CORPUS  ONOMASTIQUE  ÉTAMPOIS
 
Divers auteurs
D’où vient le nom d’Étampes?
hypothèses étymologiques, XVIe-XXIe siècles
       
Estampes, hameau de Grand-Vabre (Aveyron)
 
     Nous entamons une enquête sur l’étymologie non encore élucidée du nom de la ville d’Étampes, en Essonne, autrefois Estampes. Nous regrouperons dans cette page tout ce qui à notre connaissance s’est écrit sur ce sujet, par ordre chronologique. Merci de nous faire connaître d’autres textes.
B.G., septembre 2007 (1ère édition)
     
Nota bene

     Cette page est loin d’être complète. Nous ne manquerons pas de la compléter au fur et à mesure que nous saisirons ce qu’en ont écrit les anciens auteurs, ou qu’on nous adressera des contributions sur ce sujet.
B.G., septembre 2007
1534 ou 1537
Clément Marot: De la Duché d’Estempes


Ce plaisant Val, que l’on nommoit Tempé,  
Dont mainte hystoire est encor embellye,  
Arrousé d’eaues, si doulx, si attrempé,  
Sachez, que plus il n’est en Thessallye. 
Juppiter Roy, qui les cueurs gaigne, et lye,  
L’a de Thessalle en France remué,  
Et quelcque peu son nom propre mué:  
Car pour Tempé, veult qu’Estempes s’appelle: 
Ainsi luy plaist, ainsi l’a situé,  
Pour y loger de France la plus belle.
Poème de Marot calligraphié par le peintre étampois Narcisse Berchère
   
Vers 1668
Dom Basile Fleureau
: Du Nom d’Estampes
(Antiquitez d’Estampes, 1682, pp. 1-2)

La fondation de Paris par le mythique duc troyen Ibor (miniature pour les Grandes Chroniques de France, 14e siècle, © BNF)      La premiere question dont les Historiographes, aussi-bien que les Philosophes, traitent au commencement de leurs Ouvrages, regarde l’explication des noms des choses, dont ils veulent parler, parce que l’on a toûjours estimé qu’il y avoit des mysteres cachez sous les noms propres, non seulement des hommes et des animaux; mais aussi des Citez & des Villes, ausquelles on les a imposez pour quelque sujet particulier; quoy que bien souvent on ne puisse le penetrer. Cette difficulté se rencontre en l’imposition du nom d’Estampes à la Ville qui le porte aujourd’huy, [p.2] dont on ne peut rendre une bonne raison; si ce n’est que suivant l’opinion de ceux qui disent que le territoire de Paris a esté premierement habité, & la ville fondée par quelques Troyens, qui fuyans les Grecs aprés la ruïne de leur ville, se retirerent en Gaule, en ces lieux là, qui estoient encore inhabitez: & qu’après s’y  estre establis ils commencerent à s’étendre aux lieux circonvoisins, suivant le cours des rivieres, nous disions que que quelques-uns d’eux, suivant celle de Juisne, depuis son emboucheure dans la Seine jusques vers sa source, ils rencontrerent une fort agréable prairie, arrosée de plusieurs ruisseaux, remplie de beaucoup d’arbres, & environnée de collines, au dessus desquelles s’étendent des pleines [sic] tres-fertiles, ils y fonderent une Ville, à laquelle ils imposerent le nom de Tempe, qu’il a esté facile de convertir en celuy d’Estampes, à cause de la ressemblance de ce lieu avec celuy de Thessalie appelé Tempe.

     Pour moy  je ne puis me persuader que les Troyens soient venus dans les Gaules y fonder des Villes: & j’estime que la Franciade de Ronsard n’est qu’une pure Fable poëtique. Car car encore que les forces des Troyens eussent esté aussi entieres qu’elles estoient avant la ruïne de leur Ville, ils n’auraient pû   fournir tant de colonies, peupler tant de pays, & fonder des Estats aussi grands & aussi puissans que ceux qu’on leur attribuë. C’est  pourquoy j’estime qu’on peut croire avec plus de probabilité, qu’au commencement Estampes a esté nommé Tempe, ou temph par les premiers Gaulois, qui se servoient de la Langue Grecque, au rapport de César, en ses Commentaires, au moins les plus sages, ausquels seuls il appartient de donner les noms aux choses: Et que ce nom qui signifie indifferemment toutes sortes de lieux meslez de prairies, de ruisseaux, de collines, & de bocages, a esté donné par antonomase à la ville d’Estampes à cause de son agréable situation; de mesme qu’à une partie de Thessalie; & qu’avec le temps qui change toutes choses, du nom de Tempe, l’on a, par l’addition de quelques lettres, formé celuy d’Estampes.

vers 1755
Jean-Baptiste Bullet
Mémoire sur la langue celtique
     Jean-Baptiste BULLET (abbé), Mémoires sur la langue celtique [3 tomes en 2 volumes in f° (t. II contenant la première partie du Dictionnaire celtique; t.III contenant la deuxième partie du Dictionnaire celtique)], Besançon, C.-J. Daclin, 1754-1760.
     Nous citons ici pour l’instant seulement le résumé ironique de JEANSON 1966 (cf. infra): Plusieurs langues celtiques qu’on peut rapprocher de la langue parlée en Gaule, fournissent d’autres éléments de comparaison. Et Bullet s’empare des mots «Steq» abondant, fertile, « baës» et «paës», prairies, «stam, estame», tricotage, pour en faire dériver «Stampae», d’après son contexte géographique: «Étampes sur la Juine et un ruisseau qui s’y jette; elle est environnée de grandes et de fertiles prairies où l’on nourrit une grande quantité de moutons dont la laine fait le principal commerce de la ville». Étampes eût-elle été située sur une montagne, Bullet aurait découvert quelque étymologie celtique appropriée. D’ailleurs la fertilité des prairies et les moutons qu’elles nourrissent peuvent laisser rêveur.
1836
Maxime de Montrond:
Antiquité d’Étampes. Conjectures sur son origine et sa fondation
(Essais historiques sur la ville d’Étampes, tome 1, pp. 1-6)

