubuison.
     Pierre de Gilles porte en 1491 le titre de “procureur de monsieur le comte” (5), et, le 31 mars 1495, celui de “procureur général du comté” (6). Ce n’était donc pas alors un fonctionnaire royal, mais bien un agent fiscal du comte d’Étampes, qui se trouvait alors être Jean de Foix (depuis 1478 et jusqu’en 1500).

     On sait maintenant qu’il habitait une maison proche de l’église Notre-Dame, devant le carrefour de cette église, dans la censive des chanoines, et qu’après sa mort, survenue avant le 30 octobre 1500, cette maison, alors appartenant à sa veuve et à ses héritiers, fut habitée par son successeur Guillaume Cormereau (7).
     (1.2.5) Selon Pierre Plisson, qui avait l’occasion de consulter d’anciennes archives à Étampes, et dont la Rapsodie a jadis été éditée par Charles Forteau, Annales du Gatinais 1909, p. 248.

     (1.2.6) Selon un document autrefois conservé à Orléans (AD45 A1238, fol. 84) et consulté par Paul Dupieux en 1931 (Institutions, p. 84, note 2).

     (1.2.7) Censier de Notre-Dame d’Étampes pour 1500, édition Gineste 2010, cf. infra.
     Il apparaît de plus, et les deux faits sont liés, la chose n’ayant pas encore été observée, que ce Guillaume Cormereau était le gendre de Pierre de Gilles (8): c’est le premier exemple à notre connaissance de transmission héréditaire de cette charge à Étampes.
     (1.2.8) AD91 E. 3930:“Marie de Gilles, veuve de Guillaume Cormereau, procureur du roi au comté d’Etampes”; E.3933: “la veuve Guillaume Cormereau”.
1.3. Sur la descendance de Pierre de Gilles

     Pierre de Gilles a visiblement fait souche à Étampes, car sa famille n’est guère dans la suite représentée à notre connaissance que par des personnages qui portent le même prénom que lui et qui paraissent donc ses descendants directs.

     Pierre de Gilles II. Outre sa fille Marie, mariée à Guillaume Cormereau, et dont nous évoquerons la descendance à l’article suivant, Pierre de Gilles I eut pour fils un Pierre de Gilles II que nous trouvons censitaire des dames de Longchamp de 1532 à 1538 (1).

     Pierre de Gilles III. Nous le voyons à son tour censitaire des mêmes dame de Longchamp de 1561 à 1564, qualifié les dernières de ces années de “bourgeois d’Estampes”
(2), cité avec le même titre en 1570 (3) et sans en 1577 (4), décédé avant 1579 (5).
     Il assiste le 22 septembre 1556, parmi de nombreux autres représentants du Tiers-État, à la rédaction de la Coutume d’Étampes (6)
. Il est mentionné comme échevin en 1562 (7), et nous voyons que le 24 novembre 1567, après le départ des Huguenots, une assemblée de ville lui confie, ainsi qu’à Pierre Forest, la charge de recevoir les grains et farine qui serait amenés en la ville d’Étampes dans les greniers de l’hôtel de Mesnilgirault (8).
      Sa femme Simone Lecoup est marraine à cinq reprises à Notre-Dame de 1564 à 1568, dont une fois en même temps qu’un descendant du procureur du roi Guillaume Cormereau, et une autre fois en compagnie de la mère d’un futur procureur du roi, Simon Égal
(9). Deux de leurs filles sont signalées comme marraines à Notre-Dame, Jeanne en 1565 et Alison en 1566 et 1567 (10).

     Pierre IV de Gilles. Ce
prêtre, chanoine et boursier de la collégiale Sainte-Croix, est signalé comme parrain à Notre-Dame à trois reprises de 1564 à 1568 (11); il représente vers 1565 sa communauté devant la justice du bailli de Guillerval (12); il est censitaire vers la même époque du fief des Longs (13), et prend à bail un autre bien dans la censive de Longchamp (14); on le retrouvera encore lui-même procureur de ces mêmes dames de Longchamp en 1592 (15); il est toujours vivant en 1617 et maintenant aussi chanoine de Notre-Dame (16).
     On trouve aussi plus tard, parrain à Notre-Dame en 1588, un Guillaume de Gilles marchand qui doit être son frère (17), et une Marie de Gilles veuve en 1612-1614 d’un certain Étienne Desanges, marchand étampois; elle est remariée en 1617 à Nicolas Thibault contrôleur au grenier à sel d’Étampes (18).

Signature de Marie de Gilles (Notre-Dame, 8 janvier 1614)
     (1.3.1) AD91 E. 3899.

     (1.3.2) AD91 E. 3900. — (1.3.3) AD91 E. 3901. — (1.3.4) AD91 E. 3902. — (1.3.5) AD91 E. 3902: “la veuve Pierre de Gilles”.
     (1.3.6) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, p. 39. — (1.3.7) Rapsodie de Pierre Plisson, éditée par Forteau, Annales du Gâtinais 1909, p. 61. — (1.3.8) Rapsodie, ibid., pp. 68-69.
     (1.3.9) Notre-Dame jeudi 16 novembre 1564: “Simonne Le Coup femme de sire Pierre de Gilles” en même temps que: “honneste personne maistre Jehan Cormereau procureur au bailliage d’Estampes”; 16 juin 1565: “Symone femme de sire Pierre de Gilles et Katherine femme de Daniel Egal”; 3 janvier 1568, “Symonne femme de Pierre de Gilles”; 10 janvier 1568, “Symonne Le Coup femme de Pierre de Gilles”; 21 décembre: “Symonne femme de Pierre de Gilles”.
     (1.3.10) Notre-Dame 30 octobre 1565: “Jehanne fille de Pierre de Gilles”; 20 juin 1566: “Alison de Gilles fille de Pierre de Gilles”; 20 mars 1567: “Alyson fille de Pierre de Gilles”.

     (1.3.11) Notre-Dame 10 avril 1564: “maistre Pierre de Gilles chanoyne de l’eglise Saincte Croix”; 6 juin, “venerable et discrette personne maistre Pierre de Gilles chanoyne en l’eglise Saincte Croix d’Estampes”; 19 décembre 1568: “venerable personne maistre Pierre de Gilles chanoyne de Saincte Croix d’Estempes”. — (1.3.12) AD 91, E. 3780: “Sentence rendue par Etienne Le Vassor, bailli de la châtellenie de Guillerval, pour l’abbé de Saint-Denis, en faveur du chapitre de la collégiale de Saint-Croix d’Etampes, représentée par Pierre de Gilles, chanoine et boursier de la collégiale, et Gilles Buchon, son procureur, contre Gabriel Nyord, Pierre Millet et Jean Lebarbier, le jeune” (Inventaire-Sommaire de la série E). — (1.3.13) AD91 E. 3934.1 (1565-1572). — (1.3.14) AD91 E. 3927 (1565-1637). — (1.3.15) AD91 E. 3905: “Etat des cens reçus à Étampes, pour le compte des religieuses de Longchamp, par Pierre Degilles, prêtre, pour termes échus en 1592 ou à échoir à des années suivantes”. — (1.3.16) Notre-Dame 11 mars 1617: “venerable et discrette personne maistre Pierre de Gilles prebstre chanoine de l’eglise Nostre Dame du dict Estampes”.
     (1.3.17) Notre-Dame 1er octobre 1588: “Guillaume de Gilles marchant du dict Estampes”. — (1.3.18) Notre-Dame 28 février 1613: “Marie de Gilles veufve feu honeste personne Estienne Desanges”; 8 janvier 1614: “Marie de Gilles veufve feu Estienne Desanges vivant marchant bourgeois d’Estampes”; 6 avril: “Marie de Gilles veufve feu honnorable Estienne Desanges”; 23 avril: “Marie Gilles [sic] veufve  feu Estienne Desanges vivant marchant bourgeois d’Estampes”; 14 juin: “Marie de Gilles veufve  feu Estienne Desanges”; 3 août: “Marie de Gille [sic] veufve  feu Estienne Desanges”; 27 octobre: “Marie de Gille [sic] veufve  feu Estienne Desanges”; 4 janvier 1617: “Marie de Gilles femme de Nicolas Thibault controleur au grenier et gabelle à sel du dict Estampes”.
   
Généalogie De Gilles-Cormereau

2. Guillaume Cormereau, l’Orléanais
(…1500-1518…)


Mention de Guillaume Cormereau en 1515
Mention de Guillaume Cormereau en 1515
 
2.1. Origines et antécédents de Guillaume Cormereau

     Le successeur de Pierre de Gilles, Guillaume Cormereau, qui fut à la fois le dernier procureur des comtes de Foix et le premier procureur du roi à Étampes, était issu d’une famille orléanaise (1). Nous voyons par exemple un “Estienne Cormereau” receveur des deniers communs de la ville d’Orléans en 1493-1495 (2); ce dernier, mort avant 1512, était notaire et praticien en cour laie (3); en 1495 un sergent Aignan Cormereau (4) et bien d’autres édiles ou officiers du même nom.

     Les liens d’Étampes avec Orléans et les occasions de contact étaient nombreuses, et nous verrons par exemple que c’est à la municipalité d’Orléans que s’adresseront les édiles étampois pour leur demander copie vers 1512 des actes royaux qui avaient institué leur municipalité, afin de demander au roi la même faveur
(5). Quoi qu’il en soit c’était donc peut-être un homme du comte de Foix arrivé à Étampes vers 1478 dans le même temps que son prédécesseur. Peut-être commença-t-il comme lui par être notaire, ou bien tabellion, comme son successeur immédiat, ou encore receveur du domaine, comme les suivants: notre documentation actuelle ne nous permet pas de trancher ces différentes possibilités.
     (2.1.1) Le Maire, Histoire d’Orléans, 1648, tome 1, passim (cité par Dupieux, Institutions, p. 84, note 5)

     (2.1.2) Denis Lottin, Recherches historiques sur la ville d’Orléans, pp. 242 et 342.

     (2.1.3) François Bonnardot, Essai historique sur le régime municipal à Orléans, Orléans, Jacob, 1881, p. 16;  Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Orléanais 18 (1884), p.128; (1965), p. 58; Pierre Bouvier, Étude sur l’Hôtel-Dieu d’Orléans au Moyen Age et au XVIe siècle, Orléans, Pigelet, 1914, p. 166; Neithard Bulst, Die französischen Generalstände von 1468 und 1484, Thorbecke, 1992, p. 294.

     (2.1.4) Philippe Mantellier, Histoire de la communauté des marchands fréquentant la rivière de Loire et et fleuves descendant en icelle, Orléans, Jacob, 1867, pp. 119-120.

     (2.1.5) Pierre Plisson, Rapsodie, éd. Forteau, in Annales du Gâtinais (1909), p. 35.
2.2. Guillaume Cormereau dernier procureur du comte

     Guillaume Cormereau nous est d’abord signalé en ces termes par le censier de Notre-Dame d’Étampes, le 30 octobre 1500: “Maistre Guillaume Cormereau procureur à present de monsieur le conte d’Estampes, demourant en la maison que apartient à la vefve (1) et hoirs feu maistre Pierre de Gilles jadys procureur, assise auprès de l’eglise Nostre Dame, tenant d’une part à Perre Piegelé, aboutissant au carrefour de devant l’eglise” (2).

     L’an 1503, il est qualifié “procureur fiscal”
(3), et la même année simplement signalé une autre fois comme procureur (4). Dupieux remarque que cette qualification de procureur fiscal est spécialement usitée dans les possessions de la maison de Foix (5).

     Le 30 juin 1511, c’est sur sa réquisition qu’est confisqué le manoir de Malicorne à Boutervilliers, et que son propriétaire Michaud Louffier assigné à comparaître devant le prévôt d’Étampes pour dire ses causes d’opposition
(6).
     (2.2.1) Le copiste a écrit par distraction: vefvent.

     (2.2.2) Item n°74 de l’édition Gineste 2010.

     (2.2.3) Selon un document autrefois conservé à Orléans (AD45 A 1169, passim) cité par Dupieux (Institutions, p. 84, note 5).

     (2.2.4) Selon la Rapsodie, éd. Forteau, p. 248.

     (2.2.5) Institutions, p. 84.

     (2.2.6) Selon un document autrefois conservé à Orléans (AD45 A 1197, tabl. 182, layette 2, liasse 4, pièce 2) cité par Dupieux (Institutions, p. 106). L’Inventaire-Sommaire de 1878, p. 277b, porte seulement: “saisie féodale (1511) du manoir de Malicorne”.
2.3. Guillaume Cormereau premier procureur du du roi

     Après la mort sans héritier de Gaston de Foix à Ravennes, le 11 avril 1512, le comté tomba à nouveau dans le domaine royal et Guillaume Cormereau fut alors confirmé dans ses fonctions de procureur, au témoignage de Fleureau, dès le 28 avril de la même année, à Blois où était arrivé la nouvelle de la mort de Gaston: “Guillaume Cormereau et Jérôme de Villette furent aussi pourvu en même temps [que le lieutenant général Jean Tuelieu] des offices de procureur et d’avocat.” (1) Il faut entendre par là que de procureur fiscal du comte de Foix, Guillaume passa alors procureur du roi.

     Cette même année 1512, c’est dans sa maison que se réunirent les échevins de la ville d’Étampes, qui n’avaient pas encore de maison de ville. Mais cela n’était pas un usage, car on les voit se réunir parfois dans la salle des plaids, au dessus de la Halle ou Boucherie (sur l’emplacement de l’actuelle place de l’Ancienne-Comédie), et une fois chez Jean Guy, le receveur des deniers communs de 1507
(2).

     A cette époque, selon Fleureau, le procureur du roi avait un rôle plus important que d’héberger épisodiquement chez lui les réunions du conseil municipal. Les habitants en effet se plaignaient de ce que leurs représentants n’avaient aucun pouvoir réel, et que “toutes les choses se faisoient de l’Ordonnance du Lieutenant General, à la réquisition du Procureur du Roy: de sorte qu’ils ne pouvoient même assembler les habitans pour les affaires de la ville, qu’ils n’en eussent auparavant obtenu la permission de ces Officiers. Et ils n’avoient le pouvoir de disposer des deniers communs, sans Ordonnance de Justice, que jusques à vingt sols parisis. La maniere de proceder en cette élection étoit, que les Echevins obtenoient du Lieutenant General la permission de faire assembler les habitans. Ceux-cy assemblez, en la presence du même Lieutenant General, & du Procureur du Roy, en l’audience, où l’on tenoit les plaids (c’étoit au-dessus de la Halle, aujourd’huy la Boucherie.) le Procureur du Roy requeroit que l’on fit la nomination des nouveaux Echevins”
(3).

     Pierre Plisson remarque de plus dans son analyse du compte de 1512 que ces officiers se faisaient évidemment rémunérer en chacune de ces occasions: “Nota que le présent compte et tous les autres sont rendus avec l’avocat du roi et le procureur du Roi, à chacun desquels est fait taxe pour la vacation”
(4).

     C’est en cette même année 1512 que sur réquisition de Cormereau, le bailli imposa un nouveau règlement aux échevins pour éviter des errements passés: ils ne pourraient plus engager aucune dépense supérieure à 20 livres parisis sans ordre de justice, c’est-à-dire des officiers du roi
(5).

     Le 13 janvier 1513, à la requête des échevins et sur ordonnance de Jean de Villette lieutenant du bailli, il est procédé à une réunion des échevins et des “gens du roi”pour faire l’inventaire des titres détenus par la ville, en présence de l’avocat du roi Jérôme de Villette et d’un substitut du procureur du roi, qui se trouve être Guillaume Audren
(6). Il est manifeste qu’on est ici en présence, comme ce sera encore le cas en 1556 (§ 3.6), d’un simple remplacement à titre occasionnel et exceptionnel, et non pas d’une charge fixe, car Guillaume Audren est alors en réalité prévôt, depuis le 12 avril de l’année précédente (7).

     Le 9 octobre 1513, “maistre Guillaume Cormereau procureur du roy à Estampes” est cité comme tenant une parcelle au champtier de Machefer voisine de la vigne du mercier Jehan Chandelier. L’aveu en question est enregistré par son futur successeur, “Guillaume Ducamel, tabellion d’Estampes” (8). Le 8 janvier 1514, “maistre Guillaume Cormereau” est cité comme tenant la même parcelle au champtier de Machefer voisine de la vigne du foulon Pierre Boassé ou Boessé (Boissé). L’aveu en question est à nouveau enregistré par son futur successeur, “Guillaume Ducamel, tabellion d’Estampes” (9). La dite parcelle sera encore tenue par sa veuve en 1524, et à sa veuve et à ses héritiers en 1527 (10).

     Le 24 juin 1514, le procureur du roi, de concert avec l’avocat du roi et le prévôt Guillaume Audren, firent obstacle à la vérification et l’exécution de la charte accordée par Louis XII en mai 1514 (11), qui donnait au échevins le droit d’avoir une maison de ville, dans la crainte que les élus municipaux ne finissent par usurper leurs fonctions judiciaires et administratives.

     Blaise Galois, examinateur au Châtelet qui était arrivé à Étampes la veille, les cita devant le prévôt de Paris. Le procès traîna jusqu’en 1518. “Nonobstant lesdites lettres, le procureur du Roi et autres officiers d’Étampes voulaient contraindre lesdits habitants d’élire échevins par devant M. le Bailli”
(12).

     En 1515, la procédure continuait entre d’une part les échevins d’Étampes, et d’autre part le procureur du roi et le prévôt; un long procès-verbal des péripéties juridiques de cette période nous est conservé aux Archives municipale; il contient notamment une assez précieuse liste des bourgeois d’Étampes de cette époque, réalisée par le futur successeur de Cormereau, alors tabellion du bailliage, Guillaume Ducamel; Cormereau y est naturellement fréquemment cité, par exemple, les 26 avril et  le 1er septembre, en ces termes: “maistre Guillaume Cormereau procureur du roy nostre sire audict lieu”
; une autre fois il est qualifié: “maistre Guillaume Cormereau procureur fiscal oudit conté” (13).

     Cependant, très curieusement, il est qualifié aussi une fois par ce document “maistre Cormereau advocat du roy audict lieu d’Estampes” (
14). Mais il s’agit évidemment d’une étourderie du notaire. La charge d’avocat du roi a été créée à Étampes, comme on l’a déjà dit en passant, en même temps que celle de procureur du roi, en 1512; avant cela c’étaient les procureur et avocat du comte (15); en 1515, la charge d’avocat du roi est clairement occupée par Jérôme de Villette, fils et successeur du dernier avocat du comte, Jean de Villette (16), et lui-même premier avocat du roi à Étampes, depuis 1512 jusqu’en 1536 au moins (17). Elle sera tenue ensuite successivement par Claude Prévôt (18), Claude Mignault (19), Nicolas Prevôt (20) et Simon Chauvin (21).

     Le 7 février 1518 est encore cité: “G. Cormereau procureur”
(22).

     Le 28 mars 1518 
(23) il est mentionné, “Maître Guillaume Cormereau procureur du dit comté d’Estampes”, comme s’opposant à la requête des échevins d’Étampes dont on vient de parler, de concert avec le prévôt Guillaume Audren et le comte en titre, Artus Gouffier (24).

     Le 22 novembre 1518, c’est entre autres à son procureur que la reine Claude adressa depuis Blois la lettre par laquelle elle autorise la ville à user de son palais comme d’un auditoire, c’est-à-dire d’un palais de Justice; quoique, curieusement, le procureur ne soit pas cité à sa place parmi les destinataires de cet édit, entre l’avocat et le receveur
(25). L’office était-il alors provisoirement vacant?

     En revanche, il est bien fait mention du procureur du roi par une lettre de François Ier en date du 27 juillet 1519 relative au droit de haute-justice et de foire du seigneur de Saint-Cyr-la-Rivière, François du Monceau, qui avait été lui-même bailli d’Étampes l’espace de quelques mois l’année précédente (26).


     Guillaume Cormereau précisément paraît être mort vers ce moment-là, c’est-à-dire en tre le 28 mars 1518 et le 19 avril 1520, première mention explicite de son successeur Guillaume Ducamel.
     (2.3.1) Antiquitez, p. 31. Fleureau, comme on le voit, ne sait pas que Cormereau occupait cette fonction depuis déjà une douzaine d’années.

     (2.3.2) Selon la Rapsodie de Pierre Plisson éditée par Forteau, Annales du Gâtinais 1909, p. 29.

     (2.3.3) Antiquitez, pp. 211-212.

     (2.3.4) Rapsodie éd. Forteau, p. 30.

     (2.3.5) Rapsodie éd. Forteau, p. 29.

     (2.3.6) Archives municipales d’Étampes AA 2 (copie du XVIIe siècle): “en la personne [lisez: en la presence] de sage et honorable homme maitre Jerosme Devillette avocat du roy, et maitre Guillaume Audren substitut du procureur dudit seigneur” (le document est daté de 1512, en ancien style). — (2.3.7) Fleureau, Antiquitez, p. 29: “Depuiz le Roy Loüis onziéme l’an 1471. erigea les Prevsotez en garde en titre d’Office. Guillaume Aludreu (sic) a été le premier pourveu de celle d’Estampes, en ectte qualité, par Lettres Patentes du 27. d’Avril 1512”; texte discuté par Dupieux, Institutions, p. 90.

     (2.3.8) Censier de Louis Lelong éd. Gineste 2011 38. — (2.3.9) ibid. n°72. — (2.3.10) ibid. n°57 et n°21.

     (2.3.11) Rapsodie, p. 35: “Le prévôt et le procureur du Roi ont été opposé à l’entérinement desdites lettres”.

     (2.3.12) Rapsodie, p. 36.

     (2.3.13) Archives municipales d’Étampes, AA 227 (cahier folioté 21 à 58), f°21r°, 22r°, 23v°, 27r°, etc., 52r°, etc. (f°39: du conté). Léon Marquis a eu entre les mains ce cahier qu’il a daté par étourderie de 1315 et où il n’a pas su lire le nom de Cormereau: “une enquête faite les 1er, 6, 7 et 8 septembre 1315 (sic), relative à un procès entre gentilhommes et manants, Me Guillaume.... (sic) Procureur fiscal, et Guillaume Andran, prévôt d’Étampes” (Les Rues d’Étampes, 1881, p. 114).

     (2.3.14) Ibid., f°40. — (2.3.15) Le 5 novembre 1505, cet avocat est un certain “Jean de Billault, conseiller et avocat de Gaston de Foix, agent féodal par la suite (Dupieux, Institutions, p. 86, s’appuyant sur deux registres autrefois conservées aux archives du Loiret, A. 1168, f°26 et A. 1238, f°184; cf. Inventaire-Sommaire de 1878, pp. 264b et 278b). — (2.3.16) Procès de 1520 entre Jean de Villette et Jean de Lépin, édité par Dupieux, Institutions, p. 262: “Dit qu’il a gardé l’estat d’advocat jusques à VcXII qu’il l’a resigné à son filz” (cf. Fleureau, Antiquitez, p. 31, déjà cité); dans le procès de 1517 également édité par Dupieux, p. 258, Jean de Villette semble prétendre ceci: “a esté procureur du roy à Estampes jusques à l’an VcXIIII, qu’il a résignée au prouffit son filz”; il s’agit là évidemment d’une double erreur matérielle de son défenseur ou d’un notaire, et non pas d’un mensonge maladroit de Jean de Villette comme le croit Dupieux, p. 258, note 1. Nous verrons une autre erreur de ce genre en 1515, où Cormereau sera dit “avocat du roi” en un certain passage d’un document qui le qualifie ailleurs régulièrement “procureur du roy”). — (2.3.17) Il est encore mentionné le 14 août 1536 dans un procès verbal des délibérations de l’assemblée de ville relatives aux fortifications d’Étampes (Archives municipales, AA 159; texte connu de Dupieux, Institutions, p. 86). Sa veuve est encore citée le 6 avril 1571: “mademoyselle Marie de Guy vefve feu noble homme maistre Hyerosme de Villette en son vivant advocat du roy au dict Estampes”. — (2.3.18) Le registre des baptêmes de Notre-Dame, qui commence en 1545, note comme parrain le 20 mars 1549, “maistre Claude Prevost advocat du roy à Estampes”, le 17 juillet 1552: “maistre Claude Prevost avocat du roy à Estampes”; cité comme tel pour l’an 1554 par la Rapsodie de Plisson (édition Forteau, p. 147), toujours en place en 1556 (Coutume d’Étampes), et encore parrain à Saint-Basile le 18 août 1568, “noble homme et saige maistre Claude Prevost advocat du roy à Estampes”, puis à Notre-Dame les 18 septembre 1570, “Marie fille de Claude Prevost advocat du roy” et 15 mars 1571, “Claude Prevost advocat du roy notre sire à Estampes”. — (2.3.19) En 1580 selon Forteau, Annales du Gâtinais (1909), p. 247, note 2, auteur d’une Notice sur les saint Can, Cantien et sainte Cantienne. — (2.3.20) Forteau, Annales du Gâtinais (1909), p. 248, note 1, note qu’il est “fréquemment mentionné dans les Registres paroissiaux à partir de 1588”; il est defait parmi les officiers d’Étampes qui signe le serment de Blois (Fleureau, Antiquitez, p. 254). Je l’ai noté par ailleurs parrain à Saint-Basile le 26 décembre 1591: “maistre Nicolas Prevost advocat du roy”; mentionné en 1594 par les “statuts des maîtres tailleurs d’habits de cette ville” qu’avait pu consulter Pierre Plisson (Rapsodie, éd. Forteau, p. 248); parrain à Saint-Basile le 2 mai 1596: “Chaterine (sic) Alleaume femme de Nicolas Prevost advocat du roy”; 20 juillet: “Catherine Alleaume femme de noble homme Nicollas Prevost advocat du roy à Estampes”; 13 octobre 1596: “nobles hommes Nicollas Prevost advocat pour le roy nominatif et Simon Egal procureur du dit seigneur”; 16 octobre 1597: “maistre Nicollas Prevost advocat du roy au baliage d’Estampes”; 9 janvier 1598: “honorable homme maistre Symon Egal procureur du roy à Estampes”; 4 mars: “Catherine Alleaume femme honorable homme maistre Nicollas Prevost advocat du roy au bailiage d’Estempes”; il passe ensuite lieutenant du prévôt. — (2.3.21) Saint-Basile mercredi 23 février 1600: “noble homme et sage maistre Nicollas Prevost lieutenant de la prevosté d’Estampes et noble homme maistre Symon Chauvin advocat du roy nostre sire à Estampes”; 23 mars: “nobles hommes maistre Simon Chauvin advocat du roy et Simon Egal procureur du dict seigneur au bailliage et prevosté du dict Estampes, ledict Egal parrain nominatif”; Saint-Basile 3 septembre 1602: baptême de “Anthoine filz de honorable homme Simon Chauvin advocat du roy au bailliage et prevosté d’Estempeset de honorable femme Margueritte Memin” (marraine “Margueritte Chauvin”); 15 septembre 1602: “honorable homme Simon Chovin advocat du roy au bailliage d’Estempes”; samedi 9 août 1603: “noble homme maistre Simon Chauvin advocat du roy à Estampes”; 2 novembre 1605: “honorable homme maistre Simon Chauvin advocat du roy à Estampes”; Saint-Martin 28 novembre 1605 (Forteau, La paroisse de Saint-Martin d’Étampes, 1912, p. 34): “noble homme Simon Chauvin avocat du roy au bailliage et prevosté”; Saint-Basile lundi 6 novembre 1606: baptême de “Guillaume filz de honorable homme maistre Symon Chauvin advocat du roy à Estampes et de honorable femme Margueritte Memin” (marraine “Jehanne Hacte femme de deffunct Françoys Cheron”; Notre-Dame 23 novembre 1612: “Symon Chovin advocat du roy au bailliage et prevosté d’Estampes”.

