Clément Wingler
Étampes de 1944 à
1946
2004
I. LA VOIE DE LA LIBERTE
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I.1 Étampes, ville bombardée
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L’annonce du débarquement allié sur les plages de Normandie,
provoque l’enthousiasme des Étampois, mais bon nombre d’entre — eux,
à l’image d’Henri Collard, cheville ouvrière du journal L’Abeille
d’Étampes, s’inquiètent pour leur ville, menacée
d’un bombardement aérien «qu’appelaient les nécessités
de la stratégie».
Les prédictions les plus pessimistes se vérifient
malheureusement dans la nuit du 9 au 10 juin 1944. A minuit cinq, les bombes
alliées pleuvent sur la cité «…éclairée
comme en plein midi. Des fusées blanches et rouges descendent de toute
part, pareilles à un gigantesque feu d’artifice…Les chasseurs et
bombardiers s’accumulent…En trente minutes, plus de deux mille bombes s’abattent
sur la ville…La défense aérienne allemande est aussi inexistante
que la nôtre en 1940. L’alerte n’a même pas été
donnée à l’aide des sirènes… (1)».
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(1) René
Collard, Étampes pendant les journées tragiques de 1940
et 1944, Étampes, 1944, p. 27-28.
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Ce bombardement, suivi d’un second, le 14 juin, est terriblement meurtrier:
plus de 150 Étampois trouvent la mort, 50 d’entre - eux sont gravement
blessés, près de 150 maisons sont complètement
détruites, 356 partiellement, 203 sont légèrement atteintes.
Une salle de classe est hâtivement transformée en chapelle
ardente, où a lieu la levée des corps, en présence
de Mgr Roland Gosselin, évêque de Versailles, et de M. Marquet,
le sous-préfet de Rambouillet. Des cercueils de fortune sont confectionnés
à la hâte, à partir de tables, de commodes, d’armoires…
(2). Qui plus est, tous les corps n’ont pas encore été extraits
des décombres, malgré le dévouement sans faille des membres
du Secours National et des Equipes Nationales d’André Lorry, du C.O.S.I.
(Comité Ouvrier de Secours Immédiat), des sapeurs pompiers
de Robert Piqueret, de la Croix Rouge de Robert Leflon, des équipes
de la Défense Passive, dirigées par Robert Couvé, et
de beaucoup d’autres organismes et associations de bénévoles
(3).
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(2) Abeille
d’Étampes, 1er juillet 1944.
(3) Abeille…, 17 juin 1944 et 1er juillet 1944.
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Dès les jours qui suivent, les avions alliés opèrent
des mitraillages dans la région, provoquant de nouvelles victimes.
A 50 mètres de la gare de Puiselet-le-Marais, le «tacot»
est pris pour cible par des chasseurs anglais. Le libraire Brière
et cinq autres personnes, sont blessés (4). Le vendredi 23 juin, vers
14 heures 30, après un rapide combat aérien au-dessus du hameau
de Pierrefitte, un Lightning américain prend feu et s’écrase
près du mur ouest de la ferme de Guinette (5). Le 15 juin, ce sont
une vingtaine de maisons de Guillerval qui subissent une attaque aérienne.
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(4) Abeille…,
24 juin 1944.
(5) Abeille…, 1er juillet 1944.
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| I.2 Du départ des Allemands à
l’arrivée des Américains |
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Alors que les services de l’Etat Major de la Luftwaffe ont déjà
quitté Étampes pour Nancy, de même que les services de
la Kommandantur dirigés par le major Braun, une compagnie allemande
d’arrière-garde comprenant quelques soldats des trois armes, dont plusieurs
serveurs de DCA et même un soldat de la Kriegsmarine, occupe encore
Saint-Martin et réquisitionne des habitants pour transporter des pavés
et ériger une barricade en travers de la grande rue, au débouché
de la rue du Paradis.
L’essentiel du dispositif destiné à
freiner l’avance des Alliés, est concentré entre la route
de Saint-Hilaire et la route de Dourdan, particulièrement sur les
hauteurs qui dominent le cimetière Saint-Martin. Six pièces
antichar et de DCA ont été camouflées à proximité
immédiate des ruines du Temple, tandis que deux pièces de
88 sont positionnées route de Dourdan, et deux autres respectivement
à 100 mètres du carrefour de la route de Dourdan et de l’actuelle
rue des Lys. Deux autres pièces de 88 et quatre pièces antichar
sont placées temporairement à Villesauvage, et le carrefour
des routes de Malesherbes et de Pithiviers est couvert par six autres canons
antichar et deux de 88. Enfin, une dernière pièce de gros calibre
surveille à la sortie d’Étampes, la côte de la route
d’Orléans, et quatre canons antichars occupent l’Humery.
L’arrière garde allemande doit battre en retraite
et quitter la ville le lundi 21 août, en fin de matinée, non
sans avoir accroché les troupes américaines et mis quatre de
leurs chars hors de combat, deux sur la route de Dourdan et deux sur les
hauteurs de Chalo-Saint-Mars, et d’avoir incendié plusieurs maisons
du quartier Saint-Martin, ainsi que les deux principales écoles du
faubourg (6).
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(6) Marseillaise
de Seine-et-Oise, 21 octobre 1944, 25 novembre 1944 et 2 juin 1945.
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Dans son avancée, l’infanterie américaine bénéficie
du soutien d’avions de reconnaissance de l’Air Force, et des renseignements
communiqués par la Résistance, en particulier par Gaston Beau,
sous-chef de la gare d’Étampes, qui communique par téléphone
à Monnerville déjà libérée, les renseignements
qui permettront aux alliés de localiser et réduire au silence
les pièces d’artillerie du dispositif allemand de défense d’Étampes.
Le 22 août enfin, «après une lourde
nuit traversée par des pluies chaudes», les troupes américaines
font leur entrée dans la ville (7).
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(7)
Journal d’Étampes, 22 août 1944.
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I.3 Étampes devient une ville américaine
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Du 22 août 1944 à la fin janvier 1946, Étampes
devient une ville américaine. Le camp de Mondésir, propriété
du ministère français de l’Air, est réquisitionné
par l’Air Force jusqu’au 25 juin 1945. Le Captain G.S. Manent est le «Commanding
Officer» de la base précédemment occupée par
la Luftwaffe, qui comprend sept bâtiments et cent soixante-deux chambres.
Toutes les maisons d’Étampes qui n’ont pas
été détruites par les bombardements, ainsi que les
entrepôts, accueillent des services et des soldats américains.
Ainsi en est-il par exemple du Castel Matho, de l’hôtel du Chariot
d’or, transformé en dépôt, de la Malterie du carrefour
des Religieuses, qui abrite le Headquarter Office des «39th RB and
18th RC», de l’aile gauche de l’Hôtel de Ville (du 15 janvier
1945 au 16 janvier 1946), des garages construits par les Allemands en bordure
de la route de La Ferté-Alais et entre la rue de la République
et l’avenue du Bourgneuf (garage et dépôt de matériaux
du «39th Motor Pool»), d’une aile du collège (de février
à septembre 1945), du Marché Franc, où les Allemands
avaient construits des baraques (occupées cette fois par le «327th
Stationary Hospital»), ou encore des terrains de la scierie Berthelot,
à l’angle du boulevard Berchère et de la rue de La Roche Plate
(«Air Force Hospital 831»).
Au total, cent immeubles sont mis à la disposition
au moins partielle des autorités militaires américaines, ainsi
que seize châteaux des environs, sept magasins, deux garages et dix
hôtels (8).
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(8) Archives municipales d’Étampes, 2W2.
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Assez curieusement, le ministère français de la Guerre
fixe pour les propriétaires des immeubles réquisitionnés,
des indemnités de logement variables en fonction de la taille de la
ville. Étampes se situe dans la seconde catégorie, celle des
villes de 500 à 500 000 habitants, ce qui ouvre droit à une
indemnité de 18 francs par jour pour un officier et de 10 francs pour
un sous-officier ou un soldat. Des majorations sont prévues pour
le chauffage, l’occupation d’un bureau ou d’une cuisine, la présence
d’un mulet dans l’écurie ou encore d’une automobile dans un garage
clos. Les prestations exigibles auprès de l’habitant, sont un lit
avec literie complète, pour les simples soldats et les sous-officiers,
assortis d’une salle de bains ou d’un cabinet de toilette, pour les officiers
(9).
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(9) Journal
d’Étampes, 17 mars 1945.
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II. ENTRE GUERRE ET PAIX
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De plus, dans les régions françaises où la souveraineté
républicaine a été rétablie, la vie ne reprend
que difficilement. A l’été 1944, plusieurs dizaines d’Étampois
sont toujours retenus contre leur gré en Allemagne, déportés
du travail ou pour fait de résistance, ou prisonniers de guerre, sans
compter ceux qui ont rejoint les forces combattantes sitôt leur ville
libérée, et qui poursuivent la lutte aux côtés
des Alliés, sur les frontières de l’est. Le chroniqueur André
Demain, qui entreprend dans la Marseillaise de Seine-et-Oise, à
partir de novembre 1944, de conter «la Libération d’Étampes,
page glorieuse d’histoire locale», croit d’ailleurs nécessaire
de taire certains renseignements, dans la mesure où «un certain
nombre de ceux qui se sont dévoués dans la lutte clandestine,
sont encore internés en Allemagne… (10)».