      Sur la route de Paris à Orléans, l’entrée des fertiles plaines de la Beauce, l’œil du voyageur découvre une vallée arrosée par plusieurs ruisseaux, semée de nombreuses prairies, féconde et d’un agréable aspect. Les rives des eaux qui la parcourent ne sont point silencieuses l’oreille y entend sans cesse le bruit monotone et cadencé de nombreux moulins; et ce bruit, se mariant au léger murmure de l’onde, répand tin air de vie et de gaîté sur les gracieux paysages étalés le tong de ces bords. Cette enceinte se rétrécit par degré du côté d’Orléans, et se partage ensuite en deux autres vallons moins étendus l’un d’eux, arrosé par la Juine, se prolonge vers le midi; tandis que l’autre, allant vers l’Occident, est baigné à son tour par les deux petites rivières dites Louette et Chalouette. Quelques collines entourent ces vallons; et au [p.2] dessus, s’étendent les immenses plaines de la Beauce, où l’oeil , fatigué de la vue d’un terrain toujours plat, uni cherche en vain pour se récréer, quelques traces de bois et de tertres verdoyans.

     C’est au sein de cette vallée fraîche et gracieuse, qu’apparaît la ville d’Étampes; formée d’un long amas de maisons, elle ne présente d’abord du côté d’Orléans, qu’une rue étroite, mais sou enceinte s’élargit ensuite, se développe et suit pour ainsi dire les formes du vallon. La partie de la ville, qu’on nomme aujourd’hui le faubourg Saint Martin, était désignée autrefois par le nom d’Estampes-les-Vieilles. Comme la plus ancienne, c’est elle qui va fixer d’abord notre attention. Essayons de donner quelques détails sur son origine et sa fondation, en nous aidant des lumières que la tradition ou les récits de l’histoire ont tint jaillir du sein des ténèbres profondes, qui environnent sou vent le berceau des cités.

     Étampes, autrefois Estampes, en latin Stampæ, n’est point du nombre de ces villes qui font remonter leur fondation à une époque peu éloignée des premiers âges du monde, et tirent une vaine gloire de l’antiquité de leur origine. Son nom ou celui de son territoire, Stampæ, Pagus Stampensis, ne commence à paraître que dans les Annales de Grégoire de Tours et de Frédégaire, aux temps de nos premiers rois Mérovingiens. Mais plus d’un historiographe, cherchant à percer le mystère qui voilait aux yeux l’origine de cette ville, s’est efforcé de l’expliquer, à l’aide de suppositions gratuites plus ou moins ingénieuses. L’une de ces explications, s’il est vrai qu’elle soit dénuée de preuves suffisantes, est du moins flatteuse [p.3] pour cette contrée; et ses habitans ont dû l’accueillir avec empressement et reconnaissance.


