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Des choses memorables
arrivées à Estampes,
sous le regne de Philippe II. surnommé Auguste |
Ce chapitre consacré au règne de Philippe
Auguste (1179-1223) se subdivise en six parties
qui traitent de sujets bien distincts: 1) Captivité à Étampes du comte de Leicester. 2) Captivité au même lieu de la reine Isembour, que Fleureau date de 1200 à 1201, avec un résumé assez développé de la vie de cette princesse, emprunté aux Antiquitez de la Ville de Corbeil par Jean de la Barre, avec son épitaphe (traduit en Annexe 4). 3) Dissolution de la commune d’Étampes (1199). Je donne en Annexe 6 traduction de cette charte. 4) Dénombrement sous le règne de Philippe Auguste des seigneurs du bailliage d’Étampes percevant plus de 60 livres de rente. Dont un meilleur texte et une traduction en Annexe 7. 5) Charte royale de 1204 en faveur des tisserands étampois. Dont traduction en Annexe 8. 6) Charte de 1186 dédommageant par une rente perpétuelle de 100 livres un certain Hugues Nascard, récemment exproprié d’une boucherie étampoise détruite et remplacée par la grande boucherie appelée Aux nouveaux étaux; avec une charte de saint Louis qui montre que cette rente était en 1246 passée par héritage à un certain Guiard du Pavillon, qui la donne alors au monastère de Villiers, avec des droits sur un pré et une aulnaie à Vaudouleur, et pour finir une maison à Étampes même. Dont traduction respectivement en Annexe 9 et Annexe 10. Nous donnons aussi une Note sur cette famile étampoise du Pavillon. La saisie des textes anciens est une tâche fastidieuse et méritoire. Merci de ne pas décourager ceux qui s’y attellent en les pillant sans les citer. |
PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XXIX.
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La guerre en Normandie. L’épisode en question date semble dater de mai 1194. Henry le jeune, dit au Courmantel… Henry Second… Jean… Richard… Henri III, fils d’Henri II Courtmantel et d’Aliénor d’Aquitaine, est né le 28 février 1155 à Bermondsey. Son contrat de mariage avec Marguerite de France, comtesse de Vexin, fille de Louis VII de France et de Constance de Castille, est signé le 2 novembre 1160 au Neubourg en Normandie. Il est sacré roi d’Angleterre le 14 juin 1170 à Westminster et épouse Marguerite en 1173. Après sa mort en Limousin le 11 juin 1183, lui succède son frère Richard dit Cœur-de-Lion. Le Comte de Glocester. Distraction de Fleureau; il faut lire de Leicester. Robert de Leicester n’a été libéré qu’en 1196. Je m’appête à mettre en ligne une page consacrée aux sources médiévales de cet épisode, d’autant plus intéressant que ce personnage des plus importants (il fut ensuite Sénéchal d’Angleterre) a été incarcéré près de deux ans dans notre bonne ville.
Isburge. Le nom danois
de cette reine n’a pas en français de forme fixe ni dans
les sources ni chez les érudits: Ingeborg, Inguebour,
Ingelburge, Ingueborg, Ingeborge (Mourret), Ingueburge,
Ingeburge (Daniel, Marquis), Isburge (Fleureau), Isemburge, Isemburge,
Isembor, Isambour, Isambour (Mouret), Isambourg, etc. et en latin
Isburgis, Ingeburgis, etc. Pour notre part nous adopterons
celui que lui donne le testament de son mari Philippe Auguste,
Isembour (Isembor), qui nous paraît le plus
