CORPUS HISTORIQUE ETAMPOIS
 
 Léon Marquis 
Le Quartier Saint-Gilles d’Étampes
Les rues d’Étampes et ses monuments, chapitre II (§ 2)
 
1881
   
Plan du quartier Saint-Gilles aux XVIe et XVIIe siècle selon Léon Marquis (1881)
Plan du quartier Saint-Gilles aux XVIe et XVIIe siècles, reconstitué par Léon Marquis (1881)
 
     Voici la section consacrée par Léon Marquis au Quartier Saint-Gilles. Notons qu’il y traite aussi généralement de toute la rue Saint-Jacques, y compris dans la section de cette rue qui autrefois traversait également le quartier Saint-Basile, section aujourd’hui appelée rue Louis-Moreau.
     Par ailleurs, depuis 1881, date de parution de l’ouvrage, la configuration du quartier a été profondément transformée de deux manières.
     Tout d’abord le bombardement anglais du 10 juin 1944 a largement éventré une partie de ce quartier, où a été depuis percée l’Avenue de la Libération, large artère qui le traverse de part en part perpendiculairement à la rue saint-Jacques. Il est à noter que depuis lors, sur certains plans, le quartier Saint-Gilles est amputé de tout ce qui se trouve entre cette avenue et la rue Pavée, et qu’on rattache à un secteur appelé Centre-Ville, qui comprend en fait les quartier de Saint-Basile, de Notre-Dame et une partie de Saint-Gilles.
      Ensuite, tout le contrebas du quartier a été urbanisé, avec notamment la création de la caserne des pompiers, de la résidence Emmaüs de Bonnevaux, du collège Marie-Curie et du centre commercial Carrefour, sans parler de la Base de Loisirs, au-delà de la déviation de la RN 20. De nouvelles rues partout y ont été tracées.
     C’est l’une des raisons qui donnent tout son prix à l’ouvrage récent de Frédéric Gatineau, que nous avons déjà mis en ligne, et dont nous donnerons prochainement une nouvelle édition non plus par ordre alphabétique, mais par quartier, sur le même plan que l’ouvrage de Léon Marquis.
Bernard Gineste, février 2006
 
     La saisie des textes anciens est une tâche fastidieuse et méritoire. Merci de ne pas décourager ceux qui s’y attellent en les pillant sans les citer. Merci aussi de nous signaler toute coquille que vous constateriez.
   
 
CHAPITRE II: RUES D’ÉTAMPES
§ II. QUARTIER SAINT-GILLES
 
[pp. 111-144]

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     Rue Neuve-Saint-Gilles.Rue d’Enfer.Rue Lenicolais (auj. Albert-Masse).Rue Saint-Jacques. (auj. Saint-Jacques et rue Louis-Moreau).Carrefour des Religieuses.Rue de Vendôme.Rue du Mouton. Rue de la Sonnette.Rue des Cordeliers.Rue de la Manivelle.Rue de l’Abreuvoir-des-Cordeliers.Rue de l’Abreuvoir-du-Mouton.Rue du Puits-du-Coq (auj. du Coq).Rue de la Rose.Place Saint-Gilles. Marché Franc.Rue Traversière.Rue du Vicariat.Rue Simonneau.Rue Haute-des-Groisonneries (auj. Auguste-Petit) et rue Basse-des-Groisonneries (auj. Brunard).Rue Basse-de-la-Foulerie (auj. Paul-Doumer). Rue du Prateau.Rue Plisson.Rue des Trois-Fauchets.Rue Pavée. Impasse du Pavillon.
   
Plan du quartier Saint-Gilles en 1881 selon Léon Marquis
Plan du quartier Saint-Gilles en 1881 selon Léon Marquis

    
     Rue Neuve-Saint-Gilles. — C’est la rue Saint-Martin prolongée et rectifiée en 1769, par suite des accidents de voitures qui arrivaient fréquemment rue d’Enfer. Pendant la Révolution, elle s’appelait rue de l’Égalité.

Carte postale Abeille-Cartes


     Rue d’Enfer. — Très-ancienne, car autrefois c’était une partie de la Grande-Rue d’Etampes, et au commencement de laquelle était la porte Saint-Martin. Étroite, sinueuse et raboteuse, véritable enfer pour les voitures et la cause de nombreux accidents. Elle s’appelait, au commencement du dernier siècle, la Vieille-Rue, et pendant la Révolution rue de l’Oubli.

     Rue Lenicolais. — Va de la rue Saint-Jacques au boulevard Henri IV, dans le prolongement de la rue du Vicariat. Elle s’appelait d’abord rue du Lion-d’argent. Elle a té percée en 1842 sur l’emplacement de l’ancienne auberge du Lion-d’Argent, située dans la Grande-Rue (1).

     (1) Extrait du procès-verbal du plan d’alignement.
     Dans sa séance du 18 juin 1877, le conseil municipal a décidé qu’elle prendrait le nom de Lenicolais, en souvenir de Lenicolais, qui donna une somme de 1000,000 fr. à la ville d’Étampes, par acte notarié du 27 novembre 1837.
     Pierre Lenicolais, héritier de Victoire Lenicolais, exécutait ainsi les intentions de cette dame, veuve de Julien-Louis Lenicolais de Clinchamp, et légataire de François-Antoine Clozier, juge au tribunal de la Seine, mort à Paris en 1806, et qui par son testament exprimait le désir que la veuve Lenicolais de Clinchamp [p.112] fit une disposition en faveur de la ville d’Etampes, où il était né le 19 août 1744.
     Ladite somme de 100,000 fr. était due à Pierre Lenicolais par les époux de Hercé et exigible en 1838; mais le recouvrement n’en fut terminé qu’en 1842.
     La créance, augmentée des intérêts, se montait alors à 121,373 fr.; mais à cause des frais, elle se réduisit à 116,369 fr. Une somme de 100,000 fr. fut employée à acheter une rente sur l’État de 3 pour 100, en exécution d’une délibération du conseil municipal du 9 janvier 1843. Le reste servit, avec d’autres ressources, à la construction de l’école mutuelle située dans cette rue et dans l’emplacement occupé autrefois par une partie de l’auberge du Lion-d’Argent (1).


     (1) Abeille d’Étampe du 30 juin 1877.
     Un bas-relief représentant un lion enchâssé au pied d’un mur de cette rue, au coin de la rue Saint-Jacques, est l’enseigne de cette ancienne auberge.


     Rue Saint-Jacques.C’est la grande rue d’Etampes et en même temps la route nationale n°20 de Paris à Toulouse et en Espagne.

     Les anciens manuscrits, l’appellent Grande-Rue Saint-Jacques. Son nom lui vient vraisemblablement de ce qu’elle suit le chemin de Saint-Jacques ou voie lactée.

     Les pèlerins du nord de la France étaient forcés de suivre autrefois cette rue, pour se rendre au célèbre pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, en Espagne.

     Elle passait devant le couvent de Saint-Jacques la chapelle Saint-Jacques de Bédegon, faisait suite à la rue Saint Jacques de l’ancien Paris et à la voie romaine qui mettait Lutèce en communication avec Orléans, en suivant à peu près la grande route actuelle, c’est-à-dire, passant par Arpajon, Étampes et Saclas.

     Aussi, quel mouvement, quel roulage! Que de troupeaux, de bœufs et de moutons allant à Paris! Le nombre des bestiaux de passage était si grand, qu’on était souvent obligé d’attendre longtemps [p.113] avant de traverser la rue. Des enfants faisaient métier de conduire ces bœufs quelquefois jusqu’à la capitale.

     Que d’auberges où s’arrêtaient les coches et les cochers, plus tard les diligences, les berlines du commerce, les pataches, les voitures de toutes sortes! Chaque maison était pour ainsi dire une auberge on une hôtellerie.

     En partant de la rue d’Enfer, voici celles qui étaient à gauche: le Dauphin, la Fontaine, le Duc-de-Bourgogne, les Trois-Rois, les Trois-Marchands, la Rose, le Lion-d’Or, le Cygne, l’Ours, le Lion d’Argent, l’Écu-de-France, le Grand-Cerf, le Bois-de-Vincennes, le Rossignol, la Fleur Sainte-Barbe, la Levrette, la Grâce-de Dieu, Saint-Christophe, le Petit-Paris.

     Celles de droite étaient beaucoup moins nombreuses, sans doute, parce qu’elles étaient moins bien situées que les autres, qui avaient toutes un grand jardin donnant sur les remparts.