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II.1 La guerre continue…
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La Seconde Guerre mondiale ne s’achève pas avec la libération
d’Étampes et de Paris, elle se poursuit encore pendant de longs mois.
En mars 1945, le général de Gaulle ne déclare-t-il pas,
dans une allocution radiodiffusée, que «les Américains
ont quelques conceptions aventurées quant à la capacité
de résistance de l’Allemagne», mais aussi du Japon (10)?
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(10) Marseillaise…,
17 novembre 1944
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II.2 Les soldats du front
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Des jeunes gens de la région qui combattent sous les drapeaux,
plusieurs trouveront la mort, parfois quelques jours à peine avant
la capitulation de l’ennemi et la fin du conflit. René Chantalou en
fait partie. Engagé d’abord dans la Résistance, il rejoint
à la Libération le corps d’armée du général
Koenig, et décède au combat à Liesheim, dans la région
allemande de l’Eifel, le 2 avril 1945, à l’âge de 18 ans. Le
15 avril, c’est André Nicolas, de Guignonville, qui meurt pour la
France, et le 21 avril, Jacques Monceau.
Au début du mois de février 1945, se constitue
un «Comité pour nos soldats du front», présidé
par le maire, Barthélémy Durand. Il aide grâce à
des dons, ceux qui reviennent dans leurs foyers, et les familles de ceux
qui ne reviendront plus (11).
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(11) Archives…, 2W9
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II.3 Les prisonniers de guerre
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A la date du 1er août 1944, le nombre d’Étampois prisonniers
de guerre en Allemagne, s’élève à 144 (12). Chaque semaine,
le Journal d’Étampes publie le «calendrier des rapatriés»,
en adressant «aux camarades rentrés vœux et souhaits les meilleurs»
et en «pensant aux mères, femmes de prisonniers et déportés,
en espérant que demain peut-être ce bonheur sera pour elles
(13).»
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(12) Archives…,
2W5.1.
(13) Journal d’Étampes, 17 mars 1945.
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Pourtant, les nouvelles ne sont pas toujours bonnes. Le 5 février
1945, par exemple, les avions alliés qui opèrent au-dessus de
l’Allemagne, bombardent par erreur l’Oflag xB. Une bombe détruit quatre
baraques du camp, occasionnant la mort d’une centaine de prisonniers, dont
le lieutenant Jean Blondeau (14).
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(14)
Marseillaise…, 24 mars 1945.
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A partir de la fin du mois d’avril 1945, le rapatriement de prisonniers
s’accélère. A ce titre également, Étampes est
un nœud ferroviaire important. Chaque jour, deux mille prisonniers et rapatriés
transitent en moyenne par la gare de la ville (15).
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(15)
Journal d’Étampes, 28 avril 1945.
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Le Comité d’assistance des prisonniers de guerre d’Étampes,
est particulièrement actif. Au lendemain de la guerre, il peut fièrement
tirer le bilan de ses actions. Depuis le 5 décembre 1940, il a diffusé
16200 colis, sans aucune contrepartie financière à partir
de mars 1942, pour un coût total de 2 140 000 francs, dépense
entièrement couverte par des dons, parrainages et opérations
de collecte. Des livrets de caisse d’épargne, pour un montant total
de 1 160 000 francs, ont été ouverts, ce qui permet à
chaque prisonnier rapatrié, de disposer d’un capital de 3000 à
6000 francs, en fonction de sa situation familiale. Les familles des absents
ne sont pas oubliées: elles bénéficient de secours
et se voient remettre le traditionnel arbre de Noël (16). Dès
mars 1943, des familles étampoises prennent l’habitude de recevoir
tous les jeudis à table, les enfants de prisonniers. La mairie
d’Étampes participe également à l’effort: les trois
ouvriers communaux prisonniers en Allemagne, bénéficient d’une
indemnité mensuelle portée à 1500 francs en janvier
1945 (17).
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(16) Journal d’Étampes, 23 juin et
30 juin 1945.
(17) Archives…, Registre du conseil municipal, 30
janvier 1945; 2W5.1.
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Au premier septembre 1945, la presque totalité des prisonniers
de guerre et déportés ont regagné leurs foyers. Afin
de dégager des ressources budgétaires permettant de leur venir
financièrement en aide, les établissements qui organisent des
bals ont pour obligation de réserver 10% de leur recette nette au
bénéfice soit de la Commission des manifestations pour les prisonniers
(si les bals sont organisés au profit des prisonniers de guerre ou
déportés), soit de l’Entraide française, pour les bals
tout publics (18).
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(18)
Journal d’Étampes, 29 décembre 1945.
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Notons également que lors du marché du samedi, les prisonniers
et déportés ont droit à un tour de priorité à
l’étalage des maraîchers et des marchands de primeurs, à
l’image des femmes enceintes et des familles nombreuses, et qu’à plusieurs
reprises, des majorations de prix sont pratiquées dans certains bistrots,
restaurants et hôtels, sur les boissons consommées, le différentiel
étant reversé au Centre d’entraide des prisonniers et déportés.
Du 29 avril au 13 mai 1945, 5131 F sont ainsi récoltés (19)
chez les cinq débitants qui participent à l’opération.
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(19)
Archives…, Registre du conseil municipal, 14 juin 1945; 2W5.1.
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II.4 Travail obligatoire et résistants déportés
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Si Gaspard
Lafouasse et son fils André, déportés à Buchenwald
en 1943 suite à un parachutage d’armes alliées au hameau de
La Montagne, rentrent en mai 1945 à Boissy-la-Rivière, de même
qu’André Picot, réfractaire au STO, arrêté le
17 juillet 1944 et libéré du même camp le 23 avril 1945,
certains de leurs compagnons d’infortune n’ont pas la chance de revoir la
terre de France.
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Le 19 mai 1945, le faire-part de décès de Louis Moreau,
arrêté le 29 juin 1944, déporté et mort dans le
même camp de Buchenwald le 28 septembre 1944, est publié dans
le Journal d’Étampes. La veille, une émouvante cérémonie
d’adieu au principal chef local de la résistance, a eu lieu à
la collégiale Notre-Dame. Lui-même ancien résistant,
l’abbé Grossetête, curé de Saint-Martin, a prononcé
l’éloge funèbre, saluant «la communion du prêtre
et du laïque en un même amour pour la France (20).» Une
plaque à la mémoire de Louis Moreau, offerte par la Fonderie
Lory, est inaugurée sur la façade de sa maison, 27 rue Saint-Jacques,
le 28 octobre 1945. Dès le 14 juin de ladite année, le conseil
municipal avait décidé de donner son nom à la partie
de la rue Saint-Jacques comprise entre la place du Port et la place du Théâtre,
et au premier groupe scolaire qui serait construit.
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(20) Journal
d’Étampes, 26 mai 1945; Archives…, 1D50: 30 novembre 1945.
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Autre déporté politique, arrêté par dénonciation
suite à ses tentatives de gagner l’Angleterre et à son refus
d’aller travailler en Allemagne, Jacques Rohaut est libéré
de captivité le 5 mai 1945, mais succombe en raison de son état
d’extrême faiblesse, le 23 mai, à Schwerin, à l’âge
de 22 ans (21). Quant à Pierre Audemard, résistant du mouvement
«Ceux de la Libération – Vengeance», dirigé par
Louis Moreau, puis par Henri Poirier, il est arrêté le 8 juin
1943 et déporté à Mathausen où il décède
le jour même de la libération du camp.
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(21)
Journal d’Étampes, 8 septembre 1945.
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II.5 Règlements de comptes et revanchisme…
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ibérée,
le temps est parfois au règlement de comptes, sans toutefois donner
lieu à des exactions comparables à celles rencontrées
dans d’autres régions. Dans son édition du 10 mars 1945,
le Journal d’Étampes relate l’internement administratif
pour une durée de deux mois, d’une femme domiciliée rue de
l’E…, convaincue d’avoir écrit une lettre à la Kommandantur,
«dans laquelle elle se proposait de faire connaître aux autorités
allemandes, les noms des communistes de la ville.» Le 2 juin, le même
journal dénonce le «retour de silhouettes connues aux temps
bénis, pour eux, de l’Occupation… alors que d’autres attendent encore
dans des camps, que des moyens de transport permettent leur rapatriement.
Appel est fait aux camarades de la Résistance, de les surveiller,
car ils sont l’embryon de la prochaine cinquième colonne.»
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II.6 Prisonniers allemands
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En novembre 1945, la région d’Étampes compte encore un
certain nombre de prisonniers allemands, gardés par l’armée
américaine et mis à la disposition des autorités civiles
françaises ainsi que des agriculteurs, en temps que force d’appoint.
A ce titre, le toujours vindicatif Journal d’Étampes dénonce
le refus des Américains, de répondre favorablement à
la demande des services municipaux, de pouvoir employer lesdits prisonniers
au curage des rivières, attendu que ce travail pénible serait
incompatible avec la Convention de Genève. Et les rédacteurs
du Journal, d’accuser «les généreux vainqueurs
américains de gaver les Allemands d’oranges, de cigarettes et autres
delikatessen! (22)» En fait, les prisonniers cantonnés avenue
de Bonnevaux, sont simplement autorisés par les Américains
et la Ville, à utiliser le stade, tôt le dimanche matin.