conforme au génie de la langue française.Canut IV. C’est la forme française de Knut ou Knud. Citons ici le Dictionnaire de Mourre (1968): «Canut IV le Saint († Odensee, 1086), roi de Danemark (1080/86). Neveu de Canut le Grand et fils naturel de Suénon III. Devenu roi en 1080, comme successeur de son frère Harald III, il se montra un grand défenseur de l’Église, repoussa les Prussiens et conquit la Courlande; en 1085, projetant une grande invasion de l’Angleterre, il leva des impôts extraordinaires qui provoquèrent une révolte. Vaincu par les rebelles, il se réfugia dans l’église Saint-Alban d’Odensee et y fut assassiné devant l’autel. Le pape Pascal II autorisa son culte, comme premier et principal martyr du Danemark (1101)». Isabeau de Hainault. Fille de Baudoin V de Hainault, descendant de Charles de Basse Lorraine, le dernier carolingien, première épouse de Philippe Auguste, décédée le 15 mars 1190, après lui avoir apporté en dot l’Artois. [p.122 (et non 128)]. Le chapitre XXIX de la première partie des Antiquitez de Fleureau se trouve, dans son édition originale de 1683 (et aussi dans sa réédition en fac-similé de 1977), dans un cahier qui a été mal paginé, sauf pour la dernière page; c’est-à-dire que, suivant la page 120, il est paginé de 127 à 134 (au lieu de 121 à 128), après quoi sa dernière page revient à la numérotation correcte, à savoir 129. Celestin III. Pape de 1191 à 1198. Innocent III. Pape de 1198 à 1216, il amena la papauté à l’apogée de sa puissance temporelle. Une de ses Epist. du premier livre de ses Decretales. Voici ce que porte le Dictionnaire de Trévoux à l’article Décrétales: «Escrit ou épître d’un pape pour juger quelque question du droit ecclésiastique. Les décrétales composent le second volume du droit canon. Il y a plus de Decretales d’Innocent III. seul que de tous les autres Papes ensemble. Il étoit bon Jurisconsulte. On les appelle aussi Epitres Decrétales. Le Pape Grégoire IX. en 1220. fit compiler toutes les Decrétales, ou Constitutions Pontificales de ses devanciers en cinq livres, par Frère Raimond de l’Ordre de Saint Dominique, son Chapelain. Cette Collection des Decrétales est seule autorisée du Saint Siége, lûe dans les écoles; & on s’en sert dans le for extérieur & contentieux. A son imitation Boniface VIII. en 1297. en fit faire un nouvelle Compilation sous le nom de Sexte; mais elle n’a pas eu en France le même crédit que les autres Collections, à cause des démêlés de Boniface VIII. avec le Roi Philippe le Bel. Elle contient cinq livres de Decrétales. Clément V. fit aussi une collection sous le nom de Clémentines, & Jean XXII. sous celui d’Extravagantes. Quand Luther fit solemnellement brûler les Decrétales à Wittemberg, son action fut plutôt regardée comme une insulte au Pape, & un coup de colère, que comme une juste condamnation du Droit Canonique.» Tous deux aussi de la maison de Corbeil… A ces détails généalogique sans intérêt direct pour l’histoire de la ville d’Étampes, on reconnaît évidemment à quel point Fleureau dépend dans cette section des Antiquitez de la ville de Corbeil par Jean de la Barre, ouvrage qu’il citera d’ailleurs explicitement un peu plus loin. Moravie... Bohème... Istrie. La Bohème a pour capitale Prague. Plus à l’est, la Moravie est également une terre tchèque. L’Istrie est actuellement partagée entre la Croatie et l’Italie.
Innocent aussi III. du nom… en l’Epître qu’il
écrivit. Voyez notre Annexe 1.Pierre de Capoüe... tout son Roiaume en interdit. Voici ce qu’en écrit Voltaire en son Dictionnaire philosophique à l’article «Yvetot»: «L’an 1200, Pierre de Capoue, chargé d’obliger Philippe Auguste à quitter Agnès et à reprendre Ingerburge, et n’y ayant pas réussi, publia le 15 janvier la sentence d’interdit sur tout le royaume, qui avait été prononcée par le pape Innocent III. Cet interdit fut observé avec une extrême rigueur. La chronique anglicane, citée par le bénédictin Martenne [Tome V, p. 868], dit que tout acte de christianisme, hormis le baptême des enfants, fut interdit en France, les églises