     Il y avait à droite: le Coq, la Tête-Noire, l’Aigle-d’Or, le Chêne-Vert, les Trois-Fauchets ou Grand-Courrier, le Chapeau-Rouge et la Croix-d’Or.

     L’auberge du Dauphin, non loin de la porte Saint-Martin, au dedans de la ville, était très-importante. Elle a été supprimée il y a environ un demi-siècle; mais on voit toujours ses magnifiques caves sons des bâtiments et jusque sons le jardin. Elle existait déjà en l’année 1610, d’après le manuscrit des actes de la paroisse Saint-Gilles.

     L’auberge de la Fontaine, dont Marie Fleureau était hôtelière en 1650, d’après le même manuscrit, était encore plus renommée et plus ancienne, car il en est question dans une enquête faite les 1er, 6, 7 et 8 septembre 1315 [Lisez: 1515], relative à un procès entre gentilhommes et manants, Me Guillaume.... Procureur fiscal, et Guillaume Andran, prévôt d’Étampes. L’un des témoins a été Jehan de Poilloue, seigneur de Saclas, demeurant à Guillerval. L’enquête s’est faite en l’hôtel de l’Image Sainte-Catherine, faubourg d’Étampes, tenu par Jehan Lefèvre, puis en un logis où pend pour enseigne: La Fontaine.

     Les bâtiments qui dépendent de cet hôtel vont jusqu’au boulevard Henri IV. Ils servaient autrefois de magasins à grains, et ils sont transformés aujourd’hui en écuries. [p.114]

     Le 11 août 1498, l’auberge de La Fontaine reçut le roi de France Louis XII et les trois ambassadeurs vénitiens: Niccolo Michiel, Antonio Lorédan et Hieronimo Zorzi. C’est ce qui résulte d’une lettre écrite d’Etampes, le 14 août 1498 par l’un des familiers de l’ambassade, et qui se trouve dans la bibliothèque de Saint-Marc à Venise.
     «Les ambassadeurs vénitiens, revenant de Paris, arrivèrent à Etampes le 11 août, sur l’avis du roi, qui les reçut dans cette ville, en audience solennelle, le lendemain dimanche, à l’auberge de La Fontaine (la histaria di La Fontana). Le roi était vêtu de velours noir. Ce fut à Messer Antonio Lorédan que fut réservé l’honneur de porter la parole; le grand chancelier lui lit cette réponse: «Vous me direz qu’un si grand roi ne devrait point se tenir à l’auberge; je vous répondrai que, dans ce pays d’Étampes, les meilleures maisons sont encore les auberges.» Il y a bien dans ce lieu un château royal dans lequel loge la reine, épouse du roi défunt; néanmoins S. M. a voulu donner l’audience dans cette hôtellerie, toute tendue expressément de drap de velours alexandrin, avec des lis d’or à l’endroit où le roi se tenait, et, aussitôt le discours fini, S. M. s’est levée et a fait un accueil tout fraternel aux magnifiques ambassadeurs. Le roi a fort bonne mine, une mine souriante. Il est âgé de quarante ans et paraît fort dispos de sa personne. Aujourd’hui lundi 15 août, les ambassadeurs ont été reçus en audience secrète. On dit que demain S.M. se confessera et communiera, puis qu’elle touchera les gens atteints d’écrouelles, lesquels, dit-on, une fois touchés, se portent bien mieux, chose merveilleuse... Écrit d’Etampes, le 14 août 1498 (1).

     (1) Baschet, La diplomatie vénitienne, Paris, Plon, 1862, in-8.
     Actuellement, cette auberge est tenue par M. Lirot.

     L’hôtel du Duc-de-Bourgogne, où est aujourd’hui l’épicerie de M. Dulit, a été supprimée vers 1843, et son enseigne semble indiquer une certaine ancienneté. Il a servi ensuite de bouverie pendant quelques années.

     L’hôtel des Trois-Rois, autrefois hôtel de premier ordre, est aussi très-ancien. Hélène Juteau, veuve de Jean Pépie, décédée le 12 janvier 1693, était «maîtresse de la maison des Trois-Rois [p.115] d’Estampes,» d’après une pierre tombale de l’église Saint-Gilles.
     En 1589, pendant les guerres civiles, «les habitants d’Etampes, dit Fleureau, furent contrains de payer la rançon des sieurs de Vaugrigneuse et de Monroger, du party du roy, qui furent enlevez de l’hôtellerie des Mores par les soldats de la garnison de Dourdan (1).


     (1) Fleureau, p. 259.
Carte postale C.J.  n°83

     Il s’agit sans doute ici de l’hôtel des Trois-Rois, qui s’appelait tantôt des Trois-Rois-Maures, tantot des Trois-Maures; à la Révolution, on ne le connaissait que sous ce dernier nom. (2)


     (2) Manuscrits de l’époque.
     Le 30 mai 1666, lors de l’entrée solennelle dans la ville de Mme de Vendôme et de Mlle d’Aumale, sa fille, future reine de Portugal, le maire et les échevins allèrent au devant d’elles, dans le faubourg Évézard. Le cortège se rendit d’abord à l’église Notre-Dame, où fut chanté un Te Deum, puis à l’hôtel des Trois Rois, leur logis. Le lendemain on les reconduisit jusqu’aux Belles-Croix (3).

     (3) Registre des délibérations des maire et échevins.
     Le 25 septembre 1668, lorsque le roi Louis XIV et la reine, venant d’Arpajon et allant à Chambord, passèrent à Etampes, «on fit des décorations de tapis et armoiries aux portes Saint-Jacques, de la Couronne et Saint-Martin, à l’église Notre-Dame et à l’hôtel des Trois-Rois leur logis. A leur retour, le 19 octobre, ils couchèrent également à cet hôtel. (4)»

     (4) Id.
     C’est à l’hôtel des Trois-Rois qu’eut lieu, le 27 février 1722, la réception solennelle de l’infante Marie-Anne-Victoire d’Espagne.
     Cet hôtel, tenu aujourd’hui par M. Rabourdin, avait une ancienne batterie ne cuisine superbe qui a été vendue il y a peu d’années.
     L’opéra-comique Le Pré aux Clercs a une scène qui se passe à l’hôtel des Trois-Rois, et l’un des décors représente le jardin de cet hôtel avec la tour de Guinette dans le lointain.
     En 1810, Darblay père et fils avaient à l’hôtel des Trois-Rois des bureaux pour une diligence de douze places, dite l’Hirondelle, faisant la route d’Étampes à Paris en cinq heures (5). [p.116]


     (5) Annuaire de Seine-et-Oise de 1810.
     Au fond de la cour de l’hôtel des Trois-Rois est un grand corps de logis sur la façade duquel est un ancien cadran solaire. Dans l’intérieur on remarque un bel escalier ancien avec balustres en bois sculpté. Cet escalier conduit à des appartements somptueux où l’on voit de superbes panneaux et de grandes cheminées en marbre artistement sculptées. C’est là sans doute qu’eurent lieu les réceptions du dernier siècle; mais comme tout tombe en décrépitude, il ne restera bientôt aucune trace de ces anciens bâtiments.

Carte postale Neurdein n°43

     L’hôtel des Trois-Marchands, dans la maison de M. Chauvet, a été supprimé vers 1820. Le dernier aubergiste se nommait Marchand.

     Les hôtelleries de la Rose, du Lion-d’Or et du Cygne étaient voisines. Celle du Cygne existait dès l’an 1448, car un ancien titre de cette époque dit «qu’une rente de 100 livres à prendre sur une maison et hôtellerie située à Etampes, grande rue Saint Jacques, à l’enseigne du Cygne, étoit due par Nicolas Carré, marchand hostellier et pâtissier traiteur (1).


    (1) Archives nationales.
     «L’abbé de Saint-Benoist-sur-Loire avoit droit de mairie sur les habitans de Sainville, Méronville et Sonchamp, pour l’exercice de laquelle il avoit eu d’ancienneté une maison en la paroisse de Saint-Gilles d’Estampes, appelée la Greneterie, où pendoit pour enseigne le Cygne avec une boucle de fer ou d’airain sur le pan, pour marque de cette juridiction, dite de la boucle, laquelle s’exerçoit en plaine rue…. La boucle, dit Fleureau, reste encore attachée au pan de la maison qui touche celle du Lion-d’Or, en la paroisse Saint-Gilles, à laquelle pendoit anciennement pour enseigne le Cygne, comme je l’ay appris d’une déclaration de cette maison passée au roy le 10 juillet 1527. Le vulgaire dit par erreur que cette boucle est la marque de la franchise de Challo Saint-Mard, et qu’anciennement elle servoit d’azile (2).»

