Clément Wingler
ÉTAMPES, DE LA DRÔLE
DE GUERRE À L’HEURE ALLEMANDE
1940-1944
Visite organisée pour les Journées
du Patrimoine
Samedi 19 septembre 2009
Introduction
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De par sa situation géographique à la croisée de deux
voies très importantes de circulation (nord-sud — de Paris à
Orléans et Toulouse —; est-ouest — de Sens et Fontainebleau à
Chartres —), Étampes occupe une position stratégique dont la
prospérité en temps de paix se transforme en handicap en période
de guerre. L’histoire de la ville en fournit la preuve à maintes
reprises (invasion normande au Xe siècle, guerre franco-anglaise
au Moyen Age, combats et sièges des guerres de Religion et de la
Fronde aux XVIe et XVIIe siècles, bombardements de 1940 et 1944).
Étampes apparaît comme une étape
incontournable pour toutes armées en mouvement vers la capitale ou
vers le sud-ouest du pays. Et ce, d’autant plus qu’Étampes est la
principale ville de la moitié sud du département de Seine-et-Oise:
elle compte environ 9000 habitants en 1940, et apparaît comme la localité
la plus peuplée. Pour ce qui est de ses équipements militaires,
elle dispose d’une base aérienne à Mondésir, laquelle
suscite évidemment les convoitises en cas de guerre.
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1.
Le début de la guerre
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La vie politique étampoise est difficile à la fin des années
1930. À la dissolution du parti communiste — décidée
par le gouvernement en raison de la bonne entente existant entre l’Allemagne
et l’URSS —, s’ajoute en octobre 1939 la suspension du maire pour la durée
des hostilités, selon une procédure qui touche également
trente-trois autres villes. Le Dr. Camus, maire d’Étampes, est très
décrié pour sa gestion. Sa suspension est d’ailleurs approuvée
par le conseil municipal, dans sa séance du 27 janvier 1940.
Pendant la “drôle de guerre”, les pouvoirs
publics ne restent pas inactifs. Ils procèdent à la construction
de tranchées-abris pouvant accueillir 2828 personnes (place de l’Ouche,
à la porcelainerie Saint-Martin, au Marché Franc, place du
Port, à Guinette, au Bourgneuf, au Petit-Saint-Mars, à l’Abattoir,
à la Piscine et à Saint-Pierre). Ces efforts sont toutefois
insuffisants pour espérer pouvoir protéger l’ensemble de la
population (ils couvrent environ un tiers des besoins), et se révéleront
presque totalement inefficaces pendant les bombardements, lesquels interviennent
par surprise et de nuit, sans laisser aux Étampois le temps de gagner
les abris.
Les efforts en matière de défense
passive — on achète une grande quantité de masques par crainte
de gaz toxiques — s’accompagnent de réquisitions en vue de constituer
des stocks. Ainsi chez les commerçants Gaillard (rue Paul Doumer)
et Beauvallet (rue Sainte-Croix), sans oublier l’achat de bicyclettes chez
Champy…
Bien qu’Étampes ne figure pas dans la
zone des combats, les effets négatifs de la guerre se font sentir
très nettement à la mi-juin 1940. La conscription a vidé
les usines et enlevé des champs nombre de bras nécessaires,
des réfugiés fuyant devant l’avancée du front (mais
aussi des habitants de la région) pillent des magasins, des soldats
jettent leurs fusils et s’habillent en civils dans l’espoir de ne pas être
capturés par l’ennemi… De manière générale, l’attitude
des pouvoirs publics est défaitiste ou tournée uniquement vers
la défense: on ne cherche pas vraiment à résister aux
Allemands, ou alors, on le fait avec une désorganisation qui en dit
long sur l’impréparation aux évènements.
Les Étampois sont également inquiets
à titre administratif. Leur sous-préfecture a été
supprimée et ils relèvent désormais de Rambouillet…
alors qu’il n’existe pas de transports en commun directs entre les deux villes!