     Suivant donc cette interprétation, le nom d’Étampes aurait été formé par l’addition de quelques lettres du mot grec temph (tempe). De vieux historiens ont rapporté qu’une bande de Troyens, fuyant leur patrie incendiée, se retira dans la Gaule, sur les rives de la Seine, et y fonda l’ancienne Lutèce, qui fut ensuite nommée Paris, du nom de Paris, fils du roi Priam (1). Adoptant cette légende quelques uns ont pensé que plusieurs de ces Troyens se répandirent dans les lieux circonvoisins, et que remontant le cours de la Juine ils s’étaient arrêtés au sein d’une gracieuse vallée, à l’entrée des plaines de la Beauce. Charmés de sa fraîcheur et de son aspect agréable, ils y auraient fondé une ville à laquelle ils auraient donné le nom de Tempe. Étampes devrait ainsi son poétique nom à la ressemblance de sa vallée avec celle de Tempé en Thessalie, que maint favori des Muses s’est plus à célébrer.
     (1) Chroniques de Saint-Denis.
     Sans adopter cette singulière supposition il est permis de croire que le mot grec Tempé n’en est pas moins la véritable source de celui d’Étampes. Ce nom aurait pu être choisi par des Gaulois, dont les plus instruits se servaient souvent, dit-on, de la langue grecque. il aurait été donné, à cause de son heureuse position, à la ville construite sur les bords de la Juine, comme à la belle vallée de Thessalie, dont ces lieux rappellent le souvenir (2). [p.4]
     (2) Le mot temph, gén. ewn (ta), signifie vallons, riches vallées, défilés entre des montagnes. Voir la note (I) à la fin du volume.
     Quelques personnes ont cru découvrir dans Étampes l’ancien Agendicum des Romains, célèbre par des combats et des siéges soutenus contre César. Il serait inutile de nous arrêter sur cette opinion, qui n’est appuyée sur aucune preuve digne d’un sérieux examen. Enfin quelques auteurs ont vu le premier nom d’Étampes dans celui de Salioclita. Leur erreur avait son fondement dans quelques distances indiquées par I’Itinéraire d’Antonin, et dont ils ne pouvaient trouver l’accord sans recourir à cette explication. Salioclita est en effet mentionné dans l’Itinéraire de cet empereur; et sa place est marquée à une distance égale de Lutetia Parisiorum (Paris), et de Genabum (Orléans). La haute antiquité d’Étampes serait donc manifeste, si Salioclita avait été dans l’origine son véritable nom. Mais cette ville doit céder à un bourg voisin l’honneur de voir figurer son nom parmi ceux que cite l’histoire dès le deuxième siècle de notre ère. C’est au village de Saclas, situé à deux lieues plus haut en remontant vers la source de la Juine, qu’appartient cette antique appellation. On ne saurait en douter, si l’on compare ce mot Saclas avec celui de Salioclita, ou Sarclita, dont il est fait mention également dans un diplôme de Dagobert Ier. Des restes d’une voie romaine dite le Vieux chemin, ou l’on retrouve des débris de bornes milliaires, subsistent encore près de cette bourgade précisément dans sa direction vers Orléans. Et l’on peut dire enfin pour dernière preuve que la distance de cette ville est plus conforme que ne le serait celle d’Étampes [p.5] elle-même aux indications fournies par l’Itinéraire d’Antonin (1).
     (1) Ex itinerario Antonini Augusti. Rec. des histor. de France, t. 1, p. 105. Cet itinéraire qui indique la route suivie par l’empereur, d’Autun à Paris, marque 4,000 pas de Genabum à Salioclita, et une distance égale de Salioclita à Lutetia. Or, il est facile de voir, à l’aide des cartes géographiques, que cette position de Salioclita, telle qu’elle est donnée par cet itinéraire, s’applique mieux au bourg de Saclas, qu’à la ville d’Étampes.
     On doit donc croire que la ville d’Etampes n’a point eu d’autre nom latin que celui de Stampæ, dont on retrouve la première trace dans les récits de nos vieux historiens. Quant à l’époque de la fondation d’Étampes-les-Vieilles, nous avons vu plus haut qu’on ne pouvait la déterminer qu’à l’aide de suppositions et de conjectures puisées aux sources de la tradition. L’histoire en effet garde ici le silence. Le voisinage d’Étampes et de Chartres, l’ancienne Carnutum, engage à rechercher si à la première de ces villes ne se rattache point, comme à la seconde, des souvenirs du druidisme, l’antique religion des Gaulois. Chacun sait que le territoire des Carnutes était le siége principal des prêtres dépositaires de ces mystérieuses croyances. Là, dans un lieu consacré, l’assemblée la plus solennelle des druides se tenait une fois l’an. C’est là qu’ils venaient siéger au milieu des peuples, rendaient des jugemens et veillaient au maintien de leurs institutions. Cependant lorsque la ville de Chartres conserve encore des traces de la présence des anciens prêtres gaulois, le territoire d’Etampes ne présente rien que puisse réveiller de pareils souvenirs.

     Mais s’il ne reste sur ce sol aucun vestige du séjour des Gaulois, nos aïeux, on y retrouve encore quelques [p.6] traces de la domination romaine. Des monnaies, marquées au coin des empereurs Gordien, Dioclétien, Constance Chlore, comme aussi quelques autres objets antiques, découverts dans des fouilles, attestent la présence dans ces lieux des fiers conquérans des Gaules (1).
     (1) Voir la note (II) sur Brunehaut, à la fin du volume.
     Une ville s’élevait-elle alors sur les bords de la Juine , ou la vallée d’Étampes n’offrait-elle à cette époque que des prairies marécageuses, semées de quelques cabanes ou d’habitations isolées? L’histoire est muette sur ce point. Toutefois, lorsqu’on voit César, dans le récit de ses marches et de ses combats, parler souvent de Genabum, Carnutum, Agendicum (2), etc., et n’oublier pour ainsi dire que la ville d’Étampes, il est permis de croire, ce nous semble, que cette ville n’existait point encore. Il serait donc téméraire de vouloir placer avant l’ère chrétienne l’époque de sa fondation.
     (2) Orléans, Chartres, Sens.

Maxime de Montrond: Note I
(ibid., pp. 187-188)

      Nous ne terminerons point cette note sans rappeler les vers ingénieux et galans que le poète Clément Marot composa en l’honneur d’Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes, sur la situation de la vallée qu’elle avait reçue eu don de la libéralité du toi François Ier. Peut-être ces vers n’ont-ils pas peu contribué à confirmer l’étymologie prétendue [p.188] du mot Étampes, indiquée dans le premier chapitre de cet ouvrage.
«— Ce plaisant val que l’on nommoit Tempé,
«(Dont mainte histoire est encore embellie).
«Arrousé d’eaux, si doux, si attrempé,
«Sachez que plus il n’est en Thessalie
«Jupiter roi qui les cœurs gaigne et lie,
«L’ha de Thessale en France remué,
«Et quelque peu son nom propre mué,
«Car pour Tempé veut qu’Estampes s’appelle.
«Ainsi lui plaît , ainsi l’a situé,
«Pour y loger de France la plus belle.»