fermées; les chrétiens en étaient chassés comme des chiens; plus d’office divin ni de sacrifice de la messe, plus de sépultures ecclésiastiques pour les défunts; les cadavres abandonnés au hasard répandaient la plus affreuse infection, et pénétraient d’horreur ceux qui leur survivaient. «La chronique de Tours fait la même description; elle y ajoute seulement un trait remarquable confirmé par l’abbé Fleury et l’abbé de Vertot [Liv. I, p. 148]; c’est que le saint viatique était excepté, comme le baptême des enfants, de cette privation des choses saintes. Le royaume fut pendant neuf mois dans cette situation; Innocent III permit seulement, au bout de quelque temps, les prédications et le sacrement de confirmation. Le roi fut si courroucé qu’il chassa les évêques et tous les autres ecclésiastiques de leurs demeures, et confisqua leurs biens.» Canon, Novit ille. Fleureau fait ici erreur, car le canon Novit ille a été publié en 1204 dans le cadre d’une tout autre affaire que le divorce d’avec Isembour. L’interdit jeté alors sur le royaume le 13 janvier 1200 avait entre-temps été levé, en septembre de la même année. On peut en juger par le texte même de ce canon que nous donnons dans notre Annexe 2 en édition trilingue, et qui ne parle que de la guerre de Philippe Auguste contre Jean sans Terre. Dans le Château d’Estampes, où elle demeura jusqu’au mois d’Avril 1201. Fleureau se trompe ici, et c’est d’autant plus étonnant qu’il connaît (et cite ailleurs) l’historien Rigord, historiographe de Philippe Auguste, selon lequel Isembour a été captive à Étampes postérieurement à 1201, la réconciliation intervenue à cette date étant purement fictive. Léon Marquis (Les rues d’Étampes et ses monuments, 1881, p. 4) est plus proche de la vérité: «L’an 1200, Étampes servit d’asile à la vertueuse reine Ingeburge de Danemark, qui passa douze ans de captivité dans le château royal de cette ville». La durée de ce séjour forcé est en réalité mal établie Nous consacrerons ultérieurement une page à cette question. Il ne se remit parfaitement avec elle que l’an 1213. Elle fut en réalité à nouveau incarcérée, ou en résidence surveillée, jusqu’à cette date. Une fille, nommée Marie. Il y a bien eu une fille de Philippe Auguste de ce mot: mais elle lui avait été donnée par Agnès de Méranie (avec un fils, Philippe dit Hurepel). Cette erreur provient de ce que, étrangement, Innocent III finit par consentir à légitimer ces deux enfants théoriquement adultérins. L’Auteur des Antiquitez de la ville de Corbeil. Il s’agit de Jean de La Barre, prévôt de cette ville: voyez notre bibliographie. Le Pere Labbe… en ses Tableaux Genealogiques. Ce jésuite du collège de Clermont, qui vient de mourir (1667) lorsque Fleureau rédige son ouvrage (vers 1668) avait notamment donné en 1649 des Tableaux généalogiques de la maison royale de France, tirez de l’ouvrage latin et françois "De l’Alliance chronologique" (c’est-à-dire l’un de ses ouvrages antérieurs, la Concordia chronologica), ouvrage revue et corrigé en 1652: Tableaux généalogiques de la maison royale de France et des six pairies laïcques: Bourgogne, Normandie, Guyenne, Tolose, Flandre, Champagne. Seconde édition, revuë, augmentée et dédiée au roi très-chrétien, par le R. P. Philippe Labbe, et encore réimprimé en 1662, sans compter une édition hollandaise. Voyez notre bibliographie. Test. Phil. Aug. recens in lucem edit. Je ne suis pas bien sûr de comprendre ce que signifie cette expression: S’agit-il du dernier testament de Philippe Auguste, ou bien d’une édition contemporaine de ce texte, du vivant de Fleureau? On trouvera quoi qu’il en soit une traduction de cet extrait en Annexe 3.