Cet état de fait compliquera la tâche de l’administration locale
pendant l’Occupation.
Les loisirs eux-mêmes — tant prisés
en période de crise! — deviennent difficilement praticables, les dancings
et établissements de jeux étant fermés par le gouvernement.
Le déclenchement de la guerre, la levée
de troupes, la réquisition d’une bonne partie des moyens de transport
pour l’outre-mer, le danger que la marine italienne (alliée de l’Allemagne)
représente en Méditerranée, compliquent sérieusement
la vie des entreprises et des familles. La fonderie Lory, par exemple, qui
emploie 125 personnes, doit en partie sa prospérité aux clients
d’Indochine et d’Afrique Équatoriale. Elle doit cesser ses fabrications
à partir de l’Armistice, et ne dispose plus que de deux mois de commandes
et donc de travail… Les laboratoires de produits pharmaceutiques Dausse (rue
de la République) sont en butte à des difficultés assez
voisines, étant tributaires de l’exportation. Les 124 personnes qu’ils
emploient se retrouvent au chômage technique, faute d’approvisionnement
en glycérine et en huile d’olive, nécessaires à la production.
Quant à la Porcelainerie, elle manque de charbon, de même que
les industries métalliques Monin-Harlé (à Etréchy
et à Étampes).
L’inquiétante situation sociale qui en
découle est encore compliquée par l’afflux de réfugiés
venus de Belgique et du Nord de la France. Les malheureux sont temporairement
hébergés au Centre d’accueil aménagé dans les
locaux de l’ancienne Malterie, et à hôpital militaire installé
à l’Institution Jeanne d’Arc, sous la conduite des Dames françaises.
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| 2. Arrivée des Allemands |
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Les nouvelles militaires sont mauvaises. Étampes est meurtrie une
première fois le 3 juin 1940: son aérodrome de Mondésir
est bombardé et une dizaine de personnes trouvent la mort. Dans la
nuit du 7 au 8 juin, c’est la ville elle-même qui est attaquée
(cinq familles sont touchées; nous renvoyons au livre de Collard,
Étampes au cours des Journées tragiques de 1940
et 1944). Le 13 juin, un afflux subit de Parisiens fait comprendre que
les Allemands se rapprochent dangereusement.
Le bombardement redouté intervient dans
la nuit du 14 au 15 juin 1940. Il est suivi de mitraillages. Les quartiers
de Saint-Pierre et du Port sont particulièrement atteints; des immeubles
sont touchés et au moins partiellement détruits rue Saint-Jacques,
place Notre-Dame, rue de la République et rue de la Tannerie. On dénombre
au moins 400 morts et 117 maisons endommagées (dont 29 pour la seule
rue de la République). Des inhumations ont lieu à la hâte
dans des fosses communes…
Notons que selon une légende tenace,
des avions italiens auraient participé à l’attaque. Ce qui
relève soit de l’absurdité soit d’une erreur de bonne foi.
L’aviation italienne n’est pas entrée en action au nord de la Loire
et, par ailleurs, la Luftwaffe allemande se suffisait à elle-même
et n’a demandé aucune assistance transalpine. De plus, le rayon d’action
des appareils italiens n’aurait pas permis d’effectuer l’aller-retour depuis
une base de la péninsule. Du reste, pourquoi les forces de Mussolini
auraient-elles choisi Étampes comme objectif? On peut, en outre,
observer que les autres populations de notre région ne livrent aucun
témoignage sur la prétendue aviation italienne. Est-ce à
dire que certains Étampois ont pu confondre cocardes italiennes et
cocardes françaises? C’est l’hypothèse la plus vraisemblable.
Conséquence immédiate des évènements
du 15 juin, les services départementaux encore présents dans
la ville partent pour le sud, bientôt suivis du maire Liger et des
services municipaux. Ils n’arriveront pas très loin: leur périple
s’achève à Crottes-en-Pithiverais, dans le Loiret.