     (2) Fleureau, p. 33.
     Tout le monde n’est pas de l’avis de l’historien d’Étampes qui rapporte ces faits, et l’on doit respecter les traditions. Monteil, dans son histoire des Français, où il n’avance rien sans preuves, [p.117] dit qu’il y avait à Étampes une maison où un descendant de Chalo Saint-Mard donnait l’hospitalité à de nombreux pèlerins. Les armes de la femme de Chalo, qui sont: «un serpent entortillé cherchant à mordre sa queue (1),» ressemblent assez à une boucle, et l’hôtellerie du Cygne était sans doute l’ancienne maison des descendants du fameux pèlerin.
     (1) Montfaucon, Monuments de la monarchie.
     Charles Chevalier, propriétaire de l’hôtellerie du Cygne, eut plusieurs procès, vers l’année 1710, avec François de Cuve, propriétaire de celle de la Rose et du Lion-d’Or. On voit que « sur l’hôtellerie du Lion-d’Or donne un égout d’un appartement du Cigne… et que le fond du jardin du Cigne est plus haut que celui de la Rose, en sorte que le mur a près de six pieds d’élévation auparavant le servir au jardin du Cigne (2)…»

     (2) Coutumes des bailliage et prévosté d’Estampes, commentées par Lamy, 1720, in-8, p. 159 et 167.
     En certaines villes, afin d’inspirer la confiance des voyageurs, l’enseigne du Lion-d’Or s’écrivait ainsi: «Au lit on dort.»

     L’auberge de l’Ours, en face la rue du Vicariat, et au coin de la rue Lenicolais, a été supprimée vers l’année 1800; on l’appelait aussi la maison de l’Ours.

     L’auberge du Lion-d’Argent, fréquentée surtout par les rouliers, a été détruite vers 1834, et c’est sur une partie de son emplacement qu’on a ouvert la rue du Lion-d’Argent, aujourd’hui rue Lenicolais.

     La maison de la veuve Péan, aubergiste, venait ensuite avec son bureau de diligences pour Paris, qui faisaient concurrence à la poste aux chevaux des frères Duverger, ses voisins, qui succédèrent au commencement du siècle à la veuve Duverger, leur mère (3).


     (3) Annuaire de Seine-et-Oise. — V. aussi la note 39.
     Au XVIe siècle, nous voyons à la tête de la poste aux chevaux d’Étampes Symon-le-Long. Le 21 avril 1562, l’huissier du parlement de Paris, porteur d’un mandement pour réquisitionner des chevaux de Paris à Orléans, se vit refuser trois chevaux par ledit Symon, sous prétexte que ses papiers n’étaient pas tout à fut en règle (4). [p.118]

     (4) Mémoires de Condé.
     Ce Simon-le-Long est indiqué dans le procès-verbal de la rédaction de la coutume d’Etampes, le 20 septembre 1516: «Simon-le-Long, chevaucheur, tenant la poste pour le Roy à Estampes, Henry-le-Long, aussi chevaucheur d’écurie (1).»

     (1) Coutume d’Étampes.
     Plus tard, nous voyons comme maître de postes d’Étampes Jean Renard, décédé le 18 août 1686, d’après les pierres tumulaires de Saint-Gilles.

     L’hôtel de France, fondé par Eug. Lefèvre en 1833, sur l’emplacement de celui de l’Ecu-de-France, a été supprimé en 1874. Le même hôtelier tenait auparavant le Salon-Français, en face la rue Pavée, fondé par Lalande et tenu plus tard par la veuve Lalande, que Lefèvre épousa.

     L’hôtel du Grand-Cerf était situé au n°51 de la rue Saint-Jacques, n° 110 actuel, occupé par M. Charpentier, marchand de vins en gros. C’était un hôtel très-important, d’où partait tous les jours pour Paris, au commencement du siècle, une voiture à neuf places dont le bureau était tenu par Devaux (2). Cet hôtel a disparu en 1820, car un acte du 15 novembre de cette année contient «vente par Jérôme-Antoine Devaux à Nicolas Mainfroy, grainetier (3).» La partie gauche de l’ancien hôtel était occupée par le grainetier, et la partie droite était, pendant quelques années, une maison primaire fondée par un ancien militaire nommé Auby, qui prenait 1 et 2 fr. par mois à chaque élève, suivant son âge. L’hôtel du Grand-Cerf existait au commencement du XVIIIe siècle, car la coutume d’Etampes nous apprend «qu’Antoine Guéné, hôtelier du Grand-Cerf…» fut traduit en justice pour avoir perdu la cassette d’un voyageur qui avait été mise sur la charrette d’un voiturier. Sur l’emplacement de cet hôtel est la maison des Sœurs de Bon-Secours, qui rendent de grands services dans le pays en soignant les malades à domicile.





     (2) Annuaire de Seine-et-Oise pour 1806.

     (3) Minute de notaire.
     L’hôtel du Bois-de-Vincennes, qui existait au commencement du siècle en face la rue Plisson, était séparé de l’hôtel du Grand-Cerf par deux maisonnettes. Il fut pendant longtemps le mieux fréquenté de la ville du temps de l’hôtelier Lerebours; mais il a été [p.119] supprimé et réuni à l’hôtel du Grand-Courrier en 1865. Le propriétaire actuel du Bois-de-Vincennes est M. Chevalier-Joly, camionneur et loueur de voitures.

     L’auberge du Rossignol, tenue autrefois par Parquois, et supprimée vers 1811, était en face la rue Pavée. C’est aujourd’hui l’enseigne d’un marchand de vins.

     L’auberge de la Fleur-de-Lys était dans la maison de M. Jousset, ex-entrepreneur de couvertures.

     L’auberge de Sainte-Barbe, au coin de la rue de la Porte-Dorée, a été supprimée vers 1825. Le puits de cette auberge de rouliers bordait la rue Saint-Jacques, sous le pavé de laquelle il est actuellement. Elle était tenue en dernier lieu par la veuve Trouvé.

     L’auberge de la Levrette était en face la Sous-Préfecture actuelle, a l’un des coins de la rue de la Levrette, qui est devenue Elias-Robert.

Carte postale Levy n°43

     Au n°24, en face l’église Saint-Basile, est l’ancienne auberge de la Grâce-de-Dieu. L’enseigne de cette auberge, tenue aujourd’hui par M. Fanon, est un tableau représentant une barque battue par la tempête et montée par un homme se recommandant à la grâce de Dieu. C’était sans doute, en 1511, «l’hôtel de Gillet-le Coupt, assis devant l’église Saint-Basile, grande rue Saint-Jacques, où pend l’enseigne Saint-Sébastien (1).»


     (1) Archives départementales, fonds Valory.
     L’hôtel Saint-Christophe, il y a un siècle, était l’hôtel en vogue où descendaient les hauts fonctionnaires de passage à Étampes, ingénieurs des ponts-et-chaussées, avocats et conseillers du roi, ainsi qu’il résulte des pièces judiciaires de l’époque, où il est dit «qu’ils partoient d’Etampes, de l’auberge où pend l’image de Saint-Christophe… cy-devant choisi pour leur hôtel (2).» Les gardes du corps de Charles X, lors du passage des troupes pour l’Espagne en l825, descendirent aussi à cet endroit.

     (2) Manuscrits des moulins.

     L’hôtel Saint-Christophe était très-important et s’étendait de la rue du Château à la maison à tourelle qui est en face la rue de Cordonnerie. Aujourd’hui il est tenu par M. Dupanloup-Clichy. D’après un ancien manuscrit, un autre hôtel Saint-Christophe aurait fait partie, en 1616, du faubourg Saint-Pierre. [p.120]

     L’auberge du Petit-Paris, en face la rue du Renard, a été supprimée vers 1820. Elle était tenue en dernier lieu par Roc-Collot.

     Nous pouvons encore citer au n°160 une auberge moderne avec cette pittoresque enseigne:
C’EST ICI LA MÈRE DES COMPAGNONS
DU DEVOIR.
BLOIS LA FIDÉLITÉ,
BEAUCERON FRANCŒUR,
CLERMONT LA TRANQUILLITÉ.
1825
MARCADÉ, MARCHAND DE VINS.