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(22)
Journal d’Étampes, 19 mai 1945.
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II.7 Victimes du déminage
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Les opérations officielles de déminage se poursuivent
jusqu’à la fin de l’année 1945, non sans faire régulièrement
des victimes. Le 14 août, par exemple, une bombe de 300kg explose dans
la cour d’un immeuble sis au numéro 158 de la rue de la République,
tuant les deux artificiers venus de Versailles pour la désamorcer,
et le 21 septembre, un obus de 155 que l’on croyait sans danger, explose
à Villesauvage, coûtant la vie à un artificier et blessant
sept personnes. La presse locale s’en émeut, exigeant «que des
travaux aussi dangereux soient confiés à des criminels de guerre
allemands (23)». Aux accidents provoqués par les tentatives de
désamorçage, s’ajoutent ceux produits par l’inconscience.
Le 27 juin 1944, route d’Orléans, un jeune de 16 ans est tué,
et deux autres de 17 ans blessés, «en s’amusant à déterrer
une fusée».
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(23) Journal d’Étampes, 18 août,
29 septembre et 22 décembre 1945; Marseillaise…, 18 août
1945.
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III. REPRISE DE LA VIE POLITIQUE
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III.1
La presse locale
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A la
Libération, disparaissent nombre de journaux qui ont continué
à paraître pendant les années sombres, et qui sont désormais
mis sous séquestre, interdits de publication pour cause de collaboration
ou de militantisme en faveur de la Révolution Nationale, ou encore,
qui sont autorisées à reparaître sous un nouveau nom
et avec de nouveaux gérants.
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Après
plus de cent ans d’existence, l’Abeille d’Étampes s’efface
ainsi au profit de nouveaux organes de presse. Le principal d’entre eux
est le Journal d’Étampes, dont la maquette est calquée
sur celle de la défunte Abeille. Ayant ses bureaux au 10
de la rue de la République, il se veut l’ «organe régional
du mouvement national de Résistance Libération-Nord»,
et dit «soutenir le gouvernement actuel et son chef, le général
de Gaulle, tout en étant une tribune libre (24).» Sa maquette
est modernisée en mars 1946: des photographies illustrent à
présent les textes principaux.
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(24) Journal d’Étampes,
10 mars 1945.
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Dès
octobre 1944, le Journal d’Étampes est concurrencé par
un second organe de presse locale: la Marseillaise de Seine-et-Oise,
«hebdomadaire du Front National de lutte pour la liberté et
l’indépendance de la France», dont les bureaux sont situés
1 rue du Petit Panier.
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III.2
Les FFI, vus par la Marseillaise
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Très
proche des Forces Françaises de l’Intérieur, le journal La
Marseillaise, entreprend dans son numéro du 7 octobre 1944, d’en
décrire la 5e compagnie de Seine-et-Oise, celle d’Étampes,
installée dans un baraquement aménagé au 59 bis de la
rue Saint-Martin. Commandée par le capitaine Malterre, elle constitue
un des éléments du bataillon de marche Barra, placé
sous l’autorité du commandant Georges. La compagnie regroupe environ
120 jeunes âgés de 18 à 27 ans, originaires de la région
et surtout de la campagne, alors que ses cadres sont des officiers ou sous-officiers
volontaires dont certains sont des anciens de l’Armée de l’Air. Ne
disposant pas d’une dotation d’armes officielle, la compagnie ne peut faire
étalage que de quelques fusils mitrailleurs et d’une mitrailleuse
lourde ayant appartenu à l’armée allemande. Son infirmerie,
à laquelle sont affectés deux internes, se trouve au numéro
42 de la rue Saint-Martin.
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III.3
Elections et municipalités
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Barthélémy
Durand
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Dès le 23 août
1944, le comité des FFI désigne une nouvelle municipalité
provisoire composée d’un maire, de deux adjoints, et d’un conseil
municipal de 14 membres. Barthélémy Durand, ancien officier
de marine, propriétaire du domaine de Valnay et éleveur
de porcs, se voit confier les fonctions de maire, secondé par Léon
Liger et Jean Coureau. Les conseillers sont Henri Poirier du Comité
de Libération, l’abbé Grossetête, qui représente
la démocratie chrétienne, François Quilici, des FFI,
René Chasseloup, syndicaliste, Olivier Lefebvre, du Parti communiste,
Mme Isambert, de l’Union des femmes, Noé Bulcours, des «jeunesses»,
Charles Gaumat, cheminot, Paul Meyé, des PTT, ainsi que Emile Hugon
et Henri Baillargeon, anciens conseillers.
La première séance du nouveau conseil
municipal a lieu le même jour. Elle débute par une minute de
silence en hommage aux résistants morts ou toujours emprisonnés.
En matière de répartition des rôles et des délégations,
Charles Gaumat aura en charge la question du charbon et du gaz, la surveillance
des stocks et leur répartition. François Quilici et Olivier
Lefebvre s’occuperont du mobilier abandonné par les Allemands, de
sa répartition entre les sinistrés, et de la question cruciale
du logement. Léon Liger s’intéressera au service agricole,
René Chasseloup à la garde des dépôts et stocks
allemands, et MM. Coureau et Baillargeon, aux travaux et aux eaux. Emile
Hugon, enfin, se voit confier le ravitaillement.
En septembre, l’abbé Grossetête démissionne
du conseil tandis que trois nouveaux membres font leur apparition: le docteur
Pelletier, M. Riom, directeur d’école, et Gaston Beau. Le 10 octobre,
le conseil élargit encore de trois places sa composition, laissées
provisoirement vacantes, en attendant le retour des prisonniers et travailleurs
en Allemagne, à qui elles sont destinées. Le même jour
sont cooptés quatre nouveaux membres: le tourneur Garin, le boulanger
Duchêne, ainsi que le président de la Croix Rouge, Charles Leflon,
et le directeur de la défense passive, Robert Couvé (25).
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Il faut
attendre le 22 novembre 1944, pour qu’un arrêté ministériel
confirme la composition du conseil provisoire chargé d’élire
en son sein, au scrutin secret et à la majorité absolue, le
maire et les deux adjoints. B. Durand est reconduit dans ses fonctions, par
20 voix sur 21, de même que Jean Coureau, mais Léon Liger est
remplacé par Henri Baillargeon, en tant qu’adjoint (25).
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(25) Marseillaise…,
16 décembre 1944; Archives…, 1D50: 19 septembre, 10 octobre et 12
décembre 1944.
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La municipalité
provisoire demeure en place jusqu’aux élections municipales prévues
pour le printemps 1945. En vue du scrutin du 29 avril, apparaît
une liste dite d’ «Union démocratique», conduite par
Barthélémy Durand, qui entend regrouper «républicains,
démocrates-chrétiens, radicaux, socialistes et communistes,
dans un refus de la classification des Français en partis (26)».
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(26) Journal d’Étampes,
21 et 28 avril 1945.
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Chaudement
soutenue par le Journal d’Étampes, la liste a pour programme,
«l’accueil des exilés et le reclassement professionnel de chacun,
l’aide aux sinistrés, notamment par la construction de logements
à Guinette, l’achèvement de la réfection des canalisations,
la mise en place d’un plan d’urbanisation avec création de cités-jardins,
de groupes scolaires, d’un marché couvert, d’une bourse du travail,
d’un stade-jardin, sans oublier l’adduction d’eau dans les hameaux non encore
desservis, l’aide à la famille, la création d’une foire commerciale
et agricole, et enfin, d’une maison de retraite municipale (27)»
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(27) Journal d’Étampes,
21 et 28 avril 1945.
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Aux côtés
de Barthélémy Durand, sont candidats Gaston Beau, sous-chef
de gare d’Étampes, connu pour son engagement au sein de la Résistance,
et François Quilici, président du mouvement de Libération-Nord,
ancien bras droit de Louis Moreau dans la clandestinité. L’épouse
de ce dernier, dont le décès ne sera connu qu’à la mi-mai,
a également accepté de figurer sur la liste.
Face à la liste conduite par B. Durand, la
liste concurrente dite «des intérêts communaux antifascistes
et de concorde républicaine», mise sur pied par l’ancien maire
et député Lucien Camus, fait figure d’outsider (28).
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(28) Journal d’Étampes,
28 avril 1945.
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Le résultat
du scrutin est sans surprises. Lors de sa séance d’installation, le
18 mai 1945, le nouveau conseil municipal réélit B. Durand
comme maire, par 26 voix sur 27, tandis que Léon Liger, Fernand Fortin
et Robert Couvé deviennent adjoints (29). Le 6 juin suivant, sont composées
les commissions municipales, aux attributions dictées par les besoins
immédiats de l’après-guerre: sinistrés et prisonniers,
ravitaillement, textiles et chaussures, bois et charbons (30)…
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(29) Archives…, 1D50:
18 mai 1945.