Le même 15 juin, les Allemands font leur
entrée à Étampes, ville presque désertée
par ses habitants. On estime leur nombre à un millier, les autres
ayant pris la route de l’exode ou d’un toit temporaire aux environs, hors
les murs de la cité. Après le départ précipité
des forces de l’ordre françaises et avant l’arrivée de la Wehrmacht,
les pillards s’en donnent à cœur joie. On déplore des viols
et des meurtres. Une fusillade a lieu à la gare, quand des soldats
de la 7e section des Chemins de fer de campagne tirent sur l’avant-garde
allemande (on déplore une dizaine de morts).
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Le quartier Saint-Pierre mitraillé en juin 1940
(cliché Jolivet)
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3. Installation et Occupation
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Les Allemands inspectent la ville le 16 juin. Pour la population, la priorité
se nomme eau, gaz et électricité. Dans l’immédiat, l’eau
est puisée dans les rivières, puis bouillie. Les évacués
commencent à revenir. Une boulangerie ouvre à nouveau, celle
de M. Plé, sise rue de la République. Les services de la Kommandantur
occupent le rez-de-chaussée de la mairie; des coupons d’alimentation
sont distribués.
Les Allemands sont environ 10 000; les Étampois
presque 5000 en septembre 1940 (les autres n’étant pas encore rentrés),
selon les statistiques de Pierre-Ulysse Lejeune, président de la Délégation
municipale spéciale installée le 28 août par le Préfet.
La vie reprend tant bien que mal.
Deux exemples de cohabitation difficile sont rapportés
par le journal l’Abeille d’Étampes. Dans la rubrique d’intérêt
local, le rédacteur écrit le 24 août 1940:
“On nous fait connaître que certain percepteur de la région
aurait refusé de l’argent allemand en paiement des impôts. Puisque
les commerçants sont tenus d’accepter eux-mêmes cet argent,
n’est-il pas logique qu’ils règlent de la même manière
leurs contributions?”
“On nous prie de demander s’il ne serait
pas possible de mettre, en dessous des textes et indications allemands, des
textes français pour indiquer les sens interdits dans certaines rues
de notre ville. Bien des personnes de la campagne qui viennent à Étampes
éviteraient ainsi de se faire interpeller”.
Deux autres exemples sont sujets à discussion…
Le couvre-feu est fixé à 21h. Pourquoi? Après enquête,
l’Abeille d’Étampes affirme que “le principal motif en est qu’au jour tombant, maintes jeunes filles
de la commune – toujours les mêmes — font un peu trop commerce de leurs
charmes avec les soldats allemands”. Pour ce qui est des cafés et autres auberges, la vente
au détail (par les débitants) de boissons alcoolisées
est interdite les mardis, jeudis et samedis… mais est autorisée pour
les militaires et civils allemands!
Ces derniers profitent de “lieux de convivialité”
aménagés à leur intention. Ainsi le restaurant «Le
Grand Monarque», qui devient Kameradschaftsheim Westfrankreich de la
Deutsche Arbeitsfront (Foyer du Front allemand du Travail, pour l’Ouest de
la France). Le Cabaret, sis 28 place Saint-Gilles, est destiné
aux officiers allemands et propose des soirées musicales dans un
eleganter Rahmen (un “cadre élégant”),
erstklassige tanz-und klassische Musik, unter Mitwirkung prominenter
pariser Künstler; die besten Getränke (“de la musique classique
et de la danse de premiers choix, avec la participation de célèbres
artistes parisiens, et les meilleures boissons”) , tous les soirs de 20
h à 23 h 45 (ouverture dès 17 h le samedi et 15 h le dimanche).