La maison de saint Jean de l’Isle à Corbeil. Ci-contre une photographie de cette Commanderie. L’Epitaphe suivant. Le texte donné par Fleureau présente des particularités énigmatiques par rapport à celui des autres éditions de cet épitaphe. Nous lui consacreons prochainement une page spéciale. Voyez en attendant notre traduction en Annexe 4b. Celle de la Commune de… Beauvais. Nous avons réuni dans notre Annexe 5 quelques unes des chartes relatives à la Commune de Beauvais traduites et commentées en 1986 par François Guizot en Annexe à son Cours d’Histoire moderne. Que j’ay leu dans un registre original. Je ne sais pas encore lequel. Quelqu’un pourrait-il nous le dire? Le servir en ses armées, & en ses voyages. Plus loin Fleureau traduit autrement: Ils le serviront en ses armées, & en ses chevauchées. Le latin porte in exercitus, & equitationes nostras. C’est le célèbre binôme: «ost et chevauchée». De quoi s’agissait-il exactement, Fleureau ne paraît pas le savoir très bien puisqu’il parle assea vaguement de «voyage». Voici comment, vers la fin de l’Ancien Régime, la question était débattue par les auteurs de l’Encyclopédie, à l’article «chevauchée» (tome III, p. 314): «Chevauchée, s. f. (Jurisprud.) signifioit anciennement le service que les vassaux & sujets étoient tenus de faire à cheval, soit envers le roi, ou envers quelque seigneur particulier. Devoir chevauchée, selon l’ancienne coûtume d’Anjou, c’est être obligé de monter à cheval pour défendre son seigneur féodal dans ses guerres particulieres; & devoir l’ost, c’est être obligé de monter à cheval pour accompagner son seigneur à la guerre publique. Il y a différence, ajoûte cette coûtume, entre houst & chevauchée; car houst est pour défendre le pays qui est pour le profit commun, & chevauchée est pour défendre son seigneur. Il est parlé de ce droit dans les usages de Barcelone, & dans les anciens fors de Béarn & de Navarre. Fontanella, auteur Catalan, dit qu’hostis, au masculin, signifie l’ennemi; mais qu’au féminin, il signifie l’aide ou secours que les vassaux & sujets doivent fournir au roi dans la guerre publique; que chevauchée, calvacata, est lorsque le roi, ou quelqu’autre seigneur, mande ses vassaux & sujets pour quelque expédition particuliere, contre un seigneur ou contre un château, soit par voie de guerre ou pour expédition de justice; que le roi seul peut indiquer l’ost; que les seigneurs ne peuvent indiquer qu’une chevauchée; que l’ost est une assemblée qui n’est pas pour un seul jour ni pour un lieu seulement, au lieu que la chevauchée n’est que pour un jour ou pour un terme certain.» La cause… est injurieuse aux habitans d’Estampes. Il est bien rare que Fleureau stigmatise ainsi son public naturel, dont il vante plutôt en général l’éternelle fidélité à la cause du roi et à la sainte religion catholique. Mais ici précisément les Étampois paraissent avoir été justement châtiés de s’être rebellés contre des intérêts ecclésiastiques. Cassatio. En latin classique cassus signifie «vide, vain, inutile»; de là un verbe cassare attesté à partir du Ve siècle avec le sens de «cassser, détruire» et passé dès cette même époque dans la langue juridique avec le sens de «casser, annuler». Nous donnons en Annexe 6 une traduction de cette charte donnée en 1839 par François Guizot en Annexe à son Cours d’Histoire moderne. Le denombrement suivant. Léopold Delisle a établi que le rgistre qui porte cette liste a été composé en 1211. Nous donnons en Annexe 7 le texte des trois éditions qui ont été donnée de ce texte important: celles de Fleureau (1683), celle de Martin et Beaudoin (2003) et celle de Delisle (1894), en regard avec une proposition de traduction et des notes. Voyez aussi notre bibliographie. Prunelé. Fleureau a déjà parlé à deux reprises parlé de cette famille: 1) p. 34: «Autruy, gros bourg, & Paroisse (...). Adveu d’Estienne de Prunelé du 15. Juin 1496.» 