(30) Archives…, 1D50: 14 juin 1945. |
Quatre
mois après les élections municipales, ont lieu les élections
cantonales, dans un climat très tendu où les invectives partisanes
et les plaintes pour diffamation rappellent les mauvais souvenirs de la troisième
République. L’UDSR (Union démocratique et sociale de la Résistance)
propose à B. Durand d’être son candidat, mais celui-ci refuse
après avoir constaté que l’union des partis de gauche est
impossible. En conséquence, c’est Gaston Beau qui représentera
l’UDSR, tandis que Lucien Sergent sera le porte-parole de la SFIO, et que
Joseph Guillot défendra les couleurs de «Ceux de la Libération-Vengeance».
Gaspard Lafouasse, maire de Boissy-la-Rivière, sera le candidat de
Rénovation républicaine, et Jean Coureau, celui du Front national,
soutenu par le Parti communiste. Celui-ci l’emporte au second tour par 4129
voix contre 4070 à Gaston Beau, malgré la très active
campagne de presse menée ouvertement en faveur de ce dernier
par le Journal d’Étampes (31).
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(31) Journal d’Étampes,
22 septembre, 29 septembre et 6 octobre 1945.
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IV. ENTRE RUINES ET RATIONNEMENT, UNE SOCIETE ÉTAMPOISE
EN QUETE DE REPERES
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IV.1
La question cruciale de la reconstruction et du logement
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En avril
1946, soit plus d’un an et demi après la libération de la ville,
est dressée une nouvelle liste des déclarations de sinistres
consécutives aux bombardements.
Sa longueur effrayante permet d’entrevoir le
toujours complexe et primordial enjeu que constitue la question de la reconstruction
et du logement des sinistrés. Au triste palmarès des rues les
plus touchées en nombre d’immeubles totalement ou partiellement détruits,
figurent les rues Saint-Jacques et Paul Doumer (respectivement 56 et 51
immeubles), la place Saint-Gilles et la rue des Cordeliers (respectivement
35 et 34), la promenade de Guinette et le boulevard Saint-Michel (27 pour
chaque voie), les rues Brunard et Auguste-Petit (respectivement 28 et 26
immeubles), les avenues Bouilloux-Lafont et Frédéric Louis
et la rue du Haut Pavé (17 destructions pour chacune d’elles)…(32)
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(32) Archives…, 2W23.
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Dans
les jours qui suivent les bombardements de 1944, la vie ne peut reprendre
que lentement. Des fosses communes sont provisoirement creusées dans
un terrain voisin du cimetière Saint-Pierre, qui est habituellement
destiné à la culture des haricots. Avec l’autorisation du sous-préfet,
un crédit exceptionnel de 200000F est ouvert au budget supplémentaire
de la commune, pour financer les travaux de déblaiement, l’aide aux
réfugiés l’achat de denrées…
L’approvisionnement en eau, gaz et électricité,
est rendu impossible par les canalisations éventrées et les
lignes arrachées. Malgré une garde vigilante, des pillards
parcourent les ruines, cherchant à voler ce qui n’a pas été
détruit. L’un d’eux, ouvrier d’une entreprise de déblaiement
des gravats, est condamné le 21 juin, en comparution immédiate
devant le tribunal d’Étampes, à trois ans de prison ferme.
L’Abeille d’Étampes, dont les locaux
sont inutilisables, est désormais imprimée à Paris
et ne paraît plus qu’épisodiquement, avec une pagination et
un format réduits (33).
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(33) Abeille…,
17 juin et 15 juillet 1944; Archives…, 1D50: 7 et 25 juillet 1944.
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Au premier
juillet, grâce au travail remarquable de la société Sud-Lumière
et des services publics, l’électricité est à nouveau
distribuée dans l’étendue des deux tiers de la commune, de
même que le gaz et l’eau, mais au printemps 1945, une large section
de la rue Saint-Jacques demeure toujours sans gaz, semble-t-il faute d’approvisionnement
en joints en caoutchouc.
Le 3 mars 1945, Étampes est enfin déclarée
commune sinistrée, par arrêté ministériel, ce
qui ouvre droit à des possibilités d’indemnisation, mais empêche
également toute réparation et construction nouvelle, même
d’abris provisoires, sans l’aval du ministère de la Reconstruction
(34). Par ailleurs, 504 maisons doivent être rasées, car jugées
dangereuses et non réparables. Plus que jamais, la municipalité
doit faire face au «grand problème des sinistrés qui
veulent tous revenir à Étampes où sont leurs intérêts
et travail, …et donner aux sans-abri des locaux restés libres et en
même temps des meubles» (35).
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(34) Journal d’Étampes,
17 mars 1945.
(35) Journal d’Étampes, 21 avril 1945.
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En juin
1945, la parution dans la Marseillaise, d’une annonce de mise en location
d’une chambre meublée, attire dans la journée, 200 amateurs
aux bureaux du journal!
Le 18 octobre 1945, les sinistrés de la ville
se réunissent en association, forte de 171 membres. Sont dénoncés
avec force les retards du plan d’urbanisme qui conditionne la reconstruction
et donc le relogement (36).
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(36) Journal d’Étampes,
27 octobre 1945.
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La municipalité
fait pourtant de son mieux et répond régulièrement à
ses détracteurs par voie de presse. Ainsi le 3 février 1945,
faisant suite à des critiques sur le manque de combustible et les
soucis de voirie, les élus précisent dans la Marseillaise,
que «la moitié des cantonniers sont employés à
abattre les arbres et à les transporter dans les écoles pour
le chauffage», et que «le service des Ponts et chaussées
n’ayant ni camion, ni carburant, il ne peut sabler les rues en temps de neige
et de verglas.» Notons qu’en ces temps difficiles, la petite commune
de Saint-Escobille n’hésite pas à venir en aide aux Étampois,
par le don d’une subvention de 1000F (37).
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(37) Archives…,
1D50: 9 mars 1945.
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Par
ailleurs, la réparation du réseau ferroviaire permet à
nouveau aux Étampois de gagner Paris, en deux heures et avec changement
à Brétigny, à raison de six trains par jour dans chacun
des sens, dans le meilleur des cas (38), mais de fréquentes coupures
perdurent jusqu’en janvier 1945. A cette dernière date, la France
ne dispose encore que de 7000 locomotives (contre 16000 en 1939), de 7000
voitures (contre 27000) et de 100000 wagons (contre 435000), attendu que
50 % du matériel est par ailleurs à l’usage réservé
des alliés (39).
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(38) Abeille…,
1er juillet 1944; Journal d’Étampes, 10 mars et 17 mars 1945.
(39) Journal d’Étampes, 17 mars
1945.
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IV.2
Le devoir de mémoire
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Si après
les bombardements de 1944, Étampes compte ses morts, la mémoire
reste vive. En avril 1945, madame Dallier, qui a perdu son fils unique,
sa belle-fille, et ses deux petits-enfants, dans le bombardement du 10 juin,
donne à la ville, le terrain sinistré du numéro 46
de la promenade supérieure de Guinette, pour qu’il y soit élevé
une crèche, une école ou une pouponnière pour les enfants
de la région. A l’emplacement de la tranchée où la famille
a trouvé la mort, est dressée une stèle dédiée
à toutes les victimes étampoises.
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IV.3
Dur rationnement…
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La population
étampoise vit au rythme des tickets de rationnement, non seulement
pour les denrées, mais aussi pour tous les objets de la vie quotidienne,
à l’exemple des articles de ménage en aluminium et en fer.
Une aide d’urgence est bien évidemment versée aux victimes
des bombardements. Dans les deux jours qui suivent le sinistre, le Comité
ouvrier de secours immédiat et le Secours national distribuent, malgré
la pénurie, 750 rations aux sauveteurs et aux victimes (40).
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(40) Abeille…,
17 juin 1944.
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En avril
1945, chaque personne n’a encore officiellement droit qu’à 10 gr de
cuir, au grand désespoir du Syndicat des artisans cordonniers qui
doit «constater qu’il est matériellement impossible de satisfaire
aux exigences de la clientèle… alors que le cuir se trouve avec la
plus grande facilité au marché noir!» (41).
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(41) Journal d’Étampes,
21 avril 1945.
|
De manière
à accélérer la disponibilité du lait qui, lui
aussi, s’échange au marché noir, le préfet de Seine-et-Oise,
Roger Léonard, impose le 1er août 1945, à tout détenteur
de vache laitière, de fournir chaque année, à un ramasseur
agréé ou aux consommateurs titulaires de cartes, un minimum
de 1400 litres de lait. Il est vrai que la récolte de fourrage a
été presque nulle dans le sud de la Seine-et-Oise, en raison
tout d’abord de la sécheresse et des campagnols, puis d’une humidité
trop forte, qui ont aussi gravement nui à la récolte de légumes
secs.
Pour leur part, afin de réduire la taille des
queues devant les magasins et de rendre le service plus rapide, le maire
et le président du Groupement commercial, demandent en septembre 1945,
aux commerçants de l’alimentation, d’étendre leurs horaires
d’ouverture et de préparer par avance sacs et paquets de marchandises.