     Le premier hôtel à droite de la rue Saint-Jacques était celui du Coq, qui était au coin du carrefour des Religieuses. Il est devenu la propriété de M. Baron, et quoiqu’il n’existe plus à l’état d’hôtel depuis au moins un demi-siècle, on l’appelle toujours la maison du Coq. Cet hôtel faisait partie de l’ancienne maison des Célestins, qui appartenait à la Révolution aux religieux de Marcoussis et qui fut vendue, le 21 février 1791, à François Potet, carrossier, et à divers, moyennant 15,000 fr. (1).


     (1) Archives départementales.
     L’auberge de la Tête-Noire vient ensuite; supprimée il y a une vingtaine d’années, elle était tenue, en dernier lieu, par M. Cuissard.

     L’auberge de l’Aigle-d’Or était au coin de la rue du Vicariat, où est la charcuterie Genty. Le dernier aubergiste s’appelait Pavard.

     L’auberge du Chêne-Vert venait après, en face l’ancienne poste aux chevaux. Le dernier aubergiste se nommait Boivin.

     L’auberge du Coq-Hardi était en face le Bois-de-Vincennes, au coin de la rue Plisson. Elle était tenue en dernier lieu par Chenu père et auparavant par Petitpas. On y voyait comme enseigne un coq perché sur le dos d’un lion. Sur son emplacement, on voit aujourd’hui le café de l’Europe, tenu par M. Chenu fils.

     L’hôtel du Grand-Courrier, anciennement des Trois-Fauchets, [p.121] aujourd’hui du Grand-Courrier et du Bois-de-Vincennes réunis, est au coin de la rue des Trois-Fauchets. C’est, sans contredit, le premier d’Étampes, le rendez-vous des voyageurs de distinction. Il est tenu par M. Clichy-Lesage, et le propriétaire est M. Blanchet, qui tenait autrefois cet hôtel.

Carte postale Théodule Garnon n°551

     L’auberge du Chapeau-Rouge, aujourd’hui maison de M. Maujalon, était au coin de la rue Pavée.

     L’auberge de la Croix-d’Or, au coin de la place Geoffroy-Saint-Hilaire, où l’on voit la boucherie Sergent, a été supprimée vers 1844; elle était tenue en dernier lieu par Gillotin.

     Au n°37, au coin de la rue du Flacon, est l’établissement des Sœurs de la Sainte-Enfance. Au-dessus de l’une des trois fenêtres des combles on lit la date de 1767, gravée au milieu d’un écusson très-ornementé.

     Au coin de la rue Saint-Mars est une ancienne maison à tourelle appartenant à M. le docteur Bourgeois. Cette maison remonte, dit-on, à François et peut-être à l’origine de la rue Saint Jacques.

     Plus loin, au coin de la rue ou ruelle des Marionnettes, on remarque les bâtiments de la Sous-Préfecture, qui remontent à l’année 1854.

     Au Coin de la rue du Renard, il y avait, dit-on, une auberge à l’enseigne du Renard qui aurait donné le nom à cette rue.

     Plus bas, auprès de la promenade du Port, est un ancien pensionnat de demoiselles dirigé autrefois par Mme Mellet, et aujourd’hui par Mme lsambert.

     En décembre 1870, le commandant de place prussien était installé dans cette rue, maison de M. Dufresne.

     Dans la rue Saint-Jacques, il y avait encore l’hôtel de l’Image-Saint-Jacques, paroisse Saint-Gilles (1); l’hôtel des Arquebusiers, probablement aux alentours de la porte Saint-Jacques, et qui ne doit pas être confondu avec l’hôtel de l’Arquebuse, situé au Port (2).


     (1) Manuscrit des actes de la paroisse Saint-Gilles.
     (2) Bourgeois, Quelques recherches sur le port d’Etampes.
     Le couvent de la Congrégation était primitivement, d’après Fleureau, dans une maison de la rue Saint-Jacques, près de l’église [p.122] Saint-Basile, sans doute la maison où reste M. le docteur Lallier. En 1630, l’archevêque de Sens bénit lui-même la chapelle de ce couvent.

     Durant la Révolution, la rue Saint-Jacques prit le nom de rue de l’Égalité.



     Carrefour des Religieuses. — A gauche de la rue Saint-Jacques, en face la rue d’Enfer. Son nom lui vient de l’ancien couvent des religieuses de la congrégation de Notre-Dame, établi à Étampes en 1630, du vivant de Pierre Fourier, fondateur de l’ordre. Ce couvent, primitivement rue Saint-Jacques, fut transporté quelques années après à l’endroit occupé aujourd’hui par le grenier d’abondance, dont la destination première était d’emmagasiner les farines jusqu’au chiffre de 14,000 quintaux. C’est maintenant un magasin succursale de la papeterie de M. Darblay, à Essonnes. Le grenier d’abondance est de 1823; il s’effondra vers 1825.

     Les convois de prisonniers français qui passaient à Étampes en 1870 y séjournèrent près de trois mois. Un curé des environs de Vendôme, arrêté par les Prussiens à cause d’un drapeau placé sur son clocher, reçut sa grâce étant prisonnier en cet endroit.

     La maison n°8 du carrefour des Religieuses dépendait de l’ancien couvent, et on y voit une belle cave de 11 mètres de profondeur qui contient une ancienne chapelle (1).


     (1) Minute de Me Hautefeuille, notaire.
     Le 19 septembre 1645, les religieuses de la Congrégation, malgré l’opposition des Cordeliers, obtinrent de la duchesse de Vendôme et d’Étampes la permission de renfermer la rivière dans l’étendue de leurs héritages.

Carte postale Brière

     Le couvent eut beaucoup à souffrir en 1652. Les religieuses furent renfermées dans leur quartier et dans la cour des pensionnaires; le reste de la maison fut livré au pillage. Le jardin servait de place d’armes aux soldats des princes. Voyant les dangers continuels auxquels elles étaient exposées, vingt et une religieuses et pensionnaires munies de passeports furent menées avec une [p.123] bonne escorte à Paris, chez les dames de Port-Royal. Les religieuses qui étaient restées pour empêcher la perte de la maison soutinrent de continuelles alarmes, mais les soldats n’entrèrent point dans leur quartier, où il y avait toujours deux gardes qui les préservaient des insultes (1).


     (1) Annales de la Congrégation.
     En 1695, le couvent était des plus florissants, car il était composé de cinquante-deux sœurs professes et de six converses (2). En 1740, il n’est composé que de quarante à cinquante religieuses (3).

     (2) Almanach de Sens de 1778.
     (3) Mémoires manuscrits particuliers.
     De 1752 à 1745, le désaccord régna entre le couvent et l’autorité diocésaine, à propos de la bulle Unigenitus et d’un nouveau catéchisme de l’archevêque de Sens. Durant la nuit du 1er juin 1756, huit religieuses furent enlevées et conduites par le prévôt de la maréchaussée chez les religieuses de Saint-Charles d’Orléans. Leur crime était d’avoir refusé de reconnaître pour supérieure celle que l’archevêque de Sens avait fait élire.

    En janvier 1760, pour subvenir aux besoins de l’État, la congrégation de Notre-Dame d’Étampes fait l’envoi à la Monnaie de Paris de sa vaisselle d’argent, pesant 27 mars 4 onces 2 gros.

     Le 5 septembre 1792, les religieuses, au nombre de trente, furent chassées de leur couvent, et on les recueillit dans différentes maisons de la paroisse Saint-Basile (4).


     (4) Archives nationales, manuscrits particuliers. Le nombre de quarante à cinquante est indiqué sur un mémoire manuscrit de 1740.
     Le 4 novembre 1792, il y eut un envoi à la Monnaie de Paris, par les administrateurs et procureur syndic du district d’Étampes de l’argenterie provenant de la congrégation, pesée par les citoyens Hugo et Énard, orfèvres, après en avoir séparé les corps étrangers, savoir:
     Deux calices, deux patènes, un plateau, un soleil et un ciboire, le tout en vermeil et pesant 17 mars 6 onces 1 gros;
     Une lampe avec sa chaîne, quatre burettes et plats, un bénitier, un encensoir, une navette et sa cuillère, quatre chandeliers, deux croix, un calice, un ciboire et son couvercle, trois écuelles, une tasse, un gobelet à pied, deux boites, une plaque, trois statues [p.124] représentant saint Augustin, saint Joseph et la sainte Vierge, le tout en argent et pesant 85 marcs 6 onces 7 gros.