     (2.3.22) Selon un document autrefois conservé à Orléans (AD45 A1170) et consulté par Paul Dupieux en 1931 (Institutions, p. 84, note 3).

     (2.3.23) Fleureau dit 1517, comme le document qu’il édite, sans prendre garde qu’elle est donnée dans l’ancien style; or la Pâques tombant, en nouveau style, les 12 avril 1517 et le dimanche 4 avril, un document daté du 28 mars 1517 dans l’ancien style est en réalité du 28 mars 1518 selon le nouveau style en vigueur depuis 1568. — (2.3.24) Sentence arbitrale éditée par Fleureau, Antiquitez, pp. 215-216.

     (2.3.25) Fleureau, Antiquitez, p. 27: “A nos amez & feaux Conseillers, les Bailly, Lieutenant, Prevôt, Advocat, Receveur, & autres Officiers de nôtre Comté, & Ville d’Estampes.”

     (2.3.26) Archives nationales P 8, n°2460 (cf. Catalogue des actes de François Ier, tome V, p. n°17154), texte édité par Paul Dupieux, in Bulletin philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité des travaux historiques et scientifiques (1930-1931), p. 252: “Françoys, par la grace de Dieu roy de France, à noz amez et féaulx, gens de noz comptes et trésoriers à Paris, au bailly d’Estampes ou à son lieutenant, et à noz procureur, receveur et autres officiers au dict bailliage, salut et dilection.”
2.4. Sur la veuve de Guillaume Cormereau

     Le 18 octobre 1524, “Marie de Gilles vefve de feu maistre Guillaume Cormereau en son vivant procureur du roy nostre sire en sa conté d’Estampes, tant en son nom que comme ayant la garde de ses enffans” avoue tenir de Louis Lelong, pour 4 deniers de cens, “demy arpent de vigne assis au chantier de Macheffer, tenant d’une part à Pierre Boisse, foullon, d’autre part à [blanc], aboutissant d’un bout à la vefve et heritiers Colin Bary, et d’autre bout au chemin de Machefer” ainsi que, pour 2 deniers, “demy quartier de vigne assis au dit chantier, tenant d’une part à elle mesmes et ses dits enffans à cause de la piesce dessus declairée, d’autre part à la vefve Jehan Dan, aboutissant d’un bout à la vefve et heritiers Colin Bary, et d’autre bout au chemin de Macheffer”, cette dernière pièce ayant été acquise par Cormereau de Colas Lochereau (1).
     Ces parcelles (signalées come on l’a vu plus haut du vivant de Cormereau en 1513-1514) appartiennent encore le 14 août 1527 “à la vefve et heritiers feu maistre Guillaume Cormereau”
(2).
     (2.4.1) Censier de Louis Lelong [AD91 E. 3930; voir aussi E.3933: “la veuve Guillaume Cormereau”] éd. Gineste 2011 57. — (2.4.2) ibid. n°21.
     Le 26 octobre 1526, nous voyons que Marie de Gilles, veuve de Guillaume Ducamel, habitait encore la maison qu’elle avait héritée de son père et qui touchait à l’église Notre-Dame, car elle y héberge Madame de la Trémoille, qui conduisait le cortège funéraire de la reine Claude, de Blois à Saint-Denis, deux ans après sa mort.

     Marie de Gilles en est défrayée moyennant 60 sols, plus 118 sols pour le bois qu’elle a fourni. Voici le compte conservé à la Bibliothèque nationale:
     “A la veufve feu maistre Guillaume Cormereau, d’Estampes, pour deux cens bûches de gros boys et soixante-douze fagotz, pour le jourd’huy et le lendemain disner, CXVIII sols;
     “A ladite veufve, pour le desroy
[dérangement] du logis de madame de la Trémoille et cuysine, et avoir fourny de linge pour les tables et cuysine, baterie et ustancilles de cuysine, pour le soupper d’arsois [hier soir] et le disner du jour subséquent, LX sols”
(3).
     Ceci nous donne une idée, si vague soit-elle, de ce que pouvaient être le logis et le mobilier de Pierre de Gilles et de Guillaume Cormereau comparés à ceux de leurs voisins du quartier Notre-Dame.
Claude de France en orante funéraire      (2.4.3) BNF, K. 83, n°18 (“Despence de madame de la Trémoille et aultres dames et damoiselles qui ont accompaigné et conduict le corps de la feue royne Claude, que Dieu absoille, depuis Bloys jusques à Sainct-Denys en France”; extrait édité par Bigot de Fouchères, Tablettes historiques d’Étampes, Étampes, Auguste Allien, 1876, p. 97).
     En 1555, à Notre-Dame, elle se porte encore marraine en même temps que la femme du deuxième successeur de son mari, Esprit Ducamel (4).
     (2.4.4) Notre-Dame 2 août 1555: “fut baptisé Marie fille de maistre Claude Paulmier et de Jeanne sa femme; les parrins [sic] Jehan Hamoys, les marennes Marie Veufve de deffunct maistre Guillaume Cormereau et Marie femme de maistre Esprit Ducamel procureur du roy”.
2.5. Descendance de Guillaume Cormereau

     Comme son prédécesseur Pierre de Gilles, Guillaume Cormereau a fait souche à Étampes, et paraît avoir eu au moins deux fils, Jean et Philippe.

    Nous trouvons en effet vers le milieu du XVIe siècle un certain “Philippe Cormereau, bourgeois d’Étampes” censitaire comme sa mère Marie de Gilles du fief des Longs (1), marié à une certaine Marie Guettard qui fait une donation à l’Hôtel-Dieu (2); ce Philippe Cormereau assistera à la rédaction de la Coutume d’Étampes le 22 septembre 1556 (3), et sera maire de la ville d’Étampes en 1558 (4).

     Par ailleurs un certain Jean Cormereau est signalé en 1538 lors d’une procédure d’adjudication à la prévôté d’Étampes.
     Dans ce cadre, il rédige et signe un acte au nom du prévôt Guillaume Audren les 18 octobre 1537 et 23 février 1538 comme suit: “Cormereau commis”; il assiste par ailleurs aux quatre criées successives qui sont opérées opérées place Saint-Gilles, les jeudis 1er novembre,
15 novembre, 29 novembre et 13 décembre 1537 avec ce titre: “Jehan Cormereau clerc commis au greffe de la dicte prevosté”; il est présent enfin lors de la distribution finale du 25 juin 1538, avec cet autre: “Jehan Cormereau clerc notaire royal au dict lieu” (5). 
     (2.5.1) AD91 E. 3933.

     (2.5.2) AD91 E. 3778.

     (2.5.3) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°40r°: “Honorable homme Philippes Cormereau”.

     (2.5.4) Maxime de Montrond, Essais historiques sur la ville d’Etampes, Étampes, Fortin, 1836-1837, tome 2, p. 232, donne une liste d’édiles d’après ce qu’il a pu trouver, de son temps “dans les registres de l’Hôtel de Ville” et notamment ceci  “1558. Philippe Cormereau, maire. Ferry Hue, Simon de la Lucasière, échevins”; Clément Wingler, Hôtel de Ville et Institution municipale 1150-1850, Étampes, Archives Municipales, 2002, p. 36.

     (2.5.5) Archives municipales d’Étampes, AA 241, f°8v°, f°13v°, f°14r°, f°14v°, f°15v°, f°19r°, 34r°.
     Dans un long registre de comptes minicipaux pour les années 1564-1566, malheureusement non paginé, et qu’il serait bien intéressant d’éditer, il est fait fait mention de plusieurs quitances signées de Jean Cormereau, comme celle-ci: “quictance du dict Gourmont signée Cormereau notaire royal au dict Estampes en dacte du XXIIe jour de juillet mil  Vc soixante cinq” (6).
     (2.5.6) Archives municipales d’Étampes, AA 13.
     Dans le même registre Jean Cormereau est cité en temps que procureur des échevins d’Étampes, comparaissant par exemple avec eux devant le lieutenant du prévôt le 6 octobre 1564, à l’occasion de la prestation de serment du nouveau receveur des deniers communs de la ville Jean Delaunoy (7).
     Nous le voyons encore, après 1565, tenancier du même fief des Longs, “Jean Cormereau, procureur au baillage d’Etampes” (8).
     Il est parrain à Notre-Dame à quatre reprises de 1564 à 1570, qualifié alors tantôt 
“procureur” et tantôt “praticien” (9). On voit en la première de ces occasions que les liens sont restés vivaces entre les descendants de Pierre de Gilles et ceux de son gendre Guillaume Cormereau, car il s’agit alors de jumeaux, et le deuxième enfant a pour marraine “Simonne Le Coup femme de sire Pierre de Gilles”.




     (2.5.7) Ibid., p. 1.

     (2.5.8) AD91 E. 3934 (1565-1572).

     (2.5.9) Notre-Dame jeudi 16 novembre 1564: “honneste personne maistre Jehan Cormereau procureur au bailliage d’Estampes”; 1er juin 1566: “honneste personne maistre Jehan Cormereau procureur au bailliage d’Estampes”; 30 octobre 1568, “Jacquette femme de maistre Jehan Cormereau praticien”; 2 octobre 1570: “honnorable homme maistre Jehan Cormereau” (parrain de Jean, fils posthume, fils de Pierre Leverryer, chirurgien du roi).

Généalogie De Gilles-Cormereau    

3. Guillaume Ducamel, le fils du laboureur
(…1518-1544…)


Hôtel des dames de Maubuisson, résidence des Ducamel
Hôtel des dames de Maubuisson, résidence des Ducamel
Hôtel des dames de Maubuisson, résidence des Ducamel
Maison seigneuriale des dames de Maubuisson, résidence de Colin puis Guillaume Ducamel (2009)

Généalogie Ducamel

3.1. Sur Colin Ducamel, père de Guillaume

     L’origine de la famille Ducamel, d’où sortirent les deux premiers successeurs de Jean Cormereau, me semble locale, et liée au terroir de Villeconin, où signalé dès le XIIIe siècle un clos du Camel (1). En 1556 par ailleurs le curé de La Forêt-le-Roi s’appelle Maurice Ducamel: c’est sans doute l’un de leurs parents éloignés (2).

     Quoi qu’il en soit une branche de la famille Ducamel est établie dès la fin du XVe à Étampes dans le secteur de l’actuelle rue Louis Moreau. Nous y trouvons dès 1482 un Colin Ducamel qui paraît la souche de tous les autres: il tient une maison Grand Rue Saint-Basile qui touche à celle des dames de Maubuisson (
3). En 1498, ils sont trois censitaires des dames de Longchamp, Colin Ducamel (4), son fils et voisin François Ducamel (5), ainsi qu’un certain Pierre alias Pernet Ducamel tout récemment encore possessionné dans un autre secteur de la censive, sur le plateau (6). Colin tient alors une maison qu’on peut situer au n°12 de la rue Louis-Moreau, et son fils une parcelle attenante, sous le château.

     Le 30 octobre 1500, le censier de Notre-Dame nous montre de plus, de l’autre côté de la rue, un certain Jean Ducamel tenant une maison dans la censive des chanoines, “à cause de sa femme” (7).

     On apprend le 17 août 1507 que Colin Ducamel était “laboureur”, au moment où il prend à bail la maison seigneuriale des dames de Maubuisson, au n°10 de la rue Louis-Moreau, qui touche la maison qu’il tient déjà à cens des dames des Longchamp
(8); on note à cette occasion la présence en temps que témoin de “Pernet Ducamel”.

     A la Saint-Rémi,
c’est-à-dire le 1er octobre, des années 1509 et 1511, Colin est toujours censitaire des mêmes (9).

     Il doit être mort dans le courant de ce mois d’octobre 1511, car, le 6 novembre 1511, c’est à Guillaume Ducamel que les dames de Maubuisson donnent à bail leur maison du n°10 de la rue Louis-Moreau: “Guillaume Ducamel procureur et practicien en court laie au dict Estampes” (10). Il apparaît par là que Guillaume Ducamel était lui aussi fils de Colin, et frère certainement aîné de François.
     (3.1.1) Nous voyons qu’au XIIIe siècle il existait à Fourchainville (apud Foucheinvillam), hameau de Villeconin, un clos du Camel (clausum de Camel) où étaient possessionnés les moines de Morigny (Cartulaire de Morigny, éd. Menault: en 1230, n°37, pp. 103-104; en 1234, n°40, p. 104; en 1235, n°43, 44 et 45, pp. 100-101, 103 et 105-106; en 1237, n°46, pp 101-102. — (3.1.2) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°34r°: “Maistre Morice du Camel curé de la forest le Roy, present”.

     (3.1.3) Censier de Longchamp pour 1482 (AD91, E. 3896), édition Gineste, item n°12: “Colin du Camel, pour sa maison, court, cave, jardin, et appartenances assis en la dite Grant Rue Saint Basille tenant d’une part à l’ostel des dames de Maub[u]isson et d’autre part à Jehan Picart, abutant au pavé de la dite Grant Rue et par derriere à Guillaume Hemes ; pour ce : X s. VIII d.”. —(3.1.3) Censier de Longchamp pour 1498 (AD91, E. 3895), édition Gineste, item n°6: “Collin du Camel, pour sa maison, court, jardin et appartenances assis en la grant rue Saint Jacques, tenant d’une part à l’ostel des dames de Maubuysson, d’autre part à Jehan Pezart à cause de sa femme, aboutissant d’un bout à ladite grant rue, d’autre bout par derriere à Guillaume Hemes: VI s.VIII d. t.”. — (3.1.5) Ibid., item n°40: “François Ducamel, pour partie de l’eritage Collin Ducamel son pere où il fait faire maison, tenant d’une part audit Collin, d’autre part aux dames de Maubuysson, aboutissant à la dite grant rue: IIII s. t.” — (3.1.6) Ibid., item n°128-129: “Jehan Boissiere (…) ou lieu de Pierre du Camel, pour ung quartier de vigne assis en Espinant (…)  aboutissant d’un bout au chemin des vignes, d’autre bout au murgier: IIII d. t.” et item n°169: “Loys Johannes filz d’Estienne Johannes demourant à Brieres les Scellées, pour demi arpent et demi quartier de terre assis au Boys Belon, lequel il a achacté de Pierre Ducamel”.

     (3.1.7) Censier de Notre-Dame d’Étampes pour 1500, Archives Nationales, édition Gineste, item n°35: “Jehan Ducamel, pour sa maison assise audict lieu, tenant d’une part à Jehan Boissiere, aboutissant sur ladicte rue [=“en la grant rue Sainct Anthoine”]”; cf. item n°34: “Les hoirs Jehan Marie, pour leur maison assise en la grant rue Sainct Anthoine, tenant à Jehan Ducamel à cause de sa femme, aboutissant sur ladicte rue”. — (3.1.8) Bail de la maison seigneuriale des dames de Maubuison en 1507 (AD95 72H 108), édition Gineste; “Colin Ducamel, laboureur demourant à Estampes”. — (3.1.9) AD91 E. 3897: “Collin Ducamel”.

     (3.1.10) AD95 72H 108, édition Gineste 2010; Monique Chatenet le donnait déjà comme “procureur” et tenant cette maison en 1511, quoique sans préciser sa source, peut-être différente de la nôtre (Étampes, un canton entre Beauce et Hurepoix, Paris, Éditions du Patrimoine, 1999, p. 201).
3.2. Sur les frères de Guillaume Ducamel
      En cette même année 1511 ce censier des dames de Longchamp nous précise que François est “marchand hôtelier” (1); il nous est aussi signalé aussi un peu plus tard, pas avant 1513, comme censitaire du fief des Longs en même temps que son frère: “François du Camel, marchand; (…) Guillaume Ducamel, praticien en cour laye” (2); en septembre 1515 il apparaît dans une liste des bourgeois d’Étampes établie par son frère Guillaume entre temps devenu tabellion du bailliage d’Étampes (3). François Ducamel est mort entre 1515 et 1529. Un registre de Longchamp mentionne sa veuve et ses héritiers de 1529 à 1536, puis ses seuls héritiers de 1537 à 1539 (4).

     Dans le même temps ce même registre mentionne, à la place de Colin, et donc sans doute pour la maison du n°12, d’abord “Pernet Ducamel” en 1529, puis “maistre Guillaume Ducamel” de 1530 à 1540, qui a dû en hériter à son tour. Ce Pernet devait donc bien être un troisième fils de Colin Ducamel mort sans descendance.


     (3.2.1) AD91 E. 3898 “François du Camel, marchant hôtelier (…) Collin Ducamel”.

     (3.2.2) AD91 E. 3930 ( à une date indéterminée entre 1513 et 1541).

     (3.2.3) Archives municipales d’Étampes AA227, f°45r°v°.

     (3.2.4) AD91 E. 3899. Cf Inventaire-Sommaire de la série E, tome 2, pp. 290-298.

3.3. Antécédents de Guillaume Ducamel

     Revenons maintenant à Guillaume Ducamel, que nous avons déjà vu signalé le 6 novembre 1511 comme “procureur et practicien en court laie au dict Estampes” lorsque les dames de Maubuisson lui donnent à bail leur maison du n°10 de la rue Louis-Moreau (1).
     ( 3.3.1) AD95 72H 108, édition Gineste 2010.
     Le 9 octobre 1513 “Guillaume Ducamel tabellion d’Estampes” enregistre des aveux de douze censitaires de Louis Lelong: Guillemin Durant, Jean Belier, Jehan Sablon, Jean Paris l’esné, Jean Chausson, Jean Chandelier, la vefve Cancian Girault, Macé Aleaume, Pierre Moreau, Pierre Girault, Pierre Bourdin, Pierre Mencion (2).

Signature de Guillaume Ducamel comme notaire en 1513 (Censier des Longs, folio 43 verso)
     (3.3.2) Censier de Louis Lelong [AD91 E. 3930] éd. Gineste 2011 Lelong n°19, 24, 25, 27, 28, 38, 44, 58, 68, 69, 70, 71.
     Le 8 janvier 1514 “Guillaume Ducamel tabellion d’Estampes” enregistre des aveux de sept censitaires de Louis Lelong: Cancien Louvet, Ferry Saillart, Louis Julin, Jehan Guyllart, Loys du Chesne, Pierre Boesse, Princet Guiart (3)
     (3.3.3) Censier de Louis Lelong éd. Gineste 2011 Lelong n°11, 16, 20, 23, 45, 72, 73.
     Le 9 octobre 1514, “Guillaume Ducamel praticien” est cité comme voisin d’un censitaire de Louis Lelong au champtier de Machefer, le cordonnier Jehan Fiette. Est-ce à dire qu’il ne soit plus tabellion? Tout indique le contraire, car dans tous les items de ce censier où il apparaît, comme tenancier, ou comme voisin, ou comme témoin, l’aveu est enregistré non pas par le tabellion, mais par son substitut, ici “Charles Bonnaurdon, clerc substitut juré au tabellionnage d’Estampes (4). Il doit obéir en cela à un principe de déontologie.
     (3.3.4) Censier de Louis Lelong éd. Gineste 2011 Lelong n°36.
     Le 9 septembre 1515 nous le retrouvons bien de fait tabellion du bailliage: “Guillaume du Camel tabellion et Pierre de Vedye notaire et substitut jurez commis ès ville et conté d’Estampes” (5). C’est sous sa direction qu’est alors établie une très précieuse liste, celle des nombreux bourgeois de la ville qui constituent alors comme leur procureur Pierrot de Feugères, procureur au Châtelet de Paris, pour y défendre leurs intérêts.
     (3.3.5) Archives municipales d’Étampes AA227, f°45r°.
     Le 11 juillet 1516, “Guillaume Ducamel, praticien au dit Estampes” se porte témoin de l’aveu d’un censitaire de Louis Lelong, à savoir de “Maistre Guillaume Audren, licencié en decret, garde de la prevosté d’Estampes”, l’aveu étant enregistré par “Charles Bonnaurdon, substitut du tabellion d’Estampes (6).
     (3.3.6) Censier de Louis Lelong éd. Gineste 2011 Lelong n°64.
     Le 22 février 1517 “ Guillaume Ducamel, praticien en court laye à Estampes” avoue devant “Philipe Hebart, clerc substitut juré au tabellionnage d’Estampes”, tenir lui-même de Louis Lelong, pour 12 deniers de cens, “demy arpent de vigne en une piece, assis ou chantier de Machefer, tenant d’une part à Cancian Tourneville, aboutissant d’un bout à maistre Michel Poynet et d’autre bout à la vefve et heritiers Fiette”. L’aveu est reçu par “Philipe Hebart clerc substitut juré au tabellionnage d’Estampes (7). Il doit donc être toujours lui-même tabellion.
     (3.3.7) Censier de Louis Lelong éd. Gineste 2011 Lelong n°22.
     On conservait enfin autrefois à Orléans, avant le bombardement de 1940, copie d’un titre de cette époque relatif, malheureusement non daté, à un cens ou rente qui était perçu par le receveur du roi sur une maison sise à Étampes et tenue par Guillaume Ducamel “praticien en cour laye” (8).
     (3.3.8) AD45 A. 1226 (registre de copies de titres), cf. Inventaire-Sommaire de la série A, 1878, tome 1, p. 276b.
     Il apparaît donc que Guillaume Ducamel a été tabellion au moins de 1513 à 1515, et certainement au-delà. C’est une donnée très intéressante sur sa carrière. Nous avons vu que Pierre de Gilles avait commencé pour sa part par être notaire.

     Reste à déterminer à quelle date Ducamel est passé procureur du roi. Nous avons vu que la dernière mention que nous connaissions de son prédécesseur Guillaume Cormereau dans cette fonction était du 28 mars 1518.


3.4. Guillaume Ducamel procureur du roi

     Pierre Plisson, qui a connu comme on l’a dit de nombreuses pièces d’archives étampoises aujourd’hui disparues, signale dans sa Rapsodie Guillaume Ducamel comme “procureur du Roi” dès 1520 (1). Il l’était même peut-être depuis déjà 1519.

     Le 19 avril 1520, de fait, nous le voyons renouveler le bail de la maison seigneuriale des dames de Maubuison, au n°10 de l’actuelle rue Louis-Moreau, avec ce titre: “honnorable homme maistre Guillaume Ducamel procureur du roy nostredit seigneur ou conté d’Estampes”
(2).
     (3.4.1) Édition de Forteau, Annales du Gatinais 1909, p. 248; c’est probablement sur cette base que Dupieux avance aussi sans référence cette date de 1520.


     (3.4.2) AD95 72H 108, édition Gineste, ligne 5-6.
     Le vendredi 14 novembre 1522, le procureur du roi se rend à la maladrerie Saint-Lazare, de concert avec le lieutenant général du bailliage, qui était alors Jean de l’Épine, assisté de son greffier, et avec deux échevins d’Étampes (3). Ils y procèdent à la prise de possession de la charge d’administrateur de cet établissement par Pierre Marchant, clerc de la chapelle de la reine Claude alors comtesse d’Étampes, nommé à ce poste par François Ier le 23 octobre (4).
     (3.4.3) Archives nationales, Papiers des Princes, Apanage d’Orléans, R4.940, liasse 1, pièce 3 (cité par Dupieux, Institutions, p. 143, note 1).

     (3.4.4) Texte édité par Dupieux, pièce justificative n°20.
     En 1532, Guillaume Ducamel rédigea un inventaire, sur un registre de papier de 148 feuillets, et ce grand in-quarto porte le titre suivant: C’est le papier mis par forme d’inventaire des registres, vidimus, adveuz, dénombremens, declarations, foys et hommaiges et aultres enseignemens, concernans les fiefz du conté d’Estampes, pour le Roy notre sire; aussy des fiefz et arrière-fiefz tenuz et mouvans dudict seigneur, à cause de sa grosse tour, chastel et conté dudict Estampes.
     Selon l’Inventaire-Sommaire, “ce papier est l’œuvre de Guillaume Ducamel, procureur du roi. Il lui fut enjoint de le faire par Jean De Pouche, lieutenant général de Languedoc, gouverneur, bailli et capitaine d’Estampes; et par Jean de La Barre, comte d’Étampes, gouverneur de Paris”
(5).
     (3.4.5) F. Maupré et Jules Doinel, Inventaire-Sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Loiret. Archives civiles. Série A. Nos 1 à 1799. Tome premier, Paris, Paul Dupont, 1878, p. 268, article A. 1181. Cette transcription du titre est précieuse parce que la première page du registre est aujourd’hui pratiquement illisible. Ce très précieux registre a été sauvé par miracle lors de l’incendie de 1940, et son texte sera édité dans le présent Corpus Étampois, nous l’espérons, avant la fin de l’année 2011.
     Vers 1535, date de la mort de Guillaume de Paviot seigneur de Boissy-le-Sec (6), c’est probablement à Guillaume Ducamel que fut adressée par sa veuve Anne d’Autry une réquisition de souffrance en faveur de ses héritiers mineurs Philippe et Jacques, c’est-à-dire une suspension provisoire de leur devoir d’hommage, jusqu’à leur majorité (7). Comme on le verra à nouveau à la génération suivante, le procureur du roi dut transmettre cette demande à la Chambre des Comptes, seule habilitée à y accéder.

     Le 17 octobre 1537, à Saint-Cyr-la-Rivière, le sergent étampois Pierre Lamy vient réclamer l’exécution des clauses obligatoires d’un contrat de mariage passé à Étampes quatre ans auparavant. Le curé de Saint-Cyr s’était engagé à fournir au ménage une certaine somme d’argent et certains biens, mais il est mort avant de s’être entièrement acquitté de ses obligations. L’exécuteur testamentaire oppose au sergent Lamy, devant le prévôt de Saint-Cyr, qu’il ne dispose à cet effet d’aucun bien qui ne soit mis sous séquestre par le procureur du roi (8).
     Cependant il doit s’agir d’une erreur, car le prévôt d’Étampes, en relatant cette affaire quelques mois plus tard, le 1er juin 1538, rectifie visiblement cette assertion en précisant qu’il s’agissait plutôt du procureur du seigneur de Saint-Cyr
(9).
     (3.4.6) Jean-Pierre Dobler, Boissy-le-Sec, Écomar, 2002, p. 58 (qui ne donne pas sa source pour cette date). — (3.4.7) Selon un document autrefois conservé à Orléans, AD45 A. 1195; cf Inventaire-Sommaire de la série A, 1878, p. 270b  (premières pièces d’une série datées par l’inventaire de 1535 à 1738): “Paroisse de Boissy-le-Sec. — Boissy-le-Sec: — acte de souffrance concédé à Anne d’Autry veuve de Guillaume Pavyot, au nom de ses enfants mineurs; — réquisition de souffrance pour les mêmes mineurs, Philippe et Jacques; — acte de fois et d’hommage des mêmes; — [évidemment à la génération suivante] réquisition de souffrance de Jeanne De Brissay, veuve de Jacques Pavyot, au nom des mineurs Pierre, Claude, Louise, Suzanne et Jacqueline; — offres de foi de Pierre de Pavyot; — etc.”.