Ce mois-ci, à titre d’exemple, chaque habitant a droit à une
quantité de matières grasses (beurre — souvent rance —, huile et margarine) comprise entre 300
et 600 gr, avec un supplément pour les femmes enceintes et les travailleurs
de force (42).
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(42) Journal d’Étampes,
1er et 8 septembre 1945; Marseillaise…, 25 novembre et 2 décembre
1945.
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D’autres
bons, sont distribués pour les chaussures, les textiles, le bois de
chauffage…, sans oublier les transports. Bien entendu, farines, biscuits,
pain d’épice, riz, fromage, sucre, café, chocolat et autres
confiseries, demeurent rationnés, avec pour corollaire, une forte
hausse des prix.
Le responsable de la commission de ravitaillement
de la Ville, Paul Renault, dénonce le comportement de certains bouchers
qui affichent le prix de la viande à 250-350 F le kg. Une simple pelote
de fil coûte désormais 80 F, et le 18 novembre 1944, un commerçant
qui avait vendu des poireaux à 12 F la botte de 1 kg (au lieu des
7 F 50 réglementaires), se voit dresser un procès verbal pour
hausse de prix illicite (43).
|
(43) Journal d’Étampes,
27 octobre et 17 novembre 1945; Marseillaise…, 18 novembre 1944.
|
A la
fin de l’année 1945, la disponibilité de matériaux
de construction est toujours fortement déficiente. Il est impossible
d’obtenir légalement du ciment, du plâtre ou de la céramique,
sans autorisation spéciale du service départemental de la Reconstruction.
Le charbon est toujours rationné, de même que la tuyauterie
et les cuisinières, les ustensiles de ménage, la vaisselle,
les matériaux nécessaires aux installations électriques,
le savon, le caoutchouc, les bicyclettes (44)…
|
(44) Journal d’Étampes,
10 novembre 1945.
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A la
veille de Noël, de bonnes nouvelles touchent cependant les fumeuses:
le préfet autorise l’attribution d’une ration de 40 gr de tabac aux
consommateurs féminins âgés de 21 ans ou plus (45).
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(45) Journal d’Étampes,
30 novembre 1945.
|
Les restrictions
ne se limitent pas aux objets et aux denrées. Jusqu’à la fin
de l’année 1944 et pendant une grande partie de l’année suivante,
l’utilisation de l’énergie électrique n’est permise que pour
les transports ferroviaires, les services publics de l’eau et du gaz, les
PTT, les hôpitaux et pharmacies, les boulangeries et boucheries, les
laiteries et minoteries, les installations de battage et les ateliers de
réparation de machines agricoles.
Dans son édition du 5 décembre 1945,
le Journal d’Étampes annonce un nouveau régime de limitation
de l’énergie électrique, décidé par le ministère
de la Production industrielle. Les patrons d’entreprises ne pourront pas
utiliser l’énergie électrique pendant plus de trois jours consécutifs
en semaine, des coupures systématiques étant prévues
les autres jours. La nuit, des délestages frappent les abonnés,
par rotation. Du fait des coupures d’électricité, qui touche
les pompes hydrauliques, la distribution d’eau potable est considérablement
diminuée les lundis, mardis et mercredis, les usagers étant
invités à se constituer une réserve d’eau (46).
|
(46) Journal d’Étampes,
15 décembre 1945; Marseillaise…, 7 octobre 1944.
|
En janvier
1946, la situation s’aggrave en matière d’électricité.
Les salons de coiffure ne pourront se servir de leurs appareils qu’avant
dix heures du matin et après 17 heures. Les cafés et restaurants
ne seront plus éclairés après 22 heures et trois jours
par semaine. L’éclairage des vitrines et enseignes est prohibé.
De plus, la carte d’alimentation pour le pain, qui avait été
supprimée en novembre, est rétablie sans limitation de durée.
Le Journal d’Étampes du 12 janvier, explique les restrictions
nouvelles «par la volonté du gouvernement de réorienter
ses achats à l’étranger, [non vers des denrées et produits
de consommation], mais vers l’outillage nécessaire à la remise
en état de l’industrie (47).»
|
(47) Journal d’Étampes,
12 janvier 1946.
|
Du fait
de la non-disponibilité de bois de boulange, la municipalité
se voit dans l’obligation d’abattre les arbres en bordure de la Louette,
entre le pont de Chauffour et le moulin à Tan, pour ravitailler les
boulangeries du canton (48).
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(48) Archives…, 1D50:
30 janvier 1945.
|
Pour
ce qui est des transports individuels, la possession d’une automobile demeure
un luxe. Aucune vente de véhicule neuf ne peut être consentie
sans que l’acheteur soit titulaire d’une licence d’achat, distribuée
dans la limite des contingents affectés au département par
le service des transports routiers. De plus, la vente de véhicules
d’occasion est elle - aussi soumise à autorisation préalable.
|
|
IV.4
L’aide aux sinistrés
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|
Dans
les mois qui suivent les bombardements de l’été 44, s’organise
la solidarité en faveur des sinistrés. Elle prend souvent
la forme de manifestations culturelles ayant pour thème l’histoire
immédiate, dont la recette leur est destinée. C’est notamment
le cas le 13 mai 1945: élèves et anciens élèves
de l’école Saint-Pierre, donnent au théâtre la représentation
d’une «grande œuvre patriotique intitulée En feuilletant l’histoire
de France, évocation de notre armée à travers les âges,
depuis Charlemagne jusqu’à ceux du maquis». En mai 1946,
toujours au théâtre, a lieu un gala au profit «des victimes
civiles éprouvées par la guerre», avec en particulier
une représentation de Fantasio, d’Alfred de Musset. Les décors
inédits sont l’œuvre de Philippe Lejeune, peintre, mais également
acteur (49).
|
(49) Journal
d’Étampes, 12 mai 1945 et 2 mars 1946.
|
L’aide
d’urgence n’est pas oubliée: au cœur de l’hiver 1946, ce sont la
Croix-Rouge américaine et l’Entraide française, qui distribuent
des vêtements chauds aux sinistrés de la ville (50) tandis
que du pain est fourni par l’U.S. Army, à ceux qui ont trouvé
refuge à l’hospice; pain confectionné à partir de farines
de maïs et de riz, et dont le goût jugé «américain
et particulier» ravit néanmoins les Étampois démunis
(51).
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(50) Journal
d’Étampes, 26 janvier 1946.
(51) Journal d’Étampes, 9 février
1946.
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IV.5
Marché noir, crimes et délits
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Avec
la pénurie des aliments et des matériaux, fleurit le marché
noir, malgré les tournées d’inspection des agents du contrôle
du ravitaillement. Le 10 mars 1945, est interpellé un individu qui
se livrait à l’abattage clandestin; plus de 400 kg de viande sont
découverts à son domicile. Déjà deux mois plus
tôt, trois personnes originaires d’Angerville avaient été
jugées par le tribunal d’Étampes, pour le même délit
et pour vente sans tickets. Plus de 20 tonnes de viande, par ailleurs démunie
de tout certificat sanitaire, avaient été saisies à
cette occasion, et le chef du réseau, condamné à trois
mois de prison et à une copieuse amende (52). En septembre 1945, c’est
un receleur de boîtes de conserve américaines, qui est surpris
par les gendarmes en gare d’Étampes, et deux bandes d’enfants
qui sont arrêtées pour cause de marché noir, de vol et
de détention d’armes (53).
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(52) Journal d’Étampes,
10 mars 1945.
(53) Journal d’Étampes, 15 septembre
1945; Marseillaise…, 1er septembre 1945.
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Le 1er
septembre 1945, le Journal d’Étampes se croit obligé
de rappeler à ses lecteurs, que le trafic d’uniformes et d’équipements
militaires américains est formellement interdit, et que les coupables
risquent non seulement la confiscation des objets, mais aussi une peine
d’emprisonnement. Le mois précédent, un ancien capitaine des
FFI, âgé de 24 ans et rayé des cadres de l’armée,
a ainsi été arrêté alors que toujours revêtu
de son uniforme, il se livrait au trafic d’essence, obtenue frauduleusement
grâce à des complices travaillant à l’aérodrome
de Mondésir (54).
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(54) Journal d’Étampes,
11 août 1945.
|
La répression
du marché noir est certes admise par la population dans la mesure
où elle vise «les gros profiteurs», mais supportée
seulement avec agacement quand elle vise la ménagère démunie.
Un incident éclate ainsi sur le marché, le 10 novembre 1945.
Le Journal d’Étampes explique que deux agents de
la police économique ont vérifié le maximum des prix
chez les marchands, l’un déguisé en marin et l’autre en «soldat
d’opérette», avec pantalon U.S., chaussures françaises
et blouson anglais. Et le journaliste d’estimer que tels les Dupond-Dupont
des aventures de Tintin, ces policiers «jettent le discrédit
sur leurs services, car lorsque la police n’ose plus dire son nom, c’est
qu’elle a honte ou qu’elle reconnaît son impuissance, et qu’elle a
vite fait d’être la risée de tous!»
Outre les questions de marché noir, la ville
d’Étampes connaît dans les mois qui suivent la Libération,
une recrudescence des crimes et des délits. Si le cambriolage de
l’orphelinat de la Sainte-Enfance, avec vol de lingerie et d’argent, en
février 1945, est à ranger à la rubrique des faits
divers regrettables, mais classiques, les autorités françaises
et américaines s’inquiètent du nombre d’affaires impliquant
des soldats de l’U.S. Army.