Une promiscuité gênante est imposée
par la réquisition d’immeubles. Ainsi, une maison de la rue Saint-Jacques
(au numéro 105), comprenant dix pièces et deux chambres de
bonnes, est occupée par 35 Allemands; la propriétaire — revenue
d’exode — est obligée de loger ailleurs, ce qui lui coûte un
loyer mensuel de 475 F!
La vie scolaire est perturbée. Le collège
a été transformé en hôpital complémentaire
en 1939; les épreuves du Bac sont reportées à octobre
1940 (dans la salle des patronages de la rue Léon Grenier); les élèves
des petites classes auront cours dans les anciens locaux de l’Abeille; les
autres au Port, à côté de l’hôtel-café du
Casino (également occupé par les Allemands).
En matière économique s’accentuent
les restrictions de matière première et donc de production,
par exemple dans la branche textile, où la production tombe à
30 % du chiffre de 1938. Or, Étampes produit moins, mais doit fournir
plus! Les réquisitions auprès des commerçants et artisans
locaux sont au plus haut, surtout pour l’alimentation et la quincaillerie,
dont les denrées et objets sont désormais payables… en reichsmark
(lequel a cours forcé de 1 reichsmark pour 20 francs, ce qui est évidemment
très avantageux pour l’Occupant!). La pénurie de légumes
verts s’aggrave d’autant plus que les gelées ont été
fortes pendant l’hiver de 1940-1941. L’approvisionnement en viande, pomme
de terre, beurre, fromage et sel devient également très faible…
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4.
L’attitude des Français
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En janvier 1941, le maire, Pierre-Ulysse Lejeune, proteste officiellement
auprès des Allemands. Il se plaint également, en septembre
1941, des quotas imposés aux agriculteurs d’Étampes. Ces derniers
sont bien incapables de fournir ce qu’on leur demande. Les semences sont
insuffisantes, certaines terres sont traditionnellement de peu de rendement,
beaucoup d’ouvriers agricoles ont été mobilisés et sont
prisonniers en Allemagne; enfin, le temps a été froid et pluvieux.
La Résistance naît très
tôt à Étampes, malgré la très forte présence
allemande qui rend les actions clandestines très dangereuses. Pierre
Pecquet, cafetier à Saint-Martin, rassemble un petit groupe, en liaison
avec un gendarme, François Faudet. Au début de 1943, Pecquet
est recruté par Louis Moreau (chargé d’organiser le secteur
d’Étampes). De leur côté, les Allemands font insérer
des articles de propagande dans l’Abeille. Les informations internationales
(traditionnellement en première page du journal) font la part belle
aux victoires des armées du Reich; d’autres articles incitent à
la relève des prisonniers français en Allemagn : les volontaires
toucheront une prime d’équipement de 1000 F, se verront remboursées
leurs factures d’achats de chaussures… (le tout devant permettre le retour
de prisonniers libérés)… Cette propagande demeure largement
inefficace, obligeant les Allemands à mettre en place le Service du
Travail Obligatoire, lequel doit permettre de suppléer au manque de
volontaires.
Que la résistance s’organise transparaît
à travers certains “avis” publiés par l’Abeille, ainsi
le 26 septembre 1942: “Il est défendu de cacher, d’héberger ou de prêter
assistance de quelque façon que ce soit à des membres d’un
équipage ou d’un avion, ou à des parachutistes ennemis. Toutes
les infractions seront punies de mort.”
Le S.T.O. est créé le 2 février
1943. Il touche Étampes à raison de 4 habitants de la classe
39, 18 de la classe 40, 15 de la classe 41, 13 de la classe 42; d’autres
habitants sont requis pour des travaux de fortification sur la côte,
ainsi à Saint-Nazaire (57 pendant l’hiver 1942-1943); d’autres le sont
moins loin: à Mondésir, en 1944 (près de 500).