     (3.4.8) Archives municipales d’Étampes AA254 (autre cote portée par le dossier: L.241), f°7r°, édition Gineste 2010: “ceulx qu’il en a en sont empeschez à la requeste du procureur du roy mon sire”.

     (3.4.9) Ibid. f°1v°: “tout estoit empeché à la requeste du procureur du [rayé: roy] seigneur du dict lieu de Sainct Cire”; f°8r°: “à la requeste du procureur du dict seigneur de Sainct Cire”.
     En revanche, le 25 juin 1538, c’est bien au procureur du roi Guillaume Ducamel que sont versées deux indemnités dans le cadre de la même affaire.
     Une maison appartenant au défunt, à Étampes, à côté de l’Hôtel de Ville, a été mise en adjudication, et elle est finalement achetée par le maire et les échevins d’Étampes. Selon l’usage, le prix de la vente est ensuite distribué, pour rembourser d’une part les créanciers du défunt et pour payer leurs avocats et procureurs, d’autre part pour rémunérer les officiers du baillaige de leurs diligences dans le cadre de cette affaire. C’est dans ce cadre que Guillaume Ducamel se voit attribuer 10 livres et 9 sols parisis. Le prévôt précise en effet que le bailli en personne lui a déjà attribué 10 livres et 5 sols, et il y ajoute lui-même 4 sols pour avoir assisté à la dite distribution:
     “A esté baillé et distribué au procureur du roy nostre sire au bailliage et duché d’Estampes ad ce present la somme de dix livres cinq solz parisis, laquelle luy a esté par cy devant taxée par monsieur le bailly d’Estampes comme il nous est apparu par taxe faicte le vingt cinquiesme jour de jung dernier passé [sic], et pour avoir assisté à la dicte distribution avons taxé au dict procureur du roy quatre solz parisis presentement payez par le dict de la Lucariere recepveur, qui est somme toute à tournoys, treize livres ung sol et troys deniers tournoys.”
(10)
     C’est un exemple concret de ce que constate ailleurs Dupont-Ferrier: “Les enquêtes, les examens de témoins et autres actes de procédures, onéreux pour les parties, étaient souvent lucratifs pour le procureur” (11).
     (3.4.10) Ibid., f°26v°. La date du 25 juin doit constituer ici une erreur, puisque c’est la date de la distribution en cours, tandis que le 25 juin 1537 le curé de saint-Cyr était encore en vie.

     (3.4.11) Les officiers royaux des bailliages et sénéchaussées, Paris, Émile Bouillon, 1902, pp. 153-154.
     En cette même année 1538, quelques jours plus tard, le 5 juillet, est renouvelé le bail de la maison des dames de Maubuisson au bénéfice de “honorable homme et saige maistre Guillaume Du Camel procureur du roy nostre sire ou bailliage d’Estampes” (12).

     Le 9 juin 1543 est adressé par le roi le “mandement au bailli d’Étampes de procéder à la vente des bois de Chantropin, nonobstant le procès pendant entre le procureur du roi audit Etampes et le vidame de Chartres, et sans préjudice des droits desdites parties”
(13). Ce bois sépare les communes de Saint-Chéron et de Breux, au canton de Dourdan. Fleureau au siècle suivant cite de fait “Champtropin” parmi les hameaux dépendants de Saint Cheron, village, & paroisse (14).
     Ce conflit est toujours en cours en 1557, où il se poursuit devant le Parlement, au témoignage de ces deux mémoires conservés au Trésor des Chartes sous la cote J 737/41-41bis: 41. Cahier de copies collationnées de titres de 1334 à 1548 produits par Jean Le Roux, grènetier d’Étampes, en l’instance pendante au Parlement de Paris entre le procureur général du roi, demandeur pour son substitut à Étampes, et ledit grènetier, défendeur pour le vidame de Chartres et les religieuses de La Saussaye, sur les bois de Champturpin, dépendant du duché d’Étampes (cahier papier, 6 avril 1557); 41bis. Mémoire au procureur général du roi pour contredire ladite nouvelle production de titres de Jean Le Roux (original, sans date [XVIe s., après le 6 avril 1557]).” (15)
     (3.4.12) AD95 72H 108.

     (3.4.13) Mandement rendu à Épineuseval le 9 juin 1542, d’après une copie du temps signée Moynerie (Archives de Seine-et-Oise, série D, fonds de Saint-Cyr, 19e carton de la Saussaye, résumé par le Catalogue des actes de François Ier. Tome VI, Paris, Imprimerie nationale, 1896, p. 671, n°22410). — (3.4.14) Antiquitez, p. 62 (ici).

     (3.4.15) Centre Historique des Archives Nationales. Série J. Trésor des Chartes. Supplément. Inventaire par Henri de Curzon, relu et complété par Jean-Marc Roger, conservateur en chef. J 736 - 741. Ile de France, 1912, dont une réédiiton numériqu een ligne (cliquez ici), p. 12.
     Au début de 1544, il dépose comme procureur lors du procès verbal d’évaluation du duché (16). Il est alors interrogé par Nicolas Dupré, maître des Comptes, et Pierre le Maistre, greffier de la Chambre des Comptes, en janvier ou février (17).

     En cette occasion, Ducamel déclara entre autres que le droit de guet perçu à son époque par le bailli d’Étampes sur les contribuables imposés pour la taille du roi pouvait valoir à son bénéficiaire la somme de trois à quatre cents livres par an, somme qui étonne Dupieux, qui se demande si on n’est pas là en présence d’une exagération dictée par la jalousie envers un supérieur non résident, d’autant qu’un autre témoin que ce revenu serait plutôt inférieur à soixante livres (18).

     Nous apprenons à cette date un usage en vigueur à Étampes: lorsqu’un nouveau lieutenant général est nommé au bailliage d’Étampes, “il comparaissait dans la salle qui servait d’auditoire, en présence de tous les dignitaires du bailliage. On entendait le procureur du roi qui lui souhaitait la bienvenue, on lisait sa lettre de nomination, puis on tenait session”
(19).

     Le 31 juillet 1544, un bourgeois d’Étampes sollicite du roi la création de douze nouveaux offices à Étampes. En juin 1545 deux offices d’auneurs de draps sont effectivement crés par édit royal. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le rôle que joue dans cette affaire le procureur du roi à Étampes, tel que nous le révèle le texte de cet édit enregistré à la Cancellerie de France, jadis édité par Dupieux, et que nous rééditons intégralement ci-après.
     (3.4.16) Selon un document autrefois conservé à Orléans (A 1237, passim) cité par Dupieux (Institutions, p. 85, note 5, qui donne par erreur A. 1236). En voici le résumé par l’Inventaire-Sommaire de 1878, p. 278b: “procès-verbal d’évaluation des domaines de la Ferté-Aleps (Alais) et d’Étampes en 1543. Droits de reclins et amendes. Reclin ou reclaim, de reclamium, action de réclamer son bien.” Il faut faire attention que cette date doit être corrigée, l’évaluation ayant eu lieu en janvier et février 1543 ancien style, c’est-à-dire au début de 1544 (cf. Dupieux, Institutions, p. 38, note 1). — (3.4.17) Archives nationales, anc. J. 961, n°124, cf. Catalogue de actes de François Ier, t. VIII, p. 131, n°30462 (mention de la rétribution des enquêteurs), cité par Dupieux, Institutions, p. 38, note 1)

     (3.4.18) Institutions, pp. 74-75.

     (3.4.19) Dupieux, Institutions, pp. 79-80, d’après un document aujourd’hui disparu des Archives du Loiret (A1236, folio 273), dont malheureusement il ne précise ni la nature ni la date; mais il semble que ce soit le procès-verbal d’évaluation du 1544, où dépose Guillaume Ducamel et qu’il cite avec la même référence (p. 85, note 5).
     “François, etc., à tous présens, etc.,
     
comme, dès le dernier jour de juillet dernier passé, Anthoine Regnault, sommellier ordinaire de panneterre de nostre très cher et très amé filz le Daulphin, et Pierre Gytton, marchant dappier de la ville d’Estampes, nous eussent présenté requeste tendant, par icelle et pour les causes y contenues, de créer et ériger en la dicte ville, duché et bailliage d’Estampes les offices qui s’ensuivent,
     c’est assavoir ung office d’enquesteur et examinateur, ung office d’esleu, oultre celluy qui y est de présent, deux offices de vendeurs de vins en la dicte ville et faulxbourgs, deux offices de aulneurs et courtiers de draps en la dicte ville et faulxbourgs, deux offices de priseurs de biens, tant héritaiges que meubles, et deux commissaires sur les boullengers, et deux offices de jaulgeurs de muyz et poinssons de vins en la dictes ville et faulxbourgs,
     sur quoy eussions décerné noz lettres patantes aux bailly et prévost d’Estampes ou leurs lieuxtenans, pour, appelé nostre procureur, informer sur le contenu en la dicte requeste, et de la commodité ou incommodité de nous et de la chose publicque, sur les dictes érections et créations d’offices, et la dicte information, avec leur advis sur ce et de [p.266] nostre dict procureur, renvoyez par devers nous et nostre dict conseil, pour pourveoir comme de raison,
     savoir faisons que nous, suivant les dictes requestes, lettres, informations et advis cy attachez soulz le contre-seel de nostre chancellerie, avons en la dicte ville, faulxbourgs, duché et bailliage d’Estampes créé, érigé et estably, créons, érigeons et establissons par édict perpétuel et irrévocable les offices qui s’ensuivent,
     c’est assavoir deux aulneurs et courtiers de draps en la dicte ville et faulx-bourgs, pour estre par nous pourveuz ès dictz estatz et offices de personnaiges capables et suffisans, à telz droiz, honneurs, auctoritez, proffictz, revenus et émolumeus qui y appartiennent, et à tels et semblables que ont et prennent ceulx des autres villes de nostre royaume.
     Si donnons en mandement par ces dictes présentes aus dictz bailly et prévost d’Estampes et à tous noz autres justiciers que de noz présent édict, création et érection des dictz offices ilz facent enregistrer, lyre et publier, et du contenu en icelle joïr et user, etc., ceulx qui seront par nous pourveuz des dictz estatz et offices et leurs successeurs,
     cessans et faisans, etc., nonobstant oppositions, etc. et sans préjudice d’icelles, etc. Et affin, etc., sauf etc.,
     Donné à Argentein, ou mois de juing, l’an de grace mil et Ve XLV, et de nostre règne le XXXIe. Ainsy signé: Par le Roy: Maistre Arnole Dupic, maistre des requestes de l’hostel, Chrispin Cerfier. Visa. Et scellé de nostre verd en laz de soye.(20).
     (3.4.20) Archives nationales JJ 2571, n°64, f°31 (cf. Catalogue des actes de François Ier, tome IV, p. 753, n°14502), texte édité par Paul Dupieux, in Bulletin philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité des travaux historiques et scientifiques (1930-1931), pp. 265-266 (n°11).
     Ce document illustre à merveille le rôle du procureur lors de lors de toute prise de décision royale d’intérêt local: c’est lui qui est en charge de mener l’enquête de commodo et incommodo, c’est-à-dire de peser le pour et le contre de toute innovation locale, tant du point de vue des intérêts particuliers du roi que du point de vue de l’intérêt public en général.

     En 1546 (21), c’est très probablement à Guillaume Ducamel que fut adressé une réquisition de souffrance en faveur des enfants mineurs de Simon Hardy, seigneur de la Fosse à Chalo-Saint-Mars.

     La date de la mort de Guillaume Ducamel est incertaine; il est probable mais non certain qu’elle est antérieure 1547; cependant, dans l’état actuel de notre documentation, c’est seulement en 1550 que son fils et successeur Esprit Ducamel est mentionné expressément comme procureur du roi.

     Comme nous l’avons déjà vu et le verrons à nouveau dans la suite, la détention de la charge de procureur du roi à Étampes paraît donc bien avoir revêtu dès avant le XVIe siècle un caractère héréditaire, qui persistera encore pendant toute la première moitié de ce siècle (22).
     (3.4.21) AD45 A. 1198, cf. Inventaire-Sommaire de la série A, tome 1, 1878, p. 271a: “1546-1744. — Paroisse de Châlo-Saint-Marc (suite). — Justice de la Fosse: — réquisition de souffrance par Alexandre Midon, sieur de Vaully, demeurant à Guay-Gaillard, paroisse de Férolle, au nom et comme tuteur de Simon-Nicolas-Isidore Hardy, François Hardy et Marie-Louise Hardy, enfants mineurs du premier lit de Simon-Nicolas Hardy, seigneur de Guay-Gaillard, La Motte, Férolle et La Fosse, et de Marie-Louise Midon”. A l’époque de Fleureau, vers 1668, “Auguste Hardi est seigneur du hameau de la Fosse”, mais il nous dit curieusement, Antiquitez, p. 44, que ce dernier l’aurait acheté au “successeurs de Messieurs de Thou”.

     (3.4.22) C’est pourquoi d’ailleurs il n’est impossible que l’épouse de Guillaume Ducamel, mère d’Esprit Ducamel, ait été elle-même une fille de Guillaume Cormereau, quoique rien ne l’indique positivement dans l’état actuel de notre documentation.
3.5. Descendance de Guillaume Ducamel

     Nous connaissons avec certitude trois enfants de Guillaume Ducamel, auxquels il faut joindre ccertainement une certaine Louise première épouse d’Esprit Hattes son deuxième successeur.

     1. Esprit Ducamel, fils et premier successeur de Guillaume, sur lequel nous ne étendrons pas ici puisqu’il fait l’objet de l’article suivant.

     2. Marie Ducamel épouse de Girard Garnier, dont nous allons parler ci-après.

     3. Jean Ducamel II.
Installé dans la paroisse Notre-Dame, il paraît  y avoir fait souche. Le 5 mai 1552, il s’y porte parrain, et le 13 août de la même année il y fait baptiser un Jean Ducamel III que vient de lui donner sa femme Cantienne; le parrain est son frère Esprit Ducamel, et la marraine sa sœur Marie (1). On trouve sa veuve Cantienne toujours censitaire des dames de Longchamp de 1562 à 1571 au moins (2).
     
Jean Ducamel III sera lui-même parrain à Notre-Dame le 28 octobre 1577, âgé de 15 ans. En 1582 nous le retrouverons, âgé de trente ans, contrôleur du domaine d’Étampes (3).

     4. Louise, première épouse d’Esprit Hattes, était probablement aussi une fille de Guillaume Ducamel, comme nous aurons l’occasion de le dire au sujet de son deuxième successeur.
     (3.5.1) Notre-Dame 13 août 1552: “Le dict jour fut baptisé Jehan filz de Jehan Ducamel et de Cancienne sa femme; les parrins maistre Esprit Ducamel procureur du roy ou dict lieu et Jehan Dallier et la marenne Marie fille de maistre Girard Garnier advocat”. Nous reviendrons sur cette Marie Ducamel fille de Guillaume et femme de Girard Garnier.

     (3.5.2) AD91 E. 3900: (1562): “la veuve Jehan Ducamel; (…) M. Esprit Ducamel; M. Esprit Hacte”; (1563) “la veuve Jehan Ducamel; (…) M. Esprit Ducamel; M. Hacte, procureur du roy”; (1564) “les enffans Jehan Ducamel”; AD91 E. 3901 (1571-1576): “la veuve Jehan Ducamel”.

     (3.5.3) Notre-Dame 28 octobre 1577: “Jehan Ducamel”; Saint-Gilles 9 juillet 1582: “honeste personne maistre Jehan du Camel contrerouleur du domaine d’Estampes” (marraine: “Perrine Haste”).
3.6. Sur son gendre Girard Garnier I et sur son petit-fils Girard Garnier II

     Outre son fils et successeur Esprit, dont nous parlerons dans l’article qui suit, Guillaume Ducamel a eu au moins une fille, sinon deux. Il est en effet vraisemblable que la Louise qui fut la première épouse d’Esprit Hattes, receveur du domaine au moins à partir de 1549, était une fille de Guillaume Ducamel; nous en verrons ultérieurement plusieurs indices; cependant la seule de ses filles que nous connaissions pour telle avec certitude esst une certaine Marie Ducamel.

     On la trouve marraine à Notre-Dame et à Saint-Basile, mentionnée comme épouse de Girard Garnier de 1545 à 1554, puis comme sa veuve de 1564 à 1566 (1).

     Ce Girard Garnier est signalé dès 1533 comme un avocat en activité, licencié ès lois, avocat et conseiller du bailliage, dont on a conservé un plaidoyer, également signé de Louis Lambert,  vantant les mérites d’Étampes comparés à ceux de Montfort-l’Amaury, également siège  d’un grenier à sel, à l’occasion d’un différent relatif à des localités frontalières. Je ne peux résister au plaisir de citer ce bel éloge patriotique de la ville d’Étampes:
     “Premierement que la ville d’Estampes est une belle grant ville close d’un beau et fort chastel et de fossez à eaue et fortes murailles, populée de grant nombre de bons et riches marchans, assis en l’un des meilleurs pays et passaiges dedans France et la Beaulse, et sur le grant chemyn de Paris et Orleans, sur la riviere de Juysne qui est navigable et de moult grant apport et proffit à la chose publicque du pays.
     
Et sy est douée et enrichie de Maison de Ville, en laquelle y a maire et eschevyns et aultres officiers de ville, et grant apport & affluence de marchandises qui y arrivent tant par eau que par terre, à cause de la bonne assiete de dicte ville et des marchez quant y ils sont chacune sepmaine les jours de jeudi et vendredi et samedi, et chacun jour y a marché de regraterye sans aucunes subsides.
     “Item en oultre en la dicte ville y a bailly, prevost, lieutenant general, particulier, advocat et procureur du roy, et grant affluence de notables sçavans advocatz et gens de bon conseil; dont le roy nostre sire est conte et seigneur, en grant estandue de pays qui ressortist tant en premiere instance que par appel par devant les bailly et prevost de la dicte ville”
(2).
     Le 22 septembre 1556, à l’occasion de la rédaction de la Coutume d’Étampes, nous le trouvons prévôt de la chatellenie de Mesnilgiraut; il assiste un grand nombre de participants: il est
conseil de l’Eglise d’Orléans, avocat et conseil de l’abbaye de Morigny, ainsi que des célestins de Marcoussis, conseil de Claude de Châtillon seigneur de Bouville, de François d’Alonville seigneur d’Oisonville, de Jacques de Paviot seigneur de Boissy-le-Sec, de Claude de Percy seigneur de la Tour d’Auvers, et de Claude Desmaris (des Mazis) seigneur de Marchais (3).

    Trois mois plus tard, les trois parlementaires parisiens qui avaient présidé à la rédaction de la Coutume d’Étampes s’étant transportés à Dourdan pour y faire de même, lors de rédaction de la Coutume de cet autre bailliage, le 29 décembre 1556, nous voyons intervenir “maistre Girard Garnier, Advocat à Estampes, substitut du procureur du Roy, audit Bailliage d’Estampes” (4).
     Nous reviendrons plus loin sur cet épisode, dans notre article sur le mandat d’Esprit Ducamel.
C’est deuxième cas avéré que nous ayons relevé pour l’instant au XVIe siècle d’un substitut du procureur du roi à Étampes, après celui de Guillaume Audren prévôt faisant l’office du procureur du roi le 13 janvier 1513 en remplacement occasionnel de Guillaume Cormereau (§ 2.6); il nous semble qu’il s’agissait ici aussi d’un mandat exceptionnel, et non pas d’une charge fixe, dont il n’est pour l’instant aucun autre exemple avéré à Étampes au XVIe siècle.
     On remarquera seulement ici qu’il intervient également à Dourdan en temps qu’avocat de “messire Alof de l’Hospital chevalier seigneur de sainte-Mesme, le Jallier, Denisy, Corpeaux, Roullon, Semonz, les Jourriatz, Grousteau, Chenevelles & Vausoleil” (5)
. Cest bien là sa sa véritable fonction ordinaire, car en 1557 et 1560, il est à nouveau cité avec le simple titre d’avocat (6).  
           (3.6.1) Notre Dame 2 octobre 1545 “[espace blanc] du Camel femme de maistre Girard (sic)”; 16 août 1552: “Le dict jour fut baptisé Jehan filz de Jehan Ducamel et de Cancienne sa femme; les parrins maistre Esprit Ducamel procureur du roy ou dict lieu et Jehan Dallier et la marenne Marie femme de maistre Girard Garnier advocat”; 10 octobre 1564: “M. Marie veufve de honorable homme Girard Garnier en son vivant advocat à Estampes”; Saint-Basile les 10 février et 28 décembre 1566: “Marie du Camel veufve de deffunct Girard Garnier” (nous trouvons en même temps pour parrain “maistre Esprit Haste procureur”, qui doit être son beau-frère, si comme nous le supposons sa première épouse Louise était aussi une fille de Guillaume Ducamel, et “venerable et discrette personne maistre Nicolle Petot [Nicolas Pétau] baillif d’Estampes”; 28 décembre 1566: “Marye du Camel veufve deffunct maistre Girard [rayé: du] Garnier advocat à Estampes.”

Signature de Girard Garnier, vers 1533
Signature de Girard Garnier (vers 1533)

     (3.6.2) Archives municipales d’Étampes AA 47 ( 31 pièces de procédure au sujet de la perception de la gabelle), pièce n°23. Archives municipales d’Étampes, AA 47 n°23. Ce texte n’est pas daté, mais appartient à une liasse de trente-et-une pièces relative à une procédure que Marie-Anne Chabin date de 1532-1534. On notera que l’auteur dit que le conté est dans la main du roi, ce qui signifie qu’on est avant le 22 juin 1534, date à laquelle le conté d’Étampes fut donné par François Ier Jean de Penthièvre et à son épouse Anne de Pisseleu (Fleureau, Antiquitez, pp. 223-224). Ce texte est connu par Dupieux (Institutions, p. 79, note 1), qui en donne même un résumé (ibid., pp. 211-212).

     (3.6.3) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°32r° (bis), 32v°, 35r°, 36r°, 37v°. — (3.6.4) Charles A. Bourdot de Richebourg, Nouveau coutumier general. Tome troisième, Paris, Théodore Legras, 1724, p. 136. — (3.6.5) Ibid., p.134. — (3.6.6) Notre-Dame 12 novembre: “honorable homme maistre Girard Garnier licencié ès loix avocat à Estampes”; 26 octobre 1560: “honorables hommes maistre Girard Garnier advocat ou bailliage d’Estampes et le sire Françoys Bidault”.
    Enfin, à l’occasion  des événements de 1562, où la ville fut prise un temps par les huguenots, Girard Garnier fut un temps, au témoignage de Pierre Plisson, “lieutenant général, commissionné à faire l’exercice” (7).
     Il devait sans doute alors remplacer provisoirement dans cette fonction
Claude Cassegrain, qui avait été condamné, par arrêt du Parlement du 21 novembre 1562, pour avoir trahi la cause catholique, à estre pendu et estranglé à potences croisées, qui seront mises et plantées en la place des Halles de cette ville de Paris (8).
     Il est bien clair que cette deuxième charge était comme la première (celle de substitut du procureur en décembre 1556) était revêtue à titre provisoire, puisque après sa mort il est mentionné à nouveau comme simple avocat
(9).

     Nous voyons par là que ce gendre de Guillaume Ducamel, et beau-frère de son successeur Esprit Ducamel, était loin d’être un personnage négligeable, et que c’était surtout un catholique hors de tout soupçon de connivence avec le protestantisme.
     (3.6.7) Rapsodie, éd. Forteau, p. 245; Dupieux, Institutions, p. 79, le qualifie sur cette base “lieutenant général par interim vers 1562”. — (3.6.8) Arrêt perdu du Parlement, cité par Denis-François Secousse, Mémoires de Condé, Londres, C. Du Bosc et G. Darrès, 1743, t. IV, pp. 94 & 122. — (3.6.9) Notre-Dame 10 octobre 1564: “Marie veufve de honorable homme Girard Garnier en son vivant advocat à Estampes”.
3.7. Sur son petit-fils Girard Garnier II

     Une autre chose le manifeste évidemment quelques années après sa mort, c’est le comportement de son fils Girard Garnier II, lors d’une troisième prise de la ville par les Huguenots en mars 1568.
     Cette troisième occupation de la ville par les Huguenots, remarquons-le au passage, nous est révélée par le registre des baptêmes de Saint-Basile, car elle avait jusqu’ici complément échappé à l’attention des historiens d’Étampes (10). Le témoignage
absolument remarquable de ce registre n’est pas tout à fait isolé: il éclaircit une allusion également jusqu’ici non remarquée que faisait un autre document à deux prises successives de la ville en 1567 (11), et il explique le baptême à la huguenote d’un enfant de la paroisse Saint-Martin en février 1568 (12).
     Au folio 216 on passe brusquement du 10 février au 20 avril; mais il a été ultérieurement ajouté à droite dans la marge:
     “Mars. — Le IXe jour de mars  à huict heures du soir fut baptisée Katherine fille de honorable homme maistre Girard Garnier et de Claude Canto sa mere; le parrain Pierre Sedillot, les marraines dame Katherine Garnier femme de honorable homme maistre Barthelemy Marcial advocat à Estampes et la femme de Nicolas Mahon. Au dict moys estoient les huguenotz en ceste ville, qui estoit cause qu’on [n’]ousoit baptiser les enfans à l’eglise, et fut le pere contrainct faire baptiser la dicte Katherine en sa maison par messire Anthoine Rallé prebstre vicaire en l’eglise Sainct Basille.
[signé:] Lelong [paraphe].

     Ce que nous apprend donc le registre de Saint-Basile, c’est que Girard Garnier a opéré à son propre domicile un baptême clandestin, par fidélité au rite catholique et pour échapper à l’oppression des Huguenots qui forçaient tout le monde à suivre leurs propres rites. Il semble que ces baptêmes forcés avaient lieu à Notre-Dame (13), tandis que Saint-Basile était au nombre des églises dont usèrent les Huguenots comme d’écuries (14). Je reviendrai dans une autre étude sur ces aspects peu étudiés de l’histoire du protestantisme à Étampes.
     (3.6.10) Fleureau, Antiquitez, pp. 236-241, n’en dit rien. Il ne connaît que deux occupations d’Étampes par les Huguenots, la première du 13 novembre au 18 décembre 1562 (pp.238-239), et la deuxième du 17 octobre au 16 novembre 1567 (p. 204); il passe ensuite à la paix de Longjumeau du 23 mars 1568, sans paraître savoir qu’Étampes est alors à nouveau occupé par les Huguenots depuis semble-t-il les environs du 10 février. De même René de Saint-Périer, La grande histoire d’une petite ville, Étampes, Étampes, Caisse d’Épargne, 1938, p. 42 (mis en ligne par le Corpus Étampois ici). Comme sur bien d’autres points on s’est contenté en gros de gloser Fleureau. — (3.6.11) Mandement de Charles IX du 21 octobre 1573 édité par Dupieux, Bulletin philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité des travaux historiques et scientifiques (1930-1932), p. 282: “Noz chers et bien amez les manans et habitans de nostre ville, faulxbourgs, bailliage et ellection d’Estampes nous ont faict remonstrer que, en l’année cinq cens soixante sept, ilz auroient par nostre ordonnance receu en la dicte ville d’Estampes et pour la conservation d’icelle en nostre obéissance les seigneurs de Montluc, et Tilladet, et les cappitaines de la Motte de Bonnelle, Saint Martin, et autres avec leurs troupes, pour le payement et entretenement desquelz ilz auroient fourny et fraié la somme de trois mil deux cens quatre vingtz quinze livres huit solz tournois, auroient aussy pour la nourriture de nostre camp et armée faict amas et magasin de bledz en la dicte ville, laquelle auroit esté prinse par deux fois, et tous et chacuns leurs biens meubles raviz et emportez avec les dietz bledz ainsi mis audit magasin, etc.” — (3.6.12) Saint-Martin 14 décembre 1567 (deuxième occupation) puis 12 février 1568 (troisième occupation), textes cités par Charles Forteau, Bulletin de la Société historique et archéologique de Corbeil, d’Étampes et du Hurepoix 18 (1912), pp. 81-82. — (3.6.13) Un des baptêmes enregistrés en mars à Notre-Dame, semble-t-il d’ailleurs a posteriori, porte en marge que l’intéressé était de la paroisse Saint-Basile. — (3.6.14) Fleureau, Antiquitez, p. 239.
3.8. Sur l’hôtel particulier de Guillaume Ducamel

     La question de l’hôtel particulier de Guillaume Ducamel mériterait une longue étude particulière et ne saurait être traitée ici suffisamment au long, d’autant que toutes les pièces de ce dossier assez bien conservé n’ont pas encore été suffisamment étudiées.