En avril 1945, à hauteur du théâtre,
un Étampois est pris à partie et roué de coups par des
militaires alliés ivres, et en novembre, un berger de Saint-Escobille
est détroussé par deux soldats américains alors qu’il
circulait à bicyclette sur la route de Chalo. En décembre,
on découvre dans une maison sinistrée de la promenade de Guinette,
le cadavre d’un autre soldat, victime d’un règlement de comptes
(55), et un soldat du «524th Quarter Engineering», est condamné
à six mois de travaux forcés assortis d’une forte amende,
par la cour martiale, pour avoir illégalement pénétré
au domicile d’une habitante (56).
|
(55) Marseillaise…,
10 février, 7 avril et 1er décembre 1945; Journal d’Étampes,
17 novembre 1945.
(56) Marseillaise…, 21 octobre 1944; Archives…,
1D50: 11 juillet 1945.
|
Surtout,
les cas de prostitution se multiplient. En juillet 1945, la municipalité
demande au commissaire de police, une surveillance plus efficace de ce commerce.
Un service des mœurs est créé au commissariat. De l’été
1944 à l’été 1945, plus de 700 vérifications
d’identité sont effectuées, et plus de 230 femmes sont arrêtées.
Chaque jour, les inspecteurs appréhendent entre 8 et 13 prostituées,
avec la coopération de la police militaire américaine. Compte
tenu de l’absence d’un lieu de détention adéquat, les contrevenantes,
dont de nombreuses mineures âgées de 14 à 16 ans, sont
transférées à Versailles. Le Journal d’Étampes
s’en réjouit, constatant que sans la création d’un service
spécialisé de lutte contre le proxénétisme, «Étampes
serait devenue un lieu prédestiné pour l’évolution des
femmes de mœurs légères (57)». A ce titre, les riverains
de la rue Saint-Jacques se plaignent régulièrement d’une certaine
animation nocturne (58). Dès janvier 1945, des renforts de police
américaine sont acheminés à Étampes; celle-ci
dispose désormais d’un poste permanent dans l’aile droite de l’hôtel
de ville (59).
|
(57) Journal d’Étampes,
11 août 1945.
(58) Journal d’Étampes, 22 août
1945.
(59) Journal d’Étampes, 13 janvier
1945.
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IV.6
Une cohabitation parfois difficile
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La présence
de plusieurs milliers de soldats américains dans la ville, ne se traduit
pas toujours par une cohabitation facile avec la population, même si
les Étampois sont conscients de la dette qu’ils doivent à leurs
libérateurs.
La poursuite de la guerre et le rôle joué
par Étampes en tant que ville étape entre les ports de débarquement
de Normandie d’une part, et les fronts des Ardennes et de Rhénanie
d’autre part, sont malheureusement sources de nervosité et d’accidents,
au point qu’en août 1945, suite à une lettre anonyme envoyée
au Journal d’Étampes pour dénoncer le manque de tenue
et de discipline de l’armée américaine, le rédacteur
en chef répond avec colère que certains Étampois «ont
la mémoire courte, et que cinq années d’occupation nazie auraient
pu se transformer en une occupation indéterminée, sans l’arrivée
sur notre sol de ces “indésirables” troupes américaines!! (60)»
|
(60) Journal
d’Étampes, 11 août 1945.
|
Il est
vrai qu’Étampes est située sur un itinéraire «Red
Ball», à disque rouge, absolument vital pour les convois militaires
qui traversent la ville à toute vitesse… sans toujours avoir le
temps de freiner en cas d’imprévu. Le 3 octobre 1944, par exemple,
un camion de ravitaillement qui cherche à éviter une voiture
à bras, dérape sur la chaussée et finit sa course dans
le hall d’entrée d’un immeuble sis au numéro 189 de la rue
de la République, voisin de la boulangerie Coutellier, sans faire
toutefois de victimes (61).
|
(61) Marseillaise…,
7 octobre 1944.
|
Un accident
beaucoup plus dramatique survient le 30 décembre 1945. Un habitant
de Chalo qui rentre chez lui en voiture, en compagnie de ses deux fils, et
qui a été contrôlé à un premier barrage
américain, omet de s’arrêter à un second barrage. Les
soldats ouvrent alors le feu, tuant l’un des fils, âgé de 15
ans. A la suite de ce drame, le maire Barthélémy Durand obtient
des autorités de l’U.S. Army, que dorénavant, seule la Military
Police, reconnaissable à ses casque et guêtres blancs, aura
le droit d’arrêter les véhicules civils en circulation (62).
|
(62) Marseillaise…, 6 janvier 1945.
|
V. VERS L’AVANT
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|
V.1 L’hommage
rendu aux libérateurs
|
|
A l’égard
des troupes américaines, prédomine largement un sentiment de
reconnaissance pour la libération du pays et de la ville, ainsi que
pour l’aide matérielle apportée au quotidien.
Dès août 1944, se crée ainsi
spontanément une section étampoise du Comité d’accueil
franco-allié, qui, avec le concours de la Marseillaise de Seine-et-Oise,
lance un appel «au renouvellement et à la vivification des liens
d’amitié séculaires», tout en demandant aux personnes
parlant anglais, de se faire connaître (63). Les relations entre la
municipalité et le colonel Orville W. Harris, qui commande les troupes
stationnées à Étampes, depuis le château de Brunehaut,
sont bonnes. Des invitations à des soirées d’amitié
sont régulièrement échangées entre l’état-major
et les autorités locales, ainsi en octobre 1944, pour une soirée
de danse organisée à Brunehaut, à laquelle assistent
de nombreuses Étampoises, ou encore à l’occasion du 11 novembre,
au théâtre municipal (64).
|
(63) Note égarée.
Sera reconstituée.
(64) Note égarée. Sera reconstituée.
|
Le 11
avril 1945, c’est la section locale de la SFIO, qui organise une soirée
cinéma au théâtre, avec diffusion de documentaires mis
à disposition par le service d’information des USA. Les Étampois
peuvent ainsi découvrir «une petite ville américaine où
il paraît faire si bien vivre, dans une atmosphère de tolérance
mutuelle», un second documentaire intitulé «Pipe-line»,
sur l’effort de guerre américain, et un reportage présenté
par Claude Dauphin, «sur la compréhension du danger nazi par
la population américaine, et la solidarité entre la France,
la Grande-Bretagne et les Etats-Unis» (65).
|
(65) Note égarée.
Sera reconstituée.
|
L’annonce
de la fin de la guerre à l’ouest, le 8 mai 1945, voit naître
spontanément un immense bal populaire franco-américain, sur
la place de l’hôtel de ville, qui se prolonge jusque tard dans la nuit,
tandis qu’un défilé, unissant pompiers de la ville, musique
municipale, mouvements de Résistance et armée américaine,
parcourt les différents quartiers et faubourgs. L’Hôtel de Ville
est illuminé et la tour de Guinette embrasée, tandis qu’une
messe solennelle a lieu au monument aux morts, en présence du colonel
Wing, qui a remplacé le colonel Harris comme commandant du «19th
Replacement Depot», basé à Étampes.
Le 2 juin, enfin, à l’occasion du Memorial
Day, une grande cérémonie a lieu au cimetière américain
de Villeneuve-sur-Auvers, où reposent les GIs morts pour la libération
de la région (66).
|
(66) Note égarée.
Sera reconstituée.
|
Une nouvelle
cérémonie a lieu au cimetière de Villeneuve le 22 août
1945, pour le premier anniversaire de la libération d’Étampes.
Dans un profond recueillement, Barthélémy Durand exprime son
«vœu de voir les deux peuples, la main dans la main, marcher ensemble
vers un avenir de paix, de liberté et de fraternité».
Plus tôt dans la journée, devant le monument aux morts, le
sous-préfet de Rambouillet avait exalté le rôle de la
Résistance étampoise, tandis que le bataillon de l’air de la
Base aérienne 110, rendait les honneurs.
Le 16 août 1945, pour célébrer
la fin tant attendue de la Seconde Guerre mondiale sur le théâtre
d’opérations du Pacifique, effective après la capitulation
du Japon, le colonel Wing invite les maires d’Étampes et d’Étréchy,
ainsi que les autorités militaires françaises, à une
garden-party sur les pelouses de Brunehaut, avec défilé de
soldats américains revenant du front (67).
|
(67) Note égarée.
Sera reconstituée.
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V.2 En
mémoire de la Résistance
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Aux côtés
des GIs, les membres des mouvements de Résistance bénéficient
bien entendu de la reconnaissance publique. Lors d’une grande fête
à Rambouillet, le 9 septembre 1944, Gaston Palewki, qui représente
le général de Gaulle, remet solennellement la Médaille
de la Résistance à plusieurs personnalités de la région
d’Étampes: Louis Moreau, à titre posthume, Madame Moreau, l’abbé
Grossetête, Serge Lefranc, Henri Poirier, François Quilici,
Pierre Pecquet, Eugène Morin et Gaston Beau (68).
|
(68) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Le 11
novembre 1945, a lieu une émouvante cérémonie en hommage
à Louis Lusson, André-Roger Mary, Eugène Lemaître
et M. Delandhuy, suspectés de résistance, arrêtés
par la Wehrmacht près d’Angerville, dans leur camionnette, et fusillés
au Rougemont (69). Selon la Marseillaise de Seine-et-Oise, qui rapporte
les propos d’un soldat autrichien fait prisonnier en août 1944, plusieurs
soldats allemands du peloton d’exécution auraient à cette occasion
refusé d’obtempérer à l’ordre de tirer (70)…
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(69) Note égarée.
