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De la maladerie de
saint Lazare d’Estampes.
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| Dom
Fleureau traite ici de la Léproserie Saint-Lazare d’Étampes.
Notez qu’il l’appelle maladerie, conformément à
l’étymologie, et non maladrerie. Il édite
et commente dix chartes médiévales relatives à
cet établissement, tirées des archives
qui existaient encore au XVIIe siècle. Elles vont de 1120 à
1312. Pour d’autres, il se contente de les citer ou de les résumer,
en raison de leur moindre intérêt ou peut-être
dans certains cas de leur état de conservation insuffisant.
Nous donnons ci-après traduction de chacune de ces chartes, remises dans l’ordre chronologique, avec quelques notes. Deux seules de ces chartes à notre connaissance avaient déjà été traduites, l’une par Louis-Marin Vénard en 1787, l’autre par François Guizot, en 1839. Ce travail m’a occupé plusieurs jours d’affilée. Il doit y rester des coquilles. Merci de votre indulgence et des critiques ou notes que vous voudrez bien nous adresser pour améliorer cette première édition en ligne du chartrier de la léproserie d’Étampes, qui est loin d’être définitive, mais qui sera peut-être déjà utile aux non latinistes. Nous donnons aussi en Annexe 12 et Annexe 13 ce que Léon Marquis et Frédéric Gatineau ont écrit çà et là de cette Léproserie, puis une petite Bibliographie. La saisie des textes anciens est une tâche fastidieuse et méritoire. Merci de ne pas décourager ceux qui s’y attellent en les pillant sans les citer. |
SECONDE PARTIE, CHAPITRE XIX.
De la maladerie de saint Lazare d’Estampes.
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NOTES
1) La Bulle de Clément V de 1312 (Voir Annexe 11)
Le Pape Clement V....
l’an septiéme de son Pontificat.
La bulle est datée d’Avignon le septième
jour avant les ides de juillet, en la septième année
du pontificat de Clément V, qui a
été élu pape à Lyon le 5 juin 1305. Elle
a donc été expédiée le 9 juillet 1312. Nous proposons en Annexe 11 une traduction de cette Bulle.Nativité (Noël, naissance du Christ): 25 décembre. Circoncision (du Christ, “huit jours” après sa naissance): 1er janvier. Épiphanie (visite du Christ enfant par les mages, baptême du Christ par Jean-Baptiste et miracle de Cana): 6 janvier, ou, en France, 1er dimanche après le 1er janvier. Resurrection (du Christ), dite aussi Pâques: le dimanche qui suit le 14éme jour de la lune, au plus tôt le 21 mars. Ascension (du Christ au ciel, “quarante jours” après sa résurrection): le jeudi 39e jour après Pâques. Fête du Corps de Nôtre Seigneur (dite aussi Fête-Dieu): 60 jours après Pâques. Pentecôte (effusion du Saint-Esprit sur les Apôtres “cinquante jours” après la Résurrection du Christ): le dimanche 49 jours après Pâques. Nativité (naissance de la Sainte-Vierge): 8 septembre. Annonciation (annonce par l’ange Gabriel à la Sainte-Vierge de la conception virginale en elle du Christ): 25 mars. Purification (de la Sainte-Vierge au Temple de Jérusalem après son retour de couches), dite aussi Présentation (du Christ au Temple) ou Chandeleur (fête des chandelles): 2 février. Assomption de la sainte Vierge (sa montée au ciel après sa semi-mort ou Dormition): 15 août. Nativité de saint Jean (de saint Jean-Baptiste, 6 mois exactement avant celle du Christ à Noël): 24 juin. Fête des Apôtres saint Pierre et saint Paul: 29 juin. Licet is de cujus munere venit, etc. Tout le préambule de cette Bulle et plus largement l’ensemble de sa structure et sa phraséologie sont totalement stéréoypés. On les retrouve tels quels dans de nombreuses bulles papales ou documents assimilés depuis au moins Grégoire IX en 1235. En avril 2006 il y avait déjà en ligne au moins dix bulles de cette famille, mises en ligne par des sites allemand, autrichien, italiens et espagnol, datant respectivement de 1235, 1252, 1257, 1284, 1287 (bis), 1289, 1381, 1392 et 1400. Nous avons réuni ces textes en Annexe 11 L’examen de ce formulaire et de ses variantes permet au passage de voir sur le vif le fonctionnement de la chancellerie apostolique, qui recopie à la chaîne des formulaires où se sont parfois introduites des corruptions qui sont le plus souvent recopiées sans sourciller. Ainsi on écrit d’abord ad complacendum ei quasi (1235, 1252, 1257, 1284, 1287, bis, et 1289) puis, par mégarde, ad complacendum et quasi. On pourrait croire à une erreur de lecture de Fleureau, mais cette erreur se retrouve en 1392 et en 1400, et la corruption est confirmée entre temps en 1381 par la correction maladroite d’un scribe qui a vu le problème mais corrigé incorrectement ad complacendum sibi quasi.