     La question est d’autant plus complexe que cette maison seigneuriale des dames de Maubuisson touchait d’un côté à la censive des dames de Longchamp (qui tenaient l’actuel numéro 12), et de l’autre à celle des célestins de Marcoussis (qui tenaient le numéro 8); et comme les Ducamel s’agrandirent semble-t-il de ces deux côtés, il en résulta une situation complexe pour leurs successeurs, autant que pour les historiens, qui doivent naviguer entre ce qui reste de trois fonds d’archives distincts, actuellement dispersés, entre autres, entre Pontoise (pour Maubuisson), Chamarande (pour Longchamp et pour une partie des achives des Célestins de Marcoussis) et les Archives nationales (pour une autre partie des archives des célestins).

     Nous donnerons ici  ultérieurement un résumé des questions qui se posent, et de ce qu’on peut déjà savoir sur cette maison. Mais, pour ne pas avoir l’air d’ici là de garder jalousement sous le coude ce que j’ai trouvé, je donne déjà ci-contre ce beau plan de la maison seigneuriale des dames de Maubuisson conservé à Pontoise, où est figuré sous la lettre I le bâtiment qu’avait érigé Ducamel sur une parcelle que lui avaient vendue ces dames, qui s’étaient réservé naturellement les autres parties de cet ensemble, et surtout la grange où elles stockaient le fruit de leurs dîmes.
Plan de la maison de Maubuison après les aménagement opérés par Ducamel

Généalogie Ducamel


4. Esprit Ducamel, fils de Guillaume
(…1550-1566…)


Maistre Esprit Ducamel procureur du roy (Notre-Dame 28 décembre 1550)
Maistre Esprit Ducamel procureur du roy (Notre-Dame 28 décembre 1550)

Esprit Ducamel procureur du roi (Coutume d'Etampes, édition de 1557)
Esprit Ducamel procureur du roy audit Estampes (Coutume d’Estampes, édition de 1557)

4.1. Antécédents d’Esprit Ducamel

     Quelles fonctions avait occupées Esprit Ducamel, fils et successeur de Guillaume, avant d’accéder au poste de procureur du roi à Étampes? C’est ce que nous ne savons pas en l’état actuel de notre documentation. On peut légitimement se demander s’il n’avait pas été, comme deux de ses prédécesseurs, Pierre de Gilles et Guillaume Ducamel, soit notaire ou tabellion, ou bien encore, comme ses deux premiers successeurs, Esprit Hattes et Pierre Legendre, receveur du domaine (1). Mais nous n’avons pour l’instant aucun indice positif en ce sens.
     (4.1.1) Comme le sera aussi en 1582 son petit-cousin Jean II Ducamel, puis après lui son gendre Damien Provensal en 1599.
     Esprit Ducamel nous est signalé en premier lieu par le registre des baptêmes de Notre-Dame, où il se porte parrain quatre fois de suite l’an 1547. Il ne porte alors pas d’autre titre que “maistre Esperit Ducamel” (2). Seulement il faut observer qu’à cette date ancienne le registre ne mentionne les dignités des parrains, dont il ne donne que les noms. Comme la fréquence de ces parrainages indique un grand rayonnement social, il nous est loisible, mais seulement loisible de supposer qu’Esprit, dès cette année-là, a succédé à son père comme procureur du roi à Étampes.
     (4.1.2) Notre-Dame 22 mars, 14 juin, 25 juillet et 4 septembre.

4.2. Esprit Ducamel procureur du roi

     Le 28 décembre 1550 en tout cas se porte marraine à Notre-Dame d’Étampes “Marie femme de Esprit du Camel procureur du roy”.

     Le 15 avril 1551 se porte lui-même parrain au même lieu “maistre Esprit du Camel procureur du roy”; le 26 juillet s’y portent marraines de concert “Loyse femme de maistre Esprit Hacte et Marie femme de maistre Esperit Ducamel procureur du roy à Estampes”. Il y a bien des apparences que cette Loyse était soit une fille d’Esprit Ducamel, ou bien sa sœur, fille comme lui de Guillaume Ducamel.

     Cette même année 1551 “maistre Crespin [sic] du Camel procureur du roy au bailliage d’Estampes” reconnaît la seigneurie des célestins de Marcoussis sur son Hôtel des Carneaux, au n°8 de l’actuelle rue Louis-Moreau (1). Nous avons précédemment qu’il avait déjà hérité de son père le n°10, relevant de la censive des dames de Maubuisson, et le n°12, relevant des celle des dames de Longchamp.
     (4.2.1) D’après un résumé du XVIIIe siècle dû aux célestins de Marcoussis et conservé actuellement dans les anciennes archives des dames de Maubuisson, qui tenaient l’actuel n°10; le notaire a lu par erreur Crespin au lieu de Esprit (AD95 72H 108).
     Cette même année 1551, le procureur du roi se rendit à Méréville pour y instruire, en compagnie du doyen de la chrétienté d’Étampes, de son clerc et du promoteur, le procès de deux femmes veuves accusées d’hérésie (2). On voit par là que le procureur du roi à Étampes était aussi en charge de veiller à l’ordre public en matière religieuse, en temps que représentant du bras séculier de l’église catholique.
     (4.2.2) AD89 G. 307 (registre 1510-1584). Cf. Inventaire-Sommaire des archives de l’Yonne, Archives ecclésiastiques, série G, tome deuxième, Auxerre, Gallot, 1878, p. 81: “Dépenses faites par le doyen, son clerc, le promoteur et le procureur du roi, d’Étampes à Méréville, pour instruire le procès de deux femmes veuves accusées d’hérésie, 8 livres.” J’éditerai ultérieurement ce texte en latin que j’ai eu le plus grand mal à retrouver, tant les indications de l’Inventaire sont imprécises.
     Le 16 août 1552 se porte parrain à Notre-Dame “maistre Esprit Ducamel procureur du roy ou dict lieu”.

     Cette même année 1552 eut lieu un procès  entre l’administrateur de la maladrerie de Saint-Lazare et les détenteurs de plusieurs métairies situées à la Grange-Saint-Lazare. Le procureur du roi, l’avocat du roi et le prévôt constatèrent personnellement les démolitions de ces métairies
(3). Nous voyons en cette occasion, comme le fait remarquer Dupieux, que chaque enquête en vue d’opérer une constatation quelconque, rapportait à ces officiers une somme non négligeable: 20 sols tournois pour le procureur, contre 22 sols 8 deniers pour l’avocat (soit deux testons) et plus de deux livres pour le seul prévôt.
     (4.2.3) Archives nationales. Papiers des Princes. Apanage d’Orléans, R4.941 folio 62: comte de la maladrerie Saint-Lazare. Enquête pour constater les démolitions des métairies sises à la Grange Saint-Lazare (cité par Dupieux, Institutions, p. 85, note 2; p. 86, note 9; p. 93, n. 4; p. 160, note 4).
     De 1552 à 1556 furent tenues des comptes de la maladrerie Saint-Lazare qui nous ont été conservés, et qui précisent notamment que, lorsqu’ils réclamaient chaque année l’autorisation d’exercer le droit de marché qui leur avait été accordé par Louis VII (4), les administrateurs de Saint-Lazare avaient pour coutume ancestrale de régler un teston (c’est-à-dire 11 sols 4 deniers) tant au bailli ou à son lieutenant qu’au procureur et à l’avocat du roi (5).

     En 1553 Esprit Ducamel est encore mentionné comme procureur du roi
(6).

     Le 2 août 1555 se porte marraine à Notre-Dame “Marie femme de maistre Esprit Ducamel procureur du roy”.

     (4.2.4) Marché qui est à l’origine de la toujours vivante foire Saint-Michel.

     (4.2.5) Archives nationales R4.941, folio 48, texte cité par Dupieux, p. 85; texte d’ailleurs édité par Forteau d’après une copie du XVIIIe siècle, Annales du Gâtinais 1903, p. 114: “les maistres et administrateurs de ladicte Maladrerie ont de tous tems et d’ancienneté accoustumé de présenter requeste à M. le Bailly d’Estampes ou son lieutenant, advocat et procureur du Roy pour avoir dellivrance et permission delad. foire et droictz d’icelle ausquels pour répondre lad. requeste les maîtres et administrateurs de lad. Maladrerie ont accoustumé de bailler à chacun un teston”.

     (4.2.6) Selon la Rapsodie de Pierre Plisson éditée par Forteau (Annales du Gâtinais 1909, p. 248).
     Le 27 octobre 1555, Henri II rend un édit important pour la vie du bailliage, où nous voyons qu’il a d’abord consulté pour ce faire son procureur à Étampes, dont l’avis paraît avoir été décisif. Il semble même que ce soit Esprit Ducamel lui-même qui avait saisi le roi de cette affaire.
     Trois ans auparavant, pour désencombrer le Parlement de Paris il avait créé le présidial de Chartres qui devait statuer en dernier appel sur les cas importants des bailliages environnants, notamment celui d’Étampes. Or, par ailleurs, depuis une ordonnance de François Ier, les baillis pouvaient déclarer exécutoires en premier ressort les jugements qu’ils prononçaient sur des affaires purement personnelles lorsque les amendes n’excédaient pas 40 livres parisis ou 10 livres de rente. Seulement les conseillers du présidial de Chartres s’arrogèrent aussi cette faculté, et déclaraient à nouveau exécutoires leurs propres sentences d’appel, de sorte que d’une part les justiciables subissaient doubles frais et double peine, et que d’autre part l’autorité du bailli d’Étampes était comme vidée de toute substance.
     Nous citons donc ci-après les termes de l’édit qui reprend selon toute apparence l’argumentation développée par Esprit Ducamel lui-même, et rend la décision qu’il appelait de ses vœ
ux: 
     “Comme nostre procureur en nostre duché et bailliage d’Estampes nous a faict dire et remonstrer, les conseillers magistratz de nostre bailliage et siège présidial de Chartres s’efforcent de jour en jour infirmer les sentences de nostre bailly d’Estampes ou son lieutenant de la qualité susdicte, en ce qu’ilz les déclairent exécutoires suyvant la dicte ordonnance, nonobstant le dict appel, et révoquer comme attentat tout ce que par luy est faict, condamnant les parties aux despens, dommaiges et interestz, soulz umbre que les appellations pour les sommes susdites contenues aus dictz édictz ressortissent par devant eulx, qui est en ce faisant grandement diminuer l’auctorité de nostre dict bailly d’Estampes, travailler et constituer en fraiz et mises les dictes pauvres parties,
     
“à ces causes, nous, désirans les édictz et ordonnances faictz par nostre dict seigneur et père, que Dieu absolve, sortir leur effect, relever noz subjectz de vexations indeues, à ce que soubz couleur des appellations qui ressortissent par devant noz juges magistratz pour raison des jugements donnez par les juges à eulx inférieurs, au cas de notre dict édict, nos dictz subjectz ne soient consommez en fraiz et mises, ensemble donner reiglement certain à nos dictz juges, magistratz et juges inférieurs,
     
avons dict, déclairé, statué, voulu et ordonné, et de nostre grace spécial, plaine puissance et auctorité royal, disons, déclairons, statuons, voulons et ordonnons et nous plaist par ces présentes que le dict bailly d’Estampes ou son lieutenant puissent doresnavant déclairer leurs sentences exécutoires de la qualité susdicte, subjectes à la dicte ordonnance faicte par feu nostre dict seigneur et père, tout ainsi qu’ilz faisoient et souloient faire auparavant l’édict de la création des dictz magistratz (7). 
     (4.2.7) Archives nationales JJ 2571, n°64, f°31 (cf. Catalogue des actes de François Ier, tome IV, p. 753, n°14502), texte édité par Paul Dupieux, in Bulletin philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité des travaux historiques et scientifiques (1930-1931), pp. 268-270 (n°14); voir aussi Dupieux, Institutions, pp. 162-163. 
     Le 22 septembre 1556 Esprit Ducamel est cité parmi les “officiers du roy” assistant à la rédaction de la Coutume d’Étampes. Si l’on se reporte au récit des auteurs de la coutume, qui étaient trois parlementaires parisiens, on constate qu’ils qualifient bien d’abord notre homme “Esprit du Camel, Procureur du Roy audit Estampes”, sans d’ailleurs lui doner le titre de “maistre”, qu’ils accordent pourtant à une grand nombre de personnages (8); mais dans la suite, lorsqu’ils rapportent les prétentions respectives des procureurs du roi à Orléans et à Étampes, ils qualifient ostensiblement et presque systématiquement chacun d’eux de “substitut du procureur général du roi” de tel ou tel bailliage (9).
     (4.2.8) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557,  f°39r°.

     (4.2.9) Ibid., f°42v°: “pour le substitut du procureur general du Roy du Bailliage d’Orleans”; f°43r°: “à la requeste du substitut dudit procureur general du Roy, oudit bailliage d’Estampes”; f°44r°: “les substituts dudit procureur general du Roy, esdits Balliages d’Orleans & Estampes”, etc.
     C’est un bon indice des forces centralisatrices qui sont alors à l’œuvre dans le royaume. C’est un fait qu’avait déjà noté Dupont-Ferrier: “Le Procureur général du roi au Parlement affectait de considérer tous les procureurs, dans le ressort de la cour, comme de simples substituts par rapport à lui-même; il estimait qu’ils faisaient corps avec lui et que leur pouvoir n’était qu’une émanation du sien. Il n’est pas douteux qu’ils fussent, à certains égards, ses subordonnés. Cela ne les empêchait pas d’avoir le sentiment très vif qu’ils étaient, avant tout, sous la dépendance du roi. Ils recevaient de la Monarchie la qualification de procureur du roi dans tel de ses bailliages; ils prenaient cette désignation eux-mêmes et chacun la leur reconnaissait à l’intérieur du bailliage” (10). Chacune de ces assertions est étroitement vérifiée, sans aucune exception, par le cas des procureurs du roi à Étampes au XVIe siècle.
     Je n’ai pour l’heure trouvé aucune source locale qui use de cette dénomination de substitut avant 1653, où elle paraît entrer dans l’usage seulement après la catastrophe de 1652, qui a brisé toute fierté locale (
11).
     (4.2.10) Les officiers royaux des bailliages et sénéchaussées, Paris, Émile Bouillon, 1902, p. 150. — (4.2.11) Présence, lors de l’élection d’un nouveau maire en 1653, après les événements catastrophiques de 1652, de “Claude Le Vassor, substitut du procureur du roi à Etampes”, cité par Forteau, Annales du Gâtinais 23 (1909), p. 253, note 1, d’après un registre des délibérations apparemment aujourd’hui disparu. Cette qualification est confirmée par un censier de Longchamp, AD91 E. 3906 (daté par l’Inventaire-Sommaire de 1600 à 1661): “maistre Claude Le Vassor procureur ès siege royal d’Estampes et substitut de monsieur le procureur du roy”. La ville n’est plus alors qu’une bourgade dépeuplée, où on n’élit plus que deux échevins au lieu de quatre.
     Nos trois commissaires précisent par ailleurs nettement que les autorités qui ont convoqué à Étampes tous ceux qu’y trouvent en vue de procéder à cette rédaction l’ont été par l’avocat du roi, assisté du procureur“Maistre Claude Prevost, advocat du roi audit lieu assisté du procureur dudit seigneur, a dit & remonstré que suivant le commandement d’iceluy seigneur, & en vertu desdites lettres de commission, il avoit fait adjourner, & donner assignation audit jour vingt uniesme de Septembre, & autres jours ensuivans a comparoir en ladite ville d’Estampes audit auditoire pardevant nous: aux gens de trois estats desdits Bailliage & Prevosté, & anciens ressorts” (12).
     (4.2.12) Ibid., f°31v°/r°.
     On voit alors plusieurs représentants des États émettre des contestations, principalement relatives à leur rattachement au bailliage d’Étampes. On les écoute à tour de rôle. Dès le départ le procureur du roi intervient  pour suggérer aux trois présidents de demander aux premiers de ces requerants s’il n’est pas vrai que les jugements portés dans la châtellenie de Guillerval relèvent bien d’habitude en appel du bailliage d’Étampes; les commissaires s’exécutent alors et consignent les précisions ainsi obtenues (13).
     (4.2.13) Ibid., f°43r°/v°.
     Surtout, lors de cette séance du 22 septembre 1556, si importante pour l’histoire d’Étampes et de ses institutions, Esprit Ducamel prononça un réquisitoire final circonstancié à l’encontre de tous les particuliers et collectivités qui avaient la velléité de se soustraire à l’autorité du bailliage d’Étampes. J’en donne ci-après le texte, tel qu’il a été transcrit dans le Procès verbal édité en 1557 (14).
     (4.2.14) Ibid., f°46v°-f°50v°. Autre édition: Charles A. Bourdot de Richebourg (avocat au Parlement), [éd.], Nouveau coutumier general. Tome troisième, Paris, Théodore Legras, 1724, pp. 114-116.
4.3. Réquisitoire d’Esprit Ducamel du 22 septembre 1556

     “Et par le substitut du Procureur general du Roy audit Estampes, a esté dit & maintenu que [lisez: quant] à la Chastellenie du dit Guillerval & Monnarville membre d’icelle, que la Jurisdiction ordinaire appartient audit Abbé de Saint Denys, mais ressortist, & a tousjours ressorty par appel, par devant ledit Bailly d’Estampes.

     Et quant à Angerville, ledit Abbé soubz umbre d’une Jurisdiction fonciere, a usurpé Jurisdiction ordinaire, sur quelque partie des habitans dudit Angerville: combien que tous les habitans soyent de la Jurisdiction ordinaire dudit Estampes. Ont mesmes esté les lettres patentes du Roy, par iceux habitans d’Angerville obtenuës, pour la closture d’icelle ville, enterinées audit Bailliage d’Estampes: & aussi ont esté, & sont tous les habitans desdits lieux de Guillerval, Monnarville, & Angerville, Justiciez pour les cas Royaux, par ledit Bailly d’Estampes, comme estans du ressort d’iceluy Bailliage. Et ont esté tous les subjets desdits lieux, tousjours regis et gouvernez, comme encores sont, notoirement souz lesdites Coustumes d’Estampes.

     Quant au Plessis Saint Benoist, Auton, Sainville, Meronville, & Souchamp (1), ledict procureur du Roy a dit que l’Abbé de Sainct Benoist a Jurisdiction sur les habitans de Sainville, Meronville [Mérouville], & Souchamp [Sonchamp]. Et pour exercer ceste Jurisdiction auroit anciennement, Et a eu, jusques à quarante ans sont, une maison en [f°47r°] la parroisse Saint Gilles dudit Estampes, appellée la Greneterie, en laquelle pend pour enseigne le Cigne, & a une boucle d’arain ou de fer, qui estoit sur le pend de ladite maison: en plaine rue se tenoit sa Jurisdiction, qui s’appeloit, la Justice de la Boucle. Mais depuis ledit temps de quarante ans, un nommé Beauvillier, Juge desdits lieux, a prins & usurpé Jurisdiction sur les habitans dudit Plessis, Meronville & Sainville, & la [l’a] tenuë & exercée audit Plessis: mais n’a jamais ledit Abbé eu Jurisdiction sur les habitans d’Auton, lesquels sont subjets, & Justiciables du Roy: en premiere instance du Prevost d’Estampes, & par appel du Bailly, dudit lieu: & n’ont recongneu ny recongnoissent autres Juges. Est ledit lieu d’Auton, un gros bourg, composé de plusieurs fiefz & seignenries [seigneuries], tenuz par nobles & roturiers: y a séel aux contratz de la Prevosté d’Estampes, Peages pour le Roy, qui se baillent de deux ans en deux ans à ferme, au plus offrant & dernier encherisseur, à la chandelle estainte, par le Bailly dudit Estampes, ou son lieutenant, avec les autres fermes muables du dommaine du Roy, audit Estampes. Et aussi ne dient les Curés, Nobles, & habitans dudit Auton, ne aucun d’eux user, ou avoir usé d’autres Coustumes que de celles dudit Bailliage d’Estampes: & assistent par devant nous, à la redaction desdites Constumes, comme y ayans interestz, sachant qui [qu’ils] sont des ressortz & Coustumes d’iceluy Bailliage d’Estampes. Se sont aussi lesdits habitans d’Auton, comme semblablement ceux des autres lieux & vilaiges, qui sont assis dedans les destroitz [districts] d’iceluy Bailliage d’Estampes, tousjours [f°47v°] regis & gouvernez, selon les Coustumes d’iceluy Bailliage. N’ont esté appelléz les estats ne aucun deux [d’eux] à la redaction des Coustumes d’Orleans, & si lesditz lieux du Plessis, Sainville, Meronville & Souchamp, se sont eclipsez du ressort, & Bailliage d’Estampes, & ressorty à Orleans: ce auroit esté par ce que lors Estampes n’estoit Royal, & que l’Abbé de Saint Benoist sur Loyre, d’ou dependent lesdites terres, avoit par une garde gardienne ses causes commises par devant ledit Bailly d’Orleans.
     (4.3.1) Fleureau a résumé ainsi cette section: “Quand on reforma la Coûtume d’Estampes, en 1556. il y eut une grande contestation pour sçavoir sous quelles Jurisdictions & Coûtumes ces lieux devoient estre reduits; les uns disant qu’ils étoient des Bailliages & Coûtumes d’Orleans: Les autres de Dourdan: & les autres d’Estampes. Le Procureur du Roy en ce dernier Bailliage soutint aussi que l’Abbé de S. Benoist n’avoit que simple Mairie sur les habitans de Sainville, Merouville, & Souchamp, pour l’exercice de laquelle il avoit eu d’ancienneté une maison en la Paroisse de S. Gilles d’Estampes, appellée la Greneterie, où pendoit pour enseigne le Cygne, avec une boucle de fer, ou d’airain, sur le pan, pour marque de cette Jurisdiction, dite de la Boucle, laquelle s’exerçoit en plaine ruë: & que depuis environ 40. ans auparavant un nommé Argenvillier avoit usurpé une jurisdiction ordinaire sur les habitans de tous ces lieux. Quoi qu’il en soit, les choses sont presentement en l’état que j’ay dit: & la boucle reste encore attachée reste encore attachée au pan de la maison qui touche celle du Lion d’or, en la Paroisse S. Gilles, à laquelle pendoit anciennement pour enseigne le Cygne, comme je l’ay appris d’une declaration de cette maison passée au Roy le 10. de Juillet 1527. Le vulgaire dit par erreur que cette boucle est la marque de la franchise de Challo S. Mard, et qu’anciennement elle servoit d’azile” (Antiquitez, pp. 33-34).
     Léon Marquis fait là-dessus ce commentaire: “Tout le monde n’est pas de l’avis de l’historien d’Étampes qui rapporte ces faits, et l’on doit respecter les traditions. Monteil, dans son histoire des Français, où il n’avance rien sans preuves, dit qu’il y avait à Étampes une maison où un descendant de Chalo Saint-Mard donnait l’hospitalité à de nombreux pèlerins. Les armes de la femme de Chalo, qui sont: un serpent entortillé cherchant à mordre sa queue (Montfaucon, Monuments de la monarchie), ressemblent assez à une boucle, et l’hôtellerie du Cygne était sans doute l’ancienne maison des descendants du fameux pèlerin. (Les rues d’Étampes, pp. 116-117)
     Dupieux fait remarquer que ces deux interprétations ne se contredisent pas, vu que, selon le texte de la Coutume, la justice dont il est question se rendait en plein air, ce qui ne préjuge donc pas du propriétaire de l’Hôtel du Cygne (Institutions, p. 61).
     Quant aux villages de Boisseau, Orvau, & Bellesauve, sont les habitans d’iceux lieux de la Jurisdiction du Prieuré Saint Pierre: Faulxbourg d’Estampes & la [là] s’est tenuë de tout temps, comme encores tient, de present la Jurisdiction. Sur [sur] les habitans d’iceux lieux [;] lesquelz sans difficulté se sont tousjours gouvernez selon la Coustume dudit Estampes & l’a ainsi presentement accordé maistre Macé Poylasne Curé dudit Orvau.

     Quant à la comparition pretendue avoir esté faicte l’an mil cinq cens & neuf, à la redaction des Coustumes d’Orleans, les trois estatz des ditz lieux & villages ne aucuns d’eux ne sont comparus, ains seulement maistre Pierre Daniel Bailly de l’Abbaye dudit Saint Benoist, Pierre Foubert, & Estienne Peigne leurs procureurs generaulx, Gervais Belier & Jehan Bouguyer tous demourans en la ville d’Orleans: & ladite comparition, n’ont fait apparoir quils feussent fondez de pouvoir suffisant des manans & habitans de tous lesdits villages.

     Quant à Intreville pretendu estre de la Chastellenie d’Exenville, est iceluy lieu d’Intreville de la Jurisdiction [f°48r°] ordinaire de la Prevosté d’Estampes, & y respondent ordinairement les subjets qui aussi se sont regiz et regissent selon les Coustumes desdits Bailliage & Prevosté.