Sera reconstituée.
(70) Note égarée. Sera reconstituée.
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V.3 La
renaissance de la vie sociale
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Avec
le départ des Allemands, la vie sociale renaît, entre bals,
fêtes, manifestations de quartiers et cinéma.
Les soirées organisées au théâtre
sont particulièrement courues. En mars 1945, la revue «New-York-Paris»,
fait salle comble, bien qu’étant une production strictement locale
et non pas importée d’outre-Atlantique. Les chansons «On ne
manque de rien en France», «Ça, c’est nouveau» et
«Le vin de la liberté», alternent avec les imitations
de Charlot, dues à l’accordéoniste J. Danielsen, et les évolutions
des «Flory’s girls», aux sons de l’orchestre de jazz symphonique
de Pol Roger. Les déportés et prisonniers ne sont pas oubliés:
à l’entracte, Pierre Auclert se fait commissaire priseur, le produit
de la vente leur étant destiné (71).
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(71) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Avec
le retour de la belle saison, les manifestations se succèdent: le
dimanche 24 juin, la promenade de Guinette accueille une fête de nuit
et de plein air, tandis que le collège organise sa fête de fin
d’année, dont l’apothéose est un défilé sur
le stade où garçons et filles forment une croix de Lorraine
monumentale. Le 14 juillet, après cinq ans d’interruption, les habitants
du quartier Saint-Pierre retrouvent leur fête traditionnelle, avec
le concours des gymnastes de l’Espérance Étampoise et des Enfants
de Guinette, et le 8 août, l’Aéro-Club de Beauce tient son
premier meeting depuis 1939, dont le but est «d’orienter les jeunes
vers l’armée de l’air de demain, garante d’une paix durable.»
Au même moment, le Club olympique municipal propose une fête
nautique à laquelle assiste Georges André, champion de France
de plongeon (72).
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(72) Note égarée.
Sera reconstituée.
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En septembre,
enfin, a lieu la fête paroissiale de Saint-Gilles, qui revêt
un caractère particulier puisque l’église a été
fortement sinistrée lors du bombardement de l’année précédente,
et que beaucoup de paroissiens figurent parmi les victimes. Un pèlerinage
dédié à saint Leu et à saint Gilles, protecteurs
des enfants, est néanmoins organisé.
La manifestation la plus spectaculaire, au moins
pour le nombre de spectateurs et d’officiels français et Alliés
qu’elle rassemble, est la grande réunion hippique de Saint-Phalier,
hippodrome situé entre les châteaux de Brunehaut et de Jeurre.
Le dimanche 9 septembre, six belles courses de chevaux amateurs voient s’affronter
cinquante participants, malgré un temps peu engageant. La quatrième
course, du «Prix des Américains» est bien entendu
celle dont le résultat est le plus attendu. Le produit de la journée
est destiné à la Caisse des écoles et à l’orphelinat
(73).
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(73) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Si les
cérémonies du centenaire de la mort d’Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire,
qui étaient prévues pour le mois de juillet 1944, sont annulées,
en raison des évènements dramatiques du mois précédent,
l’attribution du prix Goncourt 1945 au jeune Jean-Louis Bory, pour son ouvrage
«Mon village à l’heure allemande», ne passe pas inaperçue,
même si cet enfant de Méréville, ancien élève
du collège d’Étampes, est désormais professeur en
Alsace (74).
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(74) Note égarée.
Sera reconstituée.
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L’année
1944 voit également la création de l’Ecole municipale de Musique,
dirigée par M. Boulanger, forte de sept classes (75).
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(75) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Pour
le personnel communal, le souvenir le plus marquant de l’année est
peut-être moins culturel que social, puisque le conseil municipal
du 25 juillet 1944, adopte le règlement de la Caisse de retraites
des employés communaux, créée par la loi du 8 septembre
1943, qui permet enfin un régime de retraites identiques.
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V.4 La
vie scolaire
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Plusieurs
établissements scolaires de la ville ont été durement
touchés par les bombardements et la retraite allemande, particulièrement
l’école Saint-Martin dont deux des trois groupes ont été
entièrement détruits, de même que l’école du Centre.
La reconstruction de ce dernier établissement n’est pas jugée
prioritaire par l’Etat, dans la mesure où les élèves
ont trouvé refuge dans des constructions certes provisoires, mais
«en dur.»
Quant aux élèves de Saint-Martin, les
filles et les maternelles sont abritées dans des bâtiments privés,
mais ne remplissant pas les normes de sécurité, et les garçons
doivent se contenter de baraquements en bois dans lesquels ils auront toujours
cours en …1948 ! Promise par le ministère de la Reconstruction depuis
plusieurs années, approuvée sur plans depuis janvier 1948,
la nouvelle école Saint-Martin n’est pas encore terminée, malgré
les efforts de l’architecte Guy Barbé et de l’entrepreneur Clipet,
dans la mesure où les subventions de l’Etat n’arrivent pas; subventions
promises, mais non encore versées en 1959!
Pour ce qui est du collège, si son gros œuvre
n’a pas souffert, il n’en va pas de même du mobilier, ce qui oblige
les élèves à transporter d’une classe à l’autre
tables et bureaux, ce dont se lamente le principal, Louis Léon Butel,
qui voit là, «perte de temps, cause d’indiscipline et danger
permanent d’accidents (76).» De plus, la municipalité doit
négocier avec l’armée américaine qui aimerait réquisitionner
les locaux.
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(76) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Tandis
que des garderies de vacances ont lieu dans le parc de Bierville, gracieusement
mis à disposition par son propriétaire, Marc Sangnier, la rentrée
scolaire de septembre 1945 s’organise. L’Institution Jeanne d’Arc accueille
des élèves de la 6ème à la 3ème, mais
non des pensionnaires, faute de locaux suffisants. Les abris et sacs de
terre qui obstruaient l’entrée de l’école des filles de Saint-Pierre,
sont enfin retirés, et le principal du collège est fier d’annoncer
que son établissement sera un des premiers de France à bénéficier
de la «nouvelle 6ème» dont les élèves pourront
par un judicieux système d’options, étudier à la fois
le français, les mathématiques, l’histoire, la géographie,
les sciences d’observation, une langue vivante, le latin, et s’initier aux
travaux manuels (fer ou bois ou travaux ménagers), à la musique,
et aux arts plastiques (77).
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(77) Note égarée.
Sera reconstituée.
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V.5 La
vie sportive
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Dans
l’euphorie de la victoire et de la Libération, nombreux sont les
Étampois qui espèrent la fin des divisions qui ont tant nui
à la France en 1939, non seulement dans le domaine politique, mais
aussi, parfois, dans la vie quotidienne. C’est ainsi que des démarches
sont entreprises par des gens de bonne volonté, pour parvenir à
une union des sociétés sportives locales, notamment dans le
domaine de la gymnastique, dont certaines rivalités idéologiques
nées à la fin du XIXéme siècle, n’avaient jamais
cessé. Ces démarches conciliatoires se traduisent par un échec,
chaque association préférant conserver son autonomie et nourrissant
l’espoir de retrouver son niveau d’activités de l’avant-guerre.
La proximité de Paris favorise au demeurant
la venue d’athlètes de haut niveau, dont la présence enrichit
les manifestations locales. En janvier 1946, par exemple, l’Espérance
Étampoise s’enorgueillit d’accueillir les gymnastes Maurice Rousseau
et Maurice Weingand, champions de France 1934 et 1945. Quant au football,
sport populaire entre tous, la saison reprend au printemps 1945, avec la
belle victoire des cadets d’Étampes sur ceux de Morsang, par 5 buts
à 0 (78).
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(78) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Pour
comprendre l’enjeu que représente le sport pour l’avenir d’une France
encore traumatisée par sa rapide défaite de 1940, retenons
cette déclaration adoptée par le conseil municipal le 23 janvier
1946: «il faut encourager les sports: plus une nation est civilisée,
plus il est nécessaire de développer ses facultés par
une éducation rationnelle. En particulier à la suite des guerres
de 1914 et de 1939, l’ensemble du peuple français présente
une baisse certaine de sa vitalité… il nous faut une jeunesse virile…
il n’est pas besoin d’insister sur la valeur éducative du sport et
sur l’aide qu’il donne dans la lutte contre l’alcoolisme et les maladies
contagieuses…»
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V.6 Produits
américains, culturels et autres
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Les produits
culturels qui garnissent les paquetages des GIs, excitent bien naturellement
la convoitise des Étampois, jeunes et moins jeunes, à l’image
du chewing-gum, du whisky et d’une certaine boisson gazeuse de couleur obscure.