2) p. 71: «Le Roy François I. ordonna par son Edit de l’an 1514. que ces Prevôts des Marêchaux seroient tirez du corps de la Gendarmerie: Et le Roy Charles IX. son petit-Fils, voulut par ses [p.71] Edits des années 1563. & 1564. qu’ils fussent Gentils-hommes notables: ce que je trouve avoir été pratiqué avant ces Edits, à Estampes: Car dés l’an 1488. Pierre de Prunelé, Escuyer, y exerçoit cette fonction par commission.» Les Archives nationales conservent un aveu de 1550 par la veuve d’un Prunelé pour une terre situéee près de Dommerville (Jean-Pierre Babelon, Hommages rendus à la Chambre de France: Châtellenies d’Étampes, Dourdan et La Ferté-Alais, XIVe-XVIe siècles, inventaire analytique, 1983, p.91): «676. 1550. 14 juin. H. d’un mur de terre en une pièce, au terroir de Jodainville, paroisse de Dommerville, mouvant d’Etampes, rendu par Simon Audren, prévôt d’Etampes, au nom de Jeanne des Ligneris, veuve d’Urbain de Prunele, chevalier, seigneur de Guillerval en partie, ladite dame héritière de Louise Le Bascle, sa mère.— P 8, n°58.» Maxime de Montrond écrit encore en 1836 (Essais historiques sur la Ville d’Étampes, tome I, note VI, pp. 206), au sujet du village de Chalo-Saint-Mars: «A quelques pas des premières maisons, on aperçoit au milieu de grands arbres, une belle et gracieuse habitation, appartenant à la famille de Prunelé, dont le nom est cher à la contrée.» En 1938, René de Poilloüe de Saint-Périer évoque aussi à plusieurs reprises (La grande histoire d’une petite ville: Étampes, Étampes, du Centenaire de la Caisse): «Nous citerons, pourtant, un exemple local de l’entente survenue entre les partis, armés naguère dans une lutte sans merci. François de Prunelé, seigneur de Guillerval, blessé à Cérisoles en 1544, protestant convaincu, avait été tué en Beauce par les Ligueurs, en 1587, et sa propre fille Anne, épousa en 1596, Abel de Poilloüe, qui avait été cependant un des signataires de la Ligue à Étampes.» (p.49) «CHALO-SAINT-MARD: Le château, construction moderne ainsi que sa chapelle, est cependant d’ancienne origine. Il appartint aux Prunelé, vieille famille de Beauce souvent mêlée à notre histoire locale; ils furent également seigneurs d’un autre fief de Chalo, les Carneaux, mais dont il reste heureusement un charmant logis à tourelles du XVIe siècle.» (p.116) «SACLAS. les Poilloüe (...). Cette vieille famille de Beauce, non encore éteinte, est demeurée dans notre région comme les Prunelé et les des Mazis.» [...] «de vieilles familles de notre région y possédaient également des fiefs: les Prunelé, les Poilloüe, les Villezan.» (pp.124-125).
La
Beausse… propre… à la nourriture des bestes
à laine. On voit encore sur les cartes
postales du début du siècle des moutons paissant
promenade des prés, et un bijoutier local garde le
souvenir qu’un de ses aïeux redoutait le passage des troupeaux
centre ville, aux Quatre-Coins, parce qu’ils laissaient derrière
eux des nuages de mouches qui souillaient ses vitrines.
Ci-contre extrait d’une carte postale de la Collection Théodule
Garnon, qui date d’environ 1909, intitulée «Étampes, le Marche
Franc.»
La Charte donnée en faveur des Tisserans. Nous donnons en Annexe 8 une traduction commentée de cette charte. L’entrée de mêtier. Par cette expression Fleureau rend littéralement le latin introitus ministerii. Quant à Guizot (p. 305), il rend ce passage d’une manière un peu brouillonne. Le texte porte: ex omnibus consuetudinibus quæ ad nos pertinent, scilicet tàm de collecta, & taillia, quàm de omni demanda, & introitu ministerii. Il traduit: «de tous les droits qui nous appartiennent, savoir, de la collecte, de la taille et de toute autre demande et levée d’entrée de métier», alors qu’il faut évidemment couper comme suit: «de tous les droits qui nous reviennent, à savoir, tant des impôts et aides [redondance synonymique] que de toute aide [nouveau synonyme] et entrée de métier». Par entrée de métier il faut apparennement entendre «droit d’entrée en charge». A l’article introitus, Niermeyer atteste d’une part «entrée en charge» et d’autre part «droit d’entrée»: il faudrait y ajouter cet autre sens: «droit d’entrée en charge». On verra au chapitre suivant que quant à eux les bouchers n’avaient pas été exemptés de ce droit d’entrée en charge, car Fleureau citera p. 137 un article rédigé en 1484 qui porte ceci: «Qu’aucun (...) ne peut tenir étail, ni vendre chair détaillée en ladite boucherie, qu’auparavant il n’ait été examiné, & tenté des Maîtres Jurez dudit métier, & par eux fait rapport qu’il est honnête homme, & expert dudit mêtier, & qu’il a fait chef-d’œuvres, & payé