Populum
acceptabilem, & bonorum operum sectatorem. Citation de la Lettre de saint Paul à Tite, chapitre
2, verset 14: (Jesus Christus) qui dedit semet ipsum
pro nobis ut nos redimeret ab omni iniquitate et mundaret sibi populum
acceptabilem sectatorem bonorum operum: «Jésus Christ
qui s’est offert lui-même pour nous, afin de nous racheter
de toute iniquité et de se purifier un peuple agréable
(c’est-à-dire susceptible d’être offert en offrande)
et adepte des bonnes œuvres.» On notera que dans les parallèles en ligne du texte
de cette bulle, la réminiscence biblique se réduisait
originellement à populum acceptabilem (1235, 1252, 1257, 1284, 1287, bis, et 1289), tandis
qu’elle n’est complétée par sectatorem bonorum operum qu’ultérieurement,
en même temps que s’introduit la corruption et pour
ei (1312, 1381, 1392 et 1400). Sigillatum sub plumbo. «scellé avec du plomb». Il s’agit de la fameuse «bulle», reproduite ci-contre, qui donne son nom ce genre de document. 2) La charte de Louis VI de 1120 (Voir Annexe 2) Le titre suivant, de l’an 1120. de son regne le XII. Cette charte, dont Fleureau paraît avoir consulté l’original, disparu relativement récemment, nous est également connue par une copie du 14 mars 1787, faite par Louis-Marin Vénard, notaire royal au bailliage d’Étampes, qui est conservée aux Archives nationales sous la cote R4 998, avec une traduction par le même, dans le dossier «Étampes». Selon Dufour (p. 360, n. 2), «L’inventaire sommaire manuscrit des archives hospitalières d’Étampes de 1865 l’analyse et le décrit encore ainsi sous la cote “carton n°14”: “feuille simple en parchemin, longue et étroite; le sceau n’existe plus.” Le récolement effectué à partir de cet inventaire montre le déficit de cette pière, comme de nombreux autres titres des XIIe-XIXe siècle». Rappelons que nous avons mis en ligne l’Inventaire des archives anciennes d’Étampes par Marie-Anne Chabin de 1990. Sur la base de ces deux témoins (l’édition de Fleureau et la copie de Vénard) Jean Dufour en a donné en 1990 une nouvelle édition dans son Recueil des actes de Louis VI. Nous donnons son texte en regard de celui de Fleureau, et de notre traduction, en Annexe 2. Son Moulin d’Arnatal d’Estampes. Graphie aberrante pour Darnatal (comme l’écrit d’ailleurs Fleureau p. 404). La charte porte: in molendino apud Darnum Stallum sito, «Au moulin situé au Darne Estal». Ce secteur s’appelle à Étampes Darnatal et non Darnétal comme l’écrit Dufour par distraction et par confusion avec le faubourg rouennais de ce nom. Le latin nous permet ici indirectement de remonter à l’étymologie de ce nom de lieu longtemps énigmatique. Darne représente l’ancien français Derrain et ses variantes dialectales Dergne, Dargne, Derne ou Darne, c’est-à-dire «dernier» pris en l’occurence au sens de «nouvel». C’est ce que j’ai montré dans le Cahier d’Étampes-Histoire n°7, pp. 119-120. Il s’agit (ici comme pour les autres Darnétal, Darnatal ou Darnestal de France), des nouvelles boucheries fondées par Philippe-Auguste, qu’on appelait aussi à Étampes ad novos stallos (chartes de 1246 et de 1274 citées par Fleureau pp. 128 & 136), «aux nouveaux étaux», comme on appela bien plus tard certains magasins Au bon marché, et Les Nouvelles Galeries. N. B. Les auteurs qui répercuteraient cette découverte étymologique, qui peut intéresser les historiens locaux de plusieurs villes de France, peuvent produire la référence suivante: Bernard GINESTE, «Darnatal», in Cahier d’Étampes-Histoire n°7 (2005), pp. 119-120. Actum Castro Curiæ anno Incar. MCXX. Regni nostri 12. c’est-à-dire «donné au Castrum Curiae l’an de l’incarnation 1120 et le 12e de notre règne.» Le lieu désigné par le tour Castrum