On observe une intensification des enquêtes
et des réquisitions. Sont recensés les radios, vélos,
bidons de lait, arbres fruitiers, poules, lapins, chevaux (ce qui pénalise
l’agriculture). Ces ponctions accroissent le désir de résistance…
et la vigilance des autorités (Étampes jouant un rôle
majeur pour le haut commandement militaire aérien allemand). Louis
Moreau et ses amis se spécialisent dans les tâches de renseignement,
la réception d’armes parachutées, la diffusion de tracts… mais
la prétendue exécution du général allemand Weissmann
— qui aurait laissé échapper le code secret des transmissions
de la Luftwaffe, et qui aurait été de ce fait puni de mort
par sa hiérarchie — relève d’une autre légende tenace.
Les Alliés connaissaient dès 1940 le code des transmissions
allemandes et Weissmann est mort paisiblement dans son lit, après
la guerre.
Henri Poirier est un autre grand personnage
de la résistance étampoise en 1942. Chef local du réseau
Libération Nord, il vient de Nantes où il est fonctionnaire
des contributions, ce qui lui permet de circuler assez facilement. Résister
expose à un danger évident. Ainsi le 18 mai 1943, quand un
parachutage au hameau de la Montagne se passe mal. Dénoncés,
les Résistants sont arrêtés par la Wehrmacht, qui les
attendait. Six d’entre eux sont déportés, dont Gabriel
Gautron, qui échappera à l’univers des camps de concentration
et qui reviendra à Étampes via la Suède.
Pour les habitants de la ville, le danger des
bombardements alliés “ciblés” se précise. Pendant la
première quinzaine de septembre 1943: plus de 2000 morts sont à
déplorer, pour ce motif, dans la population civile française.
Face à l’autorité d’occupation,
le conseil municipal d’Étampes mène un double jeu visant
à ménager les intérêts de la ville et des habitants.
On peut citer deux exemples. Au cours de sa séance du 28 mai 1943,
il vote une subvention spéciale de 2000 F en faveur de Louis Moreau,
inspecteur primaire — et surtout Résistant presque notoire —, officiellement
pour aider à la réédition de son livre Ma Petite
Patrie; dans sa séance du 11 juin 1943, le même conseil municipal
adresse publiquement ses sentiments de sympathie à la famille de Pierre
Audemard, maire adjoint, récemment arrêté par les autorités
allemandes, en raison de son appartenance à la Résistance.
Il mourra en déportation.
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Soldat allemand entre deux membres de la famille
qui fut forcée de l'héberger de 1940 à 1944
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| 5. Les bombardements alliés
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L’annonce du débarquement allié sur les plages de Normandie
provoque l’enthousiasme des Étampois, mais bon nombre d’entre — eux,
à l’image d’Henri Collard, cheville ouvrière du journal L’Abeille
d’Étampes —, s’inquiètent pour leur ville, menacée
d’un bombardement aérien “qu’appelaient les nécessités de la stratégie”.
Les prédictions les plus pessimistes
se vérifient malheureusement dans la nuit du 9 au 10 juin 1944. À
minuit cinq, les bombes alliées pleuvent sur la cité “…éclairée comme en plein
midi. Des fusées blanches et rouges descendent de toute part, pareilles
à un gigantesque feu d’artifice… Les chasseurs et bombardiers s’accumulent…
En trente minutes, plus de deux mille bombes s’abattent sur la ville… La
défense aérienne allemande est aussi inexistante que la nôtre
en 1940. L’alerte n’a même pas été donnée à
l’aide des sirènes…”
Ce bombardement, suivi d’un second, le 14 juin,
est terriblement meurtrier: plus de 150 Étampois trouvent la mort,
50 d’entre — eux sont gravement blessés, près de 150 maisons
sont complètement détruites, 356 partiellement, 203 sont légèrement
atteintes. Une salle de classe est hâtivement transformée en
chapelle ardente, où a lieu la levée des corps, en présence
de Mgr Roland Gosselin, évêque de Versailles, et de M. Marquet,
le sous-préfet de Rambouillet. Des cercueils de fortune sont confectionnés
à la hâte, à partir de tables, de commodes, d’armoires...