L’auberge de l’Ecu d’or, à Ormoy-la-Rivière, fait d’ailleurs
paraître des encarts publicitaires dans la presse locale, qui insistent
sur ses spécialités bretonnes, mais également sur
son bar américain (79). Un fait est symptomatique de la nouvelle
vague venue d’outre-Atlantique: dans la Marseillaise de Seine-et-Oise,
le traditionnel feuilleton de bas de page, qui rencontrait encore le succès
avant-guerre, est remplacé par un «comics trip», une
bande dessinée dont le héros est Donald le canard (80).
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(79) Note égarée.
Sera reconstituée.
(80) Note égarée. Sera reconstituée.
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La pénétration
américaine du marché étampois n’est pas que culturelle.
Dès avril 1945, le garage Gougenheim devient pour les départements
de Seine-et-Oise, d’Eure-et-Loir et du Loiret, agent général
pour les camions GMC et Chevrolet, et pour les tracteurs Allis Charmer (81).
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(81) Note égarée.
Sera reconstituée.
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VI. LES GRANDS PROJETS D’URBANISME
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VI.1
Pour un nouveau tissu urbain
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Les terribles
destructions subies par la ville, stimulent paradoxalement les autorités
municipales dans leurs souhaits de repenser le tissu urbain, tout en étant
consciences des débats à mener autour des questions de modernité
et de tradition, et des très fortes contraintes budgétaires
qui obligent souvent à remiser les projets dans la catégorie
des rêves.
Un grand débat sur l’urbanisme agite le conseil
municipal en décembre 1944. Tous reconnaissent que le bombardement
de juin 1944 permet de repenser le plan d’urbanisme avec, du moins en théorie,
une marge d’imagination plus grande. Ainsi envisage-t-on de dévier
les nationales qui traversent la ville, de réaliser une rivière
unique qui permettrait d’assainir le marais, de créer une ville haute
à Guinette, entre la Promenade et la route de Dourdan, ainsi qu’un
quartier sur les pentes du Petit-Saint-Mars et du Rougemont (82).
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(82) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Quelques
mois plus tard, est envisagé le transfert des services municipaux
depuis l’Hôtel de Ville, certes monument attrayant, mais terriblement
exigu, vers un nouveau bâtiment administratif à construire
sur les terrains sinistrés compris entre la rue Saint-Jacques et le
boulevard Henri IV. L’ancien édifice serait alors mis à la
disposition du musée et de la bibliothèque, qui pourraient
y étendre leurs fonds et collections. Ce projet partage les élus,
même s’il est soutenu par le directeur de l’urbanisme de Seine-et-Oise
(83).
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(83) Note égarée.
Sera reconstituée.
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De
manière plus immédiate et surtout moins coûteuse, le
programme d’électrification rurale décidé par le conseil
municipal de Pierre-Ulysse Lejeune, en 1941, est relancé en décembre
1944. Grâce à une subvention de l’Etat, qui couvre 60 % de la
dépense, d’un montant total de 210000F, la ferme de Guinette et le
faubourg Saint-Pierre, sont enfin électrifiés. Au même
moment, l’administration des ponts et chaussées est chargée
d’étudier l’établissement d’égouts à travers la
ville (84).
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(84) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Paul
Danger est l’architecte urbaniste chargé de l’établissement
du plan de reconstruction. Il imagine de décongestionner le centre
ville, d’une part en créant une déviation de la RN20, soit
par la prairie soit par le haut du quartier Saint-Pierre, et d’autre part,
en perçant deux perpendiculaires, l’une en prolongement de l’allée
de Bonneveau, jusqu’au boulevard Henri IV, l’autre en prolongeant l’avenue
de Dourdan jusqu’à la route de la Ferté-Alais. Concernant
les quartiers Notre-Dame et Saint-Basile, Paul Danger souhaite qu’ils conservent
leur aspect traditionnel, mais l’élargissement de la rue des Marionnettes
permettrait un accès direct de la gare à la place de l’Hôtel
de Ville. Cette option exigerait cependant la suppression du bâtiment
de l’ancienne sous-préfecture [actuelle Ecole de Musique]. Sont également
envisagés un marché couvert entre le carrefour du Moulin Sablon
et le boulevard Berchère, et un marché aux camelots places
Notre-Dame et de l’Ancienne comédie. On ne peut s’empêcher de
constater la pertinence de beaucoup de propositions formulées par
l’architecte, dont les principales trouveront leur concrétisation
dans les décennies suivantes.
Pour sa part, la municipalité envisage également,
et de manière prioritaire, la réfection de l’église
Saint-Gilles, dégagée des maisons qui l’entourent, à
l’exception de celle située à l’angle de la rue du Vicariat,
le «toilettage» de la rue Paul Doumer, pour créer une artère
principale entre les places Saint-Gilles et de l’Hôtel-de-Ville, la
construction d’un stade entre la Malterie et les Portereaux, le prolongement
de la rue des Cordeliers jusqu’au pont Saint-Jean, une nouvelle gare routière
au Port, le déménagement du bureau de Poste pour la rue Saint-Jacques,
une salle des fêtes au Marché-Franc, mais les élus rejettent
avec force l’idée des Ponts et Chaussées, de dévier
la RN20 en coupant la rue de la République qui serait ainsi «défigurée
et enlaidie par un remblai…» L’idée de prolonger la rue Brunard
jusqu’à la promenade du Port, est abandonnée, de même
que le projet d’élargissement de la rue des Marionnettes (85).
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(85) Note égarée.
Sera reconstituée.
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En matière
d’équipements sportifs, Étampes possède déjà
une des plus belles piscines du sud de la Seine-et-Oise. L’idée du
conseil municipal est de «créer un parc des sports près
des écoles et des lieux de travail: ainsi sera-t-il fréquenté
par les scolaires, les ouvriers et les employés. Il disposera d’une
pelouse propre à tous les jeux sportifs, de pistes de course à
pied, d’installations d’athlétisme, de terrains annexes pour basket
et Wollet (sic!), des tennis, plateaux scolaires, jardins publics, voire
une piscine couverte et un gymnase… le tout sur 7 ha» (86).
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(86) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Dès
janvier 1946, beaucoup de projets doivent être ajournés, l’Etat
prenant uniquement à sa charge, les travaux situés dans le
périmètre sinistré (87), et les finances communales
étant dans une situation délicate. Déjà en janvier
1945, le conseil municipal doit constater «des recettes déficitaires.
Il faut comprimer les dépenses, augmenter la taxe additionnelle
sur les transactions, relever les tarifs de la piscine et des bains-douches,
ainsi que la taxe sur les ordures ménagères…» (88)
|
(87) Note égarée.
Sera reconstituée.
(88) Note égarée. Sera reconstituée.
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VI.2
L’épineuse question de la sous-préfecture et du tribunal
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Les Étampois
ont très mal vécu la suppression de leur sous-préfecture
en 1926, et le rattachement de leur ville à la circonscription administrative
de Rambouillet. Amour-propre et esprit d’à-propos commandent au
conseil municipal, dès septembre 1944, d’émettre un vœu de
rétablissement de la sous-préfecture à Étampes,
«pour faire face aux suites du bombardement et à l’absence de
moyens ferroviaires directs jusqu’à Corbeil et Rambouillet.»
Il est vrai que les sinistrés, qui se livrent à de pénibles
démarches pour faire enregistrer leurs dossiers d’indemnisation,
doivent parcourir une cinquantaine de kilomètres jusqu’à la
sous-préfecture ou préfecture la plus proche (89).
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(89) Note égarée.
Sera reconstituée.
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De plus,
une nouvelle menace de délocalisation d’un service important de l’Etat,
pèse sur la ville. A la Libération, le Garde des sceaux Teitgen,
envisage une simplification de la carte administrative des tribunaux. Chaque
département n’en conserverait qu’un, à l’exception de la
Seine-et-Oise, où trois tribunaux seraient maintenus: ceux de Corbeil,
Versailles et Pontoise. Celui d’Étampes perdrait toute autonomie
et serait rattaché à Corbeil. Bien entendu, les élus
de notre ville protestent énergiquement contre le projet qui «léserait
gravement la population sans aucun profit pour la justice.» Déjà,
les détenus de la maison d’arrêt d’Étampes doivent être
transférés à Corbeil, pour les audiences. Et les élus
de s’interroger, non sans une certaine malice, sur les raisons profondes
du projet: peut-être la commodité des magistrats de Corbeil qui
se déplaçaient jusqu’alors à Étampes, pour desservir
son tribunal? (90)
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(90) Note égarée.
Sera reconstituée.
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A dire
vrai, une première expérience de suppression des tribunaux
d’arrondissement, entre 1926 et 1930, avait eu des conséquences très
regrettables: manque de proximité de la justice, engorgement des dossiers…Le
cas de figure pourrait se reproduire. Qui plus est, le tribunal d’Étampes
est loin d’être inactif: pour la seule année 1944, il a notamment
rendu 371 jugements correctionnels et 111 jugements sur requête, pour
un total de 830 jugements de toute nature, tant affaires civiles que commerciales
(91).
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(91) Note égarée.
Sera reconstituée.
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Clément
Wingler
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