Curiae, «château de la cour (de justice)» est inhabituel et isolé, de sorte que Dufour, à la suite de Luchaire, se permet de corriger, malgré le témoignage des deux témoins qu’il suppose pourtant copiés sur l’original, le C initial en E, arrivant ainsi à Castro Evriae, «à Yèvre-le-Châtel». Mais dans la foulée il est aussi obligé de corriger la date de la douzième année du règne en treizième année du règne, XIII plutôt que XII (et donc après le 13 août plutôt qu’avant), par comparaison avec la seule autre charte de Louis VII datée de Yèvre-le-Châtel, qui porte cette leçon. Tout ceci est fort ingénieux, mais il me semble difficile que deux témoins indépendants du même texte original aient pu commettre les deux mêmes bourdes. Il est plus naturel de penser qu’il est ici question d’un château (castellum) qui a pour particularité de servir de siège à une cour de justice (curia); il est donc ainsi dénommé par rapport aux autres châteaux parisiens, et il s’agit déjà probablement du Châtelet. Le diminutif d’origine vulgaire castelletum ne sera en effet admis en latin qu’à partir du XIIIe siècle, au dire de Niermeyer. 3) Les trois chartes de Louis VII (Voir Annexe 3, Annexe 4 et Annexe 5)
Fleureau
donne dans le désordre trois chartes de Louis VII, qui a régné
de 1137 à 1180: 1° une charte de 1147 qui accorde un rente
de deux muids de blé et de dix muids de vin; 2° une carte
dont la date n’était plus lisible de son temps et qui accorde
un droit de foire; 3° une deuxième charte de 1147 qui confirme
plusieurs donations antérieures: a) la charte de 1120 par laquelle
Louis VI, père de Louis VII avait donné un premier champ
à Boissy; b) une charte précédente de Louis VII
lui-même, qui avait été donnée à Paris
à une date non précisée (entre 1137 et 1147 donc),
que Fleureau ne paraît pas avoir trouvée, et qui donnait un
deuxième champ à Boissy-le-Sec; c)
la précédente charte de la même année 1147 où
Louis VII avait donné une rente de deux muids de blé et
de dix muids de vin; d) un droit de ramasser le bois mort à Montbardon
(dans l’actuelle commune de Richardville). Nous ne savons pas qui avait accordé ce dernier droit de ramassage du bois mort à Montbardon, dont Fleureau ajoute qu’il fut confirmé ultérieurement par Louis d’Évreux puis par Jean de Berry, ce qui donne à penser qu’il avait été formulé originellement par une charte spécifique de date et d’auteur inconnus: il peut aussi bien remonter à Louis VI, voire à l’un de ses prédécesseurs. Au total c’est donc au moins quatre chartes qui avait été données par Louis VII à la léproserie Saint-Lazare d’Étampes: les deux premières avant 1147 (la deuxième de Fleureau, et une autre, qu’il n’a pas pu retrouver); les deux autres de 1147, la dernière récapitulant toutes les précédentes. Une foire... avec... l’exercice de toute justice, excepté de la Haute. Fleureau a déjà fait allusion à ce droit de justice au chapitre XVIII de la première partie, p. 32: «La Maladrerie de S. Lazare a Justice, moienne, & basse, en titre de Prevôté, le jour de la Foire de S. Michel, au lieu où elle se tient.» 4) La requête à saint Louis IX en 1236 (voir Annexe 10) 5) La charte de Thibault de Blois de 1183 (Voir Annexe 7)
Thibault (ou Thibaud) de Blois. Il s’agit de Thibault V dit
le Bon (1130-1191), comte de Blois et de Chartres, fils de Thibault
IV dit le Grand (1093-1051). En 1152, il hérita de son père
les comtés de Blois et de Chartres, tandis que son aîné
Henri Ier recevait la Champagne. Devenu Sénéchal de
France et veuf de Sybille de Château-Renard, il épousa en 1164 Alix de France (1151- après 1195),
fille de Louis VII (1100-1154) et de sa première épouse
Aliénor d’Aquitaine (1122-1204). Elle lui donnera sept enfants.