     L’inventaire fait en 1792 nous apprend que le clocher contenait quatre cloches, trois grosses et une petite (1).
     Les religieuses persécutées, accusées de complots contre la sûreté de l’État, furent obligées de quitter leur établissement, devenu bien national en 1792, et c’est un serrurier d’Étampes nommé Delaville qui l’acheta, le 9 fructidor an IV (2).

     Grâce à des temps meilleurs, les sœurs le rachetèrent et s’y établirent en 1808. Une ordonnance royale du 1er novembre 1826 leur a donné une existence légale.

Carte postale Brière

     En 1864, elles firent reconstruire l’ancienne chapelle des Cordeliers, qui leur était devenue insuffisante, et c’est l’abbé Guillet, ancien vicaire de Notre-Dame, mort directeur du petit séminaire de Versailles, qui se chargea de la plupart des décorations. On y remarque surtout un ancien tableau du peintre Liébaur, représentant l’apothéose du bienheureux Fourier.

Carte postale Brière

     Le clocheton de la chapelle a une ancienne cloche venant de la prison, et qui aurait été donnée au couvent par le maire Romanet au commencement de ce siècle. Elle porte cette inscription en lettres gothiques: JE FU FAICTE L’AN MIL Vc LV ET FU NOMMÉE MARTHE. Son diamètre est de 45 centimètres et sa hauteur de 40.

     Derrière cette chapelle on en voit une autre très-ancienne où prêcha, dit-on, saint Bernard. A côté est une pièce munie d’une immense cheminée sur laquelle sont écrits dans un style gothique les mots: La Paix.

     A droite est l’ancien cloître des Cordeliers, ayant une quinzaine de belles colonnes en pierre à chapiteaux sculptés; à côté, le pensionnat datant de 1847 et sous lequel sont d’anciens souterrains. Enfin, dans les cours, on voit les traces d’énormes piliers venant du couvent des Cordeliers.

     (1) V. la note B. Voici cette « Note justificative» B (p. 401): «B. Inventaire fait en la Congrégation les 21, 22, 23, 20 et 27 juillet 1790. Récolement et évaluation de la maison les 3 et 4 septembre 1792. Sont comparues vingt-deux sœurs d’Étampes, deux de Meaux, quatre sœurs converses et deux novices…. Suit l’inventaire des objets se trouvant dans l’établissement: la sacristie, l’église, la bibliothèque, l’infirmerie, l’apothicairerie, le laboratoire, le réfectoire, la cuisine, les trente-quatre lits dans les trente-quatre cellules, le chapitre, le pensionnat, le dortoir, les offices, le parloir, le noviciat, les serres, la laiterie, la basse-cour, la buanderie, les jardins, le poulailler, le bûcher et les caves….  Biens immeubles, rentes, dettes passives, titres et papiers dont soixante-trois concernent la ferme de Guinette louée à Hélye….. Dans le clocher, trois cloches de différentes grandeurs et une autre petite cloche servant à une horloge en fer garnie de ses cordes et poids….. A chacune des sœurs il est demandé si elles veulent rester ou sortir de la maison; et toutes ont répondu que leur plus grand désir était d’y vivre et mourir…. Signé: Voizot, Préaux, Sibillon, maire, Crosnier, secrétaire (Archives départementales.)»

     (2) V. la note C. Voici cette «Note justificative» C (pp. 401-402): «C. La commune d’Étampes demande à être autorisée à faire l’acquisition de la maison conventuelle de la ci-devant Congrégation (12 novembre 1792).
     “Vu la délibération du conseil général de la commune; considérant l’utilité dont peut être à la commune d’Étampes les bâtiments et dépendances de la Congrégation, soit pour y construire des casernes, soit pour y transporter l’hospice….. soit enfin pour y établir une maison d’éducation, estime qu’il y a lieu d’autoriser la commune à se rendre adjudicataire de la maison de la Congrégation.» Signé: Sagot, Crosnier, secrétaire.
     Dans une autre pièce du 13 nivôse an II, on voit “le comité révolutionnaire de surveillance de la commune faire paraître devant lui les religieuses dénoncées indignement par la citoyenne Coffi, ex-religieuse, [p.402] pour de prétendus complots qui auraient existé au couvent en 1788 et 1789.”
     Il existe aux archives départementales des pièces analogues pour les autres couvents d’Étampes.»
      Rue de Vendôme. — Elle va de la place Saint-Gilles à la rue des Cordeliers. Son nom lui vient de l’hôtel de Vendôme, situé dans la rue des Cordeliers, en face de cette rue. [p.125]
    Un acte notarié du 7 décembre 1786 contient vente de l’hôtel où pend pour enseigne le duc de Vendôme, par Gudin, greffier en chef de la police royale d’Étampes, à Pierre-Louis Chevalier, moyennant seize mille livres (1).
L’ancien hôtel de Vendôme a plus que doublé de valeur depuis un siècle.

     (1) Minute de notaire.
     C’est à l’hôtel de Vendôme, en décembre 1705, que les chevaliers de l’arquebuse d’Étampes donnèrent une fête extraordinaire en l’honneur du duc de Vendôme qui était aussi duc d’Étampes, à l’occasion de la victoire qu’il venait de remporter au combat de Cassano.

     On avait préparé devant l’hôtel quatre pièces d’artifice: la première représentait le duc de Vendôme poursuivant les alliés; la deuxième, le duc mettant le feu dans les montagnes du Piémont; la troisième, le même présentant au roi des peuples enchaînés; et la quatrième, la Victoire montrant au roi les quatre saisons.

     Ces pièces étaient accompagnées des quatre inscriptions:

     Fiat Angelus persequens et coarctans eos. (Ps. XXXIV.)
     Tange montes et fulmigabunt. (Ps. CXLIV.) Quis se abscondet a calore ejus. (Ps. XVIII.)
     Non timebo millia populi circumdantis me. (Ps. III.) Omnia subjecisti sub pedibus ejus. (Ps. VIII.)
     Regnum tuum, regnum omnium sæcularum. (Ps. CXLIV.)

     Le feu était terminé par une pyramide à quatre faces où étaient représentées toutes les conquêtes du duc en Italie, avec une Renommée au-dessus.

     «Le roi de l’oiseau de la compagnie des arquebusiers, nommé Hochereau, à la tête des officiers, alluma le feu pendant que les officiers en faisoient le tour, au son du tambour, du canon et des fauconneaux qui étoient dans les tours de l’hôtel, des boîtes et de toute la mousqueterie. Cette décharge finie, on tira le feu, dont l’artifice, qui étoit nombreuse, fit tout l’effet qu’on en pouvoit attendre et remplit toute la place (Saint-Gilles) où ce feu étoit dressé. Après quoi la compagnie fit encore une décharge et entra [p.126] dans l’hôtel, où un souper magnifique étoit préparé…. et fut suivi d’un très-grand bal (1).»

     (1) Mercure Galant, décembre 1705.
     Rue du Mouton. — Parallèle à la rue de Vendôme, et à côté d’elle. Son nom lui vient d’une ancienne auberge à l’enseigne du Mouton, qui existait autrefois en face de cette rue, dans celle des Cordeliers.

     La rue du Mouton s’appelait anciennement du Pivert.

     Une petite rue fumant l’équerre et appelée rue de la Sonnette existait encore il y a une vingtaine d’année entre la rue du Mouton et la place Saint-Gilles.


     Rue des Cordeliers. — C’est dans cette rue, située au bas de la place Saint-Gilles et auprès de la rivière, qu’on voyait autrefois le couvent des Cordeliers, sur l’emplacement duquel est aujourd’hui le bel établissement des Sœurs de la Congrégation. Comme le couvent des Cordeliers, il va jusqu’à la rivière et est limité par la tour du Loup et les murs d’enceinte de la ville.

     Les Cordeliers ont été établis cette ville au commencement du XIIIe siècle, du vivant de saint François, fondateur de l’ordre.

     D’après Fleureau, la reine Blanche aurait été la fondatrice du couvent.

     Durant les guerres de religion, en 1567, les hérétiques mirent le feu à l’église et à la maison de ces religieux, et l’un d’eux, Louis de la Plaine, y fut mis à mort.