   
1935 (ou 1938?)
Georges Courty
(Bulletin de la Commission des Antiquités et des Arts 47)

     Nous citons ici pour l’instant seulement le résumé de JEANSON 1966 (cf. infra): En 1938, Monsieur Courty, faisant table rase de toutes les solutions antérieures, a proposé une solution répondant à ses préoccupations de géologue. Il se base sur le fait qu’Etampes repose sur le calcaire de Brie dans lequel on retrouve des «Patis» ou «Pantis» et, considérant que dans des documents du XVème et XVIème siècles on utilise ces termes pour désigner des pâtures, pense qu’il faut voir là l’origine du nom d’Étampes. (Bul. Com. Ant. Arts XLVIIème Vol. 1935.)
 
1937
Auguste Vincent, Toponymie de la France, Bruxelles, 1937.

     On remarquera que Vincent n’aventure aucune hypothèse sur l’étymologie d’Étampes dans sa Toponymie de la France. Il traite seulement incidemment de l’étymologie d’Étampes-sur-Marne (Aisne), p. 320 (n°842), que nous citons ici pour mémoire. En raison de la graphie Stapula attestée pour Étampes-sur-Marne, au XIIe siècle, il donne à ce dernier toponyme la même étymologie que pour Étaples (Pas-de-Calais), et que pour Staple (Nord).

          842. v.fr. estaple (du nl
[néerlandais] stapel; d’où aussi le lat. du m.â. stapula, angl. Staple) «entrepôt où les marchands sont autorisés à s’établir, en dehors des foires régulières, pendant un temps déterminé, pour écouler leurs marchandises»; cette organisation avait pris naissance aux Pays-Bas.— Étampes Aisne [Étampes-sur-Marne] ch.-l. arr., XIIe Stapula. Étaples PC [Pas-de-Calais] ch.-l. cn, arr. Montreuil, 799 Wicus, VIIIe  Quentawic (Dict.; sur la Canche, Quantia), 854 in portu Wiscus LSW [Ferdinand LOT, Études critiques sur l’abbaye de Saint-Wandrille, Paris, 1913], 873 excepto Quentowico DRGK [Diplomata Regum Germaniae ex stirpe Karolinorum, Berolini, 1932- (=MGH)], IXe Stapulae, 1042 Staplae. Staple Nd [Nord] cn Hazebrouck 1110 Stapla Bdg [Cartulaire de l’abbaye de Bourbourg (I. de Coussemaker), Lille, 1882-1891], 1170 terram apud Stapala DA1 [Charles DUVIVIER, Actes et documents anciens intéressants la Belgique, Bruxelles, 1898].

 
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René de saint-Périer: La grande histoire d'une petite ville (1938) 1938
René de Poiloüe de Saint-Périer
La grande histoire d’une petite ville, pp. 9-10
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     A mi-chemin entre Paris et Orléans, la ville d’Étampes s’étend sur la grande route qui relie ces deux villes et qui fut la route des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, autour de trois rivières, divisées elles-mêmes en de nombreux bras, au pied du grand plateau de Beauce. Son territoire confine aux anciens pays de Chartres, d’Orléans, du Hurepoix et du Gâtinais, de longtemps riches et peuplés. Le sol en est très fertile, on y a cultivé dès une haute époque le blé dans la plaine, la vigne sur les pentes des collines et plus tard, les plantes maraîchères dans la vallée. La rivière de Juine, alors navigable, offrait ainsi une communication directe avec Paris par l’Essonne et la Seine. Ces diverses conditions particulièrement favorables à la vie sociale ont déterminé sans doute la fondation en ce lieu de la première bourgade, entraîné son développement dès ses débuts et lui valurent peut-être son nom. L’étymologie du nom d’Étampes, que portent quatre localités françaises, demeure, en effet, incertaine; mais, entre les diverses hypothèses dont elle a fait l’objet, l’une des plus satisfaisantes la rattache au bas latin stapula, dérivé du mot germanique stapel, amas, d’où entrepôt, place publique, que l’on retrouve modifié sous la forme [p.10] Stampae, dans les plus anciens textes. Lieu de réunion sur un passage fréquenté, où l’on assemble les marchandises venues par route et par eau, telle est l’origine vraisemblable de notre ville; mais nous n’avons aucune preuve de son existence, en tant que cité, avant le VIe siècle de notre ère. Aux âges préhistoriques, son emplacement n’a pas été occupé par des groupements humains. Non loin d’Étampes, nous avons bien relevé la trace de campements remontant à l’époque paléolithique, mais ces témoins sont fort peu nombreux et n’indiquent pas une occupation de quelque importance. II en est de même pour l’âge de la pierre polie, pour les âges du bronze et du fer. On connaît des stations de ces époques aux environs d’Étampes, mais leur dispersion et leur faible densité ne permettent pas de les considérer comme un ancien centre d’habitation.

1946
Albert Dauzat, La Toponymie française, 1946.

     On remarquera que Dauzat n’aventure aucune hypothèse sur l’étymologie d’Étampes dans sa Toponymie française..