Qui plus est, tous les corps n’ont pas encore été extraits
des décombres, malgré le dévouement sans faille des membres
du Secours National et des Équipes Nationales d’André Lorry,
du C.O.S.I. (Comité Ouvrier de Secours Immédiat), des sapeurs
pompiers de Robert Piqueret, de la Croix Rouge de Robert Leflon, des équipes
de la Défense Passive, dirigées par Robert Couvé, et
de beaucoup d’autres organismes et associations de bénévoles.
Dès les jours qui suivent, les avions
alliés opèrent des mitraillages dans la région, provoquant
de nouvelles victimes. À 50 mètres de la gare de Puiselet-le-Marais,
le tacot est pris pour cible par des chasseurs anglais.
Le libraire Brière et cinq autres personnes sont blessés. Le
vendredi 23 juin, vers 14 heures 30, après un rapide combat aérien
au-dessus du hameau de Pierrefitte, un Lightning américain prend feu
et s’écrase près du mur ouest de la ferme de Guinette. Le
15 juin, ce sont une vingtaine de maisons de Guillerval qui subissent une
attaque aérienne.
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L’aérodrome d’Étampes-Mondésir
bombardé
(© Lt Russell S. Knapp & 486th Bomb Group
2003)
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6. Retraite allemande et Libération
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Alors que les services de l’État Major de la Luftwaffe ont déjà
quitté Étampes pour Nancy, de même que les services de
la Kommandantur dirigés par le major Braun, une compagnie allemande
d’arrière-garde comprenant quelques soldats des trois armes, dont
plusieurs serveurs de DCA et même un soldat de la Kriegsmarine, occupe
encore Saint-Martin et réquisitionne des habitants pour transporter
des pavés et ériger une barricade en travers de la grande rue,
au débouché de la rue du Paradis.
L’essentiel du dispositif destiné à
freiner l’avance des Alliés est concentré entre la route de
Saint-Hilaire et la route de Dourdan, particulièrement sur les hauteurs
qui dominent le cimetière Saint-Martin. Six pièces antichar
et de DCA ont été camouflées à proximité
immédiate des ruines du Temple, tandis que deux pièces de 88
sont positionnées route de Dourdan, et deux autres respectivement
à 100 mètres du carrefour de la route de Dourdan et de l’actuelle
rue des Lys. Deux autres pièces de 88 et quatre pièces antichar
sont placées temporairement à Villesauvage, et le carrefour
des routes de Malesherbes et de Pithiviers est couvert par six autres canons
antichar et deux de 88. Enfin, une dernière pièce de gros calibre
surveille à la sortie d’Étampes, la côte de la route
d’Orléans, et quatre canons antichars occupent l’Humery.
L’arrière garde allemande doit battre
en retraite et quitter la ville le lundi 21 août, en fin de matinée,
non sans avoir accroché les troupes américaines et mis quatre
de leurs chars hors de combat, deux sur la route de Dourdan et deux sur les
hauteurs de Chalo-Saint-Mars, et d’avoir incendié plusieurs maisons
du quartier Saint-Martin, ainsi que les deux principales écoles du
faubourg.
Dans son avancée, l’infanterie américaine
bénéficie du soutien d’avions de reconnaissance de l’Air Force,
et des renseignements communiqués par la Résistance, en particulier
par Gaston Beau, sous-chef de la gare d’Étampes, qui communique par
téléphone à Monnerville déjà libérée,
les renseignements qui permettront aux alliés de localiser et réduire
au silence les pièces d’artillerie du dispositif allemand de défense
d’Étampes.
Le 22 août enfin, “après une lourde nuit traversée
par des pluies chaudes”, les
troupes américaines font leur entrée dans la ville.
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Clément WINGLER
Archives municipales d’Étampes
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