     Quant à Sermaises en Beausse (2) appartenant a l’Abbaye Sainte Colombe lez Sens, ledit Procureur du Roy a dit, que la Jurisdiction est divisée en telle sorte que la primitive Jurisdiction est & appartient au Prieur dudit lieu, & le Bailliage à l’abbé de Sainte Colombe: est la Chastellenye dudit Sermaises au dedans dudit Bailliage d’Estampes, & ont tousjours les habitans d’iceluy lieu de Sermaises suby Jurisdiction en tout cas de superiorité, dont la primitive congnoissance est attribuée aux Juges Royaux, par devant ledit Bailly d’Estampes: par devant lequel mesmes, dix ou douze ans sont les lettres patentes du Roy, pour la closture dudit Sermaises, ont esté enterinées, & outre que le Conte dudit Estampes a donné auditz Abbé & convent Sainte Colombe, la Seignenurie dudit Sermaises, reservée une pension laquelle il auroit apres l’avoir longuement perceuë, donné au Chapistre de nostre Dame d’Estampes, qui depuis la [l’a] tousjours receuë & reçoyvent. Et pour plus amplement monstrer que à tort ledit substitut dudit Procureur du Roy dudit Orleans, se debat dudit Sermaises, les habitans d’iceluy lieu dient n’estre du ressort ne Coustumiers dudit Orleans, ains dient ressortir immediatement en la court de Parlement à Paris, & user des Coustumes de la Prevosté & Viconté dudit Paris, à la redaction desquelles ou d’Orleans ilz ne furent neantmoins oncques appelléz, & aussi ne se [f°48v°] y regissent, mais au contraire se sont tousjours regis & gouvernez comme ilz font, par ladite Coustume d’Estampes: & n’a ledit Jehan Godin Procureur d’aucuns habitans dudit lieu, procuration des seigneurs ne des principaux manans d’iceluy Sarmaises.
     (4.3.2) Fleureau a résumé ainsi cette section: “Lors que la Coûtume d’Estampes fut reformée, l’an 1556. il y eut grande contestation entre les Substituts du Procureur General du Roy, aux bailliages d’Orleans, & d’Estampes, chacun d’eux pretendant que les appels de celuy de Sermaises devoient être portez à son ressort; mais ils ne furent pas écoutez, parce qu’ils vont directement à la Cour de Parlement, par privilege du Roy Charles VI.” (Antiquitez, p. 60).
     Au regard dudit Brouy pretendu par le Chapitre de l’Eglise de Sens, estre du ressort du Bailliage dudit Sens et des Coustumes de Lorris, a dit que ledit lieu & habitans de Brouy, sont du ressort dudit Bailliage d’Estampes, y a un notaire commis par le tabellion dudit Estampes y recevant tous contratz. Et se sont lesdits habitans tousjours regis & gouvernez selon les Coustumes dudit Estampes. A esté la seigneurie de Brouy qui est assise dedans ledit Bailliage d’Estampes, donnée par le Conte d’Estampes audit chapitre de Sens, comme celles dudit Sarmaises, à l’Abbé Sainte Colombe dudit Sens, reservé pension qui est annuellement receuë & payée.

     Au regard du Mesnil Girault, a dit que la Chastellenye dudit Mesnil Girault, est assise en & au dedans dudit Bailliage d’Estampes: & en ladite ville d’Estampes, ont les officiers d’icelle Chastellenye tousjours exercé, comme encores font, leur Jurisdiction, en la maison appellée la maison du Mesnil Girault: en laquelle ils ont un notaire ou tabellion, recevant tous contratz que lon [l’on] luy offre & presente. Se sont tousjours les habitans de la dite Chastellenye regiz & gouvernez, selon la Coustume d’Estampes. Vray est que depuis quarante ou cinquante ans en ça, ilz ont prins leur ressort à Montargis: & au paravant & de tout temps [f°49r°] ressortissoient les appellations du Bailly de ladite Chastellenie, & se relevoient par devant ledit Bailly d’Estampes, s’en sont exemptez par ce que cinquante ans sont, le Conté dudit Estampes estoit en la main des seigneurs de Fovez: sous la main desquels, & non sous l’auctorité du Roy, s’exerçoit la jurisdiction dudit Estampes: & ont prins ce ressort audit Montargis par simples lettres Royaux, en forme de garde gardienne. Ne sont les habitans de ladite Chastellenie, ne aucun d’eux de quelque estat qu’il soit, comparuz à la convocation & redaction des Coustumes dudit Montargis. Ains les aucuns des villages de ladite Chastellenie de Mesnil Girault comparent & s’offrent comparoir, comme ilz sont tenuz & doivent faire par devant nous, à la redaction desdites Coustumes dudit Estampes.

     Et pour les Chastellenies, Justices & seigneuries de Villiers, Vaires & Duyson, a dit que ces trois seigneuries qui sont pres dudit Estampes de deux lieues, ont appartenu aux seigneurs de Fovez, & unies avec le Conté d’Estampes, ou temps que iceux seigneurs de Fovez en ont esté joussans [joyssans] & proprietaires: & depuis à leurs successeurs & heritiers ont les mesmes officiers dudit Estampes, comme Bailly, Prevost, Advocat, & Procureur, & pareillement le receveur du dommaine dudit Estampes fait & exercé leurs estats & offices, chacun comme à luy appartient, sur les dommaine, seigneurie & habitans desdits lieux en pareille loy & Coustume, que celle d’Estampes, & ce par le temps & espace, de soixante ans & plus: et jusques à ce que le [f°49v°] President de Seve ait acquis les seigneuries de Villiers, & d’Huison & un appelé de Hacqueville, la seigneurie dudit Vaires (trente ans a, peu plus ou moins,) ont changé leurs officiers, mais n’ont immué ne peu immuer, leur loy & Coustume: & neantmoins ont les appellations dudit Vayres ressorty, comme encores font par devant le ledit Bailly d’Estampes, dont est d’accord le seigneur dudit Vayres, & quant aux Coustumes n’y a eu differance aucune.

     Quant à Bouville, Farcheville & Champmoteux, a dit que lesdits lieux sont juxte les portes d’Estampes. Se sont les seigneurs voulu exempter du ressort dudit Bailliage d’Estampes, ou temps que ledit Estampes estoit, & a esté mis hors de la couronne de France & souveraineté du Roy. Mais leurs tiltres bien veuz sont desdits lieux dudit Bailliage d’Estampes, esquels lieux ont eu les seigneurs Contes dudit Estampes, droit de seigneurie qu’ils ont puis aucun temps changé & permuté sans par cela aliener la souveraineté & ressort. Et aussi se sont tousjours les seigneurs desdits lieux pourveuz par devant ledit Bailly d’Estampes: es cas dont la primitive congnoissance appartient aux juges Royaux, mesme l’an mil cinq cens vingt neuf ou environ ce temps, deffunct Claude de Chastillon seigneur desdits lieux se pourveut oudit Bailliage d’Estampes, pour la refection des fourches patibulaires dudit Bouville, lesquelles par ordonnance dudit Bailly furent plantées ou [où] elles sont. Se y est aussi pourveu le dit Jehan de Neuf-Carré, seigneur en partie [f°50r°] dudit Bouville & Farcheville (3), pour informer sur la commodité ou incommodité de l’assiete de son moulin à grain dudit Bouville: lequel a esté dressé ou [où] il est, par ordonnance dudit Bailly d’Estampes, qui se y seroit avecques les officiers du Roy audit Estampes, transporté pour cest effect. Et oultre que Loys, Conte dudit Estampes, seigneur de Lunel, avoit cinq minots d’avoyne annuels, de revenu sur la seigneurie de Champmoteux: que son receveur audit Estampes recevoit par droit foncier et de seigneurie, lequel droit foncier et de seigneurie, il a baillé aux Chantre, & chanoines de l’Eglise nostre dame d’Estampes, pour la fondation d’une messe que lon [l’on] dit en ladite Eglise nostre dame d’Estampes, par chacun jour, à sept heures du matin: avec ce leur a donné plusieurs autres droits qu’il avoit en son Conté, à l’entour dudit Estampes, & sçavent bien lesdits seigneurs & aucun des habitans esdits lieux, comme aussi la verité est, que quand leurs biens & heritages sont tombez en differend, et que jugement s’en est deu faire par Coustume, ont allegué & articulé les Coustumes dudit Bailliage d’Estampes, & icelles par les habitans dudit Estampes prouvées & verifi[é]es en tourbes, sans soy estre aidez d’autres Coustumes, ny en prendre & faire extrait.
     (4.3.2) Ce Jean de Neuf-Carré était personnellement présent lors de la rédaction de la coutume (cf f°37v°: “Jehan de Neuf-carre Escuyer, seigneur, de la Pierre, & de Bouville en partie en personne”; f°45v°: “Iehan de Neufcarré, seigneur de la Pierre, en la paroisse de Villiers, & en partie desdits lieux de Bouville & Farcheville”); ses droits lui venaient de son mariage avec Catherine de Châtillon fille aînée d’Antoine de Châtillon seigneur de Varennes et de Bouville en partie (Fleureau, Antiquitez, p. 615). Il est donc vraisemblable que la visite du site du moulin de Bouville par les officiers du bailliage d’Étampes, au rang desquels étaient évidemment le procureur du roi, devait être récente, et avait été effectuée soit par Esprit Ducamel lui-même, ou bien par son père et prédécesseur Guillaume Ducamel.
     Finalement a ledit substitut dudit procureur general du Roy oudit Bailliage d’Estampes, dit & remonstré que tous lesdits seigneurs temporels & habitans desdites villes, lieux & villages, sont des election & gabelle d’Estampes, y viennent par chacune semaine [f°50v°] se conseiller de leurs affaires & differents qui ont tousjours esté dressez et diffiniz selon la Coustume dudit Estampes, par les practiciens de ladite ville. Comme le confesseront lesdits seigneurs & habitans, bien enquis en leurs sermens & consciences: & declareront qu’ils veulent estre reduits & subjets à ladite Coustume d’Estampes. Ont esté les habitans desdits lieux, villes & villages empeschez de ce faire, & suadez de passer les procurations par aucuns petits Procureurs de village, qui seroient marriz de veoir le populaire hors de trouble sans leur faire entendre & remonstrer les commoditez & soulagement qu’ils peuvent avoir, & prendre sur la redaction desdites Coustumes, & les inconveniens & interests qu’ils porteront cy apres estans exemptez & non comprins en icelles Coustumes.

     “Partant pour les causes susdites & autres qui ont esté plus au long alleguées, & que ledit substitut entend desduire en temps & lieu, a requis que sans avoir esgard aux dires impertinens, alleguez par tous les dessusdits, ils soient à tout le moins par provision, comme ils doivent estre declarez subjects aux Coustumes dudit Bailliage d’Estampes: joint qu’ils, ne aucun d’eux, n’ont esté appelez à la redaction des coustumes, esquelles ils se dient estre subjets: comme il appert par le proces verbal desdites constumes”
(3).
     (4.3.3) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°46v°-f°50v°. Autre édition (sans intérêt pour l’établissement du texte puisqu’elle reproduit celui de la première édition en y ajoutant des coquilles): Charles A. Bourdot de Richebourg (avocat au Parlement), [éd.], Nouveau coutumier general, ou Corpus des coutumes generales et particulières de France et des provinces connues sous le nom des Gaules, exactement verifiées sur les originaux conservez au greffe du Parlement de Paris & des autres cours du royaume, avec les notes de MM. Toussaint Chauvelin, Julien Brodeau, & Jean-Marie Ricard, avocats au Parlement, jointes aux annotations de MM. Charles Du Moulin, François Rageau, & Gabriel-Michel de la Rochemaillet, mis en ordre, & accompagné de sommaires en marge des articles, d’interprétations des dictions obscures employées dans les textes, de listes alphabétiques des lieux régis par chaque coutume, et enrichi de nouvelles notes tirées des principales observations des commentateurs, & des jugemens qui ont éclairci, interprété, ou corrigé quelques points & articles de coutumes. Tome troisième, Paris, Théodore Legras, 1724, pp. 114-116.
4.4. Plaidoyer à Dourdan de son beau-frère et substitut Girard Garnier

     Nous avons déjà signalé, parlant de Girard Garnier, gendre de Guillaume Ducamel (§ 3.5) et beau-frère d’Esprit, que ce personnage était intervenu en cette même occasion comme conseil ou représentant de plusieurs personnages ou collectivités du bailliage.
     Il nous reste à mentionner l’une de ses interventions, le 23 septembre 1556, au nom des nobles en général du bailliage, en laquelle il fut particulièrement appuyé par son beau-frère:
     
“Et continuant la lecture desdits articles, maistre Girard Garnier, pour les nobles a presenté un article de la teneur qui s’ensuit.
     
Quant un heritage censuel est baillé à rente fonciere rachatable, pour tel bail & rente sont deues ventes. Mais pour le rachat de ladite rente ne sont deues ventes.
     
Lequel article ledit Garnier a dit estre fort ancien, & comme tel requis estre inseré au cayer desdites Coustumes, ce que particulierement a requi le substitut dudit procureur general du Roy audit Estampes. Mais pour la diversité des rapports, qui ont esté faits par lesditz estats, officiers & praticiens dudit siege, les avons renvoyez au lendemain des Roys en ladite court de Parlement. (1).
     (4.4.1) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°52v°; Charles A. Bourdot de Richebourg, Nouveau coutumier general. Tome troisième, Paris, Théodore Legras, 1724, p. 117.
     Trois mois plus tard, comme nous l’avons déjà signalé (§ 3.5), lors de la rédaction de la Coutume de Dourdan, le 29 décembre 1556, devant les trois mêmes parlementaires parisiens qui avaient présidé à la rédaction de la Coutume d’Étampes, le beau-frère d’Esprit Ducamel nous est signalé comme son substitut, et prend la parole au nom d’Esprit Ducamel.
     Comme nous venons de le voir, trois mois plus tôt Girard Garnier ne se voit pas attribuer de titre de ce genre, et nous ne ne le voyons plus jamais, à notre connaissance, le porter dans la suite: d’où il faut croire qu’il était plutôt en cette occasion quelque chose comme le procureur du procureur du roi.
     Nous donnons ci-après le texte de son plaidoyer ainsi que celui de la réponse qui lui fut faite par le procureur du roi à Dourdan.


     Par maistre Girard Garnier, Advocat à Estampes, substitut du procureur du Roy, audit Bailliage d’Estampes, a esté remonstré comme le Duché d’Estampes, avoit esté de grande antiquité de la maison de France, tenu par les Roys, & baillé en appanage au enfans de la maison de France, qu’en faisant l’erection d’iceluy en Duché par le feu Roy François dernier decedé, auroient esté adjoustez à iceluy les chastellenies de Dourdan, & la ferté Aleps, pour le tout estre dit & nommé Duché d’Estampes, & une seule seigneurie.
     
Et combien que par ce moyen, les habitans de Dourdan fussent sujects, & se deussent gouverner et reigler par les Coustumes dudit bailliage d’Estampes; & les assises des bailliages de Dourdan: & la Ferté Aleps; eussent esté ou deu estre publiez, comme estans du Duche d’Estampes, tenuz aux sieges de Dourdan, & la Ferté Aleps, toutesfois ceux de Dourdan se seroient ingerez de vouloir faire rediger quelques pretendues Coustumes, & à ce faire appeler les habitans d’Authon, le Plessis sainct Benoist. Congerville, & Sainville, qui estoient de la jurisdiction ordinaire dudit bailliage d’Estampes,
     
icelles Coustumes d’Estampes auroient ja esté reduictes & accordées, & à la redaction et lecture d’icelles, se seroit le procureur du Roy à Dourdan opposé pour raison de Sonchamp, sans pretendre aucun droict de jurisdiction pour raison d’Authon, le Plessis sainct Benoist, Congerville, & Sainville,
     
sur lequel differend de Sonchamp, les parties auroient esté par nous lors procedant à la redaction des dictes Coustumes renvoyées à la Cour de Parlement au l’endemain des Rois,
     
à cette cause protestoit de nullité, de tout ce qui se feroit pour raison desdites pretendues Coustumes de Dourdan, & de faire cy-après contraindre iceux habitans de Dourdan à se reigler selon les Coustumes d’Estampes,
     
aussi que l’évocation qui avoit esté faite à Dourdan, desdits villages d’Authon, le Plessis sainct Benoist, Congerville, Sainville, & Sonchamp, ne peut aucunement prejudi[ci]er audit procureur du Roy à Estampes.


     A quoy par ledit procureur du Roy à Dourdan, a esté dit […], en respondant audit Garnier, que la chastellenie de Dourdan avoit esté anciennement & de tout temps unie à la couronne de France, & jamais n’en avoit esté demembrée, ainsi qu’avoit esté le Comté d’Estampes, n’agueres incorporé au domaine du Roy, par le decez du Comte de Foix dernier decedé sans hoirs de son corps.
     
Que combien que depuis peu de temps ledit Comté ait esté érigé en Duche, & baillé par le Roy François à messire Jean de Brosses, à present Duc d’Estampes. Toutefois il n’auroit jamais jouy de ladite chatellenie de Dourdan, comme estant du tout separée dudit Duché d’Estampe: mais en auroit toujours le Roy jouy comme il faisoit encores à present,
     
et se trouveroit le plaidoyé dudit Garnier impertinent & sans raison, parce que le dit procureur du Roy à Dourdan, s’estoit opposé en personne pardevant nous, procédans à l’émologation des Coustumes d’Estampes, pour lesdits villages de Sonchamp, Sainville, le Plessis Sainct Benoist & Authon, comme estant du domaine du Roy, redevables et cens & rentes, à sa recepte de Dourdan,
     
aussi que les officiers d’Estampes, n’avoient jamais fait appeler à la redaction de leurs Coustumes, les habitans de Dourdan, comme ne recognoissans en rien Estampes.
     
Aussi que la chastellenie de Dourdan n’a jamais recongneu en aucune chose les Comtes ou Ducs d’Estampes, mais au contraire que les habitans d’Estampes avoient autrefois ressorti à Dourdan pour les cas Royaux.
     
Et ont tousjours les habitans dudit Dourdan tenu & gardé Coustumes autres que celles qui estoient à Estampes, lesquelles avoient esté introduictes par Bretons, qui s’estoient habituez audit lieu d’Estampes, à cause que dès longtemps, le Comté d’Estampes avoit esté tenu par les Ducs de Bretagne, ou par leurs enfans.
     
Et pour le regard desdites terres de Sonchamp, Sainville, Authon, & le Plessis sainct Benoist, que des le deuxiesme jour d’Aoust, cinq cens trente-deux, lesdits villages & leurs dependances auroient esté reunis au domaine du Roy à la chastellenie de Dourdan, suivant les lettres patentes du Roy, [p.137] envoyées à cette fin.
     
Quoy que ce soit avoient esté saisies afin de ladite reunion, & n’estoient encores apparu d’aucune main-levée: Que les habitans desdits lieux doivent pour leurs maison & terres plusieurs droicts seigneuriaux au Roy à cause de Dourdan, ainsi qu’il seroit verifié par plusieurs comptes, estans en la chambre des Comptes à Paris, que iceux villages estoient dans les fins & limites dudit bailliage de Dourdan, & près ledit Dourdan:
     
requerant par ces moyens qu’il feust par nous ordonné que lesdits villages se reigneront par les Coustumes dudit Dourdan.
    
Nous sur les dites remonstrances & protestations, avons lesdites parties renvoyées à la Cour de Parlement au lendemain des Roys, pour icelles ouies avec le Procureur general du Roy, leurs estre fait droit ainsi que de raison.
(1).
     (4.4.2) Charles A. Bourdot de Richebourg, Nouveau coutumier general. Tome troisième, Paris, Théodore Legras, 1724, p. 136.
     Le 23 juin 1558 le roi Henri II donne commission à son maître des requêtes Étienne Potier d’aller à Étampes enquêter de commodo et incommodo, sur l’opportunité d’une taxation des bâteau transitant par le port de cette ville que réclame la municipalité pour en financer la réparation.
      Le roi précise qu’une enquête de ce genre a déjà été diligentée sur cette requête et qu’il a déjà reçu sur cette affaire le rapport de son procureur à Étampes. On voit ici cependant les limites du crédit que rencontre à la cour  l’avis de ce magistrat local, puisqu’on juge nécessaire de rexaminer les choses en présence d’un représentant du pouvoir central qui viendra sur place assister le procureur du lieu.
     
“Sur laquelle les aurions renvoyez par devant le bailly du dict Estampes ou son dict lieutenant, pour, oy et appelé nostre procureur du dict lieu, informer de la commodité ou incommodité du contenu en icelle, pour, la dicte informacion faicte et rapportée par devers nous, estre pourveu aus dictz supplians, ce qui auroit esté faict;
     
“toutesfois desirans, attendu qu’il est question d’un bien publicq, estre plus amplement informez et certroiez de la commodité ou incommodité, nous mandons et commectons par ces présentes que, appeliez nos officiers du dict lieu, vous estant sur les lieux, informez derechef, dilligemment et bien du contenu en la dicte requeste et de la commodité ou incommodité, que nous et la chose publique pourrions avoir, faisant ce qui est requis par icelle, pour, la dicte informacion faicte et renvoyée par devers nous, ayans prins conseil, ensemble avis, et celluy de nos officiers au dict lieu, estre pourveu aux supplians, comme de raison. Car tel est nostre plaisir. De ce faire vous donnons pouvoir, mandons et commandons à tous nos justiciers, officiers et subgectz que à vous, ce faisant, obéissent” (
6).
     (4.2.6) Archives municipales d’Étampes AA 127 (non cotée à l’époque de Dupieux), texte édité par Paul Dupieux, in Bulletin philologique et historique jusqu’à 1715 du Comité des travaux historiques et scientifiques (1930-1931), pp. 273-274 (n°16); Dupieux note, ibid., p. 273, note 2, que “ces lettres ne sont pas mentionnées dans la brochure du docteur Justin
Bourgeois, Le port d’Etampes, Etampes, 1860, in-8°, ni dans l’article de Paul
Pinson, Recherches sur la navigation d’Etampes à Corbeil, depuis le XIe siècle jusqu’à
sa suppression en 1676
, dans Bulletin de la Société historique et archéologique de Cor-
beil, d’Etampes et du Hurepoix
, 1899, p. 119-158”.
4.5. Sur la fin énigmatique du mandat d’Esprit Ducamel

    A partir du 4 janvier 1560 (1) se produit une anomalie: nous trouvons mentionné un nouveau procureur du roi, Esprit Hatte, sans qu’Esprit Ducamel cesse de son côté d’en porter le titre.
     (4.5.1) Notre-Dame 4 janvier 1560: “Pierre filz de maistre Esprit Hacte procureur du roy à Estampes”.
     En 1562 sont signalés côte à côte, et sans mention de titre, comme censitaires des dames de Longchamp, Esprit Ducamel et son successeur Esprit Hattes: “Maistre Esprit Ducamel. — Maistre Esprit Hacte” (2). Il faut noter que les montants des cens dus par l’un comme par l’autre ne sont pas mentionnés, ce qui tend à indiquer qu’ils en étaient probablement exempts, par un de ces droits coutumiers informels et variés justement soupçonnés par Dupieux, sur lesquels nous sommes mal renseignés, mais qui, cumulés, devaient constituer des sources de revenu conséquentes pour les détenteurs de cette charge.
     (4.5.2) AD91 E 3900, f°18r°.

     L’année suivante 1563 le même registre n’accorde curieusement son titre qu’à Esprit Hattes: “Maistre Esprit Ducamel. — Maistre Esprit Hacte procureur du roy” (3). Le 10 mars se porte marraine à Saint-Basile “Marie Paulmier femme de honorable homme maistre Esperit Hacte procureur du roy au dict lieu”.

     Que se passe-t-il ? Nous avons vu en effet que les registres de baptême pour leur part continuent à qualifier Esprit Ducamel de “procureur du roy”, et qu’il n’est mort qu’entre février et septembre 1564. Il y a donc bien deux procureurs du roi en titre à Étampes entre 1559/1560 et 1564.


     (4.5.3) AD91 E 3900, f°37v°.
     On pourrait supposer évidemment que, pendant un temps, tout simplement, l’autorité royale considéra comme nécessaire la coexistence de deux procureurs du roi à Étampes. Dupont-Ferrier a montré que c’était le cas de certains bailliages (4), et qu’on en avait parfois davantage ailleurs; mais ils siégeaient alors à chaque fois en des villes différentes du bailliage (5), et l’on voit mal où cela aurait pu être dans le cas d’Étampes; surtout, la cas ne se reproduira plus jamais à ma connaissance.
     (4.5.4) Il cite en ce sens les bailliages de Chartres, Chaumont, Cotentin, Mantes, Orléans, Melun et Gisors.

     (4.5.5) Cf. Les officiers royaux, 1902, pp. 146-147.
     Un autre solution serait de supposer qu’Esprit Hattes ne fut au départ qu’un simple substitut du procureur du roi.
     Nous avons déjà en effet constaté à deux reprises l’existence d’un tel procureur à Étampes
, tout d’abord le 13 janvier 1513, lorsque le prévôt Guillaume Audren est qualifié à titre exceptionnel de substitut du procureur du roi Guillaume Cormereau, puis le 29 décembre 1556 lorsque Girard Garnier, beau-frère d’Ésprit Ducamel, le remplace également à titre exceptionnel à Dourdan lors de la rédaction de la coutume de cette ville. Nous avons déjà fait allusion au fait qu’il existe plusieurs indices qu’Esprit Hattes était lui aussi un beau-frère d’Esprit Ducamel.
     Mais nous avons noté également que Guillaume Audren autant que Girard Garnier n’avaient très visiblement exercé chacun cette fonction qu’à titre exceptionnel: il ne s’agissait en aucun de ces deux cas d’une charge fixe.
     L’existence d’un, voire de plusieurs substituts du procureur du roi, est avérée en ce temps dans plusieurs autres bailliages. Et, à ce que note Dupont-Ferrier, “il est impossible de distinguer toujours entre ces deux appellations, la vanité encourageant d’habitude l’usurpation du titre”
(6).
     Cependant là aussi, il resterait à expliquer pour quoi cette charge usuellement stable, n’a pas d’autre titulaire connu dans la suite à Étampes, du moins à ma connaissance.
     (4.5.6) Cf. Les officiers royaux, 1902, pp. 156-158.

     Il est donc plus vraisemblable donc qu’à partir de 1559 ou 1560 Esprit Ducamel, pour une raison indéterminée, par exemple d’ordre médical, a été empêché d’exercer ses fonctions de procureur du roi, et que son successeur a été nommé de son vivant, de telle manière qu’il a continué à en porter le titre sans vraisemblablement en assumer réellement les fonctions.

     Le 29 janvier 1564, selon Dupieux, Esprit Ducamel est toujours cité comme procureur en activité
(7), et le 28 septembre se porte marraine à Saint-Basile d’Étampes “Marie fille de maistre Esperit du Camel procureur du roy à Estampes”.  

     Cependant le 3 octobre 1564, à Notre-Dame, se porte marraine “Jehanne Ducamel fille de defunct maistre Esprit Ducamel en son vivant procureur du roy à Estampes”.
     (4.5.7) Selon un document autrefois conservé à Orléans (A 1220, liasse 1re, pièce 1re) et cité par Dupieux (Institutions, p. 85, note 6). C’est ce qui sans doute a conduit Dupieux à négliger le témoignage de Plisson sur le fait qu’Esprit Hattes était procureur du roi dès 1560.
     On croit d’abord pouvoir en conclure qu’il est mort précisément entre les 28 septembre et 3 octobre 1564. Mais son décès est peut-être antérieur à cela. Ce qui est troublant en effet, c’est qu’on semble ignorer son décès à Saint-Basile pendant deux ans. Le 19 janvier 1565 en effet s’y porte parrain “Medard du Camel filz de maitre Esprit du Camel procureur du roy à Estampes”; le 18 mars 1566 s’y porte marraine “Jehanne fille de maistre Esprit du Camel” et à nouveau le 20 novembre “Jehanne fille de maistre Esprit du Camel procureur du roy à Estampes”.
     Plus troublant encore, le 7 octobre 1566, le desservant se trompe en mentionnant le même Médard que ci-dessus comme s’il était le fils d’Esprit Ducamel: “Medard Hatte filz de monseigneur le procureur du roy”.
     Bien qu’on se demande comment le desservant de Saint-Basile a pu commettre une confusion aussi étrange, concernant de tels paroissiens, cette confusion n’est pas douteuse en elle-même, d’autant plus qu’Esprit Hattes est mentionné en 1567-1568 comme censitaire des dames de Longchamp en temps que tuteur des enfants de son défunt prédécesseur: “Maistre Esprit Hacte procureur du roy tant pour son non que pour sa femme — Luy comme tuteur des enffens feu maistre Ducamel”
(8).
     (4.5.8) AD91 E 3900, f°83v°.
     Esprit Ducamel n’est clairement signalé comme defunt à Saint-Basile qu’à partir du 10 février 1568, date à laquelle se porte marraine à Saint-Basile “Jehanne fille deffunct Esprit du Camel en son vivant procureur du roy à Estampes”.