     Le couvent fut rebâti au moyen des aumônes du roi Henri III, de plusieurs princes et seigneurs, et des habitants de la ville qui obtinrent la permission de prendre le bois nécessaire dans la forêt de Dourdan.

     L’église était dédiée à saint Jean-Baptiste; on y remarquait surtout les beaux vitraux et les chaires du chœur, qui contenaient les armes des bienfaiteurs; le rétable du grand-autel, où était représentée la passion sur un bas-relief d’une délicatesse merveilleuse (2). [p.127]


     (2) Fleureau, p. 444.
     les Cordeliers étaient au nombre de neuf en 1740 (1).

     (1) Manuscrits particuliers.
     Le cimetière des Cordeliers était situé sur l’emplacement de la chapelle actuelle de la Congrégation, car quand on fit cette chapelle, en 1863, on découvrit une certaine quantité d’ossements venant d’un cimetière.

     Le couvent des Cordeliers et six arpents de pré furent vendus comme biens nationaux, le 25 mai 1791, à Ch.-François Pajot, Th.-Alexis Charpentier, président du district, et Louis-Antoine-Gabriel Hamouy, marchand, moyennant 40,400 fr. Ces biens, qui appartenaient de nouveau aux Cordeliers et à l’émigré Pajot cinq ans plus tard, furent vendus audit Charpentier moyennant 23,071 fr. (2).


     (2) Archives départementales.
     Une maison et grange situées dans cette rue, et qui appartenaient à la commanderie de Châlou à la Révolution, furent vendues comme bien national, le 19 décembre 1791, à Th.-Alexis Charpentier et Louis-Antoine-Gabriel Hamouy, coacquéreurs, moyennant 8,850 fr. (3). C’était, dit-on, l’ancienne résidence des Templiers  du Chênay.

     (3) Id.

Gravure de Bayard      S’il faut en croire un ancien poète étampois, Claude-Charles Hémard de Danjouan, les Cordeliers avaient un chien barbet d’un instinct et d’une habileté extraordinaires. Cet animal pêchait les écrevisses en si grande quantité, qu’il en fournissait à tout le couvent. A cet effet, il plongeait dans la rivière, où y avait beaucoup d’écrevisses, et il revenait à la cuisine des religieux ayant le poil tout couvert de ces animaux (4).

     (4) Le Chien pêcheur, ou le Barbet des Cordeliers d’Étampes, poèe héroï-comique en latin et en français.
     Ainsi qu’on le verra plus loin, on remarque dans l’église Saint-Gilles une pierre tumulaire venant de l’église du couvent des Cordeliers.

Carte postale Mulard n°63      Pendant la Révolution, la rue des Cordeliers devint la rue Bourzonville.

     Au coin des rues des Cordeliers et de l’Abreuvoir-des-Cordeliers, dans un terrain dépendant de l’ancien hôtel de Vendôme, on vient d’établir un moulin à vapeur important, appelé moulin Riquois. [p.128]

     L’Hôtel du Roi-d’Espagne, supprimé vers 1826, était au coin des rues des Cordeliers et de la Manivelle.

     Rue de la Manivelle. — Rue très-courte, à droite et au bout de la rue des Cordeliers, et formant, pour ainsi dire, une manivelle avec la rue Basse-de-la-Foulerie.

     Cette rue formait autrefois la limite de la franchise du marché Saint-Gilles et s’appelait Carrefour des Béguines, parce que ces femmes avaient un lieu d’assemblée dont la place était «au bout de la rue de la Foulerie, vers Saint-Gilles.... Ces femmes, sans renoncer au mariage ni s’obliger par aucun vœu, vivaient ensemble en chasteté religieuse (1).»


     Rue de l’Abreuvoir-des-Cordeliers. — Rue étroite, dans le prolongement de la rue de Vendôme, et qui, comme son nom l’indique, mène à la rivière et à l’ancien abreuvoir du couvent des Cordeliers.

     Rue de l’Abreuvoir-du-Mouton. — Elle fait suite à la rue du Mouton et mène au marché aux bestiaux, après avoir traversé la rivière sur un beau pont en pierres de taille.

 

     (1) Fleureau, p. 469.
Carte postale Mulard n°66

     Anciennement cette rue était très-étroite et s’appelait rue du Port-Saint-Gilles.


     Rue du Puits-du-Coq. — Rue étroite, allant de la place Saint-Gilles à la rue Neuve-Saint-Gilles. Son nom lui vient du puits de l’ancien hôtel du Coq, qui sert encore aujourd’hui aux habitants du quartier.


     Rue de la Rose. — Va de la rue Saint-Jacques à la place Saint-Gilles. Ainsi nommée à cause de l’hôtellerie de la Rose, dont on voit encore l’ancienne enseigne, et qui était située dans la rue Saint-Jacques, en face de cette rue.


     Place Saint-Gilles. — Va de la rue Traversière à la rue Simonneau et longe en face de Saint-Gilles, d’où elle tire son nom. [p.129]

     Cette place, très-longue et très-étroite, sert le samedi de marché au blé de un temps immémorial.

     Primitivement ce marché avait lieu le jeudi et s’appelait le Marché-Neuf. En l’année 1123, nous voyons le roi Louis-le-Gros accorder des privilèges pour dix ans aux personnes demeurant dans le Marché-Neuf d’Étampes ou Marché-du-Roi, et à celles qui viendront y demeurer (1).


     (1) Table chronologique des ordonnances, par Pardessus.
     Un arrêt de l’année 1266 déclare exempts de tous droits dans les marchés du roi, à Étampes, les chambriers de l’abbaye de Morigny, demeurant autour de l’abbaye (2).

     (2) Actes du Parlement de Paris, par Boutaric.
     Les habitants du marché Saint-Gilles étaient obligés de fournir le linge, la vaisselle et la batterie de cuisine à la cour du roi lorsqu’il était à Étampes, servitude bien ancienne et remontant à nos premiers rois. De là un dépeuplement du quartier, qui devint bientôt presque inhabité. Pour obvier à cet état de choses, le roi Louis-le-Gros accorda divers privilèges aux habitants du marché Saint-Gilles, dont voici les limites, d’après Fleureau:

     «Du côté d’en haut, depuis la porte de la Barre ou de Saint-Martin, jusques à la maison où pend pour enseigne l’Écu-de-France, une partie de cette maison y étant comprise; et du côté d’en has, tirant par devant les Cordeliers, jusques au bout de la rue dite de la Manivelle, où l’on rencontre une ruelle qui conduit à la rivière; et de cette ruelle imaginant par l’air une ligne qui aille joindre la maison de l’Écu (3).


     (3) Fleureau, p. 94.
     Par suite des guerres du XIVe siècle, les habitants du marché Saint-Gilles, réduits à la plus grande misère, Etampes ayant été pillé à plusieurs reprises, Louis d’Évreux, comte d’Étampes, supprima la servitude en juillet 1378, et les exempta de fournir la vaisselle au roi, à condition qu’ils paieraient 10 livres parisis de rente.

     En l’année 1360, lors des guerres avec l’Angleterre, la tenue du marché Saint-Gilles fut transférée devant l’église Notre-Dame; mais les guerres ayant cessé, on put tenir le marché au lieu accoutumé. [p.130]

     Un siècle plus tard, pareille chose arriva, et le marché au blé revint momentanément sur la place du Petit-Marché (1).


     (1) Fleureau, p. 97, 98.
     Il était défendu aux habitants d’aller au devant des blés et des grains qui arrivaient dans la ville, parce que ces objets payaient des droits de minage sur le marché. Cet arrêt du parlement, du 19 février 1639, «....enjoint à tous laboureurs demeurans en dedans de deux lieues près d’Étampes, qui voudront amener des grains pour vendre en ladite ville, de décharger iceux en plein marché à poche découverte et non par montre, et dont le droit de minage sera payé au receveur du domaine, à ses commis ou aux fermiers, à raison d’une mine pour muid….» Ce règlement fut fait par suite des prétentions des mesureurs, qui voulaient faire payer le droit de minage non seulement sur le marché, mais encore chez les particuliers (2).

     (2) Traité de la police, par Delamare, t.II, p. 770.
     Un acte de l’année 1662 contient «rente sur une maison, cour et jardin scize au marché de Saint-Gilles, soubz les pilliers (3)». Ces piliers, que l’on voit encore, sont donc très-anciens.