les droits accoûtumez d’entrée». Le droit d’ételenage. Par ce mot, dont la présente orthographe est des plus rares et doit représenter une prononciation locale, Fleureau rend évidemment ce que la charte appelle en latin rectum teloneum nostrum, que Guizot traduit simplement par «le droit de tonlieu», littéralement: «le tonlieu qui nous est dû». Le tonlieu (teloneum) est généralement une «taxe sur le transport et la vente des marchandises» (Niermeyer). Visiblement l’étélénage est une spécification du tonlieu pour les tisserands. C’est sans doute (plutôt qu’un droit d’étalage) une taxe prise sur leur production au moment où est mesurée la marchandise. De même que le commerce du grain est taxé par le minage, au moment où le grain est mesuré à la mine, de même le commerce des étoffes est taxé par ételénage au moment où elles sont mesurée à l’étélon ou étalon. Au XIIe siècle en effet, le mot «étalon» s’écrit estelon (du vieux français estel, «pieu, poteau», sur la même racine qui a donné «estal, poteau, trétaux, étal»). Il est attesté depuis le XIVe siècle au sens de «bâton gradué sevrant de jauge» (Robert). Il faut donc résolument écarter la deuxième hypothèse de Michel Martin sur la nature de ce droit, parlant un droit d’étalage, et ne retenir que la première, droit d’étalonnage (Le Pays d’Étampes, t. 1, p. 202). Le lendemain du jour de saint Remy. Cette fête est au 13 janvier. Dès 813 un concile national en a fait en France une fête d’obligation. Carême-prenant. C’est le Mardi Gras, veille du commencement du carême. La grande Boucherie d’Estampes, où elle est pres(ent)ement. Citons ici Frédéric Gatineau (Étampes en lieux et places, 2003, p. 22): «Cette halle des maîtres-bouchers était située au moyen âge place du Marché Notre-Dame côté rue Sainte-Croix, et non pas près de l’hôtel Saint-Yon comme cela a été longtemps affirmé». Gatineau s’appuie sans doute sur ce qu’en écrivait Françoise Hébert-Roux dès 1994: «Mais où faut-il situer la Grande Boucherie que Philippe-Auguste fit construire en 1186? Elle se trouvait près du carrefour du Coq en Pâte (actuel angle des rues Sainte-Croix et de la Tannerie, et s’étendait jusqu’à la place Notre-Dame (fig. 26). Fleureau nous en a laissé une description, etc.» (Étampes, travail des hommes et images de la ville, Étampes, Étampes-Histoire, 1994, p. 55). J’ai montré pour ma part dans le Cahier d’Étampes-Histoire n°7 (2005), pp. 119-120, que le lieu dit étampois Darnatal (comme le Darnetal rouennais) remonte au vieux français Darne Estal, «Nouvel Étal», désignant par là la Nouvelle Boucherie royale constituée par Philippe Auguste à Étampes comme dans d’autres villes du domaine royal du temps. Il semble donc s’ensuivre que la boucherie de Philippe Auguste ne se trouvait originellement ni près de l’Hôtel Saint-Yon, ni du carrefour du Coq en Pâte à la Place Notre-Dame, ni place du Marché Notre-Dame côté rue Sainte-Croix, mais bien plutôt rue Darnatal, près du Moulin qui prit dès lors lui aussi le nom de ce lieu-dit. Il s’ensuit que Fleureau se trompait, en pensant que la Grande Boucherie s’était toujours dressée à l’endroit où il la voyait, de même qu’il avait tort de croire que le Palais du Séjour s’élevait au même emplacemement que celui de Robert le Pieux. On a eu tort de lui faire confiance sur ce point comme sur d’autres. En 1762, la Boucherie changera d’ailleurs encore d’emplacement d’après un projet qui remonte à à 1698 (Voyez HÉBERT-ROUX 1995, p. 63), et la Révolution changera encore les choses. En cinq cents ans, de 1186 à 1668, les choses avaient eu aussi le temps d’évoluer.
D’autres à saint Martin, à saint Gilles & à saint Pierre. Rappelons que la dernière section de l’actuelle Rue de la République, du côté du quartier saint-Pierre, de la Juine jusqu’au débouché de l’actuelle rue Sadi-Carnot, s’est appelée jusqu’en 1935 «rue de la Boucherie» ou «grande rue de la Boucherie» (Gatineau, Étampes en lieux et places, 2003, p. 108). Hugues Nascar. Nous n’avons pas d’autres données sur ce personnage, dont nous apprenons ici qu’il avait été exproprié par Philippe Augusste de sa boucherie avant 1186. Il est curieux que Fleureau orthographie ce nom de Nascar sans D final, alors qu’il donne une source latine de 1186 qui porte bien Nasc |