     En 1571 ses enfants continuent à sa porter parrains et marraines à Saint-Basile. Ainsi le 4 avril: “Medard filz deffunct maistre Esprit du Camel”, et le 24 mai: “fille de deffunct maistre Esprit du Camel en son vivant procureur du roy à Estampes”.


4.6. Descendance d’Esprit Ducamel

     Quelle a été la descendance d’Esprit Ducamel? Nous avons vu que son épouse s’appelait Marie, et qu’elle se porta marraine à Notre-Dame à quatre reprises, à une époque où le registre de Saint-Basile fait défaut, de 1550 à 1555. Elle lui avait donné au moins quatre enfants, Guillaume, Marie, Médard et Jeanne.

     1. Guillaume Ducamel II, qui se porte parrain à Notre-Dame le 28 juillet 1557 (1), mais dont nous n’entendons plus parler ensuite: il est sans doute mort jeune.

     2. Marie Ducamel, encore jeune fille, est mentionnée comme marraine à Saint-Basile les 28 septembre 1564 et 12 juin 1570
(2). Elle se marie avant le 5 avril 1582 sans qu’on puisse préciser davantage à cause de la grande lacune du registre de Saint-Basile de 1572 à 1588. Elle réapparaît en effet mariée au médecin Gérard François, à partir du 5 avril 1582, marraine à Notre-Dame, puis ensuite régulièrement jusqu’en 1590 tant à Saint-Basile qu’à Notre-Dame, voire à Saint-Pierre (3). Son mari lui-même se porte parrain à Notre-Dame, à Saint-Basile et à Saint-Gilles au moins à dix reprises de 1578 à 1599 (4). Ils eurent au moins deux fils, Jacques et Jean, dont l’un se porte parrain à Notre-Dame en 1593, et l’autre en 1595 (5). Le couple héritera, avant 1593, de l’hôtel des Carneaux au n°8 de la rue Louis-Moreau auparavant détenu par Esprit Ducamel (6), et tient aussi, au moins en 1599, le n°6 de la rue Sainte-Croix, à côté de l’hôtel d’Esprit Hattes (7).

     3. Médard Ducamel est mentionné comme parrain à Saint-Basile les 19 janvier 1565 et 4 avril 1571
(8); il doit être mort jeune, car nous n’en entendons plus parler dans la suite.

     4. Jeanne Ducamel se porte marraine à Saint-Basile encore jeune fille de fin 1566 à début 1568 (9). La même année elle épouse Tristan Charron II, avocat et élu d’Étampes, c’est-à-dire officier de l’élection,
à qui elle donne un fils Tristan III baptisé à Saint-Basile en février 1569.
     Ce gendre posthume d’Esprit Ducamel mérite un développement à part.

     (4.6.1) “Guillaume filz de maistre Esprit Ducamel”.

     (4.6.2) “Maraines Marie du Camel et Katherine Paulmier”. — (4.6.3) Notre-Dame 5 avril 1582: “Marie Ducamel femme de honnorable homme maistre Girard Françoys docteur en medecine”; Saint-Pierre 27 octobre 1584 [cité par Charles Forteau, Annales du Gâtinais 13 (1907), p. 98); Notre-Dame mardi 18 février 1586: “Marie Ducamel femme de maistre [rayé: Franc] Girard Françoys docteur en medecine”; 15 juin 1586: “Marie Ducamel”; 20 avril 1587: “Honneste femme Marie Ducamel espouse de Girard Françoys medecin à Estampes”; Saint-Basile 29 mai 1588: “dame Marie Du Camel femme d’honorable homme maistre Girard Françoys docteur en medecine”; 5 mai 1590: “Marie Ducamel femme de honorable homme maistre Gerard François medecin au dict Estampes”. — (4.6.4) Notre-Dame 28 mars 1578: “honneste homme Gerard Françoys medecin à Estempes”; 7 juin 1582, “venerable et discrette personne maistre Girard Françoys docteur en medecine à Estampes”; 28 janvier 1583: “honnorable homme maistre Girard François docteur en medecine”; 20 septembre: “honnorable homme et discrette personne Girard Françoys docteur en medecine”; Saint-Gilles 24 octobre 1584: “honorable et discrete personne maistre Gerard François docteur en medecine”; Saint-Basile 7 septembre 1589: “noble homme maistre Gerard Françoys docteur en medecine”; 18 novembre 1590: “maistre [rayé: Françoys] Girard Françoys docteur en medecine”; 4 septembre 1591: “maistre Girard Françoys docteur en medecine”; Notre-Dame 16 mars 1593: “maistre Girard Françoys docteur en medecine”; Saint-Gilles 25 janvier 1599: “noble homme maistre Girard Françoys docteur en medecine”. — (4.6.5) Notre-Dame 8 juin 1593: “Jacques filz de maistre Girard Françoys docteur en medecine”; 6 avril 1595: “Jehan filz de maistre Girard Françoys docteur en medecine”. — (4.6.6) D’après un résumé du XVIIIe siècle dû aux célestins de Marcoussis et conservé actuellement dans les anciennes archives des dames de Maubuisson (AD95 72H 108), Girard François reconnaît alors la seigneurie des célestins en temps que gendre et héritier d’Esprit Ducamel. — (4.6.7) Censier de Notre-Dame pour 1599 (extrait édité par par Monique Chatenet, Étampes, un canton entre Beauce et Hurepoix, Paris, Éditions du Patrimoine, 1999, pp. 148-149).

     (4.6.8) La marraine étant la fille de son tuteur, “Jehanne Hacte femme de Françoys Cheron”.

     (4.6.9) Les 18 mars et 20 novembre 1566, puis le 10 février 1568. — (4.6.10) Saint-Basile le 21 février 1569: “Tristan filz de honorable homme maistre Tristan Charron esleu d’Estampes et de Jehanne du Camel sa femme; les parrains honorable homme maistre Tristan Charron [rayé: esleu] bailly de [rayé: Dorudan] Dourdan et maistre Gilles Paulmier bailly de la Forest le Roy, la maraine Marie Paulmier à present femme de maistre Esprit Hatte procureur du roy à Estampes”.
4.7. Sur son gendre Tristan Lecharron

     Tristan Charron, ou plutôt Lecharron, apparaît dans le registre paroissial de Saint-Basile en cette même année 1568 où il épouse Jeanne Ducamel, dans le cercle familial d’Esprit Hattes, successeur d’Esprit Ducamel et tuteur de ses enfants mineurs.
      Le 20 septembre 1568 en effet, alors que sa femme est enceinte de leur premier enfant Tristan, il se porte parrain à Saint-Basile de Tristan Delorme, fils “noble homme maistre Jehan de Lorme lieutenant du prevost d’Estampes”; lui-même est qualifié “noble homme maistre Tristan Charron esleu du dict Estampes”; la marraine est la seconde épouse d’Esprit Hattes, Marie Paulmier; l’autre parrain est Gilles Paulmier, bailli de la Forêt-le-Roi, probable père de cette dernière
(1).

     Le 21 février 1569, lorsqu’est baptisé son premier fils, Tristan, la marraine est toujours Marie Paulmier; l’un des parrains Pierre Hattes, fils d’Esprit Hattes, avec lequel a été élevé sa femme; mais surtout le parrain qui donne le nom est “maistre Tristan Charron bailly de Dourdan”, selon toute apparence son père (2).
     (4.7.1) Saint-Basile 20 septembre 1568: “fut baptisé Tristan filz de noble homme maistre Jehan de Lorme lieutenant du prevost d’Estampes; les parains noble homme maistre Tristan Charron esleu du dict Estampes et Pierre Hacte, la maraine Marye Paulmier”.



     (4.7.2). Voir ci-dessus la note (4.6.10).
     On remarquera à ce sujet que le dit Tristan Charron I bailli de Dourdan était présent et  déjà bailli trois ans auparavant, le 29 décembre 1566, lors de la rédaction de la Coutume de cette ville (3); on a d’ailleurs conservé la lettre de convocation à la rédaction de la coutume de Dourdan qu’il avait envoyée quelques jours auparavant (4). On se rappelle qu’à cette occasion Girard Garnier beau-frère et substitut d’Esprit Ducamel, n’avait pas craint de réclamer le rattachement de Dourdan à Étampes, propos que le procureur du roi à Dourdan avait qualifié d’impertinent (§ 3.5). On voit qu’au-delà de ces conflits d’ordre administratif, les liens personnels entre les familles d’officiers de ces deux bailliages étaient en coulisses fréquents et profonds, et que le fils d’un officier de Dourdan pouvait facilement trouver femme et faire carrière à Étampes.
    (4.7.3) “maistre Tristand Le Charron, bailly” (Charles A. Bourdot de Richebourg, Nouveau coutumier general. Tome troisième, Paris, Théodore Legras, 1724, p.135). — (4.7.4) “Tristand Le Charron licencié en loix, conseiller du roy nostre sire, bailly de Dourdan pour le dit seigneur” (Ibid., pp. 133-134).
     Le 5 janvier 1572 nous voyons baptiser un second Tristan Charron, dont le frère aîné est sans doute mort en bas âge. Son père, qui était encore qualifié simple “avocat et eleu d’Estampes en octobre 1570 (5), est désormais “lieutenant du prevost de la marechaussée d’Estampes” ou “lieutenant du prevost des marechaulx à Estampes” (6), à la place de Jean Delorme apparemment décédé dans le cours de l’année 1571, et dont il avait tenu le fils sur les fonts trois ans plus tôt; le parrain de ce nouveau Tristan est Pierre Hattes, fils du tuteur de sa femme, élévé avec elle, et par ailleurs beau-frère du défunt Jean Delorme, puisque mariée en secondes noces à sa sœur Marie Delorme, ainsi que nous le verrons plus bas au sujet des enfants de la descendance d’Esprit Hattes (§ 5.8 n°3).
     (4.7.5) Notre-Dame 11 mai 1569: “maistre Tristan Lecharron advocat et eleu d’Estampes”; 2 octobre 1570: “honneste homme maistre  Tristand le Charron advocat et eleu au dict Estampes”. — (4.7.6) Saint-Basile 5 janvier 1572: “Tristan filz de honneste homme maistre Tristan Le Charron lieutenant du prevost de la marechaussée d’Estampes et de Jehanne Ducamel sa femme”; 8 août 1572: “Jehanne du Camel femme de honorable homme maistre Tristan le Charron lieutenant du prevost des marechaulx à Estampes”.
     En 1575 il est encore qualifié à Notre-Dame: “lieutenant de la prevosté au dict Estampes” (7).
     Mais il passe ensuite, avant avril 1577, 
“conseiller du roi et lieutenant general au bailliage d’Estampes (8); ce n’est pas donc par erreur que vers la même époque le censier de Longchamp le qualifie “lieutenant du bailly à Estampes”, voire “lieutenant du bailliage d’Estampes”. Il gardera cette charge au moins jusqu’en 1580, date à laquelle il est encore signalé avec ce titre comme censitaire du fief de Longchamp, en même temps que son probable frère Girard Lecharron à son tour bailli de Dourdan à la place de leur père Tristan (9).
     (4.7.7) Notre-Dame 6 janvier 1575: “maistre Tristan Lecharon lieutenant de la prevosté au dict Estampes”. — (4.7.8) Notre-Dame 20 avril 1577: “maistre Tristand Lecharron conseiller du roy et lieutenant general au bailliage d’Estampes”. — (4.7.9) AD91 E. 3901 (1571-1576): “mestre Tristan Lecharron lieutenant au bailiage à Estampes; (…) mestre Girrard (sic) Lecharron bailly de Dourdan; mestre Triste Lecharron lieutenant du bailly à Estampes”; E. 3904 (1580): “maistre Girard Le Charron bailly de Dourdan; maistre Tristan Le Charron, lieutenant du bailliage d’Estampes”.
4.8. Un autre gendre remarquable: Gérard François

     Nous avons déjà mentionné un autre gendre posthume d’Esprit Ducamel qui mérite quelque attention, car tous les auteurs qui en ont parlé à ma connaissance l’ont présenté, bien à tort, comme un médecin personnel d’Henri IV (1), alors que c’était, à mon sens, un simple médecin municipal.

     Il nous apprend lui-même en 1583  qu’il est originaire d’Étampes, et que son père était déjà médecin
(2); il prétend même qu’il avait été celui de la famille des Hurault vicomtes de Cheverny, dont le chef est de son temps garde des sceaux (3). Seulement, à mon humble avis, cela peut vouloir simplement dire que son père, à l’occasion, a été consulté quelque membre de cette famille.

     Que savons-nous de sa famille? Peu de choses, et surtout rien de bien cohérent. Un Yvonnet François déjà était censitaire des dames de Longchamp en 1498, également censitaire, une quinzaine d’année plus tard du fief des Longs
(4). Quand commencent les registres de baptêmes étampois, plusieurs membres de cette famille nous sont signalés sans que nous puissions pour l’instant en établir la généalogie. Nous trouvons en 1546 à Notre-Dame un Jean François marié à une Catherine et père d’une Simonne (5); entre 1568 et 1582, un Alexandre François sergent royal, marié à une certaine Nicole, puis à une Noëlle Delorme, et censitaire du fief de Longchamp (6); en 1568, une Anne François, sans doute la fille du précédent mariée au procureur Pierre Provensal (7); en 1575 un Claude François bourgeois et marchand (8).

     Mais c’est sans doute plutôt dans la paroisse de Saint-Basile qu’il nous faut chercher le père de Gérard François. Nous y trouvons, entre 1564 et 1569, un Augustin François mariée à Alison Leprêtre, père au moins d’un Charles et d’un Cancien, et mort avant 1569 (9); il n’est pas impossible qu’il s’agisse du père de Girard François.

     Dans la même paroisse est signalé de 1587 à 1603 un certain Jacques François, marchand qualifié tantôt mercier tantôt épicier, marié d’abord à une Simone, puis à une Jaqueline Bourdon; c’est probablement le frère de Gérard François; nous le voyons en effet choisir pour parrain de son fils Gabriel, en 1587, le chirurgien Julien Dubref (10); or ce Julien Dubref est cité juste après Gérard François dans le registre des censitaires du Bourgneuf de 1580-1585, ce qui indique un partage récent; d’ailleurs, peu après la mort de Gérard François, c’est “Jacques François, marchand épicier” nous trouvons censitaire du Bourgneuf (ainsi qu’une certaine Anne François, peut-être fille de Gérard) (11). Rappelons qu’à cette date celui qu’on appelle l’épicier est une sorte de droguiste qui peut fournir notamment les apothicaires ancêtres de nos pharmaciens.

      La question de la généalogie de cette famille de médecins se complique encore après la mort de Gérard François, lorsque nous voyons en 1602 deux de ses membres installés à Paris venir à Saint-Basile d’Étampes se porter parrains du fils d’une certaine Simone François, mariée à un huissier de l’élection d’Étampes. Ce sont Robert François, maître chirurgien et barbier, et François François, tous deux établis à Paris 
(12): sont-ce des enfants ou des neveux de Gérard François? Et cette Simonne François elle-même est-elle une sœur, une nièce ou une fille de Gérard François?
     (4.8.1)  Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque françoise. Tome XIII, Paris, Guérin & Lemercier, 1752, pp. 415-416; Hippolyte Daniel, Biographie des hommes remarquables de Seine-et-Oise, Paris, Angé, 1837, p. 234; Violet le Duc, in Bulletin du bibliophile 10e série (janvier 1851), pp. 1101-1102; Achille Chéreau, Le Parnasse médical français, ou Dictionnaire des médecins poètes de la France, Paris, A. Delahaye, 1874, p.; Léon Marquis, Les rues d’Étampes, Étampes, Brière, 1881, pp. 357-358; Pascal Pia, Bouquet poétique des médecins, chirurgiens, dentistes et apothicaires, Paris, Collection de l’Ecritoire, 1933, p. 106; Étampes-Histoire, Étampes Almanach 2000, Étampes, 1999, p. 3 de “septembre”.
     (4.8.2) Dans l’épître dédicatoire de son premier ouvrage au vicomte de Cheverny. — (4.8.3) Raoul Hurault avait été contrôleur général des finances de François Ier, et son fils Philippe, dédicataire du premier ouvrage de Gérard François en 1583, était garde des sceaux d’Henri III depuis 1578.
     (4.8.4) Censier de Longchamp de 1498, éd. Gineste, n°248 et n°249 (“ung quartier de vigne assis en Antioche, tenant d’une part à Yvonnet François” et “ung quartier de vigne assis en Espinant”); AD91 E. 3930 (1513-1541): “Yvonnet François”. — (4.8.5) Notre-Dame 23 avril 1546: baptême de “Symonne fille de Jehan Françoys et Katherine sa femme”. — (4.8.6) Notre-Dame 28 mars 1568: “Nicolle femme de Alexandre Françoys”; Censier de Longchamp pour 1580 (AD91 E. 3904): “Alexandre François, sergent royal à Estampes”; Saint-Gilles le 6 juin 1582: “Noelle Delorme femme de Alexandre Françoys”. — (4.8.7) Notre-Dame 18 mars 1568 à Notre-Dame, “Bonne fille de honorable homme maistre Pierre Prouvensal procureur et de Anne Françoys” (l’une des marraines est “Nicolle femme de Alexandre Françoys”). — (4.8.8) Notre-Dame 1er septembre 1575: “Claude Françoys bourgeoys marchant à Estampes”.
     (4.8.9) Saint-Basile 11 juin 1564: baptême de “Cancian filz de Augustin Françoys et Alizon Le Prebtre sa femme”; 2 novembre 1565: parrain “Charles filz de Augustin Françoys”; 2 août 1569 “Alizon Leprebstre veufve de deffunct Augustin Françoys”.
     (4.8.10) Saint-Basile 23 août 1587: baptême de “Gabriel filz de Jacques Françoys marchant mercyer et Simonne” (parrain: “honorable homme maistre Julian du Bref maistre cirurgian”); Saint-Gilles 1er mars 1597 “sire Jacques François”; Saint-Basile 16 octobre 1597: “Jacqueline Bourdon femme de Jaques Françoys marchant mercier demeurant à Estempes”; Saint-Gilles 29 août 1599, “Jacqueline Bordon femme de sire Jacques Françoys”; censier du Bourgneuf de 1598-1601 (AD91 E. 3834): “ Jacques François, marchand épicier (…) Anne François, veuve d’Etienne Charpentier”; Saint-Basile 13 août 1603: “Jacques Françoys”. — (4.8.11) Censier du Bourgneuf pour 1580-1585 (AD91 E. 3834*): “Girard François, docteur en médecine; Julien Dubref, chirurgien et barbier”; Censier du Bourgneuf de 1598-1601 (AD91 E. 3834): “ Jacques François, marchand épicier (…) Anne François, veuve d’Etienne Charpentier”.
     (4.8.12) Saint-Basile mercredi 1er mai 1602: au baptême de “Robert filz de Pierre Hervé [rayé: sergent] huissier ordinaire en l’election d’Estempes (…) et de Simonne Françoys”, les parrains sont “honorables hommes Robert Françoys maistre barbier et chirurgien demourant à Paris  et Françoys Françoys demourant au dict Paris”; s’agit-il de fils ou de frères de Gérard François?
     Gérard François dit lui-même avoir composé à Étampes son premier ouvrage, s’étant alors réfugié dans sa patrie pour fuir une peste qui sévissait à Paris; cette peste doit être, plutôt que celle qui a éclaté lors de l’été 1580 (13), la peste noire de 1578, car, ainsi que nous lavons vu, il est déjà mentionné comme médecin exerçant à Étampes le 28 mars de cette année-là (14); c’est alors aussi qu’il a dû épouser Marie Ducamel, fille de l’avant-dernier procureur du roi, pupille du dernier procureur, élevée en même temps que la femme du procureur alors en exercice.
     (4.8.13) Voyez par exemple Sylvie Daubresse, Le parlement de Paris, ou La voix de la raison: (1559-1589), Paris, Droz, 2005, p. 350, qui nous montre en 1580 presque tous les parlementaires fuyant Paris. — (4.8.14) Sur les mentions de Gérard François comme parrain dans les registres d’Étampes, voyez la note (4.6.4).
     C’était un homme cultivé, qui certainement avait fait d’assez longues études à Paris. Il avait dans sa bibliothèque au moins une édition latine d’Avicenne prince des médecins arabes (15), grand in-folio de plus de mille pages publié à Bâle en 1556, qui portait un ex-libris manuscrit: Gerard François Stempanus Senonensis, ce qui signifie “Gérard François d’Étampes au diocèse de Sens” (16).
     (4.8.15) Andreas Alpagus [éd], Avicennae Medicorum Arabum principis, Liber canonis de Medicinis cordialibus et cantica, iam olim quidem à Gerardo Carmonensi ex Arabico sermone in latinum conversa [in-folio, XLII+1104 p.], Basileae (Bâle), J. Hervagius, 1556. — (4.8.16) D’après une page web de bibliophilie, www.bibliorare.com/cat-vent_nantes15-10-05.htm, en ligne en 2009.
     Il a lui même composé deux ouvrages. Dans le premier, publié en 1583, in-16 de plus de 200 pages et intitulé Les trois premiers livres de la santé, il prend le simple titre de “docteur en médecine” (17). Ce sont essentiellement des conseils de diététique en 6000 vers, dont la suite, annoncée par le titre lui-même, n’a jamais été publiée. En voici le résumé donné par l’abbé Goujet en 1752: “Le premier livre traite des élemens, des humeurs, & de la diversité des tempéramens: le second livre, de l’air & de ses qualités, des alimens et de leur usage; le troisiéme des exercices qu’il faut prendre ou éviter, du sommeil, du tems, de la saignée, de l’acte vénérien & de diverses choses qui concernent cet acte; enfin, des passions” (18).
     (4.8.17) Les Trois premiers livres de la santé, par M. Gérard François, docteur en médecine [in-16; privilège du 16 juin 1583; pièces liminaires; 195 p.], Paris, Jehan Richer, 1583. — (4.8.18) Claude-Pierre Goujet, op. cit., pp. 415-416. Autre résumé par Violet le Duc: “Le premier livre de la santé contient de fort bons principes d’hygiène, il donne des conseils applicables à chaque tempérament. Dans le second, il reconnaît d’après Hippocrate, l’influence des lieux, des airs et des eaux. II indique la différente nature et les qualités des divers aliments. Le troisième livre traite de la gymnastique, des travaux qu’il faut éviter, du sommeil, etc.” (op. cit.).
     On ne peut résister au plaisir de citer ici l’extrait qu’en a donné Léon Marquis (19):
Sitôt qu’au matin tu seras descendu
De ton lict, et qu’à Dieu grâces aura rendu,
Pour t’avoir réservé cette nuit de dommage,
Lui offriras ton corps et ton âme en hommage.

………………
Cela fait, aussitôt te faudra-t-il tâcher,
Au lieu le plus secret de ton ventre lâcher;
Et quand tu n’en aurais aucunement envie,
Il faut qu’à tout le moins toi-même t’y convie;
Il n’est pas que nature, en s’y offrant souvent,
Ne se décharge enfin, ne fût-ce que de vent.

     Le second ouvrage de Gérard François est un volume in-octavo de 92 pages publié à Paris par Jamet Mettayer et Pierre Lhuillier en 1595: La maladie du grand corps de la France, des causes et première origine de son mal, et des remèdes pour le recouvrement de sa santé. Après deux épîtres au roi, l’une en prose, l’autre en vers, on y trouve une longue description en vers des maux dont souffre alors la France. L’abbé Goujet, tout en louant la matière de ce poème, y relève cependant ce travers: “Le Poëte a rendu au reste son écrit fort désagréable à lire en le remplissant de termes de Médecine, & de noms de plantes que la plus grande partie de ses lecteurs n’étoit pas en état d’entendre”. Violet le Duc va jusqu’à écrire que son talent poétique est “absolument nul”; mais il s’agit là d’une appréciation purement subjective, portée à une époque où le plus grand reproche qu’on puisse faire à un poète est celui que lui fait Violet le Duc, à savoir d’être “bien terre à terre”.

Maistre Girard François medecin du roi (Saint-Basile 1er mars 1597)

     On relèvera surtout que l’auteur s’attribue la qualité de “médecin de Sa Majesté”. Les registres de baptême d’Étampes ne lui donne qu’une seule fois un titre du même genre, lorsqu’il se porte parrain le 1er mars 1597 à Saint-Basile: “maistre Girard François medecin du roy”
(20). Il prendra aussi la qualité de “noble homme” en 1598 et 1599 (21).

     Les ouvrages de Gérard François ne paraissent pas avoir rencontré un grand écho. La réputation de ce médecin, au reste, ne devait pas dépasser Étampes
(22).
     A mon sens, contrairement à ce qu’ont conjecturé un peu légèrement tous les auteurs qui ont parlé de lui, le titre de médecin du roi qu’il s’attribue seulement à deux reprises, en 1595 et 1597, ni avant cela, ni après, n’était qu’un titre bailliager, voire seulement municipal, comme on le voit clairement vers la même époque à Grenoble
(23), ou à Brive (24). D’autres médecins municipaux ornent leurs ouvrages de ce titre (25); en 1578, un charlatan avait même été poursuivi pour en avoir abusé par la faculté agacée de ce titre ambigu et sans caractère universitaire, qu’on se procurait de manière peu claire, apparemment en jouant de l’influence de ses protecteurs à la cour (26); dans le cas de Gérard François, ce protecteur a pu être Philippe Hurault de Cheverny, rappelé aux affaires en août 1590 par Henri IV qui lui rend alors la charge de garde des sceaux.
     Il semble que, au moins en théorie, les médecins du roi étaient localement en charge de veiller à la santé publique 
(27); il semble aussi que cet office comme bien d’autres entraînait le titre de conseiller du roi. Remarquons d’ailleurs qu’on trouve aussi à Étampes, d’ailleurs, et cela dès le 1er juin 1566, parrain à Notre-Dame, un certain “maistre Pierre Verrier cirurgien du roy nostre sire”, mort en 1570 (28).

     Voilà donc quel était le gendre d’Esprit Ducamel; les très rares auteurs qui paraissent avoir réellement lu ses ouvrages, à savoir l’abbé Goujet puis Violet le Duc, y reconnaissent, une sincère piété catholique, à défaut de véritable poésie, un solide bon sens, hostile à l’astrologie comme aux saignées préventives.





     (4.8.19) Les rues d’Étampes, 1881, p. 457.

     (4.8.20) Saint-Basile 1er mars 1597: “maistre Girard François medecin du roy”; le même registre, le 11 octobre 1598, ne l’appelle plus que: “honorable homme Girard Françoys”. —   (4.8.21) Saint-Gilles 14 octobre 1598: “noble homme maistre Girard Françoys docteur en medecine”; Saint-Basile lundi 25 janvier 1599: “noble homme maistre Girard François docteur en medecine”.