     (3) Mémoires manuscrits des actes de la paroisse Saint-Gilles.
     Le mesurage des grains qui se vendaient sur les marchés d’Étampes fut réglé par un arrêt du parlement de Paris du 8 mars 1783 (4).

     En 1793, les factions révolutionnaires élevèrent sur cette place une butte faite de terre et de tonneaux vides qu’on appelait la Montagne, sans doute à cause des Montagnards, qui étaient nombreux à Etampes. C’était l’autel de la Raison, destiné à remplacer l’église Saint-Gilles que l’on voulait convertir en halle au blé.

     Il y eut à Etampes des fêtes révolutionnaires dans lesquelles un citoyen montagnard ou sans-culotte était promené triomphalement par toute la ville dans un char et accroupi sur un tonneau, avec beaucoup de feuillage sur la tète (5).

     Les jours de décadi, on faisait sur cette place, appelée alors place de la Régénération, une sorte de mascarade dans laquelle Valentin Sadoux était porté en triomphe devant un grand tableau représentant la Force. [p.131]

     Du reste, les procès-verbaux de la Convention font mention de ces fêtes qu’on faisait à Dourdan et à Etampes en l’honneur de la régénération.

     (4) V. les notes 38 et 39. Voici ces «Notes bibiographiques» n° 38 et n°39 (p.380): «38. Arrest de la cour de parlement qui homologue l’ordonnance rendue par le lieutenant-général du bailliage d’Étampes pour la continence de la mesure et pour le mesurage des grains qui se vendent dans les marchés de la ville d’Étampes (du 8 mars 1783). — A Paris, chez Simon, 1783, in-4 de 7 p.
     39. Arrests du conseil d’Estat du roy, le premier qui casse une sentence des élus d’Étampes du 9 avril 1734 et un arrêt de la cour des aydes de Paris du 6 août 1735. Ordonne que la contrainte décernée contre Antoine Duvergé, maître de la poste de la ville d’Étampes, pour les droits de deux poinçons et demi de vin de son crû, sera exécutée... Le second déboute ledit Duvergé de son opposition... le condamne au coût du présent arrêt, liquidé à 75 livres. (Des 10 avril et 13 novembre 1736.) — A Paris, chez Pierre Prault, imp., 1736, in-4 de 15 p.»

     (5) Ceci m’a été raconté par un vieillard octogénaire.
     Le 9 octobre 1793, le conventionnel Couturier célébra révolutionnairement sur cette place, devant l’arbre de la liberté qu’il avait planté le 17 octobre, le mariage de Henri Salmon, curé de la paroisse de Champigny (près Morigny), âgé de cinquante-six ans, avec sa domestique, agée de quarante-huit ans. Couturier était assisté du citoyen Dûché, officier public à Etampes. Le mariage se fit au milieu d’une grande affluence, en présence de Charpentier; Sébillon, administrateur du département; Sureau fils, juge de paix; Baude, président du tribunal du district (1).

     En mars 1848, on prêta serment à la Constitution sur cette place, où on avait élevé une estrade auprès de l’arbre de la liberté.


     Le marché Saint-Gilles et ses abords servaient aussi de marché aux bestiaux, qui devint un marché franc le 5 mai 1860. Mais l’emplacement étant devenu insuffisant, on a établi dans la prairie en 1867, une annexe du marché aux bestiaux, lequel a lieu tous les premiers samedis du mois.


     (1) V. la note 150. Voici cette «Note bibliographique»n°150 (p.393): «150. Tablettes historiques d’Étampes et de ses environs, par B. de F.. — Étampes, imp. de A. Allien, 3, rue du Pont-Quesneaux, 1876, in-8 de IV-146 p.»
     En outre, depuis le 2 juillet 1879, il se tient, tous les mercredis sur cette place un marché pour la vente des légumes, volailles et autres denrées.

     Enfin, sur la place Saint-Gilles, a lieu pendant huit mois de l’année le marché à la criée pour le poisson de mer venant du train de marée. Pareille chose les mardis et vendredis sur la place du Petit-Marché.

     L’ancien cimetière Saint-Gilles était au bout de l’église, à côté de la rue du Vicariat, et allait, dit-on, jusqu’aux piliers qui supportent les arcades d’une très-ancienne maison de l’extrémité de la place.



     Rue Traversière. — Va de la place Saint-Gilles à la rue des Cordeliers. A cette rue se rattachent des souvenirs historiques bien intéressants. C’était elle que nos aïeux appelaient rue de la Femme-sans-Tête, ou Monte-à-Regret, ou du supplice. En effet, [p.132] c’était à la rencontre de la place Saint-Gilles avec cette rue que l’on plaçait autrefois le pilori, la guillotine et le carcan; c’est là que plus souvent on exposait les condamnés à la vue du public.

     Ce fut probablement en ce lieu que du Ruth fut appliqué à la question avec sept ou huit de ses compagnons, le lundi 11 mai 1557, pour avoir dévalisé l’église de l’abbaye de Morigny, le 6 mai précédent. Emmenés prisonniers à Étampes le lendemain du crime, «ils furent tous condamnez à la mort, dit Fleureau, et exécutez par diverses sortes de supplices. Du Ruth (seigneur du hameau de Venant) et son gendre (Étienne de la Mothe, seigneur de Ronqueux) furent décapitez, et leurs corps et leurs têtes jettez dans un bûcher et réduits en cendres, huit jours après avoir commis le crime. Le valet de du Ruth fut roué vif avec d’autres quelques jours après, et d’autres seulement pendus et étranglez (1).»


     (1) Fleureau, p. 549.
     En 1652, au même endroit, on dut voir appliquer à la question ordinaire et extraordinaire deux habitants du faubourg Saint Martin soupçonnés d’avoir dévalisé l’église dudit faubourg (2).

      (2) V. la Rapsodie.
     Un arrêt du parlement du 25 janvier 4751 «condamne Louise de Lars, Cantienne Pichard, Marie Soret à estre battues et fustigées nues de verges par l’exécuteur de la haute justice, aux carrefours et lieux accoutumez de la ville et fauxbourgs d’Estampes (3), avec écriteau devant et derrière où sont écrits ces mots: «Voleuses de grains pendant la moisson, sous prétexte de glaner.»

    Un jugement souverain du 1er avril 1746 «condamne le nommé Gilles Breton, facteur du bureau de la poste aux lettres d’Estampes, à estre attaché et mis au carcan pendant trois jours de marché consécutifs, avec écriteau portant ces mots: “Facteur de lettres, fabricateur de fausses taxes” (4)....»

     Le 22 juillet 1792, un jugement rendu à Versailles, à propos de l’assassinat du maire Simonneau, condamna à la peine de mort les nommés Gérard (Henri), âgé de quarante-cinq ans, ancien garde-chasse à Étampes, et Baudet (Gabriel), âgé de quarante ans, charretier [p.133] à Étampes, ancien carabinier. Le jugement portait que «ces deux individus seraient exécutés à Étampes, sur la place Saint-Gilles, et seraient conduits à l’échafaud vêtus d’une chemise rouge;» mais les événements de la Révolution empêchèrent l’exécution, méprisant le jugement et l’arrêt confirmatif de la Cour de cassation du 5 janvier 1793 (1).»

    Le meurtre de Simonneau dut influer sur les rigueurs de la justice, car les condamnations du tribunal criminel de Versailles, de l’année 1792 à l’an III, et concernant le district d’Étampes, sont nombreuses.

     Le 17 juillet 1792, un jugement de ce tribunal condamne Antoine Peccadeau, bourgeois, à huit ans de fers et à l’exposition pendant six heures pour avoir volé chez le sieur Pro, horloger, une montre d’argent. En marge de l’expédition de ce jugement est une note signée Périer, grellier du tribunal du district d’Étampes, constatant que «le samedi 11 août 1792, an IV de la liberté.... Antoine Peccadeau a été remis à l’heure de dix du matin ès mains de l’exécuteur des jugements criminels qui l’a conduit en la place du marché Saint-Gilles de cette ville, où il est demeuré sur un échafaud depuis ladite heure de dix du matin jusqu’à celle de quatre de relevée, aiant un écriteau au-dessus de sa tête, conformément audit jugement.»