1962
Guy-Marie Claise
Dictionnaire de Seine-et-Oise, étymologique, topographie et archéologique,
répertoire dactylographié, p. 144
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     Etampes, chef-lieu de canton; arrondissement de Rambouillet-Le vieux (XVIe s) français estape, estappe-étape et le vieux (XIIe-XIVe s) français estamper, estampir – demeurer sur place, marquer le pas mais aussi battre, écraser; estampie-bataille (Gransaignes d’Hauterive, 365); l’étymologie pourrait être « la Bataille» en souvenir de la bataille de l’an 604 entre Clotaire II, roi d’Austrasie et Théodoric, roi de Bourgogne et d’Orléans si Etampes n’était déjà mantionné en 587 (Voyez Etampois), ce nom signigie donc plutôt «l’Etape» du germanique stampon-broyer qui est à l’origine d’estamper ou encore «l’enceinte de Pieux», du germanique stab-bâton à l’origine du vieux (XVIe s) estape-pieux (Gransaignes d’Hauterive, 265); Etampes est situé sur l’antique voie romaine de Paris à Orléans par Saclas et doit être une fondation germanique protégée semble-t-il par la reine Brunehaut particulièrement – STAMPAS, STAPAS (Prou; monnaies mérovingiennes) – castrum quod vocatur Stampis, 1073 (Philippe Ier, p. 170) – Veteres Stampas, 1085, 1112, 1120, 1192 (Morigny, p.28, 38, 40, 157 et 159) – Stampas (apud), 1194 (St Germain des Prés, I, 57), 1197 et 1248 (Vaux-de-Cernay, I, 127 et 422) – Estampes, 1260 et 1270 (Layettes, III, 536, IV, 457) – Estampis (de), 1276 (N.D. de la Roche, p. 455) – comitis Stampensis, v. 1350 (Charles V, p. 361), 1411 et 1422 (Journal d’un bourgeois de Paris, A, p.47 et 155), 1467 (Visites de Josas, p.140)- 1518 (St Thomas d’Epernon, p. 73, 74 et 75), 1534 (Journal d’un bourgeois, B., p.434), 1553 (la Guide), 1617 (Damien de Templeux), 1645 (Inscriptions, IV, 409) – Etampes, 1711 (Delisle) – Estampes, 1757 (Cassini) et 1781 (Itinéraire). Le vrai nom de ce lieu est Estampes.
     Il y avait à Etampes deux abbayes (N.D. et St Martin), un prieuré (St Pierre), un couvent de Trinitaires, une commanderie (St Jacques de l’Epée) et un couvent de Capucins – Voyez à SAINTS-SAINTES et à Notre-Dame.

     Etampois (l’), ancien pagus dont Etampes était le chef-lieu – «le Pays d’Etampes» Stampinsis pagus, 537 (Polyptique d’Irminon, II, 153 et note 2) – Stampensis pagus, 670 (Tardif; Mon. Hist., p.15) – Stampinsis pagus, v.690 et en 703 (ibid., p.21 et 35), 862 et 872 (Charles II le Chauve, II, 65 et 309) – Stampensis pagus, 1140 (Tardif; Mon. Hist., p.245)


1966
Bernard Jeanson:
Le Nom d’Étampes

(Courrier d’Île-de-France n°1 d’avril 1966)
     Nous reprenons ici le seul article qui ait été à notre connaissance consacré à l’étymologie du nom d’Étampes, et qui a été publié en 1966 par Bernard Jeanson dans le premier numéro d’une éphémère revue d’histoire régionale. Nous suivons l’exemplaire de la collection de la Comtesse de Saint-Périer conservé aux Archives départementales de l’Essonne, où sont corrigées manuellement quelques-unes de ses très innombrables coquilles et fautes d’orthographe. Nous en corrigeons quelques autres (B.G.).
     Inaugurant ici une rubrique d’histoire locale, nous nous interrogerons d’abord sur le nom même d’Étampes, les premières mentions qui en sont connues et son origine étymologique.

     On trouve peut-être les plus anciennes inscriptions du nom d’Étampes sur deux petites pièces de monnaie d’or, de la période mérovingienne. La première porte au droit (St)ampas et un buste, au revers une croix chrismée. La seconde porte au droit Stapas et un buste, et au revers JRTEGLUS, sans doute Droctegilisus, ainsi que croix ancrée sur une globule. Ce sont elles qui sont reproduites en première page.

     C’est de 587 que date la première mention littéraire de notre ville. Grégoire de Tours, chargé de régler une difficile succession entre Childebert, roi d’Austrasie, et Gontran, roi de Bourgogne, cite le nom d’Étampes.

     Ailleurs, dans ses Annales, le précieux évêque de Tours raconte que l’évêque de Reims, Egidius, comparut devant un tribunal, en 590, accusé entre autre d’âtre à l’origine des mouvements tumultueux ayant détruit le «Pays d’Étampes».

     Les Annales d’Aimon rapportent la sanglante bataille qu’en 612, le jour de Noël, Clotaire et Théodoric se livrèrent à l’Ouest de la ville.

     Étampes figure dans le partage qui suivit la mort de Charlemagne: elle fut attribuée à Louis le Débonnaire, puis à Charles le Chauve. On retrouve son nom dans la donation que ces deux rois firent à l’abbaye de Saint Germain des Prés, notamment.

     Le chroniqueur Guillaume de Jumièges conte que Rollon pilla la ville en 911.

     Nous sommes alors à l’orée des temps modernes, et les premiers monarques capétiens donnent un grand éclat à Étampes. Autour du château fort et du palais de la reine Constance (à l’emplacement de l’actuel tribunal) se construit une nouvelle cité qui prend le nom d’Étampes-les-Neuves ou Étampes-le-Château, qui se distinguera de l’ancienne ville: Étampes-les-Vieilles. Cette ancienne ville s’étendait sans qu’aucun doute soit possible au pied du Rougement, à l’emplacement des actuels faubourgs de Saint-Martin et du Petit-Saint-Mard. Les documents citant deviennent alors trop nombreux pour qu’il soit utile et même possible de les répertorier.