     (4.8.22) Léon Marquis le prétend célèbre, mais lui-même intervertit son nom et son prénom.
Il est possible, dans l’absolu, personnellement consulté par Henri IV en juin ou novembre 1589 ou bien ultérieurement; mais rien ne l’indique positivement et cette supposition est en fait aussi inutile que gratuite. — (4.8.23) “Les prérogatives, les honneurs de l’ancien medicus pecuniarius, de  l’ancien médecin municipal sont attribués en partie au médecin du roi, titre qui implique celui de conseiller d’Etat; c’est le médecin et conseiller ordinaire du roi. (…) Dans les provinces, ce titre était donné à un certain nombre de médecins qui, le cas échéant, eussent pu soigner le roi, mais qui ne l’avaient peut-être jamais vu. Ces médecins du roi étaient, sinon les princes de la science, du moins les princes de la médecine professionnelle dans leur province. Or, en 1550, Lesdiguières avait amené avec lui [à Grenoble] un médecin du nom de Davin, qui ne le quittait jamais. En reconnaissance de ses nombreux services, il le fit nommer conseiller et médecin du roi  pour avoir l’œil et  tenir exactement la main, en ce qui sera à l’assistance et secours des malades et blessés, moyennant quoi Davin recevra, sur tous les butins qui se feront sur l’ennemi, tant par les gens de cheval que de pied, de quelque qualité et condition qu’ils soyent, ung sol par livre, revenant à cinq pour cent. Ces honoraires sentent un peu le brigandage de l’époque et le connétable faisait payer Davin plus militairement que royalement; mais lorsque les troubles seront finis, les médecins du roi auront des prérogatives d’une origine plus pacifique” (Arthur Bordier, La médecine à Grenoble, 1896, p. 26). — (4.8.24) Testament le 17 août 1573 de “Guillaume Feyssac, docteur médicin du roy, habitant de Brive” (Inventaire-Sommaire des archives hospitalières de Corrèze, Tulle, 1911: Hôpital de Brive, série A, A4, f°150). — (4.8.25) Par exemple: Discovrs des Admirables Qualitez et Vertus des Eavx Minerales retrouvvées dans le Terroir de la Ville de Baignolz. Faict par Noble Esprit Defournier, Conseiller et Médecin du Roy de la Ville de Valreas, Lyon, Louis Odin. 1636. — (4.8.26) Roch le Baillif, protégé par le duc de Mercœur,  fut poursuivi devant les tribunaux par la faculté de médecine de Paris en 1578, mais il en fut protégé par son statut de médecin du roi, énoncé dans tous ses ouvrages, et que lui avait sans doute procuré son puissant protecteur. Didier Kahn (Alchimie et Paracelsisme en France à la fin de la Renaissance, 1567-1625, Paris, Droz, 2007, pp. 310-311) note que ce titre était “purement gratuit” car “le nom de Le Baillif n’apparaît à aucun moment sur les état de la maison du roi”; il renvoie à Arch. Nat. KK 139, fol. 16v°-17v°, 42v°-43v° (état de la maison du roi, 1584), et renvoie, sur la possibilité d’acheter la charge de médecin du roi, tout au moins au XVIIe siècle, à H. Baudry, Contribution à l’étude du paracelsisme, 1998, p. 427, n. 26. — (4.8.27) En 1608 Guillaume de Lérisse dédie sa Méthode excellent et fort familière pour guarir la peste (Grenoble Guillaume Verdier) à “Monsieur noble Loys de Villeneuve conseiller et médecin ordinaire du roy habitant Grenoble” (La médecine à Grenoble, p.36). Or ce dernier était surintendant de la santé à Grenoble lorsqu’y éclata la peste de 1597. A son arrivée en ville il était qualifié seulement de “docteur médecin” (ibid. p.32). — (4.8.28) Son fils posthume est baptisé le 2 octobre 1570: “Jehan filz de maistre Pierre Leverryer en son vivant chirurgien du roy nostre sire et de Marie Boyleve”. On notera aussi le 3 juin 1582 à Notre-Dame une marraine sans doute parisienne: “M. Catherine Debeaumont veufve de maistre Françoys Brigart luy vivant sieur des Boulenz (?) conseiller et medecin ordinaire du roy”.
4.9. Sur quelques autres Ducamel

     La généalogie exacte et complète de la famille Ducamel est pour l’instant impossible à reconstituer, car nous trouvons mentionnés à Notre-Dame, en même temps que les descendants avérés de Guillaume et d’Esprit le sont à Saint-Basile, d’autres Ducamel dont nous ne pouvons préciser l’ascendance, mais dont nous pouvons supposer avec une grande vraisemblance qu’ils descendent de François Ducamel frère de Guillaume.

     C’est ainsi que nous trouvons mentionnés dans le registre des baptêmes de Notre-Dame de 1559 à 1582: une Hélène Ducamel, fille probable de Jean I,
qui se porte marraine encore jeune fille en 1559, et y réapparaît en 1570 veuve d’un certain Léon Morin (1); une Perrine Ducamel pareillement marraine encore jeune fille le 19 avril 1577; un Esprit Ducamel II enfin, parrain en 1582 (2), ces derniers tous deux enfants probables de Jean III Ducamel.

     Jean Ducamel III, que nous avons déjà signalé comme fils de Jean Ducamel II, lui-même fils probable de François Ducamel frère de Guillaume, est signalé à Saint-Gilles en 1582 comme contrôleur du domaine d’Étampes (3).

     En 1599 est signalée comme marraine à Saint-Gilles une Marie Ducamel qui doit être sa fille, car elle est alors mariée au nouveau receveur du domaine, Damien Provensal. Elle réapparaît huit ans plus tard marraine à Saint-Basile, en 1607, veuve, alors que le parrain est le successeur de son mari, Jacques de Beauvillier, receveur du domaine; Marie Ducamel, veuve, est alors remariée à un archer de la garde du corps du roi. Il s’agit de Charles de Craffort, alias de Crawford (4); j’ai de fait retrouvé cet archer mentionné par le registre de cette garde royale de 1571 à 1575 (5); il avait déjà eu fils d’une certaine Madeleine Selves, qui n’est pas mentionnée comme son épouse, baptisé à Saint-Basile en 1589, avec pour parrain François Chéron, lui-même gendre du procureur du roi Esprit Hattes (6); et il s’était déjà porté parrain à Saint-Pierre en 1604, en compagnie de la fille du procureur du roi d’alors, Simon Égal, Madeleine.
     (4.9.1) Notre-Dame 22 février 1559: “Heleyne Ducamel”; 21 mai 1570: “Helene Ducamel veufve feu Leon Morin”.— (4.9.2) Notre-Dame 22 septembre 1582: “sire Esprit Ducamel”.

     (4.9.3)  Saint-Gilles 9 juillet 1582: “Le neufviesme jour des dictz moys et an fut baptizée Loyse fille de Jehan Moret et de Marye Haste; son parain honeste personne maistre Jehan du Camel contrerouleur du domaine d’Estampes, ses mareines Loyse Boutet femme de Jacques Brechemier et Perrine Haste”.

     (4.9.4) Saint-Basile 5 octobre 1606: “le parrain honorable homme Jacques Beauvillier receveur du dommaine d’Estampes, les marraines damoiselle Marie Paulmier [à corriger d’après la signature: Marie Ducamel] femme de noble homme Charles de Craffort nominatifve, dame Helaine Petau femme de noble Musnier esleu en l’election du dict Estampes, tous de ceste paroisse. [signé:] J. Beauvillier — Helaine Petau — M. du Camel — Guyton [paraphe]”; 25 mars 1607: “damoiselle Marie Du Camel femme de noble homme Charles de Craffort”. — (4.9.5) William Forbes-Leith, The Scots men-at-arms and life-guards in France: From their formation until their final dissolution, Edinburgh, William Paterson. Volume second [ouvrage qui par coïncidence fut illustré par le major Henry Babin de Grandmaison, fils du propriétaire de la tour de Guinette], pp. 173 (Charles de Craffort, écuyer, archer du corps en janvier 1571), 177 (1574) et 179 (janvier 1575). Les registres paroissiaux dÉtampes mentionnent d’autres archers de ce corps. — (4.9.6) Saint-Basile 16 mars 1589: “a esté baptizé en l’eglise de ceans ung filz nommé Charles filz de Charles de Crafor archer de la garde du cor du roy et seigneur de Lagrange; la mere Magdelaine Selves (ou nom approchant); les parins François Cheron etc.”
     On voit donc bien ici que toutes les familles dont un membre a tenu la charge de procureur du roi constituent une sorte d’élite de la caste des officiers étampois, qui pratique volontiers l’entre-soi. C’est une chose que nous constaterons à plusieurs reprises en parlant des autres procureurs étampois du XVIe siècle.


Maistre Girard François medecin du roi (Saint-Basile 1er mars 1597)

Hôtel des dames de Maubuisson, résidence des Ducamel
Hôtel des dames de Maubuisson, résidence des Ducamel
Hôtel des dames de Maubuisson, résidence des Ducamel
Maison seigneuriale des dames de Maubuisson, résidence de Colin puis Guillaume Ducamel (2009)

Généalogie Ducamel
5. Esprit Hattes, l’ancien receveur
(…1560-1571…)


Emblème d'Esprit Hattes sur son hôtel particulier (1554)

5.1 Premières traces de la famille d’Esprit Hattes à Étampes

     Nous avons déjà parlé du successeur d’Esprit Ducamel, Esprit Hattes. Le nom de sa famille (1) connaît différentes graphies (2), dont la plus fréquente à l’époque d’Esprit Hattes est sans nul doute Hacte, fantaisie orthographique caractéristique du XVIe siècle (3).

     La présence de la famille Hattes paraît attesté à Étampes dès avant 1237 où est signalée en ville la maison d’un certain Girard Hattes (4); mais comme la prosopographie étampoises des XIIIe et XIVe siècle reste entièrement à faire, nous ne pouvons pas pour l’instant déterminer s’il existe un lien entre ce premier Hattes étampois et ceux qu’on y retrouvent à partir du milieu du XVe siècle.

     Plus sûrement, on trouve un Jean Hattes censitaires des dames de Longchamp de 1464 à 1498, décédé avant 1509 (5); un Oudin Hattes échevin d’Étampes de 1506 à 1507
(6), ainsi qu’en 1513 (7), et dont la stèle funéraire se voit encore en l’église Saint-Gilles (8); un Julien Hattes enfin mentionné par le censier des Harangeries en 1511 (9).


Mention de Julien Hattes en 1512 (censier des harengeries)
Mention de Julien Hattes (Julian Hacte) en 1512 (Censier des Harengeries)
     (5.1.1) Il s’agit en fait d’un nom de personne germanique qui a connu à date ancienne deux formes, celle du cas sujet, Hattes, et celle du cas régime, Hatton, sur le même modèle que  Gilles et Gillon, Hue (Hugues) et Huon, Yves et Yvon, Guy et Guyon, etc., et qui par suite a donné deux patronymes dont seul le premier est attesté à Étampes à l’époque qui nous occupe. — (5.1.2) Hacte, Hactes, Halte, Haste, Hastes, Hate, Hates, Hatte, Hattes; latin Hato, génitif Hatonis. — (5.1.3) On se souviendra en effet qu’à cette époque on écrit régulièrement mectre et lectre pour mettre et lettre, latin mittere et littera, ces lettres C n’ayant jamais été prononcées.

     
(5.1.4) La charte de création de la paroisse de Saint-Basile donne entre autres pour point de repère la “maison du défunt Girard Hattes” (usque ad domum deffuncti Girardi Hatonis).

      (5.1.5) Longchamp 1464 (AD 91 E. 3894): “Jean Haste le jeune”; 1465 (E. 3894): “Jean Hacte le jeune”; 1477-1478 (E. 3895) “Jean Hacte”; 1482 (E. 3896): “Jean Hacte”; 1498, f°6v° (édition Gineste): “Jehan Hacte, pour une piece de vigne contenant troys quartiers ou environ, assis ou chantier de Barbion, tenant d’une part à messire Loys George, d’autre part aux hoirs de feux Loys Duisy, aboutissant à Jehan Damours et d’autre bout à luy mesmes. Pour ce: IIII deniers obole tournois”; 1509 (E. 3897): “hoirs de Jehan Hacte”. — (5.1.6) Rapsodie de Pierre Plisson éditée par Forteau, Annales du Gâtinais 1909, p. 25. — (5.1.7) Au témoignage du moins de Maxime de Montrond qui dit l’avoir trouvé mentionné cette année-là comme échevin, Essais historiques sur la ville d’Etampes, Étampes, Fortin, 1836-1837, tome 2, p. 232, d’après ce qu’il a pu trouver, de son temps “dans les registres de l’Hôtel de Ville”. — (5.1.8) Léon Marquis, Les rues d’Étampes, 1881, p. 244, a lu par erreur “Oudry”, la stèle étant très abîmée: “Ci gisent / les corps de très honorables p(ers)onnes / Oud[in] Hacte en son vivant marchant bourgeois d’Estampes / qui trespassa le … / personne … sa femme, qui trespassa le … j(ou)r / de décembre l’an mil VC… / Priez Dieu pour leurs âmes.”. — (5.1.9) Archives Municipales d’Étampes AM AA1, f°14r° (n°76), édition Gineste 2010: “Jehan Hacte ou nom et comme procureur de Nicolas Amelot pour la moictié d’un jardin et pré qui fut feu maistre Jehan Guy, tenant d’une part à Jehan Guy bonnetier et d’autre part à maistre Jehan de Villecte, aboutissant d’un bout à la Filliere, d’autre bout aux Murs Neufz. — XII d. p. — Fait ès presences de Jehan Guillotin et Jehan Massue les an et jour dessus dictz [mercredi IXe jour de mars mil Vc et XII ]”.
5.2 Sur les frères ou cousins d’Esprit Hattes

      Cette famille paraît avoir au XVIe siècle constituée deux branches bien distinctes, de sorte que, de tous les Hattes qui paraissent à Étampes de la même génération qu’Esprit Hattes, certains n’étaient peut-être que des cousins éloignés. J’en ai trouvé cinq: François, Louis, Gérault, Pierre I et Marguerite.

     François Hattes qui est mentionné comme censitaire de Longchamp chaque année de 1532 à 1541, à la même époque qu’Esprit, qui l’est de 1535 à 1538; mais le scribe prend soin généralement de les distinguer par des graphies artificiellement différentes: Haste pour l’un, et Hacte pour l’autre
(1). Au reste Esprit y est censitaire seulement “à cause de sa femme”, de sorte que les biens en question ne viennent pas de ses ascendants. François ne paraît donc qu’un lointain cousin d’Esprit Hattes. François Hattes appartient sans doute à une branche lointaine de la famille restée proche de la terre, et c’est sans doute de lui que descend à la génération suivante un Nicolas Hattes vigneron à son tour censitaire de Longchamp, dont le nom est aussi régulièrement et intentionnellement orthographié Haste (2).

     Louis Hattes est procureur du chapitre de Sainte-Croix en 1537 et 1538 lors d’une procédure d’adjudication à Étampes dont tout le dossier nous a été conservé
(3). Nous le trouvons encore, le 21 septembre 1556, lors de la rédaction de la Coutume d’Étampes, procureur de plusieurs membres des trois états, comme d’ailleurs tous ses confrères en cette occasion; il est toujours procureur du chapitre de Sainte-Croix, mais aussi du prevôt d’Auvers; de quatre curés, ceux de Saint-Georges d’Auvers, de Buno, de Gironville et de Duyson; de Louis d’Arbouville, seigneur de Buno; et enfin des manants de quatre villages différents: Boigneville, Prunay, Buno et Gironville (4).

    
Jérôme Hattes I (alias Hiérosme, alias Hérosme, alias Gérault, Girault, Girault) est cité de 1536 à 1576 et mort avant 1579. Il fut échevin en 1536 et à nouveau en 1556. Il eut de sa femme Perrine au moins deux enfants: Jérôme II et Perrine, et peut-être une Marie (5). Son fils Jérôme-Gerault II épousa avant 1583 Barbe Aupe, dont il eut au moins deux enfants, François en 1583 et Barbe en 1586 (6). Sa fille Perrine est signalée comme marraine de 1579 à 1582 (7), notamment à Saint-Gilles en juillet 1582, d’une fille de Jean Moret et de Marie Hattes I; cette dernière étant vraisemblablement sa sœur, est déjà cité comme marraine à Saint-Basile en 1567, puis en 1570 en même temps qu’Esprit Hattes est parrain (8).
     Il n’est pas impossible que ce Jérôme Hacte I ait été le frère d’Esprit Hattes; mais nous n’en avons aucune sorte de preuve pour l’instant.


     Pierre Hattes I, cité de 1546 et peut-être encore en 1567, était mariée à une certaine Charlotte, dont il eut une fille Guillemette baptisée en 1546 (9). Nous retrouverons sa fille Charlotte Hattes veuve du vigneron Claude Belloy entre 1580 et 1604 (10).

     Marguerite Hattes, citée de 1546 à 1579, mariée après 1549 à Cantien Sainsard, dont elle est veuve dès avant 1567 (11).

     A la génération suivante sont signalés deux à trois autres Hattes qui paraissent être de ses neveux et nièces, sans qu’on puisse préciser même leur nombre exact. En effet, d’une part les registres paroissiaux ne sont pas toujours très bavards; d’autre part plusieurs personnages d’une même famille porte souvent à l’époque le même prénom, parfois même entre frère et sœurs; enfin les veuvages et les remariages sont si fréquents et parfois si rapides qu’on ne peut jamais exclure une identification de deux personnages signalés avec un conjoint différent. La situation ne pourra être éclaircie qu’avec des données complémentaires découvertes à l’avenir spécialement dans les études notariales actuellement inaccessibles.

     Y a-t-il eu une ou deux Louise Hattes, outre la Louise Hattes fille d’Esprit Hattes dont nous parlerons plus bas? En 1563 est signalée à Notre-Dame une Louise Hattes épouse de Jean Hue qui lui donne un fils Jean Hue II (12). De 1567 à 1572 est signalée quatre fois à Saint-Basile une Louise Hattes mariée à Michel Moinet, greffier au bailliage d’Étampes, à qui elle donne deux enfants, avec à chaque fois avec pour marraine sa probable cousine Louise Hattes fille d’Esprit Hattes (14). Certains indices tendent à montrer que cette dernière était une fille de Jérôme Hattes I, lui même vraisemblablement frère d’Esprit Hattes. Et, par ailleurs  il n’est pas impossible que Jean Hue ait été son premier mari décédé entre 1563 et 1567.
     Par ailleurs en plusieurs cas  il est impossible de savoir de laquelle de ces Louise Hattes veulent parler nos registres qui ne mentionnent alors ni le père ni le mari de l’intéressée (15).


     Enfin nous trouvons deux fois à Saint-Basile en 1572 un certain Jacques Hattes bourgeois et marchand d’Étampes marié à une certaine
Marguerite Paris, qui se porte parrain le 16 mars du fils de Pierre Hattes, lui-même fils d’Esprit Hattes (15).

     Voilà donc quelques membres de cette foisonnante famille, dont je n’ai pu élucider pour l’instant la généalogie: une étude plus systématique des registres, et surtout des études notariales le permettra sans doute à l’avenir.
     (5.2.1) AD91 E. 3899. — (5.2.2) AD91 E. 3901 (1571-1576): “Nicollas Haste”; E. 3904 (1580): “Nicolas Haste vigneron”; E. 3905 (1592): “Nicolas Haste”.

     (5.2.3) Archives Municipales d’Étampes, AA254 (édition Gineste, 2010), f°19r°, 24r°, 27r°: “Loys Hacte”. — (5.2.4) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, f°31v°: “Reverand Pere en Dieu Messire Loys Guillard Evesque de Chalons Seigneur Prevost d’Anvers [sic, pour: Auvers], en l’Eglise de Chartres, par maistre Loys Hacte son Procureur assisté de Maistre Barthelemy Marcial advocat au dit Estampes son Conseil”; f°32v°: “Les Doyen, Chantre, & Chapitre de l’Eglise sainte Croix dudict Estampes, par Maistres Pierre Desmons Doyen, Pierre Loreau Chantre, Ioseph Guichart, & Iehan Paris Chanoines d’icelle Eglise assistez de L. Hucte [sic] leur Procureur, & maistre Iehan de Lorme leur Advocat & conseil”; f°33v°-34v° “Aussi les curez qui s’ensuyvent: (…) De saint Georges d’Auvers, par Q. [sic] Hacte. (… ) Dudit Buno, par L. Hacte son Procureur. De Gironville par ledit Hacte. De Duyson par ledit Hacte son Procureur (…) ”; f°35v°: “Messire Loys d’Arbouville Chevalier, seigneur de Buno, Boingueville, Moignanville, Prunay, & Guesteville, par ledit Hacte”; f°40r°/v°: “Les manans & habitans des villes (…) de Boingneville par L. Hacte, & Guillot leurs Procureurs, De la paroisse de Pounay [Prunay] souz Buno par ledit Hacte, dudit Buno par ledit Hacte. De Gironville par ledit Hacte (…).

     (5.2.5) 1) Maxime de Montrond, Essais historiques sur la ville d’Etampes, Étampes, Fortin, 1836-1837, tome 2, p. 232  donne une liste d’édiles d’après ce qu’il a pu trouver, de son temps “dans les registres de l’Hôtel de Ville” et notamment ceci  “1536. Simon Audren, maire. Jean Allard, Ant. Paris, Gilles Paulmier, Girault Hacte, échevins”; 2) Notre-Dame 5 mai 1546: “Perrine femme Hierosme Hacte”; 3) Coustumes d’Étampes (22 septembre 1556): “Girault Hacte” cité parmi les échevins; 4) Saint Basile 2 août 1567: “le parain Hierosme Hacte”; 5) Censier de Longchamp pour 1571-1576 (AD91 E. 3901): “Herosme Hacte”; 6) Censier de Longchamp pour 1571-1576 (AD91 E. 3904): “Hiérosme Hacte”; 7) Notre-Dame 14 avril 1579: marraine “Perrine fille du deffunct Jerault Hatte”.
     (5.2.6) Saint-Gilles 21 septembre 1583: “Hierosme Hacte”; 12 novembre 1583: “fut baptizé Françoys filsz de Jerosme Hacte et de Barbe Aupe; 17 mars 1584: “Jherosme Haste”; Saint-Gilles ”; 28 avril 1586: “fut baptisée Barbe fille de Jherosme Hacte et de Barbe Upe; ses parrain et marraines Jherosme Sainsart et Loyse Hacte et Perrine Brechemier” — (5.2.7) Notre-Dame 14 avril 1579: “Perrine fille du deffunct Jerault Hatte”; 3 mars 1582: “Perrine Hacte”. — (5.2.8) Saint Basile 13 août 1567: “Marye Hacte”; 20 septembre 1570: “Marie Hacte” (le parrain est alors Esprit Hattes); Saint-Gilles 9 juillet 1582: “fut baptizée Loyse fille de Jehan Moret et de Marye Haste; son parain honeste personne maistre Jehan du Camel contrerouleur du domaine d’Estampes, ses mareines Loyse Boutet femme de Jacques Brechemier et Perrine Haste”.

     (5.2.9) Notre Dame 31 octobre 1546: “fut baptisée Guillemette fille de Pierre Hacte et de Charlotte sa femme”; Saint Basile 20 septembre 1568: “Pierre Hacte”; à moins qu’il ne s’agisse alors du Pierre fils d’Esprit. — (5.2.10) Censier du fief des Longs (entre 1580 et 1606): “Guillemette Haste veuve de Claude Belloy vigneron” (AD91 E. 3935).

     (5.2.11) Notre Dame 19 février 1546: “Marguerite Hacte”; 2 septembre 1546: “Marguerite Hacte”; Notre Dame 7 juillet 1549: “Margueritte Hacte”; Saint Basile 12 mars 1569: “Margueritte Hatte vefve de Cancian Sainxard”; 12 mars 1569: “Margueritte Hatte vefve de Cancian Sainxard” (le parrain étant “maistre Pierre Hatte advocat”); Notre Dame 3 octobre 1579: “Marguerite Hatte vefve du deffunct Cancian Sinxart”.

     (5.2.12) Notre-Dame 18 juillet 1563: “fut baptisé Jehan filz de Jehan Hue et de sa femme Loyse Hacte”. — (5.2.13) Saint Basile 2 août 1567: “a esté baptisée Loise fille de Michel Moynet et de Loyse Hacte sa femme; les maraines Loyse Bonté et Loyse Hacte, le parain Hierosme Hacte”; 25 sept 1567: “Loyse Hacte femme de maistre Michel Moynet”; 18 août 1568: “Loyse Hacte femme de maistre Michel Moynet greffier au dict bailliage”; 5 mars 1572: “fut baptisé Claude fille de honorable homme maistre Michel Moinet procureur à Estampes et de Loyse Hacte; le parrain honorable homme maistre Claude Prevost advocat du roy à Estampes, les marraines Jehanne Hacte femme de Françoys Cheron et Noelle Fanier femme de Macé Moynet”. — (5.2.14) Saint Basile 23 janvier 1570: “Loyse Hatte” (bis); Saint-Gilles 11 septembre 1585: “Loyse Hacte”; Saint Basile 28 novembre 1588: “honeste femme Loyse Hacte”.
     
     (5.2.15) Saint Basile  16 mars 1572: “Jacques Hactes marchant et bourgeoys d’Estampes”; 8 mai 1572: “Margueritte Paris femme de Jacques Hactes”. 
5.3 Premières mentions d’Esprit Hattes

Première mention d'Esprit Hattes par le censier de Longchamp (1535: "Esprit Hacte à cause de sa femme")      De 1535 à 1538, Esprit Hacte est d’abord cité comme simple censitaire des dames de Longchamp, “à cause de sa femme” (1). Nous avons aussi conservé de cette époque une sentence de la prévôté d’Étampes du 4 janvier 1537 “par laquelle Esprit Hatte et Charles Guettard sont condamnés à se désister au profit de l’hôpital Saint-Antoine de la jouissance d’un arpent et demi de pré situé derrière le clos Saint-Lazare” (2).

     En 1540, Esprit Hattes était déjà au nombre des vassaux du roi à Étampes, d’après une déclaration autrefois conservée à Orléans et aujourd’hui détruite (3). Il détenait donc également des biens relevant du domaine royal, soit en fief, ou en arrière-fief.

     Sa première épouse, à laquelle il est fait allusion dès 1535, s’appelait Louise et nous avons sujet de supposer que c’était une fille de Guillaume Ducamel. Elle est encore mentionnée comme marraine quatre fois de 1548 à 1551
(4). Elle donna à son mari au moins deux filles, Louise (5) et Jeanne (6). Elle est morte sans doute peu après 1551, et en tout cas plusieurs années avant que ne commence ce qui nous reste du registre de Saint-Basile, en 1563. Nous avons plusieurs indices de ce que cette Louise était une Ducamel, et de ce qu’elle est morte avant 1554 (7).