Il mourra lors de la troisième croisade, devant Acre.Theobaldus... Isabella... Raginus (sic) Crispinus. Raginus constitue vraisemblablement une erreur de lecture de Fleureau qui aura mal résolu une abréviation de Raginaldus (quelques mots plus loin il porte carrément pour un homonyme: Rag. Capellanus). En effet c’est bien un Renaud Crépin, personnage bien connu à Chartres, qui apparaît comme témoin dans une autre charte de Thibault de Blois au bénéfice de Notre-Dame des Vaux-de-Cernay, aux côtés des mêmes Lambertus Saccus et Sancio Belellus (charte éditée en 1857 par Luc Merlet et Auguste Moutié, et mise depuis en ligne par l’École Nationale des Chartes, http://elec.enc.sorbonne.fr/cartulaires/vauxcernay1/acte81), et que nous avons reproduite en Annexe 7. Voici les trois notes que porte Luc Merlet à cette charte en faveur de Notre-Dame des Vaux-de-Cernay, et qui valent aussi pour la nôtre: «1. Le P. Anselme (tome II, page 845) dit que Thibaut mourut peu de temps après l’an 1182. «2. Le P. Anselme en citant Isabelle parmi les enfants de Thibaut, comte de Blois, la nomme Élisabeth, et dit qu’elle épousa Sulpice, seigneur d’Amboise. «3. Ce Renaud Crespin appartenait à une famille illustre de Chartres. Vers l’année 1180, étant sur le point de partir pour Jérusalem, il donna à la léproserie du Grand-Beaulieu, du consentement de sa femme Gillette, un des étaux qu’il possédait dans la rue de Bourc à Chartres. Plus tard, en 1196, nous le retrouvons maréchal de Louis, successeur du comte Thibaut (...). L. M.» Le Cartulaire de Notre-Dame des Vaux-de-Cernay a encore conservé une autre charte de Thibault de Blois de 1178 d’après un vidimus de 1255 (voyez http://elec.enc.sorbonne.fr/cartulaires/vauxcernay1/acte50, en ligne en 2006). Reginaldus de Roboreto. «Renaud de Rouvray». Mais de quel Rouvray s’agit-il ici? Il se présente au moins deux possibilités: 1) Notre Renaud de Rouvray, cité ici 1187, serait apparenté à un Jean de Rouvray que Philippe Auguste fit en 1197 seigneur de Poigny et Auffargis, qui s’illustra à Bouvines en 1214, et qui amortit en 1229 une donation faite sur ses fiefs à Notre-Dame des Vaux-de-Cernay, dans le diocèse de Chartres, ainsi qu’à son fils probable Henri de Rouvray, que l’on voit seigneur d’Auffargis en 1250 (Voyez ce qu’on écrit Auguste Merlet dans son édition en 1867 du Cartulaire de Notre-Dame des vaux-de-Cernay, pp. 280-281, mise en ligne par l’École Nationale des Chartes, http://elec.enc.sorbonne.fr/cartulaires/vauxcernay1/acte304/ , en ligne en 2006). Il s’agirait alors selon selon toute apparence du Rouvray qui est dans le canton de Vernon, dans le diocèse d’Évreux, 124 km d’Étampes. 2) Deuxième possibilité: il s’agirait de Rouvray-Saint-Denis, dans le diocèse de Chartres, à seulement 27 km d’Étampes où l’acte est rédigé. Herveus de Curvavilla. Hervé de Courville-sur-Eure, à 18 km à l’est de Chartres. 6) La charte de Manassé d’Orléans de 1169 (Voir Annexe 6) Manassés de Garlande, Evêque d’Orleans. Manassé de Garlande, a été évêque d’Orléans de 1146 à 1185. Le Cartulaire de Sainte Croix d’Orléans contient de nombreuses autres chartes de lui, dont l’une de cette même année 1169, que Joseph Thillier donne en note dans l’introduction à son édition de ce Cartulaire (http://elec.enc.sorbonne.fr/cartulaires/scroix/pageCX/ et suivante). D’Estienne de Garlande son frere, & de Jean Doyen, son Cousin. Le texte de Fleureau est ici ambiguë. Il faut prendre ici Doyen comme la dignité du dit Jean, plutôt que son patronyme. Cet Étienne de Garlande, frère de Manassé, quoi qu’on en ait écrit, n’est pas à confondre avec son célèbre homonyme évêque de Beauvais en 1100, puis archidiacre de Paris, et chancelier de Louis VI de 1106 à 1128, qu’on fait mourir vers 1142. On voit mal en effet comment Manassé, mort vers 1185, pourrait être le frère d’un personnage qui était évêque dès 1100. Dans le Cartulaire de Sainte-Croix d’Orléans édité par Thillier il est fait de nombreuses mentions du doyen Étienne, de 