     Mais quelle peut-être l’origine de ce nom Stampae?

     L’hypothèse la plus alléchante fait dériver le nom Stampae de Tempé, l’illustre vallon de Thessalie. Cette étymologie était à la mode pendant la Renaissance et a inspiré à Marot le gentil madrigal que chacun connaît, mais que nous ne résistons pas au plaisir de citer ici:
Ce plaisant val que l’on nomme Tempé
Dont mainte histoire est encore embellie
Arrousé d’eau, si doux, si attrempé,
Sachez que plus il n’est en Thessalie:
Jupiter roi qui les cœurs gaigne et lie
L’ha de Thessale en France remué,
Et quelque peu son nom propre mué;
Car pour Tempé veut qu’Étampes s’appelle,
Ainsi lui plaît, ainsi l’a situé,
Pour y loger de France la plus belle.

     Maxime de Montrond, à la suite du père Fleureau a accepté cette étymologie de fantaisie, frappé par le sens de Tempé: lieu mêlé de prairies, ruisseaux, bocages. Il ne semble pas que la connaissance du grec ait été assez développée en Gaule, même dans les classes les plus instruites, pour qu’on puisse envisager une telle étymologie. A moins qu’on veuille imaginer une colonie de marchands grecs passant par le vallon de la Juine et le baptisant du nom de leur célèbre vallée. Certains l’on fait.

     Un Tempé se retrouve dans la langue poétique latine, et, beaucoup plus tard, dans le bas-latin. Mais c’est un mot rare. Et le peu d’importance de la bourgade gallo-romaine (elle n’est même pas mentionnée dans l’itinéraire d’Antonin) ne permet pas de lui attribuer une origine latine.

     Les langues germaniques offrent «stappe, stampf», s’arrêter, s’établir. On peut en tirer Stampae, à la rigueur.

     Du germain «stapel» dérive en bas-latin «stapula» qu’on peut transformer en «Stampae». C’est la position qu’a prise le comte de Saint-Périer. Dès lors, Étampes devrait son nom à sa qualité de lieu de réunion sur un passage fréquenté où l’on assemble les marchandises réunies par route et par eau.

     Plusieurs langues celtiques qu’on peut rapprocher de la langue parlée en Gaule, fournissent d’autres éléments de comparaison. Et Bullet s’empare des mots «Steq» abondant, fertile, « baës» et «paës», prairies, «stam, estame», tricotage, pour en faire dériver «Stampae», d’après son contexte géographique: «Étampes sur la Juine et un ruisseau qui s’y jette; elle est environnée de grandes et de fertiles prairies où l’on nourrit une grande quantité de moutons dont la laine fait le principal commerce de la ville». Étampes eût-elle été située sur une montagne, Bullet aurait découvert quelque étymologie celtique appropriée. D’ailleurs la fertilité des prairies et les moutons qu’elles nourrissent peuvent laisser rêveur.

     Las des moqueries, les celtisants n’ont pas dit leur dernier mot. Ils nous proposent de faire de «stancq paës», pays de marais ou plus littéralement campagne d’étang, ce qui paraît acceptable, quant à la linguistique.

     En 1938, Monsieur Courty, faisant table rase de toutes les solutions antérieures, a proposé une solution répondant à ses préoccupations de géologue. Il se base sur le fait qu’Etampes repose sur le calcaire de Brie dans lequel on retrouve des «Patis» ou «Pantis» et, considérant que dans des documents du XVème et XVIème siècles on utilise ces termes pour désigner des pâtures, pense qu’il faut voir là l’origine du nom d’Étampes. (Bul. Com. Ant. Arts XLVIIème Vol. 1935.)

     Ce ne sont certes pas les propositions qui manquent et il semble bien difficile de prendre parti. Chacun défend sa thèse avec acharnement et nul n’ambitionne de rallier les esprits. Les plus farfelus y trouvent leur compte et les facéties des étymologistes n’ont pas fini de nous étonner.

Bernard JEANSON
????
Michel Roblin
(?, p. ?).

     Nous citons ici pour l’instant seulement le résumé de GATINEAU 2003 (cf. infra): D’autres encore (Ricolfis, Roblin) voient dans Stampae la racine pré-latine «Staps» qui signifie palissade, pâtis, pâturages ou encore marécages.

1983
Jean-Marie Ricolfis, “Étampes
(Les Noms de lieux de Paris et de l’Île de France, 2e éd., p.34, n°291)


     291. ÉTAMPES (ESSONNE)
     
«Le marécage», mot d’ancien français dérivé d’estamper, «patauger», d’origine germanique: bonne désignation d’un site tout parcouru de bras de rivières: La Juine, La Louette, La Chalouette.