     (3) V. la note 17. Voici cette «Note bibliographie» n°17 (p. 376): «Arrest de la cour de parlement qui condamne Louis de Lars, Cantienne Pichard, Marie Sort, d’estre batuës et fustigées nuës de verges, et flétries d’un fer chaud, avec écriteaux portant ces mots: «Voleuses de grains pendant la moisson, sous prétexte de glaner,» et au banissement [sic], avec sept autres de leurs complices (du 23 janvier 1731). — A Clermont, de l’imp. de P. Boutaudon, seul imp. du roy, in-4 de 3 p.»

     (4) V. la note 29. Voici cette «Note bibliographique» n°29 (p. 378): «29. Jugement souverain du 1er avril 1746, qui condamne le nommé Gilles Breton, facteur du bureau de la poste aux lettres d’étampes, à être attaché et mis au carcan pendant trois jours de marché consécutifs, avec écriteau portant ces mots. «Facteur de lettres, fabricateur de fausses taxes,» et à un bannissement de la généralité de Paris pendant trois ans. — A Paris, de l’Imp. royale, 1746, in-4 de 4 p.»

     (1) Mortimer-Ternaux, Hist. de la Terreur.
     Le 21 juillet 1792, Remy Aubagnan fut condamné par le même tribunal à douze ans de fer et à l’exposition pendant six heures pour les vols suivants: 1° chez Pierre Force, charretier au village de Marchais, district d’Étampes, un écu de six livres et une paire de petites boucles d’argent; 2° chez J.-B. Houry, journalier à Courances, de l’argent et des billets monnayés.
     En marge, une note signée Périer constate que le samedi 11 août 1792, le condamné a été exposé place Saint-Gilles, de dix heures du matin à quatre heures du soir.

     Un jugement du même tribunal du 29 juillet 1793 porte ce qui suit: «Vu.... la déclaration du juré de jugement portant qu’il est constant que, le 5 juin dernier, partie des galons d’or, passepoiles, draps, velour et taffetas garnissant une des voitures servant au [p.134] transport des volontaires à l’armée de la Vendée ont été volés dans le voyage d’Angerville à Étampes;
     «Que Jean-Baptiste Helvin est convaincu d’être l’auteur de ce vol;
     «Qu’il est constant que lorsqu’il a commis ce vol, Jean-Baptiste Helvin était dépositaire, par l’effet d’une confiance nécessaire (à raison de ses fonctions publiques de conducteur des charrois), des effets et voitures servant aux transports desdits volontaires;
     «Condamne J.-B. Helvin, âgé de quarante-sept ans, né à Vaucouleurs (Meuse), conducteur des charrois des armées, demeurant ordinairement à Montlhéry, à douze années de fers et à six heures d’exposition.
     Une note en marge, signée Périer, constate que «le samedi 34 août 1793, l’an II de la République, le condamné a été exposé place du Marché-Saint-Gilles, de dix heures du matin à quatre heures de relevée.»

     Un jugement du 22 nivôse an II condamne Claude Chabert, tailleur à Fontainebleau, à quatre ans de détention et à deux heures d’exposition pour vol.
     L’exposition eut lieu le 9 brumaire an III.

     Le 19 floréal an II, Chaude Benié, cultivateur à Boissy-sous-la-Montagne, district d’Étampes, est condamné à quatre ans de fers et à six heures d’exposition pour vols. Une note non signée constate que l’exposition eut lieu le 9 brumaire an III sur la place de la Révolution.

     Le 46 fructidor an III, sont condamnés à huit ans de fers et à six heures d’exposition, pour vols d’effets d’habillement, les trois Espagnols Jean De Manuel Aylagas et Isidore Garcia, soldats de marine, prisonniers de guerre, cazernés (sic) à Étampes. Une note signée Périer en marge du jugement constate que «le 29 pluviôse, IIIe année républicaine une et indivisible (sic), le jugement ci-contre aïant été lu aux trois particuliers y dénommés, amenés à cet effet en la chambre du conseil, ceux-ci ont été ensuite remis à l’exécuteur de la haute justice, qui les a conduits sur la place de la Révolution de cette commune, où ils sont restés sur un échafaud exposés au regard du peuple pendant six heures.»

     Le 20 fructidor an III, le même tribunal condamna Nicolas Robillard, [p.135] dit Louis Tondu, marchand de chevaux à Paris, né à Boutervilliers, à vingt-quatre années de fers et à six heures d’exposition «pour vols commis à force ouverte, par violence, envers les personnes, avec escalade, effraction, par plusieurs personnes, la nuit, dans une maison habitée, par des personnes porteurs d’armes meurtrières.»
     Une note constate que l’exposition a eu lieu sur la place Saint Gilles, le 11 vendémiaire, IVe année une et indivisible (sic).
     Voici les faits qui ont motivé ce jugement:
     «Dans la nuit du 10 au 11 septembre 1790, plusieurs hommes, parmi lesquels se trouvait Robillard (les autres n’ont pu être retrouvés), et paraissant être au moins six, ont pénétré dans le jardin du sieur Jean Bailly, cabaretier à Boutervilliers; ils sont ensuite montés sur la maison, ont fait un trou de quatre pieds carrés, et ne pouvant y entrer, ils ont forcé trois barreaux de fer à une fenêtre. Une fois entrés dans la maison par cette fenêtre, ils ont pris la fille Bailly qui était dans sa chambre, et l’ont transportée sur le lit où étaient couchés ses père et mère. Le fils, qui avait entendu du bruit, avait déjà quitté sa chambre et s’était glissé sous le lit de ses parents. Lesdits particuliers ont lié avec des ligatures de linges provenant de draps par eux coupés, tant Bailly et sa femme que leur fille et leur fils, en les menaçant de les tuer s’ils remuaient, leur mettant même un razoir sous le col et les menaçant de leur couper la gorge s’ils ne disaient pas ce qu’ils avaient d’argent, où il était, et qu’ils étaient tenus de parler s’ils ne voulaient pas périr. Les voleurs enlevèrent un grand nombre de vêtements, beaucoup de linge, du vin, des fromages, du beurre; etc., et 800 livres environ d’argent comptant. Un sieur Jean Renard, qui était au nombre des voleurs, avait pu être arrêté, mais il s’est évadé.»

     En 1796, on vit sans doute au même lieu l’exposition des deux brigands de la bande d’Orgères, condamnés à quatorze ans de fers comme faux monnayeurs: François Girodot, dit Beau-François, chef de la bande, et Pierre Levieux, qui tenaient place à la foire d’Étampes à la fin de septembre 1796, vendant des mouchoirs et de la quincaillerie provenant de vols, et rendant des écus faux contre de la bonne monnaie. [p.136]
     La justice d’Étampes ne soupçonna pas l’importance de la capture qu’elle venait de faire en la personne de Beau-François, car le 15 juillet 1797, vu le défaut de surveillance, il s’évada de la prison d’Etampes et reparut à la tête de sa troupe. Il fallut attendre trois années pour le repincer avec toute la bande, et il figura dans le fameux procès de la bande d’Orgères, qui se termina à Chartres le 9 thermidor an VIII, et dans lequel figurèrent quatre-vingt-deux prévenus présents et trente-trois contumaces (1).


     (1) La bande d’Orgères, par Coudray-Maunier, 1858, in-8. — Les Chauffeurs, extrait des Causes célèbres, de Fouquier. Paris, Lebrun, in-8.
     Le 21 octobre 1820, à midi un quart, ont été guillotinés sur la place Saint-Gilles: 1° Pierre-François Péchard, dit le Petit-Hervet, cordonnier, âgé de trente-six ans, domicilié à Breuillet (Seine-et-Oise); 2° Louis-Magloire Morin, dit Leblond, maquignon, âgé de trente-neuf  ans, domicilié à Étréchy; 3° Marie Morinet, dit Désiré, ancien garde-moulin, âgé de quarante ans, domicilié à Breux, canton de Dourdan, tous trois mariés (2) et condamnés à la peine capitale par la cour d’assises de Seine-et-Oise, pour avoir, à l’imitation de la bande des Chauffeurs, commis des vols à main armée eu chauffant les pieds de leurs victimes, et notamment en brûlant les pieds du curé de Guillerval, près d’Étampes, ce qui entraîna sa mort.


     (2) Extrait des registres de l’état-civil.
     Les circonstances de l’arrestation de Morinet sont assez curieuses. C’est son fils qui l’aurait dénoncé involontairement en disant, par imprudence, que son père «avait beaucoup d’or chez lui.» Ces paroles étant venues à l’oreille de la police, on fit une perquisition chez Morinet, qui amena la découverte d’un véritable tr&ea