1110 à 1155, date de sa mort (p. 16). Jean, cousin de Manassé (probablement du côté maternel puisqu’il ne paraît pas un Garlande), succède à Étienne comme doyen du chapitre de Sainte-Croix d’Orléans. C’est ce Jean qui a conclu en 1155 au nom du chapitre un accord avec Herbert le Vallet au sujet de la Forêt-Sainte-Croix en Étampois (cf. Alain DEVANLAY, in Cahiers d’Étampes-Histoire 7, p.61). La dernière charte connue de Jean est de cette même année 1169 (http://elec.enc.sorbonne.fr/cartulaires/scroix/pageCX/ et suivante), année de sa mort puisque nous entendons ici parler du salut de son âme en même temps que de celle d’Étienne. Son successeur sera Hugues, neveu de Manassé (p. 170) dont le frère, pour sa part chevecier du chapitre, s’appelle aussi Manassé comme son oncle. On est en plein népotisme. Ob remedium animæ Domini Stephani de Garlanda, & Ioannis Decani fratris, & Cognati nostri. Cette sorte de «dédicace» de la charte de Manassé à ses défunts frère et cousin Étienne de Garlande et Jean, anciens doyens du chapitre, se retrouve encore dans des chartes de 1176, alors que ce sont désormais ses neveux Hugues et Manassé qui sont doyen et chevecier: pro remedio anime nostre et Stephani de Garlanda et Johannis decani bone memorie (p.167), pro remedio anime nostre et Stephani de Gallanda, et pretaxati Johannis decani (p.170), pro anime nostre et Johannis decani bone memorie cognato nostri remedio (p.174). Michaële Sarginensi Cantore sancti Petri. Michel de Sergines (à 20 km au nord de Sens) chantre de l’abbaye Saint-Pierre de Sens. Milon d’Estampes les vieilles (de Stampis veteribus). Rappelons que cette locution dans les chartes latines, et dans la langue de Fleureau, désigne le quartier Saint-Martin d’Étampes, par suite d’une mauvaise rétroversion en latin du toponyme Les vez Estampes («les gués d’Étampes») compris les veiz Estampes («Les vieilles Étampes»), confusion qu’on observe en plusieurs autres endroits de France (Pithiviers-le-Vieil, le Vieux Rouen, le Vieil Amiens, etc.), comme je l’ai montré dans le Cahier d’Étampes-Histoire n°6 (2004), pp. 72-75. Roberto de Catena. Ce Robert de Catena est cité en 1169. Comment faut-il entendre de Catena? L’abbé Lebeuf (dans son Histoire de Paris, 1757), parlant de Montlhéry (http://montlhery.com/lebeuf5.htm) signale un acte de 1154, apparemment dans le Cartulaire de Longpont, où l’on voit qu’un Jean de Catena était alors abbé de l’église saint-Pierre du château de Montlhéry. Lebeuf traduit littéralement «Jean de la Chaîne, De Catena», sans doute en désespoir de cause. Notons qu’on trouve aussi dans le même cartulaire un «Anseau fils d’Archembault de Catena», dans un acte que nous avons mis en ligne et qui date approximativement de 1140 (http://www.corpusetampois.com/cls-12-cartulairedelongpont.html, acte XIX). Federico de Gondrevilla. «Ferry de Gondreville». On trouve trois Gondreville dans le Loiret: une commune proche de Montargis, à 75 km d’Étampes; un lieu-dit de la commune d’Auxy, à 55 km dans la même direction de Montargis, après Pithiviers; un lieu dit enfin de la commune d’Andonville à 26 km au sud d’Étampes, tout près de l’actuel département de l’Essonne et relevant de l’ancien bailliage d’Étampes: c’est très vraisemblablement de ce dernier lieu qu’est originaire le dit Ferry, puisqu’il fait partie des témoins étampois. Theobaldo de Papilione. «Thibault du Pavillon» (et non «Thibault de Papillon» comme le porte Fleureau par distraction p. 128). Voyez notre Note au chapitre 29 de la première partie sur cette famille étampoise de Papilione. La famille du Pavillon est clairement étampoise aus XIIe et XIIIe siècles. 