     Jean-Marie RICOLFIS, Les Noms de lieux de Paris et de l’Île de France [30 cm; 138 p.], Paris, C.R.D.P. (Centre régional de documentation pédagogique de Paris), 1980.
     Jean-Marie RICOLFIS (1927-), Les Noms de lieux de Paris et de l’Île de France. Nouvelle édition revue et corrigée [30 cm; 138 p.], Paris, C.R.D.P. (Centre régional de documentation pédagogique de Paris), 1983.
1991
Ernest Nègre, “Étampes (Essonne)”
(Toponymie générale de la France, t.2, p.730, n°12329)
(On donne ici de plus “Étampes (Aisne)”, “Estampes (Gers) et Estampures (Hautes-Pyrénées)

     12329. Etampes, Essonne; Stampas 642-58 (TWB [Mauritz GYSSELING, Toponymisch Woordenboek van België, Nederland, Luxemburg, Noord-Frankrijk en West-Duitsland, Tongres, 1960]), de Stampis 1182, ecclesie Veterum Stamparum 1183 (PH2 [Recueil des actes de Philippe II Auguste, Paris, 1916-1966], 75, 92); = peut-être bas latin villas = adj. fém. pl. tiré du germ. *stampon «écraser, piétiner, renverser» (FEW [Walter von WARTBURG, Französisches Etymologisches Wörterbuch, Leipzig & Tübingen & Bâle, 1922-1987], XVII, 215a), ce qui a dû signifier «(fermes) renversées, détruites» [tome 2 (1191), p. 730].

     [On remarquera que Nègre n’envisage même pas que les autres lieux-dits Étampes puissent avoir la même étymologie.]

     25276. Etampes, Aisnes; Stapula, XIIe s., Estampes, 1421 (DR)
[Albert DAUZAT & Charles ROSTAING, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Paris, 1978]; = pl. de oïl estaple «entrepôt où les marchands étaient obligés d’apporter leurs marchandises pour les mettre en vente» (FEW, XVII, 221a); attr. De oïl estampes «marque de fabrique» (FEW, XVII, 216a) [tome 2 (1991), p. 1361].
     26431. Estampes, Gers; = pl. de occ. estampa: «étampes» (DBG
[Simin PALAY, Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes, Paris, 1961]), outil de forgeron pour creuser les trous, rectangulaires et évasés, des fers à cheval, peut-être pour désigner la forme du village [tome 3 (1998), p. 1450].
     26432. Estampures, H. Pyrénées; = pl. de gascon estampure «évasement des trous des fers à cheval» (DBG), peut-être pour désigner la forme du village [tome 3 (1998), p. 1450].
     Ernest NÈGRE (professeur honoraire à l’université libre des lettres de Nanterre), Toponymie générale de la France. Étymologie de 35.000 noms de lieux [3 volumes: t.1 (pp. 1-705): Formations préceltiques, celtiques, romanes; t.2 (pp. 707-1383): Formations non romanes; formations dialectales; t.3 (pp.1399-1872): Formations dialectales (suite) et françaises; errata et addenda aux trois volumes: index], Gevève, Droz [«Publications romanes et françaises» 193, 194, 195], 1990, 1991 & 1998.
1997
Marianne Mulon, “Étampes
(Noms de lieux d’Ile-de-France, Paris, Christine Bonneton, 1997, p. 172).

     […] Beaucoup plus ancien est le nom d’Étampes (91). Il apparaît sur des monnaies mérovingiennes: Stampas, nom qui est apparenté au germanique *stampon d’où procède l’allemand actuel stampfen «broyer, concasser, fouler» et aussi, par emprunt, l’ancien français estamper «écraser, piler». Étampes fut donc, à l’origine, un lieu aménagé pour fouler. Mais on ne sait pas si le  mot qui est devenu nom de lieu était un simple synonyme de moulin, ou si le procédé qu’il désignait faisait appel à autre chose qu’une meule.La première mention littéraire d’Étampes date de 587.
2003
Frédéric Gatineau, “Étampes
(Étampes en lieux et places, pp. 53).