     De 1547 à 1552 nous voyons Esprit Hattes se porter parrain au moins deux fois à Notre-Dame sans autre titre que celui de “maître Esperit Hacte”, et sans que soient mentionnées malheureusement ses fonctions d’alors, ce qui est fréquent au début du registre, assez laconique.
(8).
     (5.3.1) AD91 E 3899, f°40v° (1535); f°49r° (1536); f°54v° (1537); f°62v° (1538).

     (5.3.2) AD91 D. 2 (copie dans un registre), résumé de l’Inventaire-Sommaire de la série D, p. 3a.

     (5.3.3) D’après un registre autrefois conservé à Orléans, AD45 A. 1175 (F. Maupré et Jules Doinel, Inventaire-Sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Loiret. Archives civiles. Série A. Nos 1 à 1799. Tome premier, Paris, Paul Dupont, 1878, p. 267a).

     (5.3.4) Notre-Dame 23 mars 1548: “Loyse femme de Esprit Hacte”; 29 juillet 1548: “Loyse femme de maistre Esprit Hacte”; 12 novembre 1549: “Loyse Hacte fille de Esprit Hacte”; 26 juillet 1551: “Loyse femme de maistre Esprit Hacte et Marie femme de maistre Esperit Ducamel procureur du roy à Estampes”. — (5.3.5) Mentionnée comme marraine à partir de 1549 et mariée peu avant 1564. — (5.3.6) Mentionnée comme marraine à partir de 1552 et mariée peu avant 1569.

     (5.3.7) Voici ces indices: 1) Esprit Hattes détient le n°4 de la rue Sainte-Croix tandis que le n°6 est tenu par maître Girard François gendre d’Esprit Ducamel; 2) Esprit Hattes est cité comme censitaire de Longchamp “à cause de sa femme” toujours  juste avant ou juste après Esprit Ducamel; 3) il l’est pour finir comme tuteur des enfants du défunt Esprit Ducamel; 4) il lui succède comme procureur du roi (comme son propre gendre Pierre Legendre lui succèdera, et comme Guillaume Cormereau avait succédé à son beau-père Pierre de Gilles).

     (5.3.8) Notre-Dame 3 septembre 1547: “maistre Esperit Hacte”; 15 septembre 1552: “maistre Jehan [à corriger en: Esprit] Hacte”.
5.4 Esprit Hattes receveur du domaine

     Avant d’être procureur du roi, Esprit Hattes est signalé comme receveur du domaine du roi. Cette remarque est importante, car nous verrons que son propre gendre, d’abord simple avocat, passe receveur du domaine lorsque lui-même accède au titre de procureur du roi, et qu’il lui succèdera également en temps que procureur du roi après son décès.

     Le 1er décembre 1549 (
1), Esprit Hattes est cité comme receveur du domaine d’Étampes pour le comte de Jean de Brosse, époux d’Anne de Pisseleu, et alors duc d’Étampes (2). Le duc cède “à Esprit Hatte, receveur, tous les profits de fiefs échus, au prix de 500 écus d’or; mais si les sommes à lever excédaient mille écus, Esprit Hatte devait en payer la moitié à Jean de Brosse” (3). Après avoir donné ce précieux résumé de cette pièce aujourd’hui disparue, Dupieux remarque: “On voit par les chiffres que les droits de rachat, de quint et de requint étaient lucratifs” (4).

    Un des indices les plus nets du caractère lucratif de cette charge est aujourd’hui encore sous les yeux de tous le monde: c’est l’hôtel particulier que se fit bâtir en 1554 Esprit Hattes, et dont nous allons parler ci-après.

     Le 22 septembre 1556 nous trouvons cité, parmi les “officiers du roy” qui participent à la rédaction de la Coutume d’Étampes, “maistre Esprit Hacte, receveur du dommaine dudit seigneur” (5). Il est alors cité juste après Esprit Ducamel, procureur du roi.
      (5.4.1) Et non 1543 comme Dupieux le porte par erreur, Institutions, p. 87; cf. Inventaire-Sommaire, p. 268b et Dupieux lui-même, Institutions, p. 200. — (5.4.2) Comte d’Étampes à partir du 23 juin 1534, duc d’Étampes à partir de janvier 1537, jusqu’en 1553 où le duché passe à Diane de Poitiers, avant de faire retour en avril 1562 à Jean de Brosse (dit aussi de Bretagne ou de Pentièvre) jusqu’à sa mort survenue au début de 1565.  — (5.4.3) Selon un document autrefois conservé à Orléans, AD45 A. 1183, cité, résumé Dupieux, Institutions, p. 87, note 2 et p. 200, note 5. Dupieux précise que l’Inventaire-Sommaire des Archives du Loiret, tome 1, p. p. 268b,  commet une erreur en précisant que le prix de la ferme était de 1500 écus. Voici le texte de l’Inventaire-Sommaire de 1878, p. 268b: “Cession par Jean De Bretagne, duc d’Étampes, à Esprit Hatte, receveur du domaine d’Étampes, de tous les profits échus, au pri de 1,500 écus d’or (1549); — obligation subie par Esprit Hatte, au profit de Jean De Bretagne, de lui payer moitié des sommes qu’il recouvrerait desdits profits, dans le cas où ces sommes excderaient 1,000 écus”. — (5.4.4) Je comprends moins sa remarque selon laquelle, par cette disposition, “le duc d’Étampes voulait se prémunir contre l’avidité de son receveur”.

     (5.4.5) Coustumes des bailliage et prevosté d’Estampes, Paris, Jean Dallier, 1557, p. 39.
5.5 L’Hôtel particulier d’Esprit Hattes

     On peut se demander où logeait Esprit Hacte pendant la période. Était-ce déjà dans l’aile du Palais du Séjour opposée à celle de la prison, comme ce sera clairement le cas des receveurs du domaine à l’époque de Fleureau (1)? C’est peu probable, car il habite clairement au n°4 de la rue Sainte-Croix à partir de 1554.

     En 1554 en effet fut bâti un hôtel particulier qui se trouve actuellement au numéro 4 de la rue sainte-Croix. Son ornementation caractéristique de la renaissance bellifontaine confirme la date de 1554 qui est portée nettement et sans doute possible sur sa façade intérieure dans une partie non restaurée. Déjà en 1999, Monique Chatenet avait émis l’hypothèse que la construction en était due à quelque membre de la famille Hattes, soit Esprit Hattes, receveur en 1556, soit Girault Hattes, échevin à la même date, ou Louis Hattes, honorable bourgeois signalé la même année. En effet elle avait trouvé trace dans le censier de Notre-Dame d’Étampes que cet hôtel particulier était tenu en 1599 par une certaine “Jeanne Hacte, veufve de François Cheron, demourant à Estampes”, en ajoutant cette réserve: “On n’a identifié ni François Cheron, ni Jeanne Hacte” (2).

     J’ai démontré en 2009 que le commanditaire de cet hôtel particulier était Esprit Hattes, d’une part en démontrant que Jeanne Hattes était sa fille, et d’autre part en attirant l’attention sur une sculpture insolite et jusqu’alors inexpliquée de la façade intérieure de ce bâtiment. En effet la porte monumentale intérieure de cet hôtel bourgeois est décorée d’une scène de Pentecôte nettement centrée sur le Saint-Esprit et la Vierge Marie. Il s’agit très évidemment d’une sculpture à clef évoquant les prénoms d’Esprit Hattes et de sa seconde épouse Marie Paulmier (3).

     Cet hôtel passera ensuite à leur fille Jeanne Hattes et à son gendre le marchant François Chéron; puis, en l’absence d’héritier de ce couple, au début du XVIIe siècle, à un descendant de la deuxième fille d’Esprit, Louise Hattes (4).

     Les visages de la Vierge et des douze apôtres, dans la scène de Pentecôte que nous venons d’évoquer, ont été consciencieusement martelé, avec un fanatisme méthodique typiquement huguenot. Il faut remarquer que les registres de baptême conservés
Saint-Basile ne commencent qu’après leur premier passage en 1562. Cette église est sans doute du nombre de celles qui leur servit d’étables. On en peut excure cependant que ces dégradations prirent place seulement lors de leurs séjours suivants, soit en 1567 ou en 1568. C’était en tout cas du vivant de leur commanditaire que furent mises dans l’état où elles sont aujourd’hui ces scupltures que Henri Stein a proposé d’attribuer à Jean Goujon.
     (5.5.1) Antiquitez de la ville et du duché d’Estampes, Paris, Coignard, 1683 (ouvrage rédigé en fait vers 1668), p. 26 “Le surplus des bâtimens d’un côté sert à la geole ou prison, & de l’autre côté à loger le Receveur du Domaine, qui joüit aussi des Jardins, qui sont de grande étenduë”. On pourrait supposer que cette disposition est très ancienne, et peut-être même antérieure à la transformation du palais en auditoire, ceci pour garder en lieu sûr la recette des revenus du domaine; mais nous n’en avons pas d’indice positif avant l’époque de Fleureau.

     (5.5.2) Censier de Notre-Dame pour 1599 (extrait édité par par Monique Chatenet, Étampes, un canton entre Beauce et Hurepoix, Paris, Éditions du Patrimoine, 1999, pp. 148-149).

     (5.5.3) On notera que par coïncidence l’épouse du prédécesseur d’Esprit Hattes, Esprit Ducamel, s’appelait aussi  Marie; de sorte qu’on ne peut pas exclure a priori une hypothèse plus complexe, dont j’ai fait état dans ma conférence du 21 novembre 2009. Dans le cadre de cette seconde hypothèse, l’hôtel aurait été bâti par Ducamel et serait ensuite tombé entre les mains de Hattes par le biais de sa première épouse Louise, qui aurait été une Ducamel. On notera deux faits en ce sens: l’hôtel voisin du numéro 6 était tenu en 1599 par Gérard François, époux de Marie Ducamel, fille d’Esprit Ducamel; d’autre part, c’est aux seuls enfants de Louise, et non à ceux de Marie Paulmier, que passera cette maison (d’abord à Jeanne Hattes, puis au fils de Louise Hattes, Sébastien Legendre). De fait nous ignorons pour l’instant la date de la mort de la première épouse d’Esprit Hattes, Louise, survenue avant le commencement du registre paroissial de Saint-Basile. Louise est mentionnée de 1535 à 1551. Marie Paulmier, seconde épouse d’Esprit Hattes, est mentionnée de 1566 à 1591, le registre de Saint-Basile ne commençant précisément qu’en 1566. Seulement il faut observer d’une part qu’Esprit Ducamel jouissait déjà de trois hôtels particuliers aux numéros 8, 10 et 10 rue Louis Moreau; d’autre part, si Louise a bien été une Ducamel (ce qui reste une pure hypothèse), elle a été dans ce cas une fille de Guillaume, et non de son fils Esprit. On voit mal donc comment elle aurait pu ainsi hériter de son frère, au détriment de ses neveux et nièces. Le plus vraisemblable donc, et de très loin, reste qu’Esprit Ducamel, devenu veuf en 1552 ou 1553, s’est très vite remarié, selon l’usage, à Marie Paulmier, en 1553 ou 1554, et qu’il a fait édifier cet hôtel, peut-être sur une parcelle qui lui venait de sa première épouse, tandis que la parcelle attenante était échue à Esprit Ducamel, et de celui-ci à sa fille Marie, épouse de Gérard François.

     (4) Il appartient au début du XVIIe siècle aux héritiers mineurs de Sébastien Legendre III, fils de Sébastien Legendre II, fils de Pierre Legendre et de Louise Hattes.
5.6 Esprit Hattes l’un des deux procureurs du roi (1559/1560-1564)

     Dupieux ne mentionne Esprit Hattes qu’en temps que receveur du domaine du roi à Étampes. Il était pourtant signalé en 1560 comme “procureur du roi” par la Rapsodie de Nicolas Plisson, qui avait eu l’occasion de consulter des archives conservées à Étampes et aujourd’hui disparues (1); mais Dupieux, visiblement, n’a pas cru devoir sans doute s’appuyer sur cette source indirecte en l’absence d’autres sources confirmant cette donnée, vu surtout qu’il a trouvé Ducamel mentionné comme encore en activité le 29 janvier 1564, dans un document lui aussi depuis disparu (2).
     (5.6.1) Rapsodie de Pierre Plisson éditée par Forteau (Annales du Gâtinais 1909, p. 248): “Esprit Hatte”. — (5.6.2) AD45 A. 1220, liasse 1re, pièce 1re, cité par Dupieux, Institutions, p. 85, note 6.
     Or, le 4 janvier 1560, se porte bien parrain à Notre-Dame d’Étampes “Pierre filz de maistre Esprit Hacte procureur du roy à Estampes”, alors que comme nous l’avons déjà vu, Esprit Ducamel n’est mentionné comme défunt qu’à partir du 3 octobre 1564.

     En 1562 sont signalés côte à côte et sans mention de titre comme censitaires des dames de Longchamp: “Maistre Esprit Ducamel. — Maistre Esprit Hacte” (
3). Comme nous l’avons déjà signalé, le montant du cens dû par l’un comme par l’autre n’est pas mentionné, ce qui tend à indiquer qu’il en étaient probablement exempts, par un de ces droits coutumiers sur lesquels nous sommes mal renseignés, mais qui, cumulés, devaient constituer des sources de revenu conséquents pour les détenteurs de cette charge. L’année suivante 1563 le même registre n’accorde curieusement son titre qu’à Esprit Hattes: “Maistre Esprit Ducamel. — Maistre Esprit Hacte procureur du roy” (4). Et le 10 mars 1563 se porte encore marraine à Saint-Basile “Marie Paulmier femme de honorable homme maistre Esperit Hacte procureur du roy au dict lieu”.



     (5.6.3) AD91 E. 3900, f°18r°.





     (5.6.4) AD91 E. 3900, f°37v°.
     Que se passe-t-il? Nous avons vu en effet que les registres de baptême pour leur part continuent à qualifier Esprit Ducamel de “procureur du roy”, et qu’il n’est mort que peu avant le 3 octobre 1564. Il y a donc bien eu deux procureurs du roi en titre à Étampes entre 1559 ou 1560 et 1564.

     On pourrait supposer évidemment que, pendant un temps, tout simplement, l’autorité royale considéra comme nécessaire la coexistence de deux procureurs du roi à Étampes. Dupont-Ferrier a montré que c’était le cas de certains bailliages
(5), et qu’on en avait parfois davantage ailleurs; mais ils siégeaient alors à chaque fois en des villes différentes du bailliage (6), et l’on voit mal où cela aurait pu être dans le cas d’Étampes; surtout, la cas ne se reproduira plus jamais à ma connaissance.
     (5.6.5) Les officiers royaux, 1902, pp. 146. Il cite en ce sens les bailliages de Chartres, Chaumont, Cotentin, Mantes, Orléans, Melun et Gisors.— (5.6.6) Comme on s’en convainc en lisant attentivement les notes de Dupont-Ferrier, bien qu’il ne le fasse pas remarquer explicitement lui-même, ibid., pp. 146-147.
     Un autre solution serait de supposer qu’Esprit Hattes ne fut au départ qu’un simple substitut du procureur du roi, comme il en existait de façon stable dans plusieurs autres bailliages, généralement seul à y exercer cette charge; car, à ce que note Dupont-Ferrier, “il est impossible de distinguer toujours entre ces deux appellations, la vanité encourageant d’habitude l’usurpation du titre” (7). Cependant là aussi, il resterait à expliquer pour quoi cette charge usuellement stable, n’a pas d’autre titulaire connu dans la suite à Étampes, du moins à ma connaissance.
     (5.6.7) Op. cit., pp. 156-158.


     Il est donc plus vraisemblable donc qu’à partir de 1559 ou 1560 Esprit Ducamel, pour une raison indéterminée, par exemple d’ordre médical, a été empêché d’exercer ses fonctions de procureur du roi, et que son successeur a été nommé de son vivant, de telle manière qu’il a continué à en porter le titre sans vraisemblablement en assumer réellement les fonctions.
     
     Fin juillet 1563, alors que la peste s’est abattue sur la ville, le procureur du roi intervient en faveur de l’intérêt public et des administrateurs de l’Hôtel-Dieu, contre les chanoines qui voulaient interdire à leur lavandières de passer par le cloître Notre-Dame pour aller laver le linge des malades: “Par sentence rendue au bailliage d’Etampes le dernier juillet [p.115] 1563 — en temps de peste — entre le Procureur du Roy, les administrateurs de l’Hostel-Dieu et quelques particuliers habitans, les administrateurs de l’Hostel-Dieu sont maintenus et gardés en la possession et jouissance dudit lavoir ; il est enjoint auxdits particuliers de faire ôter incontinent et sans délai les pierres et autres empêchemens faits audit lavoir pour que les administrateurs et leurs gens puissent y aller touttefois et quantes que bon leur semblera pour y laver les linges de l’Hostel-Dieu, sous peine d’amende arbitraire ; et sans avoir égard à l’intervention des Sieurs du Chapitre de Notre-Dame et autres particuliers, est ordonné que les serviteurs et servantes dudit Hoste-Dieu laveront leurs linges et drappeaux de tous les malades indifféremment, même des pestiférés étant audit Hostel-Dieu (1) à son lavoir comme le plus commode et le moins dommageable qui se puisse trouver selon l’avis des habitants de la ville, pour ce fait deux fois assemblés, avec défense aux chanoines d Notre-Dame et particuliers habitant et de tous autres généralement de troubler et empêcher lesd. serviteurs et servantes en la possession et jouissance du lavoir, à peine de chacun 100 livresparisis d’amende et par prison, nonobstant opposition ou appel, laquelle amende est, dès à présent déclarée encourue, pour cet effet les laisser et souffrir passer par le cloître Notre-Dame, comme étant le chemin le plus commode, plus sûr et moins dommageable. Défenses auxdits serviteurs et servantes et conducteurs des corps morts d’aller par la ville sans porter une grande verge blanche, de même quand ils porteront les drappeaux laver à leur lavoir, afin que chacun se puisse donner de garde, de ce, sous peine de punition corporelle, et de porter laver les drappeaux aux heures plus commodes et moins dommageables, et avec moins de scandale public que faire se pourra. Laquelle sentence, attendu la matière dont il s’agit sera exécutée nonobstant opposition ou appel.» (8)
     (5.6.8)  Sentence rapportée au XVIIe siècle par Pierre Plisson dans son manuscrit dit la Rapsodie, ce passage étant édité par Charles Forteau in Les Restes de l’Hôtel-Dieu, in Bulletin de la Société historique et archéologique de Corbeil, d’Étampes et du Hurepoix (1903), pp. 114-115. Forteau y ajoute deux remarques: 1) Les mémoires de Claude Hatton, cités par M. Léon Marquis, parlent de la peste qui régna à Étampes en 1562-1563 et enleva un grand nombre d’habitans. 2) Quel puissant moyen de propagation de la contagion que d’en envoyer ainsi tous les germes au cours de la rivière! Peut-on s’étonner de la gravité des épidémies qui désolaient alors nos populations?
5.7 Esprit Hattes, seul procureur du roi, et remarié (1564-1571)

     Le 14 septembre 1564 se porte marraine à Saint-Basile “Marie Paulmier femme de honorable homme maistre Esperit Hacte procureur du roy au dict Estampes”. Rappelons que ce registre de cette église ne commence qu’en 1563, et que, par ailleurs, la première épouse d’Esprit Hattes, Louise, est mentionnée comme marraine pour la dernière fois à Notre-Dame en 1551.
     On est donc porté à croire que Louise est morte vers 1552 en lui laissant trois enfants comme nous le verrons ensuite: Louise, Jeanne et Pierre; et qu’Esprit Hattes s’est remarié presque aussitôt, comme il est était alors d’usage, pour donner une nouvelle mère à ces enfants. Cette nouvelle épouse, Marie paraît lui avoir donné deux enfants supplémentaires: Françoise et Esprit II.


     Le 6 octobre 1564 a lieu devant Claude Cassegrain, lieutenant général du bailliage représentant le bailli Nicolas Petau, la prestation de serment du nouveau receveur des deniers communs de la ville, Jean Delaunoy, “le procureur du roy joinct en personne, assisté de l’advocat du dict seigneur”
(1). Il s’agit bien alors d’Esprit Hattes, puisque c’est trois jours avant cela que le registre de Notre-Dame mentionne son prédécesseur comme décédé.

     Le registre paroissial de Saint-Basile fait de fréquentes mentions d’Esprit Hattes ou de membre de sa famille en précisant sa qualité de procureur du roi, de 1565 à 1571, mais présente ensuite une regrettable lacune de mars 1572 à mars 1587. Esprit Hattes y est quatre fois lui-même parrain, plus une autre fois à Notre-Dame (2); sa seconde épouse Marie Paulmier cinq fois
(3); sa fille Jeanne une fois, et son fils Pierre une fois également à Notre-Dame (4).
.

     Le 7 octobre 1566 on y trouve également pour parrain un certain “Medard Hatte (sic) filz de monseigneur le procureur du roy”, mais il s’agit évidemment d’une étourderie du desservant, car ce Médard est en réalité un fils de son défunt prédécesseur Esprit Ducamel, dont Esprit Hattes est désormais tuteur. En 1568 en effet (5), comme on l’a déjà signalé, Esprit Hattes est signalé comme censitaire des dames de Longchamp tant pour lui-même qu’au nom de sa femme (comme en 1535-1538), mais aussi comme tuteur des enfants d’Esprit Ducamel (6).

     Les 9 et 23 décembre 1566, c’est à la requête du procureur du roi que sont rendues et expédiées deux sentences de Nicolas Petau, bailli d’Étampes aux fins d’être procédé au bail à ferme de la terre d’Oinville-Saint-Samson, saisie sur le sieur de Blaizes, comme portant les armes contre le roi
(7). Il s’agissait apparemment de Louis de Clermont d’Amboise, seigneur de Bussy, dit Bussy d’Amboise, homme de guerre, gouverneur de l’Anjou en 1576, premier gentilhomme de la chambre du duc d’Anjou en 1577, assassiné la même année par les spadassins de Charles de Chambes, comte de Montsoreau, dont il avait séduit la femme: épisode qui a inspiré le roman d’Alexandre Dumas, la Dame de Montsoreau.

     Le 27 mars 1570, au lendemain de la Pâques, Esprit Hattes assista avec les autres principaux personnages du bailliage à la reconnaissance officielle des reliques des Corps saints qui avaient été arrachées de leur châsse par les Huguenots en 1567, épisode curieusement tu par Fleureau, mais qui nous est rapporté par la Rapsodie, dont l’auteur, Pierre Plisson, a eu entre les mains le procès-verbal de la cérémonie (8).
     Il apparaît de cette mention, soit dit en passant, qu’Esprit Hattes
, comme le supposait Dupieux (9), était gradué sans pour autant avoir atteint le grade de licencié, à la différence du bailli “docteur ès droits” et du lieutenant et de l’avocat du roi tous deux “licenciés ès lois”: il ne partage avec eux que le titre de “maître”, le seul qui lui soit régulièrement accordé.

     Après cette date, malheureusement, le registre des baptêmes de Saint-Basile fait défaut, car il s’arrête en mars 1572 pour ne reprendre qu’en mars 1587, bien après la mort d’Esprit Hattes et celle de son gendre et successeur Pierre Legendre. La première mention expresse de son décès ne se trouve que dans le registre de Notre-Dame en 1575
(10). Comme il est encore vivant le 17 octobre 1571 (11), et que la première mention de son gendre en temps que procureur du roi du 27 janvier 1572 (12), il faut croire qu’il est mort fin 1571 (13).
     (5.7.1) Archives municipales d’Étampes AA 13, p. 2.

     (5.7.2) Saint-Basile 17 juin 1565: “maistre Esprit Hacte procureur du roy au dict lieu”; 22 septembre “maistre Esprit Hate procureur du roy à Estampes”; 18 août 1568: “maistre Esprit Hacte procureur du roy au dict lieu”; Notre-Dame 9 février 1569 se porte parrain à Notre-Dame “honorable homme maistre Esprit Hatte procureur du roy de ceste ville d’Estampes”; 20 septembre 1570: “maistre Esprit Hacte procureur du roy en ceste ville d’Estampes”. — (5.7.3) Saint-Basile 5 août 1565: “Marie [espace blanc] femme du procureur du roy à Estampes”; 5 septembre 1566, “Marie Paumyer femme de discrette personne maistre Esprit Hacte procureur du roy à Estampes”; 21 février 1569: “Marie Paulmier à present femme de maistre Esprit Hatte procureur du roy à Estampes”; 13 novembre 1570: “Marie Paulmier femme de honorable homme maistre Esprit Hacte procureur du roy au dict Estampes”; 14 octobre 1571 “femme de [honorable] homme maistre Esprit Hacte procureur du roy”. — (5.6.4)  Saint-Basile 7 août 1565: “Jehanne Hate fille de maistre Esprit Hate procureur du roy”; Notre-Dame 4 octobre 1569: “Pierre Hatte filz de maistre Esprit Hatte procureur du roy”.

     (5.7.5) Ou peut-être en 1567. — (5.7.6) AD91 E 3900, f°83v°: “Maistre Esprit Hacte procureur du roy tant pour son non que pour sa femme — Luy comme tuteur des enffens feu maistre Ducamel”.

     (5.7.7) Selon deux documents autrefois conservés à Orléans (A 1213, liasse 1, pièces 9 et 10) cités Dupieux (Institutions, p. 106, note 2). Il s’agissait d’un certain Louis de Clermont, cf. François Dumont, Inventaire des arrêts du Conseil privé. Règne de Henri III et de Henri IV, Paris, CNRS, 1973, n°3347. Voici un acte le concernant édité en ligne par le généalogiste François Bigey (ici), avec ces références: “AD52 EDepot03089 Image 147 Baptêmes des cloches”, et cette transcription: “Du neuf juillet mil six cens quatre vingt dix a esté benite Marie Angelique la grosse cloche de ce lieu et a eü pour parain haut et puissant seigneur messire Louis de Clermont d’Amboise chevalier, marquis de Renel, baron de Blaise, et autres lieux et pour maraine dame madame Marie Angelique de Coustin [?] St Denis, veuve de haut et puissant seigneur messire Louis de Clermont d’Amboise vivant chevalier marquis de Renel comte de Champlite baron de Blaise lieutenant general et maitre de camps general de toutes la cavalerie leger de France qu’estranger, et en leurs place maistre François Cornet maistre de forges et (...) dudit Renel et Damoiselle Marguerite Courtier son epouse par moy curé soussigné. Cornet - M.A. Courtier [?] - Lormier”.

     (5.7.8) Rapsodie, édition de Forteau, Annales du Gâtinais 23 (1909), pp. 197-199: “nobles et sages maistres Nicolas Petau docteur ès droits, bailli et gouverneur d’Étampes, Jean Delorme licencié ès lois, lieutenant en la prévôté dudit lieu, Claude Prevost, aussi licencié ès lois, avocat du Roi, juge et maire des justices de ladite église Notre-Dame, Esprit Hatte, procureur au bailliage d’Estampes” (p. 199). — (5.7.9) Institutions, p. 87: “Nous nous croyons en mesure d’affirmer qu’Esprit Hatte, honoré du titre de maître, était gradué”.

     (5.7.10) Notre-Dame d’Étampes “Francoyse Hacte fille de deffunct Esprit Hacte en son vivant procureur du roy à Estampes”. — (5.7.11) Saint-Basile 14 octobre 1571 “femme de [honorable] homme maistre Esprit Hacte procureur du roy”. — (5.7.12) Saint-Basile 9 mai 1571: “ho