7) La charte de Guillaume Bourgueignel (Voir Annexe 8), et sa confirmation par Pierre de Sens en 1209 (Voir Annexe 8b) L’an 1209. Guillaume Bourguignel… Emeline sa femme… ses pere & mere… Thibault son fils… ses autres enfans… Que savons-nous de cette famille étampoise des Bourguinel ou Bourgueignel ou peut-être Bourgueigneux? La charte de Guillaume porte Vvillermus Burginellus. La charte de confirmation donnée par Pierre de Sens porte une rétroversion latine légèrement différente: Villermi Borginelli. Un autre membre de cette famille est Jean Bourgueignel, qui fut chambellan de saint Louis. Le 8 juin 1253 Saint-Louis, voulant récompenser son chambellan, achète à Berthault Cocalogon, seigneur de Femerez au Perche, près de Chateauneuf en Thymerais, une seigneurie, dépendante de celle de Dourdan pour l’offrir à Jean Bourgueignel et à sa femme Marguerite, après avoir rattaché le village au baillage d’Orléans. Jean Bourgueignel la revend en octobre 1266 aux religieuses de l’abbaye de Longchamp. Un vidimus de 1299 édité en 1869 par Guyot dans son Histoire de Dourdan porte l’orthographe française suivante: Jehan Bourgueignel. Il a récemment été mis en ligne sur le site Wikipédia à l’article «Les Granges-le-Roi», http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Granges-le-Roi, en ligne en 2006 Une autre charte en date de mai 1274, éditée par Fleureau (pp. 419-420), donnée par Philippe III le Hardy (1270-1285), fils de saint Louis IX (1226-1270) nous fait connaître que le même Jean Bourgueignel, depuis décédé, avait donné par testament «trente-neuf livres de cens annuel & perpetuel, avec les droits qui en dependoient, mouvant en fief du Roy, à prendre sur plusieurs heritages assis à Estampes, & au-dedans de la banlieuë, lequel cens il avoit acquis de Philippe de Veres & d’Eremburge sa femme, pour la dotation de deux Chapellenies, qu’il ordonna étre fondées dans l’Hôtel-Dieu d’Estampes, pour prier Dieu pour le repos de l’âme du Roy, de la sienne, & de celle de Marguerite sa femme». La charte transcrite par Fleureau porte alors Ioannes Burguineus de Stampis, ce que notre auteur rend erronément dans son commentaire par «Jean de Bourginel», orthographe malheureusement reproduite par Alliot dans son édition partielle du Cartulaire de Notre-Dame d’Étampes (p. 25), et il est alors qualifié de quondam serviens de saint-Louis, ce qui est compatible avec la charge de chambellan. Nous sommes donc en présence d’une grande famille étampoise de la deuxième moitié du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe. En 1209, la donation de Guillaume à la léproserie d’Étampes mentionne en effet non seulement ses père et mère, mais aussi «tous nos prédécesseurs». La famille est alors possessionnée non seulement à Villiers près de Bouville mais à Fontenette (commune d’Abbéville-la-Rivière) et Ézarville, c’est-à-dire aux quatre coins du pays étampois. En 1253, Jean est déjà depuis au moins plusieurs années chambellan de Louis IX et se voit attribuer une seigneurie du pays de Dourdan rattachée pour l’occasion au bailliage d’Orléans; mais il revend ultérieurement, en 1266. Nous le voyons concurremment acquérir différents biens à Étampes même (apud Stampas) et dans sa banlieue (infra banleucam), peut-être pour recentrer les biens de la famille et en faciliter la gestion. Il poursuit à sa mort la tradition familiale d’évergétisme local en fondant deux chapellenies à l’Hôtel-Dieu d’Étampes. Il est a espérer que la documentation largement inexplorée, ou inexploitée, qui nous a été conservée sur le Moyen Age étampois, nous réserve encore beaucoup d’informations sur cette famille étampoise des Bourguinel.
Carnis
privium. «Mardi gras». Ce terme barbare (puisque
privium, qui dérive sans doute de privus
et signifie probablement «privation» n’existe pas en latin naturel)
s’écrit aussi Carnisprivium ou Carniprivium
et désigne le Carême-prenant
(c’est-à-dire commençant), autrement dit mardi gras, autrement dit carnaval,
c’est-à-dire le dernier jour gras avant le Carême,
qui commence au «mercredi des cendres». On trouve aussi pour dire
la même chose Carnislevarium (en vieil italien Carneleva,
d’où par métathèse Carnavale).Duo Halecia. Une des graphies du latin médiéval pour «hareng», mot toujours neutre mais d’orthographe et de déclinaison variable: alec, a |