     L’auteur en indiquant ses «Sources» (p. 137), que: «L’article sur le nom d’Étampes s’inspire largement de l’article de Bernard Jeanson paru dans le Courrier d’Île-de-France n°1 d’avril 1966.»
Frédéric Gatineau: Etampes en lieux et places (2003)      La première mention littéraire d’Étampes date de 587. Grégoire de Tours raconte comment Egidius, évêque de Reims comparait devant un tribunal. Il est accusé d’être à l’origine des mouvements de rebellion qui ont entraîné la destruction du pays d’Étampes (Pagus Stampensis). Les annales d’Aimon rapportent la bataille de 612, le jour de Noël, entre Clotaire et Théodoric vers Saint-Martin d’Étampes. «Stampae» est encore citée en 632 dans la chronique de Fredegond. Au cours des siècles on trouve les formes suivantes: Castellum Stampis au 11e siècle, Stampae Vetulae en 1046, Stampas en 1073, Veteres Stampas en 1085, Stampae en 1194, Estampe en 1260, Estampes en 1370, Étampes sous Orléans au 14e siècle, la mention «Étampes la Vallée» figure sur la cloche du Duc de Berry à Notre-Dame en 1401, l’orthographe Étampes semble s’imposer à partir de 1711 mais la carte de Cassini (1785) mentionne encore «Estampes».
     D’ou vient le nom originel «Stampae»? Selon les uns, il tire son origine du vieux français «Stappe», qui signifie s’arrêter, s’établir, demeurer sur place. Selon les autres, Stampae vient du mot germain «stapl» qui désigne un lieu de réunion, un marché ou encore un confluent des eaux (ce qui est bien le cas pour notre vallée). D’autres croient reconnaître le mot «stamp» qui signifie en germain «atelier» et précisément, atelier de battage de monnaies. La plus ancienne pièce portant la mention «Stampas» remonte effectivement au 7e siècle. D’autres encore (Ricolfis, Roblin) voient dans Stampae la racine pré-latine «Staps» qui signifie palissade, pâtis, pâturages ou encore marécages. Dramard déchiffre «stang paes» le pays des étangs. D’autres reconnaissent «Steq» abondant, fertile et «paes» prairie. Étampes, la prairie fertile. Courty se basant sur le fait que le site repose sur le calcaire de Brie où se trouvent des pâties, pense qu’il faut voir là l’étymologie d’Étampes.
     Basile Fleureau rapporte une autre étymologie fantaisiste. Stampae viendrait du grec «Tempe» en référence à l’illustre et agréable vallon de Thessalie. «Quelques Troyens, fuyant les Grecs après la ruine de leur ville, se retirèrent en Gaule»... et remontant les fleuves, ils ont fondé une ville qu’ils ont dénommé Tempe «car le site ressemblait à la Tempe de Thessalie». Dom Fleureau n’accorde pas foi à cette fondation légendaire, mais reconnaît que Stampae vient du grec. Il pense en effet «que les gaulois se servaient de la langue grecque, au moins les plus sages, auxquels il appartient seuls de donner un nom aux choses» et qu’ils ont donc appelé l’endroit «Tempe», à cause de son agréable situation. Cette étymologie était certainement à la mode à la Renaissance et elle a inspiré à Clément Marot le madrigal suivant à propos d’Anne de Pisseleu:
Ce plaisant val que l’on nomme Tempe
Dont mainte histoire est encore embellie,
Arrosé d’eaux, si doux, si atrempé,
Sachez que plus il n’est en Thessalie.
Jupiter Roy, qui les cœurs gaigne et lie,
Là de Thessalie en France réunie,
Et quelque peu son propre nom mué.
C’est, pour Tempé veut qu’Étampes s’appelle
ainsi lui plait, ainsi l’a situé
Pour y loger de France la plus belle
.
     Depuis Fleureau, on distingue «Étampes les Vieilles», le berceau de la ville autour du quartier Saint-Martin, et Étampes le Châtel (le centre ville actuel) plus récent. Cependant, cette tradition est aujourd’hui contestée.
     Le toponyme Étampes est assez rare. Une seule autre commune porte ce nom en France, Étampes-sur-Marne dans l’Aisne. Étampes est aussi le nom d’un hameau de la commune de Cuq-Toulza dans le Tarn. Une ferme isolée au milieu des bois de la commune de Saint-Adjutory en Charente porte également ce nom. Il existe aussi dans la commune de Corbie (Somme) un hameau dénommé Étampes et un lieu-dit «le marais d’Étampes». On trouve enfin un lieu-dit «les Étampes» à Miremont» (Puy-de-Dôme).

2004
Michel Martin
Cahier d’Étampes-Histoire 6 (2004), p. 84


     [....] En conclusion nous nous méfions toujours autant de la toponymie. C’est la raison pour laquelle nous avons évité de traiter du toponyme Étampes, car nous souhaitions éviter d’ajouter à la confusion. Bernard Gineste  aimerait découvrir un toponyme celtique: nous lui proposons stampettia, auquel nous croyons d’autant plus modérément que le sens du premier terme n’est pas assuré (10). [...]
     (10) Delamare Xavier, Dictionnaire de la langue gauloise, une approche linguistique du vieux-celtique continental, Paris, Errance, 2003, articles pettia et Stam, p. 249 et 281. N. B. D’après les auteurs le premier élément semble désigner la bouche, la gueule; le deuxième est à l’origine du français pièce, spécialement au sens de pièce de terre (B.G.).
depuis 2007
Corpus Étampois: Étampes comme toponyme”
 Contribuez à cette base de données d’où sortira peut-être la solution.

     Le but de cette base de données est de déterminer si certains des lieux qui portent aujourd’hui ce même nom d’Estampes ou Étampes dérivent d’un archétype commun, et présentent présentent des caractéristiques qui puissent en expliquer ou en suggérer la signification.

Étampes, commune (Essonne)
Étampes, autrefois hameau et aujourd’hui quartier de Corbie (Somme)
Étampes-sur-Marne, commune (Aisne).
Étampes, ferme de la commmune de Saint-Adjutory (Charente)
Estampes, hameau de la commune de Cuq-Toulza (Tarn)
Estampes, hameau de Grand-Vabre (Aveyron)
— Estampes, commune du Gers (à côté d’Estampures, commune des Hautes-Pyrénées)
Saint-Jean d’Étampes, lieu-dit de la commune de La Brède (Gironde)
— Estampe, lieu-dit de Tamniès (Dordogne)
— Etampe, lieu-dit de Saint-Chamarand (Lot)
L’Estampe, lieu-dit de Riom-ès-Montagnes (Cantal)
L’Estampe, lieu-dit de Chassaradès (Lozère)
Les Étampes, lieu-dit de la commune de Miremont (Puy-de-Dôme)
— Les Tempes, lieu-dit de Vabre-Tissac (Aveyron)

BIBLIOGRAPHIE
 
Onomastique du pays d’Étampes

     Bernard GINESTE [éd.], «Sur le nom de la ville d’Étampes (étymologies proposées du XVIe au XXIe siècle)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/coe-compilationdetymologies.html, 2007.


Source: clichés B